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samedi 18 mai 2024

Leave The World Behind de Sam Esmail (2023) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Cela commence par la présentation d'une famille d'américains moyens tout ce qu'il y a de plus classique. Du moins sur grand écran. Une mère de famille un brin rigide et procédurière, un époux humaniste et qui a donc le cœur sur la main, un fils accaparé par les filles de son âge et une petite dernière obsédée par les réseaux sociaux et fan absolue de la série friends ! Amanda Sandford (Julia Roberts) a décidé sans prévenir les autres membres de la famille d'organiser un petit séjour dans une luxueuse demeure de location. Histoire de passer du bon temps aux côtés des siens. En achetant des provisions, Amanda remarque l'étrange attitude d'un client. Plus tard, alors qu'ils sont désormais installés pour quelques jours dans leur nouvelle demeure, les Sandford sont témoins d'un événement non moins surprenant alors qu'ils prennent le soleil sur une plage. Bientôt, les diverses méthodes de communications cessent de fonctionner. Internet, les téléphones ainsi que la télévision, tout ce qui relie les hommes au monde ne marche plus. En pleine nuit, le propriétaire des lieux George H. Scott et sa fille Ruth frappent à la porte. Alors qu'en ville le réseau électrique est tombé en panne, les nouveaux venus demandent à leurs locataires s'ils peuvent venir passer la lui dans leur demeure... Je ne sais pas ce qu'en pensent tous ceux qui ont découvert Le monde après nous ou Leave The World Behind (ce qui peut littéralement se traduire par Laisser le monde derrière) sur Netflix récemment mais le second long-métrage du réalisateur américain Sam Esmail neuf ans après la comédie romantico-dramatique Comet a ce petit et délicieux parfum des œuvres signées de M. Night Shyamalan. En effet, le film est teinté d'un mystère qui va couvrir l'intégralité du récit. Une atmosphère angoissante et quasi surnaturelle notamment entretenue par la bande originale signée du compositeur américain Mac Quayle qui travailla en outre sur les séries American Horror Story, Mr. Robot (pour laquelle il obtiendra le Primetime Emmy Award de la meilleure musique dans une série en 2015) et Ratched. Sous de faux airs de Home Invasion dont les codes auraient été inversés, le réalisateur et scénariste adapte le roman à succès de l'écrivain Rumaan Alam dans lequel l'auteur abordait déjà les préjugés d'ordre raciaux. Une attitude que l'on peut notamment observer du point de vue d'Amanda Sandford, méfiante vis à vis de ces ''nouveaux venus'' (Mahershala Ali et Myha'la Herrold dans les rôles respectifs de George et Ruth Scott) ou lorsque la fille du propriétaire pose une question sur l'éventuelle relation qu'entretiendrait Clay avec ses élèves !


Un spectacle divertissant souvent encerclé de clichés et de sous-entendus...


Dans le rôle de Clay Sandford nous retrouvons le formidable Ethan Hawke qui excelle à incarner un époux et père de famille que l'on pourra à loisir décrire soit comme humaniste, irresponsable, mais observant en tout cas une attitude plutôt indolente face à des inconnus certes polis (Ruth, la gamine, se comporte malgré tout de manière arrogante) mais dont ils ne savent absolument rien... Derrière les apparences qui auraient pu faire de Leave The World Behind un thriller assez convenu se glisse un arrière-plan d'apocalypse fort intriguant. Ajoutant aux ''confrontations'' quelques séquences réellement prenantes comme lorsque Clay part en ville en voiture ou lorsque George décide de rendre visite à ses plus proches voisins. Si une coupure d'électricité généralisée peut aisément s'expliquer (un fait si peu rare qu'il peut paraître anodin), d'autres phénomènes sembleront déjà beaucoup moins rationnels. Comme ces dizaines de cerfs désorientés qui débarquent sur le terrain de la propriété ou ces avions qui viennent s'écraser aux abords de la plage, attirés comme par un aimant (l'exemple du pétrolier semble d'ailleurs le confirmer). L’ambiguïté de certains propos ou l'attitude même des uns et des autres (et surtout celle de George et de sa fille) ajoutent une couche supplémentaire de mystère à une intrigue qui s'en trouve donc épaissie. D'un point de vue strictement sensoriel, Leave The World Behind est une brillante réussite. Jouant avec maestria de sa caméra, Sam Esmail observe ses interprètes et donc les protagonistes sous toutes les coutures. Les filmant en plongée, contre-plongée, de face ou de profil, en gros plan ou éloignés au fond d'une pièce, son approche de la mise en scène participe de cette fascination pour des êtres communs plongés dans une situation qui l'est déjà beaucoup moins. Le sensationnel laisse ensuite la place à des apartés entre les uns et les autres. Les tensions subjectivement raciales disparaissent au profit d'autres questionnements. Le rythme ralentit peu à peu et l'intérêt sans doute aussi davantage. C'est non sans une certaine ironie que Sam Esmail développe le sujet du catastrophisme à travers quelques séquences relativement drôles mais qui éclairent parfois sur le comportement des parents (Amanda restant en retrait alors que son fils vient instantanément de perdre plusieurs dents!) ou sur celui des nouvelles technologies comme ces voitures électriques autonomes qui ''jouent'' aux autos-tamponneuses !

 

samedi 12 novembre 2022

La Course à la mort de l'an 2000 de Paul Bartel (1975) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Mettons de côté tout ce qui a été réalisé jusque là et remontons jusque dans les années soixante-dix et quatre-vingt pour y découvrir que les sports furent parfois le théâtre de quelques longs-métrages d'anticipation devenus parfois cultes. La mode des sports extrêmes où la mort rôde sur le chemin des athlètes semble avoir connu un engouement dès l'année 1975 puisqu'au beau milieu des seventies les spectateurs virent éclore quelques pellicules particulièrement gratinées. Rollerball de Norman Jewison, Les gladiateurs de l'an 3000 conjointement réalisé par Allan Arkush , Nicholas Niciphor et Roger Corman et puis, bien évidemment, l'improbable La Course à la mort de l'an 2000 de Paul Bartel. La décennie suivante ne sera pas en reste puisque les États-Unis et la France exploiteront à quelques années d'intervalle, des types de jeux télévisés étonnamment similaires. Outre-atlantique sera réalisé Running Man sous la houlette de Paul Michael Glazer (le célèbre flic brun et frisé de la série Starsky et Hutch) et dans l'hexagone, Le Prix du danger sous celle du réalisateur français Yves Boisset... Mais revenons en 1975 avec La Course à la mort de l'an 2000 de Paul Bartel sorti sur le territoire américain sous le titre Death Race. Une œuvre au contenu invraisemblable. Du moins, de nos jours puisque l'on aurait du mal à imaginer que certains aspects du scénario puissent être mis en pratique alors que la bienséance est désormais de mise. Imaginez donc un long-métrage dans lequel une course de voiture constituée de cinq bolides permettrai aux pilotes d'engranger des points chaque fois qu'il écraseraient un piéton. Pour corser le propos et le rendre encore plus provocateur, femmes, enfants et vieillards rapporteraient beaucoup plus de points que d'écraser des hommes. Et là, vous vous dites : nooooon ! Ils n'oseraient tout de même pas filmer la mort de celles et ceux dont la préservation est moralement prioritaire à celle des individus de sexe masculin ? Et bien si, très chers lecteurs. Et dans le genre, le film de Paul Bartel met la barre très haut. Du moins, pour l'époque puisque les corps s'embrochent sur des piquets, se font rouler dessus et autres joyeusetés. Tout ceci dans la bonne humeur de commentateurs jubilant chaque fois que l'un des pilotes ôte la vie d'un badaud !


Pour son second long-métrage après la comédie horrifique Private Parts signée trois ans auparavant, le réalisateur originaire de New York se paie le luxe d'un casting trois étoiles puisque les deux principaux représentants de cette course à la mort située dans un futur dystopique ne sont rien moins que Sylvester Stallone qui l'année suivante connaîtra un succès mondial en incarnant le plus célèbre boxeur de l'histoire du cinéma ainsi que David Carradine qui entre 1972 et cette année 1975 fut la vedette de la série Kung-Fu. Et s'il en demeure certains qui se posent la question qui de la boxe ou de cet art martial l'emporte, la réponse se trouve justement dans La Course à la mort de l'an 2000 puisque les deux hommes s'y affronteront. Bon, il est vrai que de parler de Kung-fu est un brin exagéré puisque l'un et l'autre des deux hommes useront tout d'abord de leurs poings mais face à Kwai Chang Caine dit ''Petit Scarabée'', Rocky Balboa ne fera pas le poids et se retrouvera au tapis. Preuve aussi qu'une musculature développée n'est pas le signe d'une supériorité physique. Mais passons. C'était il y a plus de trente ans et dans mon souvenir, le long-métrage de Paul Bartel était demeuré comme une œuvre parfaitement jouissive. Non pas que de voir d'innocentes victimes était réjouissant (quoique!) mais par sa folie, son énergie (le film est en effet essentiellement constituée de séquences mettant en scène les bolides) et certains détails proprement hallucinants (le véhicule arborant une croix gammée, l'engouement du public, les infirmières volant dans les airs au contact des pare-chocs etc...), le film se montrait particulièrement créatif et provocateur. Mais ça, c'était il y a bien longtemps. Car si le message moral (car message il y a) laissé derrière lui évoque les dérives de notre société et des prises de conscience qui au final s'avéreront justes, le scénario est plutôt faiblard...


Voire même souvent inexistant. À contrario, il est amusant de redécouvrir aujourd'hui La Course à la mort de l'an 2000 puisque d'une certaine manière, la pratique consistant à écraser et tuer de pauvres innocent fait désormais partie de notre quotidien. Là où les motos ont remplacé les bolides lors de rodéos urbains et là où la presse a remplacé les show télévisés et les arènes de plein air, le prix à remporter n'est évidemment pas le même. C'est qu'il faut garder un minimum de morale, tout de même. Du moins, jusqu'au jour où de tels crimes ne seront punis que par quelques réprimandes (hein ? Quoi ? C'est déjà le cas ? Ou ? En France ? Merde alors !!!) et non plus par de la prison ! De nos jours, redécouvrir le film de Paul Bartel aura sans doute très légèrement moins d'effets que de se goinfrer de mousse au chocolat pour se retrouver au final avec une bonne grosse crise de foie. Pas déplaisant à revoir mais plutôt (et surtout) très décevant. Le film a beau être culte, il faut surtout l'avoir connu à l'époque de sa sortie ou du moins dans la décennie qui suivit sa projection en salle car de nos jours, la folie s'étant emparée des hommes, peu seront les spectateurs qui feront la grimace devant le propos du film. Si d'un côté La Course à la mort de l'an 2000 semble être à proprement parler visionnaire, il a en revanche assez mal vieilli. Par le passé, un monument provocateur mais aujourd'hui, un objet passablement désuet...

 

mercredi 1 juin 2022

Rollerball de Norman Jewison (1975) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Le sport sur grand écran est une pratique courante. Qu'elle relate d'ailleurs des faits authentiques ou tout à fait imaginaires. Si le concept a vu un regain d'intérêt ces dernières années avec la série de longs-métrages Hunger Games ou la série phénomène sud-coréenne Squid Game, l'angle pris par certains réalisateurs et scénaristes optant pour une approche anticipative du genre a donné lieu à quelques œuvres cultes dont les origines remontent au moins aux années soixante-dix. C'est à cette époque qu'ont donc commencé à fleurir quelques... fleurons du genre. Tels La Course à la mort de l'an 2000 de Paul Bartel dans lequel la "Transcontinental Road Race", une course automobile, n'imposait aucune règle spécifique en dehors de celle consistant à écraser le plus de passants possible afin d'engranger un maximum de points. La même année verra la sortie sur les grands écrans du classique de Norman Jewison Rollerball. Film dans lequel des équipes à pied et à moto s'opposèrent sur une piste circulaire dans le but de marquer des points en enfichant une boule de métal dans un panier appelé ''En-but''. Avec tout ce que le concept engendre de violence puisqu'en la matière, les limites y furent réduites au delà du raisonnable. La décennie suivante, en 1983, le réalisateur français Yves Boisset s'essaya lui aussi à l'exercice du sport futuriste avec le brillant Le prix du danger dans lequel son héros incarné par Gérard Lanvin accepta d'être la proie d'un jeu dans lequel cinq traqueurs allaient se lancer à sa poursuite afin de le tuer. En 1987 sortait sur les écrans de cinéma Running Man, adaptation d'un roman écrit par Richard Bachman (pseudonyme du romancier Stephen King) mais dont la ressemblance avec l’œuvre d'Yves Boisset s'avèra (et s'avère toujours) relativement troublante puisque dans le cas présent, il s'agissait pour le héros incarné par Arnold Schwarzenegger d'échapper lui aussi lors d'un jeu télévisé, à des hommes lancés à ses trousses. Quatre longs-métrages pour quatre sports qui, dans certains cas, ne sont fort heureusement pas encore d'actualité, mais qui décrivent un futur dystopique...


Mais revenons justement sur Rollerball. Film qui marqua forcément et durablement l'esprit de celles et ceux qui le découvrirent à l'époque de sa sortie en salle ou plus tard à la télévision ou en location. Une œuvre coup de poing dont la violence n'était alors pas si fréquente. Du moins, le public ne s'attendait-il sans doute pas à une telle débauche d'agressivité de la part de sportifs. Surtout que le film de Norman Jewison décrit à l'origine un monde utopique. Où les besoins en nourriture ne se font plus ressentir. Où chacun vit de manière convenable et où les guerres ne font plus partie que d'un lointain passé. Les états sont désormais réunis sous forme de multinationales qui dirigent absolument tout. Jusqu'à même régir la vie de chacun. Mais là où l'utopie se mue subitement en dystopie est en partie dans la description même de ce sport permettant au fond de contrôler l'esprit des gens en leur offrant ce dont la nature humaine ne parviendra jamais à les libérer : cette soif de violence que l'absence de conflits internes ou externes a éradiqué ! Culte mais néanmoins victime de son âge, Rollerball soutient difficilement le poids des années et plus de quarante-cinq ans après sa création, le film de Norman Jewison a malheureusement très mal vieilli. Concernant le rythme, il est en revanche difficile de reprocher au réalisateur son approche apathique qui plus découlant de choix malheureux, est une manière de définir par le contenu, ce qu'est devenue l'existence de tout être vivant sous le joug des multinationales. De mémoire de quarantenaires/cinquantenaires/soixantenaires, l'on se souvient d'ailleurs davantage des scènes situées dans l'arène et moins de tout ce qui les enrobe...


Preuve que d'une certaine manière, et sans doute non sans une certaine ironie, Norman Jewison est parvenu à lobotomiser les spectateurs de Rollerball qui au fond, auront sans doute été surtout marqués par la grande violence de certaines séquences sportives. Le film place le spectateur (celui du film, donc) sur un même plan d'égalité que le public assis dans l'arène et celui qui de chez lui assiste au spectacle. Cette soif de violence, le spectateur du film ne la recherche-t-il d'ailleurs pas en priorité ? Malgré sa thématique passionnante, la présence à l'image de James Caan dans la peau de Jonathan E., de John Houseman dans celle du président de la corporation Énergie Bartholomew ou encore de Norman Jewison à la réalisation, le film, qui fut financé à hauteur de cinq ou six millions, rapporta sur le seul territoire nord-américain la somme de six millions seulement. En 2002, le réalisateur John McTiernan, auteur en outre des formidables Predator en 1987, Piège de cristal l'année suivante ou d'Une journée en enfer en 1995 réalisera un piètre remake de Rollerball pour la ''modique'' somme de soixante-dix millions de dollars. Soit plus de dix fois le budget dont bénéficia l'original. Comme quoi, l'argent ne fait pas tout...

 

lundi 4 octobre 2021

Nerve de Ariel Schulman et Henry Joost (2016) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆




Paraît que Nerve dérange. C'est vrai ! Comme un type qui déciderait à minuit pétantes de faire quelques travaux de menuiserie dans l'appartement d'à côté alors que l'on s'apprêterait à trouver le sommeil. Non mais, sans blague. C'est pas un film ! Tout juste une compilation de chansons pour adolescents décérébrés. La vache, le coup de vieux que je me suis pris en l'espace d'une heure et trente sept minutes seulement. Quelques rides et cheveux en rab et pour par un sou. Bro Safari, Tei Shi, Diplomats of Solid Sound, Sweetmates, Basenji et j'en passe et des pires. C'est qui ceux-là ? Et surtout : y sont où les Radiohead, les Bjork ou les Pink Floyd que je chérie ? Ici, que de l'electro bas de gamme, du R'N'B chanté par des gamines aux timbres de petites pucelles en chaleur. L'Amérique factice dans toute sa splendeur. À moins que je n'y connaisse rien et que la bande originale constituée de vingt-neuf séances de torture participe de la critique sociale ? Mon dieu que c'est beau, toutes ces couleurs qui vous laissent l'impression que les architectes et les décorateurs de Tokyo sont venus coloniser les rues américaines où la jeunesse se perd non pas dans la lecture d'un roman mais dans LA drogue à la mode. Ni de celles que l'on fume, que l'on sniffe ou que l'on s'injecte. Non, un jeu. Nerve. Des challenges de plus en plus ardus, de plus en plus risqués, mais une chance pour ceux qui y participent de devenir populaires et mieux encore : gagner beaucoup, beaucoup, beaucoup d'argent. Les réalisateurs Ariel Schulman et Henry Joost n'ont apparemment pas l'intention d'approfondir aucun de leur personnage et lancent directement dans le bain la pauvre Vee qui, cinq minutes auparavant ne concevait même pas l'existence du jeu en question. Trop pressés, les réalisateurs en font en l'espace d'un instant l'une des icônes de Nerve.


Des milliers de ''Voyeurs'' qui la suivent dans des péripéties plus connes les unes que les autres. On en viendrait presque à espérer la voir crever dans un accident de moto au moment ou derrière un pilote aux yeux bandés, elle doit l'aider à atteindre une certaine distance en lui donnant des indications. Ne serait-ce que pour que s'arrête enfin cette assourdissante musique de merde qui ne peut que plaire à une certaine catégorie de personnes (en gros : les jeunes, rien que les jeunes !). J'vous jure, c'est difficilement supportable. Parfois même filmé comme si Ariel Schulman et Henry Joost étaient en train de tourner un clip vidéo de plus de quatre-vingt dix minutes. Avec tout ce que cela peut engendrer de délires visuels pourtant mille fois vus ailleurs. Il y a bien un moment où les choses sérieuses démarrent. C'est à dire après plus d'une heure de vide absolu. Même la musique la met parfois en sourdine et les décors se font plus sombres, l'une et l'autre permettant de comprendre enfin où veulent en venir les deux réalisateurs. Et que dire de cette conclusion moralisatrice à hurler de rire qui tente de démontrer que même en tant que spectateur nous possédons tous une part de responsabilité ? Depuis le tout début de leur carrière, Ariel Schulman et Henry Joost marchent dans les pas l'un de l'autre. Ensemble ils commirent les troisième et quatrième volets de l'immonde franchise Paranormal Activity, ceci expliquant cela. Deux tâcherons au service d'une cause relativement noble puisque Nerve, en dehors du fait que les deux réalisateurs aient loupé le coche, part d'un concept fort intéressant. Malheureusement pour eux, les deux hommes accouchent d'une œuvre immature dont le sujet est trop vite expédié. Sans doute Nerve a-t-il rencontré le succès auprès de son public puisque quatre ans plus tard en 2020, le duo semble avoir repris à peu de chose près avec le scénario de Project Power, la même ossature que celle de Nerve...

mardi 6 avril 2021

School's Out Forever de Oliver Milburn (2021) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

School's Out Forever est typiquement le genre de films assez rares que l'on a la chance de pouvoir dénicher chaque année. Le genre de long-métrage qui ne paie pas de mine, dont le synopsis évoque peu ou prou des dizaines d'autres projets cinématographiques passés, présents et futurs, mais qui dans le fond et dans la forme se détache très nettement du lot. Pour son premier long-métrage, le réalisateur Oliver Milburn (à ne pas confondre avec l'acteur du même nom) signe une œuvre puissante, très forte visuellement et émotionnellement. Dans un contexte de dystopie qu'il partage avec des dizaines d'autres longs-métrages, School's Out Forever situe son action au lendemain d'une catastrophe qui a décimé toutes celles et ceux dont le groupe sanguin n'est pas de type O négatif. Mais que l'on se rassure : l’œuvre du britannique est tout sauf une resucée façon films d'infectés. Ici, pas de malades courant comme des dératés à la recherche d'une gorge, d'une jambe ou d'un bras à mordre. Non, le contexte de School's Out Forever est beaucoup plus réaliste. Une vision poussée à l'extrême du Covid-19 qui pourrit actuellement le quotidien de la Terre entière. Mais ici, pas de leçon à retenir sur le comportement à avoir en cas de pandémie. Le long-métrage se rapproche en fait d'une série comme The Walking Dead mais sans zombies. Ici, il s'agit de survie, et presque uniquement de cela. Si résumer le film ainsi peut paraître réducteur, tout le génie d'Oliver Milburn repose sur sa manière d'aborder le comportement de ses adolescents pratiquement abandonnés à leur sort. Des gamins qui n'ont pas encore atteint l'âge adulte et pour certains, tout juste celui d'adolescent. Des orphelins qui vont sans doute vivre les pires heures de leur existence dans les vingt-quatre heures à venir, comme si la pandémie ne suffisait pas...


Tout commence assez calmement malgré l'horreur de la situation. Si les victimes de la maladie sont rarement exposées à l'écran, c'est parce que le sujet principal est ailleurs. Dans la rivalité qui va d'abord opposer une femme venue récupérer sa fille qu'elle soupçonne être retenue par les pensionnaire de la prestigieuse école Saint Mark, mais aussi dans celle qui va opposer les uns et les autres concernant l'attitude à observer lors de ce qu'ils vont considérer comme une intrusion. Reposant sur une trame relativement simple, School's Out Forever déploie tout un stratagème afin de rendre les événements terriblement anxiogènes. Le moindre mot ou le moindre geste génère alors suspicion et méfiance. Ça n'est alors plus deux camps qui s'affrontent, mais trois. Une vieille femme aux abois, entourée de ce qui s'apparente comme étant une véritable milice. Le jeune Sean MacKillick, surnommé ''Mac'', lequel prône une attitude radicale face à la situation. Et puis Lee Keegan, son meilleur ami. Posé et réfléchi qui va devoir choisir entre amitié et raison. Si le sujet de la pandémie semble à l'origine assez peu propice à l'humour, School's Out Forever ne prépare cependant pas le spectateur à l'apocalypse à venir. Que l'habit ne fasse pas le moine est ici plus qu'une certitude. Les adolescents ont beau avoir reçu une certaine éducation et être apprêtés comme le veut la tradition britannique, certains d'entre eux vont révéler leur véritable personnalité au moment venu. Dans les deux rôles masculins principaux, nous retrouvons les deux jeunes acteurs Liam Lau Fernandez et Oscar Kennedy.


L'un est un ange, l'autre un démon. Au spectateur de deviner lequel mérite notre sympathie et lequel notre rejet. Presque exclusivement situées dans l'école en question, certaines séquences tournées en dehors rapprochent School's Out Forever d’œuvres post-apocalyptiques. Ville abandonnée, cadavres étendus sur le pavé, silence de mort. Des scènes courtes mais largement suffisantes et auxquelles le réalisateur n'apporte aucun artifice particulier... L'intérêt du film se concentre en fait surtout autour du binôme principal, et de quelques individus qui satellisent autour d'eux. Parmi eux l'on retrouve forcément Georgina qu'interprète l'actrice Samantha Bond. Cette femme prête à employer tous les moyens pour récupérer sa fille. Le film bénéficie d'un rythme enlevé et de séquences parfois très violentes, voire nihilistes. Bien que School's Out Forever ait d'abord l'air d'un teen movie, au fll du temps, l'intrigue devient de plus en plus sombre et délétère. La petite pointe d'humour que l'on constate d'abord dans sa première partie disparaîtra au profit d'une approche beaucoup plus sérieuse qui ensuite contaminera le sujet jusqu'à son terme. Glaçant et percutant, School's Out Forever est l'une des très bonnes surprises de ce début d'année 2021...

 

lundi 5 octobre 2020

Idiocracy de Mike Judge (2006) - ★★★★★★☆☆☆☆

 



Mettons un instant de côté notre travail et asseyons-nous quelques minutes pour réfléchir sur la pensée du philosophe américain Frito Pendejo qui disait, ''Heu....''. Imaginons un monde où régneraient paix pet et bonne humeur doigts d'honneur. Un pays où les collines verdoyantes de Hollywood auraient laissé la place à des montagnes de détritus. Une contrée où parler en bon français passerait au mieux, comme ringard, et au pire, comme le signe d'une orientation sexuelle très mal acceptée. Un monde où l'homme le plus intelligent du monde (car comme tout le monde le sait, L'Amérique EST le monde) aurait un quotient intellectuel avoisinant les quatre-vingt et la femme la plus ''savante'' serait une ancienne prostituée... C'est à peu de choses près le monde dans lequel nous convie le réalisateur américano-équatorien Mike Judge, auteur entre autre de Beavis et Butt-Head se font l'Amérique en 1996 et de 35 heures, c'est déjà trop en 1999. En 2006 sort sur les écrans de cinéma outre-atlantiques Idiocracy. Une œuvre qui pour beaucoup de jeunes adolescents et même pour certains, plus âgés, nés très peu de temps avant le nouveau millénaire, est et demeurera sans doute comme le film de toute une génération. Comme pu l'être considéré objectivement le chef-d’œuvre de John Hugues The Breakfast Club en 1985 ou abusivement Le Grand Bleu de Luc Besson trois ans plus tard, Idiocracy reste une vision pessimiste de notre lointain avenir mais dont la pertinence se remarque aujourd'hui, au quotidien. Qui n'a pas un jour croisé une bande d'adolescents névrosés accrochés à leur téléphone portable et charriant un langage dénué de toute coordination linguistique vit soit sur une autre planète, soit a été plongé dans un état de stase ces trente dernières années.


En 2005, le soldat Joe Bauers et la prostituée Rita eurent le malheur d'accepter de participer à un projet organisé par l'armée américaine. Celui de rester durant une année entière enfermés dans un caisson de cryogénisation. Malheureusement, le projet est compromis lorsque le haut responsable du projet se retrouve en prison. L'armée décide de stopper les essais mais oublie totalement les caissons et ceux qu'ils renferment. C'est ainsi que Joe et Rita se retrouvent propulsés au vingt-sixième siècle dans un monde où il ne fait bon vivre que pour les idiots. Séparés de Rita, Joe cherche par tous les moyens de retrouver la jeune femme mais connaît quelques soucis avec la justice. En effet, ne portant pas sur lui le code barre qui permet désormais d'identifier chaque individu, il est jeté en prison après une parodie de procès vite expédié. Cependant, lors d'un test d'aptitudes intellectuelles, Joe démontre des compétences qui lui permettent de gravir instantanément les plus hautes marches du pouvoir. Désigné ministre de l'intérieur par le président des États-Unis d'Amérique Dwayne Elizondo Mountain Dew Herbert Camacho (l'acteur Terry Crew), il est notamment chargé d'étudier les causes de l'infertilité des sols...

Interprété par Luke Wilson que l'on a pu notamment découvrir dans l'excellent épisode de X-Files, Le Shérif a les Dents Longues, le personnage de Joe va devoir accomplir des prouesses s'il veut pouvoir changer les choses dans un monde où l'ignorance et l'abrutissement des masses est la norme. ''Lobotomisés'', abrutis par des programmes télévisés dignes des pires choses que le média Télé est capable de proposer de nos jours, l'Homme (et par extension la femme, donc) est désormais incapable de traiter les problèmes qu'il rencontre. Comme la sécheresse, la diminution des denrées alimentaires ou le traitement des déchets. Sous son aspect de comédie bouffonne, ce qu'il demeure effectivement, Idiocracy alerte de manière caricaturale sur ce qu'il pourrait advenir de notre humanité. Mike Judge choisi de faire les choses en grand. Les décors sont parfois remarquables, entre montagnes de détritus, immeubles et ponts effondrés, marchés grouillant de vie. Et puis, il y a l'interprétation. D'abord celle des deux principaux protagonistes, ou celle de Dax Shepard qui personnifie à merveille le crétin de base. Amusant, sans plus, malgré une imagination débordante qui provoque cependant quelques anachronismes (un avion dans le ciel à une époque où le quotient intellectuel est tel que l'on imagine difficilement un individu capable d'en prendre les commandes?), Idiocracy repose sur un concept qui explique de manière trop simpliste le phénomène responsable de l'état de délabrement de notre planète et de ses habitants. Les enjeux sont énormes mais là encore, Mike Judge les règles en deux trois coups de cuiller à pot. Reste que le couple Luke Wilson et Maya Rudolph fonctionne plutôt bien et se révèle attachant. Le statut de film culte échappe malheureusement à cet Idiocracy visionnaire mais qui aurait mérité, parfois, un brin de sérieux pour entrer dans la cours des grands du cinéma d'anticipation dystopique. Sympathique, sans plus...


jeudi 14 novembre 2019

Le Cycle de la Chair et de L'esprit: Videodrome de David Cronenberg (1983) - ★★★★★★★★☆☆



Considéré par une partie de la communauté ''cronenbergienne'' comme le meilleur film de son auteur, Videodrome est à juste titre, un grand film. Non seulement parce qu'il perpétue de la plus fascinante et dérangeante manière, la tradition d'un cinéaste qui a voué la majeure partie de sa carrière à examiner la dégénérescence physique et intellectuelle de ses personnage. De ses origines jusqu'au début des années 2000, David Cronenberg s'est fait le chantre d'un courant qui n'appartient qu'à lui, sinon à son propre fils Brandon Cronenberg qui avec son premier long-métrage Antiviral en 2012, semble avoir décidé de prendre la relève. Le père, lui, célèbre avec Videodrome, le pouvoir de la télévision sur la chair et l'esprit à travers l'une de ses œuvres les plus complexes et sans doute, la plus expérimentale d'entre toutes (si l'on excepte les étranges ''objets'' que sont Crash et Le Festin Nu.). On comprendra alors qu'à l'époque de sa sortie, le huitième long-métrage de David Cronenberg n'ait pas fait l'unanimité même si au fil des ans, Videodrome a gagné ses galons d’œuvre culte. Sans doute parce qu'il a ouvert la porte à tout un pan d'une télévision-poubelle devenue depuis, monnaie courante.

Directeur de programmes indépendants à la réputation sulfureuse, Max Renn est à la recherche perpétuelle de programmes qui pourront assurer la survie de sa chaîne. C'est ainsi que Harlan, l'un de ses collaborateurs, déniche un programme appelé Videodrome dans lequel sont proposées des séances de torture à l'issue desquelles, les victimes finissent par mourir. Mais alors que Max croit qu'il s'agit de simulations, il apprend bientôt que les victimes meurent réellement. C'est à cette période qu'il rencontre Nicki Brand, l'animatrice d'une émission de radio avec laquelle il va entretenir une liaison coupée court lorsque la jeune femme décide de partir en reportage à Pittsburgh, là-même où se tourne le programme Videodrome. Pendant ce temps là, Max s'intéresse de plus en plus à cette étrange émission et s'avère bientôt victime d'inquiétantes hallucinations...

Concentrées en un seul long-métrage, David Cronenberg annonce les dérives prochaines (nous sommes alors en 1983) dont s'emparera le média ''TV'' les décennies, voir les années suivantes. Bien que nous n'en sommes pas toujours arrivés à de telles extrémités, combien d'années encore avant que ne déferlent sur nos petits écrans les visions déjà apocalyptiques annonciatrices des dérives ''cathodiques'' dont fait déjà son ''beurre'' Internet et les réseaux sociaux ? Pris à son propre piège, le ''héros'', incarné par un James Wood fascinant, se retrouve alors dans les mailles d'un filet dont il ne pourra s'extraire qu'en allant à l'encontre de ses propres principes moraux. David Crononberg dénonce également la part d'ombre qui abrite chacun d'entre nous. À Travers la prise d'opposition formulée au départ par Niki Brand (l'actrice et chanteuse du groupe Blondie, Deborah Harry), laquelle s'avère elle-même adepte de pratiques masochistes, ou Masha, qui malgré certaines réticences devant le programme Videodrome avoue son penchant pour les hommes beaucoup plus jeunes qu'elle. Sado-masochisme, snuff-movies, addictions, Videodrome dénonce l'exutoire que révèlent des programmes crapoteux auxquels les spectateurs n'arrivent cependant pas à échapper. Nanti d'effets-spéciaux créés par l'un des spécialistes en la matière, le talentueux Rick Baker, le film de David Cronenberg est parmi les plus sombres et définitifs de leur auteur. Caractérisé par des visions hautement sulfureuses (surtout à l'époque de sa sortie) et un propos qu'il serait bon d'éclaircir définitivement, il sera cependant conseillé au néophyte de découvrir la filmographie de ce maître es manipulations de la chair et de l'esprit, à travers ses œuvres antérieures, ou mieux, par le flamboyant La Mouche, qui sans avoir abandonné les obsessions de son auteur, est une excellente alternative aux déboires que connaissent la majorité de ses personnages. Culte !

dimanche 10 novembre 2019

Revolution de Joffrey Schmitt (2014) - ★★★★★★☆☆☆☆



Dans un futur proche et dystopique, le média télé est une toute puissance face à laquelle un groupuscule terroriste a décidé de prendre les choses en main afin de le combattre et le détruire. Alors que la colère gronde parmi de nombreux habitants qui contestent le pouvoir débilitant des programmes télévisés, des hommes lourdement armés s'introduisent dans les locaux de Canal 54, une chaîne ayant banni toute forme de programmes intellectuels. Éliminant les uns après les autres les responsables et les employés de Canal 54, le groupuscule tente de s'échapper des lieux en passant par les souterrains alors qu'une armada de policiers vient de surgir aux abords des locaux. Face à la résistance des terroristes, les autorités envoient leur arme la plus puissante : Une machine quasi indestructible et dotée d'armes surpuissantes...

Alors qu'il y a presque un an, j'évoquais dans un ancien article l'excellent Commando Ninja de Benjamin Combes dont j'entendis parler pour la première (et dernière) fois dans l'un des numéros de l'excellent fanzine de David Didelot Vidéotopsie, c'est en parcourant sa très enrichissante et passionnante autobiographie Replay il y a quelques mois que je découvrais cette fois-ci l'existence d'un court-métrage d'une vingtaine de minutes environ, disponible sur le site Vimeo en français, des sous-titres ayant été prévus pour les francophobes éventuels. Revolution de Joffrey Schmitt porte très bien son nom. Datant de 2014 (mais apparement réalisé l'année précédente ?), ce court-métrage rappellera d'excellents souvenirs aux amateurs de cinéma bis puisque outre la partition musicale électronique de Thomas Barrandon (auteur inspiré par le cinéma ayant notamment composé l'album The Quiet Earth en 2014) très inspirée par les créations de John ''New York' 1997'' Carpenter, Revolution évoque bon nombre de ''péloches'' des années quatre-vingt.

On pense en effet notamment à l'excellentissime Virus Cannibale du non moins passionnant Bruno Matteï et sa séquence d'introduction filmée dans les coursives d'une usine, à nombre de films d'action (dont un Commando signé Mark L. Lester offrant quelques joyeusetés gore) mais assurément, l'une des œuvres ayant sans doute majoritairement inspiré Joffrey Schmitt demeure le tout premier Terminator de James Cameron. Comment, en effet, ne pas voir un lien entre la machine de ce film de science-fiction cultissime (le meilleur de la saga selon moi) et celle de Revolution ? Concernant les effets-spéciaux, Joffrey Schmitt s'est donné les moyens de proposer un spectacle sanglant et pyrotechnique de haute volée. Ça explose de partout, le réalisateur ajoutant quelques détails fort amusants, comme ces rames de papiers qui volent un peu partout. Le sang gicle très souvent : des têtes qui explosent à l'impact des balles ou des corps qui se décomposent au contact d'un gaz très puissant. La séquence durant laquelle l'un des terroristes anti-télé se décompose littéralement étant particulièrement dégueu... Si l'intégration de certains effets-spéciaux est perfectible, Joffrey Schmitt montre assez d'engouement dans sa mise en scène pour que l'on oublie très rapidement les micro-défauts de son œuvre. Jouissif et relativement bien rythmé, Revolution ''bénéficie'' par contre d'une post-synchronisation très particulière notamment assurée par Jean Francois Aupied (voix française de Steven Seagal), Daniel Beretta (Arnold Schwarzenegger, Rutger Hauer), ou encore Patrick Poivey (Bruce Willis). Des doubleurs professionnels qui provoquent parfois un étrange décalage entre les dialogues et l'action. Au final, Revolution est une excellente surprise. Dommage que Joffrey Schmitt n'aie pas persévéré dans la mise en scène. On aurait aimé le voir signer, pourquoi pas, un premier long-métrage... 

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur le bonhomme, direction l'excellent site ToxicCrypt pour un entretien datant de 2016 avec le réalisateur...

vendredi 4 octobre 2019

The Omega Man de Boris Sagal (1971) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Écrivain et scénariste américain, Richard Matheson est aussi connu pour avoir été adapté un certain nombre de fois au cinéma. Parmi ses œuvres les plus notables on retrouve The Shrinking Man qui sur grand écran a donné lieu à l'un des tous meilleurs films de science-fiction des années 50 réalisé par Jack Arnold et  I Am Legend dont The Omega Man est la seconde adaptation après The Last Man on Earth réalisé en 1964 par Ubaldo Ragona et Sidney Salkow et avant I Am Legend de Francis Lawrence en 2007 et I Am Omega de Griff Furst la même année. Interprété par la star Charlton Heston, la présence de l'acteur n'a pourtant pas ici valeur de totale réussite. En effet, bien que le script et l’œuvre originale soient sujets à une histoire relativement passionnante, le traitement qu'en a fait le réalisateur américain originaire d'Ekaterinoslav en Ukraine Boris Sagal est digne d'un bon gros nanar. Une série presque Z qui fera donc fort peu impression au delà du cercle des amateurs de petites productions horrifiques bas de gamme.

Le cinéaste prend des libertés avec le roman de Richard Matheson. Il faut savoir que le projet est né sous l'impulsion de Charlton Heston qui après avoir lu I Am Legend lors d'un voyage en avion et sans même avoir prit connaissance de l'existence d'une première adaptation cinématographique en 1964 interprétée par le célèbre acteur britannique Vincent Price, s'est pris de passion pour l'histoire de Robert Neville, l'un des rares humains à avoir survécu à une guerre biologique. Si jusque là, roman et adaptation demeurent semblables, il en est tout autrement lorsque sont évoqués les ''créatures'' de l'un et de l'autre. En effet, alors que dans le roman celles auxquelles le héros est confronté prennent l'apparence de vampires décharnés et cannibales, celle du film font encore partie de l'espèce humaine mais portent les stigmates de la catastrophe biologique : vivant la nuit et ne supportant pas la lumière du jour, elles forment les adeptes d'une secte autour de Jonathan Matthias (l'acteur Anthony Zerbe), leur gourou.

Assez ennuyeux dans le fond et assez mal construit dans la forme, The Omega Man a la malchance de connaître des choix artistiques douteux qui le relèguent au niveau d'un nanar plutôt que d'une brillante production hollywoodienne comme pourrait le laisser transparaître la présence de Charlton Heston au générique. Preuve que l'on peut enchaîner les oeuvres mythique tout en étant capable d'aborder le cinéma sous un angle beaucoup moins prestigieux mais beaucoup plus intimiste. Dans la longue liste des longs-métrages auxquels participa l'acteur, The Omega Man fait figure de parent pauvre. Parent pauvre également du genre anticipation dans lequel brillera davantage l'acteur, notamment avec les excellents Soylent Green de Richard Fleischer et Planet of the Apes de Franklin J. Schaffner. Si quelques bonnes idées surnagent (la visite d'un New York dévasté, abandonné et livré aux mains d'une secte), d'autres frisent par contre le ridicule. Comme ces tenues et ces lunettes de soleil qu'arborent Jonathan Matthias et ses adeptes. Au final, The Omega Man s'avère une oeuvre mineure, inégale, plutôt ennuyeuse et sans challenges véritables...

Soylent Green de Richard Fleischer (1973) - ★★★★★★★☆☆☆




Soleil Vert (qui n'est ni la traduction littérale du titre original du long-métrage de Richard Fleischer Soylent Green qui signifie en réalité Soja Vert, ni celle du roman qui est à l'origine de cette adaptation, écrit, lui, par le romancier américain Harry Harrison sous le titre Make Room! Make Room!) est l’œuvre d'un cinéaste qui durant sa carrière riche d'une petite cinquantaine de longs-métrages a œuvré dans la comédie, le western, le film de guerre historique, le thriller, ou l'adaptation cinématographique de réels cas de tueurs en séries (L’Étrangleur de Boston en 1968, 10 Rillington Place en 1971), mais aussi beaucoup dans le domaine du fantastique, de la science-fiction et de l'épouvante à travers quelques classiques du genre parmi lesquels on trouve notamment 20.000 Leagues Under the Sea en 1954, Fantastic Voyage en 1966, Amityville 3-D en 1983 et donc ce Soylent Green datant de 1973. Le cinéaste offre le rôle principal à l'une des plus grandes stars américaines de l'époque, Charlton Heston, lequel enchaîne depuis plusieurs décennies les succès au cinéma. On se souviendra longtemps de The Ten Commandments de Cecil B. DeMille dans lequel l'acteur interprétait le rôle de Moïse, de Ben-Hur de William Wyler dans lequel il interprétait le rôle-titre, ou encore de Planet of the Apes où dans la peau du capitaine de navette George Taylor il était confronté à une civilisation humaine asservie par des singes. Un exemple de dystopie comme le sera également trois ans plus tard The Omega Man dans lequel l'acteur sera l'un rares survivants d'une planète Terre dépeuplée en raison d'une guerre biologique.

À vrai dire, le cas contraire de Soleil Vert dont l'intrigue se déroule en 2022 (contrairement au roman qui situait la sienne en 1999) sur une planète victime de la surpopulation de ses habitants et d'une telle raréfaction de l'eau et de la nourriture due à la population (mise en images lors du générique) que la société Soylent Industries a mis sur le marché différentes tablettes plus ou moins nutritives permettant aux quarante-quatre millions d'habitants de New York de se nourrir. Une nouvelle tablette est mise en vente. Le ''Soleil Vert''. Disponible uniquement le mardi, plus riche nutritivement mais malheureusement aussi beaucoup plus chère, elle provoque des débordements parmi la population chaque qu'elle est mise en vente. L'un des dirigeants de l'entreprise Soylent Industries est retrouvé mort, assassiné. L'enquête est confiée au détective Frank Thorn qui en investiguant notamment autour de l'usine fabriquant les fameuses tablettes de ''Soleil Vert'' va découvrir la terrible vérité sur leur composition...

Considéré comme un classique de l'anticipation, Soleil Vert a connu lors de sa sortie un très grand succès alors même qu'il faillit ne jamais voir le jour. En effet, les producteurs de la MGM estimant que le sujet de la surpopulation étant intéressant mais surtout insuffisant pour en faire une adaptation cinématographique, il a fallut pallier à la simplicité du scénario original en y ajoutant ce qui demeurera l'aspect le plus intéressant du long-métrage : l'introduction et la vérité sur les tablettes de ''Soleil Vert''. Richard Fleischer opte pour une approche réaliste d'un sujet qui même à l'orée des années 2020 ne semble pas encore d'actualité, mais qui pourrait un jour prendre forme dans un contexte social, politique et économique s'acharnant à faire de notre belle planète une poubelle. S'il ne faut pas s'attendre à une véritable révolution en matière d'effets-spéciaux, Soleil Vert décrit avec force images un monde surpeuplé dans lequel on dort aussi bien dans de vétustes appartements que dans la rue. Le monde est devenu un état policier et comme cela était prévisible, seuls ceux qui en ont les moyens peuvent se permettre de s'offrir les rares produits naturels encore disponibles. Le film ne fait pas dans la demi-mesure lorsqu'il s'agit de faire la critique de cet état policier qui nettoie les rues de ses manifestants à grands coups de pelleteuses. Bien que le film de Richard Fleischer ait pris quelques rides, son sujet choc pourrait très prochainement faire l'actualité. Une œuvre de science-fiction pessimiste, visionnaire et intelligente...

samedi 22 décembre 2018

Commando Ninja de Benjamin Combes (2018) - ★★★★★★★☆☆☆



Pour commencer, je voudrais remercier Chris du Steadyblog grâce à qui je viens de découvrir une petite bombe française qui s'offre le luxe de ne SURTOUT PAS ressembler à ces myriades de petites productions amateurs qui flirtent un peu trop avec la série Z. Benjamin Combes signe avec Commando Ninja, rien moins qu'un puissant hommage à toute une vague de cinéma d'action des années quatre-vingt. On pourra remercier tous ceux qui généreusement auront contribué financièrement afin que le projet du français, déjà auteur du court-métrage de science-fiction The Last Human in the Milky Way également disponible gratuitement sur Youtube, aboutisse. C'est donc en partie grâce à la plate-forme de financement participatif Kickstarter que le moyen-métrage de Benjamin Combes a vu le jour. Parce que pour l'essentiel, bien évidemment, c'est à son auteur que reviennent les louanges. Lui qui a su parfaitement digérer l'esprit du cinéma d'action des années quatre-vingt pour en proposer un catalogue aussi précieux pour le fan des œuvres auxquelles il rend hommage, qu'un manteau en hermine pour une vieille rombière.

D'emblée, Benjamin Combes parodie le Predator de John McTiernan tout en s'offrant le luxe de faire mieux, avec les moyens mis à sa disposition, que la daube sortie cette année et réalisée par Shane Black (lequel a été tout de même financé à hauteur de 88 millions de dollars). Il plonge quatre américains en pleine guerre du Vietnam. Il reprend la vision thermique du predator tout en réservant une surprise inattendue (ou presque) concernant l'ennemi qui bientôt attaquera nos soldats. Puis, après un générique qui fleure très efficacement les années quatre-vingt (on s'attendrait presque à y voir débarquer les héros de Magnum ou de Miami Vice), Benjamin Combes plonge une toute jeune héroïne, fille de l'un des quatre soldats découverts en préambule, au beau milieu de cette décennie qui vit naître parmi les plus grands classiques de l'action et de la science-fiction représentés par des affiches placardées sur les murs de sa chambre. Après Predator, Benjamin Combes rend hommage au Terminator de James Cameron. Mais l’hyper-charismatique Arnold Schwarzenegger a désormais laissé la place à un tueur grassouillet vétu d'une tenue de joueur de base-ball. Là encore, nous avons le droit à quelques-uns des aspects qui caractérisaient le T-800. Vision thermique et reproduction de la voix de la mère tout récemment défunte de la gamine.

Predator encore lorsque deux des soldats américains se retrouvent au Canada en 1986 et échangent un bras de fer dont l'issue changera par rapport au classique de John McTiernan. Sans vouloir déflorer le contenu de ce très jouissif Commando Ninja, nous pouvons tout de même admettre que le moyen-métrage de Benjamin Combes est un catalogue de séquences rendant hommage autant aux films d'action des années quatre-vingt (ceux déjà cités, mais également American Ninja de Sam Firstenberg avec Michael Dukikoff, Commando de Mark L. Lester avec Arnold Schwarzenegger, Rambo 2 de George Cosmatos avec Sylvester Stallone, Kickboxer de Mark DiSalle et David Worth avec Jean Claude Van Damme, Mad Max 2 de George Miller avec Mel Gbson, etc...) qu'à Steven Spielberg avec l'étonnante apparition de dinosaures « presque » aussi réussis que ceux d'un certain... Jurassic Park, et le clin d’œil offert aux Aventuriers de l'Arche Perdue. Action, humour, punchlines, effet-spéciaux, bande-son, montage, chorégraphies, jolies pépées, hémoglobine (le film verse parfois dans le gore), Benjamin Combes assure le spectacle et démontre aux financiers qu'il a pris très au sérieux son projet. On rêve de le voir produire désormais son premier long-métrage...
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