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samedi 9 juillet 2022

Or de lui - Zaï Zaï Zaï Zaï - Incroyable mais vrai

 


 

Alors que nous nous apprêtons à aller découvrir le dernier long-métrage de Quentin Dupieux, petit retour non pas sur la filmographie de celui qui se cache sous le pseudo de Mr Oizo lorsque l'inspiration musicale lui vient mais sur deux étranges et passionnantes alternatives à ce cinéma de l'absurde dont il nous abreuve depuis ses débuts en 2001 avec Nonfilm. Exit donc Quentin Dupieux. Nous accueillons au sein d'un curieux univers parallèle l'acteur Ramzy Bédia auquel le réalisateur français avait d'ailleurs offert l'un des deux principaux rôles de son décalé Steak en 2007. Mais cette fois-ci, c'est sur François Desagnat et Baptiste Lorber qu'il lui aura fallu compter. Le premier n'a cependant pas confié à Ramzy le rôle principal de sa dernière comédie Zaï Zaï Zaï Zaï. Mais découverte conjointement à la mini-série Or de lui dans lequel l'humoriste et acteur tient cette fois-ci la vedette, le rapport qu'entretiennent l'un et l'autre de ces programmes me contraint à les lier au même article. L'auteur de La beuze en 2003, de Le jeu de la vérité en 2014 ou de Le gendre de ma vie quatre ans plus tard semble avoir choisi d'offrir à sa carrière de réalisateur un virage plus absurde que jamais. Et même inédit puisqu'en dehors des Onze commandements, on ne peut pas dire que la filmographie de Vincent Desagnat fut jusque là, incroyablement originale. Alors que l'on frétille d'impatience de découvrir son prochain projet Raoul et les raouliens, Zaï Zaï Zaï Zaï développe un certain nombre d'idées qui font souvent l'unanimité lorsque l'on évoque le futur proche sous une forme dystopique. Dans un univers où n'existe qu'un seul modèle de véhicule et où Fabrice (Jean-Paul Rouve) va se retrouver traqué par la police, les médias et les réseaux sociaux parce qu'il a oublié sa carte de fidélité au moment de payer ses achats en magasin, François Desagnat se fait le critique d'une société qui n'a jamais été aussi moribonde que ces dernières années. Non dénué d'un certain humour Zaï Zaï Zaï Zaï aborde la chose sous un angle qui ne diffère pas vraiment de ce que l'on a pu découvrir jusque là au cinéma. Il décrit un monde aseptisé, dans lequel être acteur comique ou faire preuve d'un certain humour est pratiquement considéré comme une tare. François Desagnat examine notre société à la loupe et décrit avec justesse les dérives qui découlent de tous les supports médiatiques qui jugent non plus les gens sur ce qu'ils sont réellement mais sur leurs apparences. En découle une œuvre cynique, qui bat l'humour à froid, et dans laquelle Ramzy Bédia incarne l'image de l'époux et du père de substitution tandis que Jean-Paul Rouve le fuyard va de rencontres en rencontres.
 
Zaï Zaï Zaï Zaï
est l'adaptation cinématographique non pas d'un roman, mais de la bande dessinée de Fabcaro, l'auteur du roman Le discours qu'a adapté sur grand écran le réalisateur Laurent Tirard... Zaï Zaï Zaï Zaï est donc proche de l'univers de Quentin Dupieux. Et si j'osais, j'affirmerais que François Desagnat a réussi là où pêche parfois le cinéma de Mr Oizo. Lequel a souvent trop tendance à se reposer sur des scénarii originaux plutôt que sur des mises en scène fainéantes. Zaï Zaï Zaï Zaï réussit le pari de réunir Jean-Paul Rouve, Julie Depardieu, Ramzy Bédia, Yolande Moreau ou Julie Gayet dans une comédie certes absurde, mais ô combien visionnaire. Un casting de sympathiques comédiens parmi lesquels nous retrouvons également Marc Riso (dans le rôle du vigile), lequel interprète justement l'un des personnages principaux de la mini-série Or de lui aux côtés de Ramzy Bédia. Ici, tout semble a priori d'un commun assez terne. Des couples qui s'invitent à dîner, une épouse qui trompe son mari, le VRP d'une petite entreprise humilié par ses collègues et puis, un jour.... la découverte de ce ''pouvoir'' incroyable qui transforme Ramzy Bédia/Joseph en poule aux œufs d'or. Car oui, son personnage se met à chier des étrons d'or ! Des lingots en forme de ''caca''. Le début de la fortune ? Plutôt celui des emmerdes: Certes un nouvel ami (Marc Riso) mais d'abord et surtout, une épouse qui va voir ailleurs (Olivia Côte), découche, le trompe avec Stéphane (Christophe Héraut). Et puis, un marchand d'or pas très net (Vincent Solignac) et son rejeton (Jérome Niel, inquiétant dans le rôle de Gino). C'est donc dans un contexte social relativement classique qu'entre en jeu ce phénomène surprenant : Ramzy Bédia la poule aux œufs d'or ! En 1973, le chilien Alessandro Jodorowsky transformait ses excréments en or. Trois ans plus tard, l'allemand Werner Herzog et ses interprètes sous hypnose tentaient de découvrir le secret du maître verrier Mühlbeck récemment décédé, seul détenteur de la formule de fabrication du verre rubis. Cinquante ans après, Ramzy Bédia endosse le costume de l'alchimiste Joseph qui va découvrir les avantages et les inconvénients de produire des étrons en or. Là encore, le pari est réussi de mêler l'absurde à la réalité. D'autant plus que le ton humoristique est parfois contrebalancé par des séquences dramatiques relativement intenses. […] Deux heures plus tard... 
 
De retour du cinéma en proie à une insupportable céphalée, j'ai envie de gueuler un bon coup sur ce cher vieux Quentin Dupieux qui en lançant Léa Drucker dans une quête personnelle de jeunesse eternelle a fait des choix particulièrement audacieux. Voir inadaptés pour le confort des yeux. Ceux du public, contraint de détourner parfois le regard s'il ne veut pas avoir de terribles maux de tête au sortir de la salle. Que l'image soit surannée au point de nous renvoyer en pleines années soixante-dix comme l'évoque notamment l'imagerie des Boards of Canada, je veux bien. Mais de là à user d'un vieil objectif plus vraiment fiable et nous imposer ainsi durant soixante-quinze minutes une image qui ne parvient jamais à faire le focus sur les personnages ou les décors en arrière plan, c'est à un supplice que nous convie le réalisateur. De même, l'on connaît la prédisposition de Quentin Dupieux à nous offrir sans cesse des univers décalés. Et là encore, le succès de l'entreprise tient tout d'abord de son scénario. Mais à l'image, et quelles que soit sa manière d'aborder le sujet, Incroyable mais vrai apparaît comme le plus sage de ses longs-métrages. Ce qui d'une certaine manière, donne également l'impression qu'il est aussi le plus maitrisé. Celui qui offre aussi le sentiment que pour une fois, l'auteur de Rubber ou de Wrong Cops n'a pas confié son projet aux seules mains de ses interprètes. L'engouement des critiques pour Incroyable mais vrai est presque inimaginable tant le dernier film de Quentin Dupieux semble parfois si éloigné de ses délires habituels. Plus sérieux mais néanmoins parcouru d'idées folles, Incroyable mais vrai mixe voyage dans le temps, le roman d'Oscar Wilde Le portrait de Dorian Gray(ici, un simple miroir), quête de jeunesse éternelle ou de masculinité (Benoît Magimel/Gérard en homme/machine hypersexué) et face à tout ça, impose un Alain Chabat terriblement sobre et bienveillant. On sort de la salle avec le regret d'avoir assisté à cet étonnant récit dans un inconfort visuel total, figé devant l'écran à patienter jusqu'à ce que le film nous délivre ses multiples messages. En attendant Fumer fait tousser, le prochain long-métrage de Quentin Dupieux, on confirmera que le meilleur film ''Dupieuesque'' à être sorti en salle cette année n'est pas le sien mais celui de François Desagnat...

 

vendredi 4 janvier 2019

Mon Meilleur Ami de Patrice Leconte (2006) - ★★★★★★★☆☆☆




Patrice Leconte nous a d'abord fait hurler de rire dans les années 70 et 80 avec quelques comédies parmi les plus cultes du cinéma français (Les Bronzés et sa suite Les Bronzés font du Ski, Viens chez Moi, j'Habite chez une Copine, etc...) avant de nous émouvoir avec Tandem ou de nous angoisser avec le saisissant portrait de Monsieur Hire. Depuis, le cinéaste français nous a ponctuellement gratifiés de quelques généreuses productions, pas toujours très drôles il faut le reconnaître, parfois cyniques (Tango, Ridicule), même si certaines certaines d'entre valent encore le détour (Les Grands Ducs) alors que d'autres méritent de tomber définitivement dans l'oubli (la purge Les Bronzés 3: Amis pour la Vie et le dispensable Une Heure de Tranquillité). Après Franis Veber en 2005 avec La doublure, c'est au tour de Patrice Leconte de réunir un an plus tard les acteurs Daniel Auteuil et Dany Boon pour ce qui demeure une comédie d'honnête facture.

Sur un scénario qu'il a écrit en collaboration avec Jérôme Tonnerre, Patrice Leconte nous raconte l'histoire de François Coste, un marchand d'art qui malgré un carnet d'adresse bien rempli, n'a pas le moindre ami. C'est du moins ce qu'affirme son entourage lors d'un dîner au restaurant durant lequel sa collaboratrice Catherine donne dix jours à François pour prouver qu'il a un « meilleur ami ». Parcourant son carnet d'adresse afin de mettre la main sur celui qui parviendra à l'incarner, le marchand d'art qui vient d'acquérir une magnifique poterie pour la modique somme de deux-cent mille euros est systématiquement refoulé. Qu'il s'agisse d'un marchand concurrent ou d'un ancien camarade de classe, François est contraint de reconnaître qu'il n'a aucun ami sur lequel compter. Depuis quelques jours, il parcourt la capitale à bord d'un taxi conduit par Bruno, un chauffeur dont la compagne l'a quitté au bras de son meilleur ami, et auquel François se confie énormément. Auprès de Bruno, François tente de s'attirer les faveurs d'étrangers sans pour autant y parvenir. C'est alors qu'une idée germe dans l'esprit de François : Bruno sera ce « meilleur ami » qu'il doit à tout pris présenter à ses amis dix jours plus tard s'il veut gagner son pari...

Si Mon Meilleur Ami s'inscrit dans la tradition des comédies bien françaises, il en émane cependant un sentiment de malaise lorsque le héros incarné par Daniel Auteuil est confronté au jugement impartial de ceux qu'il considérait jusqu'à maintenant comme ses amis. Sans doute imbu, le personnage que l'acteur incarne est si préoccupé par sa propre existence qu'il en oublie même jusqu'à se préoccuper de ses proches. A commencer par sa fille. Face à lui Dany Boon est Bruno, ce chauffeur de taxi toujours souriant. Plaqué sans ménagement par sa compagne qui de surcroît s'est tirée avec son meilleur ami, Dany Boon incarne pourtant un Bruno optimiste, dont la culture exaspère son entourage. Excité à l'idée de participer un jour à un jeu télévisé, il est cependant systématiquement recalé à cause de sa trop grande nervosité.


La bonne idée de Patrice Leconte est d'avoir réuni ce duo étonnant. Entre un Daniel Auteuil qui tourne déjà sur les plateaux de tournage depuis plus de trente ans et un Dany Boon dont il s'agit de l'un des premiers rôles principaux de sa carrière d'acteur après La Maison du Bonheur qu'il réalisa lui-même l'année précédent la sortie de Mon Meilleur Ami. Aussi touchants l'un que l'autre, les deux interprètes apportent la chaleur nécessaire à une histoire au demeurant très simpliste. Les seconds rôles apportent une note d'humour noir parfois bienvenue. L'oeuvre de Patrice est aussi l'occasion de retrouver le cinéaste au mieux de sa forme et même si Mon Meilleur Ami est loin d'atteindre les sommets de ses débuts de carrière, il reste cependant au dessus de certaines productions qu'il mis en scène avant et après. A commencer par le désastreux La Guerre des Miss qu'il réalisera deux ans plus tard en 2008...

mercredi 2 janvier 2019

Un Réveillon au Cinéma : Le Gendre de ma Vie de François Desagnat (2018) - (Anna : ★★★★★★☆☆☆☆) (Lolo : ★★★★★☆☆☆☆☆)




31 décembre 2018. Alors que la séance n'a pas encore commencé et que les tickets ne sont pas encore dans nos poches, nous apprenons qu'il ne reste plus que huit places dans la salle qui projette Le Gendre de ma Vie. Contraints de dénicher deux sièges côte à côte si nous ne voulons pas être séparés, c'est à l’extrémité droite du second rang que nous nous apprêtons à découvrir le dernier long-métrage de François Desagnat dont nous avions déjà découvert sur grand écran en 2014 Le Jeu de la Vérité, et deux ans plus tard Adopte un Veuf. Fils du réalisateur Jean-Pierre Desagnat (Les Charlots contre Dracula) et frère de l'acteur Vincent Desagnat (Babysitting), François Desagnat réalise avec Le Gendre de ma Vie une comédie rafraîchissante mais qui au final, risque de connaître le même sort que la plupart de ses concurrentes en finissant par tomber très rapidement dans l'oubli. Il n'empêche qu'au moment très précis où, devant les pitreries de Kad Merad et des interprètes qui l'accompagnent, il nous est arrivé de sourire, et même, Ô miracle, de rire, nous nous sommes contentés du spectacle qui nous était proposé. Pourtant, ça n'était pas gagné d'avance car si la seule évocation de l'acteur Kad Merad suffit parfois à nous donner envie d'aller voir ce qu'il en retourne sur grand écran, il est rare qu'on en ressorte totalement éblouis. Il est surtout le signe d'un moment de bonne humeur fugace qui en ces temps parfois troubles fait du bien.

Le récit, lui, est plutôt convenu. Et même s'il reprend un principe bien connu tout en inversant les rôles des protagonistes, approcher la chose laisse supposer que le résultat marquera, à défaut d'originalité, un sentiment de déjà vu. Et dans le fond, c'est ce que semble être le dernier long-métrage de François Desagnat. Un conflit tournant autour d'un père et de sa fille concernant la relation qu'elle entretient tout d'abord avec un joueur de rugby. Mais là où le réalisateur, aidé de Thomas Ruat et Jérôme L'Hotsky modifie les habitudes de ce genre d'histoire, c'est dans l'étrange relation qu'entretient non pas la jeune Alexia (interprétée par Pauline Étienne) avec son rugbyman, Thomas Cazenave (Guillaume Labbé), mais son père vis à vis de ce joueur qu'il rêve déjà d'avoir pour gendre. C'est en cela que Le Gendre de ma Vie offre une vision inédite des rapports entre père, fille et petit ami. Désolé de n'avoir jamais eu de garçon (son épouse lui a donné trois filles), Stéphane, le père, reporte toute son attention sur Thomas, rendant ainsi la relation entre sa fille et le rugbyman compliquée.

Si l'idée de départ est relativement intéressante (quoique convenue penseront sans doute certains), celle-ci montre assez rapidement ses limites. La vraie valeur du film tient en réalité dans la présence de plusieurs tiers personnages. Tout d'abord Christelle, interprétée par la toujours savoureuse Zabou Breitman. La collègue obstétricienne (et ancienne amante) de Stéphane, mais aussi et surtout Bertrand, que l'acteur François Deblock parvient à rendre aussi attachant que maladroit. Un rejet profond de la part du père de famille contraint de composer avec cet obstétricien nouvellement débarqué et dont va se servir Alexia pour se venger de son encombrant géniteur...

Force est de constater que malgré la grande simplicité du scénario et des dialogues, Le Gendre de ma Vie se révèle plaisant à regarder. Le casting est fort sympathique, avec une Julie Gayet discrète mais efficace, un Patrick Bosso en invité surprise et des situations souvent cocasses. Reste que le film de François Desagnat est beaucoup trop léger pour que l'on en conserve un souvenir ému. Il n'est donc pas certain que l'on s'y replonge un de ces jours. Pour terminer, je dirais que sans aller jusqu'à malmener le film avec ce mauvais jeu de mots émis par un critique de Première (Very Kad Trip!!!), le complice d'Olivier Baroux semble une fois de plus montrer son incapacité à donner dans l'émotion. A part ça, Le Gendre de ma Vie déroule une intrigue qui choisit l'option de ne prendre aucun risque. Une comédie pépère...

vendredi 16 mars 2018

Sélection de 3 films à voir, à revoir... ou à éviter (6)

Retourner en arrière, remonter dans le passé, de quelques années. Une grosse dizaine à vrai dire, et passer des postérieurs Héros, La Traversée et Carbone au plus ancien Incontrôlable, c'est un peu comme de déguster un met raffiné avant de manger une vulgaire tambouille. Sur les conseils (mal)avisés d'un ami (désolé Christophe), j'ai donc opté pour une œuvre antérieure. Une comédie balourde, loin des rôles dramatiques qu'ont désormais l'habitude d'offrir les cinéastes à un Michael Youn, ma foi, pas aussi mauvais interprète que je l'aurai cru. C'est ainsi donc que l'on reprochera à l'ancien animateur du Morning Live d'avoir assez mal débuté sa carrière d'acteur en enchaînant des œuvres désarmantes de niaiseries. Dont cet Incontrôlable échappant justement à toute forme de raison d'être. Débile, oui. Vulgaire, certainement. Drôle... ? En de TRES rares occasions. A vrai dire, surtout au début, lorsque l'on découvre que le personnage de Georges, scénariste de métier, se réveille un matin avec la voix d'Eddy Murphy. Comprendre, la voix FRANCAISE de l'acteur américain. Et plus spécifiquement celle du film d'animation Shrek. Une situation originale qui n'est pas sans rappeler La Personne aux deux Personnes de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine, une comédie là encore, assez faible incarnée par Daniel Auteuil et Alain Chabat. Originale, et grotesque, puisque malgré l'assurance dont fait preuve le nouvel et très collant alter ego du héros, sa voix à de quoi décourager n'importe quel spécimen de la gente féminine confronté au scénariste en mal d'inspiration. Même la jolie Hélène de Fougerolles aura bien du mal à garder son calme dans la peau de Manon, plus vieille amie du héros et en secret, très amoureuse de ce bêta de Georges qui va durant une heure trente, accumuler les bourdes.
Incontrôlable, c'est du lourd(ingue), et même, du très lourd(ingue). Allez, j'avoue, j'ai ri très fort. Une fois. Et un peu plus discrètement, à deux autres occasions. La première fois, lors d'un repas partagé entre Georges et son ami dentiste Roger interprété par Hippolyte Girardot dont on se demande encore ce qu'il est venu foutre dans une telle galère. Ne parlons même pas de Patrick Timsit dans la peau d'un David parfaitement insignifiant, de Régis Laspalès en prêtre (pas le pire personnage du film au demeurant), ou bien entendu, Thierry Lhermitte qui incarne sans doute le personnage le moins décourageant de cette comédie vraiment ratée. On s'en doute assez rapidement mais Michael Youn est doublé par la voix française officielle d'Eddy Murphy, l'acteur d'origine mauritanienne, Med Hondo. Bouffi, l'acteur s'est de plus astreint à un régime particulier à base de kebab qui lui a fait prendre plus de quinze kilos. On est cependant loin des trente kilos que pris l'américain Robert de Niro au tout début des années quatre-vingt pour les besoins du tournage de Raging Bull de Martin Scorsese. Toujours est-il que c'est à cause de ce long-métrage et de quelques autres également que la mauvaise réputation de Michael Youn le précède. Et c'est bien dommage car dorénavant, les cinéastes lui font confiance et lui confient des rôles du plus grande envergure. Que les réfractaires lui laissent alors une chance de leur prouver sa valeur, tout en évitant copieusement, bien sûr, ce furoncle cinématographique... ! ❤❤❤💔💔💔💔💔💔💔

Lorsque l'on s'écrase au sol, l'important, c'est de se remettre en selle. Sur un cheval, une bicyclette. Ou comme ici sur un fauteuil de cinéma. Ne jamais lâcher sa passion pour le cinéma malgré les désagréments que l'on peut rencontrer lorsque l'on est confronté à des contrariétés du même type que le film chroniqué précédemment. Sans Laisser de Trace renoue d'une manière générale avec ce que l'on attend d'un long-métrage en évacuant toute la misère que l'on peut ressentir devant ces heures perdues devant des films qui ne mériteraient même pas que l'on évoque leur titre. Le réalisateur, acteur et scénariste français Grégoire Vigneron mettait en scène en 2010, ce qui devait demeurer jusqu'à aujourd'hui comme son unique long-métrage. Une œuvre qu'il co-écrivit en compagnie d'un autre habitué du septième art, le cinéaste et scénariste Laurent Tirard, auteur dernièrement de l'excellent Le Retour du Héros avec Jean Dujardin et Mélanie Laurent. Sans Laisser de Trace a l'intelligence des thrillers français qui n'essaient jamais de copier leurs homologues américains, scandinaves ou sud-coréens. Valeur sûre du cinéma français, l'immense Benoît Magimel s'implique comme toujours avec force dans le rôle d’Étienne Meunier, PDG d'une entreprise florissante spécialisée dans les produits d'entretien. Un jour, alors qu'il vient de retrouver son ancien ami Patrick Chambon qu'il n'a plus revu depuis vingt ans, Étienne ressent le besoin de lui confier un secret qui le ronge depuis de nombreuses années. En effet, il y a longtemps, Étienne s'est approprié l'invention d'un homme, laquelle a fait depuis sa réussite professionnelle. Sur les conseils de Patrick, et afin de soulager sa conscience, Étienne et celui-ci se rendent chez cet homme bafoué afin de lui avouer l'outrage dont il s'est rendu responsable bien des années auparavant. Mais plutôt que de libérer sa conscience, Étienne va sans le vouloir se retrouver empêtré dans un engrenage dont il aura bien du mal à se sortir...
Un casting impeccable pour un thriller psychologique haletant, dont le scénario écrit avec concision ne souffre d'aucun défaut ni d'aucune sorte de maladresse. Preuve si l'en est que le cinéma français en a sous le coude lorsqu'il s'agit de nous conter des histoires aux multiples ramifications. Sans Laisser de Trace est l'exemple type de long-métrage qui assouvit les pulsions du spectateur avide de récits tout à la fois alambiqués et pourtant parfaitement limpides dans leur constructions. Grégoire Vigneron est un sacré pervers. L'enchaînement d'événements pouvant jouer sur la carrière et la vie privée du héros (un personnage, si l'on réfléchit un instant, qui n'est pourtant pas des plus remarquable moralement), est tel que l'on s'inquiète de la tournure que pourrait prendre son histoire personnelle. D'autant plus que Sans Laisser de Trace accumule les twists avec une régularité diabolique sans jamais empiéter sur le terrain du ridicule. Benoît Magimel y est énorme, comme à son habitude. François-Xavier Demaison incarne un Patrick Chambon inquiétant dans sa manière irraisonnée d'aborder la situation. Si les deux principaux interprètes emportent l'adhésion grâce à leur excellente interprétation, il serait dommage d'oublier Julie Gayet, Jean-Marie Winling, et Dominique Labourier formant à eux trois la compagne et la belle-famille du héros. Ou bien encore Stéphane de Groodt dans le rôle du collant inspecteur Kazinski, Léa Seydoux dans celui de Fleur, fille de François Michelet, incarné lui par l'acteur André Wilms (le très touchant Joseph de l'excellent Ôtez-moi d'un doute de Carine Tardieu). Sans Laisser de Trace n'est pas de ces thriller nerveux reposant sur des courses-poursuites et des séquences de gunfight. Non, le long-métrage de Grégoire Vigneron repose sur un scénario brillant reposant sur le principe des dominos. A voir, donc. Absolument ! ❤❤❤❤❤❤❤💔💔

Pas comme... Truands de Frédéric Schoendoerffer, fils de... Pierre Schoendoerffer. A force de trop vouloir faire dans le glauque, le sexe, la violence et la noirceur, le cinéaste français originaire de Boulogne-Billancourt ridiculise tout ce qu'il entreprend. Benoît Magimel prouve que l'on peut être un excellent acteur et avoir du mal à convaincre sous la direction d'un cinéaste qui, ici présent, paraît s'être laissé pousser des ailes en s'imaginant hypothétiquement être capable de tourner SON King of New-York, mais en réalité, sans jamais avoir dans ses valises cette petite chose que l'on appelle le talent. Du moins, pas cette fois-ci. Truands est grotesque, surenchérissant dans le domaine de l'horreur lorsque son personnage principal surjoué par l'acteur Philippe Caubère pète un câble et torture (avant de tuer) tout ceux qui nuisent à ses projets mégalomaniaques. Si seulement le personnage de Claude Corti s'était contenté de cela. Mais non, car la femme, qui n'aura jamais été aussi peu considérée qu'en la présente occasion, en prend plein le cul comme voudrait être formulée l'expression à la manière des propos orduriers qui parasitent sans cesse le troisième long-métrage de Schoendoerffer fils. L'acteur se croit sur les planches d'un théâtre à l'abandon, évoquant avec férocité quelques personnages de grands films noirs américains sans pour autant convaincre l'amateur de polars. Le scénario de Frédéric Schoendoerffer et Yann Brion croupit sous une montagne de dialogues d'une confondante vulgarité. La voyoucratie sous son aspect le moins 'noble ' pourrait-on envisager...
Aux allures, paraît-il, de docu-fiction (sûrement ces mouvements de caméra imprécis ou ces voix qui parfois disparaissent sous l'épuisante (et donc insupportable) bande-son), Truands déroule une intrigue qui elle, en contrepartie, ne fatiguera certainement pas les amateurs de thrillers psychologiques en recherche de sensations inédites. Schoendoerffer signe une œuvre bas du front. A peine survolée par un Benoît Magimel qui, certainement sans le vouloir, vient avant tout empocher son cachet d'interprète. Une navrante parenthèse avant l'efficace Dealer de Jean Luc Herbulot que je m’apprêtais à regarder juste après. Mais, ça c'est une autre histoire que je vous propose de vous raconter la prochaine fois... ❤❤❤💔💔💔💔💔💔💔

vendredi 10 novembre 2017

Carré Blanc de Jean-Baptiste Leonetti (2011) - ★★★★★★★★★☆



Admirable. D'une puissante évocation. Dur et froid comme l'acier. Angles droits envahissants. Courbes absentes. Décors glaçants. Carré Blanc. L'humanité nouvelle, celle de demain, ou peut-être, déjà d'aujourd'hui. Un homme, une femme. Une histoire commune née dans la souffrance. Un suicide. Raté. Mais une rencontre, à la clé. Qu'en est-il de ce jeune garçon auquel sa mère va lui donner un conseil qui bouleversera sa vie toute entière ? Comment se préparer à un futur tel que décrit par le cinéaste Jean-Baptiste Leonetti dont il s'agit ici du premier long-métrage ? Une dystopie qui comme le veut la tradition nous décrit un monde imaginaire (ou si peu) où le bonheur semble impossible à atteindre. Ou les valeurs fondamentales sont balayées par un but unique : se fondre à tout prix dans la société. En faire partie, c'est prouver que l'on existe, même si pour cela il faut la laisser vous assimiler, vous dévorer, au risque de vous transformer. Modifier votre mode de pensée. Détruire ce qu'il pouvait demeurer en vous, de bon.

Carré Blanc est un tour de force magistral. Tout d'abord parce qu'il nie totalement l'hégémonie du cinéma américain sur le cinéma d'anticipation. L’œuvre de Jean-Baptiste Leonetti s'y aligne en tout point. Sans complexes. Et avec cette petite touche française et cette économie de moyens qui la hisse vers les sommets. Dégageant son paysage de tout visuel convenu. De tout subterfuge visant à cacher les défauts d'un scénario éventuellement bâclé, le cinéaste français offre à Sami Bouajila, un rôle important. Peut-être l'un des plus intéressant, et sans doute pas le moins complexe à aborder car tout repose, ou presque, sur les épaules de cet excellent acteur franco-tunisien capable de jouer dans les genres policier, historiques, autant que dans la comédie.
Ici, Jean-Baptiste Leonetti lui offre l'opportunité de jouer sans filet. Sans bouée de sauvetage. Si les décors participent assurément à cette abominable dystopie, l'acteur y demeure magistral. Comme peut l'être d'ailleurs également l'actrice Julie Gayet. Ou encore Jean-Pierre Andréani.

Carré Blanc, c'est un monde où les apparences ont pris une importance considérable et dans lequel les faiblesses n'ont pas lieu d'être. L'homme y apprend à se détacher de toute forme d'humanité. Certains qui ne s'y étaient pas suffisamment préparés vont d'ailleurs en faire les frais. Philippe (Sami Bouajila)a épousé Marie (Julie Gayet) après avoir grandit auprès d'elle. Deux orphelins qui se sont aimés. Mais Marie, elle, n'en peut plus de vivre avec un homme incapable de lui donner un enfant. Les enfants, d'ailleurs, sont ici sous représentés puisqu'à part lors de la toute première partie, Jean-Baptiste Leonetti les bannit. Physiquement. Car, parfois, on évoque le désir d'en avoir. Mais l'enfant, et sa pureté, ne sont-il pas des preuves de faiblesse ? Philippe est véritablement glaçant. Il erre dans un décor sinistre tandis que chez eux, Marie réfléchi. Et prend sa décision. C'en est fini de cette vie à attendre. A L'attendre !

Le film de Jean-Baptiste Leonetti se regarde dans un état de semi-conscience. Comme un rêve, ou plutôt un cauchemar. Une fenêtre sur un avenir (in)certain où les repères éclatent en mille morceaux et où tout semble figurer un état de noirceur auquel il nous est impossible d'échapper. Comme des centaines de publicités qui nous abrutiraient à longueur de journée, trônant sur d'immenses panneaux d'affichage, dans les magasines, sur nos écrans de télévisions où dans les salles de cinéma. Cette obsession de la noirceur, Jean-Baptiste Leonetti la filme aux quatre coins de l'univers qu'il a ainsi instauré. Un pessimisme qui transpire une odeur nauséabonde. Même dans le sourire de façade de Patrice (Jean-Pierre Andréani), ce gardien de parking, qui alors, arbore un sourire plus sinistre encore que celui d'un certain Joker (Batman). Au moins, le cinéaste n'a pas la fâcheuse intention de tromper son monde. Dès les premiers instants, il baigne le spectateur dans une torpeur digne d'une œuvre d'art et d'essai indigeste avant de (faussement) relâcher l'étreinte nouée autour de notre gorge. Une pression qui pourtant demeure jusqu'à la dernière minute. Seule note d'espoir et qui comme la rencontre entre ses deux héros, est forcément née, elle aussi, dans la douleur... Une leçon de cinéma...
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