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vendredi 20 octobre 2023

Le cas Richard Jewell de Clint Eastwood (2019) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Plus qu'un excellent acteur, Clint Eastwood est certainement l'un des plus grands cinéastes américains de son temps. Auteur de plus de quarante longs-métrages en tant que réalisateur, rares sont les fois où il échoua à convaincre. À seuls titres d'exemples, nous citerons Au-delà en 2010 et surtout Le 15h17 pour Paris en 2018, deux actes manqués dont le second s'avère carrément indigne de l'auteur de L'homme des Hautes Plaines en 1973, de Impitoyable en 1992, de Sur la route de Madison en 1995 ou de Million Dollar Baby en 2004. Cinéaste fascinant, capable d'adapter et de s'accaparer sur grand écran tous types de situations et de personnages, Clint Eastwood fit l'erreur de vouloir traiter le sujet du terrorisme en 2018 sous un angle qui ne lui ressemble absolument pas. Verdict : Le 15h17 pour Paris demeure sans doute son plus mauvais film. Malgré cette authentique catastrophe artistique qui à l'échelle mondiale ne rapporta même pas le double de son financement de départ de trente millions de dollars, Clint Eastwood choisit l'année suivante de revenir à la charge en évoquant un second acte de terrorisme bien antérieur à celui que réussirent à déjouer trois touristes américains sur le sol français. Nous sommes désormais en 1996, dans la nuit du 26 au 27 juillet 1996 lorsque l'agent de sécurité Richard Jewell découvre placé sous un banc du parc du Centenaire situé à Atlanta, un sac à dos qu'il suppose très rapidement contenir une bombe. Après en avoir référé à la police, il lui est demandé de prévenir les techniciens chargés d'organiser le concert qui a lieu cette nuit-là d'évacuer la tour qui domine le public ainsi que les spectateurs situés près du suspicieux sac à dos. Cependant, malgré les dispositions prises à la suite de l'alerte, le sac explose avant que les démineurs n'aient pu intervenir et plus de cent-trente personnes sont blessées tandis que deux autres y perdent la vie. Érigé en véritable héros, médiatisé, approché par un éditeur qui déjà pense à écrire son histoire, Richard est la fierté de sa mère Barbara (formidable Kathy Bates). Et pourtant, celui que tout le monde considère comme un héros est désormais dans le viseur de deux agents du FBI. Du héros adulé, Richard Jewell devient très rapidement le suspect numéro un. Les journalistes campent devant la demeure qui les abrite sa mère et lui tandis que les agents du FBI Tom Shaw (Jon Hamm) et Dan Bennett (Ian Gomez) mettent tout en œuvre pour prouver la culpabilité de l'agent de sécurité. Clint Eastwood se montre une nouvelle fois implacable dans sa recherche de vérité.


Tout en conservant une certaine sobriété, le réalisateur, aux côtés du scénariste Billy Ray, s'inspire dans le cas présent de l'histoire authentique de Richard Jewell qui vécu un véritable acharnement de la part des médias et du FBI. Heureusement, l'agent de sécurité peut compter sur le soutien de sa mère, ainsi que sur celui de son avocat Watson Bryant (excellent Sam Rockwell) et de sa secrétaire Nadya (Nina Arianda). D'autres se positionnent du côté des contradicteurs, comme la journaliste Kathy Scruggs (Olivia Wilde), laquelle vient de déclencher, sans mauvais jeu de mots, une véritable bombe en produisant un article à charge contre Richard Jewell. Clint Eastwood met donc à mal la presse dans son ensemble qui ne vaut, au fond, pas mieux que les paparazzis. Et comme l'exprime à sa manière Richard Jewell qu'interprète l'acteur Paul Walter Hauser, l'image du FBI est ici égratignée à travers les personnages de Tom Shaw et Dan Bennett et s'avère bien loin de celle que donnent généralement ces représentants de la loi triés sur le volet. Harcèlement, manipulation, vie privée souillée, Le cas Richard Jewell met sous tension le spectateur durant plus de deux heures. Si la première partie se consacre tout d'abord à l'événement qui se produisit dans la nuit du 26 au 27 juillet 1996 (avec, à la clé, une explosion visuellement ratée), la seconde se destine à être avant tout comme un plaidoyer contre les idées préconçues (le passé du suspect est examiné à la loupe et utilisé à charge contre Richard Jewell), une certaine corruption des représentants de l'ordre (Shaw et Bennett mettant tout en œuvre afin de démontrer la culpabilité de leur suspect bien que n'ayant pas la moindre preuve contre lui) ou encore la main-mise de la presse sur l'opinion publique. Clint Eastwood offre avec Le cas Richard Jewell, une très grande réussite, laquelle s'attarde finalement moins sur l'enquête du FBI que sur le personnage central du récit. Un Richard Jewell d'abord crispant, entre autisme et rigueur professinnelle, puis finalement touchant. Notons la prestation de Kathy Bates, formidable dans le rôle de la mère et bouleversante lors de la réunion autour de la presse et de celle de Sam Rockwell dans celui de l'avocat dont le comportement désinvolte inquiète tout d'abord mais qui fut sans doute l'un des éléments fondateurs dans la réhabilitation de son client. Superbe...

 

mercredi 30 novembre 2022

Don't Worry Darling d'Olivia Wilde (2022) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Ahhhhhh, le rêve américain... Ce formidable concept lié à ''L'Americain way of life'' et permettant à quiconque s'en donnant les moyens de vivre confortablement et heureux remonte au seizième siècle. L’œuvre de la réalisatrice américaine Olivia Wilde Don't Worry Darling ne remontera cependant pas jusqu'aux origines mais implantera son idyllique communauté au cœur des années cinquante du siècle dernier. Une décennie très représentative de ce mode de pensée qui par delà les frontières peut parfois paraître dérangeant. Car comment voir cette notion autrement que comme la généralisation des mœurs d'un peuple ou plus simplement d'un groupe d'individus usant de méthodes en tous points similaires. L'uniformisation est au centre de ce projet dont le secret sera longtemps gardé par la réalisatrice qui plutôt que d'imiter ses pairs en plongeant ses protagonistes dans un futur proche et dystopique préfère les intégrer dans une époque surannée, esthétiquement troublante et révélatrice d'une certaine hypocrisie. Les années cinquante donc. Avec ses standards musicaux. Ses couleurs chaleureuses. Ses voisins souriants avec lesquels l'on partage un bon repas. Ses automatismes journaliers décrivant des hommes allant travailler tandis que leurs épouses s'occupent de la maison et des enfants. Le second long-métrage d'Olivia Wilde trois ans après la comédie Booksmart donne le ton et flirte avec le cadre au départ paradisiaque du Blue Velvet de David Lynch. Mais tout comme le chef-d’œuvre du cinéaste américain dont on désespère d'assister au retour sur grand écran, la machinerie va très vite s'en retrouver grippée. Étrange tout de même, ce lotissement isolé, entouré d'un vaste désert et de montagnes arides, zone où les épouses n'ont pas droit de cité. Étrange également, ce couple à l'origine du projet ''Victory'', du nom de cette petite ville aux charmes évidents. Frank et Shelley, incarnés par Chris Pine et Gemma Chan. Trop polis, trop souriants, trop calmes. Les apparences étant forcément trompeuses, la véritable héroïne du récit Alice Chambers va mettre à jour les failles d'un projet aux apparences sectaires, s'attirant ainsi les foudres de la petite communauté. Ça n'est pas révéler cette fausse ''disposition'' mise en place au cœur de la ville de Victory que de préciser que tout n'y tourne pas vraiment rond. Comme en témoigne rapidement la présence d'une habitante qui semble bien avant l'héroïne avoir compris que tout ici n'est pas rose...


Plus que de nous révéler la réalité des faits avec un surcroît de parcimonie le même type de message que lors de l'un des twists du génial Total Recall de Paul Verhoeven, Olivia Wilde construit un château de carte fragile constitué d'une somme de vérités troubles et de flash-back explicatifs. Visuellement, Don't Worry Darling est une claque. Le travail du directeur de la photographie Matthew Libatique est à mettre au compte des indéniables qualités du long-métrage. L’œuvre de la réalisatrice fait partie de cette génération de films qui mêlent une certaine idée de l'esthétique lumineuse avec l'horreur la plus froide. Le long-métrage est d'une certaine manière le Midsommar des années 2020. Quoique son efficacité pourra être parfois remise en cause en raison d'étonnants choix scénaristiques. D'improbables changements de nature ou d'humeur dont fera notamment l'objet le personnage de Shelley dans les derniers instants. Crispant certaines des peurs les plus ancrées chez l'Homme, Olivia Wilde fait le bon choix d'isoler son héroïne du groupe en renforçant le principe à travers Jack, l'époux qu'interprète l'acteur Harry Styles. Lui-même acquis à la cause du projet ''Victory'' dont on ne sait jamais vraiment dans quelles mesures les hommes de la communautés connaissent la véritable teneur. Du drame paranoïaque qui commence peu à peu à se profiler, le film verse ensuite dans le thriller cauchemardesque. Une œuvre qui s'intéresse également à des technologies se profilant actuellement à grande vitesse (la réalité virtuelle) et offrant ainsi également une porte ouverte aux amateurs de science-fiction. Au delà du simple projet qui vise à faire de Don't Worry Darling le témoin d'un futur théorique pas si absurde que cela, Olivia Wilde semble également s'intéresser à ces méthodes de contrôles mentaux, observant ainsi comme à travers un aquarium (ici, l'objectif de la caméra) ses personnages parfois un peu trop dociles. Certains reprocheront sans doute au film de ne pousser le concept dans ses derniers retranchements qu'en de rares occasions. Pas assez frontal. Lissé comme à l'image de son esthétique, les ''climax'' tombent presque comme des cheveux dans la soupe. Reste que Don't Worry Darling demeure tout de même l'une des très bonnes surprises de cette année...

 

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