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mardi 17 juin 2025

The Shrouds de David Cronenberg (2025) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Si certains fans de David Cronenberg n'ont sans doute jamais cessé d'estimer que la totalité de son œuvre est demeurée dans la droite lignée de ses premiers travaux portant sur le Body Horror et donc la modification des organismes sous toutes leurs formes, la vérité est que parmi ses dernières œuvres, certaines explorèrent des terres étrangères au mythe qui le forgea. Alors que son fils Brandon a repris la relève sur grand écran avec Antiviral dès 2012 pour ensuite poursuivre les travaux de son père avec Possessor en 2019 et Infinity Pool en 2003, un déclic semble avoir poussé Papa Cronenberg à revenir à ses premières amours. Tout d'abord en 2022 avec l'homonyme de son propre second long-métrage Crimes of the Future sorti en 1970. Une déception, immense. Un résultat très en dessous de ce que l'on pouvait attendre de l'auteur de Videodrome, La mouche, Faux-semblants, Crash ou le méconnu mais néanmoins bouleversant Spider. Trop complexe, trop froid, sans âme, Crimes of the Future version vingt et unième siècle désole par sa sécheresse et cette absence d'empathie vis à vis de spectateurs qui pour beaucoup n'y comprirent pas grand chose. C'est donc avec une certaine inquiétude malgré tout mêlée de curiosité que l'on pouvait découvrir fin avril dernier, son ultime (?) opus, The Shrouds sorti sur notre territoire sous le titre Les linceuls. Sans être d'un agnosticisme résolu, David Cronenberg y met malgré tout quelques points d'honneur à illustrer son athéisme. Ici, le linceul en question ne se réfère effectivement pas à celui conservé dans la cathédrale de Turin en Italie et pour lequel est entretenue la légende selon laquelle il s'agirait d'une pièce de tissu ayant enveloppé le corps du Christ après sa crucifixion. Des analyses au radiocarbone ayant certifié dans le courant de l'année 1988 qu'elle remonterait en réalité à beaucoup plus tard. David Cronenberg enfonce d'ailleurs le clou à travers ce curieux sacrilège dont le héros du récit incarné par Vincent Cassel est l'initiateur. Empêchant ainsi véritablement aux morts leur droit au repos éternel... La question religieuse étant ainsi assumée par le réalisateur, il nous livre avec The Shrouds, une œuvre terrible. Parce qu'elle est le fruit du deuil que le canadien dû vivre à la suite du décès de son épouse Carolyn en juin 2017 alors qu'elle n'était âgée que de soixante-six ans. Le long-métrage est donc tout d'abord inspiré du drame que vécu David Cronenberg.


Mais connaissant l'artiste, il était forcément inenvisageable que The Shrouds prenne la forme d'un drame classique. Lui, préfère utiliser les outils dont il est devenu le père-fondateur et l'un des plus grands représentants. Il semblera cependant que le film est beaucoup moins généreux que ses ancêtres lorsqu'il s'agit de farfouiller dans les chairs de ses victimes. Outre la présence de Becca, épouse de Karsh (interprété donc par Vincent Cassel) et première des trois personnalités féminines à être incarnées à l'écran par Diane Kruger et à apparaître victime d'un cancer et de monstrueuses cicatrices, c'est bien le corps allongé de l'épouse du héros enfermée dans un linceul six pieds sous terre qui dérange. Sans avoir malgré tout osé exposer un corps luisant de putréfaction, c'est bien la simple évocation des corps livrés à la vue de leurs proches dans un cimetière d'un nouveau genre qui se trouve alors projeté au cœur de la polémique. À cela, et donc aux technologies directement liées au concept, David Cronenberg ajoute un gloubiboulga d'idées contemporaines et parfois fumeuses dont les centres d'activité sont l'ingérence de certains pays, les nouvelles technologies, tout ceci manié de façon à créer un climat de paranoïa qui malheureusement a beaucoup de mal à convaincre (voir Invasion of the Body Snatchers de Philip Kaufman qui en 1978 et dans un autre ordre d'idées était beaucoup plus significatif en la matière). En employant Vincent Cassel dans le rôle principal, David Cronenberg ne semble pas cacher sa volonté de se projeter lui-même à l'image. La ressemblance entre les deux hommes étant parfois relativement étourdissante. D'une complexité qui en refroidira sans doute plus d'un, The Shrouds n'est cependant pas un cas unique dans la carrière de son auteur. Avant lui, David Cronenberg avait déjà notamment osé l'impensable : adapter à l'écran l'inadaptable Naked Lunch de l'écrivain américain William S. Burroughs. Comme souvent chez des auteurs tels que David Cronenberg ou David Lynch, c'est au spectateur de se faire sa propre analyse du sujet, quitte à passer à côté de l'expérience visée au profit d'une autre, beaucoup plus personnelle. Notons la présence au générique du fidèle compositeur et chef-d'orchestre canadien Howard Shore qui signe ici une partition musicale absolument remarquable en ce sens où elle prend immédiatement aux tripes et au cerveau. Des nappes synthétiques véritablement envoûtantes, glaçantes mais dont la qualité ne parvient malheureusement pas à faire du dernier effort du cinéaste l'un de ses meilleurs films...

 

vendredi 29 mars 2024

Jason X de James Isaac (2002) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Alors que certains ont suivi avec un très grand intérêt le court voyage dans l'espace de l'acteur William Shatner le 13 octobre 2021, il s'agirait de remettre quelque peu les pendules à l'heure en évoquant une autre star du cinéma qui bien avant lui y est aussi allée faire un tour : JASON VOORHEES ! C'était il y a vingt-deux ans et de mémoire, il ne me semble pas que l'événement ait enflammé à ce point les réseaux sociaux et les médias du monde entier. Pour son dixième anniversaire, ou plutôt pour sa dixième apparition puisqu'à l' époque où sortait Jason X la franchise existait depuis plus de vingt ans, Jason Voorhees faisait peau neuve. Après être passé par différents états, jusqu'à ressembler à une pizza garnie de vers, voilà que l'un des serial killers parmi les plus célèbres du septième art a retrouvé une pilosité crânienne qu'on ne lui avait plus jamais retrouvée depuis Le tueur du vendredi et Jason le mort-vivant. Maintenant que le voici ''rafraîchi'' au sens propre comme au figuré puisqu'au départ de ce dixième chapitre nous le retrouvons cryogénisé, le scénariste Todd Farmer imagine un scénario qui d'un point de vue strictement environnemental éloigne Jason X des précédents volets. Désormais, l'intrigue ne se déroule plus sur Terre mais dans l'espace, à bord d'un vaisseau et dans un futur se situant en 2455 ! Les progrès de la médecine permettent à l'équipage du Grendel de récupérer les corps cryogénisés de Jason et de la scientifique Rowan (Lexa Doig) qui après avoir combattu le tueur de Crystal Lake en 2008 dans un laboratoire s'est retrouvée elle-même piégée puis ''transformée en glaçon'' pour les siècles à venir. Alors que Rowan est ramenée à la vie par l'équipe scientifique du vaisseau, la blonde Adrienne est chargée de disséquer Jason. Malheureusement pour la jeune femme, la créature revient à la vie et la tue. Première victime d'une série de meurtres dans un contexte qui rappellera aux fans de science-fiction quelques classiques du genre. À commencer bien entendu par la franchise Alien initiée par Ridley Scott en 1979 et dont le réalisateur James Isaac reprend quelques ficelles.


Comme le personnage de l'androïde Kay-Em 14 (l'actrice Lisa Ryder), lequel fait référence à Ash. Mais peut-être plus encore à Bishop de Aliens, le retour de James Cameron. Ou comme le personnage de Dallas qu'incarne lui-même le scénariste et qui de son côté fait référence au capitaine A. J. Dallas qui en 2122 commandait le cargo spatial Nostromo. Concernant le vaisseau lui-même, le Grendel ressemble par contre davantage aux environnements que l'on retrouve dans les différents films et différentes séries de l'univers Star Trek... Avec de telles références l'on aurait pu croire que Jason X allait relever la sauce d'une franchise qui avait tendance à s'empêtrer de plus en plus dans la médiocrité mais c'était malheureusement faire preuve de naïveté. Bien que le choix de James Isaac de réaliser un opus de la saga Vendredi 13 dans l'espace ait été au départ une idée plutôt séduisante, le résultat ne se fait pas longtemps attendre. En dehors de quelques sympathiques homicides (dont le visage d'un membre de l'équipage plongé dans un bain d'azote demeure l'un des plus réussis), le film est d'une laideur relativement exceptionnelle. Dans un contexte qui n'empêche absolument pas deux post-adolescents ''attardés'' de se tripoter lors de l'autopsie de Jason (lesquels seront priés d'aller faire leurs cochonneries dans leurs quartiers), Jason X ressemble beaucoup à ces dizaines, ces centaines de séries Z qui verront le jour les années suivantes. Techniquement, le film n'a rien à envier à ces productions volontairement prises sous l'angle de la gaudriole, tels ces requins multi-têtes, volant ou hybrides qui encombrent les rayons des supermarchés à un 1 euro le DVD ou les plate-formes de streaming bon marché ! Reste que Jason X demeure un bon divertissement qui ravivera la mémoire des adolescents boutonneux des années quatre-vingt qui se délectaient à l'époque de sodas et de pop-corn devant des meurtres à la chaîne. Pas sûr en revanche que les nouvelles générations apprécient le spectacle... À réserver en priorité aux nostalgiques...

 

vendredi 7 avril 2023

M.Butterfly de David Cronenberg (1993) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Que peut-on attendre d'une œuvre signée de l'un des plus grands cinéastes canadiens et interprétée par l'une des valeurs sûres du cinéma britannique et même, mondial ? Que la magie opérée cinq ans auparavant, en 1988, le soit une fois encore. Juste une fois. Pas seulement pour se convaincre qu'il se soit simplement agit d'un miracle mais que l'union artistique de ces deux hommes auxquels se joignirent d'autres caractéristiques puisse encore et encore produire du sublime sur support magnétique. Nous sommes en 1993 et cinq ans après le magnifique et bouleversant Faux-semblants, David Cronenberg offrait pour la seconde fois le rôle principal de l'une de ses œuvres à l'acteur originaire de Cowes en Angleterre, Jeremy Irons. Après s'être offert le pari hautement risqué de mettre en images une œuvre réputée inadaptable au cinéma (Le Festin nu du romancier américain William S. Burroughs), le plus réputé des réalisateurs canadiens s'attaquait donc à la célèbre pièce de théâtre M.Butterfly du dramaturge et scénariste américain David Henry Hwang. Mais derrière M.Butterfly se cache en réalité les destins croisés de personnages imaginaires et de personnalités ayant réellement vécu. Le film emprunte donc à l'opéra italien de Giacomo Puccini une partie de son intrigue. La rencontre entre un occidental et une jeune geisha de seulement quinze ans. L'on retrouve ce brin de cynisme chez le personnage incarné par Jeremy Irons dont l'arrogance lui fait tenir des propos diffamants envers une culture que ses semblables et lui semblent tout d'abord mépriser. René Gallimard rejoint donc l'impudent Benjamin Franklin Pinkerton pour qui, Cio-Cio-San n'était qu'une récréation teintée d'exotisme. Dès lors, le récit prend un virage à cent-quatre vingt degrés, se déleste de l'intrigue propre à l'opéra pour se pencher davantage sur celle de la pièce de théâtre. Car dans le cas de M.Butterfly, la passion est plurielle, se vit à deux et n'est plus exclusivement portée par la seule personne de Song Liling (l'acteur américain originaire de Hong-Kong, John Lone). Aïe ! Voilà que tout est dit. Car oui, mais cela ne devrait logiquement plus être un secret, la beauté sous le charme de laquelle va tomber le comptable de l'ambassade France de Pékin René Gallimard est un homme...


C'est là que se rejoignent alors la réalité et la fiction. Car sous des dehors improbables (l'hormonothérapie et les premières opérations consistant à une réassignation sexuelle étaient à l'époque relativement rares et certainement inenvisageables en Chine à l'époque où se situe l'action), il faut savoir que le long-métrage de David Cronenberg s'inspire de l'authentique histoire du fonctionnaire français Bernard Boursicot et de l'artiste lyrique chinois Shi Pei Pu qui eurent une relation entre 1964 et 1983. Derrière l’ambiguïté du propos, le canadien se saisit également de l'affaire d'espionnage qui envoya Shi Pei Pu en prison durant six années pour avoir transmis aux autorités de la république populaire de Chine des documents diplomatiques appartenant à l'état français. Cette histoire d'amour qui, lorsque l'on étudie son approche en profondeur ne dépareille finalement pas avec l'univers habituel de David Cronenberg, apparaît donc biaisée à plus d'un titre. Espionnage, ''tromperie sur la marchandise'', mais aussi, malice de la part de Song Liling qui évoque des coutumes ancestrales chères à sa communauté et adopte ainsi un comportement qui empêchent tout d'abord le comptable de découvrir la vérité. Sur fond de révolution culturelle et de reprogrammation mentale, David Cronenberg signe une œuvre historico-sentimentale qui n'a malheureusement pas l'ampleur de Faux-semblants. Ni même son histoire d'amour, aussi belles peuvent s'avérer certains séquences entre Jeremy Irons et John Lone, on pouvait espérer de la part de celui qui réalisa l'une des plus belles et plus tragiques histoires d'amour sept ans auparavant (La mouche) qu'il nous drape une fois encore de cette émotion qui s'extrayait pourtant d'un contexte fantastico-horrifique. Il demeurera de M.Butterfly quelques plans sur le visage de Jeremy Irons en clairs-obscurs tentant de reproduire la saisissante séquence du miroir de Faux-semblants, la superbe partition du fidèle compositeur Howard Shore ou les contacts charnels des deux principaux interprètes. Mais néanmoins, le films souffre dans sa version originale d'un défaut majeur : Afin de simuler la féminité du personnage qu'interprète John Lone, celui-ci semble avoir été doublé dans la langue de Shakespeare avec un manque de soucis qui paraît à peine pensable chez David Cronenberg. Une voix féminine qui peine à s'insérer au cœur d'un récit pourtant parfois mémorable. Loin du Body Horror, David Cronenberg signait malgré tout un beau film. Un drame romantique quelque peu... déviant, et pourtant si réel...

 

dimanche 2 avril 2023

The Dead Zone de David Cronenberg (1983) - ★★★★★★★★★☆

 


 

Il y a des artistes qui transforment quasiment tout ce qu'ils touchent en or. David Cronenberg fait partie du cercle prestigieux des cinéastes si remarquables qu'ils peuvent prétendre au titre de génies du septième art. De ses débuts dans le milieu des années soixante jusqu'à la sortie en 1983 de Vidéodrome, il fut l'auteur exclusif des scénarii de ses propres longs-métrages. Moins d'un an après sort sur les écrans The Dead Zone qui marque une rupture importante dans sa carrière puisque le réalisateur et scénariste d'origine canadienne ne fera pas seulement appel à sa propre imagination mais à celle du plus célèbre écrivain de littérature d'épouvante, l'américain Stephen King. En effet, The Dead Zone est l'adaptation par Jeffrey Boam du roman éponyme qui vit le jour en 1979 aux États-Unis et quatre ans plus tard sur le sol français. Surtout, David Cronenberg aborde son œuvre généralement portée sur le Body Horror sous un jour nouveau. Peu à peu, les débordements graphiques laissant place à une horreur beaucoup plus psychologique. Des prémices qui furent tout d'abord visible à travers Chromosome 3 et plus encore avec Vidéodrome mais une approche qui trouve avec The Dead Zone, une sensibilité qui éclatera sans doute dans sa forme ultime en 1988 avec Faux-semblants et en 2002 avec Spider. Mais d'ici à ce que le réalisateur nous serve les véritables plats de résistance de sa carrière (n'omettons surtout pas l'impressionnant, tragique et bouleversant La mouche en 1986 ni les complexes Le festin nu en 1991 ou Crash en 1996), David Cronenberg va, comme une majorité de grands cinéastes, s'attaquer à l'un des romans de l’œuvre tentaculaire de Stephen King. Pas un ouvrage d'horreur. Plutôt un roman fantastique mettant en scène John Smith, un homme qui à la suite d'un grave accident de voiture et d'un coma de cinq années va se réveiller avec un don : au contact d'un objet ou d'une personne, il s'avère en effet capable de lire dans le passé et l'avenir. The Dead Zone version cinéma applique soigneusement le récit de l'écrivain américain tout en excluant certains passages et met donc en scène les mêmes personnages. L'on retrouve donc dans le rôle de Johnny Smith le formidable acteur Christopher Walken qui compose ici l'une de ses plus fameuses interprétations. Un personnage touchant, bienveillant, touché par des malheurs successifs (son accident, la perte de Sarah qui depuis a refait sa vie avec un autre homme, et puis ce ''don'' qui ne lui apportera pas que le bonheur). Sarah Bracknell, elle, est interprétée par l'actrice Brookes Adams que l'on avait notamment déjà pu voir dans deux autres films du ''genre'' avec Le commando des morts-vivants en 1979 de Ken Wiederhorn et surtout L'Invasion des profanateurs de Philip Kaufman un an auparavant. Si le film tourne majoritairement autour de Christopher Walken puis de cette dernière, David Cronenberg ajoute au casting d'autres brillants interprètes. Tom Skeritt (Alien, le huitième passager de Ridley Scott en 1979) y incarne le rôle du shérif Bannerman, Herbert Lom (La panthère rose de Blake Edwards en 1963) celui du docteur Sam Weizak, quant à Martin Sheen, il endosse le costume du futur candidat à l'élection présidentielle, Greg Stillson...


''Pour toi bien sûr, cinq ans ont passé mais pour moi c'est comme si on était... le lendemain...''


David Cronenberg s'éloigne donc sensiblement de son univers habituel et signe avec The Dead Zone l'une des quatre ou cinq meilleures adaptations de l'univers de Stephen King. Créant une extraordinaire cohésion entre divers genres puisque s'y rencontrent le surnaturel, le drame, le policier et l'épouvante, le film cherche et parvient à toucher un large panel de spectateurs. En réalité, dire que le canadien s'est éloigné de son univers n'est pas tout à fait exact. Autrefois vampires assoiffés de sexe (Frissons) ou de sang (Rage), créatures dotées de protubérances (Chromosome 3) ou du pouvoir de télékinésie (Scanners), John est comme certains personnages chers à David Cronenberg, un ''monstre''. Un ''phénomène de foire'' qui fascine autant qu'il révulse comme le fut à peu près à la même époque le personnage central de Elephant Man de David Lynch ! Des centaines, voire des milliers de lettres dans lesquelles des inconnus demandent l'aide de John, des médias qui s'emparent du phénomène avec ironie, une police impuissante face aux meurtres commis par un tueur de femmes qui fait appel à lui. Face à la pression, un John dont les forces s'amenuisent et un cas de conscience qui amènera à une conclusion aussi bouleversante que celle de The Hidden de Jack Sholder. L'enjeu véritable du récit est bien entendu ce don. Et cette question qui s'impose : doit-il être traité comme une bénédiction ou plutôt comme une malédiction ? David Cronenberg y répond à travers toute une succession de séquences chocs (les visions, l'affaire du tueur en série et son suicide, etc...) qui tendent à démontrer que ses conséquences sont bienfaitrices pour celles et ceux qui bénéficient de l'aide apportée par John. Contrairement à celles qui l'entourent lui-même et qui le voient dépérir à mesure qu'il use de ses nouvelles facultés. Mais la vie de ce bienfaiteur, de ce messie ne vaut-elle pas le coup d'être sacrifiée au bénéfice du plus grand nombre ?
The Dead Zone
mêle les sous-intrigues à travers diverses séquences toutes reliées par ce même phénomène. Le réalisateur et son principal interprète brossent le portrait d'un être pur dont le destin et le cheminement semblent être directement liés à ceux d'un individu corrompu qu'il sera le seul à pouvoir arrêter... au péril de sa propre existence. Œuvre dense et pourtant limpide, le déroulement de The Dead Zone n'a au fond pour unique but que la rencontre entre le héros et le candidat à l'élection présidentielle Greg Stillson. Personnage au demeurant sinistre, dément et excellemment interprété par Martin Sheen. Si Stephen King n'a sans doute jamais été aussi humain que dans son approche dramatique d'un univers pourtant généralement constitué d'ouvrages horrifiques, David Cronenberg a su se saisir du matériaux de base pour en faire un film authentiquement bouleversant. Notons que le fidèle compositeur Howard Shore est aux abonnés absents. Remplacé par Michael Kamen, le choix de ce dernier ne bouleversera pas les habitudes de ceux qui apprécient en général les denses compositions du canadien. Celles de l'américain se confondent d'ailleurs si bien avec celles d'Howard Shore que l'on n'en distingue quasiment aucune différence. Passé entre diverses mains dont celle de Stephen King, la version du scénario qui sera finalement retenue sera celle de Jeffrey Boam une fois remaniée par le cinéaste et la scénariste et productrice Debra Hill. Comme l'indiquent la plupart des images, The Dead Zone fut tourné durant l'hiver 1983 à Toronto et dans ses environs. Un tournage rendu compliqué en raison des basses températures pour un résultat absolument magistral...

 

mercredi 8 juin 2022

Crime of the Future de David Cronenberg (2022) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Le retour de l'immense David Cronenberg sur grand écran est forcément un événement de taille pour tout cinéphile ou fan du réalisateur qui se respecte. Surtout que sur le long format, l'auteur de La mouche, Spider et Faux-semblants n'avait plus rien donné de sa personne depuis 2014 et la sortie sur grand écran de Maps to the Stars. LE spécialiste du Body Horror ne s'était d'ailleurs plus engagé dans cette veine horrifique depuis plus de vingt ans et eXistenZ. 2022 signe donc le retour de l'un des cinéastes canadiens les plus importants, toutes générations confondues. Et même, de très loin, l'un des plus importants tout court. 2022 marque également le retour à ce genre de prédilection qui vit naître les quelques chefs-d’œuvre cités ci-dessus et auxquels on pourra ajouter au hasard, Chromosome 3, Crash et bien évidemment Videodrome... Reprenant étonnamment le titre de l'une de ses premières œuvres tournée en 1970, Crimes of the Future n'entretient cependant aucun rapport avec le film en question. Alors que son fils Brandon semble avoir décidé de reprendre brillamment la suite de son père en signant à sept ans d'intervalle les très réussis Antiviral en 2012 et Possessor en 2019, on peut se demander dans quelles mesures David Cronenberg n'aurait-il pas lui-même été influencé par les travaux de son rejeton. On s'attendait à ce que Crimes of the Future soit le dernier long-métrage de son auteur mais apparemment, celui-ci semble avoir finalement décidé de relancer sa carrière puisque un certain The Shrouds semble actuellement en pré-production. Mais d'ici là, voyons si le nouveau pavé de David Cronenberg vaut que l'on dépense une poignée d'euros pour aller le découvrir en salle...


En abordant le thème de la performance façon Body-Art, le nouveau long-métrage du canadien tend à s'y faire accoupler ce concept artistique parfois extrême à celui du transhumanisme, mouvement qui consiste en un dépassement de l'homme, le transformant en un individu aux capacités nettement supérieures à celles du commun des mortels. Une idée pas vraiment neuve puisque la seule évocation du complot central de la série X-Files et des super-humains qui étaient greffés au récit démontre à elle seule que le thème fut déjà abordé des décennies en arrière. On remontera même jusqu'aux ''origines'' du cinéma fantastique puisque dès le début du vingtième siècle et l'adaptation du roman Frankenstein ou le Prométhée moderne de Mary Shelley par J. Searle Dawley à travers le court-métrage Frankenstein, manipulations génétiques et transhumanisme furent déjà développés (la créature du plus célèbre des scientifiques de fiction n'est-elle pas censée être reconstituée à partir de membres en parfait état la dotant d'une force peu commune ?). David Cronenberg met en scène de manière très concrète le concept de beauté intérieure tout en délaissant l'aspect extérieur de ses personnages. L'épiderme n'est alors plus qu'usuel, une couche protectrice renfermant des néo-organes (tumeurs) dont les ''propriétaires'' sont contraints de révéler l'existence afin qu'ils soient inscrits dans un registre officiel. Au cœur du récit, Saul Tenser (Viggo Mortensen en mode ''fantomatique'' en phase terminale d'un cancer), un performeur dont l'organisme est détérioré par une série de tumeurs grosses comme des œufs de poule qu'il cultive comme autant d'objets de fascination dont il nourrit l'appétit insatiable d'un public avide de sensations fortes. Alors que la concurrence se fait rude (un autre performeur au corps parsemé d'implants d'oreilles attire une foule importante à chacune de ses exhibitions), un homme propose à Saul de participer à un concours de beauté intérieure. De ces actes où la souffrance rejoint le plaisir, une organisation aimerait profiter de l'éclat qui entoure les performances de Saul afin de mettre en avant l'évolution prochaine de l'espèce humaine...


Chaque plan, chaque séquence et chaque idée du scénario écrit par David Cronenberg lui-même transpire l'hommage à sa propre création. À cet univers qu'il a développé durant des décennies et qui participe de sa légende. Les décors et leur exotisme renvoient au Festin nu. Les tumeurs qui poussent comme par la simple volonté du ''porteur'' rappellent celles de Chromosome 3. Cette femeture-éclair abdominale dont est doté le personnage incarné par Viggo Mortensen se rapproche du ventre béant de James Wood dans Videodrome. Quant aux instruments chirurgicaux et tout ce qui constitue l'appareillage permettant à Saul d'extraire ses tumeurs lors de spectacles organiques repoussants, il évoquent aussi bien ceux du fabuleux Faux-semblants dans lequel les frères Mantle (Jeremy Irons) créaient de toutes pièces de nouveaux outils de chirurgie, que le Pod de Existenz auquel des amateurs de mondes virtuels y étaient reliés. On pourrait ajouter ce que ressentent parfois ses personnages lors d'opérations chirurgicales souvent très gratinées, lesquels sont en extase, en transe, et jouissent comme les accidentés de Crash. L'enfant qui ouvre le bal avant de réapparaître bien plus tard semble quant à lui symboliser le Seth Brundle de La mouche avec lequel il partage cette manière si peu commune de liquéfier les ''aliments'' avant de les absorber. Crimes of the Future dépeint une vision jusqu’au-boutiste où l'importance de ce que l'on a à offrir au public revient à s'ouvrir littéralement aux autres lors de spectacles underground mortifères. David Cronenberg ne badine pas avec l'horreur et nous offre quelques séquences qui chcoqueront surtout celles et ceux qui ne sont pas habitués à ce genre de péripéties...


Le principal soucis du dernier long-métrage de David Cronenberg, c'est l'hermétisme avec lequel il traite son sujet. Viggo Mortensen a beau être souvent impressionnant, le visage blafard comme celui d'un malade en fin de vie, fantômatique, le visage et le corps planqués sous une tenue et une capuche noire, Saul Tenser se révèle au final très peu attachant. Comme n'importe quel interprète d'ailleurs, qu'il soit incarné par Léa Seydoux, Scott Speedman, Kristen Stewart, Don McKellar ou n'importe quel autre second rôle. Aussi abjects que puissent paraître certains actes chirurgicaux, on reste indifférent à ce qu'éprouvent les uns et les autres. Crimes of the Future est un Freak Show sans âme qui ne se départit cependant pas d'une certaine ironie comme en témoigne notamment la séquence lors de laquelle les néo-tumeurs de Saul sont comparées à certains maîtres de la peinture. Passage lors duquel l'un des personnages cherche le sens de cet art avant-gardiste que Léa Sédoux/Caprice comparera plus tard à du ''nouveau sexe'' (en opposition à Videodrome dans lequel James Woods/Max Renn évoquait ainsi le concept de l'intrigue : ''Longue vie à la "nouvelle chair''). Froid et loin, très loin d'atteindre le degré d'émotion des plus grandes œuvres de David Lynch, Crime of the Future est néanmoins doté de grandes qualités. Nous y retrouvons notamment le fidèle compositeur Howard Shore qui compose une partition musicale véritablement glaçante. Quant aux décors de Carol Spier,k la direction artistique de Dimitris Katsikis et la photographie de Douglas Koch, ils demeurent tous exemplaires. Le dernier long-métrage du réalisateur canadien s'avère donc au final relativement décevant. Un film qui au fond ne vaut guère mieux que le Titane de Julia Ducournau sorti un an plus tôt...

 

mercredi 10 juin 2020

Ils ne verront jamais le jour : David Cronenberg's Frankenstein de David Cronenberg (1981)



Alors qu'adapter sur grand écran le Fantômas de Pierre Souvestre et Marcel Allain n'est probablement pas la meilleure idée qu'aient eu le réalisateur Christophe Gans et le producteur Thomas Langmann, il y a parmi les films qui ne verront sans doute jamais le jour, quelques projets déjà beaucoup plus excitants. Maître incontesté et incontestable de l'horreur organique et psychologique, le canadien David Cronenberg fut en effet entre 1975 et 2002 (de Shivers à Spider) l'auteur d'une douzaine de longs-métrages principalement axés sur l'étude du corps, de ses difformités (Chromosome 3) et de sa dégénérescence (La Mouche) ainsi que sur celle de l'atteinte psychologique profonde (Faux-Semblants). Alors qu'en 1981 son cinquième long-métrage Scanners remporte un franc succès en salles en rapportant environs sept fois la mise de départ rien qu'en Amérique du Nord, l'homme qui depuis deux films (celui-ci ainsi que Chromosome 3 et plus tard Videodrome) participe à la carrière de David Cronenberg en tant que producteur exécutif, Pierre David, propose au canadien de tourner une nouvelle adaptation du célèbre roman de l'écrivain britannique Mary Shelley, Frankenstein ou le Prométhée Moderne...

Un projet particulièrement séduisant et une proposition parfaitement logique s'inscrivant tout à fait dans l'approche d'un cinéma cronenbergien lorsque l'on connaît la spécialité du canadien en matière de cinéma d'horreur et d'épouvante. Alors que le producteur prévoit déjà de nommer le film sous le titre David Cronenberg's Frankenstein, David Cronenberg apprécie tout particulièrement l'idée. D'autant plus que pour l'auteur des futurs Festin Nu, Crash et Existenz, approcher l’œuvre de la britannique pour la triturer et en apporter une vision neuve est là encore, une idée fort séduisante. Sans doute emporté par l'engouement de David Cronenberg, le producteur Pierre David n'attend pas d'avoir l'accord définitif du réalisateur pour lancer une campagne de pub autour du projet alors même qu'aucune signature sur aucun contrat n'a encore été apposée. Une attitude qui aurait pu, à minima, agacer le roi de l'horreur épidermique mais qui n'aura finalement aucune conséquence sur les rapports entre les deux hommes puisqu'à nouveau, ils se retrouveront sur le projet suivant du canadien, le fameux Videodrome que beaucoup de fans du maître considèrent encore aujourd'hui comme son meilleur film...

Avouant lui-même avoir cependant réfléchi sur ''sa'' créature, David Cronenberg avait pour désir de la rendre bien plus intelligente et sensible que le portrait qu'en ont généralement fait les cinéastes qui se sont penchés avant lui sur le roman de Mary Shelley. Pierre David aurait-il semé une graine dans l'esprit de David Cronenberg en cette année 1981 ? Car si son David Cronenberg's Frankenstein n'a jamais vu le jour, le canadien a récupéré la mise en scène du remake de La Mouche Noire (Kurt Newmann, 1958) que la 20th Century Fox avait tout d'abord mis entre les mains du réalisateur américain Tim Burton qui, coincé par des projets personnels dut abandonner l'idée de faire revivre ce génial scientifique se transformant en mouche à échelle humaine. On peut voir dans la vision de David Cronenberg, un parallèle entre le travail d'un docteur Frankenstein donnant naissance à sa créature et un Seth Brandle incarnant involontairement celle-ci après qu'une mouche se soit introduite dans l'un de ses télépodes. Finalement le canadien aura, consciemment ou inconsciemment, mis en scène le projet que lui proposait de réaliser Pierre David cinq ans auparavant. Il n'empêche que l'on aurait aimé également découvrir sa vision ''officielle'' du mythe de Frankenstein. Mais au vu de la tournure qu'à pris la carrière de David Cronenberg, il y a peu de chance qu'elle se concrétise dans un proche avenir...

jeudi 14 novembre 2019

Le Cycle de la Chair et de L'esprit: Spider de David Cronenberg (2002) - ★★★★★★★★★★



Décidément, le réalisateur canadien David Cronenberg n'aura jamais cessé de nous surprendre. Avec Spider, sans doute a-t-il atteint l'un des points culminants de sa carrière avec La Mouche et Faux-Semblants dans son approche de la dégénérescence. Qu'elle soit physique ou intellectuelle. Une œuvre presque entièrement consacrée à la chair, qu'elle soit rose ou grise, de la manipulation génétique glissant lentement mais sûrement vers des thématiques beaucoup plus proches de la réalité. Il y a dans cette œuvre qui tourne autour de l'énigmatique Dennis Cleg que sa mère aimait à donner le sobriquet de Spider, une symbolique forte autour de plusieurs thèmes. Filmant lors de nombreuses occasions son ''héros'' dans des décors semblables à de longs couloirs (la gare ou le trottoir longeant l'usine à gaz ne signifient-ils pas ce tunnel psychologique dans lequel est enfermé Spider?), quelques figures iconiques reviennent inlassablement nous rappeler que l'on est dans la tête de Dennis Cleg, et que chaque image ne sera que le fruit de son esprit. tourmenté Entre divagations et souvenirs. Ces figures transparaissent parfois au détour d'un puzzle, d'une pelote de laine, ou plus simplement de la représentation de la mère. Celle que recherche Dennis, transféré dans un foyer après avoir passé un long séjour dans un institut psychiatrique...

Le génie de David Cronenberg, outre de nous offrir l'un des portraits de schizophrène les plus remarquable du septième art, consiste en une approche d'une rare intensité et d'une rare intelligence. Spider prend, certes, très souvent les atours d’une œuvre autiste et parfois proche des visions labyrinthiques d'un David Lynch, ouvrant par là-même, des perspectives multiples. Bien qu'étant parfois nébuleux, le scénario n'abandonne fort heureusement pas le spectateur sur des questions sans réponses mais au contraire, y répond de manière absolument traumatisante lors d'un dernier acte explicatif dont l'intensité est égal à la révélation d'un The Machinist réalisé par Brad Anderson deux ans plus tard en 2004. Reponsant sur la sobriété de sa mise en scène et surtout sur l'extraordinaire incarnation de l'acteur britannique Ralph Fiennes, Spider est une œuvre profondément tragique, mais jamais voyeuriste.

Avec toute la pudeur et la finesse qu'on lui connaît, David Cronenberg évoque un traumatisme de l'enfance en remontant aux sources du récit. Celui de Dennis Cleg, témoin et donc forcément victime d'un drame qui le toucha personnellement et continue à le hanter des décennies plus tard. Le réalisateur canadien prend le spectateur dans la toile qu'il a lentement tissée tout au long de ces quatre-vingt dix-huit minutes en le nourrissant de fausses impressions, le ''twist'' final n'en étant alors que plus marquant. Si Spider repose avant tout sur la brillante performance de Ralph Fiennes, il ne faut cependant pas écarter celle de Gabriel Byrne, qui incarne ici le personnage de Bill Cleg, celle de Miranda Richardson qui interprète le rôle d'Yvonne, ou encore celle du jeune Bradley Hall qui campe un Dennis jeune. Dérangeant, envoûtant et enfin, tétanisant, Spider bénéficie en outre de l'anxiogène partition du fidèle compositeur du réalisateur, Howard Shore, ainsi que des décors d'Andrew Sanders et de la photographie de Peter Suschitzky... Inoubliable...

Le Cycle de la Chair et de L'esprit: Videodrome de David Cronenberg (1983) - ★★★★★★★★☆☆



Considéré par une partie de la communauté ''cronenbergienne'' comme le meilleur film de son auteur, Videodrome est à juste titre, un grand film. Non seulement parce qu'il perpétue de la plus fascinante et dérangeante manière, la tradition d'un cinéaste qui a voué la majeure partie de sa carrière à examiner la dégénérescence physique et intellectuelle de ses personnage. De ses origines jusqu'au début des années 2000, David Cronenberg s'est fait le chantre d'un courant qui n'appartient qu'à lui, sinon à son propre fils Brandon Cronenberg qui avec son premier long-métrage Antiviral en 2012, semble avoir décidé de prendre la relève. Le père, lui, célèbre avec Videodrome, le pouvoir de la télévision sur la chair et l'esprit à travers l'une de ses œuvres les plus complexes et sans doute, la plus expérimentale d'entre toutes (si l'on excepte les étranges ''objets'' que sont Crash et Le Festin Nu.). On comprendra alors qu'à l'époque de sa sortie, le huitième long-métrage de David Cronenberg n'ait pas fait l'unanimité même si au fil des ans, Videodrome a gagné ses galons d’œuvre culte. Sans doute parce qu'il a ouvert la porte à tout un pan d'une télévision-poubelle devenue depuis, monnaie courante.

Directeur de programmes indépendants à la réputation sulfureuse, Max Renn est à la recherche perpétuelle de programmes qui pourront assurer la survie de sa chaîne. C'est ainsi que Harlan, l'un de ses collaborateurs, déniche un programme appelé Videodrome dans lequel sont proposées des séances de torture à l'issue desquelles, les victimes finissent par mourir. Mais alors que Max croit qu'il s'agit de simulations, il apprend bientôt que les victimes meurent réellement. C'est à cette période qu'il rencontre Nicki Brand, l'animatrice d'une émission de radio avec laquelle il va entretenir une liaison coupée court lorsque la jeune femme décide de partir en reportage à Pittsburgh, là-même où se tourne le programme Videodrome. Pendant ce temps là, Max s'intéresse de plus en plus à cette étrange émission et s'avère bientôt victime d'inquiétantes hallucinations...

Concentrées en un seul long-métrage, David Cronenberg annonce les dérives prochaines (nous sommes alors en 1983) dont s'emparera le média ''TV'' les décennies, voir les années suivantes. Bien que nous n'en sommes pas toujours arrivés à de telles extrémités, combien d'années encore avant que ne déferlent sur nos petits écrans les visions déjà apocalyptiques annonciatrices des dérives ''cathodiques'' dont fait déjà son ''beurre'' Internet et les réseaux sociaux ? Pris à son propre piège, le ''héros'', incarné par un James Wood fascinant, se retrouve alors dans les mailles d'un filet dont il ne pourra s'extraire qu'en allant à l'encontre de ses propres principes moraux. David Crononberg dénonce également la part d'ombre qui abrite chacun d'entre nous. À Travers la prise d'opposition formulée au départ par Niki Brand (l'actrice et chanteuse du groupe Blondie, Deborah Harry), laquelle s'avère elle-même adepte de pratiques masochistes, ou Masha, qui malgré certaines réticences devant le programme Videodrome avoue son penchant pour les hommes beaucoup plus jeunes qu'elle. Sado-masochisme, snuff-movies, addictions, Videodrome dénonce l'exutoire que révèlent des programmes crapoteux auxquels les spectateurs n'arrivent cependant pas à échapper. Nanti d'effets-spéciaux créés par l'un des spécialistes en la matière, le talentueux Rick Baker, le film de David Cronenberg est parmi les plus sombres et définitifs de leur auteur. Caractérisé par des visions hautement sulfureuses (surtout à l'époque de sa sortie) et un propos qu'il serait bon d'éclaircir définitivement, il sera cependant conseillé au néophyte de découvrir la filmographie de ce maître es manipulations de la chair et de l'esprit, à travers ses œuvres antérieures, ou mieux, par le flamboyant La Mouche, qui sans avoir abandonné les obsessions de son auteur, est une excellente alternative aux déboires que connaissent la majorité de ses personnages. Culte !

mercredi 14 août 2019

A History of Violence de David Cronenberg (2005) - ★★★★★★★☆☆☆



Lorsque David Cronenberg choisi d'orienter son œuvre sous un angle où l'horreur, le fantastique et l'épouvante n'ont plus vraiment droit de cité, il n'en résulte pourtant pas des tentatives si éloignées de ses travaux passés. Après avoir trituré les chairs dans tous les sens jusqu'à l'ultime et brillante transformation de Seth Brundle en mouche dans The Fly en 1987, le rouge a peu à peu laissé placé au gris. Ou plutôt, à la matière grise. C'est ainsi que sont nés une succession de chefs-d’œuvre dont le plus grand d'entre tous demeurera sans doute à jamais l'extraordinaire Faux-Semblants qu'il réalisera dès l'année suivant le succès de The Fly. Suivront Le Festin Nu, M.Butterfly, ou encore Crash. En 2005, la voie du canadien semblait prendre une fois encore un chemin différent en s'éloignant encore un peu plus du concept dont il fit le point central de son œuvre avec A History of Violence. Désormais, plus de chairs modifiées par l'entremise d'expériences génétiques, ni d'altérations psychologiques dues à des rapports humains privilégiant le monopole ou la possession exclusive des sentiments.

David Cronenberg se serait-il définitivement débarrassé de ses obsessions passées ? Pas vraiment. Car si l'on regarde en profondeur cette histoire relevant désormais davantage du thriller que du fantastique ou de l'épouvante, A History of Violence ne peut s'empêcher de cultiver une certaine ressemblance avec certaines œuvres de David Cronenberg. Un long-métrage dont le scénario aurait pu être embrassé par deux autres génies du septième art, les frères Coen, mais que l'un des rois de l'horreur qui signa en 1976 l'un des maîtres-étalons de la contagion (Rage) ou la sublime adaptation d'un roman de Stephen King en 1983 (The Dead Zone) réussit à intégrer à la perfection au reste de sa filmographie.
C'est ainsi donc que le spectateur fait connaissance avec Tom Stall, propriétaire d'un restaurant qui un soir fait preuve d'acte d'héroïsme en tuant deux criminels avant que ceux-ci ne s'en prennent à ses employés ainsi qu'aux clients. Considéré alors par les habitants de Millbrook comme un héros, cet homme courageux intéresse de très près les médias qui relèguent très rapidement l'événement. Malheureusement, pour Tom, son épouse Edie et leurs deux enfants Jack et Sarah, leur paisible existence va bientôt être bouleversée par l'arrivée d'un certain Carl Fogarty (excellent Ed Harris) qui affirme reconnaître en Tom un certain Joey Cusack qu'il rend notamment responsable de son œil crevé il y a de cela plusieurs années. Mais alors que Tom affirme ne pas être celui que l'étranger dit être, les choses se corsent le jour où Fogarty menace Tom de s'en prendre aux siens s'il n'accepte pas de retourner avec lui à Philadelphie...

Voilà donc pour ce début de récit. Un thriller somme toute plutôt calme en apparence. Pourtant, et au delà des quelques envolées sanglantes lors des règlements de compte, certains détails sauteront sans doute aux yeux des fans du cinéaste canadien. Car s'il semble avoir abandonné toute velléité pour les mutations d'ordre génétique et psychologiques, ne nous y trompons pas: le choix du héros de changer d'identité afin de faire table rase sur son ancienne existence conserve un rapport privilégié avec quelques-uns des travaux les plus passionnants de David Cronenberg. C'est donc sous la forme du thriller et dans un style beaucoup plus ''classique'' que le réalisateur poursuit son aventure si personnelle. En résulte une œuvre sur la condition d'un individu et sa rédemption face à son passé (ses retrouvailles avec son frère Richie mettant un terme définitif avec son ancienne vie). Un passé qui ressurgit et qui montre la fragilité d'un personnage capable d'arborer à nouveau le visage du monstre qu'il était et de ses capacités de ''combattant'' alors même que jusqu'à maintenant il affichait le comportement d'un bon père de famille exagérément calme. David Cronenberg profite du sujet de Josh Olson inspiré d'une série de comics américains de John Wagner et Vince Locke pour réfléchir sur les conséquences de tels actes et notamment sur le comportement du fils de Tom qui par la force des choses plongera lui aussi dans la violence. A History of Violence est porté à bout de bras par un Viggo Mortensen impeccable et précieux. Peut-être pas le meilleur Cronenberg, mais le cinéaste parvient à faire obliquer son œuvre vers une voie pleine de promesses...

jeudi 13 décembre 2018

Resurrection de Russel Mulcahy (1999)



L'inspecteur John Prudhomme vit des temps difficiles depuis que sa femme Sara et lui ont perdu leur enfant dans un accident un an auparavant. Assez peu apprécié de ses collègues de travail, il peut tout de même compter sur son partenaire et ami, le détective Andrew Hollinsworth. Hanté par la mort de son fils, John est sur une enquête difficile. En effet, il est chargé de retrouver le responsable d'une série de meurtres particulièrement épouvantables ayant lieu dans la ville de Chicago. La première victime est retrouvée amputée de son bras droit, tandis que l'autopsie révèle gravés sur son dos des chiffres romains. Un second cadavre est découvert peu de temps après. Cette fois-ci, c'est la tête qui a disparue. Cette seconde victime porte elle aussi une série de chiffres romains gravés sur le corps. En faisant des recherches, John fait le rapprochement entre ceux-ci et les saintes écritures. Afin de bien mener son enquête, le duo s'adjoint les services d'un profiler du FBI, l'agent Wingate...

Ben écoutez, moi je l'aime bien Christophe Lambert. Ça n'est pas parce que la presse et une partie du public s'acharne à lui taper dessus qu'il faut en mettre une couche supplémentaire. Contrairement à ce que l'on peut lire sur lui, cet acteur français né à Great Neck dans l'état de New-York n'est pas un mauvais acteur. Disons qu'il a fait parfois de très mauvais choix artistiques. La faute, sans doute, revient à une certaine boulimie de tourner. C'est pourquoi on a eu le malheur de le découvrir dans des purges, surtout depuis la moitié des années 90. Beowulf et Mortal Kombat pour ne citer qu'eux. Pourtant, il ne faudrait pas oublier que Christophe Lambert a redoré le blason du légendaire Tarzan dans l'excellent Greystoke, la Légende de Tarzan de Hugh Hudson, qu'il a tourné dans l'un des meilleurs Besson aux côtés d'Isabelle Adjani (Subway) et qu'il avait déjà été employé par Russel Mulcahy dans l'une de ses plus célèbres œuvres, Highlander.

Plus tard, il tournera quelques petits films fort sympathiques devenus depuis un peu obsolètes mais que l'on prend encore beaucoup de plaisir à regarder : Le Fortress de Stuart Gordon ou le thriller Face à Face de Carl Schenkel.


Concernant Resurrection, le film de Russel Mulcahy lorgne beaucoup du côté de deux classiques du film policier, Le Silence des Agneaux de Jonathan Demme et 7even de David Fincher. Deux films à l'ambiance moite que le cinéaste tente de reproduire avec plus ou moins de réussite. Lorsque l'on connaît le bonhomme et que l'on sait à quel point il est capable d'apporter une touche esthétique extraordinaire à certaines de ses œuvres (Highlander, Razorback), on s'étonne que celle de Resurrection soit si peu travaillée.

Mais heureusement, Christophe Lambert est là. Et il n'est pas le seul. À ses côtés, on retrouve l'acteur Leland Orser dans le rôle du partenaire et Ray Vernon et son extraordinaire faciès dans le rôle du psychopathe. On croise même au détour d'une église l'immense réalisateur David Cronenberg dans le rôle du Père Rousell. Si Resurrection ne révolutionne nullement le genre policier-thriller, il a tout de même le mérite d'exister et de nous faire passer un excellent moment. L'enquête est plutôt rondement menée, le rythme suffisamment soutenu et l'interprétation assez convaincante pour que l'on ne s'ennuie pas un instant. On passera outre les quelques incohérences inhérentes au scénario. Nous sommes ici en présence d'une fiction qui ne cherche absolument pas à se rendre crédible. Si certaines scènes fraient avec l'horreur pure (les cadavres et certains environnements), nous sommes bien devant un produit divertissant visant un très large public. Resurrection est donc une très honnête production...

mardi 5 juin 2018

Terror in the Aisle de Andrew J. Kuehn (1984)



Une salle de cinéma. Des dizaines de spectateurs. Donald Pleasance et Nancy Allen pour nous servir d'hôtes. Terror In The Aisle est une anthologie du film d'horreur-épouvante. On y retrouve des extraits de plusieurs dizaines de classique du genre, et même quelques-uns qui n'auraient rien à faire ici (Midnight Express, Marathon Man, Les Faucons de la Nuit) s'ils n'étaient pas en mesure eux-même de distiller une certaines angoisse. Masacre à la Tronçonneuse, Hurlements, La Nuit des Morts-Vivants, Scanner, Poltergeist, Terreur sur la Ligne, Rosemary's Baby, Alien, le Huitième Passager, Psychose, Phantom of the Paradise et bien d'autres encore représentent ce qui se faisait de mieux au siècle dernier. Du moins jusqu'à l'année 1984, date de sortie de cette compilation qui n'est pas du tout avare en terme de sensation.

Et même si l'on est amateur du genre, que l'on connaît sur le bout des doigts la presque totalité des scènes qui nous sont proposées, le plaisir de les revoir ainsi commentées est un pur bonheur. A e propos, contrairement à la majorité des documentaires, ici, les scènes qui servent de matière aux propos des deux acteurs ne sont jamais entrecoupées de passages explicatifs filmés dans des studios vides ou dans les demeures personnelles de ces derniers. Eux-mêmes sont assis parmi les spectateurs, se fondant ainsi parfaitement dans le décor. Terror In The Aisle a donc davantage les allures d'une fiction agrémentée des commentaires de deux stars du cinéma que d'une simple anthologie compilant les un derrière les autres, des extraits de film.


L’œuvre est d'abord timide dans ses premiers soubresauts. Puis, peu à peu, le rythme s'accélère et prend une ampleur à laquelle on ne s'attend pas forcément. Alors que certains spectateurs s'agitent sur leur fauteuil, les yeux grands ouverts, d'autres les ferment, attendant que les détails les plus sordides du spectacle auquel ils assistent veuillent bien prendre fin. Nous redécouvrons sous un angle différent les œuvres de John Carpenter, David Cronenberg, Tobe Hooper, Brian de Palma ou encore Alfred Hitchcock...

A voir, à revoir, encore et encore...


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