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mercredi 19 août 2026

Le furet de Jean-Pierre Mocky (2003) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Pour ce nouvel article consacré à Jean-Pierre Mocky, nous nous déplaçons jusqu'en 2003, année relativement peu faste pour le cinéaste si l'on veut rester polis, courtois et respectueux vis à vis de sa très longue carrière. Il n'est d'ailleurs pas inconcevable d'imaginer qu'il aurait probablement continué à tourner des films puisque c'est bien son décès survenu le 8 août 2019 qui mit un terme à la réalisation et à l'écriture de longs-métrages. Cette année là, il réalisa d'ailleurs le tout dernier d'entre eux, intitulé Tous Flics. Concernant Le furet, il s'agissait là de l'unique collaboration entre le cinéaste français et l'acteur Jacques Villeret qui tient le rôle-titre de cette comédie criminelle et policière dans laquelle l'on retrouve également deux très fidèles interprètes de Jean-Pierre Mocky puisque Michael Lonsdale et Michel Serrault apparaîtront tous les deux dans divers œuvres alignant l'un et l'autre une dizaine de collaborations. Comme à son habitude, Jean-Pierre Mocky réunit quelques vedettes du cinéma français auxquelles l'on peut ajouter Robin Renucci qui six ans plus tard apparaîtra dans Colère, quelques seconds rôles parmi de très grands habitués du réalisateur tels que Dominique Zardi ou Jean Abeillé ou, encore plus étonnant, des personnalités qui viennent d'univers qui n'ont pas véritablement de lien direct avec le septième art. On pense bien évidemment au chanteur de rock Dick Rivers, ancienne vedette de la chanson française qui connut tout d'abord le succès avec son groupe Les Chats Sauvages dans les années soixante avant qu'il ne se lance dans une carrière solo ou bien l'animateur de télévision Karl Zéro, de son vrai nom Marc Tellenne, dont la période la plus faste se concentra probablement lors de ses différentes participations aux émissions Nulle Part Ailleurs et Le Vrai Journal sur Canal+ entre 1994 et 2006... Le furet du titre est donc ce tueur à gages insaisissable qui donne du mal à la police ainsi qu'au truand Don Salvadore (Michael Lonsdale). L'une et l'autre ne rêvant que d'une chose. Stopper net sa carrière d'assassin. En effet, lorsque cette adaptation du roman Le furet dans le métro de l'écrivain et illustrateur de bandes dessinées américain Lou Cameron débute, le meurtrier en est déjà à sa quatrième victime. Mais l'homme ne s'en prend pas à n'importe qui : celui-ci semble avoir un effet une prédisposition pour les petites crapules, les voyous, les dealers... Mais ce que l'on découvre rapidement, c'est que l'homme ne tue pas selon son unique volonté puisqu'il exécute en réalité des contrats commandités par un certain Anzio (Michel Serrault) qui lui promet sans cesse de lui faire rencontrer enfin Don Salvatore...


Ayant toujours un prétexte pour repousser les présentations entre le mafieux et le tueur à gages qu'incarne donc à l'écran Jacques Villeret, ce dernier rêve de devenir riche, de conduire de belles voiture et d'avoir toutes les femmes qu'il désire malgré qu'il soit marié et père de deux fils. Véritable anguille qui glisse entre les mailles du filet, le furet se cache sous l'apparat du sympathique petite serrurier, grand amateur de films d'action et qui lors des contrats qu'il est chargé d'exécuter a l'habitude de passer par les égouts et par les tunnels du métro parisien... Le furet met en scène l'actrice (et reine de beauté !!!) Patricia Barzyk dans le rôle du médecin légiste Karadin. Son personnage entretiendra une relation privée avec l'inspecteur Bart chargé d'enquêter sur la série de meurtres qui endeuille les réseaux criminels et qu'incarne de son côté Robin Renucci. Quant à eux, Dick Rivers, Jean Abeillé et Karl Zéro interprètent des bandits. Les deux premiers étant à la solde de Don Salvatore tandis que le troisième est le neveu poltron d'Anzio. Doté d'un budget d'un peu moins d'un million d'euros, Le furet reste une œuvre relativement intéressante s'agissant d'un film de Jean-Pierre Mocky s'inscrivant dans une période charnière où s'enchaînent quelques bonnes surprises mais aussi des longs-métrages presque ''impropres'' à la consommation. On ne reviendra évidemment pas sur l'interprétation souvent calamiteuse de certains grands fidèles acteurs du réalisateur, le film étant évidemment tout d'abord porté par un Jacques Villeret également à la production qui choisit de financer le film car le script de Jean-Pierre Mocky lui plaît beaucoup. L'acteur aurait même réussit à convaincre Jean-Pierre Mocky de retourner certaines séquences qu'il jugeait de mauvaise qualité. Le plus décevant restant ici l'incarnation de Michel Serrault qui, il faut bien le reconnaître est mauvais, voire même pathétique. Mais dans l'ensemble, le film reste très plaisant à regarder. Notons enfin que la bande musicale est l’œuvre du compositeur franco-roumain Vladimir Cosma qui bien longtemps après avoir écrit la musique du Grand blond avec une chaussure noire, des Aventures de Rabbi Jacob ou de celle de L'aile ou la cuisse a ici franchement perdu de sa superbe....

 

mardi 14 octobre 2025

Flic ou voyou de Georges Lautner (1979) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Durant sa carrière d'acteur, Jean-Paul Belmondo a croisé la route de nombreux cinéastes. Tels Jean-Luc Godard, Claude Sautet, Henri Verneuil, Vittorio De Sica, Jean-Pierre Melville, Philippe de Broca, Jacques Deray, Gérard Oury, Philippe Labro, Claude Zidi, Claude lelouch, Patrice Leconte ou encore Georges Lautner. La rencontre entre ce dernier est l'une des plus grandes stars du cinéma populaire français des années quatre-vingt donnera lieu à une aventure qui s'étendra entre 1979 et 1992. Cinq longs-métrages : Flic ou voyou, Le guignolo, Le professionnel, Joyeuses Pâques et enfin L'inconnu dans la maison... Parmi ces cinq films, Flic ou voyou est non seulement la première collaboration entre les deux hommes mais aussi celui qui poursuit en partie dans la veine de la comédie impulsée quelques années auparavant avec des œuvres telles que L'incorrigible de Philippe de Broca ou L'animal de Claude Zidi. Sauf qu'ici, et comme dans bon nombre de longs-métrages mettant en vedette Jean-Paul Belmondo depuis au moins le milieu des années soixante-dix, l'acteur y incarne le rôle d'un flic. Encore un commissaire. Divisionnaire de surcroît. Au vu du charisme du bonhomme, on envisage forcément mal de le voir dans le costume étriqué d'un petit agent de la circulation ou dans celui d'un policier installé en milieu rural et devant traiter de problèmes entre voisins ou de vols de bétail ! Tourné à Nice et notamment sur la Promenade des Anglais, à Antibes, Juan-les-Pins ou dans les studios de la Victorine pour les séquences en intérieur, Flic ou Voyou fait partie de cette catégorie de films qui hésitent perpétuellement entre humour et sérieux. Cela est d'autant plus le cas ici que l'on a droit à de savoureux dialogues de la part du mythique Michel Audiard ainsi que des mises en situation de la part du scénariste, réalisateur et dialoguiste Jean Herman (qui s'inspire ici du roman L'inspecteur de la mer de Michel Grisolia) que Georges Lautner transpose pour un résultat qui affole certains baromètres ! Car n'en déplaise à ceux qui vouent une passion exclusive pour les genres policier, polar ou thriller dans leur globalité, le cinéaste atteint une émulsion entre les genres à laquelle Jean-Paul Belmondo et certains des cinéastes qui l'ont fait tourner sont habitués...


Pourtant, aussi étrange que cela puisse paraître, il semblerait que l'inspiration ait quelque peu quitté l'esprit du scénariste au fil de l'écriture. Car si le premier tiers du long-métrage enchaîne à une allure folle les situations les plus ubuesques qui soient, petit à petit, le film trouve son rythme dans le film policier pur jus, pratiquement débarrassé de tout sens de la fantaisie par la suite. Dans cette œuvre qui pose d'emblée la question de savoir si Jean-Paul Belmondo incarne un flic ou un voyou, la réponse s'impose évidemment dès le départ. Le spectateur lambda comme le fan de la star n'est pas bête au point de l'imaginer incarner réellement une crapule. Ce que vient d'ailleurs confirmer le script au bout d'un certain temps. Comme l'on comprend d'ailleurs assez rapidement que sous le nom d'Antonio Cerutti se cache un flic infiltré dont on apprendra le véritable nom un peu plus tard. Le commissaire divisionnaire Stanislas Borowitz s'incruste et sème ainsi la zizanie entre deux chefs de gangs niçois. D'un côté, Théodore Musard, dit ''L'auvergnat''. Un personnage très rapidement et savoureusement humilié par notre cher commissaire. Un personnage incarné par l'excellent Georges Géret. Autre grand truand et ''gueule'' du cinéma français d'alors, l'acteur Claude Brosset (qui cinq ans plus tard retrouvera notamment Belmondo dans Le marginal) dans le rôle d'Achille Volfoni, dit ''Le corse''. Flic ou voyou est aussi l'occasion de traiter du sujet de la corruption dans la police à travers les personnages des inspecteurs Rey et Massard incarnés par Tony Kendall et le toujours excellent Jean-François Balmer. Notons également la présence de Michel Beaune et de la toujours très étrange Catherine Lachens dans le double rôle d'un couple d'hôteliers/restaurateurs. Ou encore celles de Venantino Venantini (retrouvé mort dans des conditions qui peuvent rappeler celle de Tonio, l'indicateur interprété par Stéphane Ferrara, lui-même assassiné dans Le marginal), de Michel Galabru en Commissaire Grimaud, Philippe Castelli en moniteur d'auto-école, Marie Laforêt dans le rôle de la riche propriétaire Edmonde Puget-Rostand. Sans oublier bien sûr celle qui incarne la fille de Borowitz à l'écran : la toute jeune Julie Jézéquel à laquelle Georges Lautner offre là son tout premier rôle au cinéma en lui permettant d'incarner le rôle de l'espiègle Charlotte ! Concluons pour finir en évoquant l'excellent thème principal composé par le prolifique compositeur français Philippe Sarde et l'on tient là un Belmondo de bonne facture...

 

mardi 23 septembre 2025

The Thursday Murder Club de Chris Columbus (2025) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Depuis que le producteur, réalisateur et scénariste britannique Kenneth Branagh a remis au goût du jour la mode du Whodunit en proposant de nouvelles transpositions à l'écran des plus grands classiques de la romancière Agatha Christie (Murder on the Orient Express en 2017, Death on the Nile en 2022 et A Haunting in Venice en 2023), d'autres se sont attaqués au genre . Et même en France puisque à travers une toute autre approche Rémi Bezançon a réalisé l'excellent Le Mystère Henri Pick en 2019 tandis que trois ans plus tard, Nicolas Pleskof a signé un Murder Party de mémoire relativement triste... Le dernier Whodunit à avoir vu le jour non pas sur grand écran mais directement sur la plateforme de streaming Netflix est une production Amblin Entertainment. Une société créée en 1980 par Kathleen Kennedy, Frank Marshall mais aussi et surtout par Steven Spielberg sous la bannière de laquelle le cinéaste à produit la majeure partie de ses films. Une entreprise américaine qui produit pourtant ici une œuvre d'origine britannique. Un retour aux sources et aux fondamentaux tellement proche du concept originel que comme on le constatera assez rapidement, The Thursday Murder Club a beau avoir vu le jour sur nos écrans de télévision il y a moins d'un mois le 28 août, celui-ci n'en demeure pas moins une vision quelque peu passéiste du genre. Tant et si bien que l'on a moins l'impression d'être devant un long-métrage qui aurait mérité sa place dans les salles de cinéma que d'être devant une œuvre qui aurait pu être directement exposée chez nous sur France 3 où fut notamment accueillie la série Midsomer Murders plus connue sous le titre Inspecteur Barnaby. Diffusé dans l'hexagone sous le titre Le Murder Club du jeudi, le long-métrage de Chris Columbus n'est pas celle d'un novice puisque parmi sa vingtaine de réalisations, on lui doit notamment Maman, j'ai raté l'avion ! en 1990 et sa suite sortie en 1992, Madame Doubtfire en 1993, L'homme bicentenaire en 1999 ou encore les deux premiers volets de la franchise Harry Potter (L'école des sorciers en 2001 ainsi que La chambre des secrets l'année suivante). Bref, du cinéma populaire parfois très enfantin et qui par conséquent ne sera pas forcément du goût de tout le monde...


Abordant son nouveau projet sous un angle un tout petit peu plus ''mature'', Chris Columbus signe donc un long-métrage proche de l'univers de la célèbre romancière britannique bien qu'en réalité, The Thursday Murder Club soit en fait l'adaptation du premier des quatre volumes que constitue actuellement la série de romans éponymes écrits par l'écrivain anglais Richard Osman. Production Amblin Entertainment oblige, le casting est constitué de grands interprètes, à l'image de l'actrice britannico-américaine Helen Mirren, de la britannique Celia Imrie, du britannico-indien Ben Kingsley, de l'américain Pierce Brosnan ou de l'écossais David Tennant qui après avoir notamment brillé dans l'excellente série Broadchurch en incarnant l'inspecteur Alec Hardy entre 2013 et 2017 interprète ici le rôle de Ian Ventham, l'un des deux propriétaire de la maison de retraite Coopers Chase qu'il a décidé de radicalement ''transformer'' avec ou sans l'assentiment des pensionnaires. Décidant en outre de faire raser le cimetière mitoyen ! Elizabeth Best, Ron Ritchie, Ibrahim Arif et la nouvelle venue en la personne de l'ancienne infirmière Joyce Meadowcroft vont tout mettre en œuvre pour empêcher que cela n'arrive. Membres exclusifs du Murder Club du jeudi, ils vont en outre enquêter sur le meurtre du copropriétaire de la maison de retraite, John Grey (l'acteur Paul Freeman). Un assassinat qui arrange les affaires de Ian Ventham puisque la victime qui détenait la moitié des parts dans l'affaire ne semblait pas prête à accepter le projet... Sans être mauvais, The Thursday Murder Club est en fait assez anodin dans le genre Whodunit. Rien d'exceptionnel si ce n'est un humour omniprésent et des décors magnifiques situés dans le comté de Buckinghamshire et dans celui de Hertfordshire. Notons la présence de Naomie Ackie dans le rôle de l'inspectrice Donna De Freitas, celle de Daniel Mays dans celui de son supérieur hiérarchique Chris Hudson ou encore celle de Jonathan Pryce dans le rôle de Stephen Best, l'époux d'Elizabeth. The Thursday Murder Club demeure un bon divertissement, qui part certes un peu dans tous les sens et fait plutôt figure de long téléfilm policier que de véritable long-métrage voué à une hypothétique sortie en salle... Sachant qu'il s''agit de l'adaptation du premier volet de la saga de romans de Richard Osman, il n'est pas interdit de penser qu'une suite pourrait prochainement voir le jour. Attendons tout d'abord de voir si ce premier film attire suffisamment de téléspectateurs...

 

samedi 5 avril 2025

Un Cadavre au Dessert de Robert Moore (1976)



Un vieil homme excentrique invite les cinq plus grands détectives du monde à un dîner un peu particulier. En effet, Lionel Twain convie Dick et Doras Charleston ainsi que leur terrier. L'inspecteur Sidney Wang et son fils adoptif Willie. Milo Perrier et son assistant Marcel Cassette. Sam Diamond et sa secrétaire Tess Skeffington. Ainsi que Jessica Marbles et sa fidèle infirmière, Mlle Withers. Toutes et tous sont conviés dans une lugubre demeure. Mais très vite les choses se compliquent. Un pont branlant qui menace de s'effondrer au passage des invités et des statues qui tombent sur la tête des invités sous le porche de la porte d'entrée. Un sonnette qui « hurle », un majordome aveugle et une cuisinière sourde et muette. De dizaines de tableaux et de trophées accrochés aux murs. Des yeux vides qui permettent à l'hôte de ces lieux d'épier ses invités.

Lionel Twain a une très étrange proposition à faire à ses invités. Il les invité en effet à participer à un dîner durant lequel un crime sera commis au vu et au su de tous. Celui qui résoudra ce meurtre se verra empocher la somme d'un million de dollars. Les invités n'ont de toute façon pas le choix puisque fenêtres et portes sont fermées et protégées par de solides grilles métalliques...

Réalisé par Robert Moore en 1976, Un Cadavre au Dessert est une comédie policière jubilatoire. Un suspens en forme d'hommage à Agatha Christie qui ne ménage pas les spectateurs en terme de gags puisque les répliques ne cessent de fuser pour notre plus grand bonheur. Truman Capote, Alec Guinness, James Coco, Peter Falk, Eileen Brennan, Elsa Lanchester, David Niven, Maggie Smith et Peter Sellers pour ne citer qu'eux. Un casting flamboyant pour une intrigue passionnante située dans un manoir inquiétant. Des effets réussis (pluie, brouillard), des décors gothiques du plus bel effet et des dialogues extraordinairement bien écrits. Un Cadavre au Dessert se doit d'être vu en version originale évidemment. Mais que les réfractaires ne se fassent pas de soucis. La traduction est parfaite et la finesse de certains jeux de mots est conservée. Macabre et drôle, le film n'est pas avare en répliques cinglantes. Les actrices et acteurs sont tous géniaux. On prend plaisir à les retrouver, et notamment Peter Falk qui interprète cette fois-ci un inspecteur beaucoup plus vindicatif dans ses propos que dans l'excellente série qui l'a rendu célèbre.

On reconnaît à peine Peter Sellers, ici grimé en japonais qui omet les pronoms. Le film comprend des scènes d'anthologie comme celle qui nous convie à assister à un « dialogue » entre le majordome aveugle et la cuisinière sourde et muette. La fin du film se termine par une succession de six « twists » finaux qui succède à une série d'aveux de la part des convives, rappelant ainsi la plupart des œuvres cinématographiques inspirées par l’œuvre d'Agatha Christie. Un Cadavre au Dessert est donc une magistrale comédie macabre qu'il faut avoir vu au moins une fois dans sa vie...


dimanche 28 juillet 2024

Les infaillibles de Frédéric Forestier (2024) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Inès Reg, c'est quoi ? Après qu'une discussion endiablée ait été engagée entre mes cortex gauche, temporal et pariétal, laquelle a abouti à un match nul, je suis allé voir ce qu'avait pu faire dans sa courte carrière la jeune femme pour mériter d'être sur l'affiche de la dernière comédie réalisée par Frédéric Forestier. Une punition, diront certain, au regard d'une cinématographie qui ne brilla pas jusqu'à maintenant pour ses qualités artistiques ! Il paraît qu'Inès Reg est devenue populaire après la diffusion sur Tik Tok d'une vidéo qui serait devenue virale. J'espère m'être trompé en cliquant sur le mauvais lien parmi ceux qui me furent proposés car si vraiment l'engouement d'un certain public s'est construit autour de celle qui fut intitulée ''Des paillettes dans ma vie'', je crois bien que la France est foutue. Du moins, sa culture... Ensuite, et au regard du résultat qu'affiche à l'écran Les infaillibles, lire ici ou là que la jeune ''humoriste'' se sent plus à l'aise dans la comédie que dans la tragédie, c'est dire si le fossé qui l'aurait séparée d'une artiste de talent évoluant dans l'art dramatique aurait été pour elle parfaitement infranchissable. Quoique dans le domaine de la tragédie, après avoir découvert tout récemment que la demoiselle s'était épanchée sur le conflit l'opposant à la chanteuse québécoise Natasha St-Pier lors des enregistrements de l’émission ''Danse avec les stars'' en affirmant que la seule et unique victime, c'était elle, Inès Reg peut s'enorgueillir d'avoir un certain talent dans le domaine... de la ''comédie'', justement ! D'emblée, Les infaillibles pue ! Le titre évoque cette vague infâme de comédies françaises dont les pires représentants sont sans doute sortis ces dix dernières années. Parmi lesquels l'on retrouve Le dernier Mercenaire de David Charhon, Les Municipaux, Trop c'est Trop d'Eric Carrière et Francis Ginibre, Les SEGPAS de Ali Boughéraba et Hakim Boughéraba, Sentinelle de Hugo Benamozig et David Caviglioli, 38°5 quai des orfèvres de Benjamin Leher ou encore l'immonde Brutus vs César de Kheiron...


Mais ne nous arrêtons pas à ces quelques clichés qui voudraient que quelques jeunes ayant débuté sur les réseaux sociaux n'ont pas leur place sur les écrans de cinéma. Après avoir signé, au hasard, Le boulet en 2002, Les parrains en 2004, Astérix aux Jeux Olympiques en 2008 ou Chasse gardée il y a trois ans, Frédéric Forestier semble avoir choisi d'adopter le concept de certaines comédies assez bas du front voyant surgir dans la capitale des personnalités qui au demeurant auraient tout fait pour ne pas y être mutées. Paris n'étant d'ailleurs pas la seule ville de France que certains redoutent comme pu le démontrer en son temps Dany Boon avec Bienvenue chez les Ch'tis dans lequel le personnage incarné par Kad Merad, en homme du sud, était muté dans le Nord-Pas-De-Calais. Loin de moi l'idée de comparer l'un des plus gros succès du cinéma français avec le dernier long-métrage de Frédéric Forestier qui, quoi qu'on en dise, n'est pas non plus le pire cinéaste de l’hexagone ! Le problème provient surtout ici justement de la présence d'Inès Reg dans le rôle principal de la fliquette, Alia Samani. Prouvant qu'une seule année au Cours Florent au lieu des trois ans de formation exigés ne suffit pas à transformer un individu en acteur ou comédien de talent ! Pour une fois, commençons par la fin. J'ai faillit verser ma petite larme. Ces retrouvailles ou plutôt, cette rencontre entre l'héroïne et ce père qu'elle n'a jamais connu. Ouais, j'ai faillit couiner comme un chiard qui vient de sortir des entrailles de sa mère. Si seulement Inès Reg avait eu à ce moment très précis ne serait-ce qu'une once de talent, j'aurais sans doute mouillé une paire de Kleenex...


La meuf qui durant les quatre-vingt dix minutes qui viennent de passer n'a pas cessé de sortir une grossièreté toutes les deux phrases remporte lors de cette seule séquence de fin la palme de la pire interprétation dans la catégorie émotion. J'ai eu beau ressortir mes petites fiches, celles que je noircissais à l'époque où je ne tapais pas encore sur le clavier de mon ordinateur, et je vous jure qu'en comparant le jeu de l'actrice (un bien grand mot pour une si petite interprète) à celui de toutes celles qui sont passées devant mon regard ces quarante dernières années que je n'avais jamais eu l'occasion d'assister à un tel naufrage. D'ailleurs, dans les bons moments comme dans les galères, son personnage ne semble être doté que d'une seule et même expression. L’œil rond, le sourcil froncé et un léger sourire méprisant pour ses collègues au coin des lèvres ! À côté d'elle, son benêt de partenaire à l'air d'une lumière... Question charisme, Kévin Debonne semble avoir oublié son apparat de séducteur et de dur à cuir au vestiaire et comme lui rétorque si justement l'un de ses collègues lors de l'unique séquence où mes lèvres n'ont pu retenir un sourire : ''On dirait un pauvre sosie complémentent raté de Belmondo...''. Les infaillibles est un Buddy movie dans lequel une marseillaise vulgaire et un parisien un peu niais font équipe afin de faire tomber une équipe de braqueurs qui s'apprête à exécuter leur plus gros coup. Le duo Inès Reg/Kévin Debonne fonctionne mal. On ne croit pas à la complicité des deux interprètes qui logiquement aurait dû éclater au grand jour sachant qu'ils vécurent ensemble pendant six ans. La propension qu'a le scénario à rendre le rôle qu'incarne la jeune femme totalement détestable est assez effarante. Et ça n'est certainement pas les quelques séquences qui tentent d'apporter un peu de profondeur au récit qui arrangeront les choses. Comme on dit souvent, c'est dans les vieux pots que l'on fait les meilleures confitures. Ainsi, Philippe Résimont, Lionnel Astier et Moussa Maaskri sont ceux qui s'en sortent encore le mieux. Quant à ceux qui incarnent les collègues de nos deux (z)héros, si c'est ainsi que le réalisateur se représente les forces de l'ordre, avec leur ''parler'' de quartier, les français ont vraiment du soucis à se faire...

 

samedi 8 juin 2024

GIALLO - Mélodie Meurtrière (Giallo Napoletano) de Sergio Corbucci (1978) - ★★★★★★★☆☆☆

 


Il y a une semaine, nous débutions le cycle consacré au Giallo avec une œuvre signée de Sergio Martino. Nous la concluons désormais avec un long-métrage réalisé par Sergio... Corbucci... Notez que vous pouvez également cliquer sur la vignette se rapportant au genre dans la colonne de gauche. Vous y trouverez plus de quarante articles consacrés au Giallo. Bonne lecture à toutes et tous...

 

Tout ou presque est dans le titre... français. Traduction fidèle non pas de celui qui ornait les affiches italiennes mais plutôt du contenu de ce qui fut l'un des nombreux longs-métrages du très productif Sergio Corbucci, l'un des grands maîtres du western spaghetti dans les années soixante. Mélodie Meurtrière. Ce systématisme avec lequel s'emploie un mystérieux criminel à tuer des hommes en les jetant par la fenêtre. Un mode de fonctionnement assez particulier que l'on ne rencontre pas tous les jours dans le genre Giallo auquel le titre italien, lui, semble vouloir nous dire qu'il appartient : Giallo Napoletano qui se traduit littéralement par Jaune napolitain. Facile donc de se référer à un genre qui vit plus ou moins briller tant de cinéastes originaires de la Botte. Mais, faut-il le rappeler, le terme en lui-même signifie avant tout une couleur et non en genre. Et comme le jaune invoqué ne nous saute pas frontalement aux yeux et que Rosso (Rouge) aurait dû logiquement prendre sa place dans le titre original, il semblerait donc bien qu'il s'agisse là d'une volonté de la part du réalisateur italien d'intégrer ce concept même à une œuvre mélangeant humour et policier. La vedette de Giallo Napoletano y est le formidable acteur Marcello Mastroianni dont on ne présente plus la longue carrière auprès de nombreux et talentueux cinéastes parmi lesquels Dino Risi, Luigi Comencini, Michelangelo Antonioni, Federico Fellini, Marco Ferreri ou Ettore Scola (sans parler de sa carrière à l'internationale). Il y tient le rôle de Raffaele Capece fils d'un joueur de casino invétéré croulant sous des dettes que le fils essaie d'éponger en jouant de la mandoline contre de menus pourboires...


Témoin bien malgré lui d'un meurtre transformé en suicide (un homme tombe d'un balcon, le premier d'une longue série), Raffaele va devoir justifier de sa présence sur les lieux et de son innocence en permanence. Face au commissaire Voghera mais aussi face aux truands Gregorio Sella (Franco Javarone) et Albino (Natale Tulli) qui le croient impliqué dans cette sale affaire qui va s'avérer mélanger meurtres et chantage. D'emblée, et d'une manière aussi futée que minimaliste employant la technique du ''split-screen'' (ici traitée dans sa plus simple expression), Sergio Corbucci annonce la couleur en exposant lors du générique, le mélange des genres auquel il va faire appel pour nous conter cette curieuse affaire criminelle. Une double image exposant d'un côté l'immense cinéaste britannique Alfred Hitchcock très justement connu sous le surnom de ''Maître du suspense'' et de l'autre, l'acteur comique d'origine napolitaine Antonio Griffo Focas Flavio Angelo Ducas Comneno Porfirogenito Gagliardi De Curtis di Bisanzio plus connu sous le sobriquet de Totò. Une manière pour Sergio Corbucci d'exprimer le choix d'intégrer l'humour au mystère et les bons mots aux meurtres. Le récit se déroule comme on s'en doute dans la ville de Naples où la criminalité gangrène certains quartiers et où la police, parfois, rechigne à agir. La mélodie du titre français, c'est celle qu'entonne pour la première fois le personnage interprété par un Marcello Mastroianni totalement ahuri et que l'on entendra à de nombreuses occasions. Une sérénade qui étrangement semble avoir le pouvoir d'engendrer des meurtres...


Mais tout ceci va très rapidement s'expliquer puisqu'il va s'agir ici de chantage, de truands et d'un commissaire qui arrive toujours avec un train de retard (l'efficacité napolitaine?). Intervient alors le grand chef-d'orchestre Victor Navarro qu'interprète notre immense Michel Piccoli national. Plus impliqué qu'il n'y paraît, victime lui-même de ce chantage dans lequel vont intervenir diverses ''éléments'' comme un enregistrement sur support magnétique ainsi que deux femmes superbes : d'abord sa compagne Elizabeth qu'interprète l'actrice italienne originaire de l’Érythrée Zeudi Araya, mais peut-être plus encore la sublime Ornella Mutti qui elle, interprète le rôle de Lucia Navarro, infirmière, épouse de Walter Navarro qui a mystérieusement disparu, et donc belle-fille du célèbre chef-d'orchestre. Giallo Napoletano est une savoureuse comédie policière dans laquelle l'expression stoïque de Marcello Mastroianni (de surcroît,affublé d'une jambe boiteuse, conséquence de la poliomyélite) et l'envoûtant regard d'Ornella Muti font des merveilles. L'intrigue n'en est cependant pas moins parfois relativement biscornue. Tout n'est pas très clair même si à la fin on se rassure lorsque nous sont enfin offertes les clés de cette drôle d'affaire criminelle à laquelle viendra se joindre le thème de la machination...
 
 

 

mardi 26 décembre 2023

Un stupéfiant Noël d'Arthur Sanigou (2023) - ★★★★★☆☆☆☆☆



 

Commençons par un peu de médecine, voulez-vous ? Assister au spectacle affligeant de la nouvelle comédie française Made in Amazon Prime, c'est un peu comme de mourir d'hypothermie. Notre corps combat le froid autant qu'il le peut mais notre système de défense interne ayant ses limites, il arrive un moment où notre température corporelle descend en dessous des trente-cinq degrés. Imaginez-donc qu'au delà de seulement deux degrés en deçà de la normale, notre production de protéines s'en trouve fortement perturbée... Alors, lorsque notre température descend sous les vingt degrés, pensez aux désastreuses conséquences que cela peut avoir sur notre organisme. Un cœur qui ralentit, le bon fonctionnement des muscles de nos poumons qui s'affaiblit, des membres qui s'engourdissent et des frissons qui en général apportent un regain de chaleur mais qui en cas d'hypothermie s'espacent. Et je ne vous parle même pas des engelures, symptômes beaucoup moins graves si on les compare au décès qui se profile dangereusement. OUI, Un stupéfiant Noël, c'est un peu le même sensation que de mourir dans une certaine confusion mentale, sans plus vraiment en avoir réellement conscience, les membres ''ankylosés''. Un peu de science, maintenant, à ne surtout pas reproduire chez soit malgré tout... Pauvres bêtes. Car une fois encore, le premier long-métrage d'Arthur Sanigou fait sans doute le même effet qu'une grenouille que l'on plonge dans une casserole d'eau froide et qui ne se rend pas compte que petit à petit, le bain dans lequel elle baigne monte en température jusqu'à atteindre l'ébullition, causant ainsi inévitablement sa perte... Que de morts par le froid ou par grandes chaleurs mais que l'on se rassure, à la fin de la projection d'Un stupéfiant Noël, on ne risque pas de finir entre six planches. La comparaison avec l'alpiniste qui va finir en glaçon pour cocktail géant et le batracien cuit dans une eau à la température d'un geyser islandais n'est pas tout à fait innocente puisque la comédie en question est typiquement le genre de production que l'on regarde avec un certain effarement avant de nous rendre compte en fin de projection que l'on aura finalement beaucoup ri !


Le concept est simple : S'inspirer des Soap Opera américains de fin d'année typés ''Fêtes de Noël' pour les retourner comme des gants et n'en extraire que l'aspect le plus mièvre. Saupoudré d'une bonne grosse rasade de gags bien lourds, Un stupéfiant Noël a pourtant ceci de particulier qu'il s'en dégage un parfum qui convient tout à fait en cette période de fêtes. Contrairement à ces dizaines de purges qui inondent nos salles obscures depuis de trop nombreuses années. Quelques exemples ? All Inclusive de Fabien Onteniente, BDE de Michael Youn, Alad'2 de Lionel Steketee, Brutus VS César de Kheiron, Gaston Lagaffe de Pierre-François Martin-Laval, Les Blagues de Toto (et sa suite) de Pascal Bourdiaux, le dernier Astérix signé de Guillaume Canet (dont je terrai le titre) et bien entendu, mon chouchou. Celui que je n'oublie jamais de placer dans ce type de classement : Le Brillantissime de Michèle Laroque et auquel j'ajouterai celui que je ne peux décemment passer sous silence : le ''réalisateur'' David Charhon, notamment auteur des immondes Naufragés en 2016 (quand je pense que j'ai payé nos places de cinéma pour aller voir cette merde sur grand écran) et du tout aussi putride Le dernier mercenaire il y a deux ans. Allez, un petit dernier pour la route avant de passer aux choses sérieuses : le Sentinelle de Hugo Benamozig et David Caviglioli avec Jonathan ''j'ai qu'un seul répertoire à mon actif'' Cohen ! Sur le principe, Un stupéfiant Noël n'invente rien. Qu'il s'agisse de l'humour pour décérébrés qu'il nous arrive pourtant parfois de célébrer (comme pour La tour Montparnasse infernale de Charles Nemes, par exemple), du jeu outrancièrement caricatural ou même du concept d'échange des corps, tout passe ici à la moulinette du bon gros nanar franchouillard. À la seule différence que tout ici est assumé de la première ligne de dialogue jusqu'à la toute dernière seconde de tournage. Eric Judor, tout d'abord, lequel n'a à l'origine, pas beaucoup d'efforts à fournir pour que le rire s'échappe involontairement d'entre nos lèvres.


Une moumoute et une fausse moustache et le tour est joué. Dans le rôle de l'époux et du père de famille ringard et aux abois d'une série télévisée américaine qui voit à peine qu'un latino est en train de séduire sa femme lors des répétitions d'un futur concours de patins à glace, l'acteur accentue plus que jamais le rôle de bêta que lui ont souvent octroyé les cinéastes. Face à lui, un tout ''jeune'' interprète en la personne de Ragnar Le Breton. Célèbre spécialiste français de MMA, humoriste et donc acteur qui ici interprète le rôle de Greg, un flic apparemment plus préoccupé par sa carrière que par sa femme et leur fille qu'il délaisse quelque peu. Tandis qu'un assistant (Philippe Lacheau) du Père Noël fait une erreur de manipulation, la vie des deux hommes est chamboulée. En effet, le premier se retrouve dans la peau du second et vice versa ! Imaginez alors le désarroi pour les deux protagonistes mais le plaisir pour les spectateurs de les découvrir dans des situations qu'ils n'ont pas l'habitude de gérer. Surtout celle de Richard Silestone, personnage se glissant bien malgré lui dans la peau d'un policier infiltré dans un réseau de drogue. Le récit mêle deux intrigues aussi crétines l'une que l'autre. D'un côté, Richard Silestone va devoir faire tomber la patronne de ce même réseau de drogue visant à vendre des stupéfiant aux enfants tandis que Greg sera chargé de remporter avec Ellen (Lison Daniel) l'épouse de Richard, un concours de patinage artistique s'ils veulent empocher les cinquante mille euros qui leur permettra de garder leur maison que convoite le promoteur immobilier véreux Dix Nicecocks qu'interprète Alex Lutz. Bref, sous couvert d'un pitch qui semble avoir du sens, le spectacle que nous inflige Un stupéfiant Noël est vraiment ubuesque ! Et ça marche, c'est bien ça le pire. Film policier et comédie infantilisante se télescopent dans cette comédie qui tombe pile poil au moment des fêtes de fin d'année. C'est d'ailleurs un sacrilège que de l'avoir déjà mise à disposition des abonnés d'Amazon Prime car si vous vous retrouver seul le soir du réveillon de Noël ou qu'entre amis ou membres d'une même famille vous sentez que la soirée va tourner au vinaigre, le film sera un bon moyen de vous changer les idées même si au bout d'un certain temps la lourdeur du concept finira peut-être par vous lasser...

dimanche 24 décembre 2023

Beomjoidosi (The Outlaws) de Yunsung Kang (2017) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Alors que l'on attend la sortie prochaine des troisièmes aventures de l'inspecteur Ma Seok-Do, remontons jusqu'en 2017, année lors de laquelle nous découvrions pour la première fois ce flic aux méthodes peu conventionnelles. Voire parfois, singulières. Un type costaud, apprécié de ses collègues mais qui a pour habitude d'employer la manière forte face à de dangereux criminels lorsque cela s'impose. Alors que dans le premier volet de ce qui cette année est devenu une trilogie avec Beomjoidosi 3, les secondes aventures de Ma Seok-Do, rôle pour lequel rempilait déjà le très sympathique acteur sud-coréen Ma Dong-seok (Le Bon, la Brute et le Cinglé de Kim Jee-woon en 2008, Dernier train pour Busan de Yeon Sang-ho en 2016), nous étaient proposées quelques fort réjouissantes séquences de combats, dans ce Beomjoidosi premier du nom intitulé The Outlaws sur sur le marché international se montre relativement avare en la matière. Avant que le réalisateur Lee Sang-yong ne prenne la relève pour les second et troisième volets de la franchise l'on doit donc à Yunsung Kang la réalisation de ce premier épisode et premier film pour le réalisateur qui depuis n'a tourné que la comédie d'action policière Long libeu mokpo king yeongung en 2019 et la série Big Bet l'année dernière. Les deux autres longs-métrages seront quant à eux réalisés par son compatriote Lee Sang-Yong. Concernant Beomjoidosi, son récit s'inscrit à l'époque même où les autorités prirent la décision de nettoyer les quartiers du Chinatown de Séoul où vivent regroupés les individus d'origine sino-coréenne et dont une partie s'adonne à la criminalité. Le film repose donc sur des faits authentiques survenus dans les années 2000 afin de mettre un terme au banditisme qui gangrène la ville et en profite pour évoquer les problèmes liés à l'intégration des étrangers d'origine chinoise. Réalisateur mais également scénariste, Yunsung Kang développe un récit relativement tentaculaire dans lequel apparaissent divers structures criminelles. Certains boss collaborant avec les autorités policières. De cet agencement dont jusqu'à maintenant semblait émerger une certaine cohésion et un certain calme va surgir le chaos. Personnifié par le Mal absolu que va revêtir le personnage de Jang Chen, un individu originaire de Chine ultra-violent qu'incarne le très charismatique acteur et chanteur Yoon Kye-Sang. Un individu que le mensonge et SURTOUT, le vol de biens personnels rend fou.


Destinant les jours et les semaines à venir à prendre le contrôle du quartier quitte à se frotter aux patrons de la pègre locale, Jang Chen va systématiquement éliminer avec l'aide de ses deux complices Wi Seong-Rak (l'acteur Jin Seon-kyu, ici, méconnaissable avec son crâne rasé) et Park Byeong-Dik (Hong Ki-joon), tous ceux qui tenteront de faire barrage face à ses ambitions démesurées. Des gangs, oui, mais aussi Ma Seok-Do et ses collègues qui pour que l'enquête sur la série de meurtres qui vient d'avoir lieu en ville ne tombe pas entre les mains de la section des homicides de Séoul promettent d'arrêter et de faire enfermer dans les dix jours, vingt-cinq criminels dont Jang Chen, lui-même. Pour cette première aventure dans l'univers de Beomjoidosi, Yunsung Kang nous offre du grand spectacle, entre comédie policière et action. Mais l'humour ne doit surtout pas faire oublier que le film se montre très souvent d'une cruauté et même parfois d'une noirceur rares. En effet, l'un des antagonistes personnifiés par l'acteur Yoon Kye-sang va se montrer d'une violence crue parfois inimaginable. Tuant et faisant démembrer par ses hommes tous ceux qui ne remboursent pas leurs dettes ou refusent de se plier à ses exigences. Le parfait bad guy auquel va se frotter le courageux Ma Seok-Do et ses coups de poings légendaires. Le film s'inscrit dans un contexte social réaliste, se basant notamment sur l'Incident de Heuksapa qui plus de dix ans en arrière avait été le théâtre d'affrontements entre deux gangs. Celui de Heuksapa justement, et celui d'un gang local de Séoul situé à Garibong-dong. Si l'accumulation de personnages secondaires peu au début rebuter, pas de doute à avoir : la mise en scène de Yunsung Kang est millimétrée et l'on ne se perd pas dans les méandres d'affaires crimino-policières où tout le monde cherche à se faire une place. Pince sans rire, l'acteur Ma Seok-Do joue de son impressionnante carrure tout en jetant ici et là des répliques drôles qui souvent font mouche. Ce sympathique personnage faussement bourru réapparaîtra cinq ans plus tard dans l'excellent The Roundup (Beomjoidosi 2) dans lequel il aura fort à faire puisqu'il devra y affronter un tueur en série psychopathe qui tue systématiquement des touristes coréens sur le sol vietnamien...

 

dimanche 1 octobre 2023

L'arme fatale 2 de Richard Donner (1989) - ★★★★★★★☆☆☆




Deux ans après leur première apparition sur grand écran, deux des plus célèbres flics du cinéma d'action refont leur apparition en 1989 dans L'arme fatale 2. Toujours réalisée par Richard Donner, cette suite met donc en scène le très agité et peu conventionnel Martin Riggs (l'acteur Mel Gibson) et le bon père de famille et très protocolaire Roger Murtaugh (Danny Glover). Martin est toujours hanté par la mort de son épouse décédée dans un grave accident de la route tandis que Roger pense déjà à prendre sa retraite. L'arme fatale 2 met également en scène un nouveau personnage qui deviendra récurrent puisqu'il apparaîtra également dans les épisodes 3 et 4 sous le nom de Leo Getz, un escroc qui vient de se retourner contre son employeur et a accepté de témoigner contre lui lors d'un futur procès. Martin Riggs et Roger Murtaugh sont donc chargés de le protéger jusque là. C'est l'acteur Joe Pesci qui interprète ce petit personnage aussi difficile à maintenir en place qu'une anguille et dont la particularité est de terminer chacune de ses phrases par ''Okay, okay, okay'' ! Dans ces secondes aventures de cette légendaire série de longs-métrages de type Buddy Movie, les caractères des personnages incarnés par Mel Gibson et Danny Glover s'affrontent une nouvelle fois pour le bonheur des spectateurs qui assistent à l'une des meilleures comédies policières de la fin des années quatre-vingt. Entre répliques qui font mouche, fusillades et confrontations avec l'ennemi, L'arme fatale 2 offre un véritable florilège de scènes d'action et quelques moments plus intimistes comme la relation naissante entre Martin Riggs et Rika Van Den Haas, l'avocate de l'antagoniste du récit. Ce personnage féminin particulièrement séduisant est interprété par la chanteuse Patsy Kensit qui avant de prendre un virage à trois-cent soixante degrés en se tournant vers le cinéma était la chanteuse du groupe pop Eight Wonder qui connut notamment un immense succès en Europe avec des titres tels que I'm not Scared ou Cross my Heart en 1988. Si un stylo en or réveillera les vieux démons de Riggs, la jeune femme, elle, parviendra à les rendormir... du moins, pour un temps !


Face à nos deux flics et leur témoin, une bande lourdement armée dirigée par un certain Arjen Rudd (l'acteur Joss Ackland), ministre du Consulat de l'Afrique du Sud intouchable pour lequel Leo Getz blanchissait jusque là de très fortes sommes d'argent. Bénéficiant d'un budget plutôt confortable pour l'époque quoique loin d'être mirobolant, le nouveau long-métrage de Richard Donner passe donc des quinze millions du premier à vingt-cinq pour cette suite qui jouit de nombreux effets pyrotechniques. Cette suite est en effet le terrain de jeux d'hommes dont l'impunité les pousse à massacrer du flic à tours de bras. À intervalles réguliers, le récit central est entrecoupé de séquences plutôt drôles comme lorsque les collègues de Riggs parie sur l'éventualité pour lui d'ôter une camisole de force en moins de cinq minutes ou lorsque Murtaugh a le plaisir de découvrir en compagnie des siens et de son meilleur ami la publicité à laquelle vient de participer sa fille Rianne (l'actrice Traci Wolfe). Sans compter la fameuse scène des toilettes ou les diverses interventions de Leo Getz ! De plus, Riggs s'amuse en comparant les méchants du film à une bande de nazis dont il surnomme le chef Aryan et son bras droit Adolf  (Derrick O'Connor dans le rôle de Pieter Vorstedt) ! Sous ses allures de comédie policière, L'arme fatale n'est en pas moins doté de quelques rares séquences réellement tragiques comme la découverte du cadavre immergé de Rika lors du dernier tiers du récit. Cette première suite d'une franchise qui compte pour l'instant quatre volets (et dont nous attendons le cinquième qui doit être réalisé par Mel Gibson lui-même) sera également l'occasion pour Martin Riggs de régler ses comptes avec celui qui fut responsable de la mort de sa femme. Le film est à l'échelle mondiale un authentique succès qui dépasse de loin celui du premier volet sorti deux ans auparavant. L'arme fatale rapporta cent-vingt millions de dollars tandis que la suite, elle, en rapportera deux-cent vingt-sept ! Il faudra patienter trois années supplémentaires avant que nos deux célèbre flics de Los Angeles ne réapparaissent sur grand écran dans L'arme fatale 3, toujours réalisé par Richard Donner...

mercredi 13 septembre 2023

Sentinelle de Hugo Benamozig et David Caviglioli (2023) - ★★☆☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Il y a des mystères insondables qui ne s'expliquent que par une forte fièvre due au paludisme ou par une ironie si profondément enfouie en soit que l'on pourrait la croire être le fruit d'un propos au premier degré. D'où la question : doit-on remercier notre vénérable Otto pour sa critique de Sentinelle ou mérite-t-il l'échafaud en nous ayant fait croire que le dernier long-métrage de Hugo Benamozig et David Caviglioli était ''La meilleure comédie française depuis un bail'' ? En même temps, les fidèles adorateurs du géniteur des remarquables anthologies Videothon n'ont aucune bonne raison de lui reprocher d'avoir aimé le film puisqu'il n'est en rien responsable du naufrage que représente le cinéma comique français de ces deux dernières décennies. Jonathan Cohen tient le rôle principal de Sentinelle. Un type plus préoccupé par sa carrière de chanteur que par son emploi de flic. Un type sympa que ce Jonathan Cohen... Plutôt amusant au demeurant... Du moins, jusqu'à un certain point. Car à trop vouloir tirer sur l’élastique, celui-ci pète pour vous revenir en plein visage. En effet, y'en a marre de voir l'acteur répéter sans cesse et sans la moindre variante le même personnage. Au point qu'il finit par réussir à dégoûter les plus courageux d'entre nous. Le contraste entre l'objet que nous avons entre les mains et le ressenti d'une partie de la presse dont certains critiques du Figaro, du Parisien, de Elle ou des Inrockuptibles qui entreprirent de mettre d'excellentes notes au long-métrage me font me demander dans quelles mesures il s'agissait là du même film. Car à moins d'être totalement décérébré, de n'avoir en matière de comédie que des goûts de chioXXX, d'avoir misé des milliers de dollars dans cette affaire ou d'être un proche des auteurs ou de leur interprète principal, il n'y a très honnêtement pas là, de quoi frémir de plaisir devant ce qui demeure, selon moi (désolé Otto), l'une des pires choses à avoir vu le jour non pas sur grand écran mais directement sur la plate-forme Amazon Prime ! Sentinelle est d'une lourdeur abyssale.


Une décalcomanie de Brice de Nice qui pourtant semblait à son époque avoir volontairement choisi de faire dans le beauf. Pire que le cinéma de Michèle Laroque (la réalisatrice, pas la comédienne) mais bien au niveau du désastreux Brutus VS César de Kheiron, le long-métrage de Hugo Benamozig et David Caviglioli se veut un savant mélange de comédie et de film policier. Une très pâle parodie de références américaines au cœur desquelles les cinéphages puiseront leurs propres modèles. Plus grave : Sentinelle a tendance à démontrer sinon les faibles capacités d'évolution en matière d'interprétation de la part de son acteur principal, du moins sont incapacité à faire autre chose que ce pour quoi il est devenu célèbre. Jonathan Cohen a beau faire le pitre en usant de gimmicks usés jusqu'à la corde, il ne fait plus rire personne en dehors de ses fans hardcore (s'il en reste encore). Bien que n'étant pas non plus extraordinaire quoique tout à fait envisageable lors d'une soirée sans projet particulier, Terrible Jungle, le premier long-métrage de Hugo Benamozig et David Caviglioli était plutôt sympa. Mais le retour du duo à la mise en scène est malheureusement totalement raté. On ne parle bien évidemment pas des seconds rôles qui dans Sentinelle sont complètement éclipsés à cause de la trop grande monopolisation de Jonathan Cohen, lequel envahi totalement l'espace vital de ses partenaires. Celui de Raphaël Quenard, d'Emmanuelle Bercot, de Gustave Kervern ou même celui de Ramzy Bedia qui, la même année que Astérix et Obélix : L'Empire du milieu de Guillaume Canet (autre purge de haute volée), se voit une fois encore affublé d'une perruque ! Seule bonne nouvelle pour les producteurs, le film n'a coûté que cinq millions d'euros environ. Il est à supposer que le film attirera suffisamment de monde devant son petit écran pour rembourser ceux qui le financèrent. Pour celles et ceux qui auraient malgré tout l'intention de voir Sentinelle, prévoyez tout de même une boite entière de Primperan en cas de nausées... !

 

samedi 20 août 2022

See No Evil, Hear No Evil de Arthur Hiller (1989) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Si la chose ne transparaît pas forcément à l'écran, il faut savoir que l'excellent duo formé par les acteurs Gene Wilder et Richard Pryor ne reflétait absolument pas leur vie intime respective (les deux hommes ne se fréquentant effectivement pas en dehors des jours de tournage). En effet, alors que Gene Wilder avait pour habitude de travailler avec rigueur, Richard Pryor avait quant à lui pour coutume d'arriver en retard sur les plateaux de tournage. Une habitude qui n'allait pas sans une importante consommation de drogues et d'alcool. Des penchants qui privèrent les deux hommes de travailler sur ce qui allait devenir en 1983, l'une des plus remarquables et des plus drôles des comédies américaines traduite chez nous sous le titre Un fauteuil pour deux de John Landis. Remplacés par l'excellent duo Eddie Murphy et Dan Akroyd, on n'ose imaginer à quoi aurait ressemblé le film s'il avait été interprété par le duo formé par Gene Wilder et Richard Pryor, lequel n'est au fond pas si éloigné que celui que formèrent donc pour un court moment les deux autres vedettes de cinéma. Bêtement traduit sous le titre Pas nous, pas nous, le vingt-sixième long-métrage cinématographique du réalisateur Arthur Hiller See No Evil, Hear No Evil sera l'avant-dernière collaboration entre Gene Wilder et Richard Pryor après Transamerica Express (également signé d'Arthur Hiller en 1976), Faut s'faire la malle de Sidney Poitier en 1980 et avant Another You qui lui, sera réalisé en 1991 par Maurice Phillips. Rien d'étonnant à ce que See No Evil, Hear No Evil soit une comédie, nous retrouvons donc les deux acteurs au centre d'un récit burlesque dans lequel un aveugle (Richard Pryor dans le rôle de Wally Karue) et un sourd (Gene Wilder dans celui de Dave Lyons) s'avèrent être les témoins uniques d'un assassinat ! Ces deux hommes, qui ne se connaissent pas, tentent tout d'abord de cacher qu'ils sont l'un et l'autre atteints d'un handicap. Ce qui nous vaut parfois quelques situation particulièrement absurdes mais drôlatiques. Comme celle mettant en scène l'aveugle aidant un autre aveugle à traverser la rue ! Ou celles lors desquelles l'attention du sourd est détournée (il est en effet capable de lire sur les lèvres).


Arthur Hiller met bien évidemment ses deux interprètes dans des situations qui se joueront de leurs inaptitude à voir ou à entendre. Richard Pryor se retrouvera notamment au volant d'une voiture et Gene Wilder devra taper du pied au sol ou tenir la main de son comparse s'il veut que celui-ci parvienne à le suivre dans la rue. D'abord connu pour avoir réalisé en 1970 la romance dramatique Love Story avec Ali McGraw et Ryan O'Nea, ce film qui rencontra le succès et qui remporta un certain nombre de récompenses dans les festivals n'empêcha pas son auteur d'investir avant et après les domaines du film de guerre (Tobrouk, commando pour l'enfer), de l'horreur (Morsures) ou de la comédie, genre qu'il aborda à de multiples reprises (Ras les profs ! en 1984 avec Nick Nolte). Duo savoureux et antinomique (comme dans la vie, le personnage incarné par Gene Wilder apparaît moins loufoque que celui interprété par Richard Pryor). Nous sommes au États-Unis et comme le veut la ''tradition'', nous sommes face à une comédie jouant davantage sur les mimiques de ses deux principaux interprètes que sur la subtilités des dialogues. See No Evil, Hear No Evil joue sur deux tableaux. L'humour, bien sûr, mais également le policier puisque soupçonnés de meurtre, ils seront traqués par la police. Mais aussi et surtout par un duo de criminels interprétés par Joan Sevenrance (dans le rôle de Eve) et... Kevin Spacey, oui, l'un des charismatiques personnages du film culte de Bryan Singer Usual Suspects, du bouleversant La vie de David Gale d'Alan Parker ou l'auteur lui-même de l'excellent thriller Albino Alligator en 1996. Arthur lui offre un petit rôle, celui du bras droit d'Eve, Kirgo ! Même si See No Evil, Hear No Evil n'est certes pas remarquablement fin (ils s'y sont tout de même mis à six pour écrire ou adapter le scénario), il n'est pas rare que l'on rigole ou que l'on sourit lors de courtes séquences ubuesques (Richard Pryor se faisant notamment passer pour le gynécologue suédois Johansson !). Mais la multiplicité des scénaristes a pour conséquence, un imprévu : le film d'Arthur Hiller ressemble parfois à un patchwork de séquences humoristiques lui donnant les allures d'une compilation de sketchs dont seraient les héros presque exclusifs, Gene Wilder et Richard Pryor. See No Evil, Hear No Evil est notamment l'occasion de quelques balades en voiture ou à pied dans le New York des années soixante-dix... Richard Pryor et Gene Wilder rejoueront une dernière fois ensemble et iront longtemps après rejoindre les étoiles du cinéma à dix ans d'intervalle. Le premier en 2006 et le second en 2016...

 

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