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mardi 1 septembre 2026

Amsterdamned de Dick Maas (1988) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Tandis qu'il remporta en 1984 le Grand Prix du Festival international du film fantastique d'Avoriaz avec le film fantastique et d'horreur L'Ascenseur (De Lift), le néerlandais Dick Maas allait refaire parler de lui en 1988 avec le bien nommé Amsterdamned. Un mélange entre policier et slasher plutôt efficace même si dans ses grandes lignes, le troisième long-métrage du réalisateur et scénariste originaire de Heemstede en Hollande-Septentrionale fait souvent preuve d'un classicisme qui le fait ressembler à un mélange entre la série policière néerlandaise Baantjer (l'équivalent des séries française Commissaire Maigret et allemande Derrick) et ces nombreux film d'horreur mettant en scène d'insaisissables tueurs en série cachés derrière un masque et des costumes plus ou moins excentriques ! Si l'acteur Huub Stapel a fait toute sa carrière ou presque dans son pays d'origine, on peut dire qu'il doit sa reconnaissance mondiale à Dick Maas qui fit de lui le héros de L'ascenseur dans lequel il incarna le personnage de Felix Adelaar, un mécanicien de la compagnie néerlandaise Deta Liften chargé de réparer l'ascenseur d'une grande tour. Fidèle interprète de son compatriote néerlandais, Huub Stapel réapparaîtra notamment dans la comédie Flodder en 1986, sa suite six ans plus tard Flodder in Amerika! ainsi que dans Sint en 2010... Dans Amsterdamned, il interprète cette fois-ci le rôle de l'inspecteur Eric Visser. Père d'Anneke (Tatum Dagelet), il enquête sur une série de meurtres particulièrement horribles qui endeuillent la ville d'Amsterdam. La particularité du tueur est que celui-ci ne rode non pas dans les rues de la ville mais parmi les cent-soixante canaux s'étalant sur environ cent kilomètres qui constituent le réseaux maritime de la cité. Autre point intéressant, le tueur est affublé d'une tenue intégrale de plongée. S'agissant des meurtres, si leur originalité reste à prouver puisque le tueur use généralement d'un couteau de plongée, c'est la mise en scène de certains d'entre eux qui intéressera surtout l'amateur de slashers ou de gialli. À commencer par le meurtre de la prostituée qui ouvre le bal. Après avoir été attirée de nuit sous les eaux d'un des canaux de la capitale des Pays-Bas, son corps est retrouvé suspendu à l'un des nombreux ponts de la ville. Un bateau-mouche rempli de touristes dont une bonne majorité d'enfants passant en dessous dès le lendemain matin, le corps encore tout sanguinolent laisse une large traînée de sang au passage de l'embarcation...


Parmi les victimes de notre insaisissable assassin, deux écologistes venus récolter l'eau des canaux afin d'en étudier la composition, une quêteuse, un pêcheur et quelques-autres malheureuses proies qui auront le malheur de tomber entre les mains du tueur. Du côté de l'enquête, rien que de très banal. Et même si les investigations menées par Eric Visser avancent pas à pas, on a parfois l'impression que l'homme est davantage intéressé par sa nouvelle relation avec la séduisante Laura (Monique van de Ven qui joua notamment dans Turks fruit et Katie Tippel de Paul Verhoeven en 1973 et 1975) que par la traque du tueur. Pourtant, une scène en particulier tentera de nous convaincre du contraire. En effet, après avoir déroulé son intrigue sur un rythme plutôt lent et lors de meurtres assez peu sanglants en dehors d'une sympathique décapitation, Dick Maas nous offre une séquence de poursuite absolument géniale nous permettant ainsi de découvrir la magnificence de la ville d’Amsterdam, de ses nombreux ponts et de ses canaux. Une séquence longue, virevoltante, énergique derrière le volant de hors-bords qui rappelle parfois les meilleures courses-poursuites entre les personnages interprétés chez nous à l'époque par Jean-Paul Belmondo et divers criminels. Sauf qu'ici, tout se passe sur l'eau ! Notons la présence de Hidde Maas qui contrairement à ce que l'on pourrait croire n'a aucun lien de parenté avec Dick Maas. Ici, il incarne le rôle du psychiatre et ami de Laura, Ruysdael. Le personnage sera d'ailleurs au centre d'un quiproquo qui mènera l'intrigue vers un twist final inattendu. Se chargeant encore une fois de la mise en scène, de l'écriture et de la partition musicale, Dick Maas signe avec Amsterdamned un sympathique petit film que l'on rangera également dans la catégorie des films d'horreur même s'il n'entre pas officiellement dans celle-ci. Notons enfin qu'en 2025 et après près de dix années de silence, le cinéaste est revenu à la réalisation avec Amsterdamned 2 dans lequel Huub Stapel y reprend le rôle de l'inspecteur Eric Visser. Un film qui en France n'est malheureusement pas encore disponible...


 

jeudi 27 août 2026

Que justice soit faite de F. Gary Gray (2009) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Sur les conseils d'un ami très proche dont le film de chevet, je préfère le préciser, est La soupe au chou de Jean Girault, ami que l'on pourrait donc davantage considérer de nanardophile dans le meilleur de cas et de franchouillardophile dans le pire que de véritable cinéphile ou cinéphage, j'ai regardé il y a deux jours le très évocateur Que justice soit faite de F. Gary Gray. Un réalisateur, producteur et acteur d'origine afro-américaine dont je ne connaissais jusque là que l'assez peu satisfaisant quatrième volet de la franchise Men in Black sous-titré International. En parcourant sa filmographie, je constate ensuite que le bonhomme a également réalisé le huitième opus de la saga Fast & Furious dont la seule évocation me donne des hauts le cœur de dégoût ! L'ami en question, pour qui élégance, raffinement, chic et délicatesse passent par une bonne grosse séance de flatulences en plein air (j'entends par là, celles de nos regrettés Louis de Funès et Jean Carmet) m'affirme sans rougir que tous ceux auxquels il adressa ce film comme celui à ne surtout pas manquer apprécièrent l'expérience. Ni une, ni deux, et sans avoir au préalable demandé à qui avait été destiné ce précieux conseil, je me lançais donc dans cette expérience de thriller mâtiné de vengeance tardive scrupuleusement préparée par un époux et un père dont la femme et la petite fille furent assassinées par deux dangereux criminels venus cambrioler leur demeure. Bref, le genre de Vigilante dont j'attendais qu'il réussisse presque à me faire oublier les premiers volets de la fameuse licence Death Wish incarnée par sieur Charles Bronson dans les années soixante-dix, quatre-vingt et quatre-vingt dix. Et d'une certaine manière, il y réussit. Non pas grâce à ses qualités, celles qui par définition sont surtout et intrinsèquement liées aux desiderata du fervent admirateur de bousins dont les budgets flirtent à minima avec les cinquante millions de dollars, mais grâce (et ici, en l'occurrence, à cause) de ses nombreuses invraisemblances qui en se superposant les unes aux autres font de Que justice soit faite, un authentique cas d'école. Prendre à ce point le spectateur pour un con en lui faisant avaler des couleuvres par dizaines en espérant qu'il passera un moment agréable dénué de toute réflexion quant au virage systématiquement improbable du récit, oui, je le dis, je l'écris, F. Gary Gray et le scénariste Kurt Wimmer prennent vraiment les spectateurs pour des crétins. On comprend alors que Frank Darabont ait préféré prendre ses jambes à son cou pour divergence artistique. Pas de chance pour Gerard Butler qui incarne ici le rôle de l'époux et père meurtri qui prendra dix ans pour fomenter sa vengeance. Car après avoir consciencieusement préparé la mort des deux criminels, l'ingénieur Clyde Alexander Shelton n'en aura pas pour autant terminé et fera payer à toutes celles et ceux qu'il juge responsable du prix de leur ''trahison''...




L'un des faits les plus remarquablement absurdes du script de Kurt Wimmer concerne tout d'abord l'accord obtenu par le procureur Nick Rice (Jamie Foxx) au sujet de Clarence Darby (Christian Stolte) auquel il demande de témoigner contre son complice Rupert Ames (Josh Stewart) afin que celui-ci soit condamné à mort lors de leur procès ! Si celui qui n'a pas encore mis les pieds dans le plat en visionnant cette indigence scénaristique généralisée que représente Que justice soit faite a peu de chance de comprendre où se situe la ''coquille'', l'autre est saisi par tant d'incohérence. Car le procureur en question préfère effectivement négocier avec le véritable assassin qu'avec son complice ! Imaginez donc ce dernier être exécuté par injection tandis que Clarence Darby ira passer quelques années en zonzon avant d'être libéré pour bonne conduite. Profitons de l'occasion qui nous est offerte pour évoquer les nombreuses ellipses qui viennent briser le peu d'intérêt qu'aurait pu théoriquement offrir le long-métrage. Car la vengeance en question, prometteuse sur le papier et sur les lèvres de mari et père revanchard, n'est ni plus ni moins qu'éludée en un peu moins de temps qu'il ne faut pour le dire ! Mais ce qu'il y a probablement de pire avec Que justice soit faite reste sans aucun doute la caractérisation de notre héros qui plus qu'un ingénieur est devenu au fil du temps un stratège du crime, omniscient, qui en outre a eu suffisamment de temps pour développer des capacités qui semblent aller bien au delà de celles du personnage incarné par Liam Neeson dans l'excellent Taken. Expert en informatique, en explosifs, en droit, en psychologie et même en manipulation ! Autant dire qu'à côté de lui, n'importe quel super-héros Marvel ou DC Comics ne peut faire le poids. F. Gary Gray pousse si loin le curseur que son thriller, sous couvert de confronter la Justice à des problématiques d'ordre moral, juridiques et procéduriers (bien loin d'atteindre de ce point de vue là l'intensité du tragique et bouleversant La Vie de David Gale d'Alan Parker) finit par devenir involontairement drôle. Et encore, faut-il s'être tout d'abord assuré de ne pas être atteint d'Hypomimie avant de se lancer dans l'aventure car sinon, vous aurez la désagréable impression d'être atteint de paralysie faciale tant vous aurez envie de rire sans pouvoir cependant y parvenir ! Au final, Que Justice soit faite est assez difficile à évaluer, entre thriller poussif et parodie inconsciente...

 

jeudi 13 août 2026

The Black Panther de Ian Merrick (1977) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Dans un même esprit que The Todd Killings de Barry Shear mais quittant le territoire américain pour la Grande Bretagne et dans une approche beaucoup plus sombre et réaliste, The Black Panther de Ian Merrick s'intéresse cette fois-ci non plus au tueur en série Charles Schmid mais au braqueur de banque et de bureaux de poste, kidnappeur et multiple assassin Donald Neilson qui entre 1971 et 1974 commis plusieurs effractions et meurtres qui firent trois victimes : Sidney Gray en 1971, Donald Skepper en 1972 et Ernest Dyas en 1974. Le titre du long-métrage n'est pas une pure invention puisque l'homme fut surnommé ainsi pour avoir surtout effectué des cambriolages de nuit, entièrement vêtu de noir et sans faire le moindre bruit. Mais s'il est surtout resté célèbre sur le territoire britannique, c'est parce qu'il kidnappa l'adolescente Lesley Whittle alors âgée de dix-sept ans le 14 janvier 1974. Donald Neilson aurait alors exigé de la part de ses parents la rondelette somme de cinquante-mille livres. Quant à Lesley, elle fut enfermée dans un puits de drainage souterrain d'un réservoir situé à Bathpool Park, dans le Staffordshire. Déshabillée, attachée nue à seize mètres de profondeur, une cagoule placée sur sa tête et une corde autour du cou, son corps fut finalement découvert par les autorités près de trois mois plus tard. L'adolescente a perdu la vie par pendaison. On ne saura jamais si elle est accidentellement tombée de l'étroite plateforme qui la retenait prisonnière ou si son ravisseur la poussa dans le vide... Condamné à la prison à vie après un premier jugement datant du 1er juillet 1976 et de trois autres condamnations à perpétuité pour les meurtres qu'il commis sur les trois employés de bureaux de poste, Donald Neilson passa le reste de son existence derrière les barreaux avant de mourir le 18 décembre 2011... The Black Panther adapte donc une grande partie des événements entourant la multiple tragédie qui endeuilla la Grande Bretagne entre 1971 et 1974 tout en éludant certains aspects comme la culpabilité de l'épouse du criminel qui dans le long-métrage de Ian Merrick n'est pas directement impliquée dans la série de braquages commis par son époux. À dire vrai, elle (Marjorie Yates) et leur fille (Sylvia O'Donnell) apparaissent comme terrorisée par Donald qui depuis qu'il a quitté l'armée semble avoir beaucoup de mal à réintégrer la vie civile...


Découchant régulièrement jusqu'à préférer dormir dans la nature, il a gardé des réflexes propres à son ancienne carrière de militaire. Incarné à l'écran par l'acteur Donald Sumpter, l'homme est glaçant, rigide, impassible devant la moindre émotion et incapable lui-même de montrer le moindre sentiment vis à vis de ses proches ou de ses victimes. C'est ainsi que Ian Merrick traite de son sujet, l'atmosphère froide, rugueuse et l'indifférence de son principal protagoniste sont à l'origine d'une œuvre très particulière, presque clinique dont on ne s'explique pas vraiment les motivations du tueur et kidnappeur autrement qu'à travers son appétit pour l'argent. Ici, la participation de l'épouse du tueur n'est pas explicitement décrite. On pense surtout que Donald Neilson vit une double vie qu'il cache à son épouse et à leur fille. L'incarnation de Donald Sumpter est à l'aune de la mise en scène de Ian Merrick. Lequel ne cherche pas à expliquer les motivations de ce tueur méthodique dénué de toute empathie pour son prochain. En résulte une œuvre glaçante, froide et réaliste décrivant les étranges habitudes d'un individu qui agit rapidement de manière très curieuse à travers d'étranges rituels. Lorsque débute le récit, Neilson est déjà coutumier des actes criminels, ce qui évite au réalisateur d'expliquer ses motivations. On n'en saura pas davantage durant ces quelques quatre-vingt dix minutes durant lesquelles Ian Merrick s'attache à suivre le personnage central sans presque jamais le quitter des yeux. Donald Sumpter y incarne un individu tellement crédible qu'il devient difficile de distinguer le personnage de son interprète. Malgré la violence des méfaits, The Black Panther est bien moins cru visuellement qu'on pouvait s'y attendre. Sa spécificité se trouve surtout dans le jeu quasi monolithique de Donald Sumpter, dans l'austérité de la mise en scène, proche du documentaire ou dans la terne photographie de Joseph Mangine. Bref, une œuvre atypique qui durant très longtemps fut invisible mais qui, en France notamment, fut éditée par UFO Distribution dans le courant de l'année 2016 au format DVD...

 

mercredi 12 août 2026

The Todd Killings de Barry Shear (1971) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Si The Todd Killings de Barry Shear n'évoque pas directement le nom de l'assassin dont le réalisateur et les scénaristes Dennis Murphy, Joel Oliansky et Mann Rubin se sont inspirés pour écrire l'histoire et ni de celui des véritables victimes, le récit repose pourtant sur la série de meurtres que commis Charles Schmid entre 1964 et 1965. L'assassin, ici incarné à l'écran par le charismatique Robert F. Lyons alors âgé de vingt ans évoque cependant curieusement l'un des plus célèbres tueurs en série de l'histoire de la criminalité américaine. Entouré d'une horde d'adolescents des deux sexes lui vouant une véritable adoration, il n'est pas rare en effet que le personnage soit le reflet fictionnel du gourou et criminel Charles Manson qui à peu près à la même époque envoya notamment plusieurs de ses disciples assassiner un producteur de musique qui refusa auparavant de signer avec lui un contrat. Ayant depuis déménagé, la propriété fut rachetée par le cinéaste Roman Polanski. Le 9 août 1969, les membres de la Famille Manson Charles Tex Watson, Patricia Krenwinkel, et Susan Atkins s'introduisirent chez lui et assassinèrent son épouse l'actrice Sharon Tate ainsi que trois de leurs amis. Alors, même si The Todd Killings n'est pas officiellement inspiré des méfaits commis par les membres de la secte, il est troublant de constater le rapport ténu qu'entretient le personnage de Skipper avec certains éléments propres à l'existence de Charles Manson. Car dans un cas comme dans l'autre, dans la fiction et dans la réalité, les deux se rêvent musiciens... Plus étonnante encore est la relation pourtant impossible à établir entre le personnage central du récit et cet autre célèbre tueur en série qui défraya la chronique dans le milieu de années soixante-dix connu sous le nom de Ted Bundy (Theodore Robert Bundy). En effet, entre les meurtres visant exclusivement de jeunes femmes, l'intelligence et la beauté avérée de ce tueur en série ayant commis de très nombreux meurtres entre 1974 et 1978, la distinction entre les deux individus devient évidente... Auteur de très nombreux téléfilms, longs-métrages et épisodes de séries télévisées, Barry Shear signe une œuvre profondément marquée par la Guerre du Vietnam, la contre-culture et le rejet des institutions. Skipper est significatif de cette arrogance d'une jeunesse post soixante-huitarde personnifiée ici à travers ce jeune homme séduisant, charismatique et finalement très plaisant pour son entourage à côtoyer...


Autour de lui, une pléthore de tout jeunes adultes, voire d'adolescents prêts à tout pour un sourire, un regard et même parfois, un baiser. S'agissant de la relation entre l'homme et son entourage, Barry Shear les traite d'ailleurs de manière relativement ambiguë. On ne sait en effet pas vraiment si seules les femmes (souvent très jeunes) l'attirent ou si les hommes aussi ont parfois ses faveurs. Ici, par contre, pas de doute possible sur sa culpabilité puisque The Todd Killings s'ouvre sur une séquence d'une réalité crue ! L'enterrement d'une jeune femme dans le désert, le meurtrier étant accompagné de deux ''amis''. Une scène qui témoigne de tant d'assurance et de narcissisme chez Skipper qu'il n'imagine pas un seul instant que quiconque autour de lui pourrait le trahir. Barry Shear en fait le marqueur d'une génération dénuée de toute morale où la mort et l'acte en lui-même valent bien moins que l'image que l'on renvoie devant la société. Représentée dans le cas présent par une juvénilité où les jeunes femmes sont prêtes à vendre corps et âme et où les jeunes hommes ont tous l'air de garçons de plage. Notons que le long-métrage met en scène un très bon choix d'interprètes puisque outre Robert F. Lyons dans le rôle-titre, plusieurs actrices et acteurs ont fait les beaux jours du petit ou du grand écran. Richard Thomas qui joue ici le rôle de Billy Roy, amoureux transit d'une ancienne camarade qui reste indifférentes à ses appels du pied, sera l'une des vedettes de la série La Famille des collines un an plus tard. L'actrice de théâtre et de cinéma Barbara Bel Geddes deviendra mondialement connue pour avoir incarné dès 1978 le personnage de Ellie Ewing dans la série Dallas et toujours concernant le petit écran, la très jolie Belinda Montgomery apparaîtra notamment dans la série de science-fiction L'homme de l'Atlantide aux côtés de Patrick Duffy en 1977... Pour finir, Michael Conrad incarnera le sergent Phil Esterhaus dans la série policière Hill Street Blues au début des années 80... Pour celles et ceux qui apprécieraient The Todd Killings, il leur est très fortement conseillé de se jeter ensuite sur l'excellent téléfilm The Deliberate Stranger de Marvin J. Chomsky et avec Mark Hammil qui cette fois-ci traita du cas Ted Bundy...

 

mardi 14 juillet 2026

Violated ! d'Albert Zugsmith (1975) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 




 

Après une longue carrière de cinéaste étalée sur vingt et un ans et constituée d'une vingtaine de longs-métrages dont une partie fut consacrée à la Sexploitation, le réalisateur, scénariste et producteur américain Albert Zugsmith a donné son tout dernier tour de manivelle en 1975 avec Violated !. On ne débattra pas bien longtemps ici sur le sens à donner à ce titre puisque le viol est justement au centre de ce récit dont au moins un tiers des séquences est justement consacré à des agressions d'ordre sexuel dont les victimes sont toutes des femmes. Jolies et notamment interprétées par René Bond et Susanne Suzan, elles sont les proies d'un violeur insaisissable. Pourtant, la police ne ménage pas sa peine puisque l'inspecteur chargé de l'enquête, le détective Purvis (Wes Bishop), multiplie les interrogatoires s'agissant d'hommes ayant été aperçus sur les lieux des crimes au moment même où ils furent commis. De quoi alimenter la suspicion et ainsi noyer le poisson quant à l'identité du violeur. Un criminel qui, s'il n'assassine pas ensuite ses victimes, leur laisse un ''cadeau''. Un souvenir sous forme de croix gammée gravée à même la chair. Qui sur un avant-bras, qui sur le sein droit. Typique du cinéma d'exploitation américain des années soixante-dix où sexualité et violence allaient de paire, Violated ! met en scène une victime qui plutôt que d'attendre désespérément que la police arrête le coupable choisit de se faire vengeance. Avec l'aide de son ami Quentin Judson (Jay Scott sous le pseudonyme de Billy Buzby), que la police a pourtant soupçonné durant un certain temps et avec celle de Midge Lewis (l'actrice Suzanne Suzan), une autre victime du pervers qui elle aussi a gardé des séquelles physiques et psychologiques, Terry Murphy (René Bond) décide de tendre un traquenard afin de piéger le violeur et ainsi lui faire payer tous ses crimes. Mais d'ici à ce que notre trio mette au point leur projet de vengeance, Violated ! Ne va être qu'une succession de scènes de viols. Lors desquelles nos interprètes féminines ne rechignent pas à se mettre à poil. Et notamment René Bond, laquelle n'a vraiment pas froid aux yeux puisque avant d'être agressée, Albert Zugsmith prendra quelques temps pour la filmer entièrement nue sous sa douche...


La mise en scène et l'interprétation n'étant pas de première qualité, le réalisateur joue donc sur la violence du propos. Dans un contexte où le cinéaste traite curieusement de végétarisme comme s'il pouvait être perçu comme une tare aussi critiquable que la désinvolture avec laquelle certaines femmes qui cherchent l'aventure passent des petites annonces explicites dans des journaux spécialisés, le scénario écrit conjointement avec William Maron aborde en outre la difficulté des victimes à convaincre les autorités. Le détective Purvis demeurant l'exemple parfait du flic sceptique. Entre l'enquête, inefficace (et ce malgré les allers-retours répétés en salle d'interrogatoire) et un violeur qui fait de sa ''profession'' un acte quasi quotidien, le retour à l'auto-défense est donc déclenché par la voie d'une victime au fort tempérament, rendu sans doute un peu ''fragile'' psychologiquement. Surtout lorsque l'on sait dans quelles mesures Terry est capable de faire payer à son bourreau l'agression dont elle fut la victime. Et dans quelle autre son ami Quentin est capable de la suivre dans la voie de la déraison. Démarrant de manière relativement dérangeante puisque plutôt réaliste (attrait typique de ce genre de production plus ou moins fauchée), Violated ! vire ensuite dans sa dernière partie vers une certaine forme de grand-guignol même si les amateurs d'hémoglobine n'en auront malheureusement pas pour leur argent ! Tandis que le relâchement de la police semble être de plus en plus une évidence (une laxité accentuée en outre par une musique étrangement guillerette et proprement inappropriée lors d'un repas en extérieur entre l'inspecteur et son collègue), le final se met en place. Alors qu'un énième suspect en la personne d'un carreleur passionné de sculpture sur bois est pour Terry et ses deux complices le coupable idéal, l'on assiste à une vengeance qui dépasse presque de loin l'acte de viol. Alors que le suspect ''idéal'' se retrouve ''savoureusement'' grillé sur une chaise électrique de conception artisanale fabriquée par Quentin, l'on découvre le véritable visage du violeur. Son passé entrant directement en résonance avec ses actes. Mais pire encore puisque en grand provocateur, Albert Zugsmith suggère que beaucoup de violeurs se cachent derrière de tout aussi nombreux hommes...

 

dimanche 5 juillet 2026

Se7en de David Fincher (1995) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Il y eut une époque où tout ce que touchait David Fincher ou presque se transformait en or. ALIEN³ en 1992, Se7en en 1995, Fight Club en 1999 ou encore Zodiac en 2007... Alors qu'est attendu pour cette fin d'année 2026 son dernier long-métrage The Adventures of Cliff Booth, écrit par Quentin Tarantino et dont la diffusion est prévue sur Netflix pour novembre aux États-Unis et un mois plus tard pour le reste du monde, retour sur le véritable phénomène que représenta Se7en à l'époque de sa sortie. Digne successeur du glaçant Manhunter que réalisa une décennie auparavant Michael Mann, le second long-métrage de David Fincher est à l'exacte croisée des chemins entre son premier film, ALIEN³, dont il su redéfinir les codes esthétiques et narratifs pour proposer une œuvre moite, étouffante, dans un milieu carcéral à l'échelle d'une planète toute entière et les thrillers les plus sombres. Un long-métrage au mieux inconfortable pour les uns et au pire, carrément ennuyeux pour les autres... Fort heureusement, armé d'un scénario en béton signé d'Andrew Kevin Walker qui juste avant signa celui de Souvenirs de l'au-delà de Brett Leonard avant d'écrire ceux de The Game et Fight Club de David Fincher, de 8 millimètres de Joel Schumacher, de Sleepy Hollow : La Légende du cavalier sans tête de Tim Burton ou encore celui de Wolfman de Joe Johnston, le réalisateur américain allait signer en cette année 1995 l'un des thrillers les plus sombres et efficaces de l'histoire du cinéma. Également accompagné d'une équipe technique hors pair parmi laquelle l'on trouve le compositeur attitré de l'immense David Cronenberg, Howard Shore, ou le directeur de la photographie franco-iranien Darius Khondji, tout commence avec le générique de Kyle Cooper. D'une conception qui laissera sur le cul tout ceux qui le découvrirent pour la première fois, inspirant par la suite d'autres auteurs, celui-ci se fond à la perfection au thème du récit. Une parabole construite autour du principe des sept péchés capitaux. Révélant la nature humaine profondément atteinte par la foi du tueur qui pour chacun de ses meurtres va mettre en scène la victime et cacher sur le lieu du crime des indices permettant aux inspecteurs William Somerset et David Mills de poursuivre leur enquête tout en découvrant peu à peu les intentions de celui qui se fait appeler John Doe. Héritier direct de Manhunter, donc, mais aussi d'Angel Heart d'Alan Parker ou du très déstabilisant Spoorloos (L'Homme qui voulait savoir) de George Sluizer, Se7en aura lui aussi fait des petits de par le monde, comme en Espagne avec Marshland d'Alberto Rodriguez, en Belgique avec De Behandeling de Hans Herbots, en Corée du sud avec Memories of Murder de Bong Joon-ho et au Canada avec l'amusant Resurrection de Russell Mulcahy. Sans doute pas le plus réussi de tous mais en tout cas celui qui en reprend les codes jusqu'à devenir le miroir nanardesque du film signé de David Fincher quatre ans auparavant !


Dans les rôles principaux de Se7en l'on retrouve Brad Pitt et Morgan Freeman. Le premier incarne l'inspecteur David Mills. Jeune flic fougueux et impulsif, marié à Tracy qu'incarne Gwyneth Paltrow, il accompagne pour sa dernière mission l'inspecteur William Somerset qu'interprète donc de son côté Morgan Freeman. Un flic très proche de la retraite, beaucoup plus tempéré et avançant avec sagesse... De ce duo apparemment antinomique, David Fincher accouche d'un buddymovie qui n'a rien de comparable avec les comédies américaines qui ont pour habitude de lier deux tempéraments aux antipodes l'un de l'autre. Ici, le contexte est morbide, délétère, glaçant et étouffant. Le cinéaste met en scène des meurtres rituels abominables. Entrecoupés de séquences plus ''classiques'' qui permettent d'introduire le spectateur dans l'intimité de ses personnages et ainsi de les rendre attachants. L'invitation de l'inspecteur William Somerset chez le couple Mills étant d'ailleurs à ce sujet, très significative. Il n'est plus seulement question pour Tracy d'unifier la relation professionnelle entre son mari et son collègue mais bien de faire de ce duo incompatible l'équipe idéale chargée de mettre la main sur celui qui fait trembler toute la ville. Séquence qui permettra en outre d'éveiller la morale et les émotions du spectateur lorsque surviendra la séquence finale alors même que la présence de la jeune femme se réduira à quelques courtes scènes seulement. Curieusement, David Fincher élude la présence des médias, préférant donc se concentrer presque exclusivement sur l'enquête de ses deux inspecteurs. Le cinéaste signe ainsi un grand film. Qui non content d'être d'un pessimisme extrême est aussi et surtout d'une construction absolument diabolique. Visuellement superbe bien que s'inscrivant dans un univers désespérément sombre, Se7en est surtout interprété par un quatuor d'interprètes remarquables. Morgan Freeman, Gwyneth Paltrow, Brad Pitt et... un quatrième acteur dont l'identité fut tenue secrète jusqu'à la sortie du film en salle. Et même jusqu'à son apparition à l'écran puisque son nom n'apparaissait pas lors du générique d'ouverture. D'ailleurs, je tairai son identité au cas où certains n'auraient toujours pas découvert ce très grand thriller du cinéma américain... Bref, du très grand cinéma...

 

jeudi 2 juillet 2026

L'autre côté de la violence (Roma, l'altra Faccia della Violenza) de Marino Girolami (1976) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

En soixante-dix huit longs-métrages et en trente-deux ans de carrière, le réalisateur italien Marino Girolami a touché à tous les genres et a même laissé derrière lui à l'attention des amateurs de nanars horrifiques, le ''légendaire'' Zombi Holocaust connu en France sous le titre La terreur des zombies ! Autant dire que est à l'opposée de ce film d'horreur qui fait hurler de rire lors des soirées arrosées tout en étant capable d'endormir le sauvage sagement assis tout seul devant sa télé. Sorti chez nous sous le titre L'autre côté de la violence le 06 juillet 1977 soit un an tout rond après sa diffusion dans les salles italiennes, Roma, l'altra Faccia della Violenza est un thriller d'excellente facture. Ce que l'on appelle dans son pays d'origine, un Poliziottesco. Sous-genre du film policier qui s'inscrit dans le contexte des Années de Plomb qui entre la fin des années soixante et le tout début des années quatre-vingt marquèrent le pays à travers des tensions politiques débouchant sur des actes de terrorisme et sur une violence généralisée. Si le long-métrage de Marino Girolami s'en tient tout d'abord à un sujet principal, celui d'un petit groupe de policiers traquant une bande de quatre voyous adeptes de vols, d'agressions physiques, de viols et de meurtres, Roma, l'altra Faccia della Violenza se distingue ensuite par sa critique sociale. Confrontant une jeunesse radicale qui par manque de perspective d'avenir ou par simple snobisme vis à vis du monde adulte et de la société en général s'engage dans une violence et une révolte extrêmes. Le film démarre pourtant de manière classique. Quatre criminels conquièrent les rues de la ville à la recherche de mauvais coups. Jusqu'au jour où ils dépassent les limites et causent la mort d'une jeune femme lors d'une soirée chic se déroulant dans une luxueuse demeure. Lorsque le père de la jeune victime, le Docteur Alessi (Anthony Steffen), apprend que celle-ci n'a pas survécu à la balle qu'elle a reçu dans la poitrine, il se rend, furieux, jusqu'au commissariat où il critique la mollesse de la police. Et notamment celle du Commissaire Carli qu'interprète à l'écran l'acteur Marcel Bozzuffi...


Un flic qui dans ce contexte particulièrement tendu où la jeunesse s'égare et où la pègre est prête à en venir directement aux mains face aux quatre criminels qui lui fond du tort, s'avère capable de contenir sa colère. Profondément humain comme en témoigne notamment son rapport au jeune marginal Stefano (Umberto Liberati) auquel il tente d'apporter un peu d'aide, Carli se retrouve devant une affaire relativement complexe à mener. Entre un témoin du meurtre qui se rétracte après avoir reçu une alléchante proposition d'acquisition d'un magasin de fleurs, des suspects qui n'en sont finalement plus, un père épris de vengeance qui va mener à bien une ''odyssée'' meurtrière afin d'éliminer les véritables coupables du meurtre de sa fille, des gosses de riches intouchables et entourés d'avocats véreux, il est clair que le commissaire va avoir du pain sur la planche. À l'époque de sa sortie en salle, Roma, l'altra Faccia della Violenza fut interdit chez nous aux moins de seize ans. D'une violence tout relative en comparaison de ce qu'étalent de nos jours nombre de longs-métrages, il est vrai que le contexte dans lequel évoluent les personnages s'avère assez âpre. Des fusillades en pagailles qui parfois font des victimes innocentes tuées à cause d'une balle perdue. Le père de famille subissant notamment une agression de la part de trois des quatre voyous qu'il traque. Un double viol commis dans une serre. Et puis des séquences de courses-poursuites assez énergiques, avec des flics qui préfèrent passer leur temps à tirer des coups de semonce en l'air tandis que les criminels, eux, laissent derrière eux nombre de cadavres. Notons que le film offre une séquence particulièrement gratinée durant laquelle un criminel en fuite se fait écraser par un autobus. Avec ce que cela peut sous-entendre comme conséquences sur le corps de la victime. Une scène bien gore ! Écrit par Marie-Claire Solleville, Vincenzo Mannino et Gianfranco Clerici, Roma, l'altra Faccia della Violenza est accompagné par une sympathique partition musicale signée deVince Tempera, Fabio Frizzi et Franco Bixio. Bref, un très bon, et même un excellent Poliziottesco...

 

mardi 30 juin 2026

Maigret et l'Affaire Saint-Fiacre de Jean Delannoy (1958) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Un an après avoir tourné ensemble Maigret tend un piège, le réalisateur et scénariste Jean Delannoy et l'acteur Jean Gabin se retrouvent sur le tournage de Maigret et l'Affaire Saint-Fiacre. Affecté à la police judiciaire du onzième arrondissement de Paris au 132, boulevard Richard-Lenoir, le Commissaire Divisionnaire Jules Maigret se rend cette fois-ci à Saint-Fiacre, dans l'Allier où il est né en 1987. L'occasion pour lui de retrouver bien des années après son départ pour la capitale française certains des habitants de ce petit village imaginaire qui n'a donc rien à voir avec ceux situés en Seine-et-Marne, en Loire-Atlantique ou dans les Côtes-d'Armor. C'est sur la demande de la comtesse de Saint-Fiacre interprétée par l'actrice Valentine Tessier qu'il se rend donc dans le village qui l'a vu grandir. En effet, la vieille dame qui connaît bien Jules pour l'avoir côtoyé durant son enfance a reçu une lettre anonyme qui annonce sa mort prochaine lors de la messe du Mercredi des Cendres. Chargé de sa sécurité, le Commissaire ne parvient cependant pas à éviter le drame et le jour annonçant la mort de la Comtesse, celle-ci est retrouvée morte à l'église tenue par l'abbé Jodet (Michel Vitold). Maigret fait la connaissance de son fils Maurice (Michel Auclair), de son secrétaire, le critique d'art Lucien Sabatier (Robert Hirch) et retrouve de vieilles connaissances, tel le docteur Bouchardon (Paul Frankeur) ainsi que le régisseur du château de la Comtesse, Gautier (Camille Guérini), son épouse Adèle (Hélène Tossy) et leur fils Émile (Serge Rousseau)... Très rapidement, le Commissaire remarque l'attitude plus qu’ambiguë de certains d'entre eux. Le fils de la Comtesse, grand amateur d'humour noir se révèle très dépensier et ne venait rendre visite à sa mère qu'à la seule occasion de lui soutirer de l'argent. Quant à Lucien Sabatier, il semble avoir participé à la vente d'un nombre incalculable de tableaux de grande valeur ayant appartenu à la vieille dame...


L'intrigue se déroulant dans un petit village et le Commissaire Maigret ayant fait seul le voyage jusqu'au lieu où se déroule l'action, les personnages qui orbitent généralement autour de lui son absents du récit. Ici, comme il le souligne d'ailleurs très rapidement, les intérêts financiers sont l'une des premières raisons qui poussent un individu à commettre un meurtre. Ce qui laisse entendre que ses deux premiers suspects en les personnes du fils et du secrétaire pourraient l'un comme l'autre avoir ''planifié'' la mort de la Comtesse qui, en outre, était atteinte de graves problèmes de cœur. Ce que savait son médecin, le docteur Bouchardon, lequel vient alors s'ajouter à la liste des suspects ! Au fil de l'intrigue l'on découvre que les hypothétiques responsables de la mort de la Comtesse qui pour l'instant passe pour une mort naturelle consécutive à une crise cardiaque sont plus nombreux qu'il n'y paraît. Changeant totalement d'atmosphère en comparaison des lugubres artères de la capitale filmées tel le quartier de Whitechapel dans Maigret tend un piège, Maigret et l'Affaire Saint-Fiacre a pourtant été majoritairement tourné à Paris. Le village tel que le décrit à l'origine Georges Simenon dans son roman éponyme qu'adaptent donc ici Jean Delannoy, le scénariste et journaliste Rodolphe-Maurice Arlaud ainsi que le dialoguiste Michel Audiard (déjà présent à l'écriture des dialogues dans Maigret tend un piège) lui fut inspiré par celui de Paray-le-Frésil, lui-même situé dans l'Allier, à une courte distance de Moulins qu'il cite d'ailleurs à de nombreuses reprises puisque l'un des suspects, le critique d'art et secrétaire de la Comtesse Lucien Sabatier, affirme qu'il s'y trouvait au moment même où une fausse information envoyée au journal qui l'emploie désignait la mort du fils de la Comtesse...


Si à travers cet élément l'on comprend comment la vieille dame est morte, il reste encore à savoir comment elle a appris la fausse nouvelle et surtout, qui est l'auteur de la lettre anonyme et de l'information mensongère... Maigret et l'Affaire Saint-Fiacre repose plus ou moins sur un concept semblable à celui instauré par la britannique Agatha Christie. D'un côté comme de l'autre de la Manche, l'anglaise et le français attachent une grande importance à la psychologie des personnages. C'est ainsi que dans Maigret et l'Affaire Saint-Fiacre, une grande place est réservée à l'étude comportementale des principaux protagonistes. D'ailleurs, le Commissaire Maigret ira jusqu'à réunir un total de six suspects lors d'un dîner organiser au sein du château même de la Comtesse de Saint-Fiacre. Immense bâtisse à l'étage duquel repose toujours la dépouille de la victime et aux pieds de laquelle sera déposé l'un des éléments essentiels du récit. Autre piège ici tendu par Maigret afin de tromper le coupable et ainsi mettre à terme à cette difficile enquête policière. Comme précédemment avec Maigret tend un piège, Jean Delannoy fait appel à une importante partie de l'équipe technique employée lors du tournage un an en arrière. Concernant le casting, s'il diffère du précédent, actrices et acteurs ici présents s'avèrent tout aussi remarquable. En commissaire débonnaire mais inflexible, Jean Gabin est parfait. L'acteur reviendra une troisième et dernière fois sous les traits du Commissaire Maigret en 1963 dans Maigret voit rouge, cette fois-ci réalisé par Gilles Grangier...




 

lundi 29 juin 2026

Maigret tend un piège de Jean Delannoy (1958) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Parmi les romans écrits par Georges Simenon, certains ont été davantage adaptés au cinéma et à la télévision que d'autres. On peut notamment citer Le chien jaune, Pietr-le-Letton ou La nuit du carrefour datant tous les trois de 1931 mais celui qui semble avoir eu le plus de succès auprès des cinéastes reste probablement Maigret tend un piège. Et pour cause : ce roman très proche du fait-divers entourant le cas irrésolu de Jack l’Éventreur a connu une première version cinématographique en 1958 réalisée par Jean Delannoy avant d'être adapté en Angleterre par trois fois en 1962, 1992 et 2016 avec The Trap de Terence Williams, Sets A Trap de John Glenister et Maigret Sets a Trap dans lequel l'acteur britannique Rowan Atkinson reprenait le rôle du commissaire Maigret... En Italie, Renato de Maria réalisa en 2004 le téléfilm La Trappola, adaptation transalpine du roman. Les Pays-Bas eux-mêmes se penchèrent dessus à travers cet autre téléfilm que fut Maigret zet een val en 1968 et dont l'auteur fut le réalisateur néerlandais Rob Geraerds. Quant à la France, outre le long-métrage de Jean Delannoy en 1958, le thème fut repris en 1996 au sein de la série Maigret. Placé en vingt-troisième position, l'épisode simplement intitulé Maigret tend un piège fut réalisé par Juraj Herz et tout comme lors des cinquante-trois autres, le rôle principal fut tenu par l'imposant Bruno Cremer...


Mais retour, donc, à la fin des années cinquante et plus précisément en 1958. Si le long-métrage incarné par Jean Gabin et par plusieurs interprètes parmi lesquels certains deviendront de grandes vedettes du cinéma ou de la télévision repose donc en effet sur l'ouvrage de Georges Simenon, la fidélité ne semble pas être à l'ordre du jour dans une adaptation qui fait fi de certaines identités, change le nom de certains quartiers, ajoute des personnages qui n'existaient pas à l'origine et va même jusqu'à ajouter une double activité à l'un des protagonistes les plus essentiels du récit en la personne d'Yvonne Maurin qu'interprète Annie Girardot et qui retrouve Jean Gabin après lui avoir déjà donné la réplique dans Le rouge est mis de Gilles Grangier en 1957. Après avoir interprété de petits rôles, la carrière de l'actrice est ainsi lancée sur des rails grâce au rôle ambigu de cette femme volage, épouse depuis six ans d'un homme qui au lit n'est jamais parvenu à la satisfaire... Notons ensuite parmi les stars du cinéma à venir, la présence de Lino Ventura qui dans le rôle de l'inspecteur Torrence interprète un personnage relativement secondaire auquel le script de Jean Delannoy, Michel Audiard et Rodolphe-Maurice Arlaud n'octroie que quelques rares interventions. Une présence à l'image plus physique qu'orale...


Nous sommes à Paris et depuis quelques mois, un individu sème la terreur dans la capitale en assassinant de jeunes femmes brunes et physiquement plutôt bien charpentées. Toujours le même mode opératoire : des coups de couteau dans le corps et des vêtements lacérés. Le sexe ne semble pas être la raison première puisque le légiste ne constate jamais aucun viol sur les victimes. Rapidement jugé de très orgueilleux, l'assassin prévient le Commissaire Maigret chaque fois qu'il vient de commettre un meurtre. C'est alors qu'intervient Louise (Jeanne Desailly), laquelle émet l'hypothèse selon laquelle le tueur prend de l'assurance au fil des meurtres. Ce qui donne à son mari l'idée de tendre un piège à ce dernier en faisant croire que le coupable vient d'être arrêté... Un concept pas inintéressant mais qui ne donnera pas vraiment ses fruits. Car l'intérêt de Maigret tend un piège est ailleurs. Dans la psychologie du meurtrier, décrite au fil d'un interrogatoire passionnant lors duquel Jules Maigret tend le véritable piège du titre. Celui qui mènera finalement le coupable à avouer indirectement ses meurtres. Cependant, et comme cela arrive parfois chez Georges Simenon et notamment chez celui qui demeure sans conteste le plus célèbre personnage créé par l'écrivain, rien n'est jamais aussi simple ni définitivement acquis... À travers un récit qui mêle amour, adultère, déviance sexuelle et crimes en séries, Jean Delannoy filme un Paris en noir et blanc, nocturne et relativement sombre. Tourné dans le Marais contrairement au roman qui situait l'action à Montmartre, Maigret tend un piège est donc bien une brillante variation sur le thème de Jack l’Éventreur. La scène d'action rappelant bien évidemment le caractère lugubre du quartier de Whitechapel où le célèbre tueur en série britannique commis cinq abominables crimes à la fin du dix-neuvième siècle...

 

vendredi 26 juin 2026

Maigret et le mort amoureux de Pascal Bonitzer (2026) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Créé au tout début des années trente par l'écrivain français Georges Simenon, le commissaire Maigret est apparu dans nombre de longs-métrages cinématographiques, à commencer par La Nuit du carrefour de Jean Renoir en 1932. En près de quatre-vingt dix ans, le personnage apparaîtra dans une vingtaines de films, en majorité d'origine française même si quelques productions internationales virent le jour entre la fin des années quarante et les années soixante avec la production franco-américaine L'homme de la Tour Eiffel de Burgess Meredith en 1949, franco-germano-italo-autrichienne Maigret fait mouche d'Alfred Weidenmann en 1966 ou franco-italienne Maigret à Pigalle de Mario Landi l'année suivante. Lister ensuite tout ce qui fut produit et réalisé pour la télévision s'avère déjà beaucoup plus problématique. Si dans notre pays le personnage est d'abord connu à travers les incarnations de Jean Richard dans Les enquêtes du Commissaire Maigret entre 1967 et 1990 et de Bruno Cremer dans Maigret à partir de 1991 et jusqu'en 2005, l'Angleterre, les États-Unis, l'Italie, le Canada et plus étonnant encore, le Japon, les Pays-Bas et l'Union Soviétique se sont emparés à leur tour du personnage.... Concernant ses divers interprètes, si l'on s'en tient aux acteurs français, le choix de certains d'entre eux respecta le portrait physique du commissaire tel que décrit dans les différents ouvrages de Georges Simenon. Un homme relativement impressionnant, d'une stature imposante, de grande taille et aux épaules larges. Une silhouette que l'on retrouvera notamment chez Bruno Cremer, Jean Gabin ou encore chez Gérard Depardieu.... mais déjà beaucoup moins chez l'acteur originaire de Newcastle Rowan Atkinson qui entre 2016 et 2017 endossa le costume du flic français dans une série britannique créée par Stewart Harcourt ! Une physionomie plus ''chétive'' qu'à l'accoutumée et à laquelle semble se rapprocher celle du tout nouvel interprète du personnage. En effet est sorti en février dernier sur les écrans de cinéma la toute dernière adaptation du Commissaire Maigret qui cette fois-ci est incarné par l'acteur Denis Podalydès. Acteur, scénariste, écrivain et sociétaire de la Comédie-Française, il campe désormais un commissaire beaucoup moins impressionnant physiquement dans Maigret et le mort amoureux. Auteur de quelques longs-métrages étalés sur plusieurs décennies dont l'excellent Rien sur Robert en 1999, le réalisateur et scénariste Pascal Bonitzer s'inspire pour ce tout nouveau film du roman Maigret et les Vieillards qu'éditèrent les Presses de la Cité en 1960...


Un titre qui vaut pour les diverses rencontres du commissaire avec des personnes âgées ! Alors que Jules Maigret y évoluait dans le courant des années soixante, sa toute nouvelle adaptation (la quatrième après les téléfilms Voices From The Past de de Gerard Glaister en 1962, Maigret et l'Ambassadeur de Stéphane Bertin en 1980 et Maigret et la Princesse de Laurent Heynemann en 2003) s'inscrit dans un contexte beaucoup plus contemporain puisque malgré des habitudes parfois vieillottes de la part de notre héros, la présence de téléphones portables signifie bien que l'action se déroule dans le présent. L'un des principaux atouts de Maigret et le mort amoureux est l'excellence des interprètes. De la domestique Jacqueline Larrieu (Anne Alvaro) dont l'employeur vient de mourir, à la Princesse Isabelle de Vuynes (Dominique Reymond) dont l'époux est lui-même décédé trois jours plus tôt, en passant par le commissaire Janvier (Manuel Guillot), l'épouse de Maigret (Irène Jacob), l'antiquaire Mazeron (Micha Lescot), son épouse Charlotte (Julia Faure) ou encore le Procureur (Olivier Rabourdin), l'on a droit à un casting cinq étoiles. Et puisque Denis Podalydès ne peut évidemment pas compter sur son physique, sa verve à l'écran annihile à peu près tout ce qui faisait jusqu'à maintenant certaines des spécificités du personnage. Si la mise en scène et la présence sur grand écran de Maigret et le mort amoureux peut paraître parfois aussi anachronique que celle du Maigret que réalisa Patrice Leconte en 2022 avec Gérard Depardieu, les dialogues valent bien ceux des meilleures comédies françaises même s'il est bien évident que le thème ici ne prête jamais vraiment à rire ou même simplement sourire. Avec son rythme lent propre aux adaptations télévisuelles du personnage de Georges Simenon l'on pourrait se demander quel put valoir l'intérêt de découvrir cette nouvelle itération sur grand écran en février dernier. La réponse tient en deux mots : dialogues et interprétation...

 

dimanche 7 juin 2026

Assault de Sidney Hayers (1970) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Retour dans le passé avec Assault du réalisateur et monteur britannique Sidney Hayers qui huit ans plus tôt avait réalisé le film d'horreur Burn Witch Burn en 1962. Nous sommes en 1970 et l'auteur de nombreux épisodes de séries télévisées parmi lesquelles beaucoup sont devenues populaires en France, Sidney Hayers signe avec Assault un giallo à l'anglaise, genre pourtant propre au cinéma italien et qui côtoie ici le slasher avec son tueur dont l'identification parviendra aux enquêteurs ainsi qu'aux spectateurs sur le tard. Afin d’asseoir objectivement et sans ambiguïté le film dans le genre giallo, le cinéaste intègre au casting l'actrice originaire de Belper dans le Derbyshire, Suzy Kendall. Interprète entre autre de L'oiseau au plumage de cristal (L'Uccello dalle Piume di Cristallo) de Dario Argento la même année où elle incarnait l'un des rôles principaux à travers le personnage de Giulia ou de Torso (I Corpi Presentano Tracce di Violenza Carnale) de Sergio Martino dans lequel elle allait interpréter trois ans plus tard celui de l'étudiante Jane, Suzy Kendall apparaît désormais sous les traits de la professeur d'art Julie West. Donnant des cours dans une école pour jeunes filles, l'une de ses élèves prénommée Tessa (la chanteuse et actrice Lesley-Anne Down) est agressée à la sortie, à l'issue de la journée, sur le chemin censé la mener chez elle. C'est en prenant un raccourci à travers les bois que l'adolescente est effectivement attaquée par un inconnu aux mains gantées de noir (référence direct au giallo) qui l'agresse sexuellement avant de l'abandonner, toujours bien vivante, mais traumatisée. Mutique, la jeune fille est alors transférée dans les services psychiatriques du Docteur Bartell (Anthony Ainley) et confiée aux bons soins de son collègue le Docteur Greg Lomax (James Laurenson). Tandis que ce dernier tente d'aider Tessa à retrouver la parole, le surintendant en chef Velyan (Frank Finlay) mène l'enquête afin de mettre la main sur le violeur. Entre-temps, ce dernier a fait une seconde victime, toujours issue de l'école d'art, mais qui cette fois-ci est retrouvée morte après avoir été étranglée. Après que Julie et plusieurs de ses élèves se soient rendues en forêt afin de retrouver l'adolescente qui plus tôt ne donnait plus signe de vie, la professeur d'art découvre à l'arrière-plan de sa voiture l'assassin penché sur son élève. Devenue témoin du meurtre, la jeune femme décide d'aider la police à retrouver l'assassin. Une collaboration à laquelle apportera en outre son soutien le Docteur Lomax...


Comme souvent dans ce genre de production et à cette époque, Meurtre à haute tension Assault (titre français du long-métrage) charrie son lot de personnages ambigus. Et parmi eux, Leslie Sanford, responsable de l'intendance de l'école d'art et accessoirement l'époux de Miss Sanford (Dilys Hamlett), directrice de l'établissement avec laquelle ils forment un duo typique des gialli italiens transposé ici en Angleterre. Incarné par un Tony Beckley fièvreux, inquiétant et reluquant de manière répugnante les jeunes élèves en uniforme, l'homme semble de toute évidence attiré par ces jeunes et jolies adolescentes vétues de jupes courtes sur lesquelles il ne peut s'empêcher de jeter des regards insistants. Mais à caricaturer à ce point le personnage, tout porte en réalité à croire que l'on essaie de tromper le spectateur qui à force de tomber sur des oeuvres de ce types n'ont plus l'habitude de tomber dans le piège. La tentative, si tant est qu'elle puisse fonctionner durant quelques minutes, ne tarde pas à tomber à l'eau et c'est donc au tour d'autres protagonistes d'éveiller les soupçons. Tandis que la séquence suivant l'agression de Tessa est curieusement expédiée, l'on ne nous épargne rien des investigations menées sur la seconde victime. La scène de crime s'avère en effet plutôt réaliste même si le réalisateur a pris soin de couvrir les parties du corps les plus ''sensibles'' de la jeune actrice afin de ne pas heurter la sensibilité des spectateurs de l'époque. Tout le charme de l'Angleterre de ce début des années soixante-dix s'exprime à travers cette oeuvre qui malgré tout n'atteint jamais vraiment les qualités de ses homonymes transalpins. Comme dans tout bon ou mauvais Slasher/Giallo, l'on découvrira une fois de plus que l'assassin était l'un des moins suspects même si, ouais, là encore, le coupable (faisant partie de la poignée de protagonistes principaux) commence à avoir une curieuse attitude bien avant que le couperet tombe. Notons enfin la présence dans le rôle de l'imbuvable et beaucoup trop entreprenant journaliste du récit de l'acteur anglais Freddie Jones, notamment connu pour son rôle de Sid Buckland dans Terreur sur le Britannic (Juggernaut) de Richard Lester ou celui de Bytes dans Elephant Man de David Lynch...

 

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