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mardi 17 juin 2025

The Shrouds de David Cronenberg (2025) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Si certains fans de David Cronenberg n'ont sans doute jamais cessé d'estimer que la totalité de son œuvre est demeurée dans la droite lignée de ses premiers travaux portant sur le Body Horror et donc la modification des organismes sous toutes leurs formes, la vérité est que parmi ses dernières œuvres, certaines explorèrent des terres étrangères au mythe qui le forgea. Alors que son fils Brandon a repris la relève sur grand écran avec Antiviral dès 2012 pour ensuite poursuivre les travaux de son père avec Possessor en 2019 et Infinity Pool en 2003, un déclic semble avoir poussé Papa Cronenberg à revenir à ses premières amours. Tout d'abord en 2022 avec l'homonyme de son propre second long-métrage Crimes of the Future sorti en 1970. Une déception, immense. Un résultat très en dessous de ce que l'on pouvait attendre de l'auteur de Videodrome, La mouche, Faux-semblants, Crash ou le méconnu mais néanmoins bouleversant Spider. Trop complexe, trop froid, sans âme, Crimes of the Future version vingt et unième siècle désole par sa sécheresse et cette absence d'empathie vis à vis de spectateurs qui pour beaucoup n'y comprirent pas grand chose. C'est donc avec une certaine inquiétude malgré tout mêlée de curiosité que l'on pouvait découvrir fin avril dernier, son ultime (?) opus, The Shrouds sorti sur notre territoire sous le titre Les linceuls. Sans être d'un agnosticisme résolu, David Cronenberg y met malgré tout quelques points d'honneur à illustrer son athéisme. Ici, le linceul en question ne se réfère effectivement pas à celui conservé dans la cathédrale de Turin en Italie et pour lequel est entretenue la légende selon laquelle il s'agirait d'une pièce de tissu ayant enveloppé le corps du Christ après sa crucifixion. Des analyses au radiocarbone ayant certifié dans le courant de l'année 1988 qu'elle remonterait en réalité à beaucoup plus tard. David Cronenberg enfonce d'ailleurs le clou à travers ce curieux sacrilège dont le héros du récit incarné par Vincent Cassel est l'initiateur. Empêchant ainsi véritablement aux morts leur droit au repos éternel... La question religieuse étant ainsi assumée par le réalisateur, il nous livre avec The Shrouds, une œuvre terrible. Parce qu'elle est le fruit du deuil que le canadien dû vivre à la suite du décès de son épouse Carolyn en juin 2017 alors qu'elle n'était âgée que de soixante-six ans. Le long-métrage est donc tout d'abord inspiré du drame que vécu David Cronenberg.


Mais connaissant l'artiste, il était forcément inenvisageable que The Shrouds prenne la forme d'un drame classique. Lui, préfère utiliser les outils dont il est devenu le père-fondateur et l'un des plus grands représentants. Il semblera cependant que le film est beaucoup moins généreux que ses ancêtres lorsqu'il s'agit de farfouiller dans les chairs de ses victimes. Outre la présence de Becca, épouse de Karsh (interprété donc par Vincent Cassel) et première des trois personnalités féminines à être incarnées à l'écran par Diane Kruger et à apparaître victime d'un cancer et de monstrueuses cicatrices, c'est bien le corps allongé de l'épouse du héros enfermée dans un linceul six pieds sous terre qui dérange. Sans avoir malgré tout osé exposer un corps luisant de putréfaction, c'est bien la simple évocation des corps livrés à la vue de leurs proches dans un cimetière d'un nouveau genre qui se trouve alors projeté au cœur de la polémique. À cela, et donc aux technologies directement liées au concept, David Cronenberg ajoute un gloubiboulga d'idées contemporaines et parfois fumeuses dont les centres d'activité sont l'ingérence de certains pays, les nouvelles technologies, tout ceci manié de façon à créer un climat de paranoïa qui malheureusement a beaucoup de mal à convaincre (voir Invasion of the Body Snatchers de Philip Kaufman qui en 1978 et dans un autre ordre d'idées était beaucoup plus significatif en la matière). En employant Vincent Cassel dans le rôle principal, David Cronenberg ne semble pas cacher sa volonté de se projeter lui-même à l'image. La ressemblance entre les deux hommes étant parfois relativement étourdissante. D'une complexité qui en refroidira sans doute plus d'un, The Shrouds n'est cependant pas un cas unique dans la carrière de son auteur. Avant lui, David Cronenberg avait déjà notamment osé l'impensable : adapter à l'écran l'inadaptable Naked Lunch de l'écrivain américain William S. Burroughs. Comme souvent chez des auteurs tels que David Cronenberg ou David Lynch, c'est au spectateur de se faire sa propre analyse du sujet, quitte à passer à côté de l'expérience visée au profit d'une autre, beaucoup plus personnelle. Notons la présence au générique du fidèle compositeur et chef-d'orchestre canadien Howard Shore qui signe ici une partition musicale absolument remarquable en ce sens où elle prend immédiatement aux tripes et au cerveau. Des nappes synthétiques véritablement envoûtantes, glaçantes mais dont la qualité ne parvient malheureusement pas à faire du dernier effort du cinéaste l'un de ses meilleurs films...

 

lundi 26 septembre 2022

The Infernal Machine d'Andrew Hunt (2022) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

L'aventure The Infernal Machine démarre par un aveu : une confusion directement liée à l'affiche. L'impression qu'Arnold Schwarzenegger y trône alors que la vérité est plus simple que cela : Lorsque Guy Pearce planque son visage sous une importante chevelure et une épaisse barbe, il devient difficile de distinguer les deux hommes. Le second long-métrage du réalisateur Andrew Hunt est un thriller qui sort des sentiers battus. C'est d'ailleurs très loin de la ville que son héros s'est implanté. Un écrivain, auteur il y a vingt ans en arrière d'un unique roman qui fit polémique après que l'un de ses lecteurs ai décidé de perpétrer un carnage en commettant un meurtre de masse. Ce qui ressemble tout d'abord aussi bien à une retraite qu'un besoin de se faire oublier (le bonhomme a depuis changé d'identité) va pourtant par la suite ressembler au produit d'un brainstorming entre le Stephen King de Vue imprenable sur jardin secret et de La part des ténèbres et le Scott Kosar de The Machinist (Brad Anderson, 2005). Deux auteurs qui auraient émis l'idée de reprendre leur propres travaux pour les mixer avec celui de Yann Gozlan et Guillaume Lemans effectué sur Un homme idéal qui lui est sorti en 2015. L'on comprend alors assez rapidement qu'on parle dans The Infernal Machine de littérature et de cette obsession que génèrent parfois certains auteurs ou certains écrits. La musique et le métier d'acteur n'étant pas l'apanage des aficionados en mal de reconnaissance personnelle qui aimeraient ressembler à leurs idoles, ici, Bruce Cogburn (Guy Pearce, donc) va avoir à faire avec ce que l'on pourrait tout d'abord imaginer comme un fan qui cycliquement (c'est à dire, tous les jours sans interruptions) va harceler le romancier. Un écrivain qui d'ailleurs a perdu de sa superbe et a choisi de se vêtir façon redneck pour mieux se fondre dans le décor et ainsi se faire oublier...


Mais c'était sans compter sur le diabolique scénario écrit par le réalisateur lui-même et inspiré par le podcast de Louis Kornfeld produit par Jonathan Mitchell. Une histoire totalement folle qui pourrait bien faire perdre la tête à certains spectateurs, comme semble s'égarer l'esprit du héros. On conseillera d'ailleurs à l'éventuelle partie de l'audience qui serait atteinte de pollakiurie d'aller se vider la vessie jusqu'à la dernière goutte avant de se plonger corps et âme dans ce récit parfois alambiqué dont il ne faudra pas rater la moindre phrase. Frisant les deux heures, The Infernal Machine passe à une vitesse telle que le film semble ne pas dépasser les quatre-vingt ou quatre-vingt-dix minutes. Autant dire que l'on n'a pas vraiment le temps de se tourner les pouces ou de consulter les réseaux sociaux sur son téléphone. Guy Pearce interprète de manière convaincante un ancien écrivain défait. Physiquement, s'entend. Psychologiquement, ça n'est pas mieux : Vivant loin de toute civilisation (la première cabine téléphonique est à vingt minutes en voiture), Bruce Cogburn surveille en permanence le manège des rares voitures qui passent à proximité de sa demeure. Nous remarquerons d'ailleurs que les rares occasions de voir les roues d'une voiture soulever la poussière sont généralement des symptômes inquiétants...


Moite, l'ambiance ne rivalise tout de même pas avec les auréoles de sueur du génial Apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia de Sam Peckinpah mais se montre plus proche de certains univers chers aux frères Joel et Ethan Coen (Blood Simple ou No Country for Old Men). Mais ici, pas de tueur à gage. Nous aurions presque envie de cataloguer le long-métrage d'Andrew Hunt comme une version désertique et ''sous-traitée'' (!?!) du génial L'antre de la folie de John Carpenter. Car de folie, semble-t-il, il est question. Certaines séquences font si bien perdre au spectateur son sens de l'orientation qu'on ne sait plus vraiment dans quel type d'univers les personnages sont plongés. Un amalgame, sans doute, entre thriller, drame et... peut-être... fantastique ? Allez savoir ce qu'il se trame derrière ce récit dont il vaudrait mieux taire les véritables implications. [Spoil] : Sachons tout de même que certaines d'entre elles impliquent le dédoublement de personnalité, le vol d'ouvrage et peut-être même celui de l'identité. The Infernal Machine évoque en outre le phénomène d'identification des personnages de fiction dans le monde réel et quelques ''infractions'' parcourant ce dernier comme ces séquences qui se répètent notamment en boucle lorsque le héros rencontre une énigmatique jeune femme dans un restaurant. The Infernal Machine est une bonne surprise même si le final laisse quelque peu à désirer. En outre l'on devine malheureusement assez rapidement la plupart de ce qui se trame derrière cette affaire de roman et d'écrivain maudit ainsi que de harcèlement...

 

lundi 5 juillet 2021

The Seventh Day de Justin P. Lange (2021) - ★★☆☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Mouarf ! Me suis fais avoir comme un bleu-bite, un bitau comme nous surnommaient les anciens de l'armée de l'air, il y a presque trente ans. Ouais, par ce site que je ne connaissais ni d'Eve ni d'Adam et que je ne risque pas de revisiter les dix ou quinze prochaines années à venir. J'étais parti sur un autre objectif mais tenté par la promesse d'un ''film d'horreur avec des exorcistes faisant un carton en France'', j'm'étais dis, pourquoi pas ? Bon, apparemment il aurait peut-être fallut parcourir davantage que l'énoncé de l'article pour constater que son auteur fut sans doute plongé dans un coma profond et durable l'année de sortie de L'exorciste de William Friedkin en France. Parce qu'évoquer The Seventh Day et son ''petit côté original'' provenant du fait que le démon du film va devoir affronter des hommes d'église, c'est faire abstraction des pères Lankester Merrin et Damien Karras (respectivement interprétés par Max Von Sydow et Jason Miller) qui bien avant eux s'attaquèrent au démon Pazuzu. Ensuite, l'affiche. Ouais, bon, je sais que les qualités d'un film ne s'évaluent pas forcément par rapport à ce grand bout de papier glacé trônant sur l'entablement des salles de cinéma, mais là, on a tout de même le droit de faire la tête. Une vraie gueule de téléfilm cette affiche là et un slogan ultra balisé : ''God Help Us''. Pas de quoi réveiller un mort..... plutôt de quoi faire rire le Diable et ses hordes de suppôts. En tête d'affiche de ce long-métrage signé par Justin P. Lange, le second après The Dark en 2018, les acteurs Guy Pearce (Memento de Christopher Nolan, La Route de John Hillcoat, Brimstone de par Martin Koolhoven) et Stephen Lang (Avatar de James Cameron, Don't Breathe de Fede Alvarez et la série Terra Nova), ainsi que le mexicain Vadhir Derbez, sans doute plus connu dans son pays qu'aux États-Unis ou chez nous...


Rares auront été les films à faire autant l'unanimité. The Seventh Day fait partie de ceux-là. Mais de quoi s'agit-il ? C'est triste à dire mais l’œuvre de Justin P. Lange est de ces engeances tellement imbuvables qu'en extraire la moindre trace d'intérêt révèle de l'exploit. Le réalisateur signe tout simplement l'un des pires longs-métrages sur le sujet. Concernant l'originalité présumée tout d'abord. Le personnage du père Daniel n'est qu'une resucée sans saveur du père Damien Karras du film de William Friedkin. Un débutant en matière d'exorcisme que va devoir accepter de former bien malgré lui un père Peter au charisme d’huître. Quant à afficher l'acteur Stephen Lang au milieu de l'affiche, entre les deux autres interprètes, même si légèrement en retrait, cela ne peut être dû qu'à un désir de promotion tant sa présence s'avère anecdotique. Ennuyeux et ne renouvelant jamais le concept, il arrive que l'on ferme les yeux de sommeil façon ''clipping'' (je m'endors, je me réveille, je m'endors, je me réveille, je m'endors, je me réveille, etc...) avec cette forte impression que d'autres longs-métrages ont pris le relais entre chaque coupure. Mais non... Pourtant, à chaque évolution du récit l'on a le sentiment d'un tout autre récit. Comme lorsque cette vieille dame qui offre ses services pour une œuvre de charité à l'attention des sans-abris se retrouve possédée et éructe à la manière d'une infectée...


Puis le récit se focalise ensuite sur le cas du jeune Charlie (interprété par l'acteur Brady Jenness), jeune victime d'un démon que le père Peter connaît bien pour l'avoir ''rencontré'' vingt-cinq ans plus tôt lors d'un exorcisme qui s'est terminé dans de tragiques circonstances. Sauf que, ben, vu que c'est le premier jour de formation du débutant Daniel, ben va falloir que ce dernier se démerde tout seul pendant que son ''éducateur'' le regardera agir comme un professeur écoute l'étudiant qu'il vient de faire venir au tableau ! Tellement peu crédible qu'il est quasiment impossible de se retenir de sourire. Tout comme lors de cette séquence durant laquelle on assiste à un flash-back lors duquel le père Peter reste prostré alors qu'une jeune victime est en train de cramer sur son lit. Autant dire qu'en cas de possession, on ira consulter un autre exorciste que lui. Le scénario de Justin P. Lange est laborieux et le déroulement léthargique. La faute à trop de dialogues et pas assez de séquences visuellement saisissantes. Et dire que L'exorciste a été réalisé voilà presque cinquante ans et que The Seventh Day n'arrive même pas à le faire oublier à aucun moment. Justin P. Lange sème une petite graine qui pousse malheureusement tellement vite que la surprise qu'il tente grossièrement d'amener au terme d'une histoire ultra-convenue se voit à des kilomètres de distance. À fuir...

 

mercredi 16 octobre 2019

Domino de Brian De Palma (2019) - ★★★★☆☆☆☆☆☆



Brian De Palma, ce fut d'abord Sisters en 1973, Phantom of the Paradise l'année suivante. Puis Obsession en 1976, Carrie la même année puis Pulsions en 1980, Blow Out en 1981, Scarface en 1983, Body Double en 1984 ou encore L'Esprit de Caïn en 1992. Quelques exemples d'une filmographie exemplaire entachée dès l'arrivée des années 2000 et du ''correct'' Mission to Mars. Puis des mauvais Femme Fatale en 2002, The Black Dahlia en 2006 ou encore Passion en 2012 qui demeurait jusqu'à maintenant le dernier méfait de ce très grand cinéaste pratiquement oublié du pays qui l'a vu naître mais encore heureusement adulé dans le notre. Le mérite-t-il pour autant ? À cette épineuse question à laquelle les fans absolus du cinéaste répondront sans la moindre objectivité, ''Oui'', j'aurai tendance à vouloir dire non. Parce que tous les espoirs que j'avais mis sur son dernier long-métrage sorti chez nous sans tapage et uniquement en vidéo aux États-Unis est un ''digne'' successeur de ceux qui l'ont précédé ces deux dernières décennies. Brian De Palma, qui depuis quelques années semblait s'être mis en tête de creuser sa propre tombe vient peut-être aujourd'hui d'y donner le dernier coup de pelle avant de se jeter dans son propre trou.

C'est avec un pincement au cœur teinté d'une absence totale de prudence que j'évoquerai pourtant Domino en affirmant que nous tenons là, sans doute l'un des plus mauvais films de leur auteur. Un thriller parfois si ridicule dans son interprétation, sa mise en scène et tous les artifices qui l'enrobent qu'on passe davantage de temps à dresser la liste des incohérences entre deux sourires gênés. Il faut dire qu'à sa décharge, Brian De Palma n'a pas bénéficié pour l'occasion d'un budget aussi conséquent que par le passé, lui qui a parfois été contraint d'atteindre dans une chambre d'hôtel que les caisses soient réapprovisionnées pour pouvoir poursuivre le tournage.

Domino situe son action dans un futur très proche puisque l'intrigue se déroule en 2020. c'est lors d'une banale intervention dans un conflit conjugal que le partenaire de l'inspecteur Christian Toft (mollement interprété par l'acteur danois Nikolaj Coster-Waldau) est agressé par un membre de l'ISIS (Islamic State of Iraq and Sham, connu chez nous sous le nom d'État islamique). Après une poursuite sur les toits d'un quartier de Copenhague, le criminel Ezra Tarzi (l'acteur français Eriq Ebouaney) et l'inspecteur font une chute au sol. Le premier est kidnappé par des agents de la CIA tandis que le second perd connaissance. Alors que le partenaire de l'inspecteur Christian Toft succombe à ses blessures, celui-ci jure à son épouse de tout mettre en œuvre pour remonter la trace du terroriste. Accompagné de la maîtresse de la victime, Alex, le policier se lance à la poursuite de l'assassin à travers différents états, jusqu'en Espagne où les membres d'une organisation terroriste se préparent à commettre un attentat...

Dès les premières minutes, on est saisit par la manière dont aborde le cinéaste le scénario de Petter Skavian. Domino accumule les tares comme si son auteur avait tenté de dresser la liste de tout ce qui peut nuire au bon déroulement d'une œuvre pourtant prometteuse sur le papier. Mais alors que Body Double donnait l'impression que ses personnages évoluaient perpétuellement dans des décors cinématographiques quelque peu envoûtants, ici, l'alchimie a bien du mal à fonctionner. Entre couleurs criardes piochées dans la filmographie d'un Dario Argento peu inspiré, partition musicale d'une confondante puérilité composée par un Pino Donaggio peu inspiré et interprétation monolithique manquant de charme, l'actrice néerlandaise Carice Van Houten n'arrive pas elle-même à retrouver la sensualité d'une Deborah Shelton ou d'une Melanie Griffith du chef-d’œuvre cité au dessus. Retrouvant à peine la grâce lors de l'utilisation sommaire du procédé qui le rendit célèbre, le split-Screen, Brian De Palma galère à faire évoluer ses personnages dans un contexte pourtant passionnant et qui fait partie intégrante des sujets qui depuis un certain nombre d'années émaillent l'actualité.

Bien involontairement, le réalisateur qui paraît ici bien fatigué et sans une once de génie accumule surtout les incohérences et prête davantage à sourire qu'à créer un réel climat d'insécurité. En effet, le spectateur aura l'occasion de grimacer devant cette léthargique et improbable poursuite sur les toits de Copenhague, de rire face à l'immobilisme de cette starlette exhibée devant une nuée de journalistes demeurant inertes devant une terroriste tirant dans la foule, ou encore d'être dépité au moment du final tant attendu lors duquel Brian De Palma sort la carte maîtresse du film, nimbé par le seul instant d'héroïsme écrit par le compositeur italien en forme de boléro arabisant. Domino se conclut aussi légèrement qu'il ouvrait les hostilités et l'on a surtout l'impression d'avoir assisté à un long épisode de série télé policière plutôt qu'au retour en grandes pompes de l'un des maîtres du suspens. Une grosse déception...

mardi 7 août 2018

Lock Out de James Mather (II), Stephen St. Leger



Luc Besson, cinéaste, producteur et scénariste. Casquettes multiples pour un artiste français très productif. Peut-être un peu trop d'ailleurs car à trop vouloir en faire, forcément, on produit parfois quelques gros nanars friqués. Dont fait partie ce Lock Out de James Mather et Stephen St. Leger auquel le réalisateur français a participé en tant que scénariste et producteur. On reconnaît là, la patte de l'auteur de Valérian et la Cité des mille planètes, du producteur de Taken et du scénariste des différents volets de la saga Le transporteur. Lock Out n'étant pas un long-métrage à haute valeur philosophique, on assiste médusés à une accumulation d'événements propres à tous ces films d'action testostéronés, sévèrement burnés, et bas du front dont un certain public est très friand. Le plus drôle dans ce récit tournant autour d'un ex agent de la CIA infiltré dans une prison spatiale afin d'en extraire la fille du président des États-Unis prise au piège entre les murs de l'édifice lors d'une mutinerie, c'est lorsque l'on apprend que Luc Besson est à l'origine de cette histoire alors même que les premières minutes laissent entrevoir ce qu'est en réalité le film de James Mather et Stephen St. Leger : un plagiat éhonté d'un film qui LUI, peut se targuer d'être un vrai classique du film d'anticipation. Le New York 1997 que le cinéaste américain John Carpenter signa plus de trente ans auparavant.

Lock Out se révèle ainsi fort dérangeant. En dessous de tout en matière d'écriture, le film reprend les grandes lignes du film qu'il ose plagier sans vergogne. Si dans le classique de John Carpenter l'île de Manhattan était transformée en une prison à ciel ouvert concentrant les pires des criminels, cette fois-ci, le pénitencier se situe dans l'espace, à l'intérieur d'un établissement connu sous le nom de MS One. Dans New York 1997, l'avion du président des États-Unis d'Amérique s'écrasait au beau milieu de Manhattan. Ayant survécu au crash, les autorités bien décidées à récupérer sain et sauf le premier homme du pays y envoyaient le repris de justice Snake Plissken (l'excellent Kurt Russel). Lock Out, lui, propose exactement le même scénario en envoyant l'ex-agent de la CIA Marion Snow (incarné par l'acteur australien Guy Pierce) sauver la vie de la fille du président des États-Unis. Si Luc Besson et les réalisateurs de ce film de science-fiction et d'action tentèrent de leurrer le public, c'était dès le départ, peine perdue.

John Carpenter lui-même ne s'est pas laissé aveuglé par l'univers bourrin et faussement spectaculaire du film incriminé puisqu'il se plaignit des similitudes qu'entretiennent les deux longs-métrages, gagnant ainsi son procès en repartant avec la somme de 100 000 euros de dédommagements. Somme à laquelle on peut ajouter les peines à l'encontre de Luc Besson qui devait alors verser 365 000 euros supplémentaires pour les différents ayants-droits de l’œuvre originale...

Au delà de cette sordide histoire dont Luc besson et le film ne sont pas ressortis grandis, Lock Out est un défouloir pour amateurs de films d'action bourrins. Les interprètes en font des tonnes avec en chef de file, un Guy Pearce qui cabotine sans cesse. A ses côtés, on retrouve l'actrice Maggie Grace, surtout connue chez nous pour avoir été l'héroïne de la saga Taken (laquelle n'a cessé de perdre en qualité au fil des épisodes), ainsi que Peter Stormare, Joseph Gilgun (dans le rôle éminemment déjanté du prisonnier Hydell), ou encore Lennie James que l'on a appris à aimer dans le rôle de Morgan Jones de l'excellente série The Walking Dead. Concernant le scénario, outre le vol qualifié à l’œuvre immortelle de John Carpenter, inutile d'y desceller la moindre étincelle de génie. C'est bête, méchant, et surtout, l'ensemble manque de réflexion et de profondeur. Mais comme le but recherché est ailleurs, on n'en voudra pas au film et à ses auteurs d'avoir signé une un long-métrage aussi crétin. Quant aux effets-spéciaux, datant tout de même de 2012, ils font en général parfois peine à voir, surtout si l'on considère qu'en la matière, le septième art est capable de nous en livrer de qualité autrement plus appréciable. Si vous faites partie de ces personnes capables de passer d'un David Lynch à un nanar en débranchant votre cerveau, Lock Out est peut-être alors pour vous, ainsi que pour les purs amateurs d'action...

mardi 20 septembre 2016

Equals de Drake Doremus (2015)



Le monde de Equals proscrit toute forme de sentiments. Contrairement à The Lobster du grec Yorgos Lanthimos dans lequel être célibataire est synonyme de sentence, l'amour entre deux êtres y est formellement interdit. Éprouver des sentiments envers un autre individu ou toute autre forme d'affection est considéré comme une maladie. Le S.O.S ou, Syndrome d'Ouverture Sensitive. Chaque individu vit selon des règles strict. Les contacts physiques sont interdits et chacun cherche à découvrir des vérités dont les origines leur semblent provenir d'un lointain espace. Mais alors qu'un jour Silas perçoit dans le comportement de la jeune Nia les signes avant coureurs du S.O.S, il commence lui-même à ressentir des troubles étranges. Peu à peu, elle et lui vont se rapprocher l'un de l'autre. Cachés dans les toilettes de l'organisation à laquelle ils collaborent, il commencent d'abord par s'effleurer. Puis ils s'embrassent. Et parce qu'ils tombent follement amoureux l'un de l'autre, ils finissent par s'aimer physiquement.
Il existe cependant un médicament permettant d'annihiler toute forme de sentiments. Mais ses effets sont temporaires. La recherche médicale est cependant en train de mettre tout en œuvre pour créer un remède qui effacera définitivement ceux-ci. Nia et Silas n'ont pourtant pas l'intention de rejeter les liens affectifs qui les unissent et décident de rejoindre un groupe de clandestins dont les membres sont eux-mêmes atteints du S.O.S...

Le récit de Equals du cinéaste Drake Doremus est une dystopie. Soit une contre-utopie dans un monde effaçant toute forme de sentiments. Cette absence de ressenti est également représentée par un design général en monochromes. Des décors minimalistes magnifiques qui projettent l'état d'esprit et la volonté de ceux qui y vivent vers cet extérieur verdoyant et si peu accessible qui entoure la cité. L'idée n'est pourtant pas toute neuve, car des récits d'anticipation dans lesquels sont plongés des individus auxquels ont tente de faire croire que la vie rêvée est celle qu'on leur impose n'est pas récente. De L’Age de Cristal où l'existence est réglée de telle manière que chaque personne meurt lors d'une cérémonie lorsque sonne sa trentième année, jusqu'à The Lobster, sorti l'année dernière, où l'on est un hors la loi condamné à vivre dans la clandestinité lorsque l'on a choisi de demeurer célibataire, le sujet est relativement encombré.

Le rythme impulsé par le cinéaste est du même ordre que le récit et l'environnement. Tout s'y déroule en apesanteur, et pourtant, le spectateur ne peut y montrer le moindre signe d'ennui tant cette histoire d'amour que vont vivre Nia et Silas est touchante. Eux dont on a formaté dès cinq ans le cerveau, comme l'ensemble de la population, afin qu'ils ne puissent ressentir aucune forme d'émotion, vont connaître leurs premiers émois amoureux. Touchants comme deux individus qui découvrent « l'autre » par le toucher pour la première fois de leur existence. Ce que l'on pourra reprocher à Equals, c'est le manque d'explication concernant les fondamentaux ayant un jour poussé l'humanité à avoir recours à de telles pratiques que l'annihilation des émotions. L'ambiance du film est soutenue par de magnifiques éclairages et la très belle partition musicale du compositeur Sascha Ring. Equals est une très belle surprise, magnifiquement interprétée par ses deux principaux protagonistes...


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