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samedi 2 novembre 2024

Cycle Les Charlots: les bidasses s'en vont en guerre de Claude Zidi (1974)



A force de passer leur temps au trou, Gérard, Jean, Phil et Jean-Guy sont encore à l'Armée, scrupuleusement surveillés par le sergent Bellec qui ne cesse de leur infliger des corvées. Sujets d'une très jolie lieutenante et psychologue, ils passent des tests et obtiennent d'elle que leurs supérieurs fassent preuve d'affection en leur donnant des responsabilités. Le sergent Bellec propose alors à la lieutenante de leur confier une tâche à l'antenne de secourisme militaire. Là, les quatre compagnons vont servir de cobayes afin de faire découvrir aux citoyens les méthodes médicales employées par l'Armée.
Maintenant que la lieutenante-psychologue est repartie, Bellec renvoie les Charlots en prison. Le dimanche suivant, le colonel lui demande de leur confier le remplissage du poêle à fioul de sa luxueuse demeure. Mais rien ne va se dérouler comme prévu et pour punir les quatre soldats, Bellec va à nouveau renvoyer Gérard, Jean, Phil et Jean-Guy en prison. Ceux-ci vont cependant parvenir à s'enfuir grâce à l'aide involontaire d'un camionneur et vont se réfugier dans une ferme prisée par l'Armée et que la plantureuse propriétaire refuse d'abandonner. Mais très vite, le colonel et ses subalternes décident de lancer l'assaut. C'est ainsi que les Charlots choisissent de défendre la ferme et ses occupants face l'armée qui avance sur eux...

Un an seulement après Le Grand Bazar et trois ans après Les Bidasses en Folie, le cinéaste Claude Zidi et les acteurs-chanteurs-humoristes, Jean-Guy Fechner, Gérard Filipelli, Gérard Rinaldi et Jean Sarrus se retrouvent à nouveau pour cette suite désignée sous le titre Les Bidasses s'en vont en guerre. On retrouve donc le quatuor affublé de treillis et cette fois-ci obligé de passer sous la tondeuse. Coiffés courts, Jean Sarrus porte pour la toute première fois à l'écran une moustache qu'il ne quittera plus. Le film a partiellement été tourné en Côte d'Or et le bâtiment censé représenter une caserne militaire est en fait un établissement scolaire situé dans la ville de Dijon.

Comme pour son prédécesseur, Les Bidasses s'en vont en guerre est une accumulation de gags lourds et parfois foireux mais dans l'ensemble, le film s'en sort relativement bien et demeure supérieur aux Bidasses en Folie. Outre les Charlots et l'irremplaçable Jacques Seiler dans le rôle du sergent Bellec, on peut voir l'actrice Myriam Boyer dans celui de la fille de paulette, la propriétaire de la ferme.
Plus encore que pour le premier opus, cette suite s'en donne à cœur joie dans les scènes cultes inoubliables. Même si elles ne volent pas toujours très haut, on se souvient encore des nombreuses scènes situées en prison, du bivouac des Charlots (avec sur le dos d'immenses sacs à dos), du champ de tir, des tests effectués par la psychologue sexy (l'actrice Heidy Bohlen), de la revue de paquetage, de la longue scène durant laquelle nos quatre amis sont chargés de remplir le poêle à fioul et des dégâts que cela va générer, et bien sur, de la scène confrontant l'Armée, les Charlots et les villageois.

La bande originale est toujours assurée par les Charlots eux-mêmes. On peut entendre une référence au cinéaste Claude Chabrol au moment où une speakerine annonce la diffusion de son film Les Innocents Aux Mains Sales. A savoir que Les Bidasses s'en vont en guerre est en fait le second volet d'une trilogie qui se clôturera huit ans plus tard avec Le retour des Bidasses en Folie cette fois-ci réalisé par Michel Vocoret...


lundi 6 mai 2024

Die Hinrichtung (Né pour l'enfer) de Denis Héroux (1976)) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Die Hinrichtung ou Né pour l'enfer du réalisateur québécois Denis Héroux est une œuvre étrange. Intrigante. Intéressante. Et pourtant si peu passionnante... si l'on en écoute certains... Sorti six ans avant que Ted Kotcheff ne réalise le film culte Rambo dans lequel Sylverster Stallone incarnait un ancien béret vert de retour dans son pays et dans lequel il se frottait au shérif d'une petite bourgade du nom de Hope, Espoir... Tu parles d'un nom pour une ville qui accueille ses héros l'arme au point... De manière réductrice, Die Hinrichtung est étrillé et souvent considéré comme simple film d'horreur. Terme reflétant moins le côté graphique du long-métrage que le sentiment que ressentirent sans doute ces jolies infirmières prises en otages par un ancien combattant du Viêt-nam qui de retour à la vie civile semble avoir laissé derrière lui une partie de sa cervelle lors du conflit qui opposa sa nation, l'Amérique, à ce pays en forme de S et long de mille six-cent cinquante kilomètres du nord au sud... L'un comme l'autre débarquent vêtus de kakis et portent en bandoulière leur paquetage. Le premier apprendra la mort de l'un de ses compagnons d'arme avant d'être traqué durant tout le récit par le shérif de Hope, Will Teasle (l'acteur Brian Dennehy). Tandis que le second développera une obsession pour une huitaine de jeunes infirmières installées dans une maison de Belfast où l'Armée républicaine irlandaise (plus communément appelée IRA) lutte à l'époque contre la présence britannique sur le sol irlandais ! ''Born for Hell'' (''Né pour l'enfer'') tatoué sur le devant du bras gauche, Cain attend de pouvoir prendre un prochain bateau en partance pour son pays mais d'ici là, il va devoir trouver de quoi se loger et se nourrir. Personnage hautement ambigu, dont les sourires parfois inattendus ne rassurent absolument pas sur son état mental, marqué par la guerre, le jeune homme fait partie de ceux qui furent tellement traumatisés par ce qu'ils vécurent que leur retour à la vie normal est devenu presque impossible... Co-production Germano-franco-italo-canadienne, Né pour l'enfer n'a pas très bonne réputation. Et ce, pour de mauvaises raisons. Non pas que le film soit suffisamment monstrueux pour servir de repoussoir mais celui-ci semble rencontrer quelques soucis d'ordre technique.


Comme sa mise en scène assez mollassonne et son écriture au rabais. Car en effet, le héros est d'un attentisme qui trahit la faiblesse du scénario de Géza von Radványi, F.G. Ranger et Fred Denger. Et pourtant, il demeure avec le film du réalisateur québécois, un je ne sais quoi de fascinant qui n'appartient en général qu'à ces œuvres plus ou moins obscures que l'on (re)découvre sur le tard. Celui-ci en fait partie. On pourrait même oser pousser le bouchon un peu plus loin que la seule référence au long-métrage de Ted Kotcheff en comparant Né pour l'enfer avec l'un des plus grands traumatismes du cinéma d'horreur. En effet, sous certaines entournures, et bien qu'ici le personnage demeure plus ''volubile'' que ne le sera sept ans plus tard le psychopathe du film culte de Gerald kargl, Schizophrenia (dans le rôle du tueur, l'acteur autrichien Erwin Leder y sera tout simplement impressionnant), les deux œuvres ont plus de points en communs qu'elles n'y paraissent. Portrait sans doute moins glauque et glaçant que celui de ce tueur qui ne s'exprimera qu'en voix-off, Né pour l'enfer n'en est pas moins porté par l'étrange incarnation de l'acteur allemand Mathieu Carrière dont les changements d'attitude et d'humeur permanents empêchent une lecture concrète du personnage jusqu'à ce qu'il décide finalement de s'introduire dans la maison que partagent les infirmières afin de les violer et de les assassiner. Un peu de nudité et de sang mais surtout, une galerie d'interprètes féminines dont une partie auront connu ou connaîtront une véritable carrière d'actrice. On pense notamment à l'américaine Debra Berger mais aussi plus proche de nous aux françaises Myriam Boyer et Christine Boisson ou à la canadienne Carole Laure. Notons également dans le rôle de l'infirmière Catherine, l'actrice germano-autrichienne Eva Mattes qui un an plus tard croisera la route du géniallissime réalisateur allemand Werner Herzog, lequel lui offrira l'un des trois principaux rôles de La Ballade de Bruno. Le long-métrage de Denis Héroux n'est pas anodin. S'inscrivant dans son époque, le film laisse un curieux sentiment. Entre malaise, épouvante, rejet et fascination. Mais ça, c'est pour celles et ceux qui comme moi apprécieront. Pour les autres, tant pis pour eux...

 

mercredi 5 octobre 2022

C'est Magnifique de Clovis Cornillac (2022) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

 

J'imagine que je ne suis pas un cas isolé. Que dans l'entourage de n'importe quel fan de cinéma, il est des amis ou de simples connaissances qui ponctuellement lui conseillent de découvrir tel ou tel film. Une conversation qui se termine toujours inlassablement par la même phrase : ''Ça a l'air sympa. Faudrait que je le vois...''. Ou : ''Promis, je me le mets de côté pour le week-end prochain'...'. Mais combien de fois tenons-nous vraiment nos promesses ? Ça n'est évidemment pas de la mauvaise volonté ni de la mauvaise foi mais encore faut-il avoir le temps de jongler entre ceux qui attendent depuis des lustres et ceux que l'on nous recommande. Et puis, il y a ces longs-métrages qui servent à remplir des trous. Ceux que l'on n'a pas spécialement envie de voir mais dont le propos s'agite si bien devant notre nez que l'on finit par se laisser tenter. À première vue, C'est magnifique a tout pour ressembler à un ersatz du Fabuleux destin d'Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet. Cette beauté angélique et surannée des décors (pour celles et ceux qui connaissent, ça ressemble tout d'abord à du Belle et Sebastien revu à la sauce apiculture!) et cette naïveté qui n'existe que dans les contes les plus fantaisistes. Je ne m'en étais pas aperçu à l'époque, en 2017, mais Belle et Sébastien 3 : Le Dernier Chapitre que ma chère et tendre, ma belle-fille Clémentine et moi avions vu sur grand écran par ERREUR (humpf, j'ai quand même des doutes, n'est-ce pas Clem... ?) était déjà l’œuvre de Clovis Cornillac. N'étant pas un fan de l'acteur ni de ce film relativement mièvre, C'est magnifique aurait pu directement passer à la trappe sans passer par la case ''projection'' ! L'interprétation de celui qui s'y offre d'ailleurs le rôle principal est comment dire... Mince, je ne parviens pas à trouver les mots justes... Pitoyable ? Invraisemblable ? Clovis Cornillac y est terriblement et tout simplement... mauvais ! À moins qu'il ne s'agisse de sa propre direction d'acteur qui elle aussi est aux fraises. Ou plutôt, aux hibiscus... dont son personnage, un quarantenaire qui vit auprès de ses parents dans les montagnes, cultive la fleur. Oui mais voilà. Maman et papa Feuillebois décèdent dans un stupide accident (un arbre tombe sur le toit de leur cabane). Héritier d'une somme d'argent importante, Pierre quitte le milieu rural et arrive en ville sans avoir jamais connu autre chose que la montagne et ses parents. Un chèque de quarante-mille euros en poche et un vieil appartement comme acquisition, Pierre a tout à apprendre de la vie. Lui qui découvre en outre qu'il fut adopté. Totalement égaré dans un monde qui lui est tout à fait étranger, il va heureusement pour lui faire la connaissance d'Anna Lorenzi. Une ancienne alcoolique à laquelle a été retirée la garde de sa fille Lize (Manon Lemoine). Une jeune femme prête à tous pour récupérer la garde de la gamine...


C'est magnifique, c'est un peu comme une préparation culinaire que l'on placerait dans un four et qui mettrait presque une heure avant de ressembler à quelque chose de gourmand. Le principal soucis de ce long-métrage que l'acteur/réalisateur a également écrit en compagnie de Lilou Fogli, Tristan Schulmann est le personnage central lui-même. C'est bien simple, on n'y croit pas une seule seconde. Et pourtant, ça n'est pas faute d'avoir essayé de retrouver mon âme d'enfant, mais rien n'y fait. Clovis Cornillac n'est absolument pas crédible dans le rôle de ce quarantenaire à qui il reste encore tout à apprendre ! Oh, des idées, C'est magnifique en fourmille. Et pas que des mauvaises. Mais le fait est que la seule présence de l'acteur dans la peau de cet homme infiniment plus naïf que le plus innocent des hommes grille toutes les cartouches de cette comédie pourtant sincère. C'est alors que le miracle a lieu. Mais encore faut-il avoir le courage de tenir pendant une heure. Soixante minutes ou presque lors desquelles la crédulité du personnage de Pierre Feuillebois ne prend pas. Ce qui sauve le film, et même, le transforme en petit miracle de poésie, c'est la présence à l'image de l'actrice Alice Pol dont on pourrait pourtant s'agacer de la cadence avec laquelle la jeune femme multiplie les rôles au cinéma depuis quelques années. Elle, mais surtout son personnage. Anna Lorenzi, qu'elle interprète parfois avec une déconcertante gravité pour cette actrice habituée aux rôles en général, plutôt légers. C'est magnifique qui jusque là aurait mérité d'être renommé en ''C'est pathétique'' se mue en conte déjà nettement plus maîtrisé. Voilà que dans sa dernière demi-heure, le film mérite enfin de porter son titre (contrairement au Brillantissime de Michèle Laroque qui de la première à la dernière seconde aura su demeurer insignifiant). On est enfin touché en plein cœur par le personnage d'Anna, confrontée aux problèmes administratifs, à certaines autorités (Véronique Kapoyan dans le rôle de Mme Sennac est délicieusement exaspérante), mais aussi, l'on prend conscience de la grande humanité de certains personnages secondaires à l'origine étouffés par le jeu invraisemblable de Clovis Cornillac. On pense notamment à Gilles Privat dans le rôle du travesti Doria. Et d'autres, auxquels l'on n'aimerait certainement pas se frotter (Laurent Bateau dans le rôle de l'immonde commissaire Marc Rocher). Clovis Cornillac offre à la grande actrice Myriam Boyer le rôle de Félicie Fontaine, la mère supposée du héros. Et puis, de manière inattendue, l'univers prend corps et sens et réussi nous enchanter... C'est magnifique, c'est donc une heure à n'y croire pas un seul instant et une dernière demi-heure absolument remarquable. Dans la balance, malheureusement, celle-ci ne fait presque pas le poids et ce qui aurait pu devenir un grand classique de la comédie poétique française est entaché par deux premiers tiers quasiment imbuvables. Quel dommage...

samedi 17 novembre 2018

T'aime de Patrick Sébastien (1999) - ★★★★★★★☆☆☆



Le voici donc, l'unique long-métrage de l'animateur, humoriste, chanteur et imitateur Patrick Sébastien sur lequel tant d'internautes, de spectateurs et de critique ont déversé leur bile. Sans doute, parmi eux, l'on en trouve qui ne l'ont même pas vu, prenant surtout plaisir à gerber sur l’œuvre de Patrick Sébastien avec un minimum de pudeur mais avec un luxe de cruauté. Cela faisait des années que je rêvais de le revoir. Oui, vous avez bien lu : RE-voir.... Lorsque l'on regarde pour la seconde fois un long-métrage, même bien des années après la première projection, ça veut forcément dire quelque chose. Que l'objet en question n'est pas si mauvais que certains le prétendent. De toute manière, qu'on le considère réussi ou bien mauvais, T'Aime subit les mêmes foudres que n'importe quel film ayant été réalisé depuis les débuts du cinéma. Ou plutôt, depuis que les critiques existent. Mais avec un regain de haine qu'il demeure toujours aussi peu évident à s'expliquer. A moins qu'il ne s'agisse de ce même ressentiment qui anime certains hommes et certaines femmes qui ont décidé depuis maintenant plus de trente ans de faire de Patrick Sébastien leur souffre-douleur.

T'Aime mérite-t-il de se prendre autant d'insultes qu'il existe de mots pour les exprimer? Certainement pas, non. Et son auteur, encore moins. La démarche étant sans doute la même que celle qui fut la sienne lorsqu'il intervint onze ans plus tard sur le plateau de On n'est pas Couché, l'émission de Laurent Ruquier, en prononçant cette phrase : « Ça fait dix minutes que vous parlez et vous n'avez pas dit une seule fois le mot 'amour' », Patrick Sébastien n'a sans doute pas gagné des voix du côté de ses détracteurs. Mais dans quel monde tu vis Patrick ? Les valeurs que tu prônes, si belles et naïves soient-elles, ne sont pas une monnaie d'échange valide dans cette cage dorée que sont les médias. Conserve ton opinion pour toi seul même si certains la partagent, et tu vivras mieux.
Maintenant que cela fait dix-neuf ans qu'on a injustement massacré son œuvre, Patrick Sébastien ne se cache désormais plus derrière la caméra. Tout juste ose-t-il, pour le plus grand plaisir de ses admirateurs, se montrer dans quelques longs-métrages au demeurant forts réussis (Monsieur Max et la Rumeur, L'Affaire de Maître Lefort, Une chance sur Six, tous les trois réalisés par Jacques Malaterre). Quant à sa carrière de réalisateur, elle semble définitivement compromise. C'est dommage, d'autant plus qu'en matière de scénarii, Patrick Sébastien a également fait ses preuves.

Mais revenons sur l'objet du délit qui contrairement à ce que certains incultes ont osé affirmer, ne mérite pas le même sort que les affligeants Le Jour et la Nuit de Bernard Henri Levy, Brillantissime de Michèle Laroque (la pauvre) ou Mme Mills, une Voisine si Parfaite de Sophie Marceau qui, pour le coup sont d'horribles gâchis. D'ailleurs, aux propos que certains ont tenus, nous pourrions les contraindre de changer d'avis s'ils avaient seulement vu le dixième des navets que les vrais cinéphages que nous sommes ont sans doute visionné durant l'exercice de leur passion. T'Aime est donc le seul et unique long-métrage réalisé par Patrick Sébastien. Dans l'hexagone, le film est un bide lors de sa sortie fin avril 2000. Après un tournage de deux mois entre septembre et octobre 1999, le film n'attire finalement qu'un peu plus de 28 300 spectateur. Ce qui, au prix d'une place de ciné ne rembourse par le budget initial de 20 000 000 de francs (3 140 000 euros). Unanimes, les critiques s'empressent de juger T'Aime de naïf, mièvre, grotesque, simpliste, infantile, stéréotypé, ou encore, pathétique. Des termes qui forcément, n'ont pas motivé les foules à se déplacer dans les salles et qui alors préférèrent sans doute rester devant leur petit poste de télévision à regarder cette semaine là l'émission de Julie Snyder (qui ça?), Vendredi, c'est Julie.

L’œuvre de Patrick Sébastien nous conte l'histoire d'un simple d'esprit prénommé Zef qui un jour viole la jeune Marie. Incapable de différencier le bien du mal, le jeune homme de vingt ans est enfermé dans un institut psychiatrique où il reste prostré et mutique. Le docteur Hugues, en charge de guérir Marie du traumatisme qu'elle a subit, tente une méthode innovante en confrontant alors la victime à son « innocent » bourreau... Jusqu'ici tout va bien. L'idée développée par Patrick Sébastien est plutôt encourageante. Mais alors... qu'est-ce qui a bien pu pousser la critique et le public à rejeter T'Aime en masse ? Naïf, son film l'est indéniablement. Mais parce que le film est ainsi fait que si l'existence n'était pas aussi abrupte, et si elle n'était que naïveté, ce mot n'existerait même pas. Patrick Sébastien, l'homme de télévision que l'on jugeait de vulgaire fut un temps, n'aurait-il pas le droit d'exprimer simplement ses sentiments à travers une œuvre qui au delà d'une certaine puérilité se révèle être en réalité un message d'espoir et d'amour ? Un peu vain, certes, mais j'en suis certain, profondément sincère. Tout comme ce personnage qu'il incarne. Un poète, idéaliste et optimiste qui, comme le souligne le titre du film qui n'est pas que le seul hommage rendu au personnage de Zef, prône l'amour comme unique traitement capable de sortir le jeune homme et la délicieuse Marie de leur torpeur. Dommage que derrière l'écriture et la mise en scène de Patrick Sébastien certains n'aient rien vu d'autre que de la vacuité. Jean-François Balmer, Annie Girardot, Michel Duchaussoy, Miriam Boyer, Jean-François Derec, ou bien deux des principaux interprètes, Samuel Dupuy et Marie Denarnaud ont fait confiance à Patrick Sébastien et lui ont confié leur talent. Alors pourquoi pas nous ? Pourquoi ne pas se laisser glisser, se laisser happer par une histoire toute simple, mais belle et généreuse ? Signé par un autre, T'Aime aurait sans doute connu un sort plus enviable. En réalité, le film est loin d'être cette chose que les critiques d'un jour s'amusèrent à noter ironiquement de plusieurs étoiles avant de se foutre de sa gueule. Pourtant, il serait indécent de n'y voir que des bons côtés. Indécent, et passionné (partial?). Car oui, T'Aime est miné par quelques défauts qui forcent la comparaison avec tout ce qu'on a pu dire sur lui. Esthétiquement, l’œuvre de Patrick Sébastien a suivit la mauvaise voie en choisissant de le projeter sur grand écran alors qu'il aurait dû n'être destiné qu'au petit. Quant à la partition musicale, elle oscille entre comptines déviantes plutôt convaincantes et mélodies surannées parfois imbitables.

Tourné à Martel, petite commune du Sud-Ouest de la France où a élu domicile l'acteur-réalisateur scénariste, Patrick Sébastien s'offre un cadre magnifique et des interprètes de talent (Annie Girardot y est, à l'occasion, bouleversante). Un récit qui presque vingt ans après sa sortie continuera à émerveiller ceux qui l'ont aimé à l'époque, et que d'autres perpétueront à dénigrer. Choisissez votre camp...

lundi 10 septembre 2018

Les Vieux Fourneaux de Christophe Duthuron (2018) - ★★★★★★★★☆☆




Lorsque l'on entre dans une salle de cinéma, c'est dans la nature humaine de choisir un film en fonction du nom du réalisateur, des interprètes, ou bien même de l'histoire. Concernant Les Vieux Fourneaux (inspiré de la bande dessinée franco-belge du même nom de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet), il devient très vite évident que le choix du spectateur s'est tout d'abord porté sur le noms des acteurs. Et même si le récit tourne autour de trois vieux compagnons, le spectateur pourra élargir son champ d'intérêt non pas seulement autour de Pierre Richard, d'Eddy Mitchell ou de Roland Girault, mais également de Myriam Boyer et de Henri Guybet. L’œuvre de Christophe Duthuron, dont il s'agit ici de la première réalisation pour le grand écran, même s'il est avant tout centré sur ses trois principaux personnages, peut être vu comme un hommage à une partie de la vieille garde du cinéma français à une époque où le jeunisme est roi. Lequel sera ici uniquement incarné par l'actrice Alice Pol qui dans le cadre, se fond plutôt bien. Ici, il ne faudra chercher d'originalité que dans la réunion de trois acteurs qui n'avaient jamais joué ensemble. Car tout commence comme dans bon nombre de longs-métrages.
Un enterrement. Celui de Lucette, épouse d'Antoine. C'est l'occasion ou jamais pour Mimile et Pierrot de retrouver celui qu'il avaient perdu de vue depuis des années. L'occasion également de sortir Mimile de sa maison de retraite et d'écarter pour un moment le réactionnaire Pierrot de sa routine de délinquant à la petite semaine s'en prenant au système en bouchant notamment les serrures des institutions capitalistes !


Malgré l'âge de ses interprètes, Les Vieux Fourneaux est un souffle d'air relativement frais qui ne fait pas l'impasse sur une catégorie des spectateurs en ne visant que les plus jeunes d'entre eux. La preuve que même les anciens ont encore des choses à raconter même s'ils n'ont plus rien à prouver depuis longtemps. A commencer par Pierre Richard qui retrouve le personnage qu'il se façonna durant le courant des années soixante-dix. Celui du Distrait, de Je sais rien, Mais je dirai Tout... un doux rêveur. Un gaffeur. Mais réactionnaire avant tout, n'hésitant jamais à dire ce qu'il pense des institutions, surtout lorsqu'il s'agit des politiques, de l'Armée, ou de l’Église. Le cheveu fou, le regard myope, et cette éternelle capacité à s'agiter comme si les années n'avaient pas de prise sur lui, il mène la danse avec brio, nous replongeant très loin en arrière. Le Pierre Richard que l'on aime et qui s'était peut-être un peu effacé au bénéfice d'une interprétation non moins excellente (le superbe Un Profil pour Deux de Stéphane Robelin).

A ses côtés, Eddy Mitchell. Le chanteur. L'acteur, surtout. Qui oserait oublier le Nono de Coup de Torchon de Bertrand Tavernier, Albert Grelleau de La Totale de Claude Zidi, Gérard Tilier, de Le Bonheur est dans le Prè d’Étienne Chatiliez, ou encore (oserais-je), Frank du cultissime nanar Frankenstein 90 d'Alain Jessua ? Mais aussi, qui a vraiment envie de se rappeler du navrant L'Oncle Charles, signé lui aussi par Étienne Chatiliez ? Ici, il incarne le personnage de Mimile, un individu que l'on considérerait presque d'anecdotique en comparaison de ses deux compagnons, certains critiques ayant fait l'amalgame entre son interprétation forcément moins volubile que celle de Pierre Richard ou Roland Girault, et la mollesse de son personnage. Une évidence pourtant si l'on considère qu'Eddy Mitchell y incarne un personnage ayant moins bien vieilli que ses deux comparses.


 Et puis, en face de ces deux excellents interprètes, Roland Girault. Le Pierre de Trois Hommes et un Couffin de Coline Serreau, ou le personnage principal de La Vie dissolue de Gérard Floque de Georges Lautner pour ne citer que ces seuls exemples. Un acteur rare. N'apparaissant plus que très ponctuellement sur grand écran.

Les Vieux Fourneaux n'est pas qu'un prétexte pour réunir ces trois monolithes du septième art. C'est également l'occasion pour Christophe Duthuron de nous offrir une comédie émouvante, et surtout largement plus poétique que celles dont nous abreuve un cinéma français qui en la matière s’appauvrit dangereusement depuis quelques années malgré quelques coups d'éclats (Tout le Monde Debout de et avec Franck Dubosc, Le retour du Héros de Laurent Tirard tous deux sortis cette année). Le cinéaste possède cette capacité d'offrir aux spectateurs, autant d'occasions de rire que de verser des larmes. Et c'est là, alors, que le scénario entre en jeu. Car ce qui n'aurait pu être qu'un road movie pour club du troisième âge se transforme en un conte magnifiquement mis en images (quelques merveilleux effets visuels accompagnent le sujet), et surtout interprété par quelques seconds rôles au moins aussi importants que les trois cités plus haut. Henri Guybet, dans la peau de Garan-Servier, un drôle de personnage libidineux, sénile, mais ô combien attachant. Puis celle que l'on regrettera de n'avoir pas vu plus longtemps à l'écran : l'actrice Myriam Boyer, qui dans le rôle de Berthe, portera en partie sur ses épaules la douloureuse responsabilité d'une tragédie qui aura marqué tout un village avant d'émouvoir une salle de cinéma toute entière... Un petit bijou de tendresse où le rire et l'émotion se mêlent merveilleusement bien...



mardi 6 décembre 2016

Trop Belle pour Toi de Bertrand Blier (1989)



Grand Prix du Jury en 1989 pour Trop Belle pour Toi de Bertrand Blier. Encore une histoire d'amour singulière pour ce cinéaste qui écrit lui-même le scénario de ses œuvres. Toujours avec une petite touche de cynisme (lorsqu'il n'en jette pas par sauts entiers), le fils de l'illustre Bernard Blier nous conte une histoire encore bouleversante. Peut-être moins évidente pourtant qu'à son habitude par son approche toute particulière. Au cœur de l'intrigue, un triangle amoureux formé par Carole Bouquet, Josiane Balasko, et entre les deux actrices, Gérard Depardieu qui tourne ici pour la cinquième fois aux côtés de Bertrand Blier. Comme pour Beau-Père huit ans plus tôt, les personnages semblent directement s'adresser aux spectateurs, les prenant à témoins du drame qui se noue autour de ce garagiste, époux d'une très belle femme, père de deux enfants, et qui va tomber sous le charme de sa nouvelle secrétaire. Un peu ronde, plutôt fade, c'est pourtant elle que son cœur a choisi. Trop Belle pour Toi démontre avec force que lorsque c'est ce dernier qui parle, rien ne peut s'y opposer. Même la beauté d'une épouse qui finit par désirer être aussi « moche » que l'amante de son mari pour se le réapproprier.

Le traitement du film est résolument moderne. Les flash-back faisant partie intégrante des scènes situées dans le présent des personnages, Blier construit une œuvre au fil d’Ariane qui ne se rompt jamais. L'une des scènes les plus réussies en la matière se situe lors du repas donné par Bernard Barthélémy (Gérard Depardieu) et son épouse Florence (Carole Bouquet) et auquel ils ont convié une dizaine d'amis. Pour ne pas briser l'homogénéité du récit, et lorsqu'il s'agit de remonter au temps de la cérémonie de mariage des deux personnages, il réorganise logiquement le tour de table, les effets personnels (comme la robe de mariée remplaçant la tenue sombre que porte aujourd'hui Florence), mais en conservant une ligne narratrice impeccable. Même le personnage de Colette Chevassu tenu par Josiane Balsako se fond comme par miracle durant les festivités alors même qu'elle et les mariés ne se connaissent pas encore et que sa relation avec Bernard n'aura lieu que quelques années plus tard.

Carole Bouquet, sa grâce, sa beauté, mais aussi sa froideur. Elle que l'on a connu dans un registre bien différent, là voilà blessée, déboussolée, implorant son époux de revenir vers elle. Bertrand Blier offre à Josiane Balasko un rôle bien différent de ceux auxquels elle était habituée jusque là. A l'aube des années quatre-vingt dix, elle passe de la comédie pure au drame. A l'histoire d'amour dont elle est cette fois-ci, la principale interprète. Bien qu'elle est censée y jouer le rôle d'une secrétaire physiquement quelconque, Bertrand Blier a pourtant réussi à mettre tous les atouts de l'actrice en valeur. A dire vrai, elle n'a jamais été plus belle, plus à son avantage que dans Trop Belle pour Toi.

On le sait, Bertrand Blier aime profondément la musique classique. Véritable mélomane, il aurait, dit-on, aménagé une pièce de sa demeure spécialement consacrée à cet objet de culte. Des enceintes et un fauteuil fixés au sol dans des conditions optimales. Qu'il s'agisse de fiction ou de la réalité, ses personnages, en tout cas pour certains, aiment eux, profondément le classique. Comme Patrick Dewaere dans Préparez-vos Mouchoirs, son personnage ne jurant que pour Mozart et personne d'autre. Dans Trop Belle pour Toi, c'est Franz Schubert qui est à l'honneur. Et de quelle manière. Des œuvres bouleversantes qui jouent un rôle primordiale dans le registre de l'émotion. Des messes, des sonates, une valse, tout cela (et d'autres encore) accompagné par la musique additionnelle du composteur Francis Lai.
Un Grand Prix du Jury amplement mérité...

vendredi 19 février 2016

Le Bruit des Glaçons de Bertrand Blier (2010)



Écrivain, alcoolique, divorcé et père d'un enfant, Charles Faulque noie sa solitude et son chagrin dans l'alcool. Son quotidien, il le vit dans une immense bastide, entouré de Louisa, sa gouvernante, et d'une jeune prostituée rencontrée à Paris, Evguenia. Matin, midi et soir, Charles boit. Principalement du blanc, mais parfois, aussi, du rouge. Il traîne sa carcasse en robe de chambre entre terrasse et piscine.
Un jour, il reçoit la visite d'un étrange personnage qui se présente comme étant son cancer. Imposant sa présence à l'écrivain, ce dernier lui colle aux basques, jusque dans son intimité. Les deux hommes vont converser, et c'est aux côtés de son cancer qui lui annonce sa mort prochaine que Charles Faulque prend conscience de l'importance de vivre.

Bientôt apparaît Carole, l'ex-épouse de Charles, et leur fils Stanislas. Mais aussi la silhouette beaucoup plus inquiétante du cancer de Louisa qui annonce à cette dernière qu'au mieux, elle perdra un sein, et qu'au pire, elle mourra...

Dernier film à ce jour du cinéaste Bertrand Blier, fils du célèbre acteur Bernard Blier, avant le prochain prévu pour cette année, Le Bruit des Glaçons est celui que l'on n'espérait peut-être plus. Après deux ou trois films mineurs dans la carrière d'un cinéaste qui nous a tout de même offert des œuvres monumentales (Buffet Froid pour ne citer que l'une d'entre elles), revenait donc en 2010 avec un film aux dialogues ciselés et écrits sur mesure pour les acteurs Jean Dujardin et Albert Dupontel. Un homme et son cancer. Un duo pour un dialogue d'un peu moins d'une heure trente. Mais pas seulement. Autour d'eux, Anne Alvaro, Audrey Dana pour la touche féminine, qu'autour de l'une l'une d'entre elles gravite l'inquiétante Myriam Boyer en cancer.

Ce qui prévaut avant tout, c'est l'excellence de l'interprétation. Sans elle, l’œuvre n'est rien. Un scénario et un dialogue écrits de mains de maître par le cinéaste lui-même, coutumier du fait depuis des lustres. Le Bruit des Glaçons aurait pu se contenter de n'être qu'un exercice de style barbant mais se révèle bien plus que cela.
Derrière le cynisme bien connu de Bertrand Blier se cache un hommage émouvant au Patriarche Bernard, le grand, l'immense acteur mort lui-même d'un cancer de la prostate que ses proches préférèrent lui cacher. Et pour ceux qui en douteraient encore, il suffit simplement de se remémorer la dernière scène précédent le générique de fin.
Le Bruit des Glaçons est aussi une manière d'aborder un sujet délicat sans passer par les sempiternels gimmicks larmoyants. Blier fait de son œuvre un spectacle drôle et sombre à la fois. Une vision peu commune d'une maladie considérée comme une compagne qui suit sa proie jusque dans sa tombe. Le Bruit des Glaçons est parfois désespéré, mais jamais désespérant. Toutefois, il faudra adhérer au style si particulier de l'auteur de Préparez vos Mouchoirs, Tenue de Soirée ou Merci la Vie qui propose ici une œuvre tout à la fois complexe et épurée. Une pièce de théâtre à ciel ouvert dans un décor unique et splendide, admirablement interprétée par les solides Jean Dujardin et Albert Dupontel, et par la touchante Anne Alvaro.

Loin du réalisme un peu trop systématique du cinéma d'aujourd'hui dans lequel le social se veut de plus en plus présent, Bertrand Blier pond un ovni surréaliste mêlant drame et fantastique. Poésie, désenchantement et sursaut d’orgueil. Un hymne à la Vie, à l'Amour, et un majeur pointé en direction de la Mort...



samedi 13 septembre 2014

Série Noire de Alain Corneau (1979)



Franck Poupart, petit VRP de banlieue minable et sans envergure traîne sa silhouette dans une cité urbaine et froide de la région parisienne.Affublé d'un imperméable et d'une valise renfermant les articles qu'il propose à ses clients, il vit de récipients et de petits méfaits dont celui d'arnaquer son patron, Staplin (interprété par l'immense Bernard Blier), auquel il "empreinte" régulièrement de l'argent en piquant dans la caisse de la petite entreprise de vente par correspondance.

Le soir, après le boulot, il retrouve sa femme dans leur petite maison de quartier, une demeure aussi dégingandée que le couple dont l'existence morne et sans attraits se lit sur le visage de Jeanne, sa femme.Une femme qui en a marre de vivre dans des conditions indécentes et qui après une nouvelle dispute avec Franck, le menace de le quitter, ce qu'elle fera d'ailleurs très vite, lui laissant comme simples souvenirs, une garde robe minutieusement tailladée à grands coups de ciseaux, un grand lit vide aux draps souillés d'une encre bleue et des toilettes bouchées à l'aide des propres vêtements de Franck.Autant dire que la situation semble grave mais aussi désespérée.
Poupart fait la connaissance d'une certaine Mona, jeune fille de 17 ans qui vit sous le toit d'une tante qui n'hésite pas à la "vendre" en échange de menus services pour quelques instants de plaisir. Franck ne fait pas exception à la règle et après avoir sonné à la porte de la vieille femme, il est invité à partager la couche de Mona en échange d'une robe de chambre molletonnée. Face à la jeunesse de la jeune fille, Poupart préfère quitter les lieux et ne pas abuser d'elle. Cette dernière se jette à son cou convaincue qu'il sera en mesure de lui venir en aide. Franck lui fait la promesse de revenir la voir avant de partir, ce qui donnera lieu, plus tard,  à une relation d'Amour toute particulière entre le VRP et la gamine.

Le patron de Poupart fait appel à un ami policier pour confondre Poupart au sujet de ses magouilles et le fait enfermer en prison afin de le faire réfléchir sur son comportement. Libéré après que Staplin ait récupéré la totalité de l'argent volé, Poupart se demande qui a bien pu le rembourser et de retour chez lui, après avoir constaté le désordre laissé par sa femme, il aperçoit Mona en face de sa petite maison, l'invite à pénétrer chez lui et comprends vite que c'est elle qui a remboursé son patron. Il apprend très vite aussi que cet argent, Mona l'a volé à sa tante et, détail intéressant, que cette dernière possède un immense magot chez elle.

Franck alors imagine un plan pour mettre la main sur l'argent de la vieille...

Alain Corneau, le réalisateur de "Série Noire" offre à l'incroyable Patrick Dewaere l'un de ses plus grands rôles mais aussi l'un de ses plus désespérés. Dans un cadre austère, celui d'une banlieue parisienne triste ou le soleil ne brille que très rarement, Patrick Dewaere donne la pleine mesure de son talent et on y croit. On n'envie absolument pas la vie de ce personnage quelconque et anecdotique, ni celle de sa femme ou encore de cette pauvre Mona (campée par Marie Trintignant) qui se prostitue selon les désirs d'une tante abjecte. Le film crée une sensation de malaise et ne prête en aucun cas au sourire. Patrick Dewaere attire la sympathie malgré un comportement vis à vis de sa femme déplorable car malgré tout, son désir d'aider la jeune Mona, quitte à donner de sa personne, en fait un homme appréciable. Bernard Blier, égal à lui même, campe un patron aux méthodes répréhensibles surtout lorsqu'il comprends que Poupart est lié à une affaire plutôt louche et dont les bénéfices l'intéressent au plus haut point. Marie Trintignant, elle, est parfaite dans son rôle de jeune fille désabusée et à l'innocence perdue, enfermée dans un mutisme désespérant et qui verra en Poupart SON héros. Myriam Boyer, qui campe le personnage de Jeanne, la femme de Franck, semble très à son aise dans ce registre malgré un sujet difficile et des scènes sans aucun doute vécues par les acteurs comme une expérience marquante...

Un très bon film, noir, profond, intense mais avant tout extrêmement sombre.......
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