Bienvenue sur Cinémart. Ici, vous trouverez des articles consacrés au cinéma et rien qu'au cinéma. Il y en a pour tous les goûts. N'hésitez pas à faire des remarques positives ou non car je cherche sans cesse à améliorer le blog pour votre confort visuel. A bientôt...

Labels


Affichage des articles dont le libellé est Ramzy Bédia. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ramzy Bédia. Afficher tous les articles

mercredi 13 septembre 2023

Sentinelle de Hugo Benamozig et David Caviglioli (2023) - ★★☆☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Il y a des mystères insondables qui ne s'expliquent que par une forte fièvre due au paludisme ou par une ironie si profondément enfouie en soit que l'on pourrait la croire être le fruit d'un propos au premier degré. D'où la question : doit-on remercier notre vénérable Otto pour sa critique de Sentinelle ou mérite-t-il l'échafaud en nous ayant fait croire que le dernier long-métrage de Hugo Benamozig et David Caviglioli était ''La meilleure comédie française depuis un bail'' ? En même temps, les fidèles adorateurs du géniteur des remarquables anthologies Videothon n'ont aucune bonne raison de lui reprocher d'avoir aimé le film puisqu'il n'est en rien responsable du naufrage que représente le cinéma comique français de ces deux dernières décennies. Jonathan Cohen tient le rôle principal de Sentinelle. Un type plus préoccupé par sa carrière de chanteur que par son emploi de flic. Un type sympa que ce Jonathan Cohen... Plutôt amusant au demeurant... Du moins, jusqu'à un certain point. Car à trop vouloir tirer sur l’élastique, celui-ci pète pour vous revenir en plein visage. En effet, y'en a marre de voir l'acteur répéter sans cesse et sans la moindre variante le même personnage. Au point qu'il finit par réussir à dégoûter les plus courageux d'entre nous. Le contraste entre l'objet que nous avons entre les mains et le ressenti d'une partie de la presse dont certains critiques du Figaro, du Parisien, de Elle ou des Inrockuptibles qui entreprirent de mettre d'excellentes notes au long-métrage me font me demander dans quelles mesures il s'agissait là du même film. Car à moins d'être totalement décérébré, de n'avoir en matière de comédie que des goûts de chioXXX, d'avoir misé des milliers de dollars dans cette affaire ou d'être un proche des auteurs ou de leur interprète principal, il n'y a très honnêtement pas là, de quoi frémir de plaisir devant ce qui demeure, selon moi (désolé Otto), l'une des pires choses à avoir vu le jour non pas sur grand écran mais directement sur la plate-forme Amazon Prime ! Sentinelle est d'une lourdeur abyssale.


Une décalcomanie de Brice de Nice qui pourtant semblait à son époque avoir volontairement choisi de faire dans le beauf. Pire que le cinéma de Michèle Laroque (la réalisatrice, pas la comédienne) mais bien au niveau du désastreux Brutus VS César de Kheiron, le long-métrage de Hugo Benamozig et David Caviglioli se veut un savant mélange de comédie et de film policier. Une très pâle parodie de références américaines au cœur desquelles les cinéphages puiseront leurs propres modèles. Plus grave : Sentinelle a tendance à démontrer sinon les faibles capacités d'évolution en matière d'interprétation de la part de son acteur principal, du moins sont incapacité à faire autre chose que ce pour quoi il est devenu célèbre. Jonathan Cohen a beau faire le pitre en usant de gimmicks usés jusqu'à la corde, il ne fait plus rire personne en dehors de ses fans hardcore (s'il en reste encore). Bien que n'étant pas non plus extraordinaire quoique tout à fait envisageable lors d'une soirée sans projet particulier, Terrible Jungle, le premier long-métrage de Hugo Benamozig et David Caviglioli était plutôt sympa. Mais le retour du duo à la mise en scène est malheureusement totalement raté. On ne parle bien évidemment pas des seconds rôles qui dans Sentinelle sont complètement éclipsés à cause de la trop grande monopolisation de Jonathan Cohen, lequel envahi totalement l'espace vital de ses partenaires. Celui de Raphaël Quenard, d'Emmanuelle Bercot, de Gustave Kervern ou même celui de Ramzy Bedia qui, la même année que Astérix et Obélix : L'Empire du milieu de Guillaume Canet (autre purge de haute volée), se voit une fois encore affublé d'une perruque ! Seule bonne nouvelle pour les producteurs, le film n'a coûté que cinq millions d'euros environ. Il est à supposer que le film attirera suffisamment de monde devant son petit écran pour rembourser ceux qui le financèrent. Pour celles et ceux qui auraient malgré tout l'intention de voir Sentinelle, prévoyez tout de même une boite entière de Primperan en cas de nausées... !

 

samedi 9 juillet 2022

Or de lui - Zaï Zaï Zaï Zaï - Incroyable mais vrai

 


 

Alors que nous nous apprêtons à aller découvrir le dernier long-métrage de Quentin Dupieux, petit retour non pas sur la filmographie de celui qui se cache sous le pseudo de Mr Oizo lorsque l'inspiration musicale lui vient mais sur deux étranges et passionnantes alternatives à ce cinéma de l'absurde dont il nous abreuve depuis ses débuts en 2001 avec Nonfilm. Exit donc Quentin Dupieux. Nous accueillons au sein d'un curieux univers parallèle l'acteur Ramzy Bédia auquel le réalisateur français avait d'ailleurs offert l'un des deux principaux rôles de son décalé Steak en 2007. Mais cette fois-ci, c'est sur François Desagnat et Baptiste Lorber qu'il lui aura fallu compter. Le premier n'a cependant pas confié à Ramzy le rôle principal de sa dernière comédie Zaï Zaï Zaï Zaï. Mais découverte conjointement à la mini-série Or de lui dans lequel l'humoriste et acteur tient cette fois-ci la vedette, le rapport qu'entretiennent l'un et l'autre de ces programmes me contraint à les lier au même article. L'auteur de La beuze en 2003, de Le jeu de la vérité en 2014 ou de Le gendre de ma vie quatre ans plus tard semble avoir choisi d'offrir à sa carrière de réalisateur un virage plus absurde que jamais. Et même inédit puisqu'en dehors des Onze commandements, on ne peut pas dire que la filmographie de Vincent Desagnat fut jusque là, incroyablement originale. Alors que l'on frétille d'impatience de découvrir son prochain projet Raoul et les raouliens, Zaï Zaï Zaï Zaï développe un certain nombre d'idées qui font souvent l'unanimité lorsque l'on évoque le futur proche sous une forme dystopique. Dans un univers où n'existe qu'un seul modèle de véhicule et où Fabrice (Jean-Paul Rouve) va se retrouver traqué par la police, les médias et les réseaux sociaux parce qu'il a oublié sa carte de fidélité au moment de payer ses achats en magasin, François Desagnat se fait le critique d'une société qui n'a jamais été aussi moribonde que ces dernières années. Non dénué d'un certain humour Zaï Zaï Zaï Zaï aborde la chose sous un angle qui ne diffère pas vraiment de ce que l'on a pu découvrir jusque là au cinéma. Il décrit un monde aseptisé, dans lequel être acteur comique ou faire preuve d'un certain humour est pratiquement considéré comme une tare. François Desagnat examine notre société à la loupe et décrit avec justesse les dérives qui découlent de tous les supports médiatiques qui jugent non plus les gens sur ce qu'ils sont réellement mais sur leurs apparences. En découle une œuvre cynique, qui bat l'humour à froid, et dans laquelle Ramzy Bédia incarne l'image de l'époux et du père de substitution tandis que Jean-Paul Rouve le fuyard va de rencontres en rencontres.
 
Zaï Zaï Zaï Zaï
est l'adaptation cinématographique non pas d'un roman, mais de la bande dessinée de Fabcaro, l'auteur du roman Le discours qu'a adapté sur grand écran le réalisateur Laurent Tirard... Zaï Zaï Zaï Zaï est donc proche de l'univers de Quentin Dupieux. Et si j'osais, j'affirmerais que François Desagnat a réussi là où pêche parfois le cinéma de Mr Oizo. Lequel a souvent trop tendance à se reposer sur des scénarii originaux plutôt que sur des mises en scène fainéantes. Zaï Zaï Zaï Zaï réussit le pari de réunir Jean-Paul Rouve, Julie Depardieu, Ramzy Bédia, Yolande Moreau ou Julie Gayet dans une comédie certes absurde, mais ô combien visionnaire. Un casting de sympathiques comédiens parmi lesquels nous retrouvons également Marc Riso (dans le rôle du vigile), lequel interprète justement l'un des personnages principaux de la mini-série Or de lui aux côtés de Ramzy Bédia. Ici, tout semble a priori d'un commun assez terne. Des couples qui s'invitent à dîner, une épouse qui trompe son mari, le VRP d'une petite entreprise humilié par ses collègues et puis, un jour.... la découverte de ce ''pouvoir'' incroyable qui transforme Ramzy Bédia/Joseph en poule aux œufs d'or. Car oui, son personnage se met à chier des étrons d'or ! Des lingots en forme de ''caca''. Le début de la fortune ? Plutôt celui des emmerdes: Certes un nouvel ami (Marc Riso) mais d'abord et surtout, une épouse qui va voir ailleurs (Olivia Côte), découche, le trompe avec Stéphane (Christophe Héraut). Et puis, un marchand d'or pas très net (Vincent Solignac) et son rejeton (Jérome Niel, inquiétant dans le rôle de Gino). C'est donc dans un contexte social relativement classique qu'entre en jeu ce phénomène surprenant : Ramzy Bédia la poule aux œufs d'or ! En 1973, le chilien Alessandro Jodorowsky transformait ses excréments en or. Trois ans plus tard, l'allemand Werner Herzog et ses interprètes sous hypnose tentaient de découvrir le secret du maître verrier Mühlbeck récemment décédé, seul détenteur de la formule de fabrication du verre rubis. Cinquante ans après, Ramzy Bédia endosse le costume de l'alchimiste Joseph qui va découvrir les avantages et les inconvénients de produire des étrons en or. Là encore, le pari est réussi de mêler l'absurde à la réalité. D'autant plus que le ton humoristique est parfois contrebalancé par des séquences dramatiques relativement intenses. […] Deux heures plus tard... 
 
De retour du cinéma en proie à une insupportable céphalée, j'ai envie de gueuler un bon coup sur ce cher vieux Quentin Dupieux qui en lançant Léa Drucker dans une quête personnelle de jeunesse eternelle a fait des choix particulièrement audacieux. Voir inadaptés pour le confort des yeux. Ceux du public, contraint de détourner parfois le regard s'il ne veut pas avoir de terribles maux de tête au sortir de la salle. Que l'image soit surannée au point de nous renvoyer en pleines années soixante-dix comme l'évoque notamment l'imagerie des Boards of Canada, je veux bien. Mais de là à user d'un vieil objectif plus vraiment fiable et nous imposer ainsi durant soixante-quinze minutes une image qui ne parvient jamais à faire le focus sur les personnages ou les décors en arrière plan, c'est à un supplice que nous convie le réalisateur. De même, l'on connaît la prédisposition de Quentin Dupieux à nous offrir sans cesse des univers décalés. Et là encore, le succès de l'entreprise tient tout d'abord de son scénario. Mais à l'image, et quelles que soit sa manière d'aborder le sujet, Incroyable mais vrai apparaît comme le plus sage de ses longs-métrages. Ce qui d'une certaine manière, donne également l'impression qu'il est aussi le plus maitrisé. Celui qui offre aussi le sentiment que pour une fois, l'auteur de Rubber ou de Wrong Cops n'a pas confié son projet aux seules mains de ses interprètes. L'engouement des critiques pour Incroyable mais vrai est presque inimaginable tant le dernier film de Quentin Dupieux semble parfois si éloigné de ses délires habituels. Plus sérieux mais néanmoins parcouru d'idées folles, Incroyable mais vrai mixe voyage dans le temps, le roman d'Oscar Wilde Le portrait de Dorian Gray(ici, un simple miroir), quête de jeunesse éternelle ou de masculinité (Benoît Magimel/Gérard en homme/machine hypersexué) et face à tout ça, impose un Alain Chabat terriblement sobre et bienveillant. On sort de la salle avec le regret d'avoir assisté à cet étonnant récit dans un inconfort visuel total, figé devant l'écran à patienter jusqu'à ce que le film nous délivre ses multiples messages. En attendant Fumer fait tousser, le prochain long-métrage de Quentin Dupieux, on confirmera que le meilleur film ''Dupieuesque'' à être sorti en salle cette année n'est pas le sien mais celui de François Desagnat...

 

dimanche 12 avril 2020

Merveilles à Montfermeil de Jeanne Balibar (2020) - ★☆☆☆☆☆☆☆☆☆



Il y a des dizaines, des centaines, et peut-être même des milliers de façon de concevoir un film. D'un côté, il y a ceux qui passent des jours, des semaines, des mois, voire des années à coucher une idée sur papier avant de la concrétiser devant la caméra. C'est peut-être ainsi qu'un David Lynch pense son œuvre. Tout à fait à l'opposée, il y a ceux qui ont l'air de n'y avoir passé qu'un temps infime. Quelques heures à potasser sur le sujet d'un film tout entier et apparemment sans queue ni tête en ayant l'air de vouloir se payer la tête du public qui ira voir la chose sur grand écran. Quentin Dupieux est peut-être de ces garnements qui se moquent de nous, qui sait... Et pourtant, l'on ressort chaque fois conquis. Et l'on évoque là avec ces deux seuls exemples, qu'une infime partie du septième art en écartant systématiquement tout ce qui relève du nanar, de la série Z ou de la comédie franchouillarde.

Cinéaste mais également musicien, Quentin Dupieux qui parfois se cache sous le pseudonyme de Mr Oizo pour mieux caresser le poil de nos oreilles à contre-sens n'est pas le seul a avoir eu ''l'impudence'' de quitter sa zone de confort pour aller tutoyer les étoiles du septième art. Du quatrième art qui sépare celui-ci du cinéma, il n'y a que trois marches. Et pourtant, certains semblent avoir bien du mal à les descendre. Parmi eux, quelques-uns s'y sont même cassés la figure. Si je pensais vraiment ne jamais pouvoir revivre la désastreuse expérience Brillantissime de 2018, engeance signée sur un caprice d'actrice par la pourtant pétillante Michèle Laroque, j'allais deux ans plus tard réaliser que j'avais tort. Il ne s'agit pas tant d'évoquer Chacun Chez Soi, son deuxième effort de réalisatrice dont la sortie a été repoussée au 22 juin prochain (merci au Covid-19 soit dit en passant), mais d'évoquer plutôt Merveilles à Montfermeil, premier long-métrage réalisé en solo par l'actrice, scénariste, réalisatrice et chanteuse Jeanne Balibar. 

''Après Brillantissime, Merveilles à...'' 
(ou quand certains critères de choix en matière de titres devraient mettre la puce à l'oreille des spectateurs) 

Sept ans après un Par exemple, Électre mis en scène en collaboration avec Pierre Léon, la détentrice d'un César en 2018 pour son interprétation de Barbara dans le film éponyme de Mathieu Amalric signe son premier film, toute seule. La réalisation ainsi que le scénario. Donc, aucune excuse et aucun reproche à mettre sur le dos d'une tiers personne. Merveilles à Montfermeil tourne autour d'une initiative plutôt intéressante ou du moins, intrigante : "Montfermeil Intensive School of Languages" (pour entrer dans le détail, allez lire les articles qui couvrirent la sortie du film). Un concept original sur le papier, mais une fois les caméras tournant à plein régime, donne lieu à l'un des films les plus insupportablement fades de toute l'histoire du cinéma. Ou comment réaliser une comédie loufoque rimant avec ennui, soupirs, impatience et désespoir. Car oui, devant ces aventures sans queue ni tête où se croisent, la réalisatrice elle-même dans le rôle principal (pourquoi se gêner), Ramzy Bédia, Mathieu Amalric, Bulle Ogier et même Philippe Katerine (que j'affirmais il n'y a pas si longtemps, capable de sauver n'importe quel film du naufrage), ben oui, on s'fait chier ! Merveilles à Montfermeil a le culot de me fait mentir.

Bien que le budget ne s'élève qu'à une poignée de millions d'euros en partie financés par Martine Marignac de Pastorale Productions, par Mathieu Amalric et grâce à une aide financière délivrée par le Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC), on se demande où est passé le pognon. Certainement pas dans le script, la mise en scène et l'interprétation. Force est de reconnaître que Jeanne Balibar aurait dû rester à la place qui est la sienne et nous éviter ainsi de subir pendant une heure et quarante-cinq minutes les verbiages souvent indistincts de personnages s'exprimant dans diverses langues. On pourra louer Merveilles à Montfermeil pour son sens du partage pluri-communautaire dans lequel certains complotistes verront peut-être un message du moins propagandiste, sinon démagogue. Jeanne Balibar pousse le curseur de la fantaisie et de l'excentricité tellement loin qu'elle abandonne le spectateur au passage. Tout sauf divertissant, l'utopique vision de la cinéaste ne peut que braquer un public venu avant tout se divertir et surtout ne pas se prendre la tête. Si l'absurdité du synopsis laissait rêveur, le résultat n'est vraiment, mais alors vraiment pas du tout à la hauteur. Et pour ceux qui n'auraient toujours pas compris : en comparaison, le dernier long-métrage réalisé par Arielle Dombasle Alien Crystal Palace est un chef-d’œuvre. Ça y est, ça rentre ?

dimanche 12 janvier 2020

Steak de Quentin Dupieux (2007) - ★★★★★★★☆☆☆



Intègre jusqu'au bout des ongles et de ses idées, Quentin Dupieux aurait pu saborder sa carrière de cinéaste dès son second-long métrage (son premier, Nonfilm existant dans deux formats dont l'un est difficilement ''regardable'' de part sa rareté). Incompris, vomi, écrasé par le poids d'une presse et d'un public qui n'y étaient sans doute pas préparés, Steak demeure pourtant cohérent dans une œuvre toute entière dévolue à une conception de l'humour le plus décalé. Le cinéma, c'est cet immense champ d'investigation que se partagent Blockbusters, Chefs-d’œuvre, films Cultes, Nanars et autres Navets. Mais aussi un nombre de plus en plus croissant de longs-métrages qu'il est devenu commun de nommer sous l'appellation O.F.N.I's. Et dont fait justement partie Steak dont le titre, comme cela n'étonnera plus personne désormais, ne résonne à aucun moment comme l'écho de son contenu. Combien de critiques professionnels ou amateurs, planqués sous des pseudonymes plus ou moins improbables regrettent aujourd'hui leurs propos ? Sans doute ne le saurons-nous jamais. Toujours est-il que le second film de Quentin Dupieux, célèbre pour être également l'homme qui se cache derrière l'artiste musical Mr Oizo, n'est pas le genre de comédies pléthoriques soucieuses de brosser les spectateurs dans le sens du poil. Non, et surtout pas parce que le célèbre duo d'acteurs/humoristes Éric Judor et Ramzy Bedia fait partie de l'aventure...

On ne conseillera certainement pas au public de s'ouvrir à l'univers de Quentin Dupieux en se penchant au préalable sur cet objet difficile à catégoriser. Car si certains, parmi les plus ''ouverts'' d'entre eux, y accédèrent immédiatement, d'autres furent sans doute déçus de n'y voire poindre à aucun moment, cet humour qu'il est si aisé d'écrire et de mettre en scène pour certains scénaristes/réalisateurs, déclenchant avec facilité l'hilarité du grand public. L'implication d'Éric Judor et Ramzy Bedia dans un tel projet pourrait paraître comme une hérésie alors que leur présence découle en réalité d'un choix authentiquement judicieux. Ce duo de bouffons, capables de déclencher l'hilarité chez Charles Nemes et sa Tour Montparnasse Infernale ne sont-ils pas autant à l'aise dans leur approche de l'humour chez Quentin Dupieux ? La réponse est évidemment, oui. Comme la présence de Jonathan Lambert y est des plus logique. Maintenant, reste à savoir si la seule présence de ces trois là fut capable d'engendrer suffisamment de rires pour opposer aux critiques négatives, ce sentiment de faire face à une réelle purge cinématographique...

Steak aura eut le temps de mûrir, et le public avec lui. Reconnaissons tout de même à son auteur, une prédisposition pour l'humour le plus noir. Car dans le cas qui nous intéresse ici, Quentin Dupieux ne le ménage pas et inscrit son œuvre dans une critique sociale satirique parfois dangereusement inconfortable. Réalisateur, scénariste et en partie auteur du score aux côtés de Sébastien Tellier (qui nous gratifie de sa présence dans le rôle de Prisme, un homme se déplaçant en fauteuil roulant) et de SebastiAn, Quentin Dupieux s'aventure sur des thèmes vieux comme le monde (le harcèlement à l'école) et plus récents, tels que la reconstruction personnelle, celle-ci passant par une modification presque totale de l'apparence, ainsi que l'insertion dans le monde (si petit soit ce dernier). À travers Steak, Quentin Dupieux semble vouer une fascination pour ce cinéma américain et étudiant des années soixante auquel il imprime un comportement individuel masqué sous l'apparence communautaire défiant tout ce qui la différencie des autres. Les cinéphiles y percevront peut-être également un certain engouement pour le Clockwork Orange de Stanley Kubrick même si à aucun moment, le cinéaste français n'y consacre la moindre prouesse technique. Des sujets graves que le cinéaste fusille d'un humour dominé par l'absurde, à tel point qu'il aura donné l'impression que son projet lui a totalement échappé. Et pourtant, s'il aura gagné ses galons de cinéaste culte des années plus tard, Quentin Dupieux signait déjà l'une des pierres angulaires d'une œuvre incroyablement cohérente...


dimanche 7 avril 2019

Lola et ses Frères de Jean-Paul Rouve (2018) - ★★★★★★★★☆☆




Que de chemin parcouru pour Jean-Paul Rouve. De la troupe des Robins des Bois aux côtés de Marina Foïs, Maurice Barthélémy, Pierre-François Martin-Laval, Élise Larnicol et Pascal Vincent au théâtre de la Gaîté-Montparnasse, en passant par Canal+ et La Grosse Émission, et jusqu'à ses débuts sur grand écran au milieu des années quatre-vingt dix, l'humoriste et acteur s'est mué en réalisateur d'une poignée de long-métrages dont le dernier est sorti en France le 28 novembre 2018. Lola et ses Frères est le quatrième film de Jean-Paul Rouve en tant que cinéaste et scénariste. Et s'il n'en fallait retenir qu'un seul, sa dernière œuvre trônerait sans doute en bonne place sur le podium de ses plus remarquables réussites. Écrit en collaboration avec l'écrivain David Foenkinos qui n'est autre que l'auteur du roman Le Mystère Henri Pick adapté très récemment au cinéma par le réalisateur Rémi Bezançon, Lola et ses Frères est de ces œuvres touchantes, drôles et émouvantes qui éblouissent par leur interprétation et leur mise en scène.

Ici, Jean-Paul Rouve nous conte l'histoire d'une sœur et de ses deux frères, orphelins de père et mère mais liés comme les cinq doigts de la main. Ludivine Sagnier est Lola, celle du titre, avocate qui tombe sous le charme de son dernier client (l'impeccable Ramzy Bédia) et qui rêve très vite de mariage et d'enfants avec son nouvel amour. José Garcia est Pierre, le plus jeune des deux frères, un ingénieur spécialisé dans la destruction d'immeubles licencié après une erreur de calculs ayant entraîné des conséquences graves. Quant à Jean-Paul Rouve, il s'offre le rôle de Benoît, le plus âge des trois. Opticien et divorcé à deux reprises, il vient d'épouser sa troisième femme Sarah (la touchante Pauline Clément), laquelle tombe très rapidement enceinte. Les rapports entre Pierre et Benoît sont parfois compliqués, généralement nourris d'engueulades et de désaccords. Souvent pour des prétextes puérils mais comment changer les choses puisque c'est ainsi qu'ils s'aiment et se détestent ? Entre les rendez-vous hebdomadaires qui les mène en compagnie de Lola sur la tombe de leurs parents et les tracas plus ou moins importants de leur existence respective, Lola et ses Frères est une formidable histoire d'amour entre frères et sœur, entre conjoints, une comédie où les uns tentent de se reconstruire quand d'autres préfèrent garder secrets leurs soucis. Mais toujours dans une bonne humeur apparente mêlée de quelques traits de caractère pas toujours faciles à décoder pour leur entourage... L'oeuvre de Jean-Paul Rouve fait du bien à l'âme...

A commencer par celle du spectateur qui assiste à une chronique qui ne s’appesantit jamais sur le sort de ses protagonistes, préférant décrire ce qui les unit par delà l'adversité. Licenciement, divorces, problèmes d'argent ou de couple, rien ne semble pouvoir détruire le lien qui unit Lola et ses frères. Jean-Paul Rouve signe un film, beau, intense, drôle et émouvant. Des répliques qui amusent, d'autres qui bouleversent, avec toujours ce talent exceptionnel que l'on connaît de nos trois principaux interprètes. Mais Ludivine Sagnier, Jean-Paul Rouver et José Garcia ne sont pas les seuls à apporter leur soutient à cet excellent long-métrage. Ramzy Bédia est formidable. Tout comme Pauline Clément, et même le jeune Gabriel Naccache qui incarne le fils de Pierre. Sans oublier la trop discrète Philippine Leroy-Beaulieu que l'on prend un immense plaisir à retrouver dans le rôle de Sabine... On ressort de l’expérience avec la satisfaction d'avoir passé plus de cent minutes devant un long-métrage d'une grande humanité et très respectueux de son public. Jean-Paul Rouve est décidément un grand bonhomme...

mardi 29 janvier 2019

Alad'2 de Lionel Steketee (2018) - ★★☆☆☆☆☆☆☆☆



Avant d'aller « savourer » (non, j'déconne) Le Repaire du Vers Blanc de Ken Russell, petit détour vers la comédie française... non pas celle avec un trait d'union mais celle qui absorbe une partie de nos économies quand nous vient l'envie d'aller nous détendre dans les salles obscures. Trois ans après les aventures nanardesques d'Aladin dans Les Nouvelles Aventures d'Aladin, ça n'est pas Arthur Benzaquen qui remet le couvert dans cette suite intitulée Alad'2, mais le Lionel Steketee de triste mémoire qui vomit notamment sur les écrans français les pitoyables Nouvelles Aventures de Cendrillon en 2017. Cela n'étonnera personne (à part les décérébrés qui sont sortis de la salle le sourire aux lèvres, pardon pour eux), mais les dernières aventures du héros d'Aladin ou la lampe Merveilleuse sont à l'image du premier : navrantes, désespérantes, immatures, et indignes de bénéficier d'une sortie en salle.
En même temps, espérer ne jamais voir la suite des péripéties de Kev' Adams en terres marocaines était couru d'avance. Budget du premier Aladin, 16 millions de dollars américains. Soit, approximativement quatorze millions d'euros. Résultat au box office au bout de douze semaines : un peu plus de quatre millions quatre-cent mille entrées. Si l'on multiplie ce nombre en estimant la place à huit euros (ce qui peut varier en fonction de l'heure de passage et la salle de cinéma), le film aurait rapporté trente-cinq millions et deux-cent mille euros. Soit bien plus du double du financement initial. Ce qui ne pouvait évidemment que donner envie au producteur Daniel Tordjman de relancer la mécanique une seconde fois en ne revoyant le financement qu'à une hausse toute relative puisque Alad'2 a été financé à hauteur de dix-neuf millions d'euros « environs » (on va pas chipoter pour cent-mille malheureux euros, hum?).

Masochistes, les français ? Pétés de thunes aurais-je envie de hurler. Parce qu'après le succès du premier, qui peut aisément se comprendre, une fois découvert le désastre, on pouvait supposer que le public hexagonal se serait rendu dans les salles obscures en marchant à reculons. Si tel a été le cas pour une partie des français qui s'étaient rués dans les salle trois ans auparavant, deux million trois-cent mille d'entre eux y sont retournés l'année passée. Sans doute les décérébrés évoqués plus haut. Rien n'a changé. Ou plutôt si : c'est pareil, mais en pire. Les fans de blagues Carambar et les gamins qui se chahutent naïvement sous le préau de leur école ont sûrement été aux anges. En effet, Alad'2 ne vole pas bien haut. Et même si bas que la plupart des vannes échouent à faire rire le spectateur un minimum exigeant. On ne demandait pas au film la richesse des dialogues de certaines comédies cultes (au hasard, Le Diner de Cons, Un Air de Famille, Le Père Noël est une Ordure), mais quand même. Kev' Adam est égal à lui-même ; Tout comme Jamel Debbouzze qui n'a toujours pas compris que de reproduire sans cesse le même schéma ne fera jamais de lui un acteur. Les deux têtes d'affiches peuvent bien se ridiculiser, en réalité, on s'en fiche un peu. Mais que Jean-Paul Rouve, Isabelle Nanty, et même Gérard Depardieu viennent s'échouer sur cette île de désolation artistique demeure incompréhensible...

Heureusement de passage, on aura tôt fait d'oublier leur participation au projet. Impossible d'avoir pitié pour un Daniel Tordjman qui malgré des résultats moins importants que pour le premier long-métrage, a largement récupéré sa mise. Non, ce qui demeure navrant, c'est qu'en France, rares soient les cinéastes capables d'honorer un genre qui connut pourtant son heure de gloire à différentes époques. Louis de Funès, Pierre Richard, L’Équipe du Splendid, Jean-Pierre Bacri/Agnès Jaoui, ça vous parle ? Alad'2, c'est le degré zéro de l'humour. Une écriture bâclée qui se fiche allégrement du public. Un scénario tenant en deux ou trois lignes (et encore), un casting en partie basé sur le modèle du caméo dont la routine n'a plus la même saveur que lorsque le principe se révélait ponctuel. Pourtant, ce type de cinéma attire encore le public. Mais pour combien de temps ? Reste de très belles images... Mais ça fait cher la carte postale, non ?

dimanche 2 décembre 2018

Hibou de Ramzy bédia (2015) - ★★★★★★☆☆☆☆



Ramzy Bédia, la moitié du duo Eric et Ramzy que l'acteur humoriste et réalisateur formait aux côtés d'Eric Judor aura attendu bien des années avant de s'affranchir totalement de son binôme avec Hibou, son second long-métrage après Seuls Two qu'ils réalisèrent ensemble mais dont il est désormais l'auteur unique. Un investissement de quatre millions d'euros pour un résultat avoisinant les quatre-vingt mille entrées sur le seul territoire français. On pourrait, oui, appeler ça un bide. Le public n'a pas suivi sans doute à cause d'un manque de promotion mais aussi parce que la sortie fut contrecarrée par des événements parallèles qui l'ont alors passé sous silence. Et puis, il y a cette affiche, significative, mais laissant le public dans l'interrogation. Ce qui saute très rapidement aux yeux, c'est la grande ressemblance entre l'univers ici construit par Ramzy Bédia, Fadette Drouard et François Reczulski avec celui qu'à bâtit, brique après brique, le cinéaste et compositeur Quentin Dupieux auprès duquel Ramzy Bédia a justement collaboré sur le très curieux Steak. Culte pour certains, véritable daube pour d'autres, le film ne laissait en tout cas pas indifférent. Entre fascination et rejet. Pas sûr que Ramzy parvienne au même résultat avec Hibou, et pourtant, dans la peau du cinéaste se mettant lui-même en scène, il a réussi l'exploit d'aller jusqu'au bout de son idée même si au final, son film n'a pas tout à fait la même saveur que ceux du cinéaste auquel il est impossible de ne pas faire la comparaison.

Ramzy Bédia incarne le personnage de Rocky, un employé de bureau que tout le monde ignore, à tel point que l'on se demande dans quelle mesure il ne serait pas transparent. Un soir, à l'issue de sa journée de travail, il tombe chez lui nez à nez avec un Hibou Grand-Duc qui ne décollera plus de son salon. Il en parle à ses collègues, ainsi qu'au propriétaire d'une animalerie qui lui conseille de le nourrir à l'aide de souris mortes. La présence de l'animal lui donne une idée. Dès le lendemain, Rocky se présente au travail vêtu d'un déguisement de hibou. Mais là encore, le monde qui l'entoure continue de l'ignorer. Personne ne semble s'être aperçu du changement. Desespéré, il va pourtant faire la connaissance d'une jeune femme vêtue d'un déguisement de panda avec laquelle il va sympathiser et surtout, s'affirmer auprès des autres...

Œuvre particulièrement atypique, Hibou offre l'occasion à Ramzy Bédia de composer aux côtés d'une Élodie Bouchez planquée sous le costume du panda. Si l'on ne rit pas aux éclats, ce qui, je pense, ne faisait de toute manière pas partie des attentes de l'acteur-réalisateur, il arrive cependant que l'on sourit, charmés par cette tentative qui ne ressemble pas vraiment au cinéma pépère et souvent indigent, que le cinéma français, en terme de comédies, nous sert un peu trop régulièrement. L’œuvre de Razmy est touchante, poétique, et principalement axée sur son personnage principal. Un individu naïf dont l'attitude est en total décalage avec le monde qui l'entoure. Presque une œuvre « féminine » qui s'offre parfois des décors rose-bonbon plutôt jolis et des situation parfois cocasses. Des idées, c'est sûr, Ramzy en a beaucoup. Si certaines parviennent à faire mouche, ce n'est pas le cas de l'ensemble dont plusieurs évoquent encore l'immaturité d'un cinéaste, espérons-le, en devenir. Razmy Bédia s'offre de sympathiques seconds rôles à l'image d’Étienne Chicot dans le rôle du propriétaire totalement barré de l'animalerie, Philippe Katerine dans le rôle du voisin et ancienne gloire de la chanson française selon Rocky, Francis Banane, ainsi que Guy Marchand dans le tout petit rôle du père de Rocky.
L'air de rien, sous ses airs charmeurs et bucoliques, Hibou réussit à mettre en évidence le statut des individus effacés et physiquement marginaux face à l'impérialisme du paraître où l'apparence et le bagou sont des armes contre lesquelles l'homme discret l'est tant qu'il en devient invisible. Une jolie surprise qui manque cependant d'ampleur pour convaincre tout à fait...Qui sait, peut-être la prochaine fois ?

lundi 3 septembre 2018

Les Seigneurs de Olivier Dahan (2012) - ★★★★☆☆☆☆☆☆



Olivier Dahan. L'auteur de La Môme en 2007. L'auteur des Rivières Pourpre 2 – les Anges de l'Apocalypse trois ans auparavant... une véritable purge cinématographique. Deux exemples de longs-métrages qui à eux seuls auraient suffit à me faire préférer six mois de coma dans une chambre d’hôpital qu'une heure-trente enfermé dans une salle de cinéma pour y aller voir les aventures d'une brochette d'interprètes dont la popularité à elle seule aurait suffit à assurer le remboursement des 20 900 000 euros engagés dans le septième long-métrage du cinéaste français. Les Seigneurs, ce sont ces anciennes gloires du football français qui à force d'encouragement de la part de leur futur entraîneur Patrick Orbéra (l'acteur José Garcia), finissent par accepter d'abandonner leurs activités pour une bonne cause : monter en Bretagne, jusqu'à l’île de Molène dans le Finistère afin d'y sauver l'emploi d'un certain nombre d'ouvriers d'une conserverie vouée à la fermeture. Sans doute pour d'autres raisons également. Comme de redorer leur image. Celui qui s'en sort encore le mieux, c'est Wéké N'Dogo (Omar Sy) dont la carrière prit fin en raison de problèmes cardiaques. Parce que pour ses futurs coéquipiers, c'est autre chose. Rayane Ziani (Gad Elmaleh) est dépressif et accro aux consoles de jeu (et plus précisément à la Playstation), Fabien Marandella (Ramzy Bédia) est cocaïnomane, Shaheef Berda (Joey Starr) est une brute épaisse qui sort tout juste de prison et David Léandri (Franck Dubosc), qui dans sa pathétique tentative de reconversion, se voit déjà fouler les plus grands plateaux de cinéma. Mélangés à des joeurs-pêcheurs locaux, cette équipe nouvellement formée va tenter de gravir les échelons de la Coupe de France afin d'engranger suffisamment d'argent pour pouvoir sauver la conserverie de Molène de la faillite...

Voilà donc pour le synopsis. Résultat du match. 1 pour Olivier Dahan pour lequel le film a attiré presque trois millions de spectateurs en huit semaines d'exploitation, et 0 pour le public qui se retrouvait là devant un long-métrage qui d'un point de vue scénaristique se révélait d'une pauvreté relativement commune dans la comédie française actuelle. Tourné en majorité dans le Finistère, Les Seigneurs ne repose que sur une seule chose : ses interprètes. En effet, réunir cette belle brochette d'acteur sauve du naufrage une œuvre qui sent à plein le 'foutage de gueule'. C'est horrible à dire, mais sans doute le cinéaste a-t-il pensé son film en tant que supporter de football ? S'il en est ainsi, alors on pourra supposer qu'une grande partie des spectateurs qui ont fait le déplacement jusqu'au cinéma sont eux-même de ce sport qui remue tant les foules.

Pas toujours d'accord avec ce qu'expriment les critiques de la presse spécialisée, j'avoue avoir ressenti le même sentiment que cette critique partielle écrite dans Les Cahiers du Cinéma, "Les Seigneurs" dévoile finalement son programme pathétique : rendre un hommage coupable au comique troupier des Charlots avec la dream team de l'humour télévisuel contemporain". Une critique à laquelle j'ajouterais : Sans l'immense talent Z des artistes ici invoqués... Marque de fabrique de certains artistes concentrant généralement leur carrière cinématographique dans les années soixante-dix (allez savoir pourquoi), Les Seigneurs tente de rejoindre malgré lui cette période peu glorieuse du Cinéma français (avec un grand C) et si faste pour l'amateur de nanars assumés. Autant la thématique évoquée par Les Charlots possédait une richesse toute personnelle, MAIS exemplaire, autant Olivier Dahan se fourvoie (et ainsi donc ses interprètes également) dans une comédie lourdingue à peine écrite, fainéante en matière de réalisation, bien qu'enjouée de part l'implication d'interprètes vouant à cette occasion, une véritable fascination pour le cinéma potache !

mercredi 7 mars 2018

Épouse-Moi Mon Pote de Tarek Boudali (2017) - ★★★★★★☆☆☆☆



Encore un film qui a fait parler de lui, mais qui n'avait certainement pas besoin de cette publicité là pour attirer les foules dans les salles de cinéma. Après Babysitting 1&2 et Alibi.com, le duo Philippe Lacheau et Tarek Boudali débarquaient le 25 octobre de l'an passé avec leur troisième (en fait, cinquième en comptant L'Arnacoeur en 2010 et Paris à Tout Prix en 2013) long-métrage fort justement intitulé Épouse-Moi Mon Pote puisque le récit tourne autour de Yassine, jeune marocain fraîchement débarqué en France afin d'y étudier l'architecture. Ayant trop bu la veille de l'examen de fin d'année, il « oublie » de s'y rendre et n'a plus le droit de demeurer dans la capitale française. Yassine choisi pourtant de demeurer en France en toute illégalité et nous le retrouvons deux ans après, vivant de petits boulots. Sa famille restée au Maroc le croit architecte mais en situation irrégulière, il doit à tout prix se marier s'il veut pouvoir rester à Paris. Pour cela, il va demander à son meilleur (et seul) ami Fred d'accepter de l'épouser. Au grand dam de Lisa, la petite amie de Fred qui désespère de l'épouser depuis des mois. Un mariage blanc qui va se révéler plus compliqué que prévu car non seulement la mère de Yassine apprend que son fils s'est marié en France (sans toutefois imaginer un seul instant qu'il a épousé un homme) et décide de quitter le Maroc pour le retrouver dans la capitale, mais de plus, les deux hommes fraîchement mariés vont être épiés, harcelés par Dussart, un inspecteur chargé de vérifier s'il ne s'agit pas d'un mariage blanc...

Deux hommes, une comédie, et en toile de fond, l'homosexualité. Autant dire que dans le genre, il est aussi risqué de s'aventurer au cœur de cette communauté que d'aborder le judaïsme ou l'islamisme sans en prendre plein la gueule par de vieux cons réactionnaires et démagogues. N 'étant pas connus pour faire dans la dentelle, Philippe Lacheau et Tarek Boudali en rajoutent, beaucoup, trop même diront certains. L'homosexuel est ici relégué au rang de folle, efféminé, maquillé, bougeant ses petites fesses engoncées dans des tenues trèèès légères sur de la musique techno assourdissante. Hommage ou homophobie, telle est la question que certains critiques se sont empressés de se poser. Non, en fait, ils n'ont même pas pris le temps de s'interroger dessus, préfèrant très nettement argumenter en faveur de la seconde ! On ne va pas vous faire croire que Épouse-Moi Mon Pote est d'une sobriété et d'une intelligence rares. Non, c'est assez vulgaire, évidemment stéréotypé, mais quiconque affirmera ne pas avoir ri une seule fois pourra être considéré d'horrible menteur.

La Gay Pride à Strasbourg

Dire que l'on s'est bien amusé, que les pitreries du duo nous ont permis de passer un agréable moment en leur compagnie nous est dorénavant presque refusé par une presse qui s'est très majoritairement offusquée devant ce spectacle hautement caricatural. Aimer, c'est donc forcément être homophobe. C'est vrai qu'à bien y réfléchir, on a jamais vu des hommes et des femmes parader sur des chars accoutrés de manière fort colorée et hurlant fièrement leur homosexualité (voir la photo au dessus). C'est vrai, le concept de la Drag Queen arborant avec audace et arrogance sa part de féminité n'est que l'une des étapes d'un complot aux nombreuses ramifications servant à créer un climat de malaise auprès des vieilles bigotes se rendant à l'église tous les dimanches. S'il y a bien un concept auquel pas mal de monde s'autorise à adhérer, c'est bien celui du « vieux con réactionnaire » à la papa. On a eu droit à toutes les formes de discrimination : religieuse, raciale, sexuelle et j'en passe. Mais celle que personne ne juge, c'est la démagogie dont certains usent comme fond de commerce.

Ouais, bon, ben, c'est certain, Louis de Funès et son humour familial plutôt poli doit se retourner dans sa tombe. Mais merde, quoi. L'essentiel n'est-il pas de s'amuser ? Et puis, si Philippe Lacheau et Tarek Boudali ont choisi d'aborder le thème de l'homosexualité sous un aspect (pas si) caricatural (que cela), avouons que Épouse-Moi Mon Pote aurait été tout de même moins amusant s'il avait abordé le sujet à travers les homosexuels les plus sobres en matière de comportement et de gouts vestimentaires ! Épouse-Moi Mon Pote épouse (humpf!), à sa manière, une certaine forme d’extrémisme homosexuel quand même bien moins dangereux que d'autres thèmes de radicalisation.

Si j'avais eu un peu plus d'encre, je vous aurais parlé avec plaisir du fond et de la forme. Des innombrables gags qui émaillent le film de Philippe Lacheau et Tarek Boudali. De ses habituels « guests » (ici, Philippe Duquesne, Ramzy Bédia et Zinedine Soualem), de ses qualités, de ses défauts. De l'intérêt de le voir ou de passer à côté, mais ma cartouche étant bientôt vide, je vous dis à la proch...

dimanche 11 février 2018

Coexister de Fabrice Eboué (2017) - ★★★★★★★☆☆☆



Si vous survivez à la vague de gags qui submergent les vingts premières minutes de Coexister, vous êtes en bonne voie. Mais tout d'abord, quelques petits conseils : asthmatiques, veillez à vous munir de votre ventoline, quitte à prévoir une recharge supplémentaire. Quant aux cardiaques, inutile de préciser qu'une révision du moteur me semble plus qu'appropriée avant de vous lancer dans cette folle aventure qui, contrairement à ces quelques comédies faussement polémiques qui ont provoqué quelques dégâts collatéraux chez certains critiques, évite toute forme d'hypocrisie et de sous-entendus raciaux et religieux. Vingt minutes donc, et pour être plus précis, dix-neuf plus une poignée de seconde à tenter de reprendre une respiration normale. Des rires en cascade, s'enchaînant à une allure si vive que la sur-ventilation nous guette. Fabrice Eboué signe rien que moins que l'une (ou la) des comédies les plus efficaces de ce début d'année. Dans le genre, il relève le défit haut la main, dépassant de loin, et même de très loin les champions de la catégorie. Acteur, réalisateur et scénariste de son propre long-métrage Coexister (le troisième après Case Départ et Le Crocodile du Botswanga), l'humoriste y jette une idée toute bête mais qui, bizarrement, n'a pourtant jamais semblé traversé l'esprit de quiconque. EA notre époque, évoquer le rassemblement des trois principales communautés religieuses de France pouvait prêter à polémique. Et pourtant, si même cette pensée peut traverser l'esprit durant les premières minutes, elle s'efface au profit de l'humour d'un artiste qui ose parler de tout, sans langue de bois ni pincettes.

Fabrice Eboué débute l'écriture du scénario à partir de l'histoire véridique de Joseph Dinh Nguyen Nguyen, ancien séminariste et chanteur vietnamien du groupe Les Prêtres (aux côtés de Jean-Michel Bardet et Charles Troesch) ayant SEVÎT en France entre 2010 et 2014 (trois albums au total ), lequel abandonna sa vocation de religieux. Fabrice Eboué se questionne sur le choix de l'ancien prêtre puis attaque l'écriture de ce qui deviendra au cinéma Coexister. Soit, non plus la réunion de trois prêtres, mais d'un seul, aux côtés d'un imam et d'un rabbin. Je sais, ça a tout l'air d'une blague mais c'est bien de cette coexistence dont il est question ici. Tout la force du nouveau long-métrage réside sur plusieurs points : l'acteur-réalisateur évite tout manichéisme. Il ne s'érige également pas en grand ordonnateur d'une certaine morale et s'autorise même à rajouter quelques couches de douce provocation à un sujet qui, c'est certain, en fera dès le départ rugir certains. Dans le rôle de Nicolas Lejeune (directeur de la section musicale des entreprises Demanche, dont la présidente n'est autre que l'excellente (et ici, détestable) Mathilde Seigner), Fabrice Eboué est épaulé par un trio (et même un quatuor) d'interprètes totalement acquis à la cause d'un scénario dont l'idée, n'est pas si stupide qu'elle en a l'air.

Ramzy Bédia, Guillaume de Tonquédec et Jonathan Cohen, l'arabe, le français et le juif. Sans oublier l'excellente Audrey Lamy, dans le rôle de la blonde nymphomane. Fabrice Eboué, tout en passant en douce un message à l'attention des plus réfractaires à la fraternisation entre les peuples et les religions, injecte le même humour qu'on lui connaît sur scène. Pourtant, son film et ses personnages n'ont rien de la beauf-attitude que certains dialogues pourraient leur prêter. C'est là, toute l'intelligence de son écriture. Faire grincer les dents des moins ouverts d'esprit à dose si peu thérapeutique que l'on n'a pas vraiment le temps de réfléchir à telle ou telle réplique. Son quatuor d'interprètes fait des étincelles. L'amitié et la bonne humeur qui les lie sur le tournage sont véritablement communicatifs. L'humour, toujours l'humour. Si le message est clair, Fabrice Eboué s'attaque à certaines convenances sans jamais être choquant. Le sourire n'est jamais jaune, lorsque le réalisateur évoque par exemple le faux imam consommant de l'alcool et du saucisson à base de porc, le prêtre se laissant aller au plaisir de la chair, ou encore le rabbin « sniffant » de la cocaïne avant chaque entrée en scène.Il est fort à parier que Coexister demeurera comme l'une des quelques comédies de l'année dont on se souviendra encore longtemps. N'écoutez pas ce qui affirment que "Coexister" se montre timide dans sa critique du monde de la musique, et très insuffisant dans son approche des tensions religieuses, le propos n'est pas là. Regardez-le, tout simplement...

vendredi 9 juin 2017

Halal Police d’État de Rachid Dhibou (2010) - ★★☆☆☆☆☆☆☆☆



Un article comme celui-ci, ça se prépare. On ne le jette pas en pâture sans un minimum de précautions. Encore que cela puisse vouloir dire qu'on attache au sujet une importance considérable. Et d'une certaine manière, c'est vrai. Non pas qu'il s'agisse d'une œuvre pouvant réconcilier un cinéphage avec son ancienne passion de cinéphile mais plutôt un message d'alerte à l'attention de celles et ceux qui estiment que la vie est bien trop courte pour que l'on ait le temps de perdre quatre-vingt dix minutes devant une purge cinématographique. Lorsque l'on découvre le pedigree de son auteur, il y a de quoi être rassuré. Durant un temps, le bonhomme travaille surtout sur des making-off. Un emploi que lui confie Luc Besson. Deux des épisodes de la saga Arthur et les Minimoys, Banlieue 13 - Ultimatum, ou encore Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec. C'est finalement grâce à un casting de réalisateurs organisé par le même Luc Besson que le futur réalisateur du navet dont il est question dans cet article est choisi. Une œuvre à la suite de laquelle il crée sa propre société de production aux côtés de son épouse Céline Olivaud, Derrière le Futur. S'autoproclamant Directeur Général (un brin mégalo le bonhomme?), il est de plus depuis 2012 intervenant à la Cité du Cinéma située à Saint-Denis au nord de Paris. Un lieu conçu en 2000 par, je vous le donne dans le mille : Monsieur Besson en personne.

Après la lecture d'une telle ascension, on ne peut que se ruer devant le seul et unique film du bonhomme. Surtout si l'on apprécie quelque peu la filmographie de ses deux principaux interprètes qui ne sont autres que Eric Judor et Ramzy Bédia. Mais ce type se cachant derrière le rôle de directeur général de la société Derrière le Futur, qui est-il ? Son nom est Rachid Dhibou. Et s'il n'a aux yeux de son mentor Luc Besson pas besoin de faire ses preuves, il lui faudra beaucoup de persévérance pour nous faire oublier le désastre Halal Police d’État dont le plus amusant demeure dans le titre faisant référence à la célèbre série télévisée Hawaï Police d'État incarnée par l'acteur américain Jack Lord et diffusée entre 1968 et 1980 sur le réseau CBS et pas avant 1973 en France.
C'est bien simple, le film est un ratage intégral. Eric et Ramzy nous avaient habitués à leur jeu mêlant improvisation et gags lourdingues mais alors qu'on les avait plutôt appréciés dans La Tour Montparnasse Infernale, désormais, leur jeu outrancier ne passe absolument pas. Et ce n'est certainement pas à cause de leur manière d'aborder la comédie mais sans doute en raison de l'écriture catastrophique des deux humoristes et d'un humour pas toujours raffiné (pour ne pas dire, jamais). Film de 'rebeu' lançant la mode du film 'avec tout plein d'arabes dedans', Halal Police D’État ne fait malheureusement pas reluire la communauté maghrébine et y laisse même transparaître une certaine moquerie envers le français de souche ainsi qu'envers différentes communautés vivant dans notre pays. Le ton est donné et assez osé (chose dont par contre, je me réjouis assez) mais l'humour vraiment bas du front ne dépasse ici jamais la frontière du simple sourire. Quoique en me remémorant les scènes censées être les plus drôles, je me souviens n'en avoir pas esquissé le moindre.

Halal Police d’État est un désastre total. Le sujet pourtant ne manquait pas d'intérêt. Un serial killer s'en prenant à des épiciers commerçant à Barbès et une victime épouse d'un diplomate algérien. Deux flics sont dépêchés d'Algérie afin d'enquêter sur la série de meurtres. Les inspecteurs Nerh-Nerh et Le Kabyle. Des méthodes non conventionnelles pour une comédie policière loufoque qui rappelle dans une moindre mesure l'excellente Cité de la Peur des Nuls ou Le Téléphone sonne Toujours deux Fois des Inconnus, toutes proportions gardée. A partir du moment où l'élément le plus important (l'humour) est absent, le film de Rachid Dhibou n'a plus le moindre intérêt. Une œuvre de Rebeuxploitation totalement indigeste !!!
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...