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mardi 14 octobre 2025

Flic ou voyou de Georges Lautner (1979) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Durant sa carrière d'acteur, Jean-Paul Belmondo a croisé la route de nombreux cinéastes. Tels Jean-Luc Godard, Claude Sautet, Henri Verneuil, Vittorio De Sica, Jean-Pierre Melville, Philippe de Broca, Jacques Deray, Gérard Oury, Philippe Labro, Claude Zidi, Claude lelouch, Patrice Leconte ou encore Georges Lautner. La rencontre entre ce dernier est l'une des plus grandes stars du cinéma populaire français des années quatre-vingt donnera lieu à une aventure qui s'étendra entre 1979 et 1992. Cinq longs-métrages : Flic ou voyou, Le guignolo, Le professionnel, Joyeuses Pâques et enfin L'inconnu dans la maison... Parmi ces cinq films, Flic ou voyou est non seulement la première collaboration entre les deux hommes mais aussi celui qui poursuit en partie dans la veine de la comédie impulsée quelques années auparavant avec des œuvres telles que L'incorrigible de Philippe de Broca ou L'animal de Claude Zidi. Sauf qu'ici, et comme dans bon nombre de longs-métrages mettant en vedette Jean-Paul Belmondo depuis au moins le milieu des années soixante-dix, l'acteur y incarne le rôle d'un flic. Encore un commissaire. Divisionnaire de surcroît. Au vu du charisme du bonhomme, on envisage forcément mal de le voir dans le costume étriqué d'un petit agent de la circulation ou dans celui d'un policier installé en milieu rural et devant traiter de problèmes entre voisins ou de vols de bétail ! Tourné à Nice et notamment sur la Promenade des Anglais, à Antibes, Juan-les-Pins ou dans les studios de la Victorine pour les séquences en intérieur, Flic ou Voyou fait partie de cette catégorie de films qui hésitent perpétuellement entre humour et sérieux. Cela est d'autant plus le cas ici que l'on a droit à de savoureux dialogues de la part du mythique Michel Audiard ainsi que des mises en situation de la part du scénariste, réalisateur et dialoguiste Jean Herman (qui s'inspire ici du roman L'inspecteur de la mer de Michel Grisolia) que Georges Lautner transpose pour un résultat qui affole certains baromètres ! Car n'en déplaise à ceux qui vouent une passion exclusive pour les genres policier, polar ou thriller dans leur globalité, le cinéaste atteint une émulsion entre les genres à laquelle Jean-Paul Belmondo et certains des cinéastes qui l'ont fait tourner sont habitués...


Pourtant, aussi étrange que cela puisse paraître, il semblerait que l'inspiration ait quelque peu quitté l'esprit du scénariste au fil de l'écriture. Car si le premier tiers du long-métrage enchaîne à une allure folle les situations les plus ubuesques qui soient, petit à petit, le film trouve son rythme dans le film policier pur jus, pratiquement débarrassé de tout sens de la fantaisie par la suite. Dans cette œuvre qui pose d'emblée la question de savoir si Jean-Paul Belmondo incarne un flic ou un voyou, la réponse s'impose évidemment dès le départ. Le spectateur lambda comme le fan de la star n'est pas bête au point de l'imaginer incarner réellement une crapule. Ce que vient d'ailleurs confirmer le script au bout d'un certain temps. Comme l'on comprend d'ailleurs assez rapidement que sous le nom d'Antonio Cerutti se cache un flic infiltré dont on apprendra le véritable nom un peu plus tard. Le commissaire divisionnaire Stanislas Borowitz s'incruste et sème ainsi la zizanie entre deux chefs de gangs niçois. D'un côté, Théodore Musard, dit ''L'auvergnat''. Un personnage très rapidement et savoureusement humilié par notre cher commissaire. Un personnage incarné par l'excellent Georges Géret. Autre grand truand et ''gueule'' du cinéma français d'alors, l'acteur Claude Brosset (qui cinq ans plus tard retrouvera notamment Belmondo dans Le marginal) dans le rôle d'Achille Volfoni, dit ''Le corse''. Flic ou voyou est aussi l'occasion de traiter du sujet de la corruption dans la police à travers les personnages des inspecteurs Rey et Massard incarnés par Tony Kendall et le toujours excellent Jean-François Balmer. Notons également la présence de Michel Beaune et de la toujours très étrange Catherine Lachens dans le double rôle d'un couple d'hôteliers/restaurateurs. Ou encore celles de Venantino Venantini (retrouvé mort dans des conditions qui peuvent rappeler celle de Tonio, l'indicateur interprété par Stéphane Ferrara, lui-même assassiné dans Le marginal), de Michel Galabru en Commissaire Grimaud, Philippe Castelli en moniteur d'auto-école, Marie Laforêt dans le rôle de la riche propriétaire Edmonde Puget-Rostand. Sans oublier bien sûr celle qui incarne la fille de Borowitz à l'écran : la toute jeune Julie Jézéquel à laquelle Georges Lautner offre là son tout premier rôle au cinéma en lui permettant d'incarner le rôle de l'espiègle Charlotte ! Concluons pour finir en évoquant l'excellent thème principal composé par le prolifique compositeur français Philippe Sarde et l'on tient là un Belmondo de bonne facture...

 

dimanche 2 février 2020

Les Égouts du Paradis de José Giovanni (1979) - ★★★★★★★☆☆☆



Sans arme, ni haine, ni violence mais avec des casques de chantier, des pelles, des burins, des pieds-de-biche et des chalumeaux... Voici donc comment prévoit de s'attaquer à la Société Générale de Nice celui qui deviendra le légendaire organisateur du Casse de Nice, Albert Spaggiari, et que le romancier et cinéaste français José Giovanni (Deux Hommes dans la Ville en 1975, Le Ruffian en 1983 ou encore Mon Père, il m'a Sauvé la Vie en 2001) fut le premier à mettre en scène trois ans après les faits. Deux autres longs-métrages se pencheront sur ces événements. La même année que le film de José Giovanni, soit en 1979, le réalisateur britannique Francis Megahy réalise The Great Riviera Bank Robbery tandis qu'en 2007, l'humoriste, acteur et réalisateur Jean-Paul Rouve se penche avant tout sur le personnage central d'Albert Spaggiari. Ancien criminel condamné à mort en 1948 avant d'être gracié, José Giovanni apparaît donc comme le candidat idéal pour réaliser Les Égouts du Paradis, adaptation du roman éponyme écrit par Albert Spaggiari lui-même et édité au tout début de l'année 1977.

Le long-métrage s'intéresse très nettement moins à son personnage central qu'aux événements qui eurent lieu entre les préparatifs du casse et son évasion cinq mois après son arrestation le 10 mars 1977. Et même si le réalisateur évoque la présence de Charlotte, une vieille amie sur le point de mourir que l'on suppose être imaginaire dans le contexte du récit basé sur des faits réels, ce qui intéresse surtout José Giovanni, c'est ce week-end des samedi 17 et dimanche 18 juillet 1976 lors duquel Albert Spaggiari ainsi que ses deux équipes réunies à l'occasion (la sienne ainsi que celle du clan des Marseillais) ont dévalisé la Société Générale de Nice, l'événement devenant le ''Casse du Siècle'' avec une somme équivalente à trente millions d'euros actuels. Francis Huster incarne assez justement le personnage-titre de l’œuvre de José Giovanni, avec ce petit brin de folie et de mégalomanie qu'on lui connaît. Autour de l'acteur, une belle brochette d'interprètes : Jean-François Balmer, Clément Harari, Michel Peyrelon, Jean Franval ou encore André Pousse dans le rôle de ''Machin'', l'homme qui mettra en relation les deux équipes mais qui balancera notamment Albert Spaggiari peu de temps après le casse. La petite touche de féminité est quant à elle apportée par Lila Kedrova (Charlotte) et Bérangère Bonvoisin dans le rôle de Mireille, seule femme à participer à l'attaque de la Société Générale...

Confiée à la rude tâche de réaliser une œuvre fidèle au roman et donc à l'histoire d'Albert Spaggiari, la mise en scène de José Giovanni explore sans artifices inutiles l'organisation et l'attaque de la banque. La bande originale de Jean-Pierre Doering se fait discrète, surtout lors du terrassement du tunnel souterrain situé dans les égouts menant dans les sous-sols de la banque, et les acteurs semblent avoir donné de leur personne lorsqu'il s'agissait pour eux de longer les conduits envahis par les rats et l'eau croupie. À travers l'écriture de Michel Audiard, on retrouve la verve du dialoguiste qui sur un ton souvent humoristique évoque pourtant un fait divers authentiquement marquant dans l'histoire du ''hold-up''. Un événement exemplaire et retentissant que José Giovanni réussit à rendre palpable non seulement grâce à sa mise en scène et sa direction d'acteurs mais aussi en raison de conditions de tournage parfois très rudes...

dimanche 5 mai 2019

Mumu de Joël Séria (2010) - ★★★★★☆☆☆☆☆



On l'aurait presque oublié, mais le réalisateur français Joël Séria est toujours en activité. Il a beau avoir mis entre parenthèses sa carrière de cinéaste au cinéma pour se consacrer depuis le milieu des années quatre-vingt au petit écran avec, notamment, deux épisodes de la série Série Noire, quelques Nestor Burma, ainsi que plusieurs téléfilms, il est toujours bien vivant. Vingt trois ans après sa dernière incursion sur grand écran, le voilà qui réapparaissait avec Mumu en 2010, son dernier long-métrage cinéma à ce jour. Rarement aura-t-on vu cinéaste hexagonal produire consécutivement autant d’œuvres cultes. A l'image d'un Bertrand Blier mais dans un genre nettement plus champêtre, Joël séria fut effectivement le réalisateur des classiques Mais ne nous délivrez pas du mal (en 1973), Charlie et ses deux nénettes (en 1975), Les Galettes de Pont-Aven (en 1976), Marie-poupée (en 1977), Comme la lune (en 1977) ou encore Les Deux Crocodiles (en 1987).

Après Jean Carmet, Jean-Pierre Marielle, Jeanne Goupil, Serge Sauvion, Bernard Fresson ou encore André Dussolier, c'est au tour de Sylvie Testud, Balthazar Dejean de la Bâtie, Jean-François Balmer, Bruno Lochet et Dominique Pinon de servir le scénario écrit des propres mains du cinéaste (une habitude chez Joël Séria). Retour en 1947 dans un petit village d'Anjou. Envoyé dans une école dont la classe est tenue d'une main de fer par l’acariâtre institutrice Melle Mulard, dite ''Mumu'', Roger, onze ans, est le souffre-douleur d'un père qui ne supporte plus son comportement. Après avoir été renvoyé pour la quatrième fois d'une école, le garçon échappe de justesse à la pension mais se retrouve dans la classe de la tyrannique institutrice. L'école compte d'autres membres, tel le curé et le pion ''Saucisse''. La rencontre entre Melle Mulard et Roger sera déterminante pour eux deux...

Avec Mumu, Joël Séria rompt le pacte qui liait chacun de ses précédents long-métrages de part leur statut d’œuvres cultes. En effet, on ne retrouve jamais la puissance évocatrice des films qu'il réalisa dans le courants des années soixante-dix et quatre-vingt. Le cinéaste nous replonge en un temps que beaucoup de cinéastes avant lui ont transformé avec brio (Les Choristes de Christophe Barratier ou Un Sac de Billes de Christian Duguay pour ne citer que ces deux seuls exemples) tandis que lui ne fait que survoler son sujet... Un Mumu plutôt neuneu, donc. Et davantage cul-cul que culte ! À dire vrai, rarissimes sont les occasions d'apprécier ce spectacle tout juste digne de passer sur une chaîne nationale que sur grand écran. C'est mou, jamais parcouru de séquences vraiment marquantes. Sylvie Testud a beau être une excellente actrice, caricaturer son personnage à outrance n'apporte rien. Le jeune Balthazar Dejean de la Bâtie est sans doute le seul sur qui compter afin que le bateau reste à flots. Jean-François Balmer non plus n'est pas mauvais. Tout comme Bruno Lochet en pion. Par contre, fidèle à l'image qu'il donnait par exemple en 1996 avec Les Deux papas et la Maman de Jean-Marc Longval, Antoine de Caunes est toujours aussi mauvais acteur. Heureusement qu'il ne fait que passer à l'image. On regrettera cependant la trop courte apparition de la charmante Helena Noguerra dans le rôle de la Mère de Perchard (l'un des camarades de Roger), dernier soubresaut d'un cinéaste qui malheureusement ne fait plus rêver, a perdu de sa force, et n'ose plus s'aventurer sur des terres autrement plus délicieuses. Dommage...

samedi 17 novembre 2018

T'aime de Patrick Sébastien (1999) - ★★★★★★★☆☆☆



Le voici donc, l'unique long-métrage de l'animateur, humoriste, chanteur et imitateur Patrick Sébastien sur lequel tant d'internautes, de spectateurs et de critique ont déversé leur bile. Sans doute, parmi eux, l'on en trouve qui ne l'ont même pas vu, prenant surtout plaisir à gerber sur l’œuvre de Patrick Sébastien avec un minimum de pudeur mais avec un luxe de cruauté. Cela faisait des années que je rêvais de le revoir. Oui, vous avez bien lu : RE-voir.... Lorsque l'on regarde pour la seconde fois un long-métrage, même bien des années après la première projection, ça veut forcément dire quelque chose. Que l'objet en question n'est pas si mauvais que certains le prétendent. De toute manière, qu'on le considère réussi ou bien mauvais, T'Aime subit les mêmes foudres que n'importe quel film ayant été réalisé depuis les débuts du cinéma. Ou plutôt, depuis que les critiques existent. Mais avec un regain de haine qu'il demeure toujours aussi peu évident à s'expliquer. A moins qu'il ne s'agisse de ce même ressentiment qui anime certains hommes et certaines femmes qui ont décidé depuis maintenant plus de trente ans de faire de Patrick Sébastien leur souffre-douleur.

T'Aime mérite-t-il de se prendre autant d'insultes qu'il existe de mots pour les exprimer? Certainement pas, non. Et son auteur, encore moins. La démarche étant sans doute la même que celle qui fut la sienne lorsqu'il intervint onze ans plus tard sur le plateau de On n'est pas Couché, l'émission de Laurent Ruquier, en prononçant cette phrase : « Ça fait dix minutes que vous parlez et vous n'avez pas dit une seule fois le mot 'amour' », Patrick Sébastien n'a sans doute pas gagné des voix du côté de ses détracteurs. Mais dans quel monde tu vis Patrick ? Les valeurs que tu prônes, si belles et naïves soient-elles, ne sont pas une monnaie d'échange valide dans cette cage dorée que sont les médias. Conserve ton opinion pour toi seul même si certains la partagent, et tu vivras mieux.
Maintenant que cela fait dix-neuf ans qu'on a injustement massacré son œuvre, Patrick Sébastien ne se cache désormais plus derrière la caméra. Tout juste ose-t-il, pour le plus grand plaisir de ses admirateurs, se montrer dans quelques longs-métrages au demeurant forts réussis (Monsieur Max et la Rumeur, L'Affaire de Maître Lefort, Une chance sur Six, tous les trois réalisés par Jacques Malaterre). Quant à sa carrière de réalisateur, elle semble définitivement compromise. C'est dommage, d'autant plus qu'en matière de scénarii, Patrick Sébastien a également fait ses preuves.

Mais revenons sur l'objet du délit qui contrairement à ce que certains incultes ont osé affirmer, ne mérite pas le même sort que les affligeants Le Jour et la Nuit de Bernard Henri Levy, Brillantissime de Michèle Laroque (la pauvre) ou Mme Mills, une Voisine si Parfaite de Sophie Marceau qui, pour le coup sont d'horribles gâchis. D'ailleurs, aux propos que certains ont tenus, nous pourrions les contraindre de changer d'avis s'ils avaient seulement vu le dixième des navets que les vrais cinéphages que nous sommes ont sans doute visionné durant l'exercice de leur passion. T'Aime est donc le seul et unique long-métrage réalisé par Patrick Sébastien. Dans l'hexagone, le film est un bide lors de sa sortie fin avril 2000. Après un tournage de deux mois entre septembre et octobre 1999, le film n'attire finalement qu'un peu plus de 28 300 spectateur. Ce qui, au prix d'une place de ciné ne rembourse par le budget initial de 20 000 000 de francs (3 140 000 euros). Unanimes, les critiques s'empressent de juger T'Aime de naïf, mièvre, grotesque, simpliste, infantile, stéréotypé, ou encore, pathétique. Des termes qui forcément, n'ont pas motivé les foules à se déplacer dans les salles et qui alors préférèrent sans doute rester devant leur petit poste de télévision à regarder cette semaine là l'émission de Julie Snyder (qui ça?), Vendredi, c'est Julie.

L’œuvre de Patrick Sébastien nous conte l'histoire d'un simple d'esprit prénommé Zef qui un jour viole la jeune Marie. Incapable de différencier le bien du mal, le jeune homme de vingt ans est enfermé dans un institut psychiatrique où il reste prostré et mutique. Le docteur Hugues, en charge de guérir Marie du traumatisme qu'elle a subit, tente une méthode innovante en confrontant alors la victime à son « innocent » bourreau... Jusqu'ici tout va bien. L'idée développée par Patrick Sébastien est plutôt encourageante. Mais alors... qu'est-ce qui a bien pu pousser la critique et le public à rejeter T'Aime en masse ? Naïf, son film l'est indéniablement. Mais parce que le film est ainsi fait que si l'existence n'était pas aussi abrupte, et si elle n'était que naïveté, ce mot n'existerait même pas. Patrick Sébastien, l'homme de télévision que l'on jugeait de vulgaire fut un temps, n'aurait-il pas le droit d'exprimer simplement ses sentiments à travers une œuvre qui au delà d'une certaine puérilité se révèle être en réalité un message d'espoir et d'amour ? Un peu vain, certes, mais j'en suis certain, profondément sincère. Tout comme ce personnage qu'il incarne. Un poète, idéaliste et optimiste qui, comme le souligne le titre du film qui n'est pas que le seul hommage rendu au personnage de Zef, prône l'amour comme unique traitement capable de sortir le jeune homme et la délicieuse Marie de leur torpeur. Dommage que derrière l'écriture et la mise en scène de Patrick Sébastien certains n'aient rien vu d'autre que de la vacuité. Jean-François Balmer, Annie Girardot, Michel Duchaussoy, Miriam Boyer, Jean-François Derec, ou bien deux des principaux interprètes, Samuel Dupuy et Marie Denarnaud ont fait confiance à Patrick Sébastien et lui ont confié leur talent. Alors pourquoi pas nous ? Pourquoi ne pas se laisser glisser, se laisser happer par une histoire toute simple, mais belle et généreuse ? Signé par un autre, T'Aime aurait sans doute connu un sort plus enviable. En réalité, le film est loin d'être cette chose que les critiques d'un jour s'amusèrent à noter ironiquement de plusieurs étoiles avant de se foutre de sa gueule. Pourtant, il serait indécent de n'y voir que des bons côtés. Indécent, et passionné (partial?). Car oui, T'Aime est miné par quelques défauts qui forcent la comparaison avec tout ce qu'on a pu dire sur lui. Esthétiquement, l’œuvre de Patrick Sébastien a suivit la mauvaise voie en choisissant de le projeter sur grand écran alors qu'il aurait dû n'être destiné qu'au petit. Quant à la partition musicale, elle oscille entre comptines déviantes plutôt convaincantes et mélodies surannées parfois imbitables.

Tourné à Martel, petite commune du Sud-Ouest de la France où a élu domicile l'acteur-réalisateur scénariste, Patrick Sébastien s'offre un cadre magnifique et des interprètes de talent (Annie Girardot y est, à l'occasion, bouleversante). Un récit qui presque vingt ans après sa sortie continuera à émerveiller ceux qui l'ont aimé à l'époque, et que d'autres perpétueront à dénigrer. Choisissez votre camp...

mardi 24 octobre 2017

Une Etrange Affaire de Pierre Granier-Deferre (1981) - ★★★★★★★★☆☆



Jusqu'où certains seraient-ils prêts à aller pour conserver leur emploi ? C'est à cette question que tente de répondre le cinéaste français Pierre Granier-Deferre auquel ont doit notamment Le Chat, La CageAdieu Poulet, ou encore Noyade Interdite. Imaginez-vous vous réveiller un matin et réaliser que depuis deux ans, le poste que vous occupez n'est pas essentiel à la bonne marche de l'entreprise pour laquelle vous travaillez. Un emploi qui jusqu'à maintenant n'a pas semblé déranger qui que ce soit dans votre entourage, pas même l'ancien directeur qui vient tout juste de mourir. Alors, quand débarque son successeur, tout est remis en question. On évoque une charrette, avec l'éventualité que vous en fassiez partie. Forcément, cela va jouer sur votre moral ainsi que sur celui de vos collègues de travail. Le risque, c'est que cela dépasse les frontières de votre vie professionnelle pour empiéter sut votre vie privée. La rencontre avec le nouveau directeur est brutale. Vous êtes paralysé. Ne savez que répondre lorsqu'il vous interroge sur votre fonction. Lui, est apparemment décidé à faire un grand nettoyage. Se débarrasser du superflu. Qu'êtes-vous donc prêt à sacrifier pour conserver votre emploi ?

Louis Coline travaille dans le service marketing d'un grand magasin à Paris. Marié avec Nina, il mène une vie simple et demeure très proche de sa grand-mère à laquelle il rend régulièrement visite. Depuis deux ans, il bosse à son rythme. Pas vraiment pressé de se rendre au travail, il boit des coups au bar, passe devant le bureau de tous ses collègues pour leur faire un petit coucou et exécute les ordres du responsable de son département, Gérard Doutre. Lorsqu'arrive Bertrand Malair, le nouveau directeur, l'ambiance est froide. Dès le départ, Louis est comme « examiné » par le nouveau patron. L'objectif de ce dernier est clair : les résultats rencontrés ces derniers temps par le magasin ne sont pas suffisants. Louis est-il prêt à une disponibilité de tous les instants ? La réponse est oui...

Une Étrange Affaire, forcément, glace les sangs. Parce que ce récit, basé sur un scénario écrit à six mains par Christopher Frank, Pierre Granier-Deferre et Jean-Marc Roberts et inspiré par le roman Affaires Étranges de ce dernier, nous relate la lente et pénible dégradation morale, physique et intime d'un homme prêt à tout pour conserver son emploi. Cet homme, c'est l'acteur Gérard Lanvin. Son épouse, l'actrice Nathalie Baye. Un couple qui explose devant la vampirisation dont est victime le publicitaire. La cause ? Michel Piccoli, qui dans le rôle de Bertrand Malair, campe un nouveau directeur froid, cynique, envahissant. Pierre Granier-Deferre joue à nous faire peur. Quelques menues phrases proférées par l'homme en costard-cravate nous plongent dans l'ambiance. Cette atmosphère délétère où l'individu est prêt à s’avilir. Lanvin, ce petit employé presque insignifiant durci le ton. Calque son comportement sur celui des deux plus proches collaborateurs de Malair, eux aussi embarqués dans cette étrange histoire dont l'écho résonne plus que jamais de nos jours. Ces deux chiens de garde au comportement tellement curieux qu'ils en deviennent très vite inquiétants, ce sont Jean-Pierre Kalfon, et Jean-François Balmer. Deux interprètes idéaux. Sous ses allures de petite critique sociale, Une Étrange Affaire est un cauchemar de tous les instants qui nous renvoie à nos propres peurs.

Pour l'occasion, le compositeur Philippe Sarde propose une partition musicale sinistre collant parfaitement à l'ambiance de cette œuvre étouffante. Michel Piccoli est comme toujours, magistral. L'acteur dévore littéralement un Gérard Lanvin diminué, mais calquant finalement son comportement sur celui du directeur. Jean-Pierre Kalfon et Jean-François Balmer produisent une interprétation sans faille. D'un côté, le bon copain. De l'autre, l'homme distant, dédaigneux. Un binôme caractérisé par une volonté de se plier à toutes les exigences du boss, quitte à sacrifier jusqu'à leur vie privée et celle des autres.
Le cinéaste ne se contente pas de décrire les changements comportementaux de son héros sur son milieu de travail, mais dans sa vie intime également. L'aliénation d'un individu se sacrifiant sur l'autel de la réussite. Une Étrange Affaire flirte avec l'horreur psychologique. Une œuvre traumatisante qui n'a absolument pas perdu de sa force évocatrice même trente-six ans après sa sortie...

vendredi 3 juin 2016

Merde de Leos Carax (2008)



Merde, c'est l'histoire d'une créature, d'un homme dont les origines demeurent indéfinies. Un être vivant en marge de la société, sous terre, dans les égouts d'une ville mise à l'honneur non pas seulement à travers ce court-métrage signé Leos Carax, mais par les cinéastes Michel Gondry et Joon-Ho Bong, auteurs respectifs de Interior Design et Shaking Tokyo. Trois courts réunis sous le titre Tokyo ! Cette ville, c'est Tokyo, donc. Ses traditions, ses portables, sa technologie, ses panneaux d'affichages géants qui bientôt seront les témoins d'une histoire, on peut le dire, singulière. Merde est comme une gifle dans la gueule des bien-pensants. Si d'ailleurs il plait tant à Gaspar Noé, c'est parce qu'il ressemble à son cinéma. De Carne à Seul Contre Tous. On y retrouve ce même anticonformisme. C'est réactionnaire, un peu trash sur les bords et parfois même totalement burlesque.

Le court-métrage de Leos Carax est l'ouverture parfaite à une soirée scatologique underground et schizophrénique consacrée aux fluides corporels, à la folie des hommes dont accouche notre civilisation, et à ce monde qui refuse d'ouvrir les yeux face au désœuvrement dans lequel certains d'entre nous sont tombés. Pas aussi barré et crade que l'épouvantable et perturbant Crazy Murder de Doug Gerber, moins souterrain que C.H.U.D de Douglas Cheek, certainement moins déprimant que Combat Shock de Buddy Giovinazzo et pas aussi exutoire que le génial Street Trash de Jim Muro, Merde est tout de même sacrément... bandant ! Enfin, dans sa première partie (le film dure environs trente-huit minutes), filmée en plan-séquence, celle durant laquelle celui qui s'autoproclamera Merde durant son procès, émerge d'une bouche d'égout pour effrayer la population tokyoïtes. Ouais, flippant le type. Un œil mort, une barbe rousse, une démarche vive et chaotique, et surtout, une logorrhée verbale inquiétante.

Le Diable en personne ? Peut-être puisqu'en réponse au grand barbu qui file le torticolis à ceux qui prient encore pour lui, l'autre débarque de tout en bas, là où la fange est sa couche et les grenades sa langue maternelle. D'ailleurs, de langue, il en possède une que seuls trois hommes dans le monde savent comprendre et parler.
Merde vit dans un univers souterrain dans lequel la guerre est demeurée mondiale. En veuillent pour preuve ces reliquats trouvés dans les égouts et avec lesquels Merde va bientôt faire joujou, laissant derrière lui des dizaines de corps ensanglantés, démembrés...

Merde devient célèbre tout à coup. Comme pour nous rappeler que les plus grands criminels de notre histoire ont tous inspiré des œuvres littéraires, cinématographiques et parfois même musicales, devenant ainsi des stars dont les méfaits, réels, perdent peu à peu de leur importance et de leur ignominie. Leos Carax fait de son héros un personnage détesté par les uns et voué à un culte par les autres. On l'affiche derrière une multitude d'écrans, au cœur même de cette ville qu'il a hanté. On se grime en portant des masques à son effigie. Et lorsqu'après son procès il est condamné à mort, il en demeure encore pour tenter de le sauver de son funeste destin, d'autre allant même jusqu'à le prier tel un dieu, à la place de Dieu.

Merde, c'est Denis Lavant, qui depuis ses débuts suit le cinéaste Leos Carax dans ses œuvres. A ses côtés, étonnamment, on retrouve l'excellent acteur Jean-François Balmer. Merde est un court-métrage étonnant, parfois abscons (le procès manque d'une écriture plus intense), mais qui ne laisse pas indifférent...

mardi 15 mars 2016

Le Quart d'heure américain de Philippe Galland (1982)



Ferdinand conduit sa vieille voiture sur une autoroute. Sans femme et sans boulot, il a choisi de quitter la France pour la Thaïlande. En route, il est collé de près par une voiture de la station Radio 1. Il entend Bonnie, l'animatrice d'un jeu dans lequel les auditeurs peuvent gagner de l'argent, épeler le numéro de sa plaque d'immatriculation. Trop heureux d'avoir été choisi, il se rabat sur le coté de la route mais sa voiture tombe dans un fossé et se retrouve le quatre fers en l'air. Malgré le choc, il se rue tout de même vers la voiture de Radio 1 et choisit l'une des enveloppes que lui tend Bonnie et qui renferment toutes une somme d'argent. Soixante francs, c'est tout ce que touche le pauvre Ferdinand qui fait bonne figure, surtout devant l'ampleur des dégâts concernant sa voiture.

Se sentant en partie responsable de ce qui arrive à Ferdinand, Bonnie décide de lui venir en aide et tous deux, secourus par des travailleurs portugais, parviennent à retourner la voiture. Patrice, l'homme au volant de la voiture de Radio 1 n'a pas eu la même patience et a laissé la pauvre animatrice en rade. Ferdinand propose donc généreusement de raccompagner Bonnie jusque chez elle. Un petit appartement où il aura tout de même la consolation de pouvoir prendre un bain...

Gérard Jugnot, Anémone, Martin Lamotte, trois des compères de la célèbre bande du Splendid réunis dans une comédie tendre, douce, mais parfois amère par Philippe Galland. Le cinéaste convoquera à nouveau Anémone trois ans plus tard pour Le Mariage Du Siècle dans lequel l'on retrouvera d'autres personnages de la bande, Thierry Lhermitte et Dominique Lavanant .

Peut-être moins populaire que Les Bronzés 1&2 ou Le Père Noël Est Une Ordure, Le Quart D'Heure Américain n'en demeure pas moins une très bonne comédie française. Il ne faut assurément pas s'attendre à un flot de répliques drôles aussi important que dans les classiques du Splendid, car si le film de Philippe Galland est bien une comédie, il y a tout de même quelques passages moins amusants. L'amertume d'un homme qui a tout perdu et vit d'un rêve inaccessible, et que sa nouvelle « petite amie » rechigne à présenter à ses amis. Ce qui donne quelques scènes qui, il faut l'avouer, peuvent mettre mal à l'aise.
Comme celle durant laquelle Gérard Jugnot est humilié dans le bistrot où il a donné rendez-vous à Anémone après s'être donné la peine d'acheter un smoking qui, il est vrai, lui va comme une tenue de serveur.

Autour de ces deux principaux acteurs, une ribambelle de second rôles. L'acteur, scénariste et réalisateur Martin Lamotte que l'on a pu voir entre autre sous le masque de Super Résistant dans Papy Fait de la Résistance et dans un tout petit rôle dans l'unique film qu'il a réalisé lui-même, l'excellent Ça Reste Entre Nous. L'inégalable et irremplaçable Jean-François Balmer dans le rôle d'un directeur des programmes totalement barré. Jean-Pierre Bisson dans celui de Patrice (et inquiétant personnage du superbe polar à la française, Mort un Dimanche De Pluie de Joel Santoni).

samedi 19 juillet 2014

les Fauves de Jean-Louis Daniel (1984)


Berg et Bela s'aiment. La jeune femme veut cesser ses activités de cascadeuse pour devenir la mère de l'enfant qu'elle portera. Berg est d'accord. Alors que celui-ci s'apprête à exécuter la cascade qui l'a rendu célèbre en compagnie de Bela, sa fiancée reçoit la visite de son frère Léandro qu'elle n'a pas revu depuis des années. Fou amoureux de sa propre sœur, l'homme, un brin déséquilibré, la menace de tuer Berg si elle décide de rester avec lui.

Persuadée par Léandro, Bela, lors de la cascade effectuée par Berg, avoue à ce dernier qu'elle a l'intention de le quitter. Ne sachant pas que c'est pour le protéger de son frère, Berg devient fou et, lors du saut qu'ils doivent effectuer à bord d'une voiture, jette celle-ci contre une série de véhicules mis côte à côte derrière une rampe de lancement. La voiture s'écrase et s'enflamme avec à son bord Bela tandis que Berg, éjecté, assiste à la mort tragique de celle qu'il aime.

Quelques années plus tard, et alors qu'il ne s'est toujours pas remis de la disparition de Bela, Berg a abandonné les cascades et travaille pour une entreprise de surveillance et de protection, La Veillance. Aux côtés d'une dizaines d'hommes armés, il parcourt les routes de la capitale en pleine nuit. Il sympathise avec Mimi, une jeune serveuse tandis que son binôme, Nino, jeune homosexuel, récolte les quolibets de ses collègues de travail.

A La Veillance, il y a un nouveau. Il se prénomme Léandro et sa présence n'est pas le fruit du hasard. Il n'a qu'une idée en tête, venger la mort de Bela dont il octroie la responsabilité à Berg...


Datant de 1984, Les Fauves de Jean-Louis Daniel est le premier rôle véritablement "sérieux" de Daniel Auteuil, surtout habitué aux personnages d'adolescents immatures (Les Sous-Doués et sa suite de Claude Zidi) ou de pseudos-psychopathes dans des comédies pas franchement fameuses (T'Empêches Tout Le Monde De Dormir de Gérard Lauzier). Si c'est Claude Berri qui lui offrit son véritable premier grand rôle au cinéma dans Jean De Florette, on sent déjà percer ici un vrai talent pour la tragédie et le film noir.

Aussi désespérant que désespéré, Les Fauves nous plonge dans un climat oppressant et pessimiste duquel rien ne bon ne semble pouvoir surnager. Et la raison d'un tel sentiment provient certainement d'une galerie de gueules patibulaires sincèrement inquiétante menée par le chien fou Farid Chopel que suit de près une bande de dangereux psychopathes (le dérangé Jean-François Balmer).

Et que dire de Philippe Léotard, acteur habitué aux personnages de paumés (Adieu blaireau, La balance) et qui ici interprète le rôle d'un homme incestueux et qui par esprit de vengeance se fait enrôler dans la boite où travaille celui qu'il considère comme étant responsable de la mort de sa sœur. Il n'y a pas vraiment de héros dans ce film.

On remarquera la présence de Florent Pagny dans le rôle de Nino, jeune homosexuel attiré par Daniel Auteuil et qui, par désillusion, participera (du moins durant un temps), à la chasse à l'homme dont sera victime l'ancien cascadeur.

Les Fauves se révèle être un film honnête, et en fait, pas vraiment commercial puisqu'il dégage plus une impression de malaise que de convivialité. Cette impression permanente n'est jamais mise en défaut, pas même lors des rares instants durant lesquels le héros est en contact avec le seul élément de pureté et d'innocence inclus dans cette histoire (Mimi, interprété par Véronique Delbourg). Une œuvre finalement très étrange, presque étouffante, et définitivement plongée dans un bain de pessimisme.
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