Bienvenue sur Cinémart. Ici, vous trouverez des articles consacrés au cinéma et rien qu'au cinéma. Il y en a pour tous les goûts. N'hésitez pas à faire des remarques positives ou non car je cherche sans cesse à améliorer le blog pour votre confort visuel. A bientôt...

Labels


Affichage des articles dont le libellé est Morgan Freeman. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Morgan Freeman. Afficher tous les articles

dimanche 5 juillet 2026

Se7en de David Fincher (1995) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Il y eut une époque où tout ce que touchait David Fincher ou presque se transformait en or. ALIEN³ en 1992, Se7en en 1995, Fight Club en 1999 ou encore Zodiac en 2007... Alors qu'est attendu pour cette fin d'année 2026 son dernier long-métrage The Adventures of Cliff Booth, écrit par Quentin Tarantino et dont la diffusion est prévue sur Netflix pour novembre aux États-Unis et un mois plus tard pour le reste du monde, retour sur le véritable phénomène que représenta Se7en à l'époque de sa sortie. Digne successeur du glaçant Manhunter que réalisa une décennie auparavant Michael Mann, le second long-métrage de David Fincher est à l'exacte croisée des chemins entre son premier film, ALIEN³, dont il su redéfinir les codes esthétiques et narratifs pour proposer une œuvre moite, étouffante, dans un milieu carcéral à l'échelle d'une planète toute entière et les thrillers les plus sombres. Un long-métrage au mieux inconfortable pour les uns et au pire, carrément ennuyeux pour les autres... Fort heureusement, armé d'un scénario en béton signé d'Andrew Kevin Walker qui juste avant signa celui de Souvenirs de l'au-delà de Brett Leonard avant d'écrire ceux de The Game et Fight Club de David Fincher, de 8 millimètres de Joel Schumacher, de Sleepy Hollow : La Légende du cavalier sans tête de Tim Burton ou encore celui de Wolfman de Joe Johnston, le réalisateur américain allait signer en cette année 1995 l'un des thrillers les plus sombres et efficaces de l'histoire du cinéma. Également accompagné d'une équipe technique hors pair parmi laquelle l'on trouve le compositeur attitré de l'immense David Cronenberg, Howard Shore, ou le directeur de la photographie franco-iranien Darius Khondji, tout commence avec le générique de Kyle Cooper. D'une conception qui laissera sur le cul tout ceux qui le découvrirent pour la première fois, inspirant par la suite d'autres auteurs, celui-ci se fond à la perfection au thème du récit. Une parabole construite autour du principe des sept péchés capitaux. Révélant la nature humaine profondément atteinte par la foi du tueur qui pour chacun de ses meurtres va mettre en scène la victime et cacher sur le lieu du crime des indices permettant aux inspecteurs William Somerset et David Mills de poursuivre leur enquête tout en découvrant peu à peu les intentions de celui qui se fait appeler John Doe. Héritier direct de Manhunter, donc, mais aussi d'Angel Heart d'Alan Parker ou du très déstabilisant Spoorloos (L'Homme qui voulait savoir) de George Sluizer, Se7en aura lui aussi fait des petits de par le monde, comme en Espagne avec Marshland d'Alberto Rodriguez, en Belgique avec De Behandeling de Hans Herbots, en Corée du sud avec Memories of Murder de Bong Joon-ho et au Canada avec l'amusant Resurrection de Russell Mulcahy. Sans doute pas le plus réussi de tous mais en tout cas celui qui en reprend les codes jusqu'à devenir le miroir nanardesque du film signé de David Fincher quatre ans auparavant !


Dans les rôles principaux de Se7en l'on retrouve Brad Pitt et Morgan Freeman. Le premier incarne l'inspecteur David Mills. Jeune flic fougueux et impulsif, marié à Tracy qu'incarne Gwyneth Paltrow, il accompagne pour sa dernière mission l'inspecteur William Somerset qu'interprète donc de son côté Morgan Freeman. Un flic très proche de la retraite, beaucoup plus tempéré et avançant avec sagesse... De ce duo apparemment antinomique, David Fincher accouche d'un buddymovie qui n'a rien de comparable avec les comédies américaines qui ont pour habitude de lier deux tempéraments aux antipodes l'un de l'autre. Ici, le contexte est morbide, délétère, glaçant et étouffant. Le cinéaste met en scène des meurtres rituels abominables. Entrecoupés de séquences plus ''classiques'' qui permettent d'introduire le spectateur dans l'intimité de ses personnages et ainsi de les rendre attachants. L'invitation de l'inspecteur William Somerset chez le couple Mills étant d'ailleurs à ce sujet, très significative. Il n'est plus seulement question pour Tracy d'unifier la relation professionnelle entre son mari et son collègue mais bien de faire de ce duo incompatible l'équipe idéale chargée de mettre la main sur celui qui fait trembler toute la ville. Séquence qui permettra en outre d'éveiller la morale et les émotions du spectateur lorsque surviendra la séquence finale alors même que la présence de la jeune femme se réduira à quelques courtes scènes seulement. Curieusement, David Fincher élude la présence des médias, préférant donc se concentrer presque exclusivement sur l'enquête de ses deux inspecteurs. Le cinéaste signe ainsi un grand film. Qui non content d'être d'un pessimisme extrême est aussi et surtout d'une construction absolument diabolique. Visuellement superbe bien que s'inscrivant dans un univers désespérément sombre, Se7en est surtout interprété par un quatuor d'interprètes remarquables. Morgan Freeman, Gwyneth Paltrow, Brad Pitt et... un quatrième acteur dont l'identité fut tenue secrète jusqu'à la sortie du film en salle. Et même jusqu'à son apparition à l'écran puisque son nom n'apparaissait pas lors du générique d'ouverture. D'ailleurs, je tairai son identité au cas où certains n'auraient toujours pas découvert ce très grand thriller du cinéma américain... Bref, du très grand cinéma...

 

lundi 4 septembre 2023

Les évadés de Frank Darabont (1994) - ★★★★★★★★★☆

 


 

Les films de prison sont légions et parmi eux, certains demeurent anecdotiques quand d'autres entrent véritablement dans la légende du septième art. Les évadés de Frank Darabont fait indéniablement partie de ces derniers. Une œuvre d'une formidable intensité adaptée d'une nouvelle écrite par un auteur dont on ne pouvait alors soupçonner à l'époque, la grande profondeur : L'écrivain Stephen King, roi de l'horreur et de l'épouvante, qui depuis un demi-siècle étend son univers de fiction à travers une certaine interconnexion entre des personnages et l'environnement dans lequel ils évoluent. L'un des axes centraux de cet univers porte le nom de la ville imaginaire de Castle Rock. Une commune des États-Unis située au sud-est de Maine. Une ville s'intégrant géographiquement dans le comté d'Oxford. Nombre de romans et nouvelles de l'écrivain firent de cette petite localité, le cadre de récits horrifiques. Et d'une manière plus large, le Maine où se situe justement celui des Évadés. Le titre original The Shawshank Redemption reprend en partie celui de la nouvelle d'où est extrait le scénario qu'a alors écrit Frank Darabont à l'attention de son projet personnel. Publié pour la première fois aux États-Unis en 1982, le recueil de nouvelles Different Seasons est constitué de quatre courts récits qui depuis ont tous été adaptés sur grand écran. L'un d'entre eux, Rita Hayworth and Shawshank Redemption, situe son action dans un centre pénitentiaire imaginaire. La prison de shawshank qui à l'origine était bien un pénitencier situé à Mansfield mais qui depuis a été reconverti en musée. Son nom : L'Ohio State Reformatory. Si depuis, Stephen King nous a habitué à passer de l'horreur au drame et vice versa, à l'époque, la parution de Different Seasons est du moins dans l'hexagone, un pavé dans la mare pour tous ceux qui attendent chaque livraison ''horrifique'' de l'écrivain américain. L'auteur de Simetierre, du Fléau, de Carrie ou de Shining aurait-il choisi de changer de braquet ? Pas vraiment si l'on considère qu'il a malgré tout, toujours su développer des univers qui ne s'attachaient pas strictement à décrire l'horreur du quotidien mais bien à exploiter la personnalité et le caractère de tout un tas de personnages bons ou mauvais. Cette faculté de description qui en épuisa sans doute certains mais qui fait foncièrement partie de son style narratif...


Les évadés n'est donc pas un film d'horreur. Ni même une œuvre fantastique en ce sens où tout repose sur toute une série d'éléments terriblement concrets. Au départ, un fait-divers presque banal: Nous sommes en 1948 et le banquier Andy Dufresne (Tim Robbins) est condamné à deux peines de prison à vie pour le double meurtre de sa femme et de son amant. Il est ainsi incarcéré à la prison d'état de Shawshank où les premières années s'avèrent difficiles puisqu'il est notamment malmené par trois hommes dont un certain Bogs Diamond (l'acteur Mark Rolston que l'on pu notamment découvrir en 1986 dans le rôle du deuxième classe Drake dans Aliens, le retour de James Cameron) ainsi que le tyrannique capitaine Byron T. Hadley (Clancy Brown). Fort heureusement, Andy va s'entourer de sympathiques co-détenus parmi lesquels, Ellis Boyd qu'interprète le formidable Morgan Freeman. À ce titre, le public français louera la grande qualité du doublage assuré par l'acteur Benoît Allemane). En effet, le long-métrage nous est conté à travers la voix de ce prisonnier condamné lui aussi pour meurtre. Les évadés est le premier long-métrage cinématographique de Frank Darabont qui plus tard signera deux nouvelles adaptations de Stephen King (La ligne verte en 1999 et The Mist en 2007) et développera pour la télévision la série The Walking Dead dès 2010. Les évadés est pétri de bons sentiments, de valeurs humanistes qui noient littéralement les aspects les plus sombres d'une incarcération dans un établissement où vivent des prisonniers de droit commun. Voleurs et meurtriers s'y côtoient et c'est dans ce contexte éminemment dangereux que va naître une réelle amitié entre les protagonistes, le scénario développant en outre quelques travers à l'image de la corruption qui gangrène l'autorité jusqu'à son sommet. Accompagné par la partition du compositeur américain Thomas Newman, Les évadés est un formidable témoignage d'humanité et d'entraide, parsemé de personnages iconiques, déployant des thématiques comme le retour à la liberté après des décennies d'enfermement. À l'époque, Tim Robbins est une véritable star du cinéma. Alors qu'il a déjà tourné pour Adrian Lyne dans le cauchemardesque L'échelle de Jacob en 1990, pour les frères Coen dans le génial Le grand Saut ou The Player de Robert Altman en 1992 pour lequel il obtint le Prix d'interprétation masculine à Cannes, le voilà une fois de plus sur le devant de la scène à armes égales avec l'immense Morgan Freeman dans cet authentique chef-d’œuvre du septième art....

 

vendredi 23 août 2019

Million Dollar Baby de Clint Eastwood (2004) - ★★★★★★★★★★



Million Dollar Baby, c'est l'histoire de Maggie Fitzgerald qui un jour débarque dans une salle de boxe dirigée par Frankie avec comme seuls bagages son courage et sa détermination. Afin de gagner sa vie, elle travaille comme serveuse dans un restaurant. Peu confiante en ses capacités, elle vit éloignée de sa famille, de sa mère, de sa sœur et de son frère qui lui est en prison. Quant à son père, il n'est plus là. Maggie rêve de boxe, de combats, et surtout que Frankie accepte enfin de l'entraîner et de devenir son manager. Mais...
Million Dollar Baby, c'est aussi l'histoire de Frankie, justement. Ce soigneur qui ne s'est jamais vraiment remis de ce drame lors duquel, il y a de nombreuses années, il n'a pas su mettre un terme au combat qui opposait son ami Eddie "Scrap-Iron" Dupris à un autre boxeur. Un ami qui y perdit l'usage d'un œil. Frankie apprend le gaélique, va à l'église tous les dimanches, envoie chaque semaine une lettre à sa fille qu'il n'a plus revu depuis longtemps mais qui lui revient chaque fois en retour avec la mention Retour à l'envoyeur, mais il se refuse à entraîner une femme...
Million Dollar Baby, c'est enfin Eddie. Qui depuis qu'il a abandonné la boxe est pourtant resté fidèle à son ami Frankie et l'a suivi jusque dans cette salle de boxe où s'entraînent de jeunes athlètes orgueilleux arrachés à la rue. Eddie, c'est également cette voix qui nous conte cette histoire formidablement touchante, cet homme qui dans l'ombre de son ami lui en veut certainement moins que Frankie lui-même d'avoir perdu un œil au combat...

Million Dollar Baby est le vingt-sixième long-métrage réalisé par Clint Eastwood depuis ses débuts de cinéaste en 1971 avec le thriller horrifique Un Frisson dans la Nuit. Lui qui offrit au western quelques fleurons du genre dont le cultissime L'Homme des Hautes Plaines dès 1973, où l'inoubliable romance Sur la Route de Madison qu'il incarnait aux côtés de Meryl Streep, signait donc en 2004 l'une de ses œuvres majeures, si ce n'est la meilleure d'entre toutes. Un long-métrage dont on pourra distinguer deux actes. Dans un premier temps, l'apprentissage de la jeune Maggie à la boxe dans une formule féminine de Rocky mais avec tout ce que cela sous-entend en terme de subtilité. Le second acte lui, se veut beaucoup plus sombre, et s'avère en fin de compte la simple expression de ce que certaines séquences de la première moitié du film laissaient entrevoir.

Plus discret que ses deux partenaires, Morgan Freeman est égal à certains des personnages qu'il incarna par le passé. On pense notamment à Ellis Boyd « Red » Redding du sublime The Shawshank Redemption de Frank Darabont dans lequel, déjà, il s'adonnait au double exercice de l'interprétation et de la voix-off. Parfois positionné dans l'ombre, il demeure cependant l'une des clés de voute du récit puisque c'est à travers sa propre vision des événements que nous est contée l'histoire de Maggie et Frankie. Au sujet de Maggie, justement, incarnée par la talentueuse et très émouvante Hilary Swank, le long-métrage contrebalance entre deux facettes de sa personnalité : entre force, rage, opiniâtreté d'un côté, et absence de confiance en soit, naïveté, et jeunesse d'esprit de l'autre. Un personnage complexe merveilleusement ''écrit'' que l'actrice sublime à chaque instant. De ses premiers pas dans la salle de boxe, jusqu'au dénouement final absolument bouleversant. Et puis Frankie, bien entendu, auquel Clint Eastwood, fort d'une carrière d'acteur longue de plus de soixante-dix longs-métrages offre un portrait intime et très pudique à son personnage. On retrouve chez lui ce macho cher à l'acteur qui sous sa vieille carcasse sera contraint de faire des concessions face à la jeune femme. De la comédie dramatique se déroulant dans le monde de la boxe masculine, le film exerce une changement de ton qui pourfend le cœur et l'esprit du spectateur.

Million Dollar Baby se mue en un mélodrame terrassant. Un ouragan de sentiments qui se propagent prend le spectateur en otage, lequel alors ne peut que se laisser aller à verser un torrent de larmes. Avec un infinie justesse, l'acteur-réalisateur aborde la famille et son absence, l'amitié et la détermination. La vie, la survie, et même la mort. Une avalanche de prix ont récompensé cet authentique chef-d’œuvre dont quatre Oscars en 2005 pour le meilleur film, le meilleur réalisateur, la meilleure actrice et le meilleur acteur dans un second rôle pour Morgan Freeman. À dire vrai, il manque sans doute celui du meilleur acteur pour Clint Eastwood, car malgré l'éblouissante incarnation d'Hilary Swank dans le rôle de Maggie, c'est peut-être aussi et surtout à travers le regard du personnage de Frankie que sont véhiculées toutes les formes d'émotions évoquées dans Million Dollar Baby. Un inoubliable drame humain et un chef-d’œuvre d'émotion...

samedi 27 juillet 2019

Lucy de Luc Besson (2014) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆



Luc Besson est de toutes les modes. Malheureusement pour lui, il ne fait que passer après les autres, tel un charognard prélevant sa part du butin sur une carcasse dont il ne reste plus grand chose à becter. Lucy surfe sur celle du cinéma d'action asiatique qui a déjà le vent en poupe lorsque sort son seizième long-métrage. Juste après le thriller franco-américain Malavita sur lequel il expérimente à son tour l'effet que peuvent avoir les changements de ton et d'humeur, entre comédie et polar, et avant l’œuvre de science-fiction Valérian et la Cité des Mille Planètes dont il profite des cinquante ans d'existence pour livrer une soupe de pixels indigeste. Lucy est très certainement l'un de ses projets les plus ambitieux et personnels puisqu'il est également le scénariste exclusif de ce long-métrage de science-fiction dont le sujet central n'est rien moins que les conséquences que pourraient avoir sur l'esprit humain, la capacité pour ce dernier de contrôler la totalité des possibilités offertes et qui jusqu'à aujourd'hui ne dépassent malheureusement pas un pourcentage infime.

Dans la peau de l'héroïne, l'actrice américaine Scarlett Johansson qui l'année suivant le troublant Under The Skin de Jonathan Glazer revenait donc à la science-fiction. Un personnage à la Nikita, victime d'un hasard malheureux qui va être en mesure de développer d'innombrables capacités psychiques après avoir été forcée d'avaler un sachet de drogue d'une nouvelle génération. Luc Besson tient là un sujet en or, et même si on connaît le bonhomme pour son peu d'aptitude à la finesse de la mise en scène, on pouvait malgré tout espérer un message relativement optimiste. Ce qui ne transparaît malheureusement pas forcément puisque comme à son habitude, le cinéaste français nous livre un film bourrin, incarné par un personnage dont la caractérisation est des plus sommaire et dont le spectateur cherchera encore longtemps l'empathie. En effet, Scarlett Johansson a beau posséder des atouts physiques indéniables, le personnage qu'elle incarne à l'écran et qui fait logiquement écho à l'australopithèque du même nom découvert en 1974 en Éthiopie est peu avenant et même assez irritant si l'on tient compte de ses extraordinaires capacités psychiques qu'elle met malheureusement à profit dans des séquences de gunfights loin d'atteindre certaines séquences prodigieuses du cinéma asiatique que Luc Besson tente de singer sans jamais vraiment atteindre son but.

Face à Scarlett Johansson, l'immense Morgan Freeman, qui pourtant se révèle sous-exploité et même insignifiant au regard de son aura exceptionnelle. Sa présence à l'écran est réduite à la part congrue, tout comme celle, d'ailleurs, de l'acteur sud-coréen Choi Min-Sik, célèbre pour avoir incarné le personnage de Oh Dae-soo dans le film culte de Park Chan-wook, Old Boy en 2003. Malgré la puissance évocatrice du scénario, Luc Besson n'accouche finalement que d'un film de science-fiction mâtiné d'action. Un long-métrage bourrin, grouillant d'invraisemblances (la marque de fabrique de l'auteur du génial Subway) et qui malgré le propos ne restera que dans la mémoire des fans du réalisateur s'il en reste encore. Toujours accompagné du fidèle compositeur Eric Serra, Luc Besson bénéficiait d'un budget de quarante millions de dollars dont une bonne partie fut sans doute investie dans les effets-spéciaux qui eux, s'avèrent parfois remarquables. L'une des quelques scènes qui auraient pu entrer dans la légende du septième art au même titre que le final psychédélique du chef-d’œuvre de Stanley Kubrick 2001, l'Odyssée de l'Espace est réduite ici à néant par un Luc Besson ne pouvant se passer de monter l'une des dernières séquences en l'entrecoupant d'inserts inutiles montrant le grand méchant du film s'approcher peu à peu de la pièce dans laquelle Lucy s'est enfermée en compagnie du professeur Samuel Norman (Morgan Freeman) et de ses quelques collaborateurs. De bonnes idées, quelques visuels intéressants, le charme exagérément froid de l'actrice américaine, voilà tout ce que l'on retiendra de Lucy. Pour le reste, Luc Besson passe à côté de son sujet et aurait mieux fait de mettre son scénario entre les mains d'un vrai bon cinéaste au lieu de vouloir absolument le mettre en scène lui-même...

lundi 24 juin 2019

Batman Begins de Christopher Nolan (2005) - ★★★★★★★★☆☆



Pas facile d'adapter Batman, héros de Gotham City, et l'un des plus célèbres super-héros de l'univers de DC Comics. Lorsque sort sur les écrans de cinéma Batman Begins, le cinéaste britanico-américain Christopher Nolan n'est pas le premier à mettre les pieds dans le plat. Après une première tétralogie partagée entre Tim Burton et Joel Schumacher (Batman, en 1989, Batman : le Défi, en 1992, Batman Forever, en 1995 et Batman et Robin deux ans plus tard), il fallait un réalisateur de la trempe de l'auteur de Memento sorti cinq ans auparavant pour donner vie à un personnage hyper-charismatique sans tomber dans le ridicule ( le Batman et Robin de Joel Schumacher de triste mémoire). Et qui mieux encore que l'acteur Christian Bale, interprète principal et époustouflant The Machinist de Brad Anderson sorti un an auparavant pour incarner le personnage central ?

Comme son titre l'indique, Batman Begins revient tout d'abord sur les origines du mythe. De la tragédie qui endeuilla le jeune Bruce Wayne qui perdit ses deux parents lors d'un double meurtre commis par un pauvre individu, de ceux que tentait jadis de sortir de la misère le docteur Thomas Wayne (l'acteur Linus Roache), le père de Bruce. Convaincu d'être le responsable de la mort de ses deux parents (Bruce étant affublé d'une peur panique pour les chauve-souris, il contraint ce soir là sa mère et son père d'accepter de quitter une pièce de théâtre, les menant ainsi tout droit dans la ruelle où ils allaient perdre la vie), celui qui n'est encore qu'un enfant est désormais élevé par le majordome et homme de confiance des Wayne, Alfred Pennyworth (excellent Michael Caine). Lorsque quatorze ans plus tard, Bruce apprend que bientôt sera libéré l'homme qui a tué ses parents, il se rend au tribunal pour se faire justice lui-même et ainsi empêcher le criminel de recouvrer la liberté. Sermonné par son amie d'enfance Rachel Dawes (Katie Holmes), il s’exile en Asie où il vit de larcins avant d'être jeté en prison. Là-bas, il tente de survivre et se bat constamment contre certains de ses co-détenus. Mais un jour, il rencontre un individu du nom de Henri Ducart qui se charge alors de le prendre sous son aile et de le former afin de l'intégrer à ''La Ligue des Ombres'' dirigée par un certain Ra's Al Ghul. Lorsque vient le jour pour Bruce de prouver sa fidélité aux membres de la ligue, en désaccord total avec ses ambitions, il trahit Ra's Al Ghul, provoquant son décès et laissant pour mort Henri Ducart. Bruce quitte ainsi cette terre qui l'a accueilli durant un temps indéterminé, et retourne à Gotham afin de remettre de l'ordre dans une ville qui désormais est en proie à la violence et la corruption. C'est là-bas qu'il va notamment retrouver l'inspecteur Jim Gordon qui s'était occupé de l'affaire concernant le meurtre de ses parents, Lucius Fox, un inventeur de génie travaillant dans les sous-sols de l'empire Wayne, mais également Carmine Falcone, un truand qui a depuis toute ces années assis son pouvoir sur la ville...

Batman Begins évoque donc la naissance du mythe de l'homme-chauve-souris avec une classe folle. Christopher Nolan réunit un casting en béton qui, parmi les interprètes déjà cité plus haut compte également dans ses rangs, Liam Neeson (Henri Ducard / Ra's al Ghul), Gary Oldman (Jim Gordon), Morgan Freeman (Lucius Fox), Rutger Hauer ou encore Cillian Murphy dans le rôle de l'infâme docteur Crane doublé du terrifiant Épouvantail. En comparaison de la majorité des films centrant leur intrigue autour d'un ou de plusieurs héros au pouvoirs plus ou moins surnaturels, Bruce Wayne/Batman profite de l'ingéniosité du département expérimental de la société dirigée par le passé par son propre père. En effet, sans son accoutrement, Batman n'est qu'un homme comme tout le monde qui ne peut compter que sur ses muscles pour se sortir de situations périlleuses (la scène de la poutre dans la demeure des Wayne en feu). Ce qui différencie également Batman Begins des autres productions du genre, c'est la noirceur de son propos. Dans une ville pas ou peu éloignée technologiquement de ce que nous connaissons déjà, Christopher Nolan dépeint un univers pessimiste, violent, désagrégé et nocturne où la pluie tombe presque sans cesse. C'est dans cet univers extrêmement sombre que Batman va s'employer à remettre de l'ordre en ne combattant non pas UN ennemi, mais plusieurs.

Dire que Batman Begins est une franche réussite serait un euphémisme. En réalité, le film de Christopher Nolan est l'un des tout meilleurs du genre. Entre séquences de bravoure, effets-spéciaux remarquable mais jamais tape-à-l’œil, sous-intrigues fascinantes et interprétation magistrale de la part d'un casting de première classe, Batman Begins offre au spectateur, plus qu'un film de super-héros. Il s'invite dans le néo-polar, dans l'espionnage (la découverte des futurs ''gadgets'' dont se servira Batman rappelle furieusement les séquences dans lesquelles James Bond fait connaissance avec ses futures armes dans chaque épisode de la franchise), dans le drame également, avec la mort des parents de Bruce ou lorsque la demeure familiale part en fumée (deux séquences véritablement poignantes) et s'octroie même quelques passages humoristiques (la couse-poursuite en batmobile sur les toits et dans les rues sombres de Gotham) bienvenus dans ce cadre parfois éminemment austère en regard des productions du genre qui parfois s'avèrent outrageusement colorées. L’œuvre de Christopher Nolan est sans conteste un ''blockbusters''. Mais pas de ces grosses machines à fric sans âme qui n'existent que pour attirer les billets verts. Non, Batman Begins est profond, touchant, divertissant et finalement sobre vu le contexte. Une merveille... Un chef-d’œuvre... qui connaîtra deux suites, en 2008 ainsi qu'en 2012. Mais ça, c'est une autre histoire...
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...