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mercredi 28 mai 2025

Until Dawn de David F. Sandberg (2025) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Il y a quelques semaines, un collègue de travail affirmait mordicus que Sinners de Ryan Coogler était sans conteste LE film d'horreur de cette année 2025. Après révision (soit un peu trop tardivement puisque j'eus entre-temps l'occasion de le découvrir), il revint sur son affirmation en précisant qu'il avait sans doute quelque peu exagéré son propos. ''Quelque peu'', ouais...! Une œuvre sympathique, certes, dotée de quelques passages forts intéressants, il est vrai, mais finalement très en dessous des quelques références auxquelles son auteur semblait s'être accroché. Paf ! Voilà que plusieurs semaines plus tard, ce même collègue de travail m'affirme cette fois-ci qu'il a tout récemment découvert un excellent film d'horreur. Sans toutefois avoir cette fois-ci l'outrecuidance de me faire croire qu'aucun des longs-métrages horrifiques à venir ne pourra l'égaler. Bon ! J'veux bien lui donner une seconde chance à ce petit jeune qui me paraît finalement bien fragile psychologiquement pour avoir été aussi sensible devant des œuvres qui ne méritent pas tant d'éloges. Until Dawn (sous-titré La mort sans fin en France) du réalisateur, scénariste et producteur américain David F. Sandberg est donc ce nouvel objet que révère pour le moment ce vaillant gaillard qui chaque fois qu'un film d'horreur, fantastique ou d'épouvante passe dans son cinéma de quartier se déplace pour y ressentir quelques doux frissons ! Rendu célèbre grâce à son très remarqué et très efficace court-métrage Lights Out en 2013 auquel il donna une pénible et beaucoup trop longue version cinématographique trois ans plus tard, David F. Sandberg a notamment signé en 2017, Annabelle 2 : La Création du mal avant de revenir cette année avec un projet pas tout à fait personnel puisque le scénario a été confié à Blair Butler et Gary Dauberman sur la base de leur propre histoire. Until Dawn ressemble à du Fan Service sinuant dans les travées du cinéma d'horreur et d'épouvante estampillés années 70/80/90. Du fantastique également, genre avec lequel le film semble être le plus en accord. En effet, sous ses airs de Slasher dénué de toute originalité, le long-métrage s'inscrit tout d'abord dans la mode des adaptations sur grand écran de concept initialement conçus pour l'univers vidéoludique. Car Until Dawn, c'est à l'origine un jeu vidéo d'origine britannique conçu par le studio de développement Supermassive Games basé à Guildforde, en Angleterre.


Véritable hommage au genre Slasher largement mieux apprécié au cinéma que dans les salons dotés de consoles de jeux, c'est donc désormais au septième art de rendre son tribut au jeu en l'adaptant dans les salles obscures. Pourtant, Until Dawn ne s'arrête pas précisément sur ce seul sous-genre du cinéma d'épouvante et d'horreur. Le long-métrage de David F. Sandberg ne se conçoit ainsi que dans la forme que prennent certaines morts quand d'autres font strictement appel à des phénomènes d'ordre surnaturels. Constitués essentiellement d'un groupe de cinq jeunes adultes, les héros du récit se retrouvent ainsi tous ensemble piégés dans une demeure entourée par un mur d'eau que l'on croit deviner infranchissable. Dès lors, ils vont connaître une mort affreuse durant les trente premières minutes du récit. Allez, clap de fin, on remballe tout.................. ! Sauf que l'un des tout premiers phénomènes surnaturels en question va se produire tout juste après que la dernière victime ait rendu son dernier souffle. Alors qu'un sablier trônant dans la salle principale de la demeure enclenche un système d'horlogerie, Clover, Max, Megan, Nina et Abel reviennent à la vie. Les uns et les autres ont conservé certains stigmates de leur agression et vont désormais devoir survivre à cette nuit de cauchemar qui les verra mourir à de nombreuses reprises et sous diverses formes..... Voilà l'essentiel de ce qu'il faut retenir du scénario. Un script tellement généreux, tellement ambitieux diront certains, qu'il s'emmêle les pinceaux à trop vouloir rajouter des sous-intrigues à un récit jusque là plutôt limpide (Clover et ses amis sont venus là pour retrouver sa sœur Melanie disparue quelques temps auparavant). Scénaristiquement parlant, Until Dawn est donc effectivement plutôt brouillon. Un étalage d'idées et de concepts qui auraient dû donner du peps au récit et pourtant, le film se vautre dans des redites qui rendent le déroulement de l'intrigue assez pénible à suivre. Entre des ventres mous, une complexification inutile mais des meurtres en pagaille dont des explosions carrément jouissives, le film se permet d'investir dans un référencement cinéphilique plutôt amusant. C'est ainsi que certains spectateurs retrouveront sans doute quelques références à des œuvres telles que Triangle de Christopher Smith, Evil Dead de Sam Raimi, It Follows de David Robert Mitchell ou encore Tourist Trap de David Schmoeller. Entre Slasher, boucle temporelle (du pauvre), fantastique, gore tandis que certains plans sont imbibés de Found Footage un peu à la manière des terrifiants plans terminaux de [•REC] de Paco Plaza et Jaume Balagueró. Évidemment, chacun y trouvera ses propres modèles. À noter la présence de l'acteur Peter Stormare dans le rôle du Dr. Hill. Au final, Until Dawn est bien trop long (plus de cent minutes), assez mal fagoté malgré quelques péripéties intéressantes. Bref, vite vu, vite oublié...

 

jeudi 31 octobre 2024

Kill"em All 2 de Valeri Milev (2024) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Kill'en All, à l'origine, est un excellent album signé de groupe de hard rock, Metallica. Malheureusement, c'est d'un tout autre produit qu'il s'agit d'écrire ici... Kill'em All 2 de Valeri Milev est tel que l'on peut l'imaginer, une belle grosse purge comme le cinéma d'action américain en génère par paquets de dix chaque année. Le genre de produit formaté pour être directement vendu à des plate-formes de streaming pour une poignée de dollars. Confiés à des cinéastes sans réel talent, qui font mu-muse avec des drones histoire de donner un peu d'ampleur à certains plans d'ensemble mais qui lorsqu'il s'agit de mettre en scène des combats rapprochés sont incapables de nous proposer des chorégraphies à la hauteur. Ici, Philip n'est pas John Wick. Jean-Claude Van Damme n'est pas Keanu Reeves et par conséquent, Valeri Milev n'est pas Chad Stahelski. Le style visuel propre à ce genre de production est comparable au visage figé de l'une des principales interprètes du long-métrage. Dans le rôle de Vanessa, l'actrice Jacqueline Fernandez a interprété en quinze ans de carrière plus de quarante rôles au cinéma ou dans des clips. Un chiffre aussi impressionnant que le nombre d'opérations de chirurgie faciale qu'elle dû subir malgré son jeune âge (trente-neuf ans seulement). Botoxée à mort à moins que sa propension à exprimer ne serait-ce qu'une seule émotion soit incompatible avec son niveau d'interprétation, la quasi quadragénaire doit avoir l'orgueil bien moins bouffi que cette paires de joues qui lui bouffent le visage et ces lèvres qui parviendraient sans mal à déboucher des chiottes ! Ouais, je suis énervé . Parce qu'à additionner tous ces films d'actions clonés sur un même modèle pour un résultat toujours plus insipide, j'me dis que ça n'est pas des heures de vie que je perds devant ces purges, mais des mois entiers ! Filmé en gros plan et en Ultra-HD, Kill'em All 2 ne nous épargne pas la vieillesse qui ronge peu à peu le visag de Jean-Claude Van Damme.


Suant à grosses gouttes et affichant cernes et pommettes creusées, l'ancienne gloire du cinéma d'action des années quatre-vingt et quatre-vingt dix s'en vient rejoindre Bruce Willis, Steven Seagal et dans une moindre mesure Nicolas Cage dans ce grand fourre-tout du cinéma poubelle qui ne peut encore fasciner que le noyau de fans le plus dur. Philip et Vanessa vont dans cette suite de Kill'em All signé en 2017 de Peter Malota être confrontés à Vlad Petrovic (Andrei Lenart), un truand particulièrement dangereux qui veut venger la mort de son frère légitimement tué par Philip. Située en Slovénie, l'histoire n'est évidemment pour le réalisateur qu'un prétexte afin de mettre en scène un maximum de scènes d'action, de fusillades et de courses-poursuites. Mais qu'il s'agisse de l'une ou l'autre, le film de Valeri Milev est une grosse foirade. Certes l'on n'atteint pas ici ce que l'on pouvait juger de terrorisme visuel en 2014 lorsque ce tâcheron d'Olivier Megaton osa réaliser l’infâme Taken 3 mais tout de même, engager sur le tournage Jean-Claude Van Damme pour le mettre en scène lors de séquences d'art-martiaux aussi mal fichues est une véritable honte. Un problème découlant d'un autre, on comprendra que le montage ultra cut de ces dernières face aux quelques plans visuellement lisibles nous fera regretter de constater que le chorégraphe s'est contenté ici du minimum syndical. Pour un film qui repose presque essentiellement sur cette forme d'affrontement entre le ou les protagoniste(s) et le ou les méchant(s) de l'histoire, c'est un comble. Quant à la présence de Peter Stormare (Fargo des frères Coen) dans le rôle de l'agent Holman,, il y a bien longtemps que la seule évocation de son nom n'a plus rien d'excitant ! Notons également la présence de l'actrice María Conchita Alonso (Extrême préjudice de Walter Hill, Running Man de Paul Michael Glaser, Colors de Dennis Hopper, Predator 2 de Stephen Hopkins), clairement venue cachetonner au vu du rôle insipide et sans le moindre intérêt qu'elle incarne ici. Esthétiquement, Kill'em All 2 oscille entre un effet ''papier-glacé'' froid et impersonnel et des couleurs ''synthétiques''. Mal joué, la version française en rajoute une couche avec un doublage atroce dont la palme revient à l'actrice doublant Jacqueline Fernandez. Bref, Kill'en All 2 est mauvais à un point tel que l'on finit même par ne pas éprouver le moindre plaisir à y voir évoluer JCVD !

 

dimanche 4 décembre 2022

Isolerad de Johan Lundborg et Johan Storm (2010) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

S'il n'est pas tout à fait inenvisageable qu'un jour Johan Lundborg retourne à la réalisation d'un long-métrage, le suédois n'a en tous les cas rien tourné depuis ce Isolerad de 2010. Contrairement à son compatriote Johan Storm qui se manifesta en 2018 à travers le court-métrage East-West-Side Story et avec lequel il réalisa ce huis-clos sans doute pétri de maladresses mais également doté de certaines qualités. Un long-métrage que l'on rangera aux côtés de certaines œuvres paranoïaques situant leur action dans des environnements restreints. S'il n'atteint pas la qualité des chefs-d’œuvre de Roman Polanski Répulsion et Le locataire, Isolerad (bêtement mais tout de même logiquement traduit chez nous sous le titre Terreur à domicile) met en scène l'acteur Emil Johnsen dans le rôle du jeune étudiant en médecine Frank. Un type pas vraiment facile d'accès et tellement obnubilé par ses études qu'il en oublie de se sociabiliser avec les autres. Un trait de caractère qui semble spécifiquement se rattacher au futur métier du jeune homme comme en témoignent ces séquences d'autopsie montrant des étudiant impassibles devant la mort et les actes de chirurgie pratiquée sur des cadavres. Le scénario et la mise en scène de Johan Lundborg et Johan Storm instaurent un climat étrange. Presque glaçant, ponctué par la discrète partition musicale du compositeur Jukka Rintamäki. Des nappes froides, électroniques, mimant un air glacial et hivernal que n'arrange certainement pas l'appartement dans lequel vit Frank. Un environnement construit, ou du moins, filmé de telle manière que l'on a l'impression que chaque propriétaire ou locataire est isolé de ses voisins. Et à contrario, le bruit que subit le jeune étudiant de la part des voisins qui vivent au dessus de son appartement crée une proximité génératrice d'un certain malaise. Débarque alors la locataire qui vit justement à l'étage supérieur. Tout le contraire de Frank. Sociable au point ''d'envahir'' le quotidien du jeune homme, Lotte (l'actrice Ylva Gallon) pénètre son intimité, s'incruste chez lui et bouleverse ses habitudes. D'autant que la jeune femme vit avec un homme violent qu'interprète l'acteur Peter Stormare dont la présence à l'écran va s'avérer tardive. Son absence régulière du champ de la caméra participe du climat de paranoïa qu'instaure le duo de réalisateurs. Frank se retrouve alors ''piégé'' dans son propre appartement. Et ce qui pouvait apparaître comme de simples ''jeux érotiques'' entre une femme et son amant sera traduit par des actes de violence là encore produits tantôt par des éclats, tantôt par des murmures.


Isolerad traduit l'attitude d'un individu faussement marginal, évitant tout contact extérieur avec les autres étudiants, vivant quasiment reclus chez lui, le nez plongé dans l'étude d'ouvrages médicaux, mais qui par la force des choses va se retrouver contraint de venir en aide à la voisine du dessus. Et ce, avec des moyens qui ne valorisent pas le jeune homme. En effet, pour Johan Lundborg et Johan Storm, Frank n'est pas de ces êtres qui se parent des oripeaux des (supers)héros. Bien au contraire. Pleutre, fuyant devant l'adversaire, le film le met en scène dans des situations qui le montrent décampant à chaque alerte. Il est donc difficile de s'attacher à ce personnage. L'espoir de voir le héros se sociabiliser est en pure perte. Car même si la froideur du personnage laisse parfois place à ce sourire qui lui fait souvent défaut, l'arrivée de Lotte dans son existence va l'enfoncer toujours davantage dans le mutisme et l'emprisonner entre les quatre murs de son appartement. L'on regrettera le trop petit temps de présence de Peter Stormare à l'écran. Car même si les deux réalisateurs jouent justement, et tout d'abord, sur l'absence d'identité précise du compagnon violent afin d'accentuer le climat de terreur que dégage en théorie l'intrigue, c'est au moment de sa découverte et donc de son apparition à l'image que l'on regrette de ne pas l'avoir ''rencontré'' plus tôt. Maladroit sous ses airs de petite série B un peu fauchée, Isolerad possède les traits de caractère de toute petite production ambitieuse coincée par un budget restreint. Mais en même temps, la ''rusticité'' des décors, la mise en scène parfois grossière et la lente montée d'adrénaline participent de ce malaise véritablement prégnant que se dégage de ce drame social et clinique se muant dans son dernier acte en thriller hitchcockien plus ou moins crédible. L'on notera un maniérisme dans l'accomplissement de certaines séquences. Les habitudes quotidiennes filmées à la manière des prises de drogue du chef-d’œuvre de Darren Aronofsky Requiem for a Dream (tout comparaison s'arrêtant là). Bancal mais généreux, Isolerad reste une curiosité nordique pour amateurs de huis-clos paranoïaques...

 

lundi 12 novembre 2018

Small Apartment de Jonas Åkerlund (2012) - ★★★★★★★☆☆☆



Du cinéaste suédois Jonas Åkerlund, je n'avais découvert jusqu'à maintenant que son premier long-métrage Spun signé en 2002. Film qui ne m'avait pas laissé un souvenir impérissable, tout comme ceux qu'il réalisa dans les années qui suivirent (dont deux documentaires consacrés à Madonna) n'allaient guère arranger les choses. C'est donc sans même me douter qu'il se cachait derrière la réalisation du film dont il s'agit ici que j'ai découvert Small Apartments, son cinquième et, à l'heure actuelle, avant, avant dernier long-métrage. Jonas Åkerlund a gagné en maturité et cela se ressent dans sa mise en scène. Le cinéaste y rend un vibrant hommage aux marginaux qui peuplent l'Amérique mais qui dans le contexte de Small Apartments, se concentrent dans un périmètre réduit. Quatre appartements, et une épicerie. Le héros de cette histoire pour le moins hors du commun se nomme Franklin Franklin. Frère d'un Bernard enfermé dans un institut psychiatrique, le jeune homme n'a pas d'amis à part son frère donc, qui lui envoie chaque jour une enveloppe contenant une k7 audio et des rognures d'ongles, et son chien, qui porte le même prénom que son frère. En dehors de ces deux là, l'univers de Franklin se cantonne autour de sa boisson favorite, un soda à base de cola, et du cadavre de son propriétaire qui trône depuis deux jours dans l'unique pièce que constitue son minuscule appartement. Fasciné par la Suisse et détenteur d'un cor dont le son énerve son voisin MR. Allspice, Franklin cherche un moyen de se débarrasser du cadavre de Mr. Olivetti sans éveiller les soupçons...

Je n'en dirai pas plus même si révéler la suite du récit ne pourrait avoir de fâcheuses conséquences sur la suite des événements. Car plus que l'aspect thriller que revêt la présence d'un cadavre gênant dans l'appartement du héros magistralement incarné par Matt Lucas, le suédois crée une sorte d'alchimie qui fonctionne à merveille entre les différents protagonistes. De Franklin qui passe ses journées en slip, à boire sa boisson préférée, et ses soirées à reluquer les jolies voisines d'en face, en passant par Tommy Balls (excellent Johnny Knoxville), fumeur de marijuana et employé d'une petite épicerie de quartier, jusqu'au flic Burt Walnut interprété par Billy Crystal, chargé d'enquêter sur la mort de Mr. Olivetti, l'intégralité des personnages vogue dans un univers discordant. Des marginaux auxquels le cinéaste rend grâce de la plus émouvante des manières.

Sous ses allures d’œuvre indépendante Small Apartments est un grand film. Une comédie comme le cinéma américain n'a pas tant que cela coutume d'en présenter à un public gavé de films aux propos souvent vulgaires et sexistes. On croirait presque le film être d'origine britannique. Ce sens si particulier d'aborder l'humour qui n'appartient qu'aux anglais. Jonas Åkerlund s'offre un casting royal. Des acteurs qui à l'occasion du tournage acceptent d'abandonner leur rôle habituel de dur à cuir pour nous offrir quelques moments de frissons en battant le chaud et le froid. Drôle, mais aussi émouvant, le cinéaste passe de l'un à l'autre en changeant de ton à l'envi. L'absurdité d'un Matt Lucas se promenant en slip, une perruque ridicule sur la tête, peut être très rapidement contrecarrée par un incident dont la violence inattendue peut laisser le spectateur groggy durant un court instant. Jonas Åkerlund joue au yoyo avec son récit et prend un malin plaisir à transporter le spectateur dans une voie parfois inattendue elle aussi. Entre le surréalisme de certains décors (le superbe travail effectué sur les appartements de Tommy Balls et de Mr. Allspice) et le réalisme cru de certaines scènes (Franklin sévèrement battu par deux voyous), fait vaciller le spectateur entre rires et pincements au cœur. Outre les acteurs déjà cités plus haut, on retrouve à l'image James Caan dans le rôle émouvant du voisin le plus proche de Franklin, Peter Stormare dans l'une des compositions les plus 'absurdes' de sa carrière (il incarne en effet le cadavre de Mr. Olivetti), la jolie et très sexy Juno Temple dans le rôle de Simone, la voisine d'en face, ou encore Dolph Lundgren dans l'irrésistible rôle du Dr. Dage Mennox. Une belle réussite accompagnée par l'excellente partition musicale du musicien suédois Per Gessle...

mardi 7 août 2018

Lock Out de James Mather (II), Stephen St. Leger



Luc Besson, cinéaste, producteur et scénariste. Casquettes multiples pour un artiste français très productif. Peut-être un peu trop d'ailleurs car à trop vouloir en faire, forcément, on produit parfois quelques gros nanars friqués. Dont fait partie ce Lock Out de James Mather et Stephen St. Leger auquel le réalisateur français a participé en tant que scénariste et producteur. On reconnaît là, la patte de l'auteur de Valérian et la Cité des mille planètes, du producteur de Taken et du scénariste des différents volets de la saga Le transporteur. Lock Out n'étant pas un long-métrage à haute valeur philosophique, on assiste médusés à une accumulation d'événements propres à tous ces films d'action testostéronés, sévèrement burnés, et bas du front dont un certain public est très friand. Le plus drôle dans ce récit tournant autour d'un ex agent de la CIA infiltré dans une prison spatiale afin d'en extraire la fille du président des États-Unis prise au piège entre les murs de l'édifice lors d'une mutinerie, c'est lorsque l'on apprend que Luc Besson est à l'origine de cette histoire alors même que les premières minutes laissent entrevoir ce qu'est en réalité le film de James Mather et Stephen St. Leger : un plagiat éhonté d'un film qui LUI, peut se targuer d'être un vrai classique du film d'anticipation. Le New York 1997 que le cinéaste américain John Carpenter signa plus de trente ans auparavant.

Lock Out se révèle ainsi fort dérangeant. En dessous de tout en matière d'écriture, le film reprend les grandes lignes du film qu'il ose plagier sans vergogne. Si dans le classique de John Carpenter l'île de Manhattan était transformée en une prison à ciel ouvert concentrant les pires des criminels, cette fois-ci, le pénitencier se situe dans l'espace, à l'intérieur d'un établissement connu sous le nom de MS One. Dans New York 1997, l'avion du président des États-Unis d'Amérique s'écrasait au beau milieu de Manhattan. Ayant survécu au crash, les autorités bien décidées à récupérer sain et sauf le premier homme du pays y envoyaient le repris de justice Snake Plissken (l'excellent Kurt Russel). Lock Out, lui, propose exactement le même scénario en envoyant l'ex-agent de la CIA Marion Snow (incarné par l'acteur australien Guy Pierce) sauver la vie de la fille du président des États-Unis. Si Luc Besson et les réalisateurs de ce film de science-fiction et d'action tentèrent de leurrer le public, c'était dès le départ, peine perdue.

John Carpenter lui-même ne s'est pas laissé aveuglé par l'univers bourrin et faussement spectaculaire du film incriminé puisqu'il se plaignit des similitudes qu'entretiennent les deux longs-métrages, gagnant ainsi son procès en repartant avec la somme de 100 000 euros de dédommagements. Somme à laquelle on peut ajouter les peines à l'encontre de Luc Besson qui devait alors verser 365 000 euros supplémentaires pour les différents ayants-droits de l’œuvre originale...

Au delà de cette sordide histoire dont Luc besson et le film ne sont pas ressortis grandis, Lock Out est un défouloir pour amateurs de films d'action bourrins. Les interprètes en font des tonnes avec en chef de file, un Guy Pearce qui cabotine sans cesse. A ses côtés, on retrouve l'actrice Maggie Grace, surtout connue chez nous pour avoir été l'héroïne de la saga Taken (laquelle n'a cessé de perdre en qualité au fil des épisodes), ainsi que Peter Stormare, Joseph Gilgun (dans le rôle éminemment déjanté du prisonnier Hydell), ou encore Lennie James que l'on a appris à aimer dans le rôle de Morgan Jones de l'excellente série The Walking Dead. Concernant le scénario, outre le vol qualifié à l’œuvre immortelle de John Carpenter, inutile d'y desceller la moindre étincelle de génie. C'est bête, méchant, et surtout, l'ensemble manque de réflexion et de profondeur. Mais comme le but recherché est ailleurs, on n'en voudra pas au film et à ses auteurs d'avoir signé une un long-métrage aussi crétin. Quant aux effets-spéciaux, datant tout de même de 2012, ils font en général parfois peine à voir, surtout si l'on considère qu'en la matière, le septième art est capable de nous en livrer de qualité autrement plus appréciable. Si vous faites partie de ces personnes capables de passer d'un David Lynch à un nanar en débranchant votre cerveau, Lock Out est peut-être alors pour vous, ainsi que pour les purs amateurs d'action...

samedi 10 mars 2018

Sélection de 3 films à voir, à revoir... ou à éviter (3)

Elizabeth débarque d'Angleterre sur une île après un long voyage alors que son père vient de mourir. Celui-ci finançait un couvent peuplé de religieuses aux coutumes étranges. La jeune femme, seule héritière, se rend donc un soir jusqu'au couvent afin d'y constater l'intérêt de continuer à financer les activités de ses habitantes. Là, Elizabeth est accueillie par Sarah, une jeune nonne qui se charge de son intégration. Après avoir fait la connaissance de la mère supérieure, la nouvelle arrivante est démunie de tous ses biens et doit se plier aux règles du couvent. Bientôt, Elizabeth est assaillie par de terribles cauchemars. En enquêtant sur la disparition de sa sœur qui depuis de nombreuses années avait intégré les lieux, la jeune femme découvre que les pensionnaires du couvent entreprennent d'étranges rituels dans les catacombes de la bâtisse... Sortant presque de nulle part, Dark Waters du napolitain Mariano Baino (à ne pas confondre avec le chef-d’œuvre de la J-Horror, le Dark water du japonais Hideo Nakata) est une œuvre fantastique à plus d'un titre. Non seulement il explore les arcanes de la démonologie d'une manière assez particulière, ses nonnes priant non plus la trinité formée par le Père, le fils et le saint-esprit, mais le malin lui-même, mais de plus, il offre à l'amateur de 'diableries' une expérience hors du commun. Une recette de cuisine constituée de différents éléments pris ça et là à quelques fameux longs-métrages sur la question du Diable. The Devils de Ken Russel pour le comportement erratique (hérétique ?) des nonnes, L’Au-Delà de Lucio Fulci pour l'eau suintant aussi couramment que dans le classique de cet autre cinéaste italien. L’Au-Delà encore, mais également aussi La Maison aux Fenêtres qui Rient pour leurs peintres respectif, visionnaire en Diable et véritables écorchés vifs. L'ambiance de Dark waters est délétère, froide, et humide. Éclairés par des centaines de bougies, les décors monstrueux contrastent avec la beauté diaphane de l'actrice principale.
Mariano Baino projette son héroïne dans une intrigue fantasmagorique intense, constituée d'un lot important de visions cauchemardesques avec en toile de fond, la recherche d'identité. A l'origine, le cinéaste italien avait prévu de tourner le film en Angleterre, mais après que le producteur russe Victor Zuev ait découvert le court-métrage Caruncula de ce même Mariano Baino, il lui proposa de tourner finalement son film en Ukraine... Outre ce seul long-métrage réalisé en 1993, le cinéaste italien est l'auteur de trois courts-métrages réunit en 2014 dans un DVD par le studio The Ecstasy of Films, et dont j'espère pouvoir faire la chronique dans les jours à venir...
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On ne quitte pas vraiment le Mal avec le second film abordé dans cet article puisque A Martfűi Rém (connu à l'internationale sous le titre Strangled) du cinéaste hongrois Árpád Sopsits s'inspire des exactions du tueur en série hongrois Péter Kovács, lequel sévit au milieu des années soixante. Accusé d'avoir tué quatre femmes et d'avoir raté deux autre meurtres (on suppose cependant qu'il a fait beaucoup plus de victimes), il fut condamné à mort. Si A Martfűi Rém ne suit pas consciencieusement la réalité des faits, il met cependant à jour les failles des autorités du pays ainsi que l'erreur judiciaire dont fut victime un certain János Kirják, accusé d'avoir tué la première victime de Péter Kovács puis condamné à la prison à perpétuité. Il fut libéré après onze années de détention. D'une durée d'environ deux heures, le film de Árpád Sopsits tente de relater les faits tels qu'ils se sont produits à l'époque. Si la première heure demeure d'une facture plutôt classique, le rythme s'accélère passée celle-ci. On passe de l'enquête, à la découverte du tueur qui sous les traits d'un époux apparemment insoupçonnable, tue femme après femme sans distinction d'âge. Le cinéaste a tendance à en montrer beaucoup, et même parfois trop, rendant ainsi certains passages particulièrement dérangeants. Le point culminant survient lorsque le tueur s'en prend cette fois-ci à une fillette, passant ainsi du tueur psychopathe et nécrophile (le serial killer a en effet l'habitude d'avoir des rapports sexuels post-mortem), au pédophile. Árpád Sopsits ne recule devant presque rien pour nous décrire son tueur comme un être terriblement déviant, obsédé par le sexe, manipulateur, allant toujours plus loin dans l'horreur (il ira jusqu'à découper les seins de l'une de ses victimes). Le portrait est assez juste et certaines scènes se révèlent inconfortables. Comme le seront certains passages consacrés à l'homme injustement enfermé en prison à sa place et montrant l'écrasante machine judiciaire (intimidations, tortures physiques et mentales). A Martfűi Rém commence donc comme un petit thriller peu avenant et surtout insignifiant en regard de la pléthore d’œuvres du même genre mais il parvient à mi-course à se détacher de la concurrence pour offrir une intrigue fort passionnante. Un long-métrage plus proche de certaines œuvres scandinave que du cinéma américain...
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Troisième long-métrage à être abordé dans cet article, Bad Milo, écrit (en compagnie de Benjamin Hayes) et réalisé par le cinéaste américain Jacob Vaughan. Une œuvre directement inspirée par toute une vague de longs-métrages sortis dans les années quatre-vingt dont le culte et underground Basket Case de Frank Henenlotter. Impossible en effet de passer outre la comparaison entre les deux frangins de ce dernier et les rapports qu'entretiennent Duncan et le parasite qui vit dans ses entrailles et sort afin de tuer et de festoyer sur le cadavre de quelques individus. Traité à la manière d'une comédie trash, le film de Jacob Vaughan est délicieusement irrévérencieux et octroie une large place aux propos scatologiques. Car si Duane Bradley, le héros de Basket Case trimballait avec lui son monstrueux frères siamois dans un panier en osier à travers les rues malfamées des pires quartiers de New-York, Duane, lui, transporte directement Milo à l'intérieur de ses intestins. Ce qui nous vaut quelques fumantes scènes aux toilettes, pas toujours très raffinées mais relativement drôles. Interprété par l'acteur Ken Marino, le personnage de Duncan (que l'on comparera lui aussi directement à celui de Basket Case puisque dès la première scène, la tenue vestimentaire du personnage renvoie inévitablement à celle du héros créé trente et un ans auparavant par Frank Henenlotter) consulte un psychiatre incarné de manière tout à fait inattendue par l'acteur suédois Peter Stormare que l'on avait plutôt l'habitude de voir chez Lars von Trier, Steven Spielberg, Terry Gilliam ou encore Wim Wenders.
L'une des bonnes idées de Bad Milo est surtout d'avoir opté pour une créature en animatronique plutôt qu'en CGI. Les rapports entre la bestiole et son hôte demeurent donc beaucoup plus charnels que si elle n'était constituée que de millions de pixels. Autre œuvre ayant apparemment inspiré Jacob Vaughan : The Brood (chez nous, Chromosome 3) de David Cronenberg. Alors que dans ce dernier un psychiatre était à l'origine d'une thérapie à base de 'psychoprotoplasmes' permettant à l'un de ses patients d'extérioriser ses troubles comportementaux sous la forme de bébés monstrueux, l'expulsion de Milo des entrailles de Duncan semble se produire chaque fois que son hôte est irrité. Outre une dentition qui lui donne un air particulièrement peu engageant, la créature sait parfois se montrer attendrissante. Une sorte de E.T, l'Extra-Terrestre se muant en I.I, l'Intra-Intestinal. Bad Milo est bête et méchant, drôle et réjouissant. Une comédie horrifique fraîche qui rappellera de bons souvenirs aux quadra-quinquagénaires amateurs de films d'horreur des années quatre-vingt...
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samedi 19 août 2017

Cycle les Frères Coen: Fargo de Joel et Ethan Coen (1996) ★★★★★★★★☆☆



Dès les premiers instants, on en prend plein la tête. Non pas que cette neige qui ne restera pas longtemps immaculée et sur laquelle roule une voiture tractant une remorque ait un effet particulier sur le spectateur, mais une fois encore, Joel et Ethan Coen ont eu l'excellente idée de faire appel au compositeur Carter Burwell. Une entrée en matière musicalement flamboyante pour un long-métrage qui marquera durablement les esprits de ceux qui le découvrirent d'abord dans les salles de cinéma dès sa sortie aux États-Unis le 8 mars 1996 et le 4 septembre de la même années dans notre pays. Fargo. Du nom d'une grande ville du Dakota du nord. C'est ici que va bientôt s'installer l'intrigue du sixième long-métrage des frères Coen. Deux magiciens du septième art qui depuis quelques années nous offrent un cinéma d'une exceptionnelle qualité. Tant dans l'interprétation, la mise en scène, et l'écriture que dans sa régularité. Autant dire que les fans du duo attendent avec passion chacune de leurs œuvres. Mais peut-être aussi quelque part, une certaine inquiétude. Parviendront-ils toujours à maintenir le niveau de qualité auquel ils nous ont désormais habitués ?

Nous sommes en 1996 et la réputation des cinéastes n'est plus à faire. Mariée à Joel Coen depuis plus de douze ans, l'actrice Frances McDormand se voir offrir le rôle d'une femme flic enceinte de sept mois. Une femme douce, aimante, et originaire du Minnesota. Un challenge pour l'actrice qui doit travailler son texte en employant l'accent de la région. Une persévérance qui lui vaudra d'obtenir le Golden Globe de la meilleure actrice dans une comédie, ainsi que le BATFA dans la même catégorie. On retrouve l'acteur Steve Buscemi, un habitué de l'univers des Coen depuis Miller's Crossing. Son regard étrange lui rapportera le Satellite Award du meilleur acteur dans un second rôle. William H. Macy aura eu raison d'insister auprès des frères Coen pour obtenir le rôle Jerry Lundegaard. Il lui vaudra l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle. Pour la meilleure photographie, Roger Deakins obtiendra même l'Oscar et le BATFA. Un film couronné d'un très beau succès critique donc. Une œuvre qui allie avec tout le savoir faire de Joel et Ethan Coen, humour et thriller. Que ses auteurs promettent être inspiré d'un authentique fait-divers. Pourtant, inutile de fouiller la toile pour trouver une quelconque source d'information concernant ce dernier puisqu'en réalité, et une fois encore, le scénario est le fruit de l'imagination des deux frères.

Une curieuse aventure en réalité puisque le quotidien un peu morne d'une policière pas tout à fait sur le point d'accoucher va bientôt être bousculé par une affaire de triple meurtre particulièrement sordide. Fargo pourrait ne se résumer qu'à une simple histoire de kidnapping qui tourne mal mais avec les Frères Coen, mieux vaut s'attendre à ce que le récit soit émaillé de quelques scènes superficielles (j'entends par là, n'ayant aucun rapport possible avec l'intrigue principale) forçant le trait de ses personnages. Car en réalité, que peut avoir comme intérêt d'assister au dialogue étrange que partage Frances McDormand avec un vieil ami sur le point de craquer ? L'humour, simplement, l'humour. Celui de Joel et Ethan Coen qui, quoi qu'il puisse arriver à ses héros, quel que puisse être leur rôle dans toute cette histoire, ne peuvent s'empêcher de nous arracher un sourire.
Et puis, comme toujours, il y a ces personnages barrés. A la limite de la rupture, et dont l'acteur suédois Peter Stormare n'est pas des moindre. Pas vraiment une gueule d'ange, mais qui depuis Fargo, a vu ses rôles se multiplier comme des petits pains. Le film se termine comme il a débuté. De manière simple. Sans fioritures inutiles. Toujours sous les magnifiques cordes de Carter Burwell. Fargo empiète les plates-bandes du premier long-métrage des frères Coen. La vision lumineuse, éclairée, et enneigée de leur superbe Blood Simple. Presque tout aussi pessimiste et pourtant, certainement plus « familial » qu'à l'aube d'une carrière qui continue de construire la légende de cinéastes de génie. Joel et Ethan aurait pu là, cesser leur ascension, mais c'était sans compter sur ce qui allait bientôt débarquer dans les salles de cinéma. Dès 1998. Dès The Big Lebowski, LE film servant pour beaucoup de référence lorsque est évoqué le duo...

samedi 29 juillet 2017

Rupture de Steven Shainberg (2016) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Wouaw ! Un synopsis d'enfer, Noomi Rapace en vedette ! Et Steven Soderbergh à la réalisation. Ah non, merde. Erreur de ma part. En fait, si le coupable de cette tragédie (dans tous les sens du terme) se prénomme bien Steven lui aussi, son nom à lui est Shainberg, pas Soderbergh. Si le lapsus a fait effet durant une poignée de secondes, découvrir Rupture fut à n'en point douter une manière assez violente de constater que les deux cinéastes n'ont aucun, mais alors, vraiment aucun point commun si ce n'est leurs origines américaines. Je brosse me direz-vous ? Je vous répondrai : MIEUX ! Je brasse... de l'air. Pour mieux faire durer le suspens. Sinon, pour avoir quelques chose à écrire sur une œuvre qui ne mérite certainement pas que l'on se penche trop sur son contenu. Car le film de Shainberg est une navrante copie. De tout un tas de longs-métrages. De Body Snatchers d'Abel Ferrara tout en passant en revue tous les cas d'abductions présentés aux cinéma. Voilà, l'info est lâchée. Les spoilers se sont enfuis et parcourent désormais librement cet article qui, je l'espère, saura vous raisonner bien avant que vous ayez eu la malchance d'obtenir une copie numérique de ce petit film aux prétentions surévaluées.
Noomi Rapace a beau être une excellente actrice, son interprétation ne nous aura pas épargné le désagrément d'assister à une œuvre dont l'accroche ne demeure finalement que de la poudre aux yeux. Car sur l'écran, le résultat de l'adaptation de ce qui était à l'origine un scénario inspiré par le cinéaste lui-même et écrit par Brian Nelson laisse le spectateur indécis. Comme il n'est pas coutume de le faire dans ce genre d'intervention, je commencerai par la fin, qui pour moi laisse une large place à l'interrogation. L'amour plus fort que... l'instinct primitif du gène ? Ou bien erreur flagrante commise par un cinéaste qui s'est endormi sur son propre script ? La question étant posée, j'ai presque envie d'y répondre alors même que j'ai la certitude qu'elle mêle en une seule réponse, les deux interrogations. En bref, Steven Shainberg semble avoir fait le pari de conserver les émotions chez une femme qui pourtant devrait en être dénuée. N'en avons-nous d'ailleurs pas eu la preuve lors d'une scène prodigieusement ratée durant laquelle sa transformation physique prouvait définitivement son asservissement à l'espèce responsable de son abduction ?

A part cela, le film dresse en accéléré le portrait d'une famille éclatée. Quelques minutes seulement et donc insuffisantes pour s'attacher aux personnages. Noomi rapace en mère de famille désabusée lorsqu'elle est enlevée par une étrange organisation qui la bâillonne et l'enferme à l'arrière d'un semi-remorque. De longues heures de route sans qu'elle ne sache à aucun moment où ses kidnappeurs l'emportent. Résultat : la belle échoue dans un étrange bâtiment plongé dans une lumière perpétuellement glauque. Un univers très 'hostelien' où l'on s'attend à voir défiler de vieux pervers ivres de pouvoir exercer sur la jeune femme leurs fantasmes de bouchers ou de chirurgiens déchus. Pourtant, rien de cela. Ou pas vraiment, en tout cas. Non, rien que des individus louches que l'héroïne comprend être en mesure de la faire passer vers un état supérieur de conscience. Elle n'est pas seule à souffrir de l'absence d'information. Mais en mère courageuse désirant revoir son enfant, elle va user de son savoir-faire ( et du cutter qu'elle cache dans l'une de ses chaussettes) pour fuir le cauchemar dans lequel elle est tombée...

Voilà pour l'histoire. Passionnante, me direz-vous ? Et bien non. Car le film s'enferme dans un huis-clos (genre au demeurant excellent) beaucoup trop lent et pesant. On finit par bailler au cornet devant le calvaire (c'est un comble) du personnage incarné par Noomi Rapace. Sa solitude nous renvoie à la notre et génère un sentiment d'abandon excessif (la jeune femme ne pouvant compter sur personne pour s'en sortir) et parfaitement insupportable. C'est bien simple : j'ai eu, à plusieurs reprises, l'impression de me retrouver enfermé dans la chambre d'un ancien camarade qui un jour avait tenté d'explorer mon intimité... si vous voyez ce que je veux dire. Le genre de sentiment qui vous donne le tournis et vous laisse à penser que la situation est inextricable. Rupture provoque lui-même ce genre de sentiment. Mais alors que l'on rêve à du spectacle, on se retrouve devant une œuvre portée sur la torpeur de son personnage et rien d'autre. Un film, au final, terriblement triste. A ne conseiller qu'aux dépressifs qui ne voudraient surtout pas manquer leur suicide... !!!

mardi 29 novembre 2016

Dark Summer de Paul Solet (2015)



Daniel, un jeune adolescent, se retrouve contraint de rester seul enfermé dans la maison familiale pendant que sa mère est en voyage. Restreint par les autorités après qu'il ait été reconnu coupable d'avoir violé l'intimité d'une certaine Mona Wilson, jeune adolescente elle aussi, Daniel peut tout de même compter sur ses deux seuls vrais amis. Abby, qui est secrètement amoureuse de lui, et Kevin, son pote "black". Surveillé de très près par l'agent Stokes, Daniel n'a pas le droit d'aller au delà des frontières que représente le trottoir qui jouxte le jardin.
Enfermé et seul, ses amis lui permettent par des moyens détournés d'aller sur internet. Mais alors qu'il tombe sur une demande de discussion de la part de sa victime Mona Wilson, il hésite avant d'y répondre et finit par craquer. Mais ce qui l'attend va le bouleverser. La jeune femme s'adresse à lui par webcam interposée avant de se suicider en direct d'un coup de revolver sous le menton.

Dès lors, de curieux événements se produisent à l'intérieur de la demeure. Et même ses amis, qui selon son témoignage doutent de lui finissent par être les témoins d'effrayants phénomènes : Daniel en est certain : c'est Mona qui agit. Elle veut se venger. Les trois amis ne se laissent pas impressionner et s'épaulent afin d'éclaircir ce mystère...

Paul Solet est d'abord connu pour avoir réalisé Grace il y a quelques temps, film qui fut primé au festival du film fantastique de Gerardmer. Dark Summer est donc sa nouvelle œuvre. Encore une histoire de fantôme, mais qui sort un peu du lot. Pour commencer, le rythme des actions et des personnages (et ici, en l'occurrence, surtout celui campé par le jeune Keir Gilchrist) est assez particulier. La caméra divague parfois, comme si le personnage de Daniel voguait sur un bateau plongé dans une mer houleuse. Comme s'il était drogué ou pris de boisson. Il y a quelque chose d'assez curieux également dans les rapports qu'entretiennent le hacker et son amie Abby (Stella Maeve). Une emprise émouvante et innocente de Daniel pour sa jeune amie, tout en étant un peu morbide, à l'image de ces stars que certains idéalisent à outrance. Et pourtant, peut-être seul le personnage de Abby est-il en mesure de comprendre ce qui a pu pousser Daniel à espionner sa voisine. Kevin Maestro Harrel), lui, est nettement plus en retrait. Sorte de soupape dans le trio que forment les trois adolescents, sa présence a pourtant quelque chose de rassurant. Contrairement à Mona (Grace Phipp) qui choisi les forces du mal comme compagnons de jeu.

Malheureusement, les apparitions de la jeune femme tombent presque toutes à l'eau. On ne ressent en effet jamais le grand frisson, et c'est bien dommage pour un tel film. On remarquera l'étonnante présence de Peter Stormare (Fargo) en flic un peu décalé mais finalement plutôt réconfortant. On appréciera Dark Summer surtout pour le passage qui montre le adolescents en apprentis détectives. Dans ces moments là, le film nous fait regretter qu'il n'y ait pas davantage de tension durant tout le reste de l’œuvre que lors de la visite de la maison de Mona Wilson.

Le film de Paul Solet demeure un bon divertissement, agréable à suivre et sans prise de tête. C'est tout...
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