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dimanche 13 juin 2021

Les truffes de Bernard Nauer (1995) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

C'est pour Reno, juste pour Reno et rien que pour Reno, parce que le titre, lui, évoque d'emblée ces mauvaises comédies françaises qui pullulaient déjà à l'époque. Ces longs-métrages qui réunissaient toutes celles et ceux qui allaient plus tard représenter le paysage cinématographique français. Mais bon, là, on est un cran en dessous de tout. Les truffes est le second et dernier long-métrage de Bernard Nauer, lequel aura réalisé avant cela, l'adaptation de l'excellente pièce de théâtre Nuit d'ivresse en la transformant en une œuvre passablement vulgaire bien que très regardable. Si la truffe est un champignon généralement très prisé, le mot possède ici un sens tout autre puisqu'il évoque la stupidité de ses deux principaux personnages qu'interprètent donc Jean Reno et Christian Charmetant. Le premier incarne un boxeur raté et le second, un escroc à la petite semaine. Un duo qui va traverser le pays à bord d'une voiture pour un road movie des plus lénifiant. C'est pas qu'on s'emmerde devant Les truffes, c'est juste que le film est mal écrit et réalisé avec un minimum de moyens. Écrit par le réalisateur lui-même, le scénario est également l’œuvre de Philippe de Chauveron qui depuis a fait ses preuves en tant que réalisateur puisqu'il a notamment réalisé L'Élève Ducobu en 2011, Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? en 2016 (ainsi que ses suites en 2019 et 2021) ou A bras ouverts en 2017. On aurait sans doute préféré que ce dernier soit aux commandes de ces Truffes relativement avariées même si de son côté, Philippe de Chauveron débuta sa carrière à un niveau d'exigence à peu près équivalent à celui de Bernard Nauer avec Les parasites, en 1999...


Jean Reno et Christian Charmetant s'entendent pour cabotiner à outrance. Ils en font des tonnes, surtout le premier dont le futur charisme et le timbre de voix ténébreux sont ici encore aux abonnés absents. C'est franchouillard, écrit à la truelle, les dialogues sont à peine réfléchis, au point que l'on se demande si les interprètes n'ont pas eux-même eu carte blanche pour débiter leurs âneries devant la caméra. La petite touche de féminité apportée par l'actrice Isabelle Candelier ne tempère malheureusement pas le niveau médiocre du film et de sa mise en scène. On est bien loin du Jean Reno que l'on connaîtra plus tard. Quant à Christian Charmetant, pour lui, rien de changé. Le réalisateur lui offre un costume qu'il a l'habitude de porter donc rien de bien navrant pour celles et ceux qui le connaissent déjà et l'apprécient. Les truffes est parcouru de quelques sympathiques présences qui ne font malheureusement que passer. On pense notamment à l'humoriste Jean-François Derec dans le rôle de Monsieur Polk, le voisin ravi de voir Patrick/Jean Reno débarrasser le plancher, à Didier Bénureau, sympathique samaritain lâchement abandonné sur la route par Nathaniel/Christian Charmetant ou encore Marc Dudicourt dans le rôle du coach ici, très caricatural au point d'en être éminemment vulgaire. À noter le passage éclair de l'ancienne actrice pornographique Julia Channel qui sous son véritable nom Julia Sow interprète l'amante de Jean Reno au tout début du film (l'occasion de la voir passer la poitrine (siliconée) à l'air). Ou celui de Jean-Paul Roussillon qui se voit offrir le rôle du vigneron que le réalisateur avait prévu d'offrir à l'origine à l'acteur Jean Carmet avant que celui-ci ne meurt quelques temps avant le début du tournage. Au final, Les Truffes est une œuvre à oublier très rapidement. Le fond du panier de la comédie française...

 

samedi 5 septembre 2020

Serial Lover de James Huth (1998) - ★★★★★★☆☆☆☆



Premier long-métrage du réalisateur et scénariste français James Huth, Serial Lover est un ovni cinématographique qui vit le jour sur grand écran en 1998. L'auteur de Brice de Nice (et de sa séquelle Brice 3 ''parce que le 2, je l'ai cassé !'') ou de Rendez-vous chez les Malawas l'an passé nous offrait il y a plus de vingt ans un spectacle hors du commun, parfois cadré comme du Jean-Pierre Jeunet/Marc Caro période Delicatessen, à l'humour noir et grinçant comme du Gustave Kervern/Benoît Delépine et à l'enrobage ultra coloré et donc tout aussi cheap qu'une vieille affiche publicitaire américaine des années cinquante nous vantant les mérites d'une bouteille de lait ou d'une cuisine. C'est dans ce contexte où passent de vieux standards surannés à l'image du Only You des Platters que l'actrice Michèle Laroque, ancienne transfuge de l'émission La Classe présentée par Fabrice sur FR3 dans les années quatre-vingt et qui fit ses tout premiers pas au cinéma quinze ans plus tôt, interprète le rôle de Claire Doste, éditrice de romans policier pour les Éditions Dangereuses qu'elle convie sur une idée de sa sœur Alice ses quatre anciens petits amis afin de choisir lequel parmi eux, elle prendra pour futur époux. Mais alors que la soirée débute à peu près normalement entre la jeune femme, Charles, Hakim, Sacha et Chichi, un terrible accident va tout remettre en question. Alors qu'elle prépare la suite du dîner dans la cuisine, Claire plante malencontreusement le couteau qu'elle a dans les mains entre les omoplates de Sacha qui meurt quelques instants plus tard...

Cachant le corps dans le réfrigérateur, la jeune femme tente de sauver les apparences auprès de ses trois autres convives. Malheureusement pour elle, la suite des événements vont confirmer que, décidément, ça n'est pas sa soirée. Alors qu'elle pensait pouvoir tranquillement fêter ses trente-cinq avec ses anciens compagnons, Claire va passer les pires heures de son existence : non seulement les morts vont s'enchaîner, mais de plus, elle recevra à plusieurs reprises la visite des inspecteurs Eric Cellier et Bruno Helgen qui enquêtent sur une série de cambriolages ainsi que celle des cambrioleurs en questions Giuseppe et Pino. Et pour corser le tout, des dizaines de personnes vont s'inviter à la fête, n'arrangeant pas les affaires de Claire qui cherche à faire disparaître le corps de ses amants... Sur un scénario écrit par le réalisateur lui-même ainsi que par Romain Berthomieu (K-Roof en 2002), Serial Lover est donc une comédie noire qui malgré les apparences n'est pas tirée d'une pièce de théâtre ou d'une bande-dessinée. Et pourtant, le lieu quasi-unique (outre la cage d'escalier de l'immeuble) demeurant l'appartement de l'héroïne et l'esthétique ultra coloré des décors et de certains personnages font du premier long-métrage de James Huth une sorte de BD live totalement déjantée qui ne se retient absolument pas lorsqu'il s'agit notamment d'évoquer la mort des divers amants de l'héroïne interprétés par les savoureux Michel Vuillermoz, Zinedine Soualem, Gilles Privat et Antoine Basler...

Avec une énergie folle que n'épargnent malheureusement pas quelques micro ventres mous durant la première moitié du long-métrage, James Huth s'amuse à mélanger comédie noire et enquête policière dans un contexte de fête pré-apocalyptique qui à la fin fera de l'appartement de Claire Doste, le décor idéal d'une œuvre sur la fin du monde. Car le réalisateur ne ménage ni ses personnages, ni les décors éminemment kitsch qui participent à l'étrangeté de l’œuvre. Si dans un premier temps Serial Lover s'avère parfois vidé de toute substance, le film trouve heureusement son rythme de croisière durant la seconde moitié. Et si Michel Vuillermoz et les autres finissent malheureusement par disparaître du récit, d'autres viennent prendre la relève. En effet, parmi les fêtards venus s'amuser à la fête organisée par la sœur de l'héroïne interprétée par Élise Tielrooy, on retrouve notamment Isabelle Nanty, Philippe Vieux et Patrick Ligardes dans le rôles des cambrioleurs mais aussi et surtout, une grande partie des Robins des Bois en les personnes de Jean-Paul Rouve, Pierre-François Martin-Laval, Marina Foïs et Maurice Barthelemy, Élise Larnicol et Pascal Vincent manquant à l'appel. Quant aux deux inspecteurs chargés de mettre la main sur les cambrioleurs qui sévissent actuellement dans le quartier, ils sont interprétés par les excellents Albert Dupontel et Didier Bénureau. À vrai dire, c'est en réfléchissant sur l'humour de chacun des interprètes conviés à la fête que l'on peu même sans avoir encore découvert Serial Lover se faire une petite idée de son contenu...

Le long-métrage de James Huth n'est certes, pas inoubliable. Il n'y a même aucune raison de lui octroyer un quelconque statut d’œuvre culte. Seulement voilà, malgré des défauts d'écriture qui parfois se révèlent gênants, on passe un moment plutôt agréable. Entre le charme de Michèle Laroque et d'Elise Tielrooy, le cynisme d'Albert Dupontel, la présence des Robins des Bois, des cadrages parfois très originaux (certaines contre plongées donnent le vertige) et quelques idées de scénario franchement revigorantes à l'image du cadavre jeté par la fenêtre atterrissant dans une benne à ordures ou Philippe Vieux et Patrick Ligardes réinterprétant a cappella le célèbre standard des Platters ''Only You'', Serial Lover est une comédie noire originale, visuellement soignée accompagnée par la musique de Bruno Coulais, entre rêveries et Cha-cha-cha...

mercredi 21 mars 2018

Sélection de 3 films à voir, à revoir... ou à éviter (8)

Comme promis, je vous propose un article (pas tout à fait) entièrement consacré à la lycanthropie. Aux Loups-garous. A ces grosses bêtes à poils qui lors des nuits de pleine Lune hurlent et dévorent ceux qui ont le malheur de croiser leur route. Le premier long-métrage dont j'aimerais parler est Le Loup-garou de Londres. L'un des meilleurs dans sa catégorie et sans aucun doute, l'un des plus célèbres également. Réalisé par le cinéaste américain John Landis, réalisateur éclectique, auteur de The Blues Brothers, Un Fauteuil pour Deux, Série Noire pour une Nuit Blanche ou encore Cheeseburger Film Sandwich. Si An American Werewolf in London est si réputé, c'est avant tout parce qu'il eut l'insigne honneur de présenter ce qui allait demeurer jusqu'à présent, comme la plus belle transformation d'un homme en loup-garou. Un travail remarquable que l'on doit à l'un des plus grands spécialistes en matière d'effets-spéciaux de maquillage, le new-yorkais Rick Baker. Une scène de quelques minutes seulement mais qui fait définitivement partie de la légende. Une épreuve physique que le spectateur pourra tout autant que la victime de cette malédiction, ressentir dans sa propre chair. Mains, pieds, torse, oreilles, visages, le corps tout entier de l'acteur David Naughton sera recouvert de latex pour les besoins de cette impressionnante transformation. L'ouvrage de Rick Baker marquera tellement les esprits qu'il recevra l'Oscar des meilleurs maquillages en 1982 ainsi qu'un prix similaire à l''Académie des films de science-fiction, fantastique et horreur la même année. Anecdote intéressante : c'est en découvrant le film et la fameuse scène de transformation que le chanteur pop Michael Jackson eut l'idée d'engager John Landis à la réalisation de son clip Thriller. On ne sera d'ailleurs pas étonnés d'apprendre que le maquilleur participa lui-même à la conception des nombreux maquillages parsemant ce clip vidéo anthologique.
Outre l'excellent casting, Le Loup-garou de Londres propose une intrigue simple, ponctuée de moments horrifiques très marquants (le passage dans les landes ou celui situé dans le métro londonien) à d'autres davantage versés dans l'humour. A ce titre, le film peut se targuer d'accumuler des ruptures de ton étonnants et dont l'un des points culminants demeure lorsqu'àprès avoir massacré six personnes au hasard sous sa forme monstrueuse, David fuit le zoo où il s'est réveillé entièrement nu. On passe donc de l'angoisse au rire et ce, grâce à la mise en scène intelligente de John Landis qui ne sacrifie jamais un courant au profit d'un autre. Malgré la différence séparant ces deux genres, il demeure une certaine homogénéité dans la succession de scènes. Outre la transformation, il demeure un autre effet redoutablement efficace se situant dans le personnage incarné par l'acteur Griffin Dunne ( le galérien noctambule de After Hours de Martin Scorsese, c'est lui), lequel, zombifié après avoir perdu la vie au début du film, erre tel un mort-vivant se décomposant à mesure que son personnage apparaît à l'écran. Le Loup-garou de Londres est une excellente réussie qui malgré ses trente-sept ans n'accuse pas son âge. Tout au plus pourrons-nous lui reprocher un manque de rythme lors du passage un 'poil' trop long se déroulant au chevet de David mais à part cela, le film de John Landis est parmi les deux ou trois meilleurs films de loups-garous de toute l'histoire du cinéma fantastique. A découvrir donc pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore. A noter qu'une suite infâme fut réalisée longtemps après par le cinéaste britannique Anthony Waller. Une production franco-britannico-américano-néerlando-luxembourgoise, rien que cela, ce qui n'empêcha pas Le Loup-garou de Paris d'être incroyablement mauvais. A croire que les loups-garous n'étaient pas encore en mesure de s'adapter au climat parisien... ❤❤❤❤❤❤❤💔💔💔

Wolfen quant à lui est un long-métrage un peu à part dans la filmographie consacrée à la lycanthropie puisque davantage que des loups-garous, le récit tourne autour d'une bande de loups s'attaquant aux habitants de New-York, de jour, comme de nuit. À la différence du mythique individu se transformant en animal lors des nuits de pleine Lune, le film propose une relecture laissant supposer que l'on est face à un ou plusieurs individus atteints d'une malédiction proche de celle du Loup-garou de Londres ou de Hurlements. Si dans la forme, Wolfen mêle policier, horreur et fantastique, dans le fond, il s'agit surtout pour le cinéaste Michael Wadleigh de dresser le portrait d'une Amérique colonisée par l'homme blanc. Une terre appartenant autrefois aux amérindiens, lesquels sont désormais symbolisés à travers les créatures qui hantent la ville et vengent l'extermination de leur ancêtres par le sang. Celui de l'homme blanc. L'acte d'expropriation est ici matérialisé à travers des immeubles effondrés, détruits pour qu'y surgisse à la place, de nouveaux ensembles au profit de l'unique homme blanc. Les indiens d'Amérique ayant été déchus de leur biens n'ont plus désormais que leurs coutumes et l'alcool auxquels se raccrocher. Ridiculisé, l'homme blanc génère finalement à lui seul les soupçons tournant autour de l'identité du ou des tueurs. Dewey Wilson (l'acteur Albert Finney) enquête auprès de de la psychologue Rebecca Neff (Diane Venora) sur une série de meurtres dont furent les premières victimes un promoteur immobilier et son épouse. Entre rationalisation des événements et coutumes indiennes ancestrales, Wolfen hésite jusqu'au bout à livrer les clés du mystère. Filmé à la première personne, l'agresseur qui devient par la même occasion invisible aux yeux du spectateur est hypothétiquement décrit comme un loup lors de l'autopsie de l'une des victimes sur laquelle ont été retrouvés des poils. Adapté du roman de Whitley Strieber, The Wolfen, le film de Michael Wadleigh est une intéressante parabole sur le sort accordé aux indiens d'Amérique mais n'oublie pas d'y injecter dans son intrigue, une bonne dose de séquences horrifiques particulièrement convaincantes.
En effet, les scènes gore ne manquent pas, entre membres arrachés et décapitations. En grande partie tourné dans des lieux sinistrés de la ville de New York, une partie de celle-ci a de plus été fermée au public durant le tournage lorsque pour les besoins de l'intrigue, plusieurs loups y ont été lâchés. Parfois mystique, souvent angoissant, jamais ennuyeux, Wolfen livre un message d'humanité sur l'identité et le déracinement. Un classique du genre à redécouvrir d'urgence...❤❤❤❤❤❤❤💔💔💔

Pour terminer, on passe à tout à fait autre chose avec Serial Lover du cinéaste français James Huth. Rien qu'à l’énoncé du titre, on se doute déjà du contenu de ce qui se révèle être une comédie à la tête de laquelle on retrouve l'humoriste et actrice Michèle Laroque. Entourée d'une belle brochette d'acteurs français, elle incarne le rôle de Claire Doste, Directrice des Editions Dangereuses, un peu triste à l'idée de fêter ses trente-cinq ans alors qu'elle n'a pas encore choisi celui de ses ex amants qui partagera sa vie. C'est pour quoi un soir, la jeune femme invite à dîner Charles, Chichi, Hakim et Sacha, les anciens amants en question parmi lesquels se trouve sûrement le futur homme de sa vie. Mais alors que la soirée a débuté depuis un moment, l'un des convives meurt, tué accidentellement par Claire dans la cuisine. Après avoir caché le corps dans le réfrigérateur, Claire doit non seulement composer avec les trois autres mais doit se montrer méfiante car les inspecteurs Cellier et Helgen fouillent au même moment tous les appartements de l'immeuble à la recherche de deux cambrioleurs...
Serial Lover laisse une très étrange impression. Entre le sentiment de s'être fait arnaquer et celui d'avoir passé un moment totalement déjanté en compagnie d'une horde de seconds rôles sympathique, le spectateur a le choix de classer le film James Huth dans le registre du nanar ou de la comédie macabre assumant sa 'Zéditude'. Décors typiques des années quatre-vingt à base de néons et de meubles façon 'Ikea' et comportements étranges de la part de certains interprètes, nul doute que l'on est en présence d'un Objet Filmique Non Identifié. Si la première partie est poussive et donne envie de fuir une œuvre que l'on aura un peu trop tôt fait de considérer comme une niaiserie mal scénarisée, mal dirigée, mais aussi, mal interprétée et lorsque les morts commencent à s'enchaîner et que Michèle Laroque se doit d'assurer malgré la présence inattendue de dizaines d'invités surprises et des très collants inspecteurs incarnés par Albert Dupontel et Didier Bénureau, le film prend une tournure plus sympathique. Au hasard, on retrouve les acteurs Michel Vuillermoz, Zinedine Soualmen, Isabelle Nanty (totalement barrée), ou encore les membres de la troupe des Robins des Bois au complet. Au final, une comédie très, très, très légère mais qui met de bonne humeur. Toutefois, mieux vaut ne pas en abuser...❤❤❤❤❤💔💔💔💔💔

dimanche 12 novembre 2017

Grégoire Moulin contre l'Humanité de Artus de Penguern (2000) - ★★★★★★★☆☆☆



Allez, on respire un grand coup et on se prépare pour les aventures de Grégoire Moulin. Né un vendredi 13, dans la clinique Franz Kafka, là où quelques heures après sa naissance, ses parents se sont entre-tués pour un simple désaccord : Papa voulait faire de son fils un footballeur tandis que maman espérait le voir devenir chirurgien. Depuis, Grégoire n'a pas vraiment été gâté par la vie. Élevé en Bretagne par sa grand-mère et par un oncle alcoolique, il décide un jour de monter à Paris. Seul. Là-bas, il trouve un emploi dans une compagnie d'assurance dont les bureaux donnent juste en face d'un cours de danse. C'est là qu'exerce ses talents la belle Odile Bonheur sous le charme de laquelle Grégoire tombe immédiatement. C'est le coup de foudre. Chaque midi, il déjeune dans le même restaurant qu'Odile, à quelques mètres de sa table, mais n'ose pas l'aborder. Les jours passent. Une semaine, puis deux, et enfin, Grégoire trouve la force de surmonter sa peur. Mais alors qu'il s'approche de la table d'Odile, la jeune femme se lève et part aux toilettes. Grégoire en profite pour lui subtiliser son portefeuille. De retour au travail, il récupère les coordonnées téléphoniques d'Odile dans les affaires qu'il lui a volé et lui passe un coup de fil en lui faisant croire qu'il a trouvé parterre, son portefeuille. Ils conviennent alors d'un rendez-vous en fin de journée afin de lui rendre ses affaires. Mais rien ne va se dérouler comme prévu et Grégoire va vivre la soirée la plus longue et incroyable de son existence...

Grégoire Moulin, c'est l'acteur et réalisateur Artus de Penguern qui à l'occasion de Grégoire Moulin contre l'Humanité réalisait en 2001 son tout premier long-métrage. Plus connu comme acteur que comme cinéaste (sa carrière d'interprète, Artus de Penguern va la démarrer au tout début des années quatre-vingt), il se met donc lui-même en scène dans une comédie fonçant à toute allure. L'affiche elle-même donne une idée assez précise du contenu. Le personnage que crée pour l'occasion Artus de Penguern est la preuve vivante que l'on peut aller très loin par amour. Se mettre dans des situations périlleuses, et braver mille dangers. Mais comme ici, il s'agit ni plus ni moins que d'une comédie, Grégoire Moulin contre l'Humanité est donc l'occasion de rire et de sourire devant une série vertigineuse de situations rocambolesques d'Artus de Penguern lui-même ainsi que de celui de Jérôme L'Hotsky.

Le personnage principal tombe amoureux d'Odile, donc, que la charmante Pascale Arbillot L'Extraterrestre, Espace Détente, Une Pure Affaire, etc...) interprète avec justesse. Un joli professeur de danse classique, un peu gauche et qui n'y voit pas à plus d'un mètre sans ses lunettes. Artus de Penguern dresse une galerie de portraits incroyables partageant pour beaucoup, une même passion : le football. De quoi accentuer tous les stéréotypes qui y sont rattachés car qu'il s'agisse de flics, de voyous ou des supporters concentrés en un amas ds testostérones dans le restaurant où doivent se rejoindre nos deux principaux interprètes, tous révèlent leur côté primaire. Autour de Artus de Penguern et de Pascale Arbillot orbitent les excellents Antoine Duléry (en collègue de travail, supporter de l'équipe de foot parisienne l'O.P), Didier Bénureau en médecin bisexuel traquant Grégoire pendant une bonne partie du film.
Clovis Cornillac en fiancé nerveux quitté par sa petite amie Hélène (Élisabeth Vitali), ou encore le génial Serge Riaboukine en chauffeur de taxi. Minuscule exemples d'une liste de personnages hauts en couleur longue comme le bras. Des flics, des supporters, des garçons-bouchers, un patron de bar (le Penalty), plusieurs collègues de travail, des dizaines de participants à une soirée costumée (où l'on y retrouve un Charles de Gaulle s'en prendre vivement à Adolf Hitler)... enfin, bref, on ne s'ennuie pas un seul instant. C'est con mais, tellement bon. Seize ans auparavant, le cinéaste Martin Scorsese nous proposait son vertigineux et kafkaien After Hours, en 2001, Artus de Penguern nous en proposait une involontaire relecture avec Grégoire Moulin contre l'Humanité. De la belle ouvrage...

mardi 6 décembre 2016

Trop Belle pour Toi de Bertrand Blier (1989)



Grand Prix du Jury en 1989 pour Trop Belle pour Toi de Bertrand Blier. Encore une histoire d'amour singulière pour ce cinéaste qui écrit lui-même le scénario de ses œuvres. Toujours avec une petite touche de cynisme (lorsqu'il n'en jette pas par sauts entiers), le fils de l'illustre Bernard Blier nous conte une histoire encore bouleversante. Peut-être moins évidente pourtant qu'à son habitude par son approche toute particulière. Au cœur de l'intrigue, un triangle amoureux formé par Carole Bouquet, Josiane Balasko, et entre les deux actrices, Gérard Depardieu qui tourne ici pour la cinquième fois aux côtés de Bertrand Blier. Comme pour Beau-Père huit ans plus tôt, les personnages semblent directement s'adresser aux spectateurs, les prenant à témoins du drame qui se noue autour de ce garagiste, époux d'une très belle femme, père de deux enfants, et qui va tomber sous le charme de sa nouvelle secrétaire. Un peu ronde, plutôt fade, c'est pourtant elle que son cœur a choisi. Trop Belle pour Toi démontre avec force que lorsque c'est ce dernier qui parle, rien ne peut s'y opposer. Même la beauté d'une épouse qui finit par désirer être aussi « moche » que l'amante de son mari pour se le réapproprier.

Le traitement du film est résolument moderne. Les flash-back faisant partie intégrante des scènes situées dans le présent des personnages, Blier construit une œuvre au fil d’Ariane qui ne se rompt jamais. L'une des scènes les plus réussies en la matière se situe lors du repas donné par Bernard Barthélémy (Gérard Depardieu) et son épouse Florence (Carole Bouquet) et auquel ils ont convié une dizaine d'amis. Pour ne pas briser l'homogénéité du récit, et lorsqu'il s'agit de remonter au temps de la cérémonie de mariage des deux personnages, il réorganise logiquement le tour de table, les effets personnels (comme la robe de mariée remplaçant la tenue sombre que porte aujourd'hui Florence), mais en conservant une ligne narratrice impeccable. Même le personnage de Colette Chevassu tenu par Josiane Balsako se fond comme par miracle durant les festivités alors même qu'elle et les mariés ne se connaissent pas encore et que sa relation avec Bernard n'aura lieu que quelques années plus tard.

Carole Bouquet, sa grâce, sa beauté, mais aussi sa froideur. Elle que l'on a connu dans un registre bien différent, là voilà blessée, déboussolée, implorant son époux de revenir vers elle. Bertrand Blier offre à Josiane Balasko un rôle bien différent de ceux auxquels elle était habituée jusque là. A l'aube des années quatre-vingt dix, elle passe de la comédie pure au drame. A l'histoire d'amour dont elle est cette fois-ci, la principale interprète. Bien qu'elle est censée y jouer le rôle d'une secrétaire physiquement quelconque, Bertrand Blier a pourtant réussi à mettre tous les atouts de l'actrice en valeur. A dire vrai, elle n'a jamais été plus belle, plus à son avantage que dans Trop Belle pour Toi.

On le sait, Bertrand Blier aime profondément la musique classique. Véritable mélomane, il aurait, dit-on, aménagé une pièce de sa demeure spécialement consacrée à cet objet de culte. Des enceintes et un fauteuil fixés au sol dans des conditions optimales. Qu'il s'agisse de fiction ou de la réalité, ses personnages, en tout cas pour certains, aiment eux, profondément le classique. Comme Patrick Dewaere dans Préparez-vos Mouchoirs, son personnage ne jurant que pour Mozart et personne d'autre. Dans Trop Belle pour Toi, c'est Franz Schubert qui est à l'honneur. Et de quelle manière. Des œuvres bouleversantes qui jouent un rôle primordiale dans le registre de l'émotion. Des messes, des sonates, une valse, tout cela (et d'autres encore) accompagné par la musique additionnelle du composteur Francis Lai.
Un Grand Prix du Jury amplement mérité...

vendredi 3 juillet 2015

Les Visiteurs 2 : Les Couloir du Temps de Jean-Marie Poiré (1998)

 
Maintenant que le Comte Godefroy de Montmirail est parvenu a éviter la mort du Duc de Pouille quelques instants avant le drame il va pouvoir enfin épouser Frénégonde, la fille de ce dernier. Malheureusement pour lui, Jacquouille, en ayant dérobé les bijoux du Duc et en les ayant dissimulé dans la cache secrète d'une église avant de les récupéré dans le vingtième siècle, a empêché que les couloirs du temps ne se referment. De plus, c'est son petit-petit-petit-petit-fillot qui s'est retrouvé projeté neuf cent ans plus tôt à sa place lors du voyage du retour. Le Duc de Pouille se meurt. Jacquard est rattrapé par l'inquisition et risque d'être exécuté sur la place publique. Jacquouille, lui, se trouve toujours en compagnie de sa nouvelle amie, la clocharde Ginette, quand au mariage entre Godefroy et Frénégonde, il ne peut avoir lieu tant que les bijoux n'auront pas retrouvé leur place originelle. C'est ainsi que le Comte retourne voir le magicien Eusebius, celui-là même qui lui donna la potion magique, afin de retourner une fois de plus dans le futur afin de récupérer le biens du Duc de Pouille...

C'est ainsi que débute donc ce second volet des aventures de Godefroy et de son fidèle écuyer Jacquouille. On retrouve les mêmes acteurs que dans le premier volet, certains rôles ayant disparu, Isabelle Nanti et d'autres ne font plus partie du casting. On aurait peut-être aimé voir s'étoffer certains rôles comme celui du Docteur Bovin campé par la savoureux Didier Bénureau. Maire-Anne Chazel, Christian Bujeau et bien évidemment Jean Réno et Christian Clavier font toujours partie du casting, accompagnés cette fois-ci par Claire Nadeau, Philippe Nahon ou encore Jacques François. Clavier campe non seulement les rôles de Jacquard et de Jacquouille mais aussi, désormais, celui de Prosper le purineur. Un nouveau personnage qui aurait mérité d'avoir une plus grande place. Le cinéaste n'a pas oublié l'excellente (mais trop courte) apparition de Jacques François dans Le Père Noël est une Ordure, et lui confie le rôle du mari de Gisèle, interprétée par l'excellente Sylvie Joly. A ce propos, offrir le rôle de Frénégonde/Béatrice à cette immense humoriste aurait sans doute été plus judicieux que de le donner à Muriel Robin, elle aussi très bonne humoriste mais qui ici a bien du mal à nous faire oublier la fameuse Frénégonde interprétée par l'exceptionelle Valérie Lemercier.

Cette dernière d'ailleurs explique son refus de tourner la suite en raison du scénario qu'elle jugeait faible en comparaison de celui du premier épisode. Et comme elle le précisait à juste valeur, il est vrai que Les Visiteurs 2 : Les Couloir du Temps est moins bon. Le rythme y est bien présent et les gags s'enchaînent pourtant très bien. Cependant, ils demeurent plus faibles qu'auparavant. Plus lourds et moins drôles, il accusent le coup. Et l'absence de Valérie Lemercier est un vrai problème. Elle qui interprétait merveilleusement bien les rôles de Frénégonde et surtout celui de Béatrice n'et plus là, donc, et c'est Muriel Robin qui doit relever le défis. Sauf que l'humoriste galère, surjoue et manque de naturel. Elle n'est pas mauvaise, non, disons simplement que son jeu et incomparable à celui de Valérie Lemercier. 


Pour le reste, on retrouve les mêmes ingrédients. Si certains fonctionnent bien ensemble (le choc des cultures et des époques) d'autres tournent un peu en rond (des gags qui ressemblent parfois un peu trop à ceux du premier épisode et un Christian Clavier qui en fait parfois un peu trop). Les Visiteurs 2 : Les Couloir du Temps demeure pourtant une bonne comédie, très bonne même, et à laquelle Jean-Marie fit l'erreur de donner une (fausse) suite, ou plutôt un remake à l'américaine qu'il tourna lui-même avec toujours dans les rôles principaux Jean Réno et Christian Clavier, entourés cette fois-ci d'acteurs et actrices anglo-saxons. Le film fut un bide à tel point que le film faillit cauer la faillite la société de production française Gaumont...

samedi 30 mai 2015

Les Visiteurs de Jean-Marie Poiré (1993)



Alors qu'une curieuse bande-annonce annonçant la sortie du troisième volet consacré aux Visiteurs de Jean-Marie Poiré se promène sur la toile, il serait de bon ton de revenir sur les épisodes précédents, et notamment Les Visiteurs et Les Visiteur 2 : Les Couloirs du Temps, Les Visiteurs en Amérique demeurant jusqu'à aujourd'hui une extension bâtarde qui n'offre pratiquement aucun intérêt. Lorsque sort en 1993 le premier volet de cette future trilogie, on est loin d'imaginer que le film deviendra par la suite aussi culte que des classiques de la comédie française tels que Les Bronzés ou Le Père Noël est une Ordure. Le principe est le même : derrière un scénario plutôt simple, les scénaristes Jean-Marie Poiré et Christian Clavier développent une armada de répliques à l'humour toujours aussi efficaces plus de vingt ans après la sortie du film. L'un des principaux intérêt de cette œuvre est le mélange comédie-fantastique, un genre exploité dans nos contrées dans une petite trentaine de films dont certains ne méritent même pas qu'on les cite (Seul Two et Cinéman pour ne citer qu'eux justement). Les Visiteurs nous conte les aventures du Comte Godefroy de Montmirail dit le Hardi et de son fidèle écuyer Jacquouille, obligés de revenir en arrière dans le temps afin de réparer une erreur qui a coûté la vie du père de celle que devait épouser le Godefroy. A cause d'un oubli (le sorcier chargé de les renvoyer un instant dans le passé oublie d'inclure à a potion des œufs de caille), les deux homme se retrouvent dans le présent, le notre, en 1993 avec tout ce que cela comporte de contraintes. Le choc et terrible. Godefroy et Jacquouille découvrent un mode de vie bien différent du leur et surtout un monde moderne qui provoque chez eux un véritable choc. Ils vont faire la connaissance de Béatrice de Montmirail, la petite petite petite petite petite fillote de Godefroy. Ce qui laisse déjà entrevoir un aperçu des quelques invraisemblances du film, détail que l'on ne retiendra pas forcément étant donné que l'intérêt historique est ici mis au second, voire, troisième plan.

En effet, le voyage dans le temps qui devait amener nos deux homme à réparer l'erreur de Godefroy devait permettre à ce dernier de pouvoir enfin épouser sa promise Frénégonde de Pouille, arrière-arrière-arrière-arrière-grand-mère de Béatrice. Mais la potion les ayant transportés vers une autre direction, et la mort du Duc de Pouille n'ayant pu être réparée, le patronyme de Béatrice, de Montmirail, est une erreur chronologique. Mais répétons-le, ceci n'est qu'un détail.

La force des Visiteurs réside dans son humour donc, et dans le décalage temporel entre le monde moderne dans lequel se retrouvent plongés Jacquouille et Godefroy et l’accoutrement, le caractère et les habitudes de ces deux derniers merveilleusement interprétés par Jean Réno et Christian Clavier. On retrouve Marie-Anne Chazel dans un rôle de clocharde qui rappelle forcément celui de Zezette dans Le Père Noël est une Ordure. Christian Clavier campe également le doublon bourgeois, snob et propre sur lui de Jacquouille dont il est la descendance. On apprécie la présence de Christian Bujeau dans le rôle du dentiste, époux de Béatrice, de celle de Isabelle Nanty en assistante plutôt emmerdante et de Didier Bénureau en Médecin Psychiatre savoureux. Mais celle dont on retient évidemment la performance, c'est Valérie Lemercier qui porte sur ses épaules à elle seule la moitié du film. En bourgeoise sympathique, celle qui campait le rôle de Lady Palace dans la série Palace réitère l'exploit de jouer un rôle similaire avec un naturel déconcertant. On y croit presque dur comme fer, ce qui ne sera malheureusement pas le cas avec la pourtant très drôle Muriel Robin qui reprendra les rôles de Béatrice/ Frénégonde dans la suite mais sans jamais parvenir à nous faire oublier la géniale Valérie Lemercier.
Avec un budget de cinquante millions de francs, le film attira plus de treize millions de télépectateur dans les salles obscures. Le film remporta la première place au box-office français l'année de sa sortie et fut nommé huit fois aux César. C'est finalement Valérie Lemercier qui remporta le précieux trophée dans la catégorie Meilleure Actrice dans un Second Rôle...
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