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mercredi 8 juin 2022

Crime of the Future de David Cronenberg (2022) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Le retour de l'immense David Cronenberg sur grand écran est forcément un événement de taille pour tout cinéphile ou fan du réalisateur qui se respecte. Surtout que sur le long format, l'auteur de La mouche, Spider et Faux-semblants n'avait plus rien donné de sa personne depuis 2014 et la sortie sur grand écran de Maps to the Stars. LE spécialiste du Body Horror ne s'était d'ailleurs plus engagé dans cette veine horrifique depuis plus de vingt ans et eXistenZ. 2022 signe donc le retour de l'un des cinéastes canadiens les plus importants, toutes générations confondues. Et même, de très loin, l'un des plus importants tout court. 2022 marque également le retour à ce genre de prédilection qui vit naître les quelques chefs-d’œuvre cités ci-dessus et auxquels on pourra ajouter au hasard, Chromosome 3, Crash et bien évidemment Videodrome... Reprenant étonnamment le titre de l'une de ses premières œuvres tournée en 1970, Crimes of the Future n'entretient cependant aucun rapport avec le film en question. Alors que son fils Brandon semble avoir décidé de reprendre brillamment la suite de son père en signant à sept ans d'intervalle les très réussis Antiviral en 2012 et Possessor en 2019, on peut se demander dans quelles mesures David Cronenberg n'aurait-il pas lui-même été influencé par les travaux de son rejeton. On s'attendait à ce que Crimes of the Future soit le dernier long-métrage de son auteur mais apparemment, celui-ci semble avoir finalement décidé de relancer sa carrière puisque un certain The Shrouds semble actuellement en pré-production. Mais d'ici là, voyons si le nouveau pavé de David Cronenberg vaut que l'on dépense une poignée d'euros pour aller le découvrir en salle...


En abordant le thème de la performance façon Body-Art, le nouveau long-métrage du canadien tend à s'y faire accoupler ce concept artistique parfois extrême à celui du transhumanisme, mouvement qui consiste en un dépassement de l'homme, le transformant en un individu aux capacités nettement supérieures à celles du commun des mortels. Une idée pas vraiment neuve puisque la seule évocation du complot central de la série X-Files et des super-humains qui étaient greffés au récit démontre à elle seule que le thème fut déjà abordé des décennies en arrière. On remontera même jusqu'aux ''origines'' du cinéma fantastique puisque dès le début du vingtième siècle et l'adaptation du roman Frankenstein ou le Prométhée moderne de Mary Shelley par J. Searle Dawley à travers le court-métrage Frankenstein, manipulations génétiques et transhumanisme furent déjà développés (la créature du plus célèbre des scientifiques de fiction n'est-elle pas censée être reconstituée à partir de membres en parfait état la dotant d'une force peu commune ?). David Cronenberg met en scène de manière très concrète le concept de beauté intérieure tout en délaissant l'aspect extérieur de ses personnages. L'épiderme n'est alors plus qu'usuel, une couche protectrice renfermant des néo-organes (tumeurs) dont les ''propriétaires'' sont contraints de révéler l'existence afin qu'ils soient inscrits dans un registre officiel. Au cœur du récit, Saul Tenser (Viggo Mortensen en mode ''fantomatique'' en phase terminale d'un cancer), un performeur dont l'organisme est détérioré par une série de tumeurs grosses comme des œufs de poule qu'il cultive comme autant d'objets de fascination dont il nourrit l'appétit insatiable d'un public avide de sensations fortes. Alors que la concurrence se fait rude (un autre performeur au corps parsemé d'implants d'oreilles attire une foule importante à chacune de ses exhibitions), un homme propose à Saul de participer à un concours de beauté intérieure. De ces actes où la souffrance rejoint le plaisir, une organisation aimerait profiter de l'éclat qui entoure les performances de Saul afin de mettre en avant l'évolution prochaine de l'espèce humaine...


Chaque plan, chaque séquence et chaque idée du scénario écrit par David Cronenberg lui-même transpire l'hommage à sa propre création. À cet univers qu'il a développé durant des décennies et qui participe de sa légende. Les décors et leur exotisme renvoient au Festin nu. Les tumeurs qui poussent comme par la simple volonté du ''porteur'' rappellent celles de Chromosome 3. Cette femeture-éclair abdominale dont est doté le personnage incarné par Viggo Mortensen se rapproche du ventre béant de James Wood dans Videodrome. Quant aux instruments chirurgicaux et tout ce qui constitue l'appareillage permettant à Saul d'extraire ses tumeurs lors de spectacles organiques repoussants, il évoquent aussi bien ceux du fabuleux Faux-semblants dans lequel les frères Mantle (Jeremy Irons) créaient de toutes pièces de nouveaux outils de chirurgie, que le Pod de Existenz auquel des amateurs de mondes virtuels y étaient reliés. On pourrait ajouter ce que ressentent parfois ses personnages lors d'opérations chirurgicales souvent très gratinées, lesquels sont en extase, en transe, et jouissent comme les accidentés de Crash. L'enfant qui ouvre le bal avant de réapparaître bien plus tard semble quant à lui symboliser le Seth Brundle de La mouche avec lequel il partage cette manière si peu commune de liquéfier les ''aliments'' avant de les absorber. Crimes of the Future dépeint une vision jusqu’au-boutiste où l'importance de ce que l'on a à offrir au public revient à s'ouvrir littéralement aux autres lors de spectacles underground mortifères. David Cronenberg ne badine pas avec l'horreur et nous offre quelques séquences qui chcoqueront surtout celles et ceux qui ne sont pas habitués à ce genre de péripéties...


Le principal soucis du dernier long-métrage de David Cronenberg, c'est l'hermétisme avec lequel il traite son sujet. Viggo Mortensen a beau être souvent impressionnant, le visage blafard comme celui d'un malade en fin de vie, fantômatique, le visage et le corps planqués sous une tenue et une capuche noire, Saul Tenser se révèle au final très peu attachant. Comme n'importe quel interprète d'ailleurs, qu'il soit incarné par Léa Seydoux, Scott Speedman, Kristen Stewart, Don McKellar ou n'importe quel autre second rôle. Aussi abjects que puissent paraître certains actes chirurgicaux, on reste indifférent à ce qu'éprouvent les uns et les autres. Crimes of the Future est un Freak Show sans âme qui ne se départit cependant pas d'une certaine ironie comme en témoigne notamment la séquence lors de laquelle les néo-tumeurs de Saul sont comparées à certains maîtres de la peinture. Passage lors duquel l'un des personnages cherche le sens de cet art avant-gardiste que Léa Sédoux/Caprice comparera plus tard à du ''nouveau sexe'' (en opposition à Videodrome dans lequel James Woods/Max Renn évoquait ainsi le concept de l'intrigue : ''Longue vie à la "nouvelle chair''). Froid et loin, très loin d'atteindre le degré d'émotion des plus grandes œuvres de David Lynch, Crime of the Future est néanmoins doté de grandes qualités. Nous y retrouvons notamment le fidèle compositeur Howard Shore qui compose une partition musicale véritablement glaçante. Quant aux décors de Carol Spier,k la direction artistique de Dimitris Katsikis et la photographie de Douglas Koch, ils demeurent tous exemplaires. Le dernier long-métrage du réalisateur canadien s'avère donc au final relativement décevant. Un film qui au fond ne vaut guère mieux que le Titane de Julia Ducournau sorti un an plus tôt...

 

jeudi 15 août 2019

Twilight Chapitre I : Fascination de (2008) - ★★★★☆☆☆☆☆☆



C'est sous l'impulsion de Stéphane Erbisti, auteur et rédacteur en chef de l'excellent fanzine ''TOUTES LES COULEURS DU BIS'' et propriétaire du tout aussi réjouissant blog ''LE PETIT CINEMA DE STÉPHANE'' que j'ai décidé de passer le cap de la réticence et des commentaires parfois outrageusement définitifs (dans le mauvais sens du terme, s'entend) pour me lancer dans l'aventure Twilight. Et même si je passe après ce blogueur très averti en matière de cinéma, c'est en partie après avoir conversé en sa compagnie que j'ai pris sur moi et ai visionné pour commencer comme le veut la tradition chère aux sagas, par le premier épisode d'entre eux. D'une durée d'un peu moins de deux heures, j'ai d'abord estimé que je pouvais AU PIRE, perdre deux heures d'existence, et AU MIEUX, pourquoi pas, découvrir un univers qui sinon m'aurait peut-être échappé jusqu'au moment de rendre mon dernier souffle, m'aurait au moins permis de m'échapper, ne fut-ce qu'un court instant, de l'univers cinématographique et autiste dans lequel j'ai parfois tendance à m'enfermer.
Tout d'abord, j'aimerais évoquer les a priori qui ont faillit me condamner à considérer la saga Twilight comme inadaptée à mon mode de vie de cinéphile. À commencer par cet éprouvant sentiment qui se dégage des différentes affiches de ce premier volet intitulé Twilight Chapitre 1 : Fascination sur lesquelles s'affichent tant de jeunesse et de fraîcheur auxquelles je n'aspire plus vraiment du haut de mes quarante-sept ans. Ensuite, le sujet : le vampirisme. Cet état très particulier qui ne m'a jamais attiré autrement que lors d'expériences parfois suspectes mais sortant plus généralement de l'ordinaire suceur de sang grillant sous le moindre rayon de soleil, éprouvant un certain malaise devant une gousse d'ail ou un crucifix et ne reflétant pas son image dans les miroirs. Le vampire, le seul, le vrai qui brille à mes yeux est celui qui hante le bitume, ne craint pas toujours la lumière du soleil et dont le mal peut tout aussi bien être comparé à une maladie sinon mentale (Martin, de George Romero), du moins assimilable à certaines maladies sexuellement transmissibles (The Addiction d'Abel Ferrara)...

Séance...

C'est malheureusement l'esprit parasité par une trop faible mais surtout par une trop prégnante expérience dans le domaine de la romance au cinéma que j'ai donc découvert le premier chapitre des aventures d'Isabella Swan et d'Edward Cullen. Une humaine et un vampire, réunis sans doute trop rapidement dans leurs sentiments, la passion et l'amour. Moins d'une heure après le générique du début, voilà qu'ils s'avouent leur flamme réciproque au point de ne pas supporter l'idée de se perdre. Un peu trop rapide à mon goût lorsque le jeu de l'attirance-répulsion d'Angélique, Marquise des Anges de Bernard Borderie avait su en son temps conserver le temps d'un film dans son entier, ce côté passionnel et fragile entre un homme et une femme. Ou plus tard, lorsque la délicatesse du scénariste Richard LaGravenese et la mise en scène toute en nuances de Clint Eastwood avaient accouché du sublime Sur la Route de Madison. Autre lieu, autre genre, autre génération, Twilight Chapitre 1 : Fascination est bien trop pressé dans sa tentative d'éluder les rapports entre ses deux jeunes héros incarnés par la très jolie Kristen Stewart et le charismatique Robert Pattinson. Autant l'on peut être séduit par leur apparences ainsi que celles des autres membres de cette famille de vampire qui tous ont un cachet qui empêche le spectateur de leur demeurer indifférent, autant s'avèrent-ils parfois trop lisses pour faire oublier une autre ''fratrie'' de vampires, celle du Génération perdue de Joel Schumacher sorti en 1987.

S'il manque de profondeur en matière de romanesque, ce film pourtant réalisé par la réalisatrice Catherine Hardwicke (une femme et donc, toute la sensibilité féminine qu'on en attend) possède de belles teintes hivernales. Pourtant réalisé caméra à l'épaule et débutant sous les allures d'une œuvre indépendante, Twilight Chapitre 1 : Fascination souffre de gimmicks visuels infernaux polluant parfois la scène (ralentis, accélérations de l'image qui peuvent sortir le spectateur de l'histoire). Ce premier chapitre n'a pas la classe du Dracula de Tod Browning, ni la sublime atmosphère du Nosferatu, eine Symphonie des Grauens de Friedrich Wilhelm Murnau (ou du remake réalisé plus tard par le cinéaste Werner Herzog), ni la folie des Vampires de John Carpenter ni celle de ceux d'Une Nuit en Enfer de Robert Rodriguez. Il n'offre jamais aucun des enjeux émotionnels et dramatiques des chefs-d’œuvre Låt den Rätte Komma in de Tomas Alfredson et de son remake réalisé par Matt Reeves, Let me In. À dire vrai, Twilight Chapitre 1 : Fascination est ce qu'il semblait être dès le départ : un spectacle visant avant tout le jeune public. Des dialogues mièvres, une intrigue qui vire au grand n'importe quoi (l'hypothétique match de base-ball entre gangs de vampires rivaux), et un spectacle grandiloquent d'où ne surnage finalement que la relation entre l'héroïne et son père Charlie incarné à l'écran par l'acteur Billy Burke. Bref, pas vraiment une référence dans l'univers encombré dues vampires...

mardi 20 septembre 2016

Equals de Drake Doremus (2015)



Le monde de Equals proscrit toute forme de sentiments. Contrairement à The Lobster du grec Yorgos Lanthimos dans lequel être célibataire est synonyme de sentence, l'amour entre deux êtres y est formellement interdit. Éprouver des sentiments envers un autre individu ou toute autre forme d'affection est considéré comme une maladie. Le S.O.S ou, Syndrome d'Ouverture Sensitive. Chaque individu vit selon des règles strict. Les contacts physiques sont interdits et chacun cherche à découvrir des vérités dont les origines leur semblent provenir d'un lointain espace. Mais alors qu'un jour Silas perçoit dans le comportement de la jeune Nia les signes avant coureurs du S.O.S, il commence lui-même à ressentir des troubles étranges. Peu à peu, elle et lui vont se rapprocher l'un de l'autre. Cachés dans les toilettes de l'organisation à laquelle ils collaborent, il commencent d'abord par s'effleurer. Puis ils s'embrassent. Et parce qu'ils tombent follement amoureux l'un de l'autre, ils finissent par s'aimer physiquement.
Il existe cependant un médicament permettant d'annihiler toute forme de sentiments. Mais ses effets sont temporaires. La recherche médicale est cependant en train de mettre tout en œuvre pour créer un remède qui effacera définitivement ceux-ci. Nia et Silas n'ont pourtant pas l'intention de rejeter les liens affectifs qui les unissent et décident de rejoindre un groupe de clandestins dont les membres sont eux-mêmes atteints du S.O.S...

Le récit de Equals du cinéaste Drake Doremus est une dystopie. Soit une contre-utopie dans un monde effaçant toute forme de sentiments. Cette absence de ressenti est également représentée par un design général en monochromes. Des décors minimalistes magnifiques qui projettent l'état d'esprit et la volonté de ceux qui y vivent vers cet extérieur verdoyant et si peu accessible qui entoure la cité. L'idée n'est pourtant pas toute neuve, car des récits d'anticipation dans lesquels sont plongés des individus auxquels ont tente de faire croire que la vie rêvée est celle qu'on leur impose n'est pas récente. De L’Age de Cristal où l'existence est réglée de telle manière que chaque personne meurt lors d'une cérémonie lorsque sonne sa trentième année, jusqu'à The Lobster, sorti l'année dernière, où l'on est un hors la loi condamné à vivre dans la clandestinité lorsque l'on a choisi de demeurer célibataire, le sujet est relativement encombré.

Le rythme impulsé par le cinéaste est du même ordre que le récit et l'environnement. Tout s'y déroule en apesanteur, et pourtant, le spectateur ne peut y montrer le moindre signe d'ennui tant cette histoire d'amour que vont vivre Nia et Silas est touchante. Eux dont on a formaté dès cinq ans le cerveau, comme l'ensemble de la population, afin qu'ils ne puissent ressentir aucune forme d'émotion, vont connaître leurs premiers émois amoureux. Touchants comme deux individus qui découvrent « l'autre » par le toucher pour la première fois de leur existence. Ce que l'on pourra reprocher à Equals, c'est le manque d'explication concernant les fondamentaux ayant un jour poussé l'humanité à avoir recours à de telles pratiques que l'annihilation des émotions. L'ambiance du film est soutenue par de magnifiques éclairages et la très belle partition musicale du compositeur Sascha Ring. Equals est une très belle surprise, magnifiquement interprétée par ses deux principaux protagonistes...


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