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samedi 4 octobre 2025

La Discrète de Christian Vincent (1990) - ★★★★★★★★☆☆



Bien décidé à quitter Solange, sa compagne, Antoine est pris au dépourvu quand, sur le quai de la gare de l'Est, c'est elle qui met un terme à leur relation. Désemparé, il en parle à son ami libraire et éditeur Jean Costal. Après réflexion, celui-ci propose à Antoine de se servir de sa propre histoire comme sujet de son nouveau roman. Antoine hésite, puis accepte. Non pas pour se venger de Solange, mais des femmes en général.
Le principe est simple : il doit trouver une femme, doit la séduire, s'en faire aimer, puis la quitter. Après avoir passé une petite annonce dans un journal, il a rendez-vous avec une certaine Catherine Legeay. Jeune et plutôt jolie, Antoine la trouve cependant plutôt rebutante. Mais acceptant de jouer le jeu, il confie à celle-ci l'écriture d'un manuscrit, prévoyant de la revoir dans les prochains jours. Chaque rendez-vous avec Catherine sera pour Antoine l'occasion de se venger et d'écrire son histoire. Un roman à venir que Jean lui a promis de faire ensuite éditer...


"Quand on regarde quelqu'un, on n'en voit que la moitié..."


Lorsque Judith Henry accepte le rôle de Catherine pour le compte de La Discrète, œuvre réalisée par le cinéaste Christian Vincent, elle n'a à son compte que deux autres films. Fabrice Luchini, lui, tourne déjà depuis la toute fin des années soixante. A l'époque, l'acteur n'est pas encore devenu la star qu'il est aujourd'hui mais déjà, il séduit de par sa verve si particulière, trait de caractère bien connu du personnage. La Discrète est l'occasion rêvée pour lui de donner corps à son talent d'orateur face une belle et troublante Judith Henry.

Une histoire d'amour éclipsant la vengeance originelle. Un duo magnifique jamais ennuyeux malgré un scénario, on en conviendra, plutôt mince. Mais de cela, justement, on se fiche ! Parce que l'essentiel est là. Ces deux présences, émouvantes, touchantes par la fragilité qu'elles expriment toutes les deux. On sent pointer la tragédie derrière l'amour naissant, exploité de manière pudique, presque gênante pour le spectateur mis en position de voyeur, complice des manigances orchestrées par les personnages campés par Luchini et Maurice Garrel.

La Discrète se clôt comme il se doit, avec sagesse, même si l'on aurait peut-être aimé une fin alternative pour que ce joli conte se termine comme dans les plus belles histoires. La profession a semble-t-il reconnu les qualités de cette œuvre dort réussie puisque lui furent attribués cinq César, dont ceux des meilleurs acteurs et actrice pour Judith Henry, Fabrice Luchini et Maurice Garrel, ainsi que le prix de la semaine critique à la Mostra de Venise. La Discrète demeure plus de trente ans après sa sortie, une œuvre toujours aussi forte...


dimanche 29 janvier 2023

Vacances de Béatrice de Staël et Leo Wolfenstein (2022) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

En attendant le prochain Fabrice du Welz, j'ai cherché, et cherché, et cherché LE film récent qui pouvait le plus se rapprocher de son univers...C'est ainsi que je suis tombé sur Vacances de Béatrice de Staël et Leo Wolfenstein. Leur premier film en commun et leur premier long-métrage tout court. Derrière ce titre passe-partout et, reconnaissons-le, un brin ringard, se cache une œuvre particulière... Sorte de thriller, de drame familial et campagnard face auquel certains journalistes ont choisi d'intégrer une ''donnée'' qui n'a pas vraiment, voire, pas du tout sa place ici. À force d'évoquer les violences faites aux femmes, ce phénomène de société plus galopant que n'importe quel virus mortel gangrène toutes les formes d'art et le cinéma en particulier. Mais au regard de Vacances, on comprend que son évocation qui à force de répétitions devient moins un fait de société qu'une mode que l'on agrémente à toutes les sauces est loin, très loin des préoccupations des deux réalisateurs. Servant de prétexte à cette cause courtisée par les ''wokistes'' en tous genres, l'un des rares actes qui pourraient aller dans ce sens est la tentative de viol dont failli être la victime l'héroïne de ce récit, Marie, qu'interprète l'actrice Géraldine Nakache. Allez, poussons même le bouchon jusqu'à révéler le passé trouble de Jeanne (interprété par Béatrice de Staël elle-même), cette habitante du coin dont la folie semble avoir été engendrée d'un côté par la rudesse de son existence ou plus simplement par les rumeurs qui courent sur son compte à la vitesse d'un cheval au galop ! En réduisant l’œuvre de Béatrice de Staël et Leo Wolfenstein à ce seul constat, il n'est pas impossible qu'un jour s'impose en force la ''Cancel Culture'' et que nombre de longs-métrages vieux de trente ou quarante ans connaissent le même sort. Car alors, qui peut dire où se situe la différence entre Vacances et un Haute Tension signé d'Alexandre Aja en 2003 ? C'est à dire à une époque où le terme, me semble-t-il, n'existait pas encore. Et pourquoi ne pas remonter jusqu'aux débuts des années quatre-vingt et effacer tout ce qui a été dit sur le Vendredi 13 de Sean Cunningham et le taxer désormais d’œuvre sur les ''Violences faites aux adolescents attardés et obsédés par le sexe et par la marijuana''... ?


Non, vraiment, certains feraient mieux de s'écraser ou s'intéresser en profondeur aux véritables valeurs qui font de Vacances une très honnête série B à la française flirtant sensiblement avec l'épouvante. Si dans le fond le long-métrage de Béatrice de Staël et Leo Wolfenstein se montre relativement académique, il n'est pas interdit et même plutôt recommandé d'en apprécier la valeur artistique. Car si la forme rejoint celle de très nombreux thrillers dans le contexte desquels un meurtrier cherche par tous les moyens à faire disparaître le corps de sa victime, Vacances offre en outre le portrait d'une mère de famille assez rare. Géraldine Nakache incarne en effet une femme relativement trouble, que l'on découvrira tout d'abord logiquement proche de sa progéniture avant qu'un tragique événement ne vienne parasiter leur existence. Abandonnée par son mari, séduite par un jeune homme (Andranic Manet dans le rôle de Martin), lui-même précédé d'une inquiétante réputation, Marie ''s'évade'' la nuit venue, erre dans un champ, perdue, obsédée par ce corps qui repose dans une vieille cabane. Sourd alors en toute discrétion le thème de la nécrophilie. Car alors, que vient-elle y faire, avec dans les bras son plus jeune enfant sinon que de contempler le corps de son tout récent prétendant ? Très curieusement, ce qui apparaît comme une succession de maladresses dans la mise en scène participe à l'attrait de ce film à l’atmosphère pesante, voire cauchemardesque. Géraldine Nakache tient la dragée haute à un parterre de seconds rôles souvent ambigus. Du moins, participent-ils en majorité au trouble qui ne cesse d'augmenter tout au long du récit. De Martin, entre charme et déséquilibre mental, en passant par Jeanne, sa mère, divaguant et soliloquant, jusqu'à ces voisins ivres de colportages... Vacances bénéficie d'une esthétique étouffante matinée aux petits oignons par le directeur de la photographie et par la compositrice Véronique Zerdoun dont les fins de thèmes... ''s'effondrent''... Jamais défauts n'auront aussi bien habillé une œuvre cinématographique. Un long-métrage qui pourrait bien en hanter certains pour les jours et surtout les nuits à venir...

 

mercredi 24 mars 2021

Les Rivières Pourpres 2 : Les Anges de l'Apocalypse d'Olivier Dahan (2004) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Deux choses à noter tout d'abord, qui devraient faire fuir n'importe quel cinéphile normalement constitué d'un point de vue intellectuel : la présence au scénario et à la production via sa société EuropaCorp Distribution de Luc Besson. Vu que l'écrivain Jean-Christophe Grangé galère à donner une suite au scénario qu'il écrivit à l'origine avec Mathieu Kassovitz pour le premier volet sobrement intitulé Les Rivières Pourpres, il demande donc à Luc Besson de l'aider à construire une nouvelle histoire autour du commissaire Pierre Niemans qu'incarne toujours Jean Reno. Vincent cassel ayant disparu des radars, il est ''remplacé'' par Benoît Magimel que l'on pu notamment voir auparavant dans La Haine de Mathieu Kassovitz ou Les Enfants du Siècle de Diane Kurys. S'il na apparemment rien à envier au jeu de Vincent Cassel, son remplacent à cependant beaucoup de mal à convaincre dans la peau d'un personnage qui de toute manière est à l'origine relativement peu intéressant. Reconnaissons tout d'abord qu'avec un titre pareil, il y avait peu de chance pour que Les Rivières Pourpres 2 : Les Anges de l'Apocalypse parviennent ne serait-ce qu'à se hisser à la hauteur d'une œuvre originale qui elle-même n'avait rien d'exceptionnelle. Ça sent quand même le bon gros nanar, non ? Et même si cette séquelle n'en est pas vraiment un, on est très clairement face à un thriller de petite envergure. Ah ! Au fait, c'est le réalisateur Olivier Dahan qui signe la chose...


Le type capable d'avoir signé durant la même carrière de réalisateur, La Môme, biopic sur Edith Piaf dont on ne compte plus les récompenses et Les Seigneurs, une petite comédie légère se déroulant dans l'univers footballistique. Les amateurs de celle que l'on appelait la Môme, de Marion Cotillard, de José Garcia ou de Franck Dubosc auront donc eu droit à des œuvre oscillant entre le brillant et le plutôt pas mal, Les Rivières Pourpres 2 : Les Anges de l'Apocalypse ne faisant malheureusement partie ni de l'une ni de l'autre de ces deux catégories. En fait, cette séquelle s'avère relativement indigente. Nombre de seconds rôles demeurent absolument pas convaincants, surjouant leur rôle. On pense notamment à ces types en robe de bure, ou plus exactement certains représentants de l'église dont Serge Riaboukine qui interprète le Père Vincent est encore sans doute celui qui s'en sort le mieux. Dans des décors tantôt somptueux tantôt sinistres, ceux-ci sont ceux qui s'en sortent encore le mieux même si Olivier Dahan, le décorateur Olivier Raoux et le responsable de la photographie Alex lamarque ont imaginé un cadre austère, voire carrément glauque. Sans doute inspirés par certaines visions décharnées et parfois monochromes de l'excellent Seven de David Fincher, les trois hommes semblent avoir abusivement poussé le curseur du morbide afin d'obtenir un long-métrage le plus macabre possible. Tous les codes y demeurent, entre murs décrépits, couleurs sépias, air saturé de poussières et éclairages malades. Même la pluie s'invite lors du dernier quart...


Au passage, le chanteur Johnny Hallyday est convié à interpréter le rôle d'un ermite borgne plutôt sobre tandis que l'acteur britannique Christopher Lee participe au projet dans le rôle de Heinrich von Garten. Olivier Dahan use des mêmes méthodes. Lorsque les premières fourmis d'impatience se font ressentir, il nous assène à grand coups de cuivres orchestrés par le compositeur britannique Colin Towns, des scènes de courses-poursuites qui finissent par toutes se ressembler. Le comble étant tout de même que la meilleure d'entre elles soit visible lors du premier tiers, les suivantes demeurant alors beaucoup moins saisissantes. Plus d'action et donc beaucoup moins de finesse lors de cette seconde enquête du commissaire Pierre Niemans, la faiblesse du script et de la mise en scène finissent d'achever un projet sorti en France le 18 février 2004 et tout juste encastré entre la sortie du roman de l'américain Dan Brown Da Vinci Code un an auparavant et son adaptation en 2006 par le réalisateur Ron Howard. Maintenant, faut-il y voir une simple coïncidence ? À noter qu'un troisième volet fut envisagé par le producteur Alain Goldman. Prévu pour être intitulé Les Rivières Pourpres 3 : les Armes de l'Ombre et confié au réalisateur Florent-Emilio Siri, il sera finalement remplacé par la série éponyme dont le tournage de la saison 4 semble avoir été envisagée...

 

samedi 27 juillet 2019

Angel-A de Luc Besson (2005) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Pour son huitième long-métrage de fiction, le cinéaste français Luc Besson revient au noir et blanc vingt-deux ans après son premier film Le Dernier Combat. Un noir et blanc superbe pour une romance bancale une fois de plus scénarisée, réalisée et produite par Luc Besson lui-même. De quoi permettre à ses détracteurs de se frotter les mains d'avance à l'idée de proférer les pires idées sur le bonhomme, sa mise en scène et son écriture. Sauf que dans un premier temps, tout semble aller pour le mieux pour l'auteur des navrants Le Cinquième Élément, Lucy, ou encore Valérian et la Cité des Mille Planètes. Si le choix d'offrir le premier rôle à l'humoriste Jamel Debbouze aurait pu être un facteur important de stress pour ceux qui le considèrent encore comme un piètre interprète, le résultat à l'écran n'est pas aussi navrant que redouté. Alors qu'il persévère à mâchouiller chacun de ses mots, son habituel bégaiement disparaît fort heureusement au profit d'un débit plutôt convaincant. Face à ce personnage qu'il incarne, ce citoyen américain qui n'est en fait qu'un ''petit arabe de France'' qui a gagné son visa pour les États-Unis lors d'une loterie, Jamel Debbouze donne la réplique à la jeune, jolie, et très longiligne actrice danoise Rie Rasmussen. Celle-là même qui n'a tourné que dans une poignée de films dont Human Zoo, son premier long-métrage en tant que réalisatrice.

La rencontre entre deux êtres déchirés par la vie qui choisissent le même jour, la même heure et le même pont parisien pour se jeter dans la Seine. André (Jamel Debbouze) sauve de la noyade la belle Angela. Dès lors, elle s'offre au jeune homme qu'elle suit scrupuleusement dans chacune de ses pérégrinations. De leur rencontre naît une relation étrange, la jeune femme semblant être dotée d'atouts très particuliers...

Luc Besson abandonne un temps le style bourrin qui le caractérise généralement pour nous conter une histoire romantique née de sa seule imagination. Un long-métrage qui plus qu'une œuvre à la gloire de ses deux interprètes rend hommage à une capitale française filmée généralement de jour et parfois de nuit. Le spectateur reconnaîtra notamment le pont Alexandre-III duquel se jettent Angela et André ou plus tard La Basilique du Sacré Cœur du quartier de Montmartre. Le cinéaste rend grâce aux merveilles architecturales parisiennes jusque dans certaines toilettes publiques et autres hôtels de Paris. On respire enfin un peu, écartés pour un temps des fusillades et autres poursuites en voiture dans des rues encombrées.

Malheureusement, le film de Luc Besson montre très rapidement ses limites. Alors qu'il affirmait bien avant la sortie du long-métrage qu'il travaillait dessus depuis dix ans environs, le réalisateur montre une fois de plus ses limites en matière d'écriture. Comme un vieux cancer en rémission montrant les signes d'une rechute imminente, Angel-A expose les difficultés qu'a Luc Besson à maintenir l'intérêt pour ses personnages à travers des dialogues et des situations généralement stériles. En dehors de quelques travellings sympathiques et d'un noir et blanc parfois sublime, le long-métrage s'avère souvent statique sans pour autant n'être jamais contrebalancé par des dialogues travaillés. On peine à croire à cette histoire d'amour même si Jamel Debbouze y met toutes ses tripes et si la rage de l'actrice Rie Rasmussen explose à l'écran. Cet instant de magie que l'on rêvait presque enfin pouvoir éclore de ce récit peu banal n'est donc qu'un leurre et Angel-A se révèle finalement assez ennuyeux et sans véritable engagements... A noter les présences à l'écran de Gilbert Melki et de Serge Riaboukine. Le fidèle compositeur Eric Serra étant cette fois-ci remplacé par la chanteuse et compositrice norvégienne Anja Garbarek...

mercredi 7 février 2018

Wolfzeit de Michael Haneke (2002)) - ★★★★★★☆☆☆☆



En exploitant un cadre de fin du monde avec son septième long-métrage, le cinéaste autrichien Michael Haneke persévère pourtant dans son aptitude à sonder l'âme humaine. Après les excellents La Pianiste et avant Caché, il plonge ses protagonistes dans un monde dévasté par un fléau dont l'origine demeure inconnue des spectateurs. C'est là qu'interviennent des interprètes aussi divers qu'Isabelle Huppert, Maurice Bénichou, Patrice Chéreau, Béatrice Dalle, Serge Riaboukine ou encore Olivier Gourmet. Plus proche d'un Malévil signé Christian de Chalonge et adapté d'un roman de Robert Merle que d'un blockbuster américain reposant presque exclusivement sur ses effets visuel, Wolfzeit (chez nous, Le Temps du Loup) n'est pas que l'adaptation d'un scénario écrit par Michael Haneke lui-même mais s'inspire en fait davantage de La Völuspá (La Prophétie de la Voyante),un poème de la mythologie nordique dont l'auteur demeure inconnu.
Le spectateur aura beau chercher dès le générique d'ouverture le nom d'un quelconque compositeur, le film est à ce titre, d'une sécheresse exemplaire puisque Wolfzeit ne contient pas la moindre source musicale. C'est peut-être l'une des raisons pour lesquelles l’œuvre de l'autrichien n'a pas reçu l'accueil escompté. Pour celle-ci, mais également pour l'économie de moyens en terme d'action, le long-métrage reposant exclusivement sur l'interprétation.

Tourné sous la forme d'un huis-clos, il connecte dans un monde où l'homme bataille en permanence pour sa survie, des individus de toutes espèces réunis dans une gare de campagne dans l'attente d'un train qui ne viendra peut-être jamais. C'est là qu'ils sont rejoints par Anne et ses deux enfants après que l'époux de la jeune femme ait été tué alors que la famille tentait de rejoindre leur refuge situé en pleine campagne. A ce titre, l'ouverture de Wolfzeit reflète une certaine vision post-apocalyptique de l'un des plus traumatisants long-métrages de l'autrichien, Funny Games sorti six ans plus tôt en 1997. Où la vision toute personnelle de Michael Haneke d'un genre devenu à la mode depuis quelques années, le Home-invasion. De l'état d'urgence de sauver sa propre existence ainsi que celle de ses deux enfants, Anne parcourt en leur compagnie une campagne française que l'on situera à la périphérie de la capitale, jusqu'à trouver un refuge dominé par un Olivier Gourmet incarnant Koslowski, sorte de “général“ décidant arme au poing de la façon d'organiser la survie d'une “communauté“ sans cesse grandissante.

L’austérité dominant le projet comme cela est souvent le cas chez Michael Haneke, Wolfzeit souffre peut-être d'un rythme un peu faible en comparaison de ses travaux passés et à venir. L'oeuvre n'étant pas à la réjouissance d'un spectacle visuellement chargé en terme d'effets-spéciaux (à tel point que le cinéaste fait l'économie de maquillages en tuant un cheval pour de vrai), son œuvre est d'un point de vue divertissement, plutôt hermétique. Afin de signifier un univers chaotique, pessimiste et post-apocalyptique sans pour autant faire appel aux décors d'une cité intégralement détruite par un fléau, le cinéaste tourne son film dans les municipalités de Frankenau-Unterpullendorf et de Ebenfurth en Autriche. Choisissant la campagne plutôt que la ville, le cinéaste plonge une très grande partie du long-métrage dans une nuit profonde, sans étoiles et sans Lune, éclairée par quelques rares feux de camp lorsque ses interprètes ne sont pas simplement plongés dans une obscurité presque totale. Même la journée est parfois voilée. Une brume épaisse enveloppe le cadre, noyant tout ce qui autour du champ d'action des interprètes pourrait nous rappeler un quelconque signe d'une civilisation passée.
Si le casting demeure solide malgré les réserves émises plus tard par Michael Haneke sur certains de ses choix, aucun interprète ne se trouve réellement hissé au premier plan. Au regard de l'oeuvre toute entière de l'autrichien, Wolfzeit se révèle en effet parmi ses films les moins forts. Il n'en demeure pas moins une expérience de cinéma post-apocalyptique franco-germano-autrichien intéressante. Pour amateurs avertis...

dimanche 12 novembre 2017

Grégoire Moulin contre l'Humanité de Artus de Penguern (2000) - ★★★★★★★☆☆☆



Allez, on respire un grand coup et on se prépare pour les aventures de Grégoire Moulin. Né un vendredi 13, dans la clinique Franz Kafka, là où quelques heures après sa naissance, ses parents se sont entre-tués pour un simple désaccord : Papa voulait faire de son fils un footballeur tandis que maman espérait le voir devenir chirurgien. Depuis, Grégoire n'a pas vraiment été gâté par la vie. Élevé en Bretagne par sa grand-mère et par un oncle alcoolique, il décide un jour de monter à Paris. Seul. Là-bas, il trouve un emploi dans une compagnie d'assurance dont les bureaux donnent juste en face d'un cours de danse. C'est là qu'exerce ses talents la belle Odile Bonheur sous le charme de laquelle Grégoire tombe immédiatement. C'est le coup de foudre. Chaque midi, il déjeune dans le même restaurant qu'Odile, à quelques mètres de sa table, mais n'ose pas l'aborder. Les jours passent. Une semaine, puis deux, et enfin, Grégoire trouve la force de surmonter sa peur. Mais alors qu'il s'approche de la table d'Odile, la jeune femme se lève et part aux toilettes. Grégoire en profite pour lui subtiliser son portefeuille. De retour au travail, il récupère les coordonnées téléphoniques d'Odile dans les affaires qu'il lui a volé et lui passe un coup de fil en lui faisant croire qu'il a trouvé parterre, son portefeuille. Ils conviennent alors d'un rendez-vous en fin de journée afin de lui rendre ses affaires. Mais rien ne va se dérouler comme prévu et Grégoire va vivre la soirée la plus longue et incroyable de son existence...

Grégoire Moulin, c'est l'acteur et réalisateur Artus de Penguern qui à l'occasion de Grégoire Moulin contre l'Humanité réalisait en 2001 son tout premier long-métrage. Plus connu comme acteur que comme cinéaste (sa carrière d'interprète, Artus de Penguern va la démarrer au tout début des années quatre-vingt), il se met donc lui-même en scène dans une comédie fonçant à toute allure. L'affiche elle-même donne une idée assez précise du contenu. Le personnage que crée pour l'occasion Artus de Penguern est la preuve vivante que l'on peut aller très loin par amour. Se mettre dans des situations périlleuses, et braver mille dangers. Mais comme ici, il s'agit ni plus ni moins que d'une comédie, Grégoire Moulin contre l'Humanité est donc l'occasion de rire et de sourire devant une série vertigineuse de situations rocambolesques d'Artus de Penguern lui-même ainsi que de celui de Jérôme L'Hotsky.

Le personnage principal tombe amoureux d'Odile, donc, que la charmante Pascale Arbillot L'Extraterrestre, Espace Détente, Une Pure Affaire, etc...) interprète avec justesse. Un joli professeur de danse classique, un peu gauche et qui n'y voit pas à plus d'un mètre sans ses lunettes. Artus de Penguern dresse une galerie de portraits incroyables partageant pour beaucoup, une même passion : le football. De quoi accentuer tous les stéréotypes qui y sont rattachés car qu'il s'agisse de flics, de voyous ou des supporters concentrés en un amas ds testostérones dans le restaurant où doivent se rejoindre nos deux principaux interprètes, tous révèlent leur côté primaire. Autour de Artus de Penguern et de Pascale Arbillot orbitent les excellents Antoine Duléry (en collègue de travail, supporter de l'équipe de foot parisienne l'O.P), Didier Bénureau en médecin bisexuel traquant Grégoire pendant une bonne partie du film.
Clovis Cornillac en fiancé nerveux quitté par sa petite amie Hélène (Élisabeth Vitali), ou encore le génial Serge Riaboukine en chauffeur de taxi. Minuscule exemples d'une liste de personnages hauts en couleur longue comme le bras. Des flics, des supporters, des garçons-bouchers, un patron de bar (le Penalty), plusieurs collègues de travail, des dizaines de participants à une soirée costumée (où l'on y retrouve un Charles de Gaulle s'en prendre vivement à Adolf Hitler)... enfin, bref, on ne s'ennuie pas un seul instant. C'est con mais, tellement bon. Seize ans auparavant, le cinéaste Martin Scorsese nous proposait son vertigineux et kafkaien After Hours, en 2001, Artus de Penguern nous en proposait une involontaire relecture avec Grégoire Moulin contre l'Humanité. De la belle ouvrage...

samedi 25 juin 2016

La Tour 2 Contrôle Infernale de Eric Judor (2016)



Quinze ans après les aventures rocambolesques d'Eric et Ramzy, La Tour 2 Contrôle Infernale revient sur les origines des défaillances intellectuelles des deux zigotos. Mais contrairement au premier volet, cette fois-ci, les deux personnages principaux ne sont plus les laveurs de carreaux mais leurs géniteurs, pilotes pour l'aviation française, et qui lors d'un test de centrifugeuse à l’École de l'Air de Salon de Provence, vont perdre totalement la boule. Alors qu'ils étaient pressentis pour faire partie d'une mission de la plus haute importance, les voici désormais relégués comme bagagistes à l'aéroport d'Aurly-Ouest.

Ernest Krakenkrick et Bachir Bouzouk, c'est leur nom, vont être les témoins d'un bien curieux événement. En effet, alors que les départs d'avions sont tous retardés ou supprimés, ils constatent avec effroi qu'un groupe de terroristes menés par un certain colonel Janouniou, qui n'est autre qu'un ancien militaire ayant officié sur la base aérienne de Salon de Provence, se sont emparés des commandes de la tour de contrôle de Aurly-Ouest. Alors que le groupe, nommé Moustachious, tente de négocier avec le ministre de l'intérieur, Ernest et Bachir mettent tout en œuvre pour reprendre le contrôle de l'aéroport. Ils pourront compter pour cela, sur l'aide de Jean-Peter McCalloway, qui n'est autre que le futur géniteur de John MacCalloway dont le fils de Bachir, Ramzy, tombera amoureux lors des aventures se déroulant dans La Tour Montparnasse Infernale...

Le cinéaste Charles Nemes, auteur du premier volet, n'étant plus de la partie, c'est cette fois-ci Eric Judor qui est aux commandes de La Tour 2 Contrôle Infernale. Endossant donc en compagnie de Ramzy Bédia les costumes des père respectifs des deux héros du premier volet, les deux acteurs retrouvent pour cette suite quelques-uns des interprètes de La Tour Montparnasse Infernale. Serge Riaboukine, dans le rôle de l'un des hommes de main du chef du gang Moustachious et jumeau de De Fursac, le méchant du premier volet, ainsi que l'actrice Marina Foïs dans celui de la conseillère du Ministre, enceinte et future mère d'un bébé qui sera donc la fille de celle-ci dans le premier volet.


Autant le dire tout de suite, La Tour 2 Contrôle Infernale est bien moins amusant que La Tour Montparnasse Infernale. C'est toujours aussi lourd, mais alors qu'auparavant les gags demeuraient malgré tout plutôt drôles, désormais, on sourit sans jamais vraiment rire aux éclats. Et c'est bien dommage car aux commandes du scénario, les auteurs Éric Judor, Ramzy Bédia et Nicolas Orzeckowski font preuve d'une grande imagination en terme de situations comiques. Sauf que la sauce ne prend pas vraiment. Ça se regarde sans trop d'ennui, mais on assiste plus au spectacle comme à une succession de gags plus ou moins inégaux qu'à un récit. Ce qui dénote le peu d'intérêt qu'offre le film. Plus encore qu'Eric Judor et Ramzy Bédia, c'est surtout le musicien/chanteur et désormais acteur Philippe Katerine qui sort du lot. A tel point que l'on a l'impression que le film a été essentiellement conçu autour de son personnage. En dehors de son personnage, La Tour 2 Contrôle Infernale demeure malheureusement assez plat...

mercredi 11 mai 2016

La Tour Montparnasse infernale de Charles Nemes (2000)



Eric et Ramzy sont tout deux laveurs de carreaux. Suspendus à plus de deux cent mètres de hauteurs, s'apprêtent à finir leur journée. Eric croit avoir rendez-vous avec Marie-Joëlle, la nièce d'un riche homme d'affaire dont il est amoureux, quant à Ramzy, il a prévu de suivre une nouvelle séance de remise en forme auprès de l'athlète Peter Mac Calloway.
Malheureusement pour eux, leurs projets vont être contrecarrés par l'apparition d'un groupe de gangsters qui en veulent à l'argent de Lanceval, l'oncle de Marie-Joëlle. Devant cette situation périlleuse, le sang d'Eric ne va faire qu'un tour et il va en compagnie de son poltron d'ami et collègue Ramzy, tout faire pour sauver celle qu'il aime...

Alors que Ramzy Bédia interprète ici son cinquième rôle dans un long-métrage, ça n'est que le second pour son partenaire sur scène Eric Judor. Les deux hommes, qui se sont rencontrés en 1994 et ont débuté la carrière d'humoristes que l'on connaît, retrouvent donc ici le cinéaste Charles Nemes qui tourna avec Daniel Auteuil et Gérard Jugnot le film Les Héros n'ont pas Froid aux Oreilles vingt et un ans plus tôt, et en 2009 Le Séminaire, adaptation de la célèbre série télévisée de Bruno Solo et Yvan Le Bolloc'h Caméra Café.

La Tour Montparnasse Infernale offre un scénario idéale pour le duo de comiques qui en profite alors pour faire les pitres devant la caméra. Dire qu'ils interprètent deux abrutis serait encore loin, très loin de la vérité, et c'est sur des malentendus et d'heureux hasard qu'ils vont parvenir à sauver la fameuse Marie-Joëlle, l'ancien membre de la troupe Les Robins des Bois (on y retrouve également Pierre François Martin Laval de la même troupe), Marina Foïs. A leurs côtés, on retrouve également Serge Riaboukine dans le rôle du chef de la bande de braqueurs, ancien chroniqueurs de Laurent Ruquier et qui s'est surtout fait connaître à ses débuts comme imitateur de Gérard Depardieu avec lequel il partage certains traits de ressemblance physique. Dans deux minuscules rôles on aperçoit également l'acteur Fred Testot qui débuta aux côtés d'Omar Sy, ainsi que le chanteur du groupe rap NTM et acteur JoeyStarr, tout deux interprétant deux policiers en uniforme.

Le choix du titre n'est pas un hasard puisqu'il fait directement référence au célèbre film catastrophe de John Guillermin principalement interprété par Steve McQueen et Paul Newman, La Tour Infernal. Mais l'analogie entre les deux œuvres s'arrête en réalité là puisque le film de Charles Nemes fait surtout référence au premier Die Hard de John Mc Tiernan, Piège de Cristal qui voyait déjà les employés de bureau d'une immense tour aux prises avec un groupe de gangsters ayant prévu de vider les coffres d'une importante société. Plusieurs autres longs-métrages semblent avoir inspiré le cinéaste français dont le film de karaté Le Jeu de la Mort de et avec Bruce Lee lors d'une scène mémorable s'inspirant très clairement d'un combat entre la star américaine née dans le quartier de Chinatown à San Francisco et le joueur de basket new-yorkais de 2m20, Kareem Abdul-Jabbar.


D'un point de vue comique, La Tour Montparnasse Infernale rempli largement son contrat. Encore faut-il adhérer au style particulier d'Eric et Ramzy. Ça n'est jamais très fin, mais heureusement, le film joue sur plusieurs tableaux dont l'action, qui ici est relativement rondement menée. A savoir qu'une suite est sortie le 10 février dernier, La Tour 2 Contrôle Infernale, mais n'a semble-t-il pas vraiment rencontré le succès auprès des fans du premier volet...



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