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dimanche 10 mai 2026

La poupée de Sophie Beaulieu (2026) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Dans Monique : toujours contente de Valérie Guignabodet, Albert Dupontel se trimbalait avec une poupée gonflable. De l'autre côté de l'Atlantique, Ryan Gosling développait dans Lars and the Real Girl de Craig Gillespie une relation émotionnelle avec lui aussi, une poupée. Dans Mannequin de Michael Gottlieb, il s'agissait pour le réalisateur de mettre en scène un mannequin de vitrine qui prenait vie et tombait amoureux d'un employé. Mais celui qui se rapproche sans doute le mieux du long-métrage dont nous allons parler ici nous vient du Japon avec Air Doll du cinéaste Hirokazu Kore-eda, dans lequel une poupée gonflable découvrait le monde après avoir pris vie ! Nous étions alors en 2009 et dix-sept ans plus tard, c'est au tour de la réalisatrice, scénariste, linguiste et traductrice française Sophie Beaulieu de s'atteler à la tâche de donner vie à un personnage inerte. Une poupée sexuelle conçue généralement pour le plaisir des hommes et qui dans le cas de La poupée est tout d'abord le moyen pour Rémi (excellent Vincent Macaigne) de faire table rase sur une séparation dont il a conservé des traces psychologiques. Devenu incapable d'aimer et d'éprouver des sentiments réels pour une femme (contacts physiques, chaleur humaine, etc...), ce vendeur de gazon synthétique qui travaille dans une petite entreprise uniquement constituée de collègues masculins vit donc depuis six mois aux côtés d'Audrey. Le concept, aussi absurde puisse-t-il paraître, repose pourtant sur un constat tout à fait réel puisque les Tpe Doll sont des poupées qui existent réellement et qui sont d'un réalisme parfois bluffant. Tandis que Rémi prévoit de se marier avec elle prochainement alors qu'il n'a toujours pas osé la présenter à ses collègues de travail ou à sa famille (en dehors de sa sœur qui sait qu'Audrey n'est qu'une poupée), l'entreprise GAZONZON accueille une jeune intérimaire qui durant l'absence pour congé parental de l'un des employés va le remplacer...


Une jeune femme pétillante qui semble pourtant en être revenue de ses relations avec les hommes. Étrangement, son arrivée dans la boite coïncide avec le ''réveil'' d'Audrey qui subitement se matérialise en femme en chair et en os... Visuellement, La poupée fait parfois penser à la comédie réalisée voilà dix ans par Franck Magnier, Les têtes de l'emploi. Dans un cas comme dans l'autre, tous deux évoquent parfois dans leur forme la mythique émission de télévision humoristique française Message à caractère informatif qui à la fin du vingtième siècle détournait de vieux documents vidéos d'entreprises. Ou encore la série Caméra café et sa bande de collègues de bureau dans une esthétique moderne relativement minimaliste. Un cachet qui se veut donc parfois cheap, désuet, voire ringard et sur lequel s'attarde pour son premier long-métrage Sophie Beaulieu avec cette petite start-up très masculine et travaillant dans la bonne humeur, jouant au baby-foot durant la pause et accueillant donc Patricia. Personnage incarné à l'écran par une Cécile de France qui à cette occasion est affublée d'une ridicule coiffure qui participera à l'élaboration de son personnage. Gentiment mythomane, certes, mais l'accroche entre elle et Rémi est pratiquement immédiate. Ahhhh, Rémi. Ce type à l'irrésistible bonhomie, à la voix douce et au courage tout relatif (il faut voir sa réaction face à sa poupée devenue femme). Et puis, il y a bien sûr Audrey. Poupée à taille adulte que son propriétaire déplace de pièce en en pièce, face à lui lorsqu'il cuisine et dîne, ou à ses côtés lorsqu'il regarde de vieux documents télévisuels mettant en scène les Grands Hommes de l'Histoire de France ou lorsqu'il dort ! Audrey, donc, interprétée Zoé Marchal, laquelle n'est autre que la fille de Catherine et Olivier Marchal. Nouvelle valeur sûre du cinéma et de la télévision française qui brilla tout récemment dans l'excellente mini série Les lionnes d'Olivier Rosemberg et Carine Prévot dans laquelle elle interprétait l'un des rôles principaux d'un quatuor de braqueuses de banques...


Dans le cas de La poupée, la jeune femme personnifie l'émancipation de son personnage qui jusque là, et à l'image de cette poupée incarnant une femme enfermée dans sa condition de victime du patriarcat, va donc notamment découvrir le libre arbitre ! Avec justesse, beaucoup d'humour, de sincérité et parfois même d'émotion, Sophie Beaulieu signe une comédie plus simple que simpliste. Drainant en outre comme un cahier des charges imposé, quelques idées bien dans l'air du temps comme la ''Non binarité'' ou son contraire, la ''Cisidentité'', à travers le personnage de Domi, la sœur de Rémi, interprétée par l'actrice Adèle Journeaux dont il s'agit ici du premier rôle sur grand écran. Faussement naïve, la comédie de Sophie Beaulieu est un véritable bol d'air frais et derrière le message que l'on pourrait parfois estimer d'opportuniste se cache l'une de ces rares bonnes comédies qui chaque année sortent en France. Originale, drôle, touchante, entre comédie romantique, satire sociale et fantastique, La poupée fonctionne très bien grâce à sa mise en scène sobre mais efficace et surtout grâce à l'excellent jeu d'acteurs. Notons d'ailleurs que parmi ces derniers, Marianne Basler et Gilbert Melki incarnent les parents de Rémi. À découvrir très vite en salle puisque le film est sorti il y a deux semaines environ...

 

lundi 10 mars 2025

Lune de miel avec ma mère de Nicolas Cuche (2025) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Maintenant que la pilule Jamais sans mon psy a fait son effet, me voici paré pour affronter l'un de mes pires cauchemars : Michèle Laroque ! Surtout que pour ouvrir les hostilités, nous la découvrons au bras de Kad Merad. Réveillant ainsi de douloureuses blessures. Celles provoquées par une certaine comédie qui contrairement à son titre, Brillantissime, ne l'était absolument pas. Les débuts de réalisatrice d'une actrice qui jusque là ne m'avait jamais donné ni le moindre mal de tête, ni la plus petite nausée mais qui depuis m'est devenue quasi insupportable à force d'accumuler au cinéma des personnages plus ringards les uns que les autres ! D'emblée, Lune de miel avec ma mère démarre par une cérémonie de mariage à l'église qui prend l'eau. Comme si l'attitude du psychiatre de Jamais sans mon psy avait eu raison de l'amour de sa fille Alice et de celui qui aurait dû devenir son beau-fils. Mais ne nous trompons pas. Il ne s'agit ici, ni d'évoquer la suite du long-métrage d'Arnaud Lemort ni de détailler une séquence post-générique qui aurait été offerte aux spectateurs qui seraient restés devant leur film jusqu'à la toute dernière seconde. Acteur d'origine belge, Julien Frison incarne l'un des deux principaux rôles de la dernière comédie de Nicolas Cuche auquel on doit notamment Prêt à tout en 2013 ou Pourris gâtés en 2020. Cinq ans après avoir mis en scène son dernier long-métrage à destination des salles obscures, Lune de miel avec ma mère est désormais directement visible sur la plate-forme de streaming Netflix. Mis à la disposition de ses abonnés le 12 janvier 2025, le film met donc en scène Michèle Laroque dans le rôle de Lily, la mère de Lucas, ce jeune homme qui devant tous ses invités vient de voir sa fiancée quitter l'église où le jeune couple avait prévu de se marier pour aller rejoindre son ancien petit ami. Désemparé, Lucas n'en a pas moins l'intention de partir profiter de l'île paradisiaque où il avait prévu d'emmener la jeune femme à laquelle il avait prévu de mettre la bague au doigt. Le jeune homme propose alors à sa mère l'idée insensée de venir l'accompagner jusqu'à l'île en question en se faisant passer pour un couple fraîchement marié ! Idée absurde qui leur permettra malgré tout de profiter du confort de la chambre la plus luxueuse d'un complexe hôtelier géré par une certaine Gloria (l'actrice Rossy de Palma) et par son assistant. Kad Merad, qui incarne de son côté Michel, l'époux de Lily, restera quant à lui à la maison.


Ce qui d'une certaine manière est plutôt une bonne chose. Lune de miel avec ma mère se concentre essentiellement sur les personnages interprétés par Michèle Laroque et Julien Frison. Et bien que l'étrange manège que vont jouer la mère et son fils puisse dégager des relents d'inceste (Lily n'hésitant pas à embrasser Lucas sur les lèvres à leur arrivée sur l'île), la comédie de Nicolas Cuche n'est absolument ni irrévérencieuse, ni le moins du monde dérangeante. L'idée de réunir une femme et son fils lors de la lune de miel de ce dernier peut sembler tout à fait singulière mais il faut savoir qu'à l'origine du scénario de Nicolas Cuche, Laure Hennequart et Laurent Turner se trouve la comédie espagnole Amor de Madre de Paco Caballero, elle-même directement sortie sur Netflix en 2022 et qui chez nous a été diffusée sous le titre Sous les palmiers, ma mère. Mais alors que nous aurions pu nous attendre au pire, sous ses allures de comédie française bien dans l'air du temps en ce sens où les amateurs n'ont généralement pas grand chose à se mettre sous la dent en terme d'originalité, la présence de Michèle Laroque est, ENFIN, beaucoup moins pesante ici qu'au sein des comédies qu'elle interprète ou réalise depuis maintenant pas mal d'années. De son propre aveu, l'actrice s'y éclate et ça se voit. Et même si le spectateur ne prend pas autant de plaisir à regarder les péripéties de ce faux couple de mariés que Lily profite de la situation pour s'amuser, on a évité le pire. D'autant plus qu'au delà de quelques gags pas vraiment drôles, Nicolas Cuche s'intéresse davantage à la relation entre la mère et le fils. Avec son léger strabisme, son air parfois ahuri et son caractère renfrogné, Julien Frison fait le taf ! Le jeune homme finira par se détendre entre les bras de la jolie Margot Bancihon qui incarne Maya, l'une des employées de l'hôtel tandis que Lily ira se réfugier auprès du méconnaissable Gilbert Melki qui de son côté interprète Peter, un véritable aventurier qui vit sur son voilier. Bref, on passe avec Lune de miel avec ma mère un moment plutôt agréable. Et même si la remarque se révèle redondante, on ne peut s'empêcher d'évoquer le fait que le film de Nicolas Cuche ira rejoindre les légions de comédies vite vues, vite oubliées...

 

vendredi 3 mars 2023

BDE de Michael Youn (2023) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Michael Youn, c'est pour commencer, une carrière de pitre pleinement assumée entre 2000 et 2002 avec l'émission Le Morning Live sur M6. Deux années qui lui permettront de se faire un nom malgré des contradicteurs qui envers lui ne seront pas toujours très tendres. Mais Michael Youn, c'est aussi et surtout une carrière devant et derrière la caméra. Confié aux bons soins de certains réalisateurs de talent qui voient en lui un certain potentiel dramatique, on le découvrira dans des œuvres parfois très sombres comme dans La traversée de Jérôme Cornuau, Carbone d'Olivier Marchal ou encore Brillantissime de Michèle Lar... Oups! Mais d'une manière générale, Michael Youn a dans la peau, la fibre de la déconnade, de la déconstruction intellectuelle et ne peut donc s'empêcher de nous rappeler de façon métronomique au (plus ou moins) bon souvenir de ses débuts de carrière à la télévision. D'abord, notamment auprès de François Desagnat 'le frère de son ami de toujours, Vincent Desagnat) qui le met alors en scène dans La beuze ou dans Les onze commandements (co-réalisé avec Thomas Soriaux) avant de s'offrir le premier rôle dans plusieurs longs-métrages qu'il réalisera lui-même. Quatre films dont au moins un coup de ''génie'' (Fatal, qui sort en 2010), une comédie plus ou moins regardable (Vive la France en 2013), une purge (Divorce Club en 2020) et cette année, son dernier né intitulé BDE, titre signifiant Bureau Des Étudiants, sorte de club authentique réunissant donc des étudiants qui organisent des soirées et font la fête. Proposé par la plateforme Amazon Prime dès aujourd'hui, Michael Youn réunit une flopée d'interprètes dont l'éternel Vincent Desagnat, Héléna Noguerra, Lucien Jean-Baptiste, Judith El Zein, Michèle Laroque, Gilbert Melki, Tomer Sisley ou encore le rugbyman Sébastien Chabal ! BDE est un retour régressif vers un cinéma et un humour particulièrement lourdingues...


Marié à Morgane (l'actrice Judith El Zein), Bob est l'élément méprisé d'une famille juive qui lors de la Pessa'h (fête se déroulant chaque année au mois d'Avril), préfère retrouver ses anciens camarades d'une école de commerce pour un week-end explosif. Trompant son beau-père (Gilbert Melki) sur les véritables intentions qui le poussent à se rendre dans le chalet lui appartenant, il s'y rend en compagnie de Romane (Héléna Noguerra), Max (Lucien Jean-Baptiste) et Vinz (Vincent Desagnat) mais constate à leur arrivée que la toute dernière promotion de leur ancienne école de commerce s'est rendue sur place pour faire la fête ! Après qu'un litige ait opposé les quatre quadragénaires aux nouveaux étudiants, Bob accepte d'accueillir dans le chalet de son beau-père les cent-cinquante nouveaux membres du BDE. S'ensuit alors un séjour de folie qui sera cependant contrecarré par la présence de la maire du village (Virginie Hocq dans le rôle de Marielle Pichu) et par des autochtones venus en découdre avec Bob et ses compagnons... Voilà pour le pitch ! Concernant l'intérêt que peut avoir BDE, il n'est pas impossible que les fans de Michael Youn et de son ancienne clique de pseudo-comiques s'y retrouvent. Pour les autres, et notamment ses détracteurs, le dernier long-métrage du réalisateur et interprète s'avérera d'une confondante bêtise, multipliant ainsi les gags gras et vulgaires. C'est lourd, très lourd, et au final, peu amusant même si Michael Youn et ses acolytes mettent toute leur énergie au service d'un récit qui file à cent à l'heure. On aura beau rire (mais tout de même en de rares occasions), le film s'avère relativement affligeant et se montre typique de ce cinéma dit ''comique'' qui tente de faire passer la pilule en convoquant un cortège d'interprètes secondaires. J'avoue avoir ri, une fois, lors de la parodie de Terminator ! Sans doute pas fibre nostalgique ou par (com)passion pour cette machine de mort immortalisée ici de façon absurde mais tout de même amusante par Vincent Desagnat. Beaucoup de bruits, de cris, de ''musique'' et de gesticulations pour au final, pas grand chose à se mettre sous la dent. Pour amateurs avertis uniquement...


 

dimanche 23 août 2020

La Vérité si je Mens ! Les Débuts de Gérard Bitton et Michel Munz (2019) - ★★★★★★★☆☆☆




La saga La Vérité si je Mens est l'une des rares dans le domaine de la comédie française a avoir su maintenir l'engouement du public à travers le temps et une certaine qualité malgré les critiques pas toujours favorables de la presse spécialisée qui n'encensa pas systématiquement le troisième volet des aventures d'Eddie Vuibert, Serge Benamou, Yvan Touati, Dov Mimran et Patrick Abitbol. Plutôt que de poursuivre le récit de ces cinq amis juifs séfarades regroupés dans le Sentier à Paris où ils travaillent dans le commerce de textiles, Thomas Gilou, réalisateur des trois premiers volets, abandonne le flambeau au profit de Gérard Bitton et Michel Munz qui jusqu'à maintenant s'étaient contentés d'en écrire les scénarii et qui choisissent donc pour ce quatrième opus, de revenir aux origines du groupe. Du moins, de celles qui entourent les quatre derniers puisque historiquement, le personnage d'Eddie (Richard Anconina) n'apparaissait parmi les cinq amis qu'à l'âge adulte dans le premier long-métrage. Exit donc la plupart des interprètes de la saga. Terminés José Garcia, Bruno Solo, Gibert Melki, Vincent Elbaz, mais également celles qui les accompagnaient : Aure Atika, Amira Casar ou Elise Tovati. Ne demeure des trois premiers volets que Gilbert Melki qui dans le cas présent incarne le père de Patrick et Gladys Cohen qui interprète toujours Georgette Benamou, la mère de Serge, même si sa présence à l'écran paraît tout à fait incongrue du fait de l'âge avancé de l'actrice dont le personnage, apparaît forcément beaucoup plus ''vieille'' que lorsqu'elle apparaissait dans les trois premiers volets...

Le principe de la préquelle est aussi risqué qu'intéressant. Casse-gueule car en réalisant un La Vérité si je Mens ! Les Débuts remontant à l'époque où Patrick, Serge, Yvan et Dov n'étaient que des adolescents, Gérard Bitton et Michel Munz prennent le risque de perdre une partie des spectateurs en cours de route. Et sans doute parmi eux, ceux qui allaient au cinéma pour retrouver, Richard Anconina, Vincent Elbaz, José Garcia, Bruno Solo, Aure Atika ou Amira Casar. S'il faudra une poignée de minutes pour intégrer chaque personnage, très rapidement, on se fait à la présence à l'image de Yohan Manca dans le rôle de Patrick, Mickael Lumière dans celui de Dov Mimran, d'Anton Csaszar dans la peau de Serge ou encore de Jeremy Lewin dans celle d'Yvan même si des quatre, ce dernier est le moins impliqué. À dire vrai, La Vérité si je Mens ! Les Débuts semble dresser une hiérarchie parmi les quatre interprètes. Le rôle principal est dévolu à Yohan Manca, Mickael Lumière se place en seconde position tandis qu'Anton Csaszar est à en troisième position. Gérard Bitton et Michel Munz, qui se sont logiquement attaqués au scénario eux-même proposent un récit relativement classique, débordant parfois du côté des Sous-Doués Passent le Bac de Claude Zidi avec un Serge dont on retrouve déjà la propension à se reposer sur ses amis...

Patrick et Yvan tiennent un vidéo-club tandis que Dov travaille dans un magasin de vêtements dont le propriétaire se prénomme Max. Interprété par François Berléand, son épouse Hélène (l’actrice Audrey Dana) le trompe avec son jeune employé. La Vérité si je Mens ! Les Débuts joue sur la fibre nostalgique et y réussi parfaitement même si dans un premier temps, les choses débutent de manière relativement décevante. Si le film tient parfaitement sur ses bases, ça n'est pas grâce à son script plutôt convenu (même si nombre de situations prêtent à (sou)rire) mais bien parce que les trois principaux interprètes que sont Yohan Manca, Mickael Lumière et Anton Csaszar réussissent à faire oublier après quelques instants Gilbert Melki, Vincent Elbaz et José Garcia. La palme revient cependant au premier. En effet, le timbre de voix ainsi que les expressions labiales et faciales de Yohan Manca sont telles que l'on a parfois l'impression que Gilbert Melki a lui-même doublé le jeune interprète. Sans doute pas inoubliable, La Vérité si je Mens ! Les Débuts (quatrième long-métrage de Gérard Bitton et Michel Munz en tant que réalisateurs après Ah ! si j'étais Riche en 2002, Le Cactus en 2005 et Erreur de la Banque en votre Faveur en 2009) prouve que leurs auteurs ont eu raison de faire confiance à leur instinct. Si les fans de la saga espéraient jusqu'alors un nouvel opus dans la continuité des trois premiers, une séquelle à cette préquelle est désormais envisageable... 

mercredi 4 décembre 2019

Vendeur de Sylvain Desclous (2015) - ★★★★★★★☆☆☆



Premier long-métrage du cinéaste français Sylvain Desclous suivant la réalisation d'une poignée de courts-métrages depuis ses débuts derrière la caméra en 2005, Vendeur évoque quelque part la comédie du réalisateur et scénariste hexagonal Christian Merret-Palmair Les Portes de la Gloire avec Benoît Poelvoorde, Étienne Chicot et Michel Duchaussoy. Mais si ce dernier se penchait sur les employés d'une société de démarchage à domicile du nord de la France, Sylvain Desclous, lui, s'intéresse à Serge, vendeur de cuisines équipées, connu pour être l'un des meilleurs de sa profession. Divorcé et père d'un fils ayant accumulé les dettes et dont le restaurant risque de faire faillite, Serge propose au responsable de son département (l'acteur et metteur en scène Pascal Elso qui interprète ici le rôle de Daniel) d'embaucher à l'essai son fils Gérald. Tout ne se passe malheureusement pas comme Serge aurait voulu. Gérald est mal à l'aise avec l'idée de manipuler les éventuels acheteurs et ne parvient pas à vendre la moindre cuisine. Mais alors que Daniel pense déjà à s'en séparer, Serge lui demande une faveur et lui propose de donner à son fils une semaine supplémentaire afin qu'il fasse ses preuves. Daniel accepte et c'est sur les conseils avisés de Serge que Gérald prend peu à peu de l'assurance et parvient à vendre sa première cuisine...

Sur un ton sensiblement similaire à celui du long-métrage de Christian Merret-Palmair, Sylvain Desclous signe une comédie douce-amère qui ne cherche absolument pas à faire rire. Ce qui aurait été vain vu l'angle particulièrement austère de l'approche choisie par le réalisateur qui signe également le scénario aux côtés de Olivier Lorelle, Salvatore Lista et Agnès Feuvre. Accompagné par le score tout en percussions d'Amaury Chabauty, Vendeur n'est ni tout à fait bouleversant, ni tout à fait définitivement noir. Pourtant, dieu sait que le réalisateur et ses scénariste impriment à l’œuvre des éléments qui plongent ses protagonistes et par extension les spectateurs dans une certaines torpeur. Très justement interprété par Gilbert Melki et Pio Marmaï, le père et le fils composent avec une existence respective émaillée de problèmes personnels. D'un côté, on a Serge, meilleur vendeur de sa boite mais consommateur effréné d'alcool, de cigarettes, de cocaïne et porteur d’antécédents cardiaques hérités de son père. De l'autre, on a Gérald, ce fils, propriétaire d'un restaurant qui rencontre de très sérieux problèmes de gestion, et compagnon de Karole (l'actrice Clémentine Poldatz) qu'il délaisse peu à peu au profit de son nouvel emploi.

Vendeur, c'est aussi et surtout la relation qu'entretiennent père et fils. Entre le talent émergeant de l'un, la fin de carrière et les problèmes de santé de l'autre. Une trahison comme on pouvait l'imaginer à la place du père qui après avoir ''formé'' son fils, le voit prendre le large jusqu'à même corrompre sa vie de couple avec Karole. Gilbert Melki et Pio Marmaï forment un duo exquis et fort convaincant. Malgré l'amertume de cette vie qui ne souffre d'aucune espèce d'intimité (les deux hommes passent le plus clair de leur temps à boire en compagnie de leurs collègues de travail) autre que la relation que l'un et l'autre entretiennent chacun avec des prostituées, l’œuvre de Sylvain Desclous propose même au plus fort de la tempête, entre compétitivité, solitude, addiction et maladie, un message positif qui se révèle dans les derniers instants. En tout cas, pour un premier film, Sylvain Desclous signe une belle réussite qui promet une carrière que le spectateur prendra le soin de surveiller. En attendant la suite...

samedi 27 juillet 2019

Angel-A de Luc Besson (2005) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Pour son huitième long-métrage de fiction, le cinéaste français Luc Besson revient au noir et blanc vingt-deux ans après son premier film Le Dernier Combat. Un noir et blanc superbe pour une romance bancale une fois de plus scénarisée, réalisée et produite par Luc Besson lui-même. De quoi permettre à ses détracteurs de se frotter les mains d'avance à l'idée de proférer les pires idées sur le bonhomme, sa mise en scène et son écriture. Sauf que dans un premier temps, tout semble aller pour le mieux pour l'auteur des navrants Le Cinquième Élément, Lucy, ou encore Valérian et la Cité des Mille Planètes. Si le choix d'offrir le premier rôle à l'humoriste Jamel Debbouze aurait pu être un facteur important de stress pour ceux qui le considèrent encore comme un piètre interprète, le résultat à l'écran n'est pas aussi navrant que redouté. Alors qu'il persévère à mâchouiller chacun de ses mots, son habituel bégaiement disparaît fort heureusement au profit d'un débit plutôt convaincant. Face à ce personnage qu'il incarne, ce citoyen américain qui n'est en fait qu'un ''petit arabe de France'' qui a gagné son visa pour les États-Unis lors d'une loterie, Jamel Debbouze donne la réplique à la jeune, jolie, et très longiligne actrice danoise Rie Rasmussen. Celle-là même qui n'a tourné que dans une poignée de films dont Human Zoo, son premier long-métrage en tant que réalisatrice.

La rencontre entre deux êtres déchirés par la vie qui choisissent le même jour, la même heure et le même pont parisien pour se jeter dans la Seine. André (Jamel Debbouze) sauve de la noyade la belle Angela. Dès lors, elle s'offre au jeune homme qu'elle suit scrupuleusement dans chacune de ses pérégrinations. De leur rencontre naît une relation étrange, la jeune femme semblant être dotée d'atouts très particuliers...

Luc Besson abandonne un temps le style bourrin qui le caractérise généralement pour nous conter une histoire romantique née de sa seule imagination. Un long-métrage qui plus qu'une œuvre à la gloire de ses deux interprètes rend hommage à une capitale française filmée généralement de jour et parfois de nuit. Le spectateur reconnaîtra notamment le pont Alexandre-III duquel se jettent Angela et André ou plus tard La Basilique du Sacré Cœur du quartier de Montmartre. Le cinéaste rend grâce aux merveilles architecturales parisiennes jusque dans certaines toilettes publiques et autres hôtels de Paris. On respire enfin un peu, écartés pour un temps des fusillades et autres poursuites en voiture dans des rues encombrées.

Malheureusement, le film de Luc Besson montre très rapidement ses limites. Alors qu'il affirmait bien avant la sortie du long-métrage qu'il travaillait dessus depuis dix ans environs, le réalisateur montre une fois de plus ses limites en matière d'écriture. Comme un vieux cancer en rémission montrant les signes d'une rechute imminente, Angel-A expose les difficultés qu'a Luc Besson à maintenir l'intérêt pour ses personnages à travers des dialogues et des situations généralement stériles. En dehors de quelques travellings sympathiques et d'un noir et blanc parfois sublime, le long-métrage s'avère souvent statique sans pour autant n'être jamais contrebalancé par des dialogues travaillés. On peine à croire à cette histoire d'amour même si Jamel Debbouze y met toutes ses tripes et si la rage de l'actrice Rie Rasmussen explose à l'écran. Cet instant de magie que l'on rêvait presque enfin pouvoir éclore de ce récit peu banal n'est donc qu'un leurre et Angel-A se révèle finalement assez ennuyeux et sans véritable engagements... A noter les présences à l'écran de Gilbert Melki et de Serge Riaboukine. Le fidèle compositeur Eric Serra étant cette fois-ci remplacé par la chanteuse et compositrice norvégienne Anja Garbarek...

mercredi 22 novembre 2017

La Vérité Si Je Mens II de Thomas Gilou (2000) - ★★★★★★★☆☆☆



Définitivement intégré à la communauté juive du quartier du Sentier à Paris. Décidé à passer des simples détaillants à la grande distribution, il se rend dans les locaux d'un certain Vierhouten, dirigeant impitoyable de la société Eurodiscount et escroc notoire. Mais ça, Eddy et ses associés ne le savent pas encore. Après avoir conclu un marché avec le patron d'Eurodiscount, Eddy, Dov et Yvan se lancent dans la confection de vêtements au profit de Vierhouten. Malheureusement pour le trio, les affaires virent au cauchemar. En effet, Vierhouten leur apprend que le contenu des stocks ne correspond pas du tout au contrat qu'Eddy et lui ont conclu.

C'est la déchéance, d'autant plus qu'Eddy a droit à un redressement fiscal. Obligé de faire les marchés pour subvenir aux besoin de sa petite famille, il est aidé d'Yvan. Serge, quand à lui, démarre une relation avec une séduisante jeune femme prénommée Chochona. Son cousin Patrick lui ayant confié sa voiture de luxe durant son voyage aux États-Unis, Serge en profite pour se faire passer pour un richissime homme d'affaires.
L'heure de la rencontre entre les parents de Chochona et Serge est venue. Ce dernier doit tout faire pour que le subterfuge ne soit pas découvert par Chochona dont il est désormais fou amoureux.

Pendant ce temps là, Eddy, acculé et sans le sou, cherche un moyen de prendre sa revanche contre l'homme qui l'a ruiné. Et c'est grâce à sa fille qu'il trouve une idée qui fera payer à Vierhouten l'affront dont il s'est rendu responsable...

Suite de l'excellente comédie La Vérité Si Je Mens, ce second volet reprend les personnages du premier avec toutefois un changement dans le casting. En effet, Vincent Elbaz est ici remplacé par l'humoriste Gad Elmaleh qui tente avec beaucoup de difficulté il est vrai, de remplacer l'acteur. Eli Kakou étant mort l'année précédent la sortie de cette suite, son personnage a été remplacé par celui de Willy Joumo (Marc Andreoni), un escroc qui va se servir des ennuis de Serge pour le faire travailler à sa botte.

Pierre-François Martin Laval, Elisa Tovati, Nicole Calfan, Enrico Macias sont les nouveaux acteurs de cette excellente comédie qui ne nuit pas à l'image du premier volet. Mais parmi tous ces nouveau intervenants, on retiendra surtout la participation de l'excellent Daniel Prévost qui une fois de plus endosse le rôle d'un être méprisable, ici celui du fameux patron d'Eurodiscount, Vierhouten.

Richard Anconina, José Garcia, Bruno Solo, Aure Atika, Gilbert Melki et Amira Casar reviennent et nous offrent une interprétation qui sonne aussi juste que possible. Garcia est toujours le pesant cousin de Melki, avide d'argent, un « brin » mythomane et fou amoureux de la belle Elisa Tovati. Anconina, malgré une silhouette toujours aussi fragile démontre une poigne de fer. Bruno Solo est le copain fidèle mais qui se laisse aller à quelques « acceptables » pulsions sexuelles. Quand à Gilbert Melki, qui prendra une place plus importante dans le troisième volet, il est l'homme à marier idéal. Riche et excellent homme d'affaire, honnête et droit, il est le gendre parfait...

Thomas Gilou réalise donc avec cette Vérité Si Je Mens II, une suite plus qu'honorable. On regrettera juste l'absence de Vincent Elbaz donc, mais qui nous fera l'immense plaisir de réapparaître dans le troisième et (jusqu'à maintenant) dernier volet de la saga...

dimanche 3 mai 2015

Cowboy de Benoït Mariage (2007)






Pourquoi CowBoy et pas Podium, Les Emotifs Anonymes ou encore C’Est Arrivé Près de Chez Vous ? Peut-être parce qu’aujourd’hui, pas grand monde n’a encore envie d’en parler. Car en dehors de la presse qui, en partie, a assez bien accueilli le film de Benoit Mariage, il en demeure beaucoup parmi les téléspectateurs qui considèrent encore CowBoy comme un piètre film dans la carrière du cinéaste et de l’acteur belges. Deux hommes qui se connaissent pourtant depuis de longues années. Et même au-delà des débuts de cinéaste de Benoit Mariage qui interpréta le rôle d’un journaliste dans l’œuvre culte de Rémy Belvaux, André Bonzel et… Benoit Poelvoorde. Ce dernier accepta par la suite de jouer dans un court-métrage de Mariage, Le Signaleur, puis dans le premier long métrage de son ami, Les Convoyeurs Attendent, avant de revenir l’épauler de sa présence bien des années plus tard dans le récent Les Rayures du Zèbres.



Concernant CowBoy, le constat est des plus nuancé. Le contenu « humoristique » de cette œuvre, qui ne risque pas de provoquer de crises de fou rire tant le cadre et l’austérité du propos tendent vers la gravité, est des plus mitigé. Force est de constater que peu de films dans lesquels jouent Benoit Poelvoorde sont vraiment drôles, voire divertissants. A part quelques exceptions, la majeure partie des œuvres dont il est l’un des principaux interprètes sont très souvent nimbées d’une aura de tristesse et de mélancolie auxquelles il vaut être préparé si l’on ne veut pas accuser le coup trop durement. CowBoy n’est pas amusant. Considéré comme une comédie pure, il décevra très forcément.


Terne et triste à mourir sont les sentiments qui explosent devant la caméra de cette pathétique équipe de tournage dirigée par un journaliste (Benoit Poelvoorde lui-même), dans des cités aussi vides qu’extraordinairement austères. A l’image de ces maison typiques du nord de la France et de Belgique donc, que l’on croirait filmées il y a longtemps déjà mais qui toujours persistent à tenir debout comme le témoignage d’une vie passée tournant autour des mines de charbon.  Daniel Piron, homme de peu d’envergure qui s’enlise dans un métier dans lequel il n’a pas su s’élever au rang de vrai grand reporter. Un couple (qu'il forme aux côtés de l'actrice Julie Depardieu) qui ne bat pas vraiment de l’aile mais qui connait déjà le train-train quotidien de ces vieux époux qui n’ont plus rien à partager. Afin de se donner l’illusion de pouvoir encore faire quelque chose de sa vie, il va se lancer dans un projet presque insensé, en tout cas, auquel peu de monde croit en dehors de son boss, Debaest (Bouli Lanners) : Retrouver Tony Sacchi (Gilbert Melki), un révolutionnaire qui vingt-cinq ans plus tôt se fit connaître en prenant en otage les jeunes passagers d’un bus scolaire. Sauf que les illusions de Piron vont vite s’envoler. Son idole n’est plus le révolutionnaire d’antan et n’est qu’un gigolo que seul l’argent intéresse. Epaulé par le caméraman Franz (François Damiens) et le preneur de son Jef (Jean-Marie Barbier), Piron va avoir la rude tâche de retrouver les enfants d’alors devenus des quadragénaires, et de les convaincre de participer à une reconstitution des faits…



Voilà pour le synopsis. Reste à savoir si CowBoy mérite que l’on « perde » une heure trente de son existence à le regarder ou s’il vaut mieux passer à autre chose sans même y jeter un œil. Certains répondront sûrement qu’il n’offre rien d’enthousiasmant. Qu’il n’est pas drôle. Que les acteurs ont l’air autant de se foutre de leur interprétation que les spectateurs qui commencent à quitter la salle ont d’intérêt à suivre les léthargiques pérégrinations de Poelvoorde and co. D’autres au contraire tiendront jusqu’au bout avec l’espoir de voir démarrer une intrigue, il est vrai, plutôt molle. Ils ne relèveront pas les blancs entre les dialogues (improvisation des acteurs ?), l’accent à couper au couteau de la future star des caméras cachées François Damiens (il faut parfois tendre l’oreille pour saisir tout ce que cet homme, qui parfois parle dans sa barbe, a à dire), ni la grande austérité qui rend l’œuvre parfois déprimante. Le film de Benoit Mariage laisse une grande part à la générosité. Les dialogues sont pauvres mais les acteurs donnent beaucoup d’eux. CowBoy est finalement une œuvre assez déconcertante et dont les intentions sont difficiles à cerner. On peut l’aimer, le détester et même aller jusqu’à totalement le rejeter. Il mérite cependant l’attention des spectateurs car malgré la montagne de défauts qui pèsent sur ses épaules (la sécheresse du scénario entre autre), il y a dans ces quelques menus portraits comme un hommage rendu à une population que l’on n’a que trop rarement l’occasion de rencontrer au cinéma… CowBoys est comme le reflet en noir et blanc du très coloré (et franchement, pas si extraordinairement drôle que cela) Bienvenue Chez les Ch’tis de Dany Boon…


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