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dimanche 2 mars 2025

Enfant 44 de Daniel Espinosa (2015) - ★★★★★★☆☆☆☆



Enfant 44, c'est d'abord un ouvrage. Celui de l'écrivain Tom Rob Smith qui avec ce premier roman connaît un succès retentissant auprès du public et de la critique. C'est ensuite son adaptation sur grand écran par le cinéaste suédois Daniel Espinosa, lequel signera deux ans plus tard en 2017 le sous-alien Life : Origine Inconnue. C'est enfin actuellement, l'une des dernières adaptations (juste avant L'Impossible Définition du Mal de Maud Tabachnick en 2017) d'un fait divers sordide et authentique survenu entre le 22 décembre 1976 et le tout début des années quatre-vingt dix. L'un des plus brillants exercices en la matière demeure encore le Citizen X que réalisa en 1995 le cinéaste Chris Gerolmo. Si pour les profanes, Enfant 44 s'apparente à une mise en abyme du système mis en place durant des décennies en Union Soviétique doublé d'une intéressante enquête policière, pour les autres, l’œuvre de de Daniel Espinosa ressemblera davantage à une simple mise à jour du propos évoqué à l'origine par Robert Cullen dans l'ouvrage qu'il a consacré au tueur en série Andreï Tchikatilo, L'Ogre de Rostov. Mieux vaut d'ailleurs ne pas avoir déjà vu le long-métrage de Chris Gerolmo car même si Enfant 44 demeure effectivement un film plutôt réussi dans l'ensemble, on est quand même loin d'atteindre la qualité du film réalisé vingt ans auparavant.

Mais tout n'étant qu'une histoire de goût et certains préférant peut-être assister à l'adaptation du fait divers à travers l'interprétation du duo formé par Tom Hardy et Gary Oldman (sans oublier l'actrice Noomi Rapace dans le rôle de Raïssa) qu'à travers celle de l'excellent duo formé par Stephen Rea et Donald Sutherland en 1995, chacun y trouvera son compte.

Enfant 44 s'attaque tout d'abord à l'effarant témoignage d'une Union Soviétique refusant l'hypothèse qu'un tueur en série puisse roder dans un pays dirigé d'une main de fer par l'un des plus grands dictateurs anticommunistes au monde, Joseph Staline. Un détail qui explique alors pourquoi les autorités auront mis quinze ans pour arrêter Andreï Tchikatilo, membre du Parti s'étant servi du système afin de tuer en toute impunité une cinquantaine d'enfants dont il avoua avoir dévoré certaines parties du corps. Si Daniel Espinosa a choisi de conserver le nom réel de l'homme qui enquêta puis mis fin aux agissements de l'Ogre de Rostov (l'agent Leo Demidov du Comité pour la Sécurité de l'État, soit le KGB), il décide par contre de ne pas conserver celui du tueur (ici, l'acteur Paddy Constantine incarne le personnage de Vladimir Malevich) alors même que le film retrace avec un certain respect de la réalité, la méthodologie du tueur et de l'enquêteur ainsi que les lieux.

Le film, notamment tourné à Pragues, à Kladno et à Ostrava, respecte d'une certaine manière le climat opaque d'une Union Soviétique exécutant à tours de bras les traîtres de la nation. Même si la réalisation demeure parfois quelconque, le réalisateur parvient à retranscrire l'ambiance de paranoïa qui régnait alors à Moscou et dans les faubourgs alentours. L'interprétation est juste, avec un duo Hardy-Rapace convainquant. Quant à Gary Oldman, eu égard à son immense talent, l'acteur britannique me semble malheureusement sous-exploité et n'arrive jamais à se hisser à la hauteur de l'excellent Donald Sutherland dans Citizen X. Chez nous, les spectateurs retiendront la présence d'un Vincent Cassel en Major Kuzmin plutôt insignifiant vu le tableau de chasse de cet excellent acteur français. Au final, Enfant 44 est une adaptation sympathique d'un fait diver authentique abominable dont ont fait les frais plusieurs dizaines d'enfants, mais parfaitement inutile alors que tout semblait avoir été abordé dans l'excellent film de Chris Gerolmo...

mercredi 13 juillet 2022

You Won't Be Alone de Goran Stolevski (2022) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Aborder You Won't Be Alone, le premier long-métrage du réalisateur d'origine australienne Goran Stolevski, n'est pas chose aisée. Ce qui par contre apparaît comme une évidence, c'est que l'expérience sera particulièrement enrichissante. La seule présence de l'actrice suédoise Noomi Rapace suffisant à convaincre n'importe quel réfractaire que l'aventure vaut sans doute le détour. Habituée à faire des choix souvent judicieux, la voici parcourant les terres austères et montagneuses de la Macédoine du dix-neuvième siècle. C'est là qu'interviendra plus tard la star mondiale. Mais avant elle, la macédonienne Sara Klimoska aura eu le temps d’envoûter les images, le récit, ainsi que les spectateurs. Âgée de vingt-huit ans au moment du tournage, elle en paraît presque dix ou quinze de moins. Sauvée par sa génitrice des griffes d'une sorcière venue prendre possession de son butin à sa naissance, Nevena n'a jusqu'à maintenant connu du monde que les murs de l'immense grotte à l'intérieur de laquelle elle est cachée depuis seize années. Mais alors qu'il y a très longtemps sa mère avait promis à la sorcière d'offrir sa fille contre autant d'années à pouvoir l'élever, le jour fatidique où cette vieille femme au visage brûlé devait réapparaître est maintenant venu. You Won't Be Alone tient presque du miracle tant la fragilité du projet tient dans son approche que d'aucun considérera peut-être d'hermétique. Il faut dire que Goran Stolevski ne nous facilite pas la tâche en exploitant une idée au départ séduisante sous un angle poético-allégorique qu'il faudra faire l'effort d'intégrer dans les premiers instants si l'on ne veut pas être ensuite irrémédiablement perdus. Prenant son temps, ne brusquant jamais ses personnages, l'australien entreprend un curieux voyage initiatique touchant de prêt la jeune héroïne qui va se voir affublée de facultés aussi étranges qu'inquiétantes. En effet, et c'est peut-être là le seul élément qui manque à la pleine compréhension de ce qui se trame derrière les origines de cette créature aussi curieuse que sauvage. S'il demeure parfois difficile d'évaluer ce qui se cache réellement derrière cette gamine que l'on sait muette mais qui aux yeux de ceux qu'elle va côtoyer apparaîtra demeurée, la lecture des propos qu'elle tient en voix-off deviennent, au fil du temps, étonnamment limpides. Au point que l'imagerie dont elle est pourvue pour décrire ce qui pour elle est encore du domaine de l'inconnu sera pour le spectateur l'occasion d'entendre ''chanter'' des lignes de dialogues parfois très poétiques...


Imaginez The Hidden de Jack Sholder, sans musique tonitruante, sans les artères bruyantes de Los Angeles, sans armes ni violence volontaire, tourné en Macédoine, dans des champs de blé, au rythme des moissons. Ceci est très vaguement ce à quoi pourrait éventuellement faire penser You Won't Be Alone. Sauf que le film ne se résume pas à cela et qu'au-delà des immenses qualités du film qui quarante-cinq auparavant remporta le grand prix au Festival d'Avoriaz, celui de Goran Stolevski est d'une très grande profondeur et semble d'abord porter son sujet sur l'initiation de la jeune Nevena. Son apprentissage de la vie. Auprès des femmes, mais aussi des hommes. Avec sa maladresse mais un profond besoin de savoir, de connaître la nature humaine. Tout ce que rejette finalement celle qui l'a initiée au goût du sang. Cette vieille sorcière au faciès horriblement brûlé, pendant féminin du célèbre Freddy Krugger... Le réalisateur australien nous plonge dans une ère et une ambiance que n'aurait sans doute pas renié le français Daniel Vigne qui en 1982 signait le chef-d'oeuvre Le retour de Martin Guerre avec Gérard Depardieu, Nathalie Baye, Maurice Barrier ou encore Bernard-Pierre Donnadieu... Même austérité, même contrôle de l'homme sur la femme même si dans le cas de You Won't Be Alone, le curseur de la virilité, de la misogynie et du machisme semble être poussé dans ses derniers retranchements. Il n'y a pas véritablement de héros ou de personnage principal puisque le concept du long-métrage de Goran Stolevski veut qu'une vedette en chasse une autre. On passe donc de Sara Klimoska à Carloto Cotta en passant, bien sûr, par Noomi Rapace. Et comme dans le classique de Jack Sholder dans lequel on identifiait l'hôte d'un simple tic de langue, ici, chaque incarnation revêt la fragilité intellectuelle de ceux qui sont affligés par la présence en leur sein de la bête ! Au sens propre comme au figuré, You Won't Be Alone est une œuvre absolument remarquable qui bouscule les conventions des genres horrifique et fantastique (ce qu'il n'est d'ailleurs que dans de raisonnables proportions). Se dégage alors une ambiance paysanne, mystérieuse et presque ésotérique appuyée par la très belle partition musicale signée de Mark Bradshaw. Un conseil, ne passez surtout pas à côté, vous le regretteriez amèrement...

 

samedi 7 mai 2022

The Lamb de Valdimar Jóhannsson (2021) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Dans un coin reculé de la féerique Islande vivent Maria et Ingvar, un couple de bergers qui élèvent seuls un troupeau de moutons dont une femelle vient de mettre au monde deux petits. Lorsqu'une troisième naissance a lieu à seulement quelques jours d'intervalle, ils découvrent l'apparence de ce nouveau venu avec stupéfaction et décident de l'isoler du troupeau et de sa mère en l'installant dans leur propre demeure. Si The Lamb est forcément un sujet de curiosité, c'est pour plusieurs raisons. Sa thématique, ses environnements, ses interprètes et l'aura générale que dégage ce tout premier long-métrage réalisé par l'islandais Valdimar Jóhannsson. Mais si l'on creuse en profondeur, que l'on cherche un sens à l'arrivée au monde de cette créature qui pourrait être le signe d'un mauvais présage, l'on considérera sa présence comme un miracle. Plutôt que d'aider le spectateur à décoder chaque séquence à travers des tunnels de dialogues, le réalisateur préfère laisser le concept faire son petit bonhomme de chemin dans la tête du cinéphile qui aura eu le ''courage'' et le tempérament d'accepter le rythme très particulier du long-métrage. C'est un fait, mais Maria et Ingvar n'ont pas d'enfants. N'en n'ont-ils jamais désiré ou ont-ils toujours espéré être parents sans jamais avoir été exaucés ? Si l'on considère leur réaction face à un événement qui relève tout de même de l'extraordinaire, on peut supposer que l'arrivée de cet agneau providentiel est la réponse à une attente comme l'entrée en matière du troisième chapitre de ce film découpés en actes nous le confirmera d'ailleurs. Le doute à cette éventualité est d'ailleurs encore moins permise lorsque Maria poursuit son projet d'élever l'agneau désigné sous le prénom d'Ada en lieu et place de sa mère naturelle. Soyons clairs sur le sujet : la créature en question, si elle possède bien une tête et un membre avant-droit d'agneau, dispose en revanche sur tout le reste du corps, celui d'un enfant. Une particularité qui donne un sens à l'existence de Maria et Ingvar, vouant leur vie à l'élevage de moutons et qui à travers ce nouvel être qui est mis entre leurs mains, symbolise cette quasi symbiose entre l'homme et l'animal...


The Lamb est pénétré par une atmosphère absolument renversante. Bien qu'inquiétante, la brume permanente qui rend les matinées et les soirées si froides à force de refuser au soleil de réchauffer la plaine ne parvient jamais vraiment à effacer la majestuosité des environnements. Filmé au nord du pays dans une authentique ferme islandaise, le film de Valdimar Jóhannsson est en outre parcouru par la sublime partition musicale du compositeur islandais Tóti Guðnason. L'actrice islandaise Noomi Rapace interprète Maria et parcourt l’œuvre de son charme tout scandinave. Accompagnée principalement par l'acteur islandais Hilmir Snær Guðnason qui de son côté incarne son époux Ingvar, le couple participe de cette fascination évanescente qui offre au long-métrage son aura mystique. Pourtant, si l'on creuse une nouvelle fois pour aller chercher des réponses un peu plus en profondeur, on se rend bien vite compte que ce qui fait l'originalité de The Lamb est justement cette créature... ''transgenre'' puisque au delà de sa seule apparence, le récit aborde surtout des thème relativement classiques comme le sujet de l'amour dévorant pour une mère envers ''son'' enfant. Avec, bien entendu, tout ce que cela induit comme conséquences plus ou moins agréables. Se pose tout de même la question de la conscience qui chez ce petit être qui parfois fait sourire sans moquerie s'avère relativement compliquée à définir. Traitée comme n'importe quel enfant de son âge (Ada semble par contre grandir plus rapidement que de coutume), la fillette est au centre de quelques séquences plutôt amusantes, notamment lorsqu'elle porte sur le dos un gros pull à col jaune surmonté d'une salopette de travail ! Sobre et pudique, The Lamb ne se fait pas l'apanage de violences trop démonstratives même si ces dernières sourdent face aux éventuelles menaces extérieures. Une très belle expérience...

 

mercredi 12 janvier 2022

The Trip de Tommy Wirkola (2021) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Mis à disposition des abonnés de canal+ et disponible au prix de 9.99€ sur le service VOD, The Trip du réalisateur norvégien Tommy Wirkola est ce que l'on pourrait communément appeler de put%#@ de film ! Rares sont en réalité les occasions de prendre un tel pied devant un long-métrage alors, pourquoi s'en priver ? Si le pitch confirme d'emblée que l'on peut remiser ses neurones à la cave durant les cent-quatorze minutes que dure le film, il n'y a absolument pas de honte à avouer que le plaisir régressif est ici parvenu à son comble. Rare aura également été un titre évoquant de si près le contenu d'une œuvre. Car oui, The Trip, quelle que soit sa traduction ou sa signification première est bien de ces aventures totalement jouissives qui ne laissent aucun instant de répit s'installer et s'avère dénué du moindre ventre mou. Sur un scénario co-écrit par le réalisateur et les scénaristes Nick Ball et John Niven, on imagine sans mal le plaisir qu'ont dû prendre l'équipe technique et les interprètes durant le tournage de cette petite bombe mêlant sans complexes comédie, thriller et gore. Si le concept n'est pas neuf et laisse craindre une certaine redite, que l'hypothétique public à venir (en clair, ceux qui ne se sont pas encore rués dessus) ne se formalise surtout pas de la minceur du synopsis puisque l'intérêt du long-métrage est évidemment ailleurs. Dans l'incarnation de ces cinq interprètes (auxquels l'on ajoutera en fin de parcours le père de l'un d'eux en la personne de l'acteur norvégien Nils Ole Oftebro) qui nous offrent un spectacle grand-guignolesque comme on espère toujours en découvrir ne fut-ce qu'en de rares occasion chaque année. Au départ, le film jouit d'un intérêt certain au vu de ses origines scandinaves. On sait qu'en Norvège, au Danemark ou en Suède, l'assurance de passer un agréable moment de cinéma en compagnie de personnages plongés dans une intrigue où l'humour est souvent noir est déterminée par avance...


The Trip ne déroge donc pas à cette immuable règle et navigue entre tragédie, comédie et thriller. Vu la somme à débourser pour en profiter pleinement, rien n'est ici plus vrai que d'affirmer qu'on en a pour notre argent. Dommage d'ailleurs que le film ne soit pas sorti sur grand écran. L'un de ces mystères insolubles qui font parfois regretter certaines décisions. En vedette du dernier long-métrage de Tommy Wirkola, auteur notamment de Dead Snow en 2009 et de Seven Sisters en 2017, l'actrice suédoise Noomi rapace, ici en blonde comme le veut le rôle qu'à interprété dernièrement son personnage de Lisa. Elle est l'épouse du réalisateur Lars (l'acteur norvégien Aksel Hennie) avec lequel rien ne va plus. L'occasion pour le couple non pas de tenter de se rapprocher lors d'un week-end en amoureux dans le chalet du paternel de Lars, mais plutôt d'y régler définitivement les comptes entre eux. Du moins, jusqu'à ce que trois criminels, trois branquignoles, trois pieds nickelés débarquent à l'improviste (non sans frapper à la porte mais en tombant du plancher menant au grenier où ils étaient planqués jusque là !) pour remettre en questions leurs projets. Trois fugitifs du nom de Petter, Dave et Roy (respectivement interprétés par Atle Antonsen, Christian Rubeck et André Eriksen). La brute, le ''démonte-pneus'' et l'idiot de service. Trois attitudes qui participent du caractère humoristique d'une œuvre qui multipliera les changements de ton à la vitesse de l'éclair. En effet, l'on passe du rire à l'angoisse sans que l'on s'y attende toujours. The Trip qui déjà dans les premiers instants se déroulant dans le chalet promettait monts et merveille en terme d'action et de bagarre monte ensuite d'un cran et même de plusieurs jusqu'au final hautement satirique !


Nos cinq interprètes font le taf nettement au delà de nos espérances. Bien évidemment, le réalisme pionce aux vestiaires tandis que chacun se prend des coups qui en général laisseraient n'importe qui de normalement constitué sur le carreau. Le plaisir de retrouver la charmante Noomi Rapace est demeuré intact. Comme celui de découvrir quatre représentants de la gente masculine plus ou moins ''burnés''. Ce qui nous vaudra nombre d'éclats de rire et de séquences de bastons hautement réjouissantes tandis que l'une d'entre elles au moins, pourra incommoder une partie du public (l'humiliation dont fera les frais Lars). Si donc l'écriture est légère, les moyens alloués par nos personnages en parfaite forme physique remplissent sans problèmes les trous du scénario. Fun, drôle et ponctué de séquences gore, le long-métrage de Tommy Wirkola est bien le trip qu'annonce le titre. Un pur régal... !

 

dimanche 25 février 2018

Daisy Diamond de Simon Staho (2007) - ★★★★★★★★★☆



Plus on remonte dans la carrière de l'actrice suédoise, et plus l'on se rend compte de l'immense talent de Noomi Rapace. Ridley Scott lui confiera le rôle de Elizabeth Shaw dans Prometheus en 2012. Plus loin dans le passé, on l'aura découverte dans l'excellent et fantomatique Babycall du norvégien Pål Sletaune. Et même quelques années auparavant dans l'impressionnante trilogie danoise Millenium. Mais s'il demeure une interprétation plus remarquable encore que les autres, c'est le rôle qu'elle a tenu en 2007 dans l'effroyable Daisy Diamond. Une œuvre extrême réalisée par le cinéaste danois Simon Staho pour le compte duquel l'actrice s'est entièrement mise à nu. Au propre comme au figuré. Une expérience de cinéma totale. Sublime autant qu'abjecte. Une descente aux enfers sans fil d'ariane pour se raccrocher à un quelconque espoir.
Le cinéaste choisi de tourner un film aussi cru que la vie elle-même. Noomi Rapace y explose littéralement dans le rôle d'une mère de famille sans conjoint, livrée à elle seule et s'occupant d'une petite Daisy qui ne cesse de pleurer. La jeune femme tente de décrocher un rôle au cinéma mais sans jamais y parvenir. Devant les pleurs incessants de son bébé de quatre mois seulement, la jeune femme pète les plombs et se résout à une alternative qui va la mener droit en Enfer. Un cauchemar qui n'épargnera ni son personnage, ni son interprète, ni les spectateurs.

Alors que certains spectateurs calfeutreront probablement leur peur du spectacle devant un jugement hâtif dénigrant la grande cruauté dont fait preuve le cinéaste envers ses personnages, les autres y verront matière à s'extasier devant une mise en scène aussi sobre dans son approche que sont difficilement soutenables certains passages. Noomi Rapace, à poil ! Dénudée, écartelée entre l'amour que porte son personnage à son enfant et la succession de déconvenues professionnelles, le chemin est long et douloureux entre ses aspirations et la fin que lui offre l'implacable script écrit à quatre mains par le cinéaste lui-même en compagnie de Peter Asmussen. Une douloureuse expérience cinématographique qui laisse entrevoir la fin tragique de son héroïne.

Entre fiction et réalité, les scènes se succèdent, se confondent, laissent entrevoir la part de vérité qui se détache des perspectives offertes par les différents casting auxquels assiste l'héroïne. Qui mieux qu'Anna, le personnage incarné par Noomi Rapace pourrait interpréter ces rôles que l'on confiera pourtant à d'autres ? La première scène ouvrant le bal des horreurs est significative et renvoie déjà, au terme du récit. Un couple. Anna et son amant. Un fix d'héroïne, un quasi-viol, et les pleurs d'un enfant. On croit à une ellipse mais le changement de cadre déclare son amour du cinéma brut. Ouf ! On respire. Tout n'était qu'un jeu. Celui de deux interprètes s'offrant à deux directeurs de casting. Mais on ne le sait pas encore, cette première scène déjà jusqu’au-boutiste est une mise en bouche du calvaire que va vivre dès lors le personnage d'Anna.

Noomi Rapace... qui se rase le crâne, les aisselles, le pubis, qui hurle et pleure devant la caméra. La morve au nez, elle s'endort. Libérée... ? Les casting s'enchaînent sans qu'Anna n'obtienne aucun rôle. Et lorsqu'enfin le miracle arrive, son personnage est supprimé du script. Et toujours, Daisy qui pleure. Noomi sans maquillage. Le visage gras, boutonneux, les pores dilatés. Simon Staho n'a clairement pas l'intention de filmer l'actrice sous son meilleur jour. Du cinéma-vérité. Rapace exécute ce que peu d'actrices auraient accepté de tourner.
Daisy Diamond est glaçant, aussi douloureux qu'un uppercut, jamais emprunt de sensualité, violent dans ses propos et dans son visuel. Noomi Rapace y est tour à tour agressive, douce, maternelle, infanticide. Si son personnage stagne au premier niveau d'une carrière qui ne décollera jamais dans le circuit classique, l'actrice, en revanche, y éclate littéralement. L’œuvre de Simon Staho est certes noire et désespérée, mais à la fois belle et essentielle. Elle permet surtout de découvrir une facette de l'univers cinématographique peu courante. Déjà un classique...

samedi 27 janvier 2018

Babycall de Pål Sletaune (2011) - ★★★★★★★☆☆☆




A ce jour, Babycall est le dernier long-métrage du réalisateur, scénariste et producteur norvégien Pål Sletaune. Un fait navrant, d'autant plus que l'auteur de Next Door en 2005 signe sans doute ici son meilleur film. Sept ans donc que le cinéaste n'a plus donné signe de vie sur grand écran. Au cœur de ce long-métrage emprunt d'une profonde noirceur, une Noomi Rapace convaincante, mère d'un gamin de huit, et fuyant un ex-époux violent. C'est pour demeurer à l'abri de ce dernier qu'Anders et sa mère emménagent dans un appartement dont l'adresse est tenue secrète et n'est connue que des services sociaux. Alors que son enfant a toujours dormi avec elle de peur qu'il ne lui arrive du mal, sa mère, Anna, achète un babyphone à Anders afin qu'elle s'assure qu'il ne lui arrive rien maintenant qu'il va pouvoir intégrer sa propre chambre. La jeune femme qui vit dans la terreur de voir débarquer son ex-mari vit pratiquement recluse dans l'appartement que lui ont confié les services sociaux. Le seul écart de conduite qu'Anna s'accorde, c'est lorsqu'elle emmène Anders à l'école. C'est en allant acheter un babyphone dans un magasin d'électronique qu'elle fait la connaissance de Helge, un employé qui la conseille sur l'appareil à acheter. Dès lors, ils sympathisent. Pourtant, malgré cette fragile lumière éclairant l'existence de deux adultes tristement seuls, de curieux événements vont se produire : en effet, dès la première utilisation du babyphone, Anna y entend très clairement un homme s'en prendre à un enfant. Mais alors qu'elle court vers la chambre d'Anders, craignant que son ex-époux ait découvert l'appartement où ils vivent elle et Anders, elle constate cependant que son fils dort calmement...

Voici donc de quelle manière fort conventionnelle débute Babycall. Un long-métrage qui, s'il a bien du mal à démarrer, finit par réserver une multitude d'excellentes surprises. Au delà des thématiques ultra-rebattues de la violence conjugale, de l'isolement, de la solitude et de la ghost-story actuellement très à la mode, Pål Sletaune dirige en réalité une œuvre bien plus profonde qu'il n'y paraît. Un acte dépressif d'un peu plus d'une heure trente. Dépressif car terriblement sombre. A croire qu'autour de son héroïne, rien ne peut aller dans le sens d'une éclaircie. Même ce nouvel ami qu'incarne une fois encore Kristofer Joner (qui interprétait déjà le rôle principal dans Next Door) n'a pas les allures du héros ordinaire qui égayera l'existence d'une Noomi Rapace incroyablement convaincante.

Pål Sletaune signe une œuvre remarquable en ce sens où l'on ne sait jamais vraiment si ce à quoi l'on assiste revêt la réalité ou si certains événements ne sont que le fruit de l'imagination d'une mère terriblement attachée à son enfant. Babycall est le combat permanent d'une mère à laquelle la garde de son enfant ne semble pas avoir été définitivement confiée. A trop vouloir le protéger, Anna finit par faire parler d'elle. Tout ce qu'elle veut éviter en somme. Pire, on retrouve dans l'intrigue à l'origine du scénario écrit par Pål Sletaune lui-même, le même type d'individu ignoble que le Nils Bjurman
(Peter Andersson) de la trilogie suédoise Millénium. Et puis, il y a le personnage qu'interprète l'excellent Kristoffer Joner, et auquel le cinéaste aurait pu consacrer un peu plus de son temps. Quitte à rallonger l'expérience de quelques dizaines de minutes. Le cinéaste trouve pourtant le temps, dans ces quatre-vingt douze minutes que dure le film, de lui consacrer quelques menus passages. Comme cette terrible scène le voyant accompagner sa mère, hospitalisée, alors qu'elle est en train de rendre son dernier souffle...
Babycall se révèle au final plutôt touchant. Dans le portrait de cette mère surprotégeant son enfant, et de cet homme sacrifiant sa vie pour sa mère. Jamais larmoyant, le film de Pål Sletaune réserve de plus d'authentiques instants de tension et quelques passages dans le domaine du fantastique plutôt bien menés. On notera la très belle partition musicale du compositeur espagnol Fernando Velázquez. Pour toutes ces raisons, on comprendra que le film ait reçu le grand prix au Festival de Gérarmer en 2012 et que Noomi Rapace ait reçu celui de la meilleure actrice au Festival International du film de Rome en 2011... Presque un huit étoiles...

samedi 6 janvier 2018

What Happened to Monday de Tommy Wirkola (2017) - ★★★★★★☆☆☆☆



Le long-métrage What Happened to Monday connu chez nous sous le titre Seven Sisters pourrait se résumer en quelques mots : Curiosité, excitation, déception. Curiosité, car la thématique de la dystopie est un sujet passionnant qui a donné lieu, en de nombreuses occasions, à d'excellentes surprises. Excitation, car la présence décuplée de l'actrice suédoise Noomi Rapace, de surcroît aux côtés de Willem Dafoe et Glenn Close, est une donnée non négligeable. Déception, car davantage que l’œuvre d'anticipation profonde à laquelle le spectateur aurait pu prétendre assister, le film de Tommy Wirkola se mue en un film où l'action domine tous les autres champs d'investigation. Pourtant, tout avait débuté sous les meilleurs augures. Un casting hétéroclite, un sujet, pourtant mainte fois abordé, auquel accède le cinéaste norvégien sous un angle intéressant, et d'époustouflants effets-spéciaux numériques.
De cette œuvre de plus de cent-vingt minutes ne se détacheront finalement que les trente ou quarante premières. Celles durant lesquelles le spectateur découvre l'univers pessimiste dans lequel vit désormais l'humanité en cette année 2073. Le sujet de la surpopulation n'étant pas tout neuf, il fallait absolument élargir le thème de l'enfant unique. C'est la raison pour laquelle, Noomi Rapace ne campe non pas une, ni deux sœurs jumelles dans un monde qui n'accepte qu'un seul enfant par couple, mais sept.

Et sept, cela implique la présence de la suédoise dans la peau d'autant de personnages différents. Plus encore que les différentes apparences auxquelles a dû se plier l'actrice, c'est dans le comportement de ces sept sœurs prénommées chacune d'un jour de la semaine que la véritable performance est mise à jour. Noomi Rapace, en endossant les rôles de Lundi, Mardi, Mercredi, Jeudi, Vendredi, Samedi, et de la dernière à sortir du ventre de leur mère, Dimanche, a dû faire montre de ses talents d'interprète pour qu'à l'écran, le spectateur n'ait pas l'impression d'assister à l'incarnation d'une seule actrice mais bien de sept personnages aux forces, aux faiblesses, aux humeurs et aux sensibilités diverses. Sur ce point, le contrat est parfaitement rempli. Dans le genre, le procédé montrant un interprète unique jouer différents personnages s'entrecroisant à l'écran est une prouesse. La caractérisation des personnages, si elle n'est pas poussée dans ses derniers retranchements, est suffisamment étudiée pour que l'on parvienne à dissocier Noomi Rapace selon qu'elle interprète Lundi, Mardi, ou l'une de leurs cinq sœurs.

Lorsque survient la première et très efficace scène d'action durant laquelle les filles, vivant par elles-mêmes depuis la mort de leur grand-père (excellent Willem Dafoe), on se dit que, oui, pourquoi pas. D'autant plus qu'avec ses deux heures et un scénario qui n'a finalement pas l'air d'avoir envie de se développer au delà de l'idée toute simple de sept sœurs survivant dans un monde qui n'accepte qu'un seul enfant par foyer, le film risque de tout bonnement tourner en rond. Lorsque l'une des sœurs disparaît, on imagine alors le scénario se développer de manière intelligente. Alambiquée. Labyrinthique. Malheureusement, l'intérêt initial de cette œuvre que l'on espérait aussi riche en émotions et en interrogations que les meilleures du genre finit par se laisser aller à une accumulation de facilités. Les incarnations de Noomi Rapace tombent chacune à leur tour sur le champ de bataille. Le tout sous un amoncellement d'invraisemblances qui caractérisent et se généralisent depuis quelques années au cinéma. De menus détails (ouverture de porte par lecture d'iris générant une incohérence scénaristique, le grand méchant interprété par l'excellent Christian Rubeck survivant au souffle apocalyptique d'une explosion) qui montrent bien, pourtant, que le scénario n'est pas infaillible. Ou du moins, que ses auteurs Max Botkin et Kerry Williamson et le réalisateur Tommy Wirkola se sont contentés du minimum et ne se sont pas donné la peine d'approfondir leur sujet.

On a tout de même droit à quelques sympathiques portraits de méchants dont une Glenn Close glaçante, cachée derrière un visage botoxé aussi inexpressif qu'un masque en carton. Au casting également, l'acteur néerlandais d'origine tunisienne Marwan Kenzari, et Pål Sverre Hagen, lequel a notamment joué dans les très bons polars scandinaves Les Enquêtes du département V : Délivrance, et Kraftidioten. De par son sujet, What Happened to Monday aurait pu être une fantastique oeuvre d'anticipation. Il demeure un bon film d'action inscrit dans un univers science-fiction. On retiendra la prouesse de son interprète principale. Pour le reste, le film est un sympathique divertissement mais manquant cruellement de profondeur...

samedi 29 juillet 2017

Rupture de Steven Shainberg (2016) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Wouaw ! Un synopsis d'enfer, Noomi Rapace en vedette ! Et Steven Soderbergh à la réalisation. Ah non, merde. Erreur de ma part. En fait, si le coupable de cette tragédie (dans tous les sens du terme) se prénomme bien Steven lui aussi, son nom à lui est Shainberg, pas Soderbergh. Si le lapsus a fait effet durant une poignée de secondes, découvrir Rupture fut à n'en point douter une manière assez violente de constater que les deux cinéastes n'ont aucun, mais alors, vraiment aucun point commun si ce n'est leurs origines américaines. Je brosse me direz-vous ? Je vous répondrai : MIEUX ! Je brasse... de l'air. Pour mieux faire durer le suspens. Sinon, pour avoir quelques chose à écrire sur une œuvre qui ne mérite certainement pas que l'on se penche trop sur son contenu. Car le film de Shainberg est une navrante copie. De tout un tas de longs-métrages. De Body Snatchers d'Abel Ferrara tout en passant en revue tous les cas d'abductions présentés aux cinéma. Voilà, l'info est lâchée. Les spoilers se sont enfuis et parcourent désormais librement cet article qui, je l'espère, saura vous raisonner bien avant que vous ayez eu la malchance d'obtenir une copie numérique de ce petit film aux prétentions surévaluées.
Noomi Rapace a beau être une excellente actrice, son interprétation ne nous aura pas épargné le désagrément d'assister à une œuvre dont l'accroche ne demeure finalement que de la poudre aux yeux. Car sur l'écran, le résultat de l'adaptation de ce qui était à l'origine un scénario inspiré par le cinéaste lui-même et écrit par Brian Nelson laisse le spectateur indécis. Comme il n'est pas coutume de le faire dans ce genre d'intervention, je commencerai par la fin, qui pour moi laisse une large place à l'interrogation. L'amour plus fort que... l'instinct primitif du gène ? Ou bien erreur flagrante commise par un cinéaste qui s'est endormi sur son propre script ? La question étant posée, j'ai presque envie d'y répondre alors même que j'ai la certitude qu'elle mêle en une seule réponse, les deux interrogations. En bref, Steven Shainberg semble avoir fait le pari de conserver les émotions chez une femme qui pourtant devrait en être dénuée. N'en avons-nous d'ailleurs pas eu la preuve lors d'une scène prodigieusement ratée durant laquelle sa transformation physique prouvait définitivement son asservissement à l'espèce responsable de son abduction ?

A part cela, le film dresse en accéléré le portrait d'une famille éclatée. Quelques minutes seulement et donc insuffisantes pour s'attacher aux personnages. Noomi rapace en mère de famille désabusée lorsqu'elle est enlevée par une étrange organisation qui la bâillonne et l'enferme à l'arrière d'un semi-remorque. De longues heures de route sans qu'elle ne sache à aucun moment où ses kidnappeurs l'emportent. Résultat : la belle échoue dans un étrange bâtiment plongé dans une lumière perpétuellement glauque. Un univers très 'hostelien' où l'on s'attend à voir défiler de vieux pervers ivres de pouvoir exercer sur la jeune femme leurs fantasmes de bouchers ou de chirurgiens déchus. Pourtant, rien de cela. Ou pas vraiment, en tout cas. Non, rien que des individus louches que l'héroïne comprend être en mesure de la faire passer vers un état supérieur de conscience. Elle n'est pas seule à souffrir de l'absence d'information. Mais en mère courageuse désirant revoir son enfant, elle va user de son savoir-faire ( et du cutter qu'elle cache dans l'une de ses chaussettes) pour fuir le cauchemar dans lequel elle est tombée...

Voilà pour l'histoire. Passionnante, me direz-vous ? Et bien non. Car le film s'enferme dans un huis-clos (genre au demeurant excellent) beaucoup trop lent et pesant. On finit par bailler au cornet devant le calvaire (c'est un comble) du personnage incarné par Noomi Rapace. Sa solitude nous renvoie à la notre et génère un sentiment d'abandon excessif (la jeune femme ne pouvant compter sur personne pour s'en sortir) et parfaitement insupportable. C'est bien simple : j'ai eu, à plusieurs reprises, l'impression de me retrouver enfermé dans la chambre d'un ancien camarade qui un jour avait tenté d'explorer mon intimité... si vous voyez ce que je veux dire. Le genre de sentiment qui vous donne le tournis et vous laisse à penser que la situation est inextricable. Rupture provoque lui-même ce genre de sentiment. Mais alors que l'on rêve à du spectacle, on se retrouve devant une œuvre portée sur la torpeur de son personnage et rien d'autre. Un film, au final, terriblement triste. A ne conseiller qu'aux dépressifs qui ne voudraient surtout pas manquer leur suicide... !!!

dimanche 29 juillet 2012

Prometheus de Ridley Scott (2012)



 Attention, cet article comporte un certain nombre de spoilers !!!

Sans même avoir lu le synopsis, regardé la bande-annonce, ni même avoir lu la moindre critique positive ou négative, j'ai décidé d'aller voir le dernier film de Ridley Scott, Le géniteur des cultissimes "Alien, Le Huitième Passager" et "Blade Runner" revient donc avec un nouveau film de science-fiction. Déjà, dès les premières instants, on est soufflés par la beauté des images. Puis c'est ensuite l'histoire qui attise la curiosité. Deux archéologues explorent une grotte et tombent sur une peinture murale similaire à plusieurs autres trouvées à travers le monde et montrant un bipède de taille imposante pointer du doigt un symbole. En fait une série de planètes figurant un système solaire très éloigné mais presque identique au notre.

Deux années plus tard, le vaisseau Prometheus vogue dans l'espace. A son bord, seize passagers plongés dans un état de sommeil artificiel, ainsi que l'androïde David qui seul, s'occupe du bon maintient de l'équipage ainsi que celui du Prometheus. La destination du vaisseau: Le fameux système solaire découvert deux ans plus tôt par les deux archéologues, qui font eux mêmes partie de l'équipage. L'une des planètes de ce système est supposée être similaire à la Terre. Projet fou lancé par un richissime vieillard aujourd'hui décédé, l'équipage une fois réveillé tente une approche de la planète et se pose au sol prêt d'un édifice gigantesque constitué d'immenses galeries et d'une pièce que les membres du Prometheus découvrent bientôt cachée derrière une immense porte en pierre. L'endroit renferme une imposante sculpture à visage humain, entourée de jarres enfermant des matières organiques. La tête d'un humanoïde similaire aux reproductions picturales découvertes sur Terre est également présente dans la salle. L'équipe de scientifiques récupère cette dernière pendant que David, lui, prélève l'une des jarres à l'abri des regards. L'ouverture de la porte ayant un effet sur l'environnement de la pièce, d'étranges bouleversements s'opèrent au plafond. Une curieuse substance noire s'échappe des jarres, et dehors, une tempête monstrueuse se prépare, obligeant l'équipage à retourner au plus vite sur le Prometheus...

Une œuvre qui mêle trop de références à une histoire qui se veut pourtant originale.
Dans un premier temps, le sujet abordé est basé sur la recherche des origines de l'humanité. On n'imagine d'ailleurs pas un seul instant que le public puisse confondre le classique "Alien..." avec cette nouvelle œuvre du génial Ridley Scott. Si les premières images, sublimes, révèlent au final toute leur inutilité au terme de cette œuvre finalement décevante, elles trahissent surtout les espoirs que l'on fonde sur le cheminement de l'intrigue et qui ne fait de ce "Prometheus" qu'une très curieuse préquelle au premier "Alien...". Curieuse effectivement puisque le film revient non pas sur les origines du mal mais sur les premiers pas du fameux équipage du nostromo conduit par Ripley (Sigourney Weaver) sur cette étrange planète qui nous intéresse ici. En effet, dans le film de 1979, l'équipage se retrouve confronté à un message lancé à partir du sol de celle-ci, et que tous prennent d'abord pour un SOS. Parcourant les environs de cette terre hostile, il tombent devant un immense vaisseau échoué dont le pilote, une créature humanoïde, est assise devant son poste de pilotage, fossilisée et le torse comme ayant été victime d'une implosion. Parcourant les galeries de ce vaisseau, l'un des membres de l'équipe tombe sur une pouponnière envahie par d'étranges cocons à l'intérieur desquels nagent d'énormes larves.

Lors de la découverte des créatures humanoïdes et de leur vaisseau, on peut assurément penser que "Prometheus" lorgne du coté de la préquelle, puisqu'il le film précède toute la phase de découverte de la planète dans le film de 1979. Sauf qu'il ne se base que sur cette première partie et pas sur la suite du drame qui se joue sur le vaisseau nostromo. Le film peut donc se voir comme une semi-préquelle, ne s'attachant pas à revenir sur les origines des fameux aliens créés par Giger, mais simplement sur les raisons de la présence de l'immense vaisseau découvert par l'équipage du vaisseau Prometheus. Est-ce bien clair?

L'idée de retourner au cœur d'une tourmente à laquelle nous n'avions pas assisté à l'époque est une bonne idée. Malheureusement, Ridley Scott semble avoir parfois la mémoire courte. En effet, comment expliquer que l'humanoïde découvert trente-trois ans plus tôt assis derrière le siège de pilotage de son vaisseau puisse cette fois-ci terminer son existence entre les bras d'une créature grotesque et qui fait involontairement référence à nombre de monstres en carton-pâte des années cinquante-soixante?

Une partie de l'interprétation est plombée par trop d'incohérences et de fautes de goût.

Charlize Theron fait ce qu'elle peut mais cette excellente actrice ne peut rivaliser avec l'irremplaçable Sigourney Weaver. La faute à un personnage insipide, dont la froideur et la rigidité (qui cache avec évidence la peur de l'inconnu) l'empêchent d'exploser à l'écran. Son rôle n'apporte rien à l'intrigue, non seulement parce qu'elle présente un visage incapable d'exprimer la moindre émotion mais aussi parce que la part de psychologie qui aurait pu être développée (le fait que son père lui préfère son fils androïde) est laissée à l'abandon. Quand aux intérêts divergents qui opposent le biologiste Milbrun et l'instable Fifield et qui créent par la même une certaine tension entre les deux hommes, ils s'effacent très vite et transforment l'inimitié du départ en camaraderie ponctuée de blagues de potaches. Quand au rôle de Weyland, le milliardaire qui envoie dix-sept personnes explorer la planète, s'il est touchant dans sa version holographique, il devient imbuvable lors de son inattendu retour parmi l'équipage du Prometheus.

Il reste fort heureusement quelques personnages attachants comme celui campé par Idris Elba, qui rappelle parfois l'excellent Yaphet Kotto. Michael Fassbender (David) possède un charme identique à celui de Jeremy Irons (" Faux-Semblants") et son rôle paraît tout d'abord copié sur le personnage de Ash (Ian Holm), vu dans "Alien...". Et puis il y a les deux archéologues Elisabeth Shaw (Noomi Rapace) et Charlie Holloway (Logan Marshall-Green), les deux seuls membres a véritablement désirer trouver une réponse à leurs questions. 
 
D'un point de vue objectif, et tout en faisant abstraction du film sorti trente-trois plus tôt, Il faut reconnaître que "Prometheus" demeure un excellent divertissement pour celui qui ne connait pas les "origines" de cette préquelle. Le meilleur exemple étant d'opposer un aficionado du premier "Alien...", certain de découvrir une véritable suite en forme de préquelle, à une néophyte qui s'expose pour la première fois à un sujet déjà abordé quatre fois (La saga se composant également de "Aliens, Le Retour", "Alien 3" et "Alien, La Résurrection", plus quelques films bâtards d'assez piètre qualité). Le premier y verra une certaine forme de trahison de la part de Ridley Scott qui ne fait que détruire un mythe auquel il a lui-même donné naissance. La seconde, n'ayant aucun repaire auquel s'accrocher assistera à un spectacle visuellement saisissant. Ce qui déçoit le fan, c'est évidemment de ne pas retrouver les "charmantes" créatures vues dans le premier épisodes. En effet, ici point de Facehuggers (ces parasites qui sautent au visage de leur proie pour y pondre un œuf) et encore moins de Chestbursters (la première silhouette reconnaissable de ces impressionnantes créature que sont les aliens et qui s'extraient du ventre de leur victime). 

Un film presque tout public, débarrassé d'un élément essentiel: la peur !

"Prometheus" cherche à donner des frissons au public. De manière concrète, en plongeant ses personnages dans de sinistres galeries à l'esthétique sensiblement identiques à celles croisées dans le film de 1979, Scott tente de retrouver cette même atmosphère angoissante qui faisait l'un des charmes de son œuvre originale. Sauf qu'il ponctue son film de répliques qui détruisent tout chance d'engendrer la peur. 
 Ce qui trouble dans ce film, c'est l'évidente corrélation que façonne notre esprit par rapport à certaines similitudes avec le premier film et les attentes qui ne débouchent en réalité jamais sur ce que nous attendons. Ces curieuses jarres desquelles coulent une substance noirâtre préfigurent une version modernisée des cocons porteurs de facehuggers. Le penser, c'est se tromper de voie dès que les évènements se précipitent. Car la suite est à l'avenant. On ne comprend plus vraiment de quoi il s'agit. "Prometheus" devient alors un mélange de préquelle inspirée par la vision d'un Mala'Kak fossilisé lors de la visite de la planète par l'équipe du Nostromo dans "Alien..." et d'un voyage aux confins de l'espace pour une équipe chargée d'entrer en contact avec cette espèce. Ridley Scott imagine un scénario tout neuf, se permettant de reprendre des éléments connus et d'y injecter un scénario inédit qui fait l'impasse sur les tant redoutés aliens. Ces derniers ne sont donc pas représentés, sauf peut-être à la toute fin du film. Espérons toutefois qu'il s'agisse d'une erreur d'interprétation car la créature qui nous est présentée alors est simplement... grotesque !!!

"Prometheus" divisera sans doute à jamais les "anti" et les "pro", mais est-ce si grave? Ceux qui préfèrent penser que le film est une tentative de préquelle ratée n'en démordront sans doute jamais. Quand à ceux qui y voient un superbe spectacle visuel, ils auraient bien tort d'essayer de se convaincre du contraire...

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