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mardi 9 juin 2026

Dracula : A Love Tale de Luc Besson (2025) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

''Optio ironiae activata...''

 

Deux heures et neuf minutes plus tard... Cent vingt-neuf minutes, sept-mille sept-cent quarante secondes, sept-mille sept-cent quarante milliards de nanosecondes................ Vu sous cet angle, cela peut paraître une éternité. Mais à l'échelle d'une vie ou d'une année, c'est peu de chose. Par contre, à celle d'une journée, il faut être préparé à n'avoir rien prévu de particulier qu'il s'agisse que l'on prévoie de projeter le film en matinée, dans l'après-midi ou plus ou moins tard dans la soirée... L'important étant tout d'abord de se mettre dans d'excellentes conditions si l'on veut pouvoir bénéficier des qualités qu'il faut pour digérer ce qui semble être non seulement le meilleur film de Luc Besson, la nouvelle référence en matière de vampirisme au cinéma, et donc la plus remarquable adaptation du roman de l'écrivain irlandais Bram Stoker ! Parce que sorti de cette expérience parmi les plus inoubliables dans l'existence d'un cinéphile ou d'un cinéphage, l'on ne peut qu'accorder à Luc Besson le crédit d'avoir renoué avec le meilleur de son art tout en calmant les ardeurs de ses plus virulents détracteurs... Oubliez donc la vision de Francis Ford Coppola qui en 1992 signait Dracula, un authentique navet auquel ressemble il est vrai Dracula : A Love Tale de Luc Besson. Détail qui fut notamment relevé par les fans de l'américain mais qui se justifie ici amplement lorsque l'on découvre devant notre écran l'ampleur du travail accordé aux costumes, aux décors, aux effets-spéciaux, à la mise en scène ou à l'interprétation. Dès les premières minutes et cet épique combat face à l'Empire Ottoman, le Prince Vladimir joue de sa superbe, de sa force, de son courage et d'un charisme indéniable. Chorégraphie au cordeau, maintenant ainsi une lecture simple mais parfaitement lisible des affrontements. L'on devine déjà que le cinéaste français n'est pas là pour rire mais bien pour donner une leçon à toutes celles et ceux qui souvent le critiquent. Gonflé à bloc et produisant une œuvre qui n'a pas peur de s'écarter du roman original, Luc Besson ose tout. Jusqu'à même laisser diffuser des messages très contemporains mais qui pourtant n'avaient pas cours à l'époque où se déroule l'action. Sans évoquer ouvertement le personnage d'Abraham Van Helsing, Luc Besson confie à l'acteur austro-allemand Christoph Waltz le rôle d'un prêtre chasseur de vampires. Plus étonnant, Guillaume de Tonquédec incarne celui du docteur Dumont. Et tandis que Zoë Bleu incarne la Princesse Elisabeta ainsi que Mina Murray et que de son côté Ewens Abid interprète le jeune clerc de notaire Jonathan Harker, l'on s'étonne moins de retrouver Caleb Landry Jones dans le rôle-titre puisque Luc Besson l'avait déjà engagé sur son dernier long-métrage en 2023, Dogman..... S'agi[crssshhh]t, de la bande mus[pschhhhhh] de Danny El[Frrrrrrrr]n...................


''Optio ironiae desactivata... ''


Et merde ! Mon esprit s'était mis en mode ''second degré''... Vu que je n'ai pas l'intention de tout reprendre depuis le début, je vais essayer d'être concis : Dracula : A Love Tale, c'est quoi ? Juste un énième exercice de style engagé par un Luc Besson qui comme souvent n'en fait qu'à sa tête. Résultat, ce film, qui copie de manière éhontée l’œuvre remarquable de Francis Ford Coppola est d'abord un agréable divertissement si tant est que l'on s'accorde sur le fait qu'il n'est rien d'autre qu'un nanar sans doute involontairement drôle pourtant typé ''Premier degré''. Malgré tout, une question subsiste généralement : Luc Besson fut-il conscient au moment de tourner son dernier long-métrage du ridicule qu'il mettait en œuvre lors de séquences aussi remarquablement navrantes que la scène du bal ou celle, justement, de ''l'épique combat'' entre l'armée du Prince Vladimir et celle de l'Empire Ottoman ? Lucas Fabiani... Retenez bien ce nom. Réalisateur d'une tripotée de courts-métrages et de clip musicaux, il est surtout ici le monteur du film de Besson. Et que dire si ce n'est qu'entre le montage lors de l'affrontement dont la lisibilité est presque aussi désastreuse que celle de l'infâme Taken 3 signé de ce tâcheron d'Olivier Megaton en 2015, des fondus et des effets-visuels qui confinent au plus haut grade pour Lucas Fabiani de Maître es de l'archaïsme, Dracula : A Love Tale est surtout l'occasion de voir combien le cinéma de Luc Besson est dépassé, voire ridicule. Passéiste dans son ADN et incapable de se remettre en question, il agit en outre comme un enfant se croyant à l'abri du regard des adultes. Surtout lorsque sans vergogne il ''pique'', allez, on va dire qu'il ''s'inspire'', de l'une des affiches du Nosferatu de Robert Eggers sorti un an auparavant (genre, ça va pas s'voir) ou qu'il emprunte justement au Dracula de Coppola la plus part des idées scénaristiques et esthétiques. Bref, rien de vraiment nouveau sous le soleil puisque Luc Besson continue ponctuellement d'offrir de douces gourmandises. De quoi fournir aux critiques acerbes de ses détracteurs matière à se foutre de lui tout en alimentant la fascination qu'il exerce encore chez certains d'entre nous. D'autant plus dommage que le film profite parfois de décors ou de costumes réellement stupéfiants et d'une bande musicale signée de Danny Elfman en accord avec son sujet...

 

vendredi 19 juillet 2024

Le cinquième élément de Luc Besson (1997) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Ben merde alors ! Vingt-sept ans après avoir subit sur grand écran Le cinquième élément au point d'avoir eu un instant l'envie de mettre le feu au cinéma qui l'avait projeté, voilà que le film, selon moi, s'est bonifié avec le temps. Au point de penser qu'il s'agit sans doute de l'un des derniers bons crus de notre Luc Besson national. Vous savez, le bonhomme qui trente ans plus tard s'intéressa une nouvelle fois à la science-fiction en adaptant sur grand écran la série de bandes-dessinées de Pierre Christin, Jean-Claude Mézières et Évelyne Tranlé, Valérian et Laureline, sous le titre Valérian et la cité des mille planètes. Oui, oui, on parle bien de cette bouillie visuelle qui en terme de mise en scène et d'écriture reste tout simplement imbitable. Probablement qu'en revenant dessus dans un peu plus d'un quart de siècle, peut-être l'envisagerai-je d'un tout autre point de vue. Ce qui me semble couru d'avance puisque la seule raison pour laquelle j'ai choisi une fois de plus de m'engager dans le périple du Major Korben Dallas, du Père Vito Cornelius et de Leeloominaï Lekatariba Lamina-Tchaï Ekbat De Sebat que l'on nommera plus simplement Leeloo, fut la présence à l'écran de Bruce Willis, de Ian Holm ou encore de Gary Oldman. D'emblée, et alors qu'à l'époque je n'avais pas eu d'autre choix que d'aller découvrir le film en version française, ma première raison de grincer des dents fut le doublage de Bruce Willis qui selon la volonté de Luc Besson lui-même fut assuré non plus par Patrick Poivery mais par Bernard Métraux. Un choix plutôt étonnant mais que voulez-vous, Sieur Besson le voulut ainsi... Passons ensuite sur les placements de produits avec ces multiples plans montrant l'enseigne McDonald's, l'un des rois de la malbouffe et de la restauration rapide ou cette pseudo-refonte de l'univers propre à Blade Runner de Ridley Scott en version nettement moins sombre et anxiogène.


Un peu à la manière de Stargate ou La porte des étoiles de Roland Emmerich, Le cinquième élément ouvre les hostilités en Égypte au début du vingtième siècle. Là, un archéologue déchiffre une fresque gravée à l'intérieur d'un temple indiquant l'apparition du Mal tous les cinq-mille ans. Seul moyen de contrer ce dernier : cinq éléments dont l'un est représenté par une effigie de forme humanoïde. Cette séquence d'ouverture permet à Luc Besson de détruire l'image de bad boy de l'acteur américain Luke Perry (lequel est devenu mondialement célèbre grâce au rôle de Dylan McKay dans la série Beverly Hills 90210), lequel incarne un assistant dont le trouillomètre affiche un affligeant zéro ! Débarque alors un vaisseau d'assez belle allure conçu par la société d'effets-spéciaux créée quatre ans auparavant par le réalisateur James Cameron, Digital Domain. En sort une poignée d'extraterrestres atteints d'obésité et d'armures (exosquelettes?) venus délivrer un message. Près de trois-cent cinquante ans plus tard, le film met en scène Bruce Willis dans le rôle du chauffeur de taxi Korben Dallas sur le véhicule duquel tombe comme une enclume, Leelo. Jeune et jolie femme conçue à partir de cellules vivantes retrouvées in extremis à l'intérieur d'une main métallique appartenant à une entité extraterrestre. Le cinquième élément, c'est ELLE. Son apparition coïncide avec celle d'un étrange et gigantesque objet qui se promène tranquillou dans l'univers afin de détruire toute forme de vie qui croise son chemin. Et notre planète, malheureusement, semble être sa prochaine destination. Si de prime abord Le cinquième élément semble être une sorte de fourre-tout, Luc Besson vidant ainsi le trop plein d'imagination que contient sa caboche, il faudra sans doute pour certains, un deuxième visionnage pour saisir en grande majorité tout ce que nous conte le script écrit conjointement entre le réalisateur et le scénariste américain Robert Mark Kamen.


En effet, Luc Besson a tendance à remplir son film jusqu'à la gueule de personnages secondaires plus ou moins utiles, bien qu'en y réfléchissant, la majorité d'entre eux demeurent objectivement nécessaires à l'intrigue. Servant l'imaginaire parfois débridé de son auteur, si l'on entre dans la tête de cet homme sans doute trop inspiré, la présence de la Diva Plavalaguna (Maïwenn) a du sens. Comme celle de l'acteur et humoriste Chris Tucker qui dans le rôle de l'animateur radio Ruby Rhod est surtout là pour faire le show ! Aux côtés du personnage principal interprété par Bruce Willis l'on retrouve le Père Vito Cornelius, interprété par Ian Holm (l'androïde de Alien, le huitième passager de Ridley Scott), ainsi que Milla Jovovich dont la carrière débuta une dizaine d'années en arrière par quelques téléfilms et séries télévisées dont un épisode de Mariés, deux enfants et un autre de Parker Lewis ne perd jamais... Après avoir expérimenté les fonds marins avec Le grand Bleu, Luc Besson se montre déjà nettement plus timide lorsqu'il s'agit d'explorer l'espace qui nous entoure puisque la majeure partie des séquences sont tournées en intérieur dans des décors conçus par le chef décorateur et directeur artistique français, Dan Weil. Et ce malgré le fait que certaines zones de l'univers aient été théoriquement prospectées. Fidèle à Luc Besson depuis son court-métrage L'avant dernier en 1981, l'on retrouve une nouvelle fois aux commandes de la bande musicale Eric Serra, lequel crée notamment à cette occasion un court extrait d'opéra futuriste relativement plaisant. Avec ses soixante-quinze millions d'euros (soit trois fois moins que pour le futur Valérian et la cité des mille planètes), Luc Besson s'amuse déjà comme un gamin auquel l'on aurait confié les manettes d'un jeu vidéo en mode ''vies illimitées''. Il offre pour la seconde fois le rôle de l'antagoniste principal à Gary Oldman après l'avoir engagé sur le tournage de Léon trois ans auparavant. Un personnage haut en couleurs, affublé d'un costume ridicule comme beaucoup d'autres d'ailleurs et dont la conception fut confiée au styliste et couturier français Jean-Paul Gaultier. Souvent épuisant, un brin ringard, voire même parfois nanardesque mais moins bordélique qu'il ne m'était apparu à l'époque, Le cinquième élément gagne finalement à être redécouvert aujourd'hui...

 

mardi 30 janvier 2024

Dogman de Luc Besson (2023) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Ahhhhh comme je l'aime notre Luc Besson national. Et même s'il m'arrive parfois de ne pas être très tendre avec lui (sa propension à détruire ses quelques incartades dans le domaine de la science-fiction à travers Le cinquième élément et Valérian et la Cité des mille planètes m'ayant donné d'affreux maux de tête), il m'arrive parfois d'avoir une haute estime pour ce grand enfant qui dépense son argent et celui des autres sans compter dans des projets dont les fruits sont parfois pourris. À chaque nouvel arrivage du français, la fébrilité est à l'aune de l'impatience qu'il génère en moi. Son nouveau projet parviendra-t-il une fois encore à générer ces rires troubles et plein de gêne qui naissent de la surexploitation d'idées qui auraient mérité davantage de retenue ? Dogman semble aller dans ce sens et c'est tant mieux. Au pire, l'on oubliera rapidement cette nouvelle extravagance placée sous le signe de l'examen clinique d'un sociopathe, au mieux l'on passera un très agréable moment de cinéma bis à vingt millions d'euros. Produit par la société de production de Luc Besson et Pierre-Ange Le Pogam, EuropaCorp mais également par Virginie Besson-Silla et Steve Rabineau, le dernier joujou de Luc Besson a beau être drapé de l'étendard tricolore, le bonhomme ne change pas d'un iota et convie à cette occasion un important panel d'interprètes d'origines diverses. Fondamentalement, le film attire par la seule présence de l'acteur américain Caleb Landry Jones qui dans le formidable Nitram de Justin Kurzel en 2021 incarnait le rôle-titre. D'autres verront sans doute sa participation à Antiviral de Brandon Cronenberg, à Get Out de Jordan Peele ou The Dead Don't Die de Jim Jarmusch comme des valeurs sûres mais c'est bien dans la peau de Nitram que l'acteur révéla surtout son énorme potentiel... Dans Dogman, Caleb Landry Jones ressemble parfois à s'y méprendre à l'acteur français Vincent Perez. Mais un Vincent Perez sous l'emprise d'une psyché désordonnée. Bien qu'elles puissent souvent apparaître rédhibitoires, ce sont les maladresses de ce cinéma typiquement ''Bessonien'' qui font le charme et parfois le sel de certaines de ses réalisations.


Ici, d'emblée Luc Besson fait fi des recommandations faites aux agents généralement concernés par l'interrogatoire des criminels. La psychiatre Evelyn (l'actrice Jonica T. Gibbs) déballe en moins de temps qu'il ne faut pour le dire l'état relationnel dans lequel elle vit actuellement à un type qu'elle rencontre pour la toute première fois : Douglas Munrow, le Dogman du titre. Histoire de mettre en confiance cet étrange individu ressemblant à une Marilyn Monroe passée à tabac ? Peut-être... Un détail en tout cas en regard du gouffre qui sépare le fond de la forme. Un abîme dans lequel s'enfoncent malheureusement aussi bien la quasi totalité des interprètes que la mise en scène de Luc Besson qui décidément semble incapable d'argumenter lorsqu'il s'agit d'apporter cette petite touche d'émotion qu'appelle la tragédie qui entoure le personnage principal. Le film aurait d'ailleurs pu tout aussi bien porter le nom de son principal interprète tant Caleb Landry Jones efface tous ceux que son personnage croise. Sans parler du ridicule qui souvent ici transpire malheureusement par tous les pores d'une mise en scène académique, Luc Besson n'est ni Rob Reiner, ni Frank Darabont. N'est pas conteur qui veut et cette histoire documentée sous forme de flash-back demeure cruellement inefficace. On a beau trouver de bonnes raisons de prendre en pitié le héros pourtant très bien campé par l'acteur américain, les incessants retours en arrière sont chacun à leur tour expédiés de telle manière que l'on n'éprouve finalement pas ou peu d'empathie pour ce pauvre gamin, handicapé, devenu adulte et maître expérimenté dans l'art du transformisme et dans celui du dressage des chiens. Ridicule, oui, parfois, et même parfaitement gênant lors de séquences franchement problématiques. Le passage expédié au foyer, la rencontre du héros avec son seul ''amour'', la comédienne de théâtre Salma Bailey (l'actrice américaine Grace Palma), des passages apparemment obligés qui montrent à quel point Luc Besson ne maîtrise absolument pas son sujet. Reste malgré tout quelques bonnes idées comme le contrôle du héros sur ses amis canins qui nous vaut quelques sympathiques séquences. Notons qu'une fois encore le compositeur Éric Serra est toujours aux commandes de la bande musicale. Le réalisateur et scénariste français, comme à son habitude, engrange les bonnes et les mauvaises idées pour un résultat qui au fond, ne casse pas trois pattes à un can, à un chien... !

 

samedi 1 avril 2023

Subway de Luc Besson (1985) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Luc Besson fait partie de ces personnalités que les critiques aiment assaisonner de commentaires peu élogieux. Un peu comme un Patrick Sébastien versant dans le septième art et dont les quolibets qui lui sont infligés ne sont pas toujours justifiés. Pour Christophe Lambert, c'est un peu la même chose... Pas de chance, donc, puisque le réalisateur et l'acteur ont fait ce petit bout de chemin ensemble, ce voyage dans les entrailles de la capitale française, entre thriller souterrain et romance ferroviaire. Se battant parfois en duel pour savoir qui de l'un ou de l'autre est le plus ringard (Le Cinquième Élément, Valérian et la Cité des mille planètes pour Luc Besson, Mortal Kombat de Paul W.S. Anderson et Vercingétorix : la légende du druide roi de Jacques Dorfmann pour Christophe Lambert), l'alchimie semble avoir pourtant fonctionné avec ce Subway qui demeure pour l'un comme pour l'autre, une très agréable surprise. Autour du réalisateur et scénariste (accompagné à l'écriture par Pierre Jolivet, Alain Le Henry, Marc Perrier et Sophie Schmit), on retrouve quelques interprètes de son tout premier long-métrage réalisé deux ans auparavant en les personnes de Jean Bouise et surtout de Jean Reno que l'on retrouvera successivement chez Luc Besson dans Le grand bleu en 1988, Nikita en 1990 et Léon en 1994. Côté musique, on retrouve également le compositeur et multi-instrumentiste Eric Serra qui demeurera toujours fidèle au poste en dehors de Valérian et la Cité des mille planètes dont la partition musicale sera confiée à Alexandre Desplat. Et c'est d'ailleurs tant mieux pour lui tant ce film au faramineux budget de presque deux-cent millions d'euros est une purge ! Luc Besson lui offre d'ailleurs un tout petit rôle dans son second long-métrage puisqu'il y interprète le personnage de Erico, un bassiste. Notons d'ailleurs la présence dans le rôle de l'interprète de la chanson It's Only Mystery (composée par Corine Marienneau, Louis Bertignac et Éric Serra) du chanteur et acteur américain Arthur Simms qui décèdera deux ans après la sortie du film à seulement trente-quatre ans. Côté casting, du beau monde se bouscule autour de Christophe Lambert qui interprète le rôle de Fred, jeune homme au costume trois pièces, aux cheveux en pétard et gris péroxydé, un peu paumé, voleur à ses heures et amoureux de la belle et riche Héléna Kerman (Isabelle Adjani). Jean Réno, donc, qui incarne un batteur, Jean Bouise en chef de station de métro, Jean-Hugues Anglade en voleur sur patins à roulettes, Richard Bohringer en fleuriste, Jean-Pierre Bacri en inspecteur Batman sous les ordres du commissaire Gesberg qui de son côté est interprété par Michel Galabru...


Luc Besson s'empare d'un environnement très particulier, souterrain, digne de figurer au tableau de chasse de certains films d'épouvante parmi lesquels certains s'y déroulent presque dans leur intégralité (Death Line de Gary Sherman en 1972, Creep de Christopher Smith en 2004), mais qui dans le cas présent est au centre d'une étrange ''histoire d'amour'' entre deux individus de monde totalement opposés mais qui paraissent tout deux marginaux. Autre particularité de Subway : la plupart des personnages paraissent tous plus barrés les uns que les autres et parmi lesquels Christophe Lambert/Fred et Isabelle Adjani/Héléna trônent en bonne place. L'un des atouts majeurs du long-métrage repose avant tout sur l'atmosphère qui se dégage des lieux. Un monde ''merveilleux'', tantôt blafard (les célèbres murs concaves recouverts de carrelage blanc) tantôt crépusculaire (les tunnels) et dans lequel Luc Besson promène ses caméras et nous convie à partager non seulement la vie de personnages bigarrés mais également celle beaucoup plus courante des usagers du métro et de celles et ceux qui y travaillent de manière officielle (le service de sécurité) ou officieuse (le pick-pocket). L'exploitation d'un univers ''habité'' par les sans domiciles fixes et autres musiciens vivant de la générosité des usagers dans lequel se croisent un type en costard et une femme de milliardaire en robe à froufrous crée un saisissant et authentique décalage qui permet même aujourd'hui à Subway de conserver son originalité. Si à l'époque l'on pouvait considérer le film de Luc Besson comme esthétiquement novateur, le réalisateur savait déja surtout s'offrir les services d'interprètes à la mode comme il le fera avec plus ou moins bon goût tout au long de sa carrière. Adjani avait quelques années en arrière collaboré auprès d'Andrzej Zulawski, Jean-Paul Rappeneau, Claude Miller ou Jean Becker tandis que Christophe Lambert s'était affiché en homme-singe dans le formidable Greystoke, la légende de Tarzan de Hugh Hudson l'année précédente. Fumerolles, éclairages au néon, faune souterraine, bande-son martelée, univers clos, Luc Besson pour qui Subway était un projet antérieur à son premier film Le dernier combat se préparait sans doute (inconsciemment ou pas) à plonger les protagonistes du Grand bleu dans une autre forme d'abysse. Alors, Subway, brouillon du film générationnel qu'il réalisera trois ans plus tard ? Non, certainement pas. Mais assurément, l'une de ses plus brillantes réussites...

 

vendredi 13 septembre 2019

Anna de Luc Besson (2019) - ★★★★★★☆☆☆☆



Anna veut quitter cette vie misérable, celle qu'elle a toujours connue. Mais alors qu'elle a choisi d'en finir en se tailladant le poignet, elle reçoit une étrange proposition de la part d'un membre du KGB. Formée par Alexander Tchenkov, Anna va apprendre l'art du combat, du maniement des armes et de l'espionnage pour son nouvel employeur. Camouflée derrière sa couverture de mannequin, la jeune femme semble jouer un double-rôle. Et peut-être même davantage...
Je ne pensais pas avoir à le dire un jour mais Anna, le dernier long-métrage du cinéaste français Luc Besson est sans doute son meilleur depuis... Léon, en 1994. Autant dire qu'il remonte à loin le temps où la seule évocation de son nom n'était pas encore l'objet de tous les quolibets, de toutes les railleries. Sans doute à jamais tourné en dérision à cause de ses choix artistiques absolument grotesques (Au hasard, les récents Lucy et Valérian et la Cité des Mille Planètes), Luc Besson n'a jamais été que l'auteur de quelques sympathiques pellicules du fin fond des âges de son métier de cinéaste (Ahhh, Subway...), et pourtant, comme un soubresaut inespéré, d'abord contrecarré par une bande-annonce désastreuse compilant en seulement quelques minutes une œuvre qui apparaissait alors comme une pâle copie de Nikita, émerge au final une assez belle surprise. Car si le scénario de Luc Besson ne brille pas toujours par son originalité, le réalisateur français sait y faire en matière de mise en scène.

Et de découpage d'ailleurs puisque plutôt que d'emmener le spectateur d'un point A à un point B en ligne droite, Luc Besson prend des détours, explose la chronologie à travers d'incessants retours en arrière qui participent à l'élaboration d'un récit sinon linéaire, mais demeurant du moins fort élémentaire. Le spectateur ne sera jamais noyé sous une tonne d'informations. À dire vrai, il aura sans doute fallut à Luc Besson de répartir les pièces du puzzle dans un ordre antéchronologique, la seule réflexion concernant alors la logique des événements ainsi que leur déroulement à l'écran. Et c'est bien là que Anna tire son épingle du jeu par rapport à Nikita dont la comparaison demeure inévitable. Plusieurs choix s'imposent : soit Luc Besson a perdu la mémoire, soit il a volontairement choisi de remettre à neuf le scénario de l'un de ses meilleurs films en mode 2.0. Ou peut-être a-t-il été simplement en manque d'inspiration, toujours est-il que sa dernière œuvre, surtout durant la première moitié, ressemble exagérément au long-métrage qui mettait à l'époque en vedette Anne Parillaud et Tchéky Karyo. Mais Anna permet surtout de remarquer à quel point sous certains aspects, Nikita a vieilli.

Autour de la délicieuse actrice et mannequin russe Sasha Luss, Luc Besson réunit quelques figures notables du septième art : à commencer par la britannique Helen Mirren qui sous les traits d'une dirigeante du KGB prénommée Olga est parfaitement crédible. Et puis, il y a d'un côté l'agent de la CIA et amant américain d'Anna, Lenny Miller, incarné par l'acteur Cillian Murphy qui joua notamment l'effrayant Dr Jonathan Crane dans l'excellent Batman Begins de Christopher Nolan, et de l'autre, l'acteur Luke Evans qui lui, interprète le personnage d'Alexander Tchenkov, l'autre amant de l'héroïne et formateur de la jeune femme pour le compte du KGB. Il aura sans doute été salvateur pour Luc Besson de travailler avec un budget éminemment moins important que celui de l’infâme Valérian et la Cité des Mille Planètes puisque Anna n'aura coûté ''que'' trente millions d'euros. Film d'action, d'espionnage et thriller, Luc Besson semble y avoir digéré tout un courant du cinéma asiatique et notamment philippin, indonésien ou sud-coréen au travers de combats chorégraphiés au millimètre et dont la séquence se déroulant dans un restaurant deviendra peut-être un jour, espérons-le pour les chorégraphes, le réalisateur et son actrice, un classique du genre. En espérant que pour ses (presque) débuts au cinéma, l'actrice Sasha Luss prendra un virage différent de celui entreprit par l'ancienne compagne et égérie du cinéaste, Milla Jovovich, qui s'est corrompue dans tout un tas de navets (l'adaptation cinématographique du jeu vidéo Resident Evil et consorts...). C'est tout le bien que l'on peut lui souhaiter. Quant à Luc Besson, si Anna est loin d'être le film de la rédemption, le spectateur avouera pouvoir encore espérer un miracle de la part d'un cinéaste qui s'est trop souvent laissé aller à ses rêves de gamin...

samedi 27 juillet 2019

Angel-A de Luc Besson (2005) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Pour son huitième long-métrage de fiction, le cinéaste français Luc Besson revient au noir et blanc vingt-deux ans après son premier film Le Dernier Combat. Un noir et blanc superbe pour une romance bancale une fois de plus scénarisée, réalisée et produite par Luc Besson lui-même. De quoi permettre à ses détracteurs de se frotter les mains d'avance à l'idée de proférer les pires idées sur le bonhomme, sa mise en scène et son écriture. Sauf que dans un premier temps, tout semble aller pour le mieux pour l'auteur des navrants Le Cinquième Élément, Lucy, ou encore Valérian et la Cité des Mille Planètes. Si le choix d'offrir le premier rôle à l'humoriste Jamel Debbouze aurait pu être un facteur important de stress pour ceux qui le considèrent encore comme un piètre interprète, le résultat à l'écran n'est pas aussi navrant que redouté. Alors qu'il persévère à mâchouiller chacun de ses mots, son habituel bégaiement disparaît fort heureusement au profit d'un débit plutôt convaincant. Face à ce personnage qu'il incarne, ce citoyen américain qui n'est en fait qu'un ''petit arabe de France'' qui a gagné son visa pour les États-Unis lors d'une loterie, Jamel Debbouze donne la réplique à la jeune, jolie, et très longiligne actrice danoise Rie Rasmussen. Celle-là même qui n'a tourné que dans une poignée de films dont Human Zoo, son premier long-métrage en tant que réalisatrice.

La rencontre entre deux êtres déchirés par la vie qui choisissent le même jour, la même heure et le même pont parisien pour se jeter dans la Seine. André (Jamel Debbouze) sauve de la noyade la belle Angela. Dès lors, elle s'offre au jeune homme qu'elle suit scrupuleusement dans chacune de ses pérégrinations. De leur rencontre naît une relation étrange, la jeune femme semblant être dotée d'atouts très particuliers...

Luc Besson abandonne un temps le style bourrin qui le caractérise généralement pour nous conter une histoire romantique née de sa seule imagination. Un long-métrage qui plus qu'une œuvre à la gloire de ses deux interprètes rend hommage à une capitale française filmée généralement de jour et parfois de nuit. Le spectateur reconnaîtra notamment le pont Alexandre-III duquel se jettent Angela et André ou plus tard La Basilique du Sacré Cœur du quartier de Montmartre. Le cinéaste rend grâce aux merveilles architecturales parisiennes jusque dans certaines toilettes publiques et autres hôtels de Paris. On respire enfin un peu, écartés pour un temps des fusillades et autres poursuites en voiture dans des rues encombrées.

Malheureusement, le film de Luc Besson montre très rapidement ses limites. Alors qu'il affirmait bien avant la sortie du long-métrage qu'il travaillait dessus depuis dix ans environs, le réalisateur montre une fois de plus ses limites en matière d'écriture. Comme un vieux cancer en rémission montrant les signes d'une rechute imminente, Angel-A expose les difficultés qu'a Luc Besson à maintenir l'intérêt pour ses personnages à travers des dialogues et des situations généralement stériles. En dehors de quelques travellings sympathiques et d'un noir et blanc parfois sublime, le long-métrage s'avère souvent statique sans pour autant n'être jamais contrebalancé par des dialogues travaillés. On peine à croire à cette histoire d'amour même si Jamel Debbouze y met toutes ses tripes et si la rage de l'actrice Rie Rasmussen explose à l'écran. Cet instant de magie que l'on rêvait presque enfin pouvoir éclore de ce récit peu banal n'est donc qu'un leurre et Angel-A se révèle finalement assez ennuyeux et sans véritable engagements... A noter les présences à l'écran de Gilbert Melki et de Serge Riaboukine. Le fidèle compositeur Eric Serra étant cette fois-ci remplacé par la chanteuse et compositrice norvégienne Anja Garbarek...

Lucy de Luc Besson (2014) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆



Luc Besson est de toutes les modes. Malheureusement pour lui, il ne fait que passer après les autres, tel un charognard prélevant sa part du butin sur une carcasse dont il ne reste plus grand chose à becter. Lucy surfe sur celle du cinéma d'action asiatique qui a déjà le vent en poupe lorsque sort son seizième long-métrage. Juste après le thriller franco-américain Malavita sur lequel il expérimente à son tour l'effet que peuvent avoir les changements de ton et d'humeur, entre comédie et polar, et avant l’œuvre de science-fiction Valérian et la Cité des Mille Planètes dont il profite des cinquante ans d'existence pour livrer une soupe de pixels indigeste. Lucy est très certainement l'un de ses projets les plus ambitieux et personnels puisqu'il est également le scénariste exclusif de ce long-métrage de science-fiction dont le sujet central n'est rien moins que les conséquences que pourraient avoir sur l'esprit humain, la capacité pour ce dernier de contrôler la totalité des possibilités offertes et qui jusqu'à aujourd'hui ne dépassent malheureusement pas un pourcentage infime.

Dans la peau de l'héroïne, l'actrice américaine Scarlett Johansson qui l'année suivant le troublant Under The Skin de Jonathan Glazer revenait donc à la science-fiction. Un personnage à la Nikita, victime d'un hasard malheureux qui va être en mesure de développer d'innombrables capacités psychiques après avoir été forcée d'avaler un sachet de drogue d'une nouvelle génération. Luc Besson tient là un sujet en or, et même si on connaît le bonhomme pour son peu d'aptitude à la finesse de la mise en scène, on pouvait malgré tout espérer un message relativement optimiste. Ce qui ne transparaît malheureusement pas forcément puisque comme à son habitude, le cinéaste français nous livre un film bourrin, incarné par un personnage dont la caractérisation est des plus sommaire et dont le spectateur cherchera encore longtemps l'empathie. En effet, Scarlett Johansson a beau posséder des atouts physiques indéniables, le personnage qu'elle incarne à l'écran et qui fait logiquement écho à l'australopithèque du même nom découvert en 1974 en Éthiopie est peu avenant et même assez irritant si l'on tient compte de ses extraordinaires capacités psychiques qu'elle met malheureusement à profit dans des séquences de gunfights loin d'atteindre certaines séquences prodigieuses du cinéma asiatique que Luc Besson tente de singer sans jamais vraiment atteindre son but.

Face à Scarlett Johansson, l'immense Morgan Freeman, qui pourtant se révèle sous-exploité et même insignifiant au regard de son aura exceptionnelle. Sa présence à l'écran est réduite à la part congrue, tout comme celle, d'ailleurs, de l'acteur sud-coréen Choi Min-Sik, célèbre pour avoir incarné le personnage de Oh Dae-soo dans le film culte de Park Chan-wook, Old Boy en 2003. Malgré la puissance évocatrice du scénario, Luc Besson n'accouche finalement que d'un film de science-fiction mâtiné d'action. Un long-métrage bourrin, grouillant d'invraisemblances (la marque de fabrique de l'auteur du génial Subway) et qui malgré le propos ne restera que dans la mémoire des fans du réalisateur s'il en reste encore. Toujours accompagné du fidèle compositeur Eric Serra, Luc Besson bénéficiait d'un budget de quarante millions de dollars dont une bonne partie fut sans doute investie dans les effets-spéciaux qui eux, s'avèrent parfois remarquables. L'une des quelques scènes qui auraient pu entrer dans la légende du septième art au même titre que le final psychédélique du chef-d’œuvre de Stanley Kubrick 2001, l'Odyssée de l'Espace est réduite ici à néant par un Luc Besson ne pouvant se passer de monter l'une des dernières séquences en l'entrecoupant d'inserts inutiles montrant le grand méchant du film s'approcher peu à peu de la pièce dans laquelle Lucy s'est enfermée en compagnie du professeur Samuel Norman (Morgan Freeman) et de ses quelques collaborateurs. De bonnes idées, quelques visuels intéressants, le charme exagérément froid de l'actrice américaine, voilà tout ce que l'on retiendra de Lucy. Pour le reste, Luc Besson passe à côté de son sujet et aurait mieux fait de mettre son scénario entre les mains d'un vrai bon cinéaste au lieu de vouloir absolument le mettre en scène lui-même...

mardi 7 août 2018

Lock Out de James Mather (II), Stephen St. Leger



Luc Besson, cinéaste, producteur et scénariste. Casquettes multiples pour un artiste français très productif. Peut-être un peu trop d'ailleurs car à trop vouloir en faire, forcément, on produit parfois quelques gros nanars friqués. Dont fait partie ce Lock Out de James Mather et Stephen St. Leger auquel le réalisateur français a participé en tant que scénariste et producteur. On reconnaît là, la patte de l'auteur de Valérian et la Cité des mille planètes, du producteur de Taken et du scénariste des différents volets de la saga Le transporteur. Lock Out n'étant pas un long-métrage à haute valeur philosophique, on assiste médusés à une accumulation d'événements propres à tous ces films d'action testostéronés, sévèrement burnés, et bas du front dont un certain public est très friand. Le plus drôle dans ce récit tournant autour d'un ex agent de la CIA infiltré dans une prison spatiale afin d'en extraire la fille du président des États-Unis prise au piège entre les murs de l'édifice lors d'une mutinerie, c'est lorsque l'on apprend que Luc Besson est à l'origine de cette histoire alors même que les premières minutes laissent entrevoir ce qu'est en réalité le film de James Mather et Stephen St. Leger : un plagiat éhonté d'un film qui LUI, peut se targuer d'être un vrai classique du film d'anticipation. Le New York 1997 que le cinéaste américain John Carpenter signa plus de trente ans auparavant.

Lock Out se révèle ainsi fort dérangeant. En dessous de tout en matière d'écriture, le film reprend les grandes lignes du film qu'il ose plagier sans vergogne. Si dans le classique de John Carpenter l'île de Manhattan était transformée en une prison à ciel ouvert concentrant les pires des criminels, cette fois-ci, le pénitencier se situe dans l'espace, à l'intérieur d'un établissement connu sous le nom de MS One. Dans New York 1997, l'avion du président des États-Unis d'Amérique s'écrasait au beau milieu de Manhattan. Ayant survécu au crash, les autorités bien décidées à récupérer sain et sauf le premier homme du pays y envoyaient le repris de justice Snake Plissken (l'excellent Kurt Russel). Lock Out, lui, propose exactement le même scénario en envoyant l'ex-agent de la CIA Marion Snow (incarné par l'acteur australien Guy Pierce) sauver la vie de la fille du président des États-Unis. Si Luc Besson et les réalisateurs de ce film de science-fiction et d'action tentèrent de leurrer le public, c'était dès le départ, peine perdue.

John Carpenter lui-même ne s'est pas laissé aveuglé par l'univers bourrin et faussement spectaculaire du film incriminé puisqu'il se plaignit des similitudes qu'entretiennent les deux longs-métrages, gagnant ainsi son procès en repartant avec la somme de 100 000 euros de dédommagements. Somme à laquelle on peut ajouter les peines à l'encontre de Luc Besson qui devait alors verser 365 000 euros supplémentaires pour les différents ayants-droits de l’œuvre originale...

Au delà de cette sordide histoire dont Luc besson et le film ne sont pas ressortis grandis, Lock Out est un défouloir pour amateurs de films d'action bourrins. Les interprètes en font des tonnes avec en chef de file, un Guy Pearce qui cabotine sans cesse. A ses côtés, on retrouve l'actrice Maggie Grace, surtout connue chez nous pour avoir été l'héroïne de la saga Taken (laquelle n'a cessé de perdre en qualité au fil des épisodes), ainsi que Peter Stormare, Joseph Gilgun (dans le rôle éminemment déjanté du prisonnier Hydell), ou encore Lennie James que l'on a appris à aimer dans le rôle de Morgan Jones de l'excellente série The Walking Dead. Concernant le scénario, outre le vol qualifié à l’œuvre immortelle de John Carpenter, inutile d'y desceller la moindre étincelle de génie. C'est bête, méchant, et surtout, l'ensemble manque de réflexion et de profondeur. Mais comme le but recherché est ailleurs, on n'en voudra pas au film et à ses auteurs d'avoir signé une un long-métrage aussi crétin. Quant aux effets-spéciaux, datant tout de même de 2012, ils font en général parfois peine à voir, surtout si l'on considère qu'en la matière, le septième art est capable de nous en livrer de qualité autrement plus appréciable. Si vous faites partie de ces personnes capables de passer d'un David Lynch à un nanar en débranchant votre cerveau, Lock Out est peut-être alors pour vous, ainsi que pour les purs amateurs d'action...

dimanche 27 octobre 2013

Malavita de Luc Besson (2013)



Giovanni Manzoni est un ancien membre de la mafia italienne basée à New-york. Parce qu'il a trahi sa "famille", il est condamné à mort par Vinnie Caprese, un ancien membre de cette "famille". Giovanni a changé d'identité. Tout comme sa femme et leurs deux enfants. C'est maintenant sous celles de Fred Blake, de son épouse Maggie, de leur fille Belle et de leur fils Warren qu'ils quittent déménagent une fois de plus de leur terre d'accueil, poursuivis par Jon Freda, homme à la solde de Vinnie Caprese qui a commandité le meurtre de Fred et de toute sa famille.

Réfugiés en France, les Blake ont précipitamment quitté le sud du pays pour venir se cacher dans une petite bourgade normande, Cholong-sur-Avre. Les Blake essaient avec beaucoup de difficultés de s'intégrer malgré les différences notables qui distinguent cette famille des villageois pétris de fausses convictions sur ses origines américaines. Malgré le calme apparent qui règne dans cet agréable ménage, les Blake n'aiment pas vraiment que l'on se moque d'eux. Ni qu'on les coupe dans leur élan. Et encore moins qu'on les contredise. Un caissier se moque des habitudes culinaires des américains ? Sa supérette disparaît dans l'explosion d'une bouteille de gaz orchestrée par Maggie. L'unique plombier de Cholong-sur-Avre essaie d'escroquer Fred ? Il termine allongé sur un lit d'hopital les deux jambes brisées à coups de batte de base-ball et de marteau. Warren est passé à tabac dans l'enceinte du collège ? Il invente un réseau qui fait tomber ses bourreaux dans un piège lui permettant de se venger. La très jolie Belle tombe dans un traquenard organisé par quatre adolescents ? Elle fracasse une raquette de tennis sur le crâne de leur chef.

L'intégration est difficile mais pas insurmontable. Malheureusement pour les Blake, des événements vont permettre à leur pire ennemi de remonter leurs traces et ce, malgré la présence amicale et protectrice de Robert Stansfield, un agne tdu FBI, et de deux de ses hommes Di Cicco et Caputo...

Dernier film en date du cinéaste français Luc Besson, Malavita (du nom du chien des Blake) est majoritairement interprété par des actrices et acteurs américains. Si dans un premier temps on aurait aimé voir des acteurs français bien connu pour interpréter ces normands piètrement mis en valeur. Mais finalement, et puisque l'excellent duo formé par Robert de Niro et Michelle Pfeifer dévore littéralement l'écran, on oublie très vite ce détail pour nous plonger au cœur d'un récit tragico-humoristique qui joue beaucoup sur l'image que peuvent avoir les américains sur le comportement des français. Thème mis au goût du jour à travers non pas l'attitude des habitants de Cholong-sur-Avre mais des citations bien connues par chez nous et qu'ils délivrent assez régulièrement à nos quatre américains alors éberlués.

Derrière le visage creusé de l'agent du FBI se cache l'attachant Tommy Lee Jones. Aussi peu sensible qu'attaché à la bienveillance de ceux qu'il doit protéger, il contrebalance l'agitation de De Niro par un calme olympien. Diana Agron, John D'Leo, Jimy Palumbo, Domenick Lombardozzi, Jon Freda et la foule d'acteurs qui assurent le casting de Malavita campent à la perfection le rôle qui est confié à chacun d'entre eux. Le film baigne durant plus d'une heure dans une ambiance humoristique à peine voilé par un suspens bien trop discret pour créer la moindre tension. On se fiche presque risques qu'encourent les membre de la famille Blake tant on s'amuse des péripéties qu'il connaissent. Par contre, la dernière demi-heure crée une tension palpable qui élimine tout l'aspect comique qui précède. C'est presque d'un film dans le film qu'il s'agit ici. On hésite presque à se dire que le film aurait gagné en force s'il avait été dès le départ, et jusqu'à sa conclusion, dans une optique de thriller au suspens tangible.

Concernant les clichés qui émaillent le film, on ne peut évidemment les reprocher à Luc Besson, français lui-même, et qui joue le jeu en jetant en pâture à ses compatriotes tout un tas de lieux communs. Alors bien sûr, nos chers voisins sont montrés ici sous leur jour le moins glorieux. Ils sont aussi sexy qu'une tranche de jambon, sont boutonneux et cérébralement gratinés. Mais tout ceci n'étant pas bien grave, contentons nous de passer l'agréable moment que promet cette œuvre adaptée du roman éponyme de Tonino Benacquista...
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