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dimanche 22 décembre 2024

La mule de Clint Eastwood (2018) - ★★ ★★★★★★☆☆

 


 

En 2018 sort sur les écrans, La mule. Riche d'une vie sentimentale qui le fera croiser de nombreuses femmes, le réalisateur, scénariste, acteur et producteur américain Clint Eastwood en épousera huit. Maggie Johnson sera la première avec laquelle il se mariera en 1953. Mais un an plus tard, et alors qu'ils sont toujours mariés, il tombe sous le charme d'une jeune femme qui de leur relation extraconjugale donne naissance à Laurie dont il ignore alors l'existence durant trente ans. La vie tumultueuse de Clint Eastwood sera parsemée d'événements officiels mais aussi d'autres relations adultères. Une vie affective et personnelle complexe qui semble transpirer dans ce trente-septième long-métrage d'un cinéaste parfaitement accompli d'un point de vue professionnel. Un géant du septième art qui toucha à tous les genres et s'expose donc ici énormément même si l'histoire qu'il nous conte prend une forme étonnante qui l'extrait du format biopic. Tout comme Clint Eastwood qui l'incarne brillamment, le personnage d'Earl Stone se présente tout d'abord comme un homme populaire, à la recherche de la notoriété. Un horticulteur dont on célèbre le talent mais qui douze ans après la séquence d'ouverture est présenté comme un individu très éloigné des préoccupations familiales et surtout désormais très endetté. Ayant perdu tout contact avec sa fille, son ex-épouse et sa belle-famille, il ne demeure encore que sa petite fille pour accepter de le recevoir chez elle et son futur époux. Lors d'une dispute entre son ex-femme Mary (Dianne Wiest qui cette année a interprété le rôle de Minnie Castevet dans Apartment 7A, la préquelle de Rosemary's Baby de Roman Polanski), Earl fait la connaissance d'un invité de Ginny (Taissa Farmiga dans le rôle de la petite fille en question) qui au vu de la délicate situation financière du vieil homme lui propose de le diriger vers une relation qui pourrait lui offrir l'opportunité de gagner beaucoup d'argent. Sans savoir où il met les pieds, Earl rencontre des mexicains qui chargent à l'arrière de son vieux pick-up des paquets qu'il a interdiction d'ouvrir mais qu'il est chargé de transporter d'El Paso dans l’État du Texas jusque dans l'Illinois. Seules sont imposée quelques règles par ses employeurs. Répondre de jour comme de nuit aux appels effectués sur le téléphone qu'ils lui confient et une fois arrivé sur le lieu de la livraison, laisser les clés de son véhicule dans la boite à gant, partir pendant une heure, revenir ensuite reprendre son bien et récupérer une enveloppe remplie de billets verts cachés avec ses clés dans la boite à gants. Une affaire aussi lucrative qu'attractive pour un vieil homme de quatre-vingt ans qui jusque là était sans le sou.


Désormais riche de plusieurs milliers de dollars, cette nouvelle fortune va être pour Earl l'occasion de se rapprocher des siens. Mais ce que ne savent ni lui, ni ses employeurs, c'est que dans l'ombre, l'agent de la DEA (pour Drug Enforcement Adinistration) Colin Bates (excellent Bradley Cooper) enquête sur un réseau de narcotrafiquants dont fait désormais pleinement partie le vieil homme... Avec La mule, Clint Eastwood signe une œuvre qui sans son approche toute personnelle et sa sensibilité aurait pu n'être qu'un énième long-métrage se déroulant dans l'univers des cartels mexicains mais qui sous son impulsion, et inspiré par le script qu'écrivit Nick Schenk sur la base d'un fait divers authentique relégué dans un article du New York Times Magazine, est une œuvre émotionnellement forte. Qui de manière très édulcorée permet à Clint Eastwood de livrer une partie de lui tout en construisant autour de son personnage et du récit une histoire parfois aussi farfelue que touchante (contrairement au personnage d'Earl qui fit la guerre de Corée, Clint Eastwood ne fut pas appelé sur le front). Une intrigue qui fait appel à un grand sens de l'humour, le personnage d'Earl semblant parfois être totalement détaché vis à vis des dangers que reflète ce métier au contact duquel il fréquente de dangereux criminels. Par petites touches subtiles et parfois franchement hilarantes, voilà notre Earl/Clint lancé dans une sorte de quête de rédemption vis à vis de ses proches qu'il a scrupuleusement ignoré durant ces douze dernières années. Ne cessant pas pour autant de chercher à prendre du plaisir comme lors de cette improbable séquence où le spectateur le découvre, nanti de ses quatre-vingt printemps, au bras de deux prostituées ! Entrecoupé de passionnantes séquences lors desquelles Bradley Cooper incarne un agent de la DEA parfaitement convainquant (notons d'ailleurs que son supérieur hiérarchique Carl est incarné par le génial Laurence Fishburne), La mule n'est pas moins débarrassé de cette propension qu'à parfois Clint Eastwood à ajouter une part d'émotion. De celle qui dans le cas de cette histoire prend de telles proportions qu'elle bouleverse, chavire et anéanti le spectateur (les derniers mots prononcés par Mary sur son lit de mort). Bref, La mule est un grand film. Drôle, angoissant, poignant. Du très grand Clint Eastwood en somme...

 

vendredi 20 décembre 2024

Juré n°2 de Clint Eastwood (2024) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

S'il lui est arrivé de rater certaines de ses entreprises personnelles qu'il s'était fixé ou de manquer terriblement d'inspiration (Au-delà en 2010, Le 15h17 pour Paris en 2018), Clint Eastwood a de manière générale réussi tout ce qu'il a entreprit. Qu'il s'agisse de l'acteur ou du réalisateur, le public n'oubliera sans doute jamais sa réinterprétation du héros dans les westerns spaghetti qu'il forgea entre 1964 et 1966 aux côtés du cinéaste italien Sergio Leone avec la Trilogie du Dollar ou lorsqu'il le réinventa lui-même à travers quelques grands classiques du genre, tels L'homme des hautes plaines en 1973, Pale Rider, le cavalier solitaire en 1985 ou encore Impitoyable en 1992. Sans oublier ceux qui participèrent au grand dépoussiérage de l'un des mythes de l'Ouest américain (Ted Post, Don Siegel). Taxé de racisme, mais également de misogynie après la série de longs-métrages Dirty Harry mettant en scène le fameux inspecteur Harry Callahan. Prouvant tout le contraire avec le magnifique et bouleversant Sur la route de Madison en 1995. Comédies, films d'action, de guerre, de science-fiction, Clint Eastwood a touché à tout. Même au film d'épouvante en 1971 avec l'excellent Un frisson dans la nuit dans lequel son personnage était aux prises avec une ''groupie'' particulièrement récalcitrante ! Depuis, il n'a jamais cessé de tourner. Devant et derrière la caméra. Dénonçant ainsi ponctuellement les failles de la justice américaine comme il le fit notamment en 1997 avec Les pleins pouvoirs dans lequel Gene Hackman incarnait un président des États-Unis d'Amérique homicide qui de par son statut devenait ainsi intouchable ou deux ans plus tard avec Jugé coupable dans lequel le personnage incarné par Clint Eastwood enquêtait sur la culpabilité ou non d'un jeune noir condamné à mort. Son dernier long-métrage en tant que réalisateur est une nouvelle œuvre à charge où tout le monde en prend pour son grade. La politique, la justice, les autorités et même de simples citoyens vont être passés à la moulinette d'un long-métrage qui n'est pas sans rappeler le chef-d’œuvre que réalisa en 1962, le cinéaste français Georges Lautner, Le Septième juré. Dans cette œuvre remarquablement interprétée par Bernard Blier, l'acteur incarnait en effet le personnage d'un pharmacien du nom de Grégoire Duval qui après avoir commis un assassinat se retrouvait parmi les jurés lors d'un procès durant lequel était donc jugé un innocent. Plus de soixante ans plus tard, Juré n°2 fait écho de manière glaçante à ce classique du cinéma français.


Et bien que le récit se déroule à des milliers de kilomètres de celle qui jugea un innocent et que des décennies séparent ces deux longs-métrages, l'on remarquera que rien n'a vraiment changé. Avec toute la sobriété qui caractérise Clint Eastwood, ce dernier met en scène une œuvre forte en émotions puisqu'il oppose un homme marié et futur père à un véritable cas de conscience. Moralement, la justice doit passer par l'aveu. Mais à quel prix ? Sacrifier sa propre existence ainsi que celle de son épouse et de leur futur bébé ? Et pourquoi ? Pour un individu qui de toute manière ne semble jamais avoir rien fait de bien dans sa vie ? L'on observe d'ailleurs à ce sujet que les avis sont parfois bien tranchés. Entre la police qui n'a fait qu'enquêter à charge contre ce suspect idéal (Gabriel Basso dans le rôle de James Michael Sythe), la procureure adjointe Faith Killebrew (Toni Collette) qui assure l'accusation lors du procès et espère le gagner afin d'obtenir un poste de Procureur de district, ou bien les jurés dont certains se sont rapidement fait une idée sur la culpabilité ou non de l'accusé quand d'autres veulent tout simplement écourter les délibérations pour retrouver leur vie de simples citoyens. Que l'homme soit coupable ou non, le problème est ailleurs. Film de procès, Juré n°2 est également un excellent thriller dans lequel Nicholas Hoult incarne un Justin Kemp qui se décompose littéralement devant la caméra face aux enjeux terribles qui assaillent son personnage. Ancien alcoolique qui aux côtés d'Allison (Zoey Deutch) espère que sa grossesse arrivera à terme après qu'ils aient vécu un drame terrible (la perte de jumeaux). Clint Eastwood joue avec certains détails. Comme l'observation lors d'une fatidique nuit pluvieuse d'un fossé où une femme a été retrouvée morte le lendemain. Le réalisateur laissant planer le doute en filmant un trou sombre d'où aucun indice visuel ne s'échappe. Confirmant ce que pense le personnage central du récit : qu'il dû ce jour là renverser un cerf qui ensuite pris la fuite. Un moyen de se dédouaner et de passer à autre chose jusqu'au jour où tout lui est renvoyé en pleine figure. Clint Eastwood a l'intelligence de ne pas se laisser aller à des débordements et signe une œuvre trouble, sensible et parfois émotionnellement difficile à encaisser. Si la sobriété de sa mise en scène et la modération avec laquelle le compositeur Mark Mancina a écrit la bande musicale participent de cette déflagration qu'évoque une éventuelle erreur judiciaire, le film est surtout porté par d'excellents interprètes parmi lesquels l'on ajoutera J.K.Simmons, Chris Messina, Kiefer Sutherland et celles et ceux qui incarnent autour de Nicholas Hoult les autres jurés. Leslie Bibb, Adrienne C. Moore, Cedric Yarbrough et les autres...

 

samedi 10 août 2024

Le machisme mis à mal: Clint Eastwood dans Les Proies de Don Siegel (1971) et Un Frisson Dans La Nuit de Clint Eastwood (1971)



Clint Eastwood campe souvent des rôles de (super)héros durs à cuire, un rien xénophobes, parfois antipathiques et au final sortant toujours vainqueur des situations dans lesquelles ils plongent. Qu'il soit flic, cow-boy ou bien encore le personnage d'une bien jolie romance il est indéniable que ce formidable acteur traîne toujours derrière lui un charisme à toutes épreuves. Alors, lorsqu'il change de registre pour jouer des personnages peu communs avec l'aura qu'il dégage habituellement on peut honnêtement se demander s'il saura être crédible. Les proies et Un frisson dans la nuit sont deux exemples types de contre-emplois pour cet acteur habitué à tenir les rênes. Loin de ses rôles de macho (quoi qu'en y réfléchissant bien, c'est à cause de ce fichu défaut qu' il va connaître de nombreuses turpitudes dans ces deux œuvres), il va subir de la part du sexe opposé pas mal de désagréments, faisant ainsi de lui un pantin aux prises avec la furie se cachant derrière d'angéliques visages. Car qui croirait que derrière la douceur de ces demoiselles vivant dans un pensionnat de jeunes filles (Les proies) dans lequel il va se retrouver, son personnage de soldat blessé à la jambe en pleine guerre de sécession pourrait porter le lourd fardeau de victime et non pas celui, plus complaisant, de bourreau?

Le scénario a l'intelligence de le faire passer pour un être odieux, totalement immoral et donc parfaitement condamnable dans ses faits et gestes vis à vis de jeunes filles qu'il manipule à sa guise en leur mentant sur un devenir qu'il leur promet réjouissant. Après un début somme toute plutôt classique, on comprends que l'histoire va bientôt sortir des sentiers battus ne serait-ce que dans le comportement ambigu de la directrice de l'établissement à travers ces rêves morbides dans lesquels on la voit faire l'amour à son propre frère. Mais aussi par la peur qu'engendre ce soldat yankee qui pourtant est l'objet de toutes les convoitises parmi certaines des jeunes fille du pensionnat. John McBurney (Clint Eastwood) profitera d'ailleurs de ce soudain intérêt pour manipuler à sa guise les plus "malléables". Et c'est ce jeu dangereux auquel il s'adonnera qui le mènera à sa perte. D'un paradis pour l'homme, Don Siegel, le réalisateur des Proies, en fait un enfer duquel le personnage interprété par Eastwood aura bien du mal à s'extraire. Mais se sentir enfermé n'est pas nécessairement lié à une unité de lieu. 
 
Si dans Les proies le personnage campé par Eastwood se retrouve tout d'abord happé par un orphelinat dont aucun repère ne vient expliquer la situation géographique et par là-même fait de cette bâtisse un personnage à part entière, première cause du sentiment de malaise général que dégage le film, Dave Garland, le personnage qu'il interprète dans Un frisson dans la nuit ne se retrouve pas prisonnier entre quatre murs mais entre les crochets d'une femme au comportement amoureux obsessionnel. Comme dans le précédent film il joue le rôle d'un macho moins antipathique qu'il n'y parait mais tout de même, on pourra lui reprocher son odieux comportement envers la jeune Evelyn Draper (campée par Jessica Walter) sans toutefois excuser ce qui viendra par la suite mettre le désordre dans son existence de célibataire. Ici l'homme est en terrain conquis. Les lieux où va bientôt se dérouler le drame sont ceux qu'il connaît, entre la villa où il vit, l'ancienne petite amie qu'il retrouve, le bar où il traîne le soir après son service, la station de radio dans laquelle il travaille comme disc-jockey et où tous les soirs une auditrice lui demande de passer la chanson "Misty" pour elle, il n'a pas de raison de se sentir mal à l'aise. Nous non plus d' ailleurs.
Du moins pendant un temps car très vite on soupçonne chez la jeune "admiratrice" un comportement étrange. Un peu trop collante pour être honnête à vrai dire. Surtout depuis que Dave a eu la mauvaise idée de coucher avec elle sans pourtant jamais rien lui promettre par la suite. Aussi puissamment névrosée que Glen Close dans "Liaison Fatale". Il suffira à Dave de s'en débarrasser pour retrouver la paix. Du moins au tout début car Evelyn possède des ressources insoupçonnées. Comme cette ingénieuse idée de s'ouvrir les veines alors qu'elle se trouve dans la salle de bain de l'animateur radio. Une façon de le prendre en otage (ne lui dit-elle pas qu'il serait dommage de trouver une femme morte dans la maison d'un disc-jockey à la réputation grandissante?), de le responsabiliser, surtout lorsque le médecin appelé en urgence lui conseille de la surveiller, d'en prendre soin. Dave n' en croit pas ses yeux (ni ses oreilles) et regrette sans doute la première nuit passée avec une Evelyn de plus en plus nerveuse et totalement obnubilée par le jeune homme. Ce dernier qui vient de retrouver son ex petite amie met d' ailleurs en péril leurs retrouvailles. Et pas seulement d'ailleurs. C'est aussi la vie de Tobie Williams (l'ancienne petite amie campée par Donna Mills) qu' il risque de perdre.

Au choix on peut soit choisir entre happy end et fin tragique. Décider de subir les assauts d' un régiment de femelles en manque de mâles ou bien ceux d'une seule, mais aussi virulente qu'un troupeau d'affamées sur le point de commettre l'irréparable. Ce dont on peut être certains c'est qu'Eastwood ne sortira pas indemne de ces deux aventures et même connaîtra le pire des sorts dans l'une d'elles en allant manger les pissenlits par la racine...
Les proies et Un frisson dans la nuit sont deux excellentes productions.

vendredi 20 octobre 2023

Le cas Richard Jewell de Clint Eastwood (2019) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Plus qu'un excellent acteur, Clint Eastwood est certainement l'un des plus grands cinéastes américains de son temps. Auteur de plus de quarante longs-métrages en tant que réalisateur, rares sont les fois où il échoua à convaincre. À seuls titres d'exemples, nous citerons Au-delà en 2010 et surtout Le 15h17 pour Paris en 2018, deux actes manqués dont le second s'avère carrément indigne de l'auteur de L'homme des Hautes Plaines en 1973, de Impitoyable en 1992, de Sur la route de Madison en 1995 ou de Million Dollar Baby en 2004. Cinéaste fascinant, capable d'adapter et de s'accaparer sur grand écran tous types de situations et de personnages, Clint Eastwood fit l'erreur de vouloir traiter le sujet du terrorisme en 2018 sous un angle qui ne lui ressemble absolument pas. Verdict : Le 15h17 pour Paris demeure sans doute son plus mauvais film. Malgré cette authentique catastrophe artistique qui à l'échelle mondiale ne rapporta même pas le double de son financement de départ de trente millions de dollars, Clint Eastwood choisit l'année suivante de revenir à la charge en évoquant un second acte de terrorisme bien antérieur à celui que réussirent à déjouer trois touristes américains sur le sol français. Nous sommes désormais en 1996, dans la nuit du 26 au 27 juillet 1996 lorsque l'agent de sécurité Richard Jewell découvre placé sous un banc du parc du Centenaire situé à Atlanta, un sac à dos qu'il suppose très rapidement contenir une bombe. Après en avoir référé à la police, il lui est demandé de prévenir les techniciens chargés d'organiser le concert qui a lieu cette nuit-là d'évacuer la tour qui domine le public ainsi que les spectateurs situés près du suspicieux sac à dos. Cependant, malgré les dispositions prises à la suite de l'alerte, le sac explose avant que les démineurs n'aient pu intervenir et plus de cent-trente personnes sont blessées tandis que deux autres y perdent la vie. Érigé en véritable héros, médiatisé, approché par un éditeur qui déjà pense à écrire son histoire, Richard est la fierté de sa mère Barbara (formidable Kathy Bates). Et pourtant, celui que tout le monde considère comme un héros est désormais dans le viseur de deux agents du FBI. Du héros adulé, Richard Jewell devient très rapidement le suspect numéro un. Les journalistes campent devant la demeure qui les abrite sa mère et lui tandis que les agents du FBI Tom Shaw (Jon Hamm) et Dan Bennett (Ian Gomez) mettent tout en œuvre pour prouver la culpabilité de l'agent de sécurité. Clint Eastwood se montre une nouvelle fois implacable dans sa recherche de vérité.


Tout en conservant une certaine sobriété, le réalisateur, aux côtés du scénariste Billy Ray, s'inspire dans le cas présent de l'histoire authentique de Richard Jewell qui vécu un véritable acharnement de la part des médias et du FBI. Heureusement, l'agent de sécurité peut compter sur le soutien de sa mère, ainsi que sur celui de son avocat Watson Bryant (excellent Sam Rockwell) et de sa secrétaire Nadya (Nina Arianda). D'autres se positionnent du côté des contradicteurs, comme la journaliste Kathy Scruggs (Olivia Wilde), laquelle vient de déclencher, sans mauvais jeu de mots, une véritable bombe en produisant un article à charge contre Richard Jewell. Clint Eastwood met donc à mal la presse dans son ensemble qui ne vaut, au fond, pas mieux que les paparazzis. Et comme l'exprime à sa manière Richard Jewell qu'interprète l'acteur Paul Walter Hauser, l'image du FBI est ici égratignée à travers les personnages de Tom Shaw et Dan Bennett et s'avère bien loin de celle que donnent généralement ces représentants de la loi triés sur le volet. Harcèlement, manipulation, vie privée souillée, Le cas Richard Jewell met sous tension le spectateur durant plus de deux heures. Si la première partie se consacre tout d'abord à l'événement qui se produisit dans la nuit du 26 au 27 juillet 1996 (avec, à la clé, une explosion visuellement ratée), la seconde se destine à être avant tout comme un plaidoyer contre les idées préconçues (le passé du suspect est examiné à la loupe et utilisé à charge contre Richard Jewell), une certaine corruption des représentants de l'ordre (Shaw et Bennett mettant tout en œuvre afin de démontrer la culpabilité de leur suspect bien que n'ayant pas la moindre preuve contre lui) ou encore la main-mise de la presse sur l'opinion publique. Clint Eastwood offre avec Le cas Richard Jewell, une très grande réussite, laquelle s'attarde finalement moins sur l'enquête du FBI que sur le personnage central du récit. Un Richard Jewell d'abord crispant, entre autisme et rigueur professinnelle, puis finalement touchant. Notons la prestation de Kathy Bates, formidable dans le rôle de la mère et bouleversante lors de la réunion autour de la presse et de celle de Sam Rockwell dans celui de l'avocat dont le comportement désinvolte inquiète tout d'abord mais qui fut sans doute l'un des éléments fondateurs dans la réhabilitation de son client. Superbe...

 

mercredi 2 décembre 2020

De l'Or pour les Braves de Brian G. Hutton (1970) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

1944. La France, dans les environs de Nancy. Alors que la guerre fait rage et que l'occupant nazi progresse dangereusement vers l'est de l'hexagone, l'ancien lieutenant rétrogradé de l'armée américaine Kelly fait prisonnier ey emmène jusqu'au camp allié un officier allemand qui transporte avec lui ce qui s'avère être de prime abord deux barres de plomb. En réalité, deux lingots d'or astucieusement camouflés sous une couche de plomb. Contraignant le colonel allemand à boire jusqu'à le rendre ivre, il l'interroge ensuite et apprend de sa bouche l'existence de quatorze mille autres lingots d'or enfermés dans l'une des banques de la ville de Clermont située à seulement quelques dizaines de kilomètres de là. Alors que le camp est subitement bombardé, l'officier allemand meurt avant que Kelly n'ait pu mettre un terme à l'interrogatoire. Ce dernier met ses compagnons dans la confidence ainsi que son supérieur, le sergent Joe qui accepte de les suivre lui et ses hommes jusqu'à Clermont afin de mettre la main sur le fameux butin. En route, ils croiseront Oddball dit ''le Cinglé'', un commandant de chars qui acceptera, ainsi que ses propres hommes, de suivre Kelly et le Sergent Joe dans cette aventure...


Dans ses premiers instants, De l'Or pour les Braves démarre comme un film de guerre classique. Il est d'ailleurs l’œuvre d'un spécialiste en la matière puisque le réalisateur américain Brian G. Hutton était déjà connu avant cela pour avoir réalisé Quand les Aigles arrivent en 1968, faisant ainsi suite à un drame en 1965 (Wild Seed), une comédie en 1966 (The Pad and How to Use It) et un film d'action deux ans plus tard (Sol Madrid). De l'Or pour les Braves, qui dans le titre original porte le nom du soldat dégradé interprété ici par l'acteur Clint Eastwood (déjà vedette du précédent long-métrage de Brian G. Hutton), se transforme très rapidement en une œuvre hybride, entre film de guerre (logique), film d'aventures, film d’action ou comédie, tout ceci dans un joyeux désordre que n'apprécieraient sans doute pas les hauts gradés de l'armée américaine actuelle ! Tourné en Yougoslavie où à l'époque sont encore présents sur le site du tournage des tanks Sherman, le film d'une durée avoisinant les cent-quarante minutes devait à l'origine frôler les trois heures. En effet, une fois remonté, vingt minutes du long-métrage furent écartées, donnant ainsi à De l'Or pour les Braves, le ton léger qu'on lui connaît...


Mécontent, Clint Eastwood voyait donc plusieurs séquences disparaître. Des scènes qui donnaient un ton beaucoup sérieux et sombre au long-métrage. Si aujourd'hui l'on pourrait être curieux de découvrir le film dans sa version intégrale, De l'Or pour les Braves demeure tout de même un excellent exercice de style dans lequel le réalisateur confronte un contexte guerrier à l'esprit d'anarchie qui règne parmi les rangs de Oddball qu'interprète le génial Donald Sutherland. On l'aura compris, le film mise avant tout sur son casting. Car outre Clint Eastwood et Donald Sutherland, participent à l'aventure l'acteur américain d'origine grecque Telly Savalas (la série policière Kojak), Don Rickles, Carroll O'Connor, ou encore Gavin MacLeod (surtout connu chez nous pour son rôle du capitaine Merrill Stubing dans la série La Croisière s'amuse). Le long-métrage de Brian G. Hutton est cent pour cent masculin. Que de la testostérone et donc aucun moyen de se reposer la rétine sur les courbes gracieuses d'une quelconque actrice féminine. Composée par le célèbre Lalo Schifrin, la bande originale oscille entre musiques militaires et airs hippies accentuant l'aspect ''je-m’en-foutiste'' de l'ensemble. Bien que le propos paraisse plus ou moins sérieux, le scénario de Troy Kennedy-Martin se base en réalité sur un fait ayant réellement eu lieu en Bavière en 1945. Le film a beau ne jamais se départir d'un certain second degré, cela n'empêche cependant pas Brian G. Hutton d'insuffler à son œuvre une véritable énergie lors des scènes d'action. Si De l'Or pour les Braves a semble-t-il pris quelques rides avec le temps, il se regarde toujours avec un plaisir authentique...

 

mercredi 17 juin 2020

Every Which Way But Loose de James Fargo (1978) - ★★★★★★★★☆☆



Every Which Way But Loose (ou Doux, Dur et Dingue sur notre territoire) est le trente-quatrième long-métrage de Clint Eastwood en tant qu'acteur et le troisième en tant que réalisateur pour James Fargo. Pour les deux hommes, il est surtout leur seconde collaboration après L'Inspecteur ne Renonce Jamais, troisième film du cycle Dirty Harry amorcé en 1971. Every Which Way But Loose est l'occasion de retrouver Clint Eastwood dans le rôle de Philo Beddoe, un amateur de bière, de musique country, mais surtout de bagarre. Son ami Orville Boggs (l'acteur Geoffrey Lewis avec lequel Clint Eastwood jouera à plusieurs reprises et notamment dans le chef-d’œuvre L'Homme des Hautes Plaines. À noter qu'il est également le père de l'actrice Juliette Lewis) organise des combats à mains nues que Philo remporte sans trop de difficultés. Accompagné en outre d'un orang-outang prénommé Clyde, Philo fait un soir la connaissance de la chanteuse de country Lynn Halsey-Taylor dont il tombe assez rapidement amoureux. Malgré les apparences, l'homme est naïf et ne perçoit pas le jeu dans lequel l'emmène la jeune femme qui très vite va s’éclipser au volant de sa vieille caravane gris-métallisé.

Lancés à sa poursuite, Philo, Clyde et Orville qui en chemin récupère sur une aire d'autoroute la vendeuse de fruits et légumes Echo (l'actrice Beverly D'Angelo) sont de leur côté, plus ou moins discrètement suivis par deux flics que Philo a malencontreusement envoyé au tapis un soir lors d'une bagarre dans un bar, ainsi que par une bande de motards surnommés les ''Black Widows'' dont le chef est un certain Cholla (savoureux John Quade) et qui tous, veulent en découdre avec Philo. En chemin, ce dernier aura l'occasion en outre, de rencontrer le mythique Tank Murdock (Walter Barnes) lors d'un combat et de montrer surtout, toute son humanité. Le personnage de Lynn Halsey-Taylor est interprété à l'écran par l'actrice Sondra Locke qui partagera durant de longues années une relation adultère avec Clint Eastwood, les deux amants étant mariés chacun de leur côté. Elle y incarne une jeune et séduisante chanteuse qui joue de ses charmes pour gagner suffisamment d'argent pour elle et son petit ami. En forme de road-movie, Every Which Way But Loose est une comédie où la musique country se partage les faveurs d'un script tournant autour des combats à mains nues et de l'idylle un peu bancale que partagent Clint Eastwood et Sondra Locke. Au détour de plusieurs séquences, on retrouve l'actrice Ruth Gordon dans le rôle de Mémé, une vieille dame acariâtre qui tente à plusieurs reprises de passer son permis de conduire...

Si le long-métrage ne propose pas de scénario à proprement parler en dehors du road-movie justement, il fonctionne à travers des sous-intrigues qui empêchent l'ennui de s'inviter. Les combats sont dynamiques, la présence de l'orang outang et surtout des bikers est l'occasion de beaucoup rire, Ruth Gordon est attachante, comme le sont d'ailleurs la plupart des personnages dont une grande majorité est caricaturée pour le plaisir du spectateur. Quarante-deux ans après sa sortie, Every Which Way But Loose n'a absolument pas perdu de sa fraîcheur. Notons également la présence de l'acteur William O'Connell que les amateurs de westerns reconnaîtront facilement pour son inoubliable faciès (un détail remarquable que partage au demeurant une grande partie du casting) et qui incarna un formidable barbier poltron dans, encore une fois, l'excellentissime L'Homme des Hautes Plaines de et avec Clint Eastwood. Deux ans plus tard, nombre d'interprètes reprendront du servive pour la séquelle intitulée Any Which Way You Can (Ça va cogner) mais cette fois-ci réalisée par Buddy Van Horn...

dimanche 24 novembre 2019

In the Line of Fire de Wolfgang Petersen (1993) - ★★★★★★★☆☆☆



Auteur de Das Boot, de L'Histoire sans Fin, de Troie ou de Poséidon, le cinéaste allemand Wolfgang Petersen réalisait pour la seule et unique fois de sa carrière un long-métrage en collaboration avec la star américaine Clint Eastwood. In the Line of Fire (Dans la Ligne de Mire) est un thriller sur fond de politique absolument remarquable dans ce sens ou il fait moins appel à l'action qu'à la psychologie de ses personnages. Dans son éternel apparat de flic, Clint Eastwood est cependant relativement loin du personnage de Harry Callahan qu'il façonna tout au long des huit longs-métrages qui consacrèrent ce personnage considéré de raciste et de misogyne. Un flic comme n'oserait sans doute plus en proposer le septième art dans un monde de plus en plus ''politiquement correct''. Face à l'inspecteur Franck Horrigan, le scénario de Jeff Maguire (Prisonniers du Temps de Richard Donner en 2003) impose l'ancien agent de la CIA transformé en tueur incontrôlable Mitch Leary personnifié par l'excellent John Malkovitch.

Clint Eastwood y incarne un flic vieillissant qui vit toujours avec en mémoire ce fameux jour où le président Kennedy est mort alors qu'il devait assurer sa sécurité. Suivie de près par Mitch Leary, sa carrière de policier n'a plus aucun secret pour cet individu suave et faussement sympathique qui semble avoir trouvé en Franck Horrigan son alter ego. Convaincu que les deux hommes se ressemblent, Mitch Leary est bien décidé à tuer le nouveau président, sachant que l'inspecteur prendra la décision d'assurer sa sécurité afin de racheter ses ''fautes'' passées. Le flic et le tueur entretiennent alors une correspondance téléphonique surveillée de très près par l'agence des Services Secrets et notamment l'agent Lilly Raines (interprétée par l'actrice Rene Russo), lesquels tentent de mettre la main sur ce très dangereux criminel qui a déjà fait plusieurs victimes. L'inspecteur Horrigan n'a donc désormais plus que deux objectifs. S'assurer de la sécurité du président et mettre hors de nuire Mitch Leary...

In the Line of Fire est de ces films policiers qui se comptent par dizaine en ces années quatre-vingt dix. Clint Eastwood en flic beaucoup plus posé et donc beaucoup plus nuancé que par le passé incarne un Franck Horrigan glissant sur une pente descendante. C'est du moins ce que semblent penser certains responsables qui ne le ménagent absolument pas malgré sa longue carrière dans les services de police (Gary Cole excelle dans le rôle de l'arrogant agent Bill Watts) et rêvent de le voir prendre la porte de sortie. Afin d'incarner le rôle, la star américaine ne ménage pas son image. On le découvre au détour d'une séquence soufflant, épuisé de courir aux côtés de la voiture présidentielle. Clint Eastwood se veut également parfois très émouvant lorsqu'il évoque son douloureux passé et capable de séduire celle qu'interprète la séduisante Rene Russo. Wolfgang Petersen, au delà du simple thriller psychologique qui oppose Clint Eastwood au formidable John Malkovitch, se pose les questions suivantes : faut-il ranger au placard ce vieux flic et a-t-il encore les moyens d'assurer son rôle de protecteur? Plus important encore : peut-on racheter ses erreurs passées ? L'action se situant surtout dans le dernier quart-d'heure, In the Line of Fire offre de superbes ''duels'' téléphoniques (on notera l'excellent doublage de John Malkovitch assuré par Gérard Rinaldi qui offre au timbre du tueur une très grande suavité) et quelques très beaux moments d'intimité partagés entre Clint Eastwood et Rene Russo... A noter que le score est signé du compositeur italien Ennio Morricone...

samedi 26 octobre 2019

The 15:17 to Paris de Clint Easwood (2018) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆



Comment parler de The 15:17 to Paris, le trente-sixième longs-métrage de l'acteur et réalisateur Clint Eastwood qui jusque là avait fait preuve d'une prodigieuse régularité en terme de qualité de mise en scène, sans être trop dur ? Comment imaginer un seul instant que l'auteur, au hasard, de Mystic River, de L'homme des Hautes Plaines, de Sur la Route de Madison ou de Million Dollar Baby ait pu commettre un tel naufrage cinématographique lui qui sut toucher du doigt le cœur des spectateurs à de très nombreuses reprises ? Comment, surtout, les spectateurs ont-ils pu se laisser bluffer par la promesse d'un film revenant sur un fait-divers qui échappa à la tragédie grâce à l'intervention de trois touristes américains ? La réponse à cette dernière question se trouve justement dans le nom du réalisateur. Habituellement tellement propice à donner naissance à des œuvres qui impriment la rétine et touchent l'âme et le cœur qu'on ne pouvait imaginer un seul instant que The 15:17 to Paris ne serait rien d'autre qu'une arnaque sans la moindre saveur.

Lorsque l'on découvre durant les dix dernières minutes les trois véritables héros qui inspirèrent la scénariste Dorothy Blyskal à rédiger un scénario inspiré du l’autobiographie The 15:17 to Paris: The True Story of a Terrorist, a Train, and Three American Heroes écrit par Jeffrey E. Stern, Anthony Sadler, Alek Skarlatos et Spencer Stone, les héros de cette histoires incarnant chacun dans le film leur alter ego fictionnel, on se dit qu'après tout, ces images là se suffisent à elles seules. Allez ! Ajoutons-leur la dizaine ou quinzaine de minutes consacrées au fait-divers s'étant déroulé à bord du Thalys 9364 le 21 aout 2015 et disséminées au beau milieu de flash-back revenant sur l'enfance et l'évolution des trois principaux protagonistes (avec un fort penchant pour Spencer Stone (qui s'incarne donc tout naturellement).

Voilà à quoi aurait dû donc ressembler The 15:17 to Paris, soit un court-métrage d'une vingtaine de minutes environs et rien de plus. Et surtout pas ce long-métrage aux trop longues séquences durant lesquelles Clint Easwood tente une caractérisation des protagonistes pourtant maladroite. Simplement parce que l'auteur de Play Misty for Me semble ici tout bonnement incapable de générer la moindre empathie, ou du moins, le moindre intérêt pour son trio de gosses auquel le spectateur ne s'attachera sans doute pas aussi profondément que ceux que l'on trouve notamment chez Stephen King qui dans le domaine, s'y connaît tout particulièrement. Ni même pour ces mêmes enfants devenus adultes et parcourant l'Europe jusqu'à leur montée à Paris à bord du train incriminé. Clint Eastwood, du moins son œuvre, prend ici un sacré coup de vieux que pas même la séquence de la boite de nuit dont la musique oppose un curieux décalage entre la mise en scène du cinéaste et ses quatre-vingt sept ans (à l'époque du tournage). Plus sérieusement, The 15:17 to Paris est un film dont la plus grande partie des scènes demeure extraordinairement inutile. On s'y ennuie ferme, leur accumulation n'étant au final présente que pour combler l'immense vide du scénario dont le seul intérêt repose donc sur l'acte héroïque des trois américains. Et je ne parle même pas du discours pro-américain, patriotique et dangereusement et fanatiquement religieux de certains personnages. Poubelle !

vendredi 23 août 2019

Million Dollar Baby de Clint Eastwood (2004) - ★★★★★★★★★★



Million Dollar Baby, c'est l'histoire de Maggie Fitzgerald qui un jour débarque dans une salle de boxe dirigée par Frankie avec comme seuls bagages son courage et sa détermination. Afin de gagner sa vie, elle travaille comme serveuse dans un restaurant. Peu confiante en ses capacités, elle vit éloignée de sa famille, de sa mère, de sa sœur et de son frère qui lui est en prison. Quant à son père, il n'est plus là. Maggie rêve de boxe, de combats, et surtout que Frankie accepte enfin de l'entraîner et de devenir son manager. Mais...
Million Dollar Baby, c'est aussi l'histoire de Frankie, justement. Ce soigneur qui ne s'est jamais vraiment remis de ce drame lors duquel, il y a de nombreuses années, il n'a pas su mettre un terme au combat qui opposait son ami Eddie "Scrap-Iron" Dupris à un autre boxeur. Un ami qui y perdit l'usage d'un œil. Frankie apprend le gaélique, va à l'église tous les dimanches, envoie chaque semaine une lettre à sa fille qu'il n'a plus revu depuis longtemps mais qui lui revient chaque fois en retour avec la mention Retour à l'envoyeur, mais il se refuse à entraîner une femme...
Million Dollar Baby, c'est enfin Eddie. Qui depuis qu'il a abandonné la boxe est pourtant resté fidèle à son ami Frankie et l'a suivi jusque dans cette salle de boxe où s'entraînent de jeunes athlètes orgueilleux arrachés à la rue. Eddie, c'est également cette voix qui nous conte cette histoire formidablement touchante, cet homme qui dans l'ombre de son ami lui en veut certainement moins que Frankie lui-même d'avoir perdu un œil au combat...

Million Dollar Baby est le vingt-sixième long-métrage réalisé par Clint Eastwood depuis ses débuts de cinéaste en 1971 avec le thriller horrifique Un Frisson dans la Nuit. Lui qui offrit au western quelques fleurons du genre dont le cultissime L'Homme des Hautes Plaines dès 1973, où l'inoubliable romance Sur la Route de Madison qu'il incarnait aux côtés de Meryl Streep, signait donc en 2004 l'une de ses œuvres majeures, si ce n'est la meilleure d'entre toutes. Un long-métrage dont on pourra distinguer deux actes. Dans un premier temps, l'apprentissage de la jeune Maggie à la boxe dans une formule féminine de Rocky mais avec tout ce que cela sous-entend en terme de subtilité. Le second acte lui, se veut beaucoup plus sombre, et s'avère en fin de compte la simple expression de ce que certaines séquences de la première moitié du film laissaient entrevoir.

Plus discret que ses deux partenaires, Morgan Freeman est égal à certains des personnages qu'il incarna par le passé. On pense notamment à Ellis Boyd « Red » Redding du sublime The Shawshank Redemption de Frank Darabont dans lequel, déjà, il s'adonnait au double exercice de l'interprétation et de la voix-off. Parfois positionné dans l'ombre, il demeure cependant l'une des clés de voute du récit puisque c'est à travers sa propre vision des événements que nous est contée l'histoire de Maggie et Frankie. Au sujet de Maggie, justement, incarnée par la talentueuse et très émouvante Hilary Swank, le long-métrage contrebalance entre deux facettes de sa personnalité : entre force, rage, opiniâtreté d'un côté, et absence de confiance en soit, naïveté, et jeunesse d'esprit de l'autre. Un personnage complexe merveilleusement ''écrit'' que l'actrice sublime à chaque instant. De ses premiers pas dans la salle de boxe, jusqu'au dénouement final absolument bouleversant. Et puis Frankie, bien entendu, auquel Clint Eastwood, fort d'une carrière d'acteur longue de plus de soixante-dix longs-métrages offre un portrait intime et très pudique à son personnage. On retrouve chez lui ce macho cher à l'acteur qui sous sa vieille carcasse sera contraint de faire des concessions face à la jeune femme. De la comédie dramatique se déroulant dans le monde de la boxe masculine, le film exerce une changement de ton qui pourfend le cœur et l'esprit du spectateur.

Million Dollar Baby se mue en un mélodrame terrassant. Un ouragan de sentiments qui se propagent prend le spectateur en otage, lequel alors ne peut que se laisser aller à verser un torrent de larmes. Avec un infinie justesse, l'acteur-réalisateur aborde la famille et son absence, l'amitié et la détermination. La vie, la survie, et même la mort. Une avalanche de prix ont récompensé cet authentique chef-d’œuvre dont quatre Oscars en 2005 pour le meilleur film, le meilleur réalisateur, la meilleure actrice et le meilleur acteur dans un second rôle pour Morgan Freeman. À dire vrai, il manque sans doute celui du meilleur acteur pour Clint Eastwood, car malgré l'éblouissante incarnation d'Hilary Swank dans le rôle de Maggie, c'est peut-être aussi et surtout à travers le regard du personnage de Frankie que sont véhiculées toutes les formes d'émotions évoquées dans Million Dollar Baby. Un inoubliable drame humain et un chef-d’œuvre d'émotion...

dimanche 22 avril 2018

Magnum Force de Ted Post (1973)



Réputé pour n'aimer personne et surtout pas ceux qu'on lui colle, le Lieutenant Callahan se voit attribué un nouveau coéquipier nommé Early Smith. Après le mexicain Chico, voilà qu'il doit accepter de travailler avec un noir. Callahan est relégué par le lieutenant Briggs au service des surveillance après qu'il ait jugé son comportement inadapté lors d'une récente intervention. Callahan s'intéresse de très près à une affaire qui secoue sans doute surtout les milieux criminels puisqu'une série de meurtres touche uniquement ces derniers. Callahan, qui n'a pas le droit de s'en mêler, parvient tout de même à s'incruster là où il n'est pas attendu, ce qui contrarie fortement son supérieur.

Les conseils de Briggs demeurant inefficaces, il aiguille Callahan sur un hypothétique coupable qui se révèle n'être en réalité qu'un leurre. Il n'y a pas UN coupable, mais quatre. Quatre motards de la police commandés par John Davis et qui écument la ville à la recherche de truands auxquels ils vont faire la peau.

Callahan soupçonne très vite le quatuor mais lorsqu'il fait part de ses soupçons au lieutenant Briggs, ce dernier nie les faits. Lorsque les quatre motards comprennent qu'ils sont dans le collimateur du Charognard, l'existence de celui-ci et de Early Smith sont mises en danger...

Second volet consacré à l'un des plus détestables flics de San Francisco, Magnum Force est réalisé cette fois-ci par Ted Post, cinéaste qui tourna déjà aux cotés de Clint Eastwood cinq ans plus tôt dans Pendez-Les Haut et Court. Cette suite au premier chapitre est du même acabit. Le personnage centrale demeure aussi attachant qu'exécrable sous certains aspects. Jugé raciste par son entourage, il n'en demeure pas moins capable de s'adapter aux coéquipiers que ses supérieurs lui imposent. Callahan est plus solitaire que xénophobe.

Clairement inspiré par les « fameux » escadrons de la mort au Brésil, Magnum Force a l'intelligence de faire passer un message sans faire dans le pompeux. Eastwood contient ses pulsions et enquête sur des hommes au demeurant insoupçonnable et doit surtout faire face à une hiérarchie inflexible dont le comportement étonne parfois jusqu'à ce que l'on comprenne pourquoi.

L'oeuvre possède quelques-un de ces fameux interludes durant lesquels notre inspecteur favoris s'occupe d'affaires différentes de celle qui sert d'intrigue principale. Ici, un détournement d'avion qui fera autant de victimes qu'il y a de preneurs d'otages. C'est évidemment Callahan qui a le dessus même si les tueurs ont toujours tendance à attendre leur tour pour tirer. On notera un concours de tir qui n'est pas anodin puisqu'il va permettre au lieutenant de mettre la main sur un important indice, corroborant ainsi ses soupçons.

Magnum Force est un film policier mâtiné d'action. A cette époque là, les cinéastes étaient encore capable de réaliser des œuvres efficace qui évitaient la surenchère. Aujourd'hui, tel n'est plus le cas. Outre la mise en scène de Ted Post et l'interprétation de tous les acteurs, c'est bien celle de Clint Eastwood qui donne toute sa grandeur au film. Un excellent volet...

dimanche 14 janvier 2018

Hang Em High de Ted Post (1968) - ★★★★★★★★☆☆



Le cinéaste américain Ted Post signait en 1968, un très grand western avec Hang Em High. Un scénario basant son intrigue autour du révisionnisme occidental remettant en question les idéaux fondés sur les coutumes du far West, et qui se révélèrent en fin de compte bien moins reluisants que dans les idées reçues. Clint Eastwood y interprète le rôle de Jedediah "Jed" Cooper, éleveur de bétail et ancien homme de loi accusé à tort d'avoir volé et tué le propriétaire d'un troupeau de bêtes par le Capitaine Wilson et ses hommes. Pendu sans autre forme de procès, il est sauvé in extremis par le marshall Dave Bliss qui ne passait pas tout à fait par hasard dans la région. Finalement reconnu innocent par le juge Adam Fenton, lequel lui offre un poste de Marshall, c'est porteur de sept mandats d'arrêt aux noms de ses lyncheurs que Cooper va se lancer à la poursuite de ces derniers afin de les faire enfermer et juger.
Face au désir de vengeance de Cooper, c'est l'opposition entre justice expéditive et tribunal impitoyable que tournera le récit du film qui chez nous sortira sur les écrans le 20 novembre 1968 sous le titre, Pendez-les Haut et Court. Un grand western, oui. Mais aussi et surtout, un grand malaise filmé en Couleur Deluxe. Le portrait peu élogieux d'une Amérique s'étant tout d'abord emparée des terres appartenant aux indiens. Mais là n'est pas vraiment le sujet. Ce qui intéresse Ted Post dans le scénario écrit par Leonard Freeman et Mel Goldberg, c'est d'abord les différentes formes qu'y prend la justice. Légale ou non, manifeste ou non-offcielle, dans le contexte de ce récit, elle dérange.

Tout commence donc par l'exécution de Cooper par des hommes s'affirmant hommes de loi, ce qui n'empêche pas certains d'entre eux de voler le condamné. L'un se saisit de la selle de son cheval tandis qu'un autre lui vole son portefeuille. Les visages expriment différents types d'émotions. Certains, de la gêne. D'autre, de l'incertitude quant à la culpabilité de Cooper, évaluée à la légère et sans qu'aucune preuve véritablement tangible à part la présence du bétail du propriétaire tué plus tôt dans les parages ne vienne définitivement étailler les soupçons de ces hommes qui se disent de loi mais tuent à la sauvage. Hang Em High n'aurait pu être qu'une succession d'actes mettant en scène un Clint Eastwood toujours aussi charismatique et tuant les uns après les autres ceux qui le jugèrent et le lynchèrent un peu trop rapidement.

Mais là où le scénario brille par son intelligence, c'est lors d'une scène durant laquelle intervient un événement avec lequel le personnage de Cooper entre en conflit. Si dans une certaine mesure, et selon la loi ayant court à l'époque, même un simple voleur pouvait finir la corde au cou, il y a dans ce double portrait de deux frères de dix-huit et seize ans ayant volé des bêtes en compagnie d'un homme plus mûr et seul responsable de la mort de leur propriétaire, de quoi remettre en question la justice un peu trop radicale en ce dix-neuvième siècle où la poudre et le chanvre parlaient un peu trop facilement. Afin d'étayer son propos et de s'assurer une attention de tous les instants de la part du spectateur, Ted Post nous assène aux trois-quarts du long-métrage une sextuple pendaison presque insoutenable dans son attente. Six condamnés pour presque autant de personnalités différentes. Parmis lesquels, les deux gamins cités plus haut, condamnés à mort par un juge que l'on avait loisir d'apprécier jusque là. Et toujours, Clint Eastwood, la marque de son lynchage pour nous rappeler son injustice, tentant de faire basculer le sort des deux jeunes condamnés. En vain puisque leur sort, justement, est déjà scellé.

Autre phénomène particulièrement absurde dans le comportement humain, ou du moins, tout à fait abjecte et admirablement retranscrit : la ferveur des habitants du village et de tous ces « touristes » venus assister à la multiple pendaison. Il demeure quelque chose de profondément indécent et de décadent dans ce spectacle de la mort où les chants religieux s'enchaînent, entrecoupés de rires gras et où la bière coule à flot. Seule minuscule note d'espoir dans ce monde chaotique et mortifère, un père refusant à son enfant d'assister à la pendaison. Un court répit immédiatement relayé par l'image marquante d'un père prenant sur ses épaules son enfant, à peine âgé de sept ou huit ans, histoire que le gamin n'en manque pas une goutte !

Si dans le font, le film se regarde essentiellement comme un excellent divertissement et un très bon western, c'est en analysant la forme que l'on y descelle tout le potentiel horrifique accentué par la partition musicale parfois minimaliste et anxiogène du compositeur et accordéoniste de jazz, Dominic Frontière. Aux côtés de Clint Eastwood, nous retrouvons notamment Pat Hingle dans le rôle du juge Fenton, Inger Stevens dans celui de Rachel Warren (incarnant ainsi encore une autre forme de justice), Ed Begley en Capitaine Wilson, ou Bruce Dern dans la peau de Miller. Quant aux plus attentifs, ils auront sans doute reconnu Dennis Hooper dans le minuscule rôle du « Prophète » au début du film. Un petit bijou à côté duquel il serait dommage de passer...
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