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lundi 6 mai 2024

Die Hinrichtung (Né pour l'enfer) de Denis Héroux (1976)) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Die Hinrichtung ou Né pour l'enfer du réalisateur québécois Denis Héroux est une œuvre étrange. Intrigante. Intéressante. Et pourtant si peu passionnante... si l'on en écoute certains... Sorti six ans avant que Ted Kotcheff ne réalise le film culte Rambo dans lequel Sylverster Stallone incarnait un ancien béret vert de retour dans son pays et dans lequel il se frottait au shérif d'une petite bourgade du nom de Hope, Espoir... Tu parles d'un nom pour une ville qui accueille ses héros l'arme au point... De manière réductrice, Die Hinrichtung est étrillé et souvent considéré comme simple film d'horreur. Terme reflétant moins le côté graphique du long-métrage que le sentiment que ressentirent sans doute ces jolies infirmières prises en otages par un ancien combattant du Viêt-nam qui de retour à la vie civile semble avoir laissé derrière lui une partie de sa cervelle lors du conflit qui opposa sa nation, l'Amérique, à ce pays en forme de S et long de mille six-cent cinquante kilomètres du nord au sud... L'un comme l'autre débarquent vêtus de kakis et portent en bandoulière leur paquetage. Le premier apprendra la mort de l'un de ses compagnons d'arme avant d'être traqué durant tout le récit par le shérif de Hope, Will Teasle (l'acteur Brian Dennehy). Tandis que le second développera une obsession pour une huitaine de jeunes infirmières installées dans une maison de Belfast où l'Armée républicaine irlandaise (plus communément appelée IRA) lutte à l'époque contre la présence britannique sur le sol irlandais ! ''Born for Hell'' (''Né pour l'enfer'') tatoué sur le devant du bras gauche, Cain attend de pouvoir prendre un prochain bateau en partance pour son pays mais d'ici là, il va devoir trouver de quoi se loger et se nourrir. Personnage hautement ambigu, dont les sourires parfois inattendus ne rassurent absolument pas sur son état mental, marqué par la guerre, le jeune homme fait partie de ceux qui furent tellement traumatisés par ce qu'ils vécurent que leur retour à la vie normal est devenu presque impossible... Co-production Germano-franco-italo-canadienne, Né pour l'enfer n'a pas très bonne réputation. Et ce, pour de mauvaises raisons. Non pas que le film soit suffisamment monstrueux pour servir de repoussoir mais celui-ci semble rencontrer quelques soucis d'ordre technique.


Comme sa mise en scène assez mollassonne et son écriture au rabais. Car en effet, le héros est d'un attentisme qui trahit la faiblesse du scénario de Géza von Radványi, F.G. Ranger et Fred Denger. Et pourtant, il demeure avec le film du réalisateur québécois, un je ne sais quoi de fascinant qui n'appartient en général qu'à ces œuvres plus ou moins obscures que l'on (re)découvre sur le tard. Celui-ci en fait partie. On pourrait même oser pousser le bouchon un peu plus loin que la seule référence au long-métrage de Ted Kotcheff en comparant Né pour l'enfer avec l'un des plus grands traumatismes du cinéma d'horreur. En effet, sous certaines entournures, et bien qu'ici le personnage demeure plus ''volubile'' que ne le sera sept ans plus tard le psychopathe du film culte de Gerald kargl, Schizophrenia (dans le rôle du tueur, l'acteur autrichien Erwin Leder y sera tout simplement impressionnant), les deux œuvres ont plus de points en communs qu'elles n'y paraissent. Portrait sans doute moins glauque et glaçant que celui de ce tueur qui ne s'exprimera qu'en voix-off, Né pour l'enfer n'en est pas moins porté par l'étrange incarnation de l'acteur allemand Mathieu Carrière dont les changements d'attitude et d'humeur permanents empêchent une lecture concrète du personnage jusqu'à ce qu'il décide finalement de s'introduire dans la maison que partagent les infirmières afin de les violer et de les assassiner. Un peu de nudité et de sang mais surtout, une galerie d'interprètes féminines dont une partie auront connu ou connaîtront une véritable carrière d'actrice. On pense notamment à l'américaine Debra Berger mais aussi plus proche de nous aux françaises Myriam Boyer et Christine Boisson ou à la canadienne Carole Laure. Notons également dans le rôle de l'infirmière Catherine, l'actrice germano-autrichienne Eva Mattes qui un an plus tard croisera la route du géniallissime réalisateur allemand Werner Herzog, lequel lui offrira l'un des trois principaux rôles de La Ballade de Bruno. Le long-métrage de Denis Héroux n'est pas anodin. S'inscrivant dans son époque, le film laisse un curieux sentiment. Entre malaise, épouvante, rejet et fascination. Mais ça, c'est pour celles et ceux qui comme moi apprécieront. Pour les autres, tant pis pour eux...

 

vendredi 24 mars 2017

Le Passage de René Manzor (1984) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Le passage est le premier long-métrage du cinéaste et scénariste français René Manzor, né en 1959, et surtout frère de Francis Lalanne, le chanteur, et de Jean-Félix... Lalanne également, auteur et compositeur de la bande musicale du long-métrage qui nous intéresse ici ainsi que de celles des trois autres films que son frère à réalisé jusque là. Souvent, et à juste titre, considéré comme un véritable nanar, Le Passage est effectivement une œuvre relativement décevante. En partie produite par Alain Delon, qui pour ne pas changer fait encadrer son nom lors du générique afin de bien se faire distinguer des autres, et par Daniel Champagnon et Francis Lalanne, interprète de la chanson du générique de fin et plus gros succès de son auteur, l’œuvre de René Manzor est l'une des rares incartades françaises dans le domaine du cinéma fantastique à l'époque.
Et tout comme la plupart de ceux qui s'y sont essayé jusque là, le cinéaste français pond une œuvre qui ne laissera sans doute pas de souvenir impérissable dans l'esprit collectif des amateurs de fantastique et de science-fiction. La présence d'Alain Delon au générique (le personnage principal Jean Diaz, c'est lui) n'étant pas forcément un gage de qualité, on ne comptera pas non plus sur l'interprétation de Christine Boisson et Jean-Luc Moreau pour nous convaincre qu'il s'agit là d'une réussite en la matière.

Le pitch est simple : Jean Diaz, auteur reconnu, a abandonné toute idée de tourner à nouveau ce pourquoi il est célèbre. Véritable prodige de l'animation, il conserve toujours un script auquel il n'a jamais donné suite. Personne jusqu'à maintenant n'a réussi ou tenté de le convaincre de reprendre là où il s'était arrêté. Il va pourtant recevoir un « coup de pouce » inattendu en la personne de la Faucheuse. La Mort elle-même en effet va provoquer un accident qui plongera David, le fils de Jean, dans le coma. La mort plane au dessus du lit d’hôpital et si Jean veut que son fils vive, il doit accepter de se remettre au travail et de réaliser un dessin animé avertissant de la fin du monde à venir. Jean accepte et se retrouve isolé dans un lieu connu de la seule Mort. Pour la famille et l'entourage du dessinateur, celui est bel et bien mort durant l'accident qui a plongé David dans le coma. Mais lorsque ce dernier se réveille enfin, il tente de convaincre sa mère Catherine que Jean est bien vivant...

Alain Delon en souffrance. Alain Delon en pleures. Mais comment y croire ? J'ai bien essayé, mais ne l'ai jamais trouvé convaincant. Le premier long-métrage de René Manzor souffre d'un manque terrible de savoir-faire. Tout comme la bande musicale composée par son frère Jean-félix, prônant le minimalisme tout en tentant d'investir le cœur des spectateurs. Il est évident que certains n'en ressortiront pas indemnes, les enfants en premiers. A l'âge où l'on ne regarde pas encore dans le détail. Dans cette Mort caricaturale au possible. Dans ces décors atrocement laids. Dans ce récit mal mené. Aussi mal interprété. Le Passage a terriblement vieilli alors même qu'il manquait déjà de maturité. De celle à laquelle auraient pu prétendre les adultes bien sûr, et non pas les enfants dont certains devaient sans doute être confrontés pour la première fois à la Mort telle qu'on avait l'habitude de la personnifier. L’œuvre se veut cruelle, et quelque part l'est-elle sans doute, mais aucune émotion ne parcourt ce dédale froid et lugubre qui sépare le père de son fils. Même les retrouvailles, point d'orgue du récit, tombent à plat.
C'est d'autant plus dommage que le film est parfois parcouru de magnifiques animations toutes de noir et blanc dessinées. On en regretterait presque que René Manzor n'ait pas choisi de faire de son Passage une œuvre intégralement animée...
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