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lundi 1 juin 2026

Hannibal de Ridley Scott (2001) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Au départ fut Red Dragon de Thomas Harris. Premier volet d'une tétralogie complétée en 1988 par The Silence of the Lambs, en 1999 par Hannibal et enfin en 2006 par Hannibal Rising. Chacun de ces ouvrages ayant eu les honneurs d'une adaptation sur grand écran. Le premier d'entre eux, logiquement, s'inspire en 1986 du roman séminal, même si le réalisateur et scénariste Michael Mann se voit imposé le titre Manhunter pour des raisons assez farfelues provenant du producteur Dino De Laurentiis qui un an plus tôt avait produit Year of the Dragon de Michael Cimino. Lequel ne rencontra pas le succès en salle puisque après avoir été budgété à hauteur de vingt-deux millions de dollars, il n'en rapporta que dix-huit sur le territoire américain. Exit donc Red Dragon. Le choix d'un nouveau titre s'impose donc aux yeux du producteur, tentant ainsi vainement de briser la malédiction puisque Manhunter ne rencontrera pas davantage le succès car pour un financement estimé à quinze millions de dollars, il n'en rapportera qu'un peu moins de neuf ! Pourtant, si l'on se réfère à l'avis général qui sous-entend très objectivement que le long-métrage de Michael Mann est un véritable chef-d’œuvre, il est sans doute fort à parier que le choix du producteur d'en changer le titre et ainsi de faire perdre conscience au public qu'il s'agissait bien d'une adaptation du roman Red Dragon de Thomas Harris est sans doute la raison principale de son échec au cinéma. Heureusement, le temps donnera raison à Michael Mann et à sa mise en scène glaciale faisant de Manhunter une œuvre à l'identité propre et à l'incarnation parfois inoubliable... Des qualités propres à Jonathan Demme qui quinze ans plus tard permet au personnage de Clarice Starling de faire sa toute première apparition au cinéma sous les traits de la magnifique et talentueuse Jodie Foster après être née sous la plume de Thomas Harris en 1988 dans le roman The Silence of the Lambs. Sorti chez nous sous le titre Le silence des agneaux, l'adaptation du roman devient presque instantanément un classique du genre. Un chef-d’œuvre aux multiples qualités qui remportera une flopée de récompenses à travers le monde. Et surtout, la découverte d'un binôme, de deux personnages fascinants (d'un côté, la stagiaire du FBI Clarice Starling et de l'autre, le tueur en série cannibale Hannibal Lecter) littéralement incarnés par Jodie Foster donc, mais aussi par Anthony Hopkins. Sans oublier la magistrale interprétation des acteurs secondaires parmi lesquels, bien évidemment, l'on ne peut oublier la présence de Ted Levine dans le rôle de James ''Buffalo Bill'' Gumb ou celle de Scott Glenn dans celui de Jack Crawford, le supérieur de Clarice........


Larvé par les pressions découlant du succès du long-métrage de Jonathan Demme, Thomas Harris finit par accepter d'écrire Hannibal en 1999 alors qu'il n'est même pas certain qu'à l'origine le romancier fut véritablement attiré à l'idée de poursuivre par écrit l'histoire de Clarice Starling et de Hannibal Lecter. Ceux qui parcoururent les pages de ce nouvel opus seront sans doute en mesure de répondre à certaines interrogations quant à l'intérêt ou non d'un tel exercice de réactualisation, mais s'agissant de son adaptation sur grand écran sous le titre Hannibal, il est un fait que le long-métrage de Ridley Scott ne parvient jamais à égaler, et donc encore moins à surpasser, le chef-d’œuvre de Jonathan Demme. Convoquant des raisons d'ordre purement calendaire qui prévoyaient que Jodie Foster devait réaliser son troisième long-métrage Flora Plum (projet qui tomba finalement à l'eau), l'actrice refuse de jouer dans cette suite de The Silence of the Lambs pour des raisons que l'on jugera objectivement comme étant relativement clairvoyantes. Car tout comme Jonathan Demme qui refuse lui aussi d'apparaître au générique de la future adaptation de Hannibal, Jodie Foster déteste le roman de Thomas Harris. Du moins émet-elle des réserves quand à la tournure que prend le récit, s'agissant de la personnalité de Clarice Starling qui entretient désormais très clairement une relation à distance, certes, mais très ambiguë avec le Docteur Hannibal Lecter ! Et c'est vrai. Difficile d'admettre que la Clarice Starling déterminée, certes, mais aussi sensible et fragile soit devenue une femme au tempérament beaucoup plus affirmé même si chronologiquement, les dix années qui ont passé expliquent qu'elle ait forgé une carapace autour d'elle. S'agissant du Docteur Lecter, celui-ci est toujours incarné par le talentueux Anthony Hopkins mais s'avère au fond, nettement moins fascinant qu'il ne le fut par le passé. Un problème sans doute relatif à sa présence beaucoup plus importante que dans The Silence of the Lambs.


Un personnage qui se caractérisait à l'époque par sa grande intelligence et par une violence intériorisée qui malheureusement est un peu trop exposée à l'écran dans cette préquelle qui offre une part beaucoup plus importante aux scènes sanglantes alors que dans le précédent opus, celles-ci savaient se faire suffisamment discrètes pour avoir un réel impact lorsque subitement, elles surgissaient à l'écran. Le roman, et donc son adaptation, multiplie les interventions extérieures. À l'image de Mason Verger ancienne et seule victime à avoir survécu à Hannibal Lecter. Incarné en outre par un Gary Oldman méconnaissable puisque dissimulé sous un maquillage fort impressionnant. Ou à celle de l'inspecteur Rinaldo Pazzi (Giancarlo Giannini), lequel enquête de son côté sur le célèbre tueur en série dans une Florence curieusement photographiée par un John Mathieson qui sembla croire que Ridley Scott tourna là un gigantesque clip vidéo de plus de cent-vingt minutes. De plus, Hans Zimmer a beau être souvent glorifié comme étant l'un des plus grands compositeurs de musiques de films de son époque, ses compositions sont très largement en deçà de celles, magnifiques et bouleversantes de Howard Shore qui pour The Silence of the Lambs signa une partition très chargée d'un point de vue émotionnel. Mais bon, pour être tout à fait honnête, si j'évoque un dernier ''détail'' en fin d'article, c'est parce qu'il est propre à ce que je ressens et manque donc peut-être d'objectivité. Car oui, pour moi, le principal problème avec Hannibal, ça n'est pas tant que le film se traîne en longueur ou que le charme n'agit plus que la présence à l'image de l'actrice Julianne Moore dans le rôle de Clarice Starling. Avoir remplacé Jodie Foster par cette actrice pourtant talentueuse m'a fait le même effet que Muriel Robin remplaçant Valérie Lemercier dans Les Couloirs du temps : Les Visiteurs 2. Ridley Scott ayant ainsi définitivement rompu le charme... Bref, plus qu'une suite, le réalisateur américain semble avoir signé un tout autre film, qui n'entre absolument pas dans la mythologie du Docteur Hannibal Lecter ou qui, en tout cas, préfère s'extraire de son contexte esthétique et artistique d'origine pour en faire une œuvre personnelle.....

 

jeudi 7 décembre 2023

Secrets de tournage : Alien, le huitième passager de Ridley Scott (1979)

 


 

Le véhicule de remorquage commercial USCSS Nostromo chargé de transporter vingt millions de tonnes de minerai est en direction de la planète Terre. Datant du tout début du vingt-deuxième siècle et construit par la compagnie Weyland Yutani, ce cargo n'est pas chargé d'explorer l'univers mais de prélever du minerai à la surface d'autres planètes situées aux confins de l'espace. Capable d'avancer à une vitesse équivalente à un dixième d'année-lumière, ses proportions demeurent relativement impressionnantes : deux-cent quarante-quatre mètres de long et cent-soixante cinq de large. Quant à sa hauteur, elle dépasse les soixante-dix mètres. Un beau bébé qui d'apparence semble pourtant ''rustique''. Nous sommes ici effectivement très loin de l'Enterprise de la franchise Star Trek.. Le maquettiste Martin Bower travaille pour la publicité avant d'être engagé sur la mythique série télévisée Cosmos 1999. L'homme participera ensuite au projet Alien mais c'est d'abord le fruit conjugué des efforts concédés par les illustrateurs Ron Cobb et Chris Foss qui avaient auparavant travaillé sur le Dark Star de John Carpenter qui donnera plus ou moins naissance au Nostromo tel qu'on le connaît de nos jours. Diverses versions sont proposées mais c'est l'une de celles créées par le premier qui sera retenue. Quant au second, il abandonnera la poursuite du projet bien avant que le premier tour de manivelle ne soit donné. Si lors de sa première apparition le fameux cargo écrase littéralement de toute sa masse le plan dans lequel il est intégré, la maquette la plus massive parmi les trois qui furent conçues ne mesurait cependant pas plus de deux mètres cinquante de long pour un poids tout de même estimé à deux-cent cinquante kilos ! Si de nos jours les onze millions de dollars qui furent apportés par les studios de productions pour le tournage de Alien peuvent paraître dérisoires, il faut savoir que sans le succès de Star Wars de George Lucas quelques années en arrière, sans doute le film de Ridley Scott n'aurait-il pas été aussi ''généreusement'' financé. Parmi les sept membres de l'équipage dont la quasi totalité seront décimés durant l'aventure, se trouve le personnage de Ripley. Femme au fort tempérament, incarné Sigourney Weaver, actrice qui à l'époque n'est pas encore devenue l'immense star qu'elle est désormais et qui avant cela n'avait joué que dans deux séries télévisées, une vidéo publicitaire pour la marque de soda Pepsi et deux longs-métrages dont le Anny Hall de Woody Allen en 1977 et dans lequel elle tint un tout petit rôle.


Le choix de faire porter la responsabilité du rôle principal par une interprète féminine est à l'époque un pari quelque peu osé. En effet, jusque là, il ne fut jamais envisagé de faire endosser par une femme le ''costume'' du personnage principal dans ce type de long-métrage. Un choix qui ne sera pas pris à la légère puisque Sigourney Weaver devra avant cela faire ses preuves devant un jury constitué par les femmes de la production ! Comme nous le découvrirons lors du récit, Ridley Scott n'aura pas poussé le bouchon au point d'en faire la responsable de l'équipage et du Nostromo puisque ce rôle là sera confié à l'acteur Tom Skerritt. Lequel interprétera le rôle de Dallas. Un individu particulièrement autoritaire qui pourtant disparaîtra rapidement des radars en devenant la seconde victime du xénomorphe après la mort tragique et particulièrement violente de Kane qu'incarne John Hurt. Un Kane dont la mort plutôt violente fut à l'origine d'une anecdote bien connue des fans du long-métrage. En effet, après que l'homme ait été attaqué par un FaceHugger qui après quelques temps s'était détaché de lui-même du visage de sa victime et après qu'un embryon se soit développé sous sa poitrine, Kane mourut dans d'atroces souffrances, le torse explosé faisant surgir un horrible ChestBurster. Une séquence lors de laquelle les autres acteurs furent présents et dont la surprise ne fut pas feinte. En effet, aucun d'entre eux n'avait été préparé à l'avance de ce qui allait arriver. D'où l'évidente surprise se dessinant sur leur visage lors de cette mémorable séquence. Notons que le très efficace FaceHugger à l'origine de la ''ponte'' dans le corps de Kane était notamment constitué de fruits de mer et de rognons de mouton ! Une fois le ChestBurster échappé des entrailles de Kane, les six membres restant de l'équipage se lancèrent à sa poursuite. Ripley, Brett (Harry Dean Stanton) et Parker (Yaphet Kotto qui en outre fut chargé de mettre la pression sur Sigourney Weaver) se firent une petite frayeur lorsque le chat prénommé Jones (de l'espèce Orange Tabby) fut confondu avec l'horrible petite créature qui s'apprêtait à prendre d'impressionnantes proportions.


S'ensuivit la fameuse séquence lors de laquelle Jones allait se montrer particulièrement convainquant face à la présence du xénomorphe dans sa phase d'évolution définitive. Comme on s'en doute, le félin ne fut pas malmené au point de devenir méfiant envers l'équipe de tournage mais l'un de ses membres apporta sur le plateau de tournage un berger allemand qui amena tout naturellement le chat à lui ''cracher'' dessus ! Due au remarquable imaginaire du plasticien suisse Hans Ruedi Giger, la créature xénomorphe ne fut pas divulguée au public avant que le film ne sorte sur les écrans américains. C'est ainsi que la bande annonce d'origine ne la montrait dans aucun des plans. Au sujet de l'alien en question, il fut incarné par un jeune étudiant nigérian alors âgé de vingt-six ans du nom de Bolaji Badejo. Tragiquement disparu à seulement trente-neuf ans des suites d'une drépanocytose (une maladie modifiant le code génétique de l'hémoglobine), il fut repéré dans un pub en 1978 pour son impressionnante taille (deux mètres dix-huit) et fut même comparé par Ridley Scott à la fameuse sculpture d'Alberto Giacometti, L'homme qui marche. Après cela, le jeune homme ne réapparaîtra plus à l'image qu'en de très rares occasions. Tout d'abord en 1992, l'année de son décès, dans un épisode de la série Omnibus où on le découvrait dans le costume qui le rendit ''célèbre'' ainsi que de manière posthume dans deux des documentaires consacrés au long-métrage de Ridley Scott, The Alien Legacy de Michael Matessino en 1999 et The Beast Within : The Making of Alien de Charles de Lauzirika en 2003. Entre autres anecdotes, signalons que lorsque Dallas, Kane et Lambert quittent la navette pour explorer la planète d'où provient un signal d'origine inconnue, ce ne sont ni Tom Skerritt, ni John Hurt, ni même l'actrice Veronica Cartwright qui se cachent sous les combinaisons des spationautes mais les propres enfants du réalisateur et du directeur de la photographie Derek Vanlint. Pareil pour la rencontre avec le corps fossilisé du Space Jockey dont la maquette fut, en outre, entièrement détruite après qu'une cigarette abandonnée par inadvertance y ait mis le feu. Quant à celles et ceux qui se poseraient encore la question quant à savoir comment pu être réalisée la séquence lors de laquelle le sang du xénomorphe traverse les planchers de plusieurs niveaux du Nostromo, les concepteurs des effets-spéciaux usèrent d'un mélange en partie constitué d'acétone coloré qui au contact de maquettes en polystyrène donna le résultat que l'on connaît. Et puisque l'on parle de sang, justement, parlons pour finir de celui de Ash (l'acteur Ian Holm) que nous n'avions pas encore évoqué jusque là. Personnage Ô combien ambigu qui révélera sa véritable nature d'androïde tardivement. Lorsque Parker lui assène plusieurs violents coups d'extincteurs afin de lui faire lâcher prise alors qu'il tente de tuer Ripley, le liquide blanc qui s'échappa de sa bouche et de son cou fut constitué à base de lait, de pâtes et de caviar...

 

vendredi 12 avril 2019

Blade Runner de Ridley Scott (1982) - ★★★★★★★☆☆☆



C'est à une cérémonie d'un genre un peu particulier à laquelle je m'apprête à assister. Quelques mots pour exprimer mon engouement face à l'idée de redécouvrir Blade Runner de Ridley Scott quelque trois décennies après ma première expérience. Autant dire que je suis fébrile car j'en avais conservé jusqu'ici un souvenir mitigé que je n'ai jamais pu expliquer. Maintenant que la maturité me colle à la peau depuis quelques années, il est temps de me lancer à nouveau dans cette adaptation du roman Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? de l'écrivain américain spécialiste de la science-fiction, Philip K. Dick. Voyage au pays des ''Réplicants'', dans un Los Angeles étouffant, en 2019. Une visite guidée orchestrée par l'un des plus grands cinéastes américains, notamment interprétée par Harrison Ford, Rutger Hauer et Sean Young, et mise en musique par le compositeur grec Vangelis. Générique...

Nous sommes en 2019, et si le Los Angeles décrit par Ridley Scott ne ressemble pas tout à fait à celui que nous connaissons, il s'en rapproche pourtant dangereusement. Le quartier de Chinatown de New York semble à ce jour avoir traversé de part en part les États-Unis et avoir étendu son territoire jusqu'à Los Angeles donc, théâtre d'un récit bien moins complexe que dans mes souvenirs. Alors qu'un certain nombre de versions du film ont vu le jour depuis la sortie de la première en 1982, il s'agit ici du Director's Cut de Ridley Scott dans laquelle les voix off ont disparu, donnant au long-métrage un caractère beaucoup plus sombre tandis que le récit se clôt sur une fin beaucoup moins optimiste et laissant le champ libre au spectateur qui peut à loisir supposer du destin qui s'offre alors aux personnages de Rick Deckard (le Blade Runner du titre incarné par l'acteur Harrison Ford) et Rachel (Sean Young). L'univers de Blade Runner est noir, plongé dans une nuit perpétuelle et des pluies répétées qui s'invitent parfois à l'intérieur même des habitations, donnant ainsi un cachet visuel parfois similaire à l'un des autres grands films de science-fiction de Ridley Scott, Alien, le Huitième Passager sorti trois ans auparavant...

Aussi bien film de science-fiction, que d'amour et d'action, le troisième long-métrage de Ridley Scott propose une relecture personnelle de l'ouvrage de Philip K. Dick. Très sensiblement différent du matériaux de base, l’œuvre de Ridley Scott est souvent contemplative et parcourue de fulgurants visuels. A ce titre, les effets-spéciaux demeurent même à ce jour, d'une très grande qualité.. Dans un Los Angeles surpeuplé, enfumé, dans lequel les symboles venus d'Asie sont très présents (vendeurs de rue spécialisés dans la cuisine chinoise, panneaux publicitaires vidéos gigantesques projetés sur la façade de certains immeubles, ballons dirigeables, etc...), voitures volantes et autres effets-spéciaux saisissants, Rick Deckard a pour mission d'éliminer quatre ''réplicants'' de modèle Nexus-6 fabriqués par l'entreprise ''Tyrell Corporation'' . Des individus créés à partir de l'ADN humain dont la mort est programmée après quatre années d'existence et qui ont commis une série d'infractions. Leon, Pris, Zhora et leur chef Roy Batty (incarné par l'inquiétant Rutger Hauer) sont relativement dangereux. Mais alors que Rick Deckard est contraint de les retrouver puis de les éliminer, Roy Batty et ses trois compagnons, eux, ne désirent qu'une seule chose : que leur existence soit prolongée. C'est ainsi qu'ils vont tenter de remonter jusqu'à leur créateur, le fondateur même de la ''Tyrell Corporation''. Mais alors que Leon et Zhora sont abattus, Roy Batty et Pris se rendent chez Sebastian, un proche du docteur Eldon Tyrell afin de s'infiltrer au sommet de la tour ''Tyrell''...

L'une des questions que se pose le spectateur en découvrant l'univers adapté par Ridley Scott sur grand écran est l'origine du héros qu'un élément fondamental laisse supposer faire partie lui-même des ''réplicants''. Harrison Ford campe un flic dans une sorte de Néo-Western futuriste dans lequel les combats atteignent leur point culminant lors d'un final extraordinaire entre le héros et Roy Batty. Rutger Hauer y offre l'une de ses plus fameuses interprétations tandis que Sean Young et Daryl Hannah y déversent un flot de sensualité/sexualité particulièrement troublant accentué par la partition musicale de Vangelis. Pourtant, on peut se demander dans quelle mesure le film de Ridley Scott n'usurpe pas son titre de chef-d’œuvre de la science-fiction. Car en effet, du récit de Philip K. Dick, le cinéaste a beau réaliser une œuvre visuellement stupéfiante et bien interprétée, le scénario demeure cependant relativement faible, du moins dans cette version datant de 1992 (il en existe sept au total !!!). Un bon film de science-fiction, certes, mais certainement pas le meilleur du lot...

mardi 5 juin 2018

Terror in the Aisle de Andrew J. Kuehn (1984)



Une salle de cinéma. Des dizaines de spectateurs. Donald Pleasance et Nancy Allen pour nous servir d'hôtes. Terror In The Aisle est une anthologie du film d'horreur-épouvante. On y retrouve des extraits de plusieurs dizaines de classique du genre, et même quelques-uns qui n'auraient rien à faire ici (Midnight Express, Marathon Man, Les Faucons de la Nuit) s'ils n'étaient pas en mesure eux-même de distiller une certaines angoisse. Masacre à la Tronçonneuse, Hurlements, La Nuit des Morts-Vivants, Scanner, Poltergeist, Terreur sur la Ligne, Rosemary's Baby, Alien, le Huitième Passager, Psychose, Phantom of the Paradise et bien d'autres encore représentent ce qui se faisait de mieux au siècle dernier. Du moins jusqu'à l'année 1984, date de sortie de cette compilation qui n'est pas du tout avare en terme de sensation.

Et même si l'on est amateur du genre, que l'on connaît sur le bout des doigts la presque totalité des scènes qui nous sont proposées, le plaisir de les revoir ainsi commentées est un pur bonheur. A e propos, contrairement à la majorité des documentaires, ici, les scènes qui servent de matière aux propos des deux acteurs ne sont jamais entrecoupées de passages explicatifs filmés dans des studios vides ou dans les demeures personnelles de ces derniers. Eux-mêmes sont assis parmi les spectateurs, se fondant ainsi parfaitement dans le décor. Terror In The Aisle a donc davantage les allures d'une fiction agrémentée des commentaires de deux stars du cinéma que d'une simple anthologie compilant les un derrière les autres, des extraits de film.


L’œuvre est d'abord timide dans ses premiers soubresauts. Puis, peu à peu, le rythme s'accélère et prend une ampleur à laquelle on ne s'attend pas forcément. Alors que certains spectateurs s'agitent sur leur fauteuil, les yeux grands ouverts, d'autres les ferment, attendant que les détails les plus sordides du spectacle auquel ils assistent veuillent bien prendre fin. Nous redécouvrons sous un angle différent les œuvres de John Carpenter, David Cronenberg, Tobe Hooper, Brian de Palma ou encore Alfred Hitchcock...

A voir, à revoir, encore et encore...


mercredi 7 juin 2017

La saga Alien, première partie: (1979-1986) Alien, le huitième passager de Ridley Scott - Aliens, le retour de James Cameron



Premiers symptômes…


Saviez-vous que sans le toujours très inspiré Alejandro Jodorowsky qui réunit en 1975 l’auteur de bandes dessinées Moebius, le plasticien, graphiste et illustrateur Hans Ruedi Giger et le scénariste et réalisateur Dan O‘Bannon, Alien, le Huitième Passager n’aurait peut-être jamais vu le jour ? Saviez-vous que le scénario qui dans un premier temps s’apparentait beaucoup au film d’Edward L. Cahn "It ! The Terror from Beyond Space" datant de 1958 s’inspira également d’un détail beaucoup plus incommodant qui toucha Dan O’Bannon lui-même et qui l’emporta dans la tombe en 2009 ? Et saviez-vous enfin que Tristan et Yseult que le cinéaste Kevin Reynolds réalisa en 2006 devait être à l’origine mis en scène bien des années auparavant par Ridley Scott lui-même en lieu et place de ce que allait devenir (et demeurer aujourd’hui encore) comme l’une des œuvres de science-fiction les plus marquantes de l’histoire du cinéma ? Et ce parce que l’auteur de "Blade Runner" fut totalement subjugué par le premier volet de la saga "Star Wars", "La Guerre des Étoiles" ?
 

Toute ces petites choses qui en réalité en sont des grandes, mises bout à bout, et dieu sait s’il en demeure beaucoup à ajouter à la liste des événements qui ont forgé la légende Alien, ont participé à la mise en boite d’un monument de science-fiction et d’épouvante qui continue de faire son petit effet même après quarante ans. La marque des plus grands. De ces œuvres qui ne se comptent certainement pas sur les quelques cheveux résiduels d’un homme atteint par la calvitie mais qui continuent à faire fantasmer scénaristes, réalisateur, interprètes et spectateurs du monde entier. Le genre de long-métrage qui ferait passer n’importe quel aficionado pour un individu proprement dérangeant ? Dérangé, même dans sa conceptualisation d’un fanatisme le poussant, tel le croyant respectant ses prières quotidiennes, à visionner une fois par semaine ce grand classique spatial et horrifique. A sa manière, ou à LEUR manière, le ou les auteurs du films, qu’ils aient directement participé à la mise en scène ou à l’écriture du scénario ont accouché d’un film à l’érotisme si bien étudié qu’il semble au premier abord invisible si ce n’était à travers le regard perçant de certains spécialistes qui virent à travers certains agissements de personnages ou éléments de décors, des connotations sexuelles qui une fois révélées au grand jour deviennent d’une perturbante évidence. Une fois mis devant le fait accompli, il ne peut demeurer le moindre doute devant cette cavité organique dessinée par un Giger au sommet de son art et figurant un vagin immense pénétré par trois des sept passagers du Nostromo lors de la visite du vaisseau extraterrestre. Si l’on décide de poursuivre de son propre chef la même voie que celle évoquée par celui qui se référa à l’appareil génital féminin pour décrire l’entrée en la matière des trois cosmonautes lors de l’écriture d’un article consacré à "Alien, le Huitième Passager", il devient alors difficile de concevoir la chambre d’incubation où attendent des milliers d’œufs comme autre chose qu’autant d’ovules attentifs à l’apparition du spermatozoïde qui les libérera de la gangue de forme ovoïde qui les retenait jusque-là en un état végétatif. Plus tard d’ailleurs, n’assistons-nous pas à la naissance d’un individu et donc d’une forme nouvelle, à la manière, avouons-le plutôt crade, d’un bébé qu’aura porté en lui l’un des passagers du Nostromo ? 
 

L’adolescence de l’alien arrivant particulièrement vite, la créature a pour habitude de laisser derrière elle ce que l’on a coutume d'appeler « un joyeux bordel ». Incapable de ranger derrière elle, elle laisse traîner après son passage les traces de ses exactions envers l'espèce humaine. De là à juger de son appartenance à une population xénomorphe nationale-socialiste, il n'y a qu'un petit pas à franchir pour se convaincre que l'homme ne s'en fera jamais un ami. D'où l'idée saugrenue que j'ai pu lire je ne sais plus où (et qui proposait à la suite du premier long-métrage une alternative assez curieuse à ce premier effort de Ridley Scott) et qui voyait notre civilisation, ou du moins, quelques-uns de ses représentants côtoyer une population xénomorphe apparemment assagie. 
 

En y regardant d'encore plus près, Alien, le Huitième Passager peut être considéré comme une œuvre visionnaire à l'attention des futures mamans se voyant déjà dorloter leur progénitures avant de subir les assauts immatures de la délicate période de l'adolescence. Déjà très virulent dans sa forme initiale (que l'on ne découvrira que longtemps après avec la dernière livraison de Sieur Scott, "Alien : Covenant") mixant apparemment le végétal et l'animal, le Facehugger, ou Etreigneur de visage prend le relais lors d'une étreinte nourricière pour la futur progéniture de son hôte, puis mortelle pour ce dernier. Donnant ainsi la vie à un Chesturbster, ou Exploseur de poitrine (tout un programme) naissant forcément de façon peu commune, son hôte n'étant de toute manière pas pourvu des orifices d'expulsion naturels. Arrive ensuite la créature sous sa forme la plus séduisante et sans doute la plus mature en dehors de la reine imaginée et designée par James Cameron pour Aliens sept ans plus tard. Une créature phallique, luisante, expectorant une bave épaisse et opaque de sa gueule pourvue d'une double mâchoire dont l'utilité nous est révélée lors du décès de l'un des membres du Nostromo parti à la recherche du chat Jones. L'alien de Ridley Scott est un sale gamin et le Nostromo un bac à sable aux stupéfiantes dimensions.



Injection de testostérones…


Une aire de jeu que James « King of the World » Cameron reprendra à son compte pour Aliens, la suite plutôt couillue d’Alien, l’homologue sans S, et lui aussi interprété par la superbe mais néanmoins androgyne Sigourney Weaver. Une séquelle invoquant d’abord Ridley Scott à la mise en scène et sur une base scénaristique bien différente de celle que Cameron envisagea. Un scénario qui ne ressortira du placard que bien longtemps après (il servira en effet de base à Prometheus), Cameron choisissant d’appliquer la recette de son illustre prédécesseur à la sauce warrior. Car comme pour Terminator peu auparavant et Abyss ou Avatar plus tard, James Cameron aime quelques spécimens gratinés de cette belle armée américaine qui se mit en scène bien des années après dans la guerre du Golfe. De braves soldats rompus à l’art de la guerre offerts en pâture à une horde de créatures belliqueuses. Parmi eux, un nouvel androïde, qui, on le jure à Ripley, n’a pas les défauts du modèle qui le précéda cinquante-sept ans plus tôt et participa à l’élimination systématique des membres du Nostromo.

Tout bon fan de vraie science-fiction s’est forcément demandé un jour pourquoi les équipages sont parfois constitués d’individus bas du front dont la présence à bord d’un vaisseau, d’une navette ou de tout autre véhicule spatial ne serait même pas envisageable dans la vie réelle. Si l’équipage du vaisseau-cargo minier le Nostromo est formé d’individus capables de négocier des virages sécuritaires devant leur permettre de survivre aux assauts répétés du xénomorphe (malgré l’issue que l’on connait et malgré les attributs professionnels de chacun), dans le second volet de la saga Alien on s’étonne de découvrir des soldats immatures, jaugeant les attributs (cette fois-ci, physiques) de leurs camarades et se révélant d’une totale incompétence lors de l’attaque de la base des colons. Le désordre règne non seulement à travers les décors semi-organiques imposés par la présence menaçante des xénomorphes mais également par la seule présence de soldats qui n’étaient pas préparés à un tel déchaînement de violence.

La logique voulant que l’on éprouve une certaine hostilité envers l’androïde Bishop dont la présence ravive de douloureux souvenirs chez Ripley et chez le spectateur, ce dernier ne tardant pas à éprouver une certaine antipathie envers Carter Burke, l'avocat de la compagnie Weyland-Yutani qui employait déjà Ripley à l’époque du Nostromo, et véritable méchant de cet épisode. 

Alors que Ridley Scott avait en un seul film parcouru la presque totalité des évolutions physiques de sa créature (avant d’en imaginer de nouvelles pour Alien :Covenant) James Cameron ose imaginer une reine unique (par colonie), gigantesque (plus de quatre mètres d’envergure), et plus redoutable encore que l’alien qu’imaginait Ridley Scott dans sa forme ultime en 1979.
James Cameron prolonge en 1986 sa vision d’un futur apocalyptique en jetant ses interprètes dans un environnement similaire à celui découvert dans les flash-back futuristes de son excellent Terminator (1984). Lorsque la navette appartenant au vaisseau Sulaco s’écrase sur la planète LV-4-26, les images semblent provenir de rushs appartenant au second long-métrage de James Cameron. La présence de l’acteur Michael Biehn renforçant encore l’impression que cette scène n’est qu’une extension de son œuvre de science-fiction séminale. Toujours aussi emblématique, le personnage incarné par Sigourney Weaver gagne en valeurs ajoutées. Alors qu’elle n’était jusqu’à maintenant perçue que comme un commandant de substitution (à la mort de dallas, dans le premier Alien) menant un double combat (face au xénomorphe et contre la Compagnie Weylad-Yutani incarnée par l'androïde Ash), elle est désormais confrontée au machisme des militaires dont le principal élément féminin de la section (le 1ère classe Jenette Vasquez, incarné par l'actrice Jenette Goldstein) a évacué l'inconvénient d'être une femme parmi des hommes en adoptant le même comportement qu'eux. Contrairement à une Ripley refusant de se soumettre aux railleries de ses nouveaux camarades en tentant (vainement) d'imposer sa vision des implications liées à la mission à venir. 
 
James Cameron intègre la notion d'instinct maternel avec la présence de Newt, une gamine orpheline déjà découverte au début du film dans la version longue, et que Ripley prendra d'office sous son aile. Loin d'imaginer encore le traitement que subira la survivante des expéditions du Nostromo et du Sulaco une fois lâchée par Cameron et reprise en main par David Fincher (Seven, Fight Club, Zodiac) puis plus tard par le français Jean-Pierre Jeunet (Delicatessen, Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain), l'héroïne n'aura jamais autant semblé humaine que dans ce second volet de la saga. Alien³ rompra violemment avec l'image touchante de ce personnage qui après avoir dérivé durant cinquante-sept ans dans l'espace aura retrouvé le statut de mère après avoir appris la mort de sa fille au début du long-métrage. Mais ceci est une autre histoire...

 

lundi 15 mai 2017

Alien:Covenant de Ridley Scott (2017) - ★★★★★★★☆☆☆



ATTENTION ! Cet article comporte un ou deux Spoilers !

Cinq ans déjà. Cinq ans qu'est sorti sur les écrans Prometheus de Ridley Scott. Et depuis, cinq années à attendre que nous soient livrées les clés concernant les origines de l'humanité. Celles promises par l'auteur du chef-d’œuvre Alien, le Huitième Passager. Celles que semblaient nous promettre les premières images de cette préquelle inavouée (inavouable) avant qu'elle ne laisse choir son public pour un récit beaucoup plus convenu. Certes, un film pas si mauvais que cela, mais lorsque l'on est en proie à une telle adoration envers l'un des dix plus grands films de science-fiction, on ne peut que se voir offusqué d'être pris pour un imbécile.
Quatorze mai 2017. Alien : Covenant est sorti depuis quatre jours déjà et c'est après avoir refusé de me soumettre au dictât des médias en évitant la moindre image concernant le film que j'emmène ma promise et son neveu au cinéma, un dimanche matin, à onze heures. Presque pas un chat, et une séance qui débute mal. Vingt minutes de pubs au milieu desquelles s'intercalaient quelques sympathiques bande-annonces. Et puis, les premières minutes d'un film qui n'est pas celui que l'on attendait. Après avoir enfin observé que le film qu'il nous projetait n'était pas le bon, le projectionniste interromps la diffusion. Les lumières s'allument et le public, philosophe, patiente... comme Anna, Sacha, et moi.
L'écran s'éteint de nouveau. Cette fois-ci, c'est certain, on y est. Une pièce, immense, blanche et donnant sur une baie vitrée séparant cet univers aseptisé de ce que l'on devine déjà n'être qu'une reproduction numérique d'un paradis terrestre. Un décor vierge que l'on ne rencontrera guère durant le reste de ce long-métrage qui durera un peu plus de deux heures.
Alien : Covenant... Avec un tel titre, Ridley Scott semble renier son Prometheus qui, sans mauvais jeu de mots, n'a tenu qu'une part infinitésimale de ses promesses. Pas de Prometheus 2, donc, mais un générique, une typographie, et une bande originale qui ne laissent aucun doute sur la paternité que le dernier long-métrage de l'auteur du superbe Blade Runner entretient légitimement avec l'Alien cité plus haut et réalisé en 1979. Mais l'existence même de Alien : Covenant peut-être elle être considérée comme légitime lorsque l'on considère que tout était déjà dit à l'époque de la sortie de l’œuvre séminale scénarisée par l'immense (et je pèse mes mots) Dan O'Bannon et Walter Hill d'après une histoire du premier et de Ronald Shusett ? Oui, définitivement, puisque en prenant lui-même les commande de ce nouveau récit, et ce malgré les attentes mitigées qui ont pu découler de ce que j'oserais presque considérer de naufrage cinématographique que fut Prometheus, Ridley Scott demeure le seul à pouvoir remettre sur les rails une saga qui s'est dispersée au grès d'imaginaires ne convergeant pas toujours vers un seul et même but. Après l'épouvante de Scott, James Cameron se sentit investit du pouvoir de mettre en scène un vrai bon film de guerre avec cette touche de testostérones que possèdent toujours ses personnages (Aliens, le Retour). David Fincher, quant à lui, offrit une vision claustrophobe et carcérale tout en sépia du mythe mais qui, malheureusement, ne sembla pas émouvoir ni convaincre tout à fait le public de l’hyper-sexuée créature imaginée par le peintre suisse Hans Ruedi Giger (Alien³). Enfin, le français Jean-Pierre Jeunet réalisa en 1997 un quatrième volet, s'il m'avait convaincu à l'époque de sa sortie, m’apparaît désormais comme le moins bon de la saga, ou du moins, celui qui semble avoir subit les pires outrages du temps. Une œuvre esthétiquement bluffante, proposant des idées neuves, mais trop grand public et divertissante pour être le succédané lui aussi réussi d'une saga presque irréprochable.

C'est curieux, mais lorsque vous découvrirez Alien : Covenant, peut-être aurez-vous l'étrange impression que Ridley Scott a digéré les suites de son chef-d’œuvre tout en s'inspirant de quelques récentes productions de science-fiction. Les militaires armés jusqu'aux dents rappellent forcément Aliens, le Retour mais conservent une certaine humilité digne de ce que l'on peut s'attendre à voir lors d'une expédition spatiale. Et pas le genre de soldats pariant sur la longueur de leur queue et huilant leur biceps avant de foncer tête baissée au milieu du champ de bataille comme ceux de Cameron. Autre point commun entre les deux films : les colons. Si certains rapprocheront plutôt A:C (Alien : Covenant) du récent Passengers (les colons servant ici d'unique point de comparaison), comment ne pas penser au récit du film de Cameron et de sa colonie décimée, et comment ne pas imaginer avec effroi Ridley Scott réalisant ici, une préquelle non pas de son propre classique mais de la suite qui en découla sept ans plus tard en 1986. Non, il n'aurait quand même osé... ?
Bon, pour être clair et faire taire d'hypothétiques rumeurs concernant ce qui nous avait été refusé il y a cinq ans, vous n'en saurez pas davantage sur les origines de l'humanité. D'ailleurs, on se doute assez vite que le récit tourne autour de celles du séduisant alien que l'on découvre désormais sous des formes beaucoup plus étendues qu'auparavant. Si le Facehugger et le Chestburster font toujours partie du catalogue des atrocités (Ridley Scott profitant de l'occasion pour réactualiser le mythe de ces deux créatures protéiformes en reprenant quelques scènes mythiques du premier Alien), nous faisons la connaissance d'une forme primitive de l'alien tel que nous le connaissons sous son apparence définitive. Par primitive, comprenez que la créature, cette fois-ci blanche pour qu'aucune confusion ne puisse être permise, n'est pas encore dotée des quelques armes redoutables qu'on lui connaît sous sa forme ultime : pas de molécules de silicium remplaçant ses cellules, ni de sang acide rendant méfiants ceux qui voudraient s'en approcher d'un peu trop près.
Pour le reste, les habitués demeureront en terrain familier. Alien : Covenant « remake » certains des passages les plus marquants de l'original dont une scène « d'accouchement » dorsal bien plus efficace et éprouvant qu'en 1979. Contrairement à ce que j'affirme plus haut, et en dehors du fait que j'ai choisi de faire abstraction de toute information circulant sur le film en matière journalistique, j'ai tout de même voulu jeter un œil sur la bande-annonce sortie plusieurs mois auparavant. J'avoue qu'elle m'avait laissé perplexe. Un œuf crachant son Facehugger au visage d'un soldat, un vaisseau intergalactique transportant tout le matériel nécessaire à la terraformation (ici le Covenant dont l'apparence rappelle forcément en partie le Nostromo du premier Alien), ou la présence d'un androïde ont failli me convaincre définitivement que Alien : Covenant n'était peut-être finalement qu'un Alien, le Huitième Passager 2.0. Si d'une certaine manière le film s'inspire de son ancêtre, Ridley Scott y injecte suffisamment de nouveautés pour qu'on lui pardonne la faiblesse d'avoir réutilisé de vieilles recettes. Et de toute manière, faisant partie de la légende entourant le mythe Alien, il fallait offrir aux nouvelles générations de cinéphiles une « mise à jour » des quelques moments-clés de l’œuvre originale.

Que l'on soit pour ou contre, s'il y a bien un aspect que l'on ne pourra reprocher au cinéaste d'avoir voulu intégrer une fois encore, c'est la superbe partition musicale du compositeur Jerry Goldsmith. D'ailleurs, si l'on est coutumier de certaines de ses compositions passées pour le premier volet de la saga, on se rendra compte que le nouveau venu, le compositeur australien Jed Kurzel, guitariste et chanteur du groupe The Mess Hall (lequel a remplacé au pied levé Harry Gregson-Williams qui devait se charger de la bande-originale) s'est davantage inspiré de certains thèmes plutôt que d'avoir voulu directement se servir dans le tracklisting de Alien, premier du nom. Ce qui n'aura en outre pas empêché Jed Kurzel de composer quelques thèmes personnels franchement oppressants et tout à fait dans l'air du temps.
Si Alien, le Huitième Passager mêlait avec ingéniosité science-fiction et épouvante, Ridley Scott y intègre désormais une nouvelle donnée : l'horreur. L'original ayant été relativement discret en la matière (les morts intervenants parmi les membres du Nostromo étant généralement filmés hors-champ), cette fois-ci, le cinéaste se lâche. Les effets-spéciaux numériques remplaçant les trucages mécaniques, la créature n'a jamais semblé aussi à l'aise dans son environnement. Bien que l'on puisse généralement leur préférer l'ancienne méthode consistant à gérer des créatures de latex et de silicone à l'aide de câbles, les images de synthèses ne sont jamais « visibles ». Affirmer l'inverse serait de la mauvaise foi et l'on ne pourra pas reprocher au cinéaste d'avoir eu envie d'en faire trop à part, oui, peut-être, lors d'une scène de sauvetage manquant de crédibilité.
L'inconvénient des scènes d'actions formidablement mises en scène est que leur succède un certain nombre de passages relativement lents. Si dans la majeure partie des cas, l'ambivalence ne nuit pas à l'ensemble du projet, j'avoue m'être ennuyé à deux reprises.
Marqué par les heures les plus sombres de notre humanité, Ridley Scott explore également avec Alien : Covenant l'un des aspects les plus terrifiants de la seconde guerre mondiale avec son clone de Josef mengele, cet officier allemand de la Schutzstaffel qui pratiquait des expériences médicales abominables sur les prisonniers du camp d'Auschwitz. Le rapport entre l'androïde David et le médecin-nazi est indéniable.

Alien : Covenant aurait tout aussi bien pu être titré Alien 5 si l'absence de l'actrice Sigourney Weaver ne s'était faite ressentir. Une absence pas si cruelle que cela tant elle avait déçu dans le quatrième volet des aventures de Ripley et tant l'actrice Katherine Waterston a su la faire oublier. Un personnage moins viril sans doute, mais tout aussi charismatique. A ses côtés, un Michael Fassbender bicéphale (vous comprendrez pourquoi en découvrant le film) et des seconds rôles très attachants (Danny McBride dans le rôle de Tennessee, le pilote du Covenant, demeurant sans doute l'un des personnages les plus marquants).
Mon verdict : contre toute attente, j'ai vraiment bien aimé cette suite ? Préquelle ? Du premier Alien ? De Prometheus ? qui contrairement à ce que l'on pouvait supposer redonne un sens à une saga qui était devenue au fil des décennies quelque peu désordonnée, le comble demeurant la sortie de l'improbable Prometheus il y a cinq ans. Fan absolu du tout premier volet sorti en 1979, et appréciant plutôt bien la suite de l'insupportable et mégalomane James Cameron, Alien : Covenant m'apparait comme une très bonne surprise. Qui n'étonnera sans doute pas les vieux briscards mais contentera très largement un public plus jeune. A savoir qu'en théorie Ridley Scott devrait réaliser d'ici deux ans la suite directe de Alien : Covenant...

jeudi 21 avril 2016

Alien, le Huitième Passager Director's Cut de Ridley Scott : Les ajouts



Alors que certaines grandes œuvres cinématographiques estampillées director's cut ont eu tendance à être très largement rallongées par leurs auteurs, la version de Ridley Scott de son Alien, le Huitième Passager dure une minutes de moins que dans sa version cinéma originale. Si le film a subit quelques coupes légères (totalisant tout de même un peu moins de trois minutes), il a connu également quelques rajouts et non des moindres, rééquilibrant ainsi à une minute près la durée de la version sortie en 1979 sur les écrans. La présence de rajouts est flagrante, surtout si l'on regarde la version director's cut dans sa version française, certains doubleurs ayant été remplacés par d'autres dont le timbre tranche radicalement avec celui de ceux qui doublaient les interprètes du film à l'origine.

Le premier rajout se situe autour de la treizième minute et montre l'équipage, et notamment le personnage de J. M. Lambert campé par l'actrice Veronica Cartwright étudiant le signal capté par le Nostromo. Si chacun à ce moment très précis doute de l'origine de celui-ci, il ne fait aucun doute qu'il est d'origine animale. Dallas demande à Lambert d'isoler l'origine du signal. La jeune femme explique alors à ses compagnons à travers des calculs opérés par l'ordinateur central que l'origine de la source provient de la minuscule planète où s'est échoué un vaisseau extraterrestre. Cette scène, et les étranges bruits émis par ce qui semble être une créature, apporte un élément concret sur ce qui apparaît comme une forme de vie extraterrestre s'étant écrasée sur la planète.

Une vingtaine de minutes plus tard, et alors que Dallas et Lambert explorent la planète en compagnie de Kane, ce dernier se retrouve nez à nez avec avec ce qu'il identifie comme des œufs. Après avoir tenté de toucher l'un d'entre eux et après avoir remarqué qu'une forme de vie les enfermait, il dégaine tout naturellement son arme. C'est ce détail qui n'apparaissait pas dans la version originale qui a été ajoutée dans la director's cut.

Le troisième rajout concerne une scène très intéressante située à environ trente-huit minutes du début du film. Alors que Dallas et Ash examinent le parasite accroché au visage de Kane, Parker, Brett et Lambert assistent à la scène derrière une baie vitrée. Alors que Parker s'interroge une première fois sur la possibilité de mettre le corps de Kane en hibernation, Ripley fait son apparition, Lambert profitant de l'occasion pour la gifler violemment, Ripley ayant plus tôt refusé de faire entrer les trois membres de l'équipage qui avaient exploré la planète et étaient revenus accompagné d'un hôte indésirable.

Il faudra attendre presque une demi-heure avant de trouver un nouvel ajout à cette version director's cut du film de Ridley Scott. Elle se situe au moment très précis où Brett à la recherche du chat dont la présence dans les coursives du vaisseau met à mal les recherches entreprises pour retrouver l'alien qui n'est jusqu'à maintenant apparu que sous la forme d'une minuscule créature. D'une durée de vingt secondes supplémentaires, on y découvre à deux reprises l'alien sous sa forme définitive avant que le personnage de Brett y soit pour la première, et malheureusement pour lui, dernière fois confronté. Un ajout qui apparaît inutile et qui diminue quelque peu la puissance de la scène durant laquelle apparaissait la créature dans le dos de Brett puisque dans la version cinéma du film, elle surprenait autant le spectateur que le personnage lui-même. Par contre, rallonger ce passage de quelques plans supplémentaires accentue le climat de cette scène parmi les plus angoissantes du film.

Ce passage est directement suivi d'un autre ajout durant lequel Parker et Ripley débarquent dans la pièce même où est tué Brett après qu'ils l'aient entendu hurler. Scène éminemment importante et qui justifie à elle seule l'explication de Parker face à ce qu'il a découvert lorsqu'il explique aux autres avoir vu la créature. Ensuite, et alors que tout le monde suppose que Dallas est mort après sa traque de la créature dans les conduits d'aération, la réunion des rescapés se terminait sur un échange de regards entre Ripley et Lambert (cette dernière semblant jeter à la première un regard plein de mépris et de peur), la version remontée montre Lambert suivre du regard Ripley qui quitte la pièce sans dire un mot.

L'avant dernier rajout de cette version director's cut concerne une longue scène (d'environ une minute et quarante cinq secondes) durant laquelle Ripley découvre une chambre à l'intérieur de laquelle sont conservés encore en vie dans des cocons les corps de Brett et de Dallas. Suppliant Ripley de le tuer, Dallas meurt dans les flammes. Cette scène sera reprise (plagiée?) dans la suite signée James Cameron, Aliens.
Le dernier plan quant à lui se situe lors du passage dans lequel Ripley s'empare de la navette pour fuir le Nostromo et l'alien qui l'habite. Alors que dans la version originale la créature observait le chat durant quelques courtes secondes, dans cette version, la scène est un peu plus longue et se termine par la chute de la boite renfermant le félin.

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