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samedi 8 août 2026

Les Seins de Glace de Georges Lautner (1974) - ★★★★★★★☆☆☆



On peut comprendre de la part de certains que la critique ne soit pas au diapason de la mise en scène d'un Georges Lautner qui quittait ici, quelque peu son domaine de prédilection. Parmi eux, sans doute, ceux qui auraient aimé voir dans cet intriguant Les Seins de Glace, davantage d'action, des règlements de compte, quelques explosions et tirs par armes à feu, ou encore une enquête minutieuses et des dialogues aiguisés. Mais non... la voie qu'entreprend l'auteur de La Grande Sauterelle, des Tontons Flingueurs ou du Guignolo est celle du thriller psychologique. Du drame. Et donc, bien évidemment, Les Seins de Glace est dénué de tout ce à quoi nous avait habitué Georges Lautner. Alors oui, certains se sentirent-ils sans doute bafoués... mais en dehors de ces considérations castratrices, le vingt-deuxième long-métrage de l'un des cinéastes les plus importants du cinéma français (si l'on ne tient pas compte de sa participation au film à sketchs Les Bons Vivants en 1968) est une remarquable plongée au cœur d'un récit formé autour d'un étrange triangle « amoureux ».
A commencer par François Rollin, incarné par un Claude Brasseur cabotin dont la présence heureuse désamorce un climat délétère et dont le jeu réjouira tout ceux qui auraient pu se désespérer de ne voir en ces Seins de Glace, qu'une œuvre nihiliste, une ode à la noirceur.. La présence de ce personnage apporte un souffle d'air pur à un long-métrage faisant parfois l’apanage au mystère pesant qu'entretiennent les deux autres principaux interprètes, Mireille Darc et Alain Delon.


La première interprète Peggy Lister, que François, l'écrivain, croise un jour sur une plage de la Côte d'Azur. C'est le coup de foudre. Il la suit, la colle, malgré elle. Alain Delon, lui, incarne Marc Rilson, ami et avocat de Peggy. Mais alors que François tente de séduire Peggy, qui finira par accepter la présence de l'écrivain à ses côtés, des meurtres sont commis, les victimes étant toutes des proches de la jeune femme. C'est lors d'une conversation avec l'avocat de Peggy que François apprend que la jeune femme a séjourné dans un hôpital psychiatrique après avoir tué son mari alors que l'écrivain pensait jusque là qu'elle était divorcée. Pourtant, ces aveux n’entachent rien à la relation qu'ils entretiennent. Mieux : François propose à Peggy de venir s'installer chez lui...


Distillant autant de mystère que Jacques Deray avec son excellent Un Papillon sur l’Épaule réalisé en 1978 et principalement interprété par Lino Ventura sans que personne n'ait eu cette fois-ci l'idée de critiquer l'approche du cinéaste français, Les Seins de Glace diffuse un étrange parfum, parfois à la limite de l'épouvante, mais sans jamais atteindre le degré de folie du génial Mort un Dimanche de Pluie que Joël Santoni réalisa en 1986. Proche également du genre « giallo » cher au cinéma transalpin, l’œuvre de Georges Lautner n'est pas le film au charme vieillissant des années soixante-dix que tout le monde semble clamer, même s'il conserve bien évidemment l'esthétique de ce cinéma passéiste. Mireille Darc y est aussi séduisante que bouleversante dans ce rôle inhabituel. Tout comme Alain Delon d'ailleurs, froid et distant, dont la personnalité est difficile à définir au point que le spectateur vienne à doute des origines de celui qui tue autour de François et de Peggy.
Bien sûr, Les Seins de Glace n'est pas tout à fait exempt de défauts. Quelques invraisemblances viennent émailler le récit et le montage se montre parfois très aléatoire.
Mais la force du long-métrage de Georges Lautner se contient dans le principe même de sortir du carcan un peu trop étriqué du mélange comédie/policier auquel il nous a habitué avec une régularité de métronome. Et puis, Les Seins de Glace, c'est aussi l'occasion d'être convié à l'une des fins les plus tragiques et belles que le cinéma des années soixante-dix nous ai offert...

jeudi 2 novembre 2023

Le battant d'Alain Delon (1983) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

La différence entre Jean-Paul Belmondo et Alain Delon est presque aussi fondamentale que celle qui différencie les Rolling Stones et les Beatles. Chaque camp de fans à suffisamment de munitions pour justifier son amour, sa passion ou son rejet pour l'un ou l'autre de ceux que l'on considérait dans les années quatre-vingt comme les deux acteurs français les plus populaires. Mais qui des deux est comparable au groupe de rock originaire de Londres et quel autre est équivalent à celui de Liverpool ? La réponse est bien moins ardue qu'elle n'en a l'air. Jean-Paul Belmondo joua dans la même catégorie que le groupe de Paul McCartney et John Lennon tandis que le rock nettement moins aventureux de Mick Jagger ou de Keith Richards que la pop des ''Quatre garçons dans le vent'' peut être comparé au jeu souvent monolitique d'Alain Delon. Il suffit de comparer ce que l'une et l'autre de nos anciennes stars du cinéma français ont produit il y a quarante ans pour s'en convaincre. Et même, quel meilleur exemple que de confronter Borsalino et sa suite Borsalino and Co. de Jacques Deray pour se rendre compte que l'absence de Jean-Paul Belmondo dans le second est clairement responsable d'une très nette baisse de qualité. Produit, écrit, réalisé et interprété par Alain Delon, Le battant se situe très exactement au centre d'une filmographie qui passe d'un cinéma plutôt ambitieux (celui de Luchino Visconti, de Jean-Pierre Melville, de Pierre-Granier Deferre) à celui beaucoup plus terre à terre, du cinéma d'action de type thriller à la française. Troisième et dernier long-métrage qu'il mettra lui-même en scène, Le battant s'inscrit donc dans la lignée de Pour la peau d'un flic qu'il réalisa deux ans auparavant, de Parole de flic de José Pinheiro ou de Ne réveillez pas un flic qui dort, lesquels peuvent être considérés comme une sorte de trilogie. Des œuvres précédent quelques sympathiques nanars à la française, comme Le passage de René Manzor, Dancing Machine de Gilles Béhat ou le plus culte d'entre tous, Le jour et la nuit de Bernard-henry Levy ! Nous sommes en 1983 et Alain Delon passe la barrière qui sépare le flic du voyou pour incarner Jacques Darnay, un type qui vient tout juste de passer huit années en prison pour un vol de bijoux et le meurtre de leur propriétaire. Très rapidement, l'ancien taulard est suivit par des gangsters qui cherchent à mettre la main sur le butin que Darnay est censé avoir planqué quelque part. En outre, il est dans le viseur du commissaire Rouxel (excellent Pierre Mondy) qui le soupçonne lui aussi d'avoir mis les bijoux à l'abri.



Les gangsters font le vide autour de Darnay. Ils s'en prennent tout d'abord à son ami Pierre Mignot (Michel Beaune) puis à son ancienne compagne Clarisse (Marie-Christine Descouard). Il est temps pour l'homme de mettre un terme à toute cette histoire. Sans argent ou presque, Darnay reprend contact avec son vieil ami Gino Ruggieri (François Périer) qui s'est totalement reconverti et a abandonné le Milieu. Ce dernier le loge, lui avance quarante-mille francs et lui met un flingue entre les main... Le battant est l'occasion pour Alain Delon de réemployer l'actrice Anne Parillaud qu'il révéla véritablement dans Pour la peau d'un flic après que la jeune actrice ait interprété quelques rôles dont celui de Patricia Cook dans le film érotique Patricia, un voyage pour l'amour de Hubert Frank en 1981. Elle interprète la maîtresse de Gino Ruggieri qui très vite, la mettra dans le lit de Darnay. Notons que dans les rôles des gangsters, nous retrouvons notamment Gérard Hérold, Jean-François Garreaud ou encore Richard Anconina qui la même année que son rôle dans Tchao Pantin, incarne ici une petite frappe qui finira une balle dans le genou ! Le battant est typique du jeu ''delonéen'' des années quatre-vingt. Impersonnel, froid, sans émotion. Presque robotique et machinal qui ne s'explique pas seulement au travers des huit années qu'a passé le protagoniste qu'interprète Alain Delon en prison. Ce besoin permanent qu'a l'acteur de s'incarner dans des personnages durs, un brin machos et imperturbables mais aussi et surtout, dénués de toute fantaisie. Moins aventureux que son alter ego Jean-Paul Belmondo, Alain Delon n'échappe par exemple pas à ses ennemis, lui, en passant par les toits de Paris ! Meurtres, trahison, amour, voici les thèmes abordés dans cette œuvre emprunte d'un certain classicisme qui ne perdra pas les fans de l'acteur dans les limbes d'un récit par trop complexe. C'est du tout cuit et ce, dès les premiers instants. En effet, on ne perd pas son temps à se demander qui sont les ennemis de Darnay et la conclusion s'impose comme une évidence. Anne Parillaud est délicieuse et se dévêt une fois de plus après son rôle de Charlotte dans Pour la peau d'un flic . La partition musicale est composée par Christian Dorisse qui par la suite n’œuvrera plus pour le cinéma. L'adaptation sur grand écran du roman éponyme d’André Caroff reste au final un sympathique film pour quiconque supporte l'arrogance naturelle de son principal interprète...

 

samedi 13 mars 2021

Les Granges Brûlés de Jean Chapot (1973) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Jarre... Jean-Michel Jarre... Contrairement à son père Maurice qui composa énormément de bandes originales pour le septième art (Docteur Jivago de David Lean en 1965, Jésus de Nazareth de Franco Zeffirelli en 1977, Liaison Fatale d'Adrian Lyne en 1987, etc...) durant sa prolifique carrière, Jean-Michel Jarre n'en aura écrite qu'une seule pour le second des deux seuls longs-métrage que réalisera Jean Chapot pour le grand écran après La Voleuse en 1966. Les Granges Brûlées sera la seconde et dernière rencontre entre Simone Signoret et Alain Delon deux ans après La Veuve Couderc de Pierre Granier-Deferre en 1971. Le film sort deux ans plus tard, en 1973, année de sortie d'un autre long-métrage mettant en scène un autre grand interprète français, l'acteur Jean Gabin. L'Affaire Dominici de Claude Bernard-Aubert ressemble d'ailleurs étonnamment au long-métrage de Jean Chapot. Même contexte rural, austère et renfermé sur lui-même. Famille identique, d'un côté le patriarche et de l'autre, la matriarche. Deux enquêtes policière survenant après des cas d'homicides à la différence de quoi, la première concerne le cas véritable de Sir Jack Drummond, de son épouse Anne Wilbraham et de leur fille Elizabeth assassinés tous les trois près de la ferme des Dominici située dans la commune de Lurs dans les Basses-Alpes. La seconde, elle, concerne une jeune femme dont le corps a été retrouvé près de sa voiture (comme le couple d'anglais et leur fille d'ailleurs) située non loin de la ferme des Cateux. Autre différence fondamentale entre les deux longs-métrages, celui de Jean Chapot n'est par contre pas inspiré d'un fait divers authentique mais se base sur le scénario de Jean Chapot, de Frantz-André Burguet et Sébastien Roulet...


Comparé à La Veuve Couderc, Les Granges Brûlées ne joue pas sur le terrain du jeu de la séduction entre ses deux principaux protagonistes mais davantage sur le choc qui est perçu de ces mœurs que partagent les habitants de cette région où fut tourné le film de Jean Chapot. C'est d'ailleurs le réalisateur lui-même qui choisit le cadre de la Grange Brûlée, lieu réel mis au pluriel pour une question de droits. Quelques séquences viennent appuyer cette impression comme celle durant laquelle le réalisateur pose sa caméra au beau milieu d'une fête de village où lors d'une traditionnelle fête d'anniversaire que partagent plusieurs habitants et au milieu de laquelle trône la toujours impressionnante Simone Signoret. Matriarche contrainte de composer entre une belle-fille ayant toutes les apparences de la jeune fille volage (et je reste poli) en la personne de Monique qu'interprète Miou-Miou qui n'a débuté sa carrière au cinéma que deux ans auparavant et son fils Paul, rejeton alcoolisé et fortement soupçonnable campé par un Bernard Le Coq plutôt convaincant. On retrouve également Paul Crochet dans le rôle de Pierre Cateux, l'époux de Rose, la matriarche, celle de Jean Bouise en journaliste, Christian Barbier en capitaine de police et même Catherine Allégret dans le rôle de Françoise Cateux, fille à l'écran et dans la vie de Simone Signoret...


L'austérité qui se dégage de ces Granges Brûlées provient de la distance qui se crée naturellement entre cette famille de paysans apparemment rustres, les villageois, et ceux de la ville majoritairement représentés par la figure autoritaire que symbolise le personnage du juge Pierre Larcher qu'interprète Alain Delon. Afin de mieux renforcer la rudesse de cette existence en milieu rural, le film est tourné en plein hiver, le village et ses alentours étant recouverts d'un épais manteau de neige. Par opposition à la rusticité des lieux, Jean-Michel Jarre qui a quitté le Groupe de recherches musicales deux ans auparavant signe une bande originale électronique et expérimentale à mille lieux de son premier véritable album qui sortira trois ans plus tard en 1976, le phénoménal Oxygène. Si Les Granges Brûlées n'a sans doute pas la force de La Veuve Couderc (le sujet ne se prêtant pas au même type d'émotion), le couple Simone Signoret/Alain Delon y demeure cependant intact...

 

dimanche 6 août 2017

Attention, les Enfants Regardent de Serge leroy (1978) - ★★★★★★★☆☆☆



1992, Andrew Birkin, cinéaste britannique et frère de la chanteuse jane Birkin offre un rôle à sa nièce, Charlotte Gainsbourg dans son magnifique mais néanmoins glaçant Cement Garden. 1976, le cinéaste uruguayen Narciso Ibáñez Serrador réalise son avant, avant-dernier long-métrage ¿Quién puede matar a un niño? Connu chez nous sous le titre Les Révoltés de l'an 2000. 1982, c'est au tour du cinéaste américain Ed Hunt de réaliser le film Les Tueurs de l'éclipse. Drame, anticipation, épouvante. Si ces trois genres n'ont pas ou peu de rapport entre eux, il abordent cependant chacun à leur façon la thématique de l'enfance. Mais certainement pas celle de contes de fées. Entre l'ambiance un brin morbide du premier qui voit de jeunes adolescents cacher la mort de leurs parents pour ne pas être séparés, l'île n'abritant que des enfants tueurs d'adultes du second, et les trois gamins du dernier qui pour fêter leur dixième anniversaire décident de commettre des meurtres, le rapport semble étroit tout en demeurant évident.
Angleterre, Espagne, États-Unis. La france n'aura pourtant pas attendu bien longtemps avant d'aborder le sujet, un peu à la manière de Narciso Ibáñez Serrador, avec le long-métrage du français Serge Leroy (l'excellent auteur de La Traque et du Quatrième Pouvoir), Attention, les Enfants Regardent. Un message d'alerte à l'attention des parents ? Certainement. Sauf qu'apparemment, ces derniers n'ont pas retenu la leçon. Il suffit de regarder l'état de notre jeunesse, abreuvée de violence et de sexe sans aucun restriction morale. Le meurtre, prochaine étape ?

Et pourquoi pas ? Les personnages de Serge Leroy dont le cinéaste s'inspire proviennent du roman écrit à quatre mains par les écrivains américains Peter L. Dixon et Laird Koenig. Marlène (Sophie Renoir (que l'on a pu notamment découvrir dans l'excellente série pause-Café), Dimitri, Boule et Lætitia sont apparemment de jeunes enfants équilibrés quoique un peu turbulents et capricieux. Laissés à l'abandon par leurs parents dans la grande demeure de deux d'entre eux, c'est la bonne, Avocados, qui est chargée de prendre soin d'eux. Les quatre lui en font voir de toutes les couleurs jusqu'à ce que le pire arrive. Alors que tout le monde prend un bain de soleil, les enfants profitent du sommeil d'Avocados pour la 'jeter' à la mer. Mais la domestique ne sachant pas nager, elle finit par se noyer.
Ne reste plus aux enfants qu'à trouver un subterfuge afin de faire croire à leur entourage (familles et voisins) que qu'Avocados vit toujours s'ils ne veulent pas être séparés. Dans un premier temps, si tout se déroule comme prévu, l'arrivée d'un intrus va tout bouleverser. Un étranger en la personne d'Alain Delon qui nous avait rarement offert un personnage aussi antipathique. Un ogre, qui de surcroît n'aime pas les enfants. Une lutte acharnée entre un individu sûr de sa supériorité physique et de son autorité face à quatre enfants désirant reprendre le contrôle de leur destinée.

Attention, les Enfants Regardent, c'est l'apprentissage déviant de ces gosses se nourrissant à longueur de journées de films policiers où les morts tombent les uns après les autres. Sans adultes pour les protéger et pour leur imposer des limites, ils vont commettre l'irréparable. Entre homicide involontaire et meurtre planifié d'avance, les voilà rentrant de plein fouet dans le monde des adultes. Serge Leroy réalise une œuvre d'anticipation qui fait honneur au cinéma français. Rare incartade dans le genre, son œuvre est une excellente surprise. Peut-être pas aussi forte que celle de l'uruguayen cité plus haut, mais certainement pas anecdotique non plus. De plus, on a droit à un Alain Delon relativement flippant. Ce qui est assez rare pour être noté. Serge Leroy, un cinéaste intéressant à suivre dont la filmographie n'aura malheureusement été émaillée que de onze longs-métrages en vingt-ans de carrière...

jeudi 1 juin 2017

Airport 79 (Airport 80) de David Lowell Rich (1979) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Décidément, ce pauvre Joe Patroni (personnage interprété à quatre reprises par l'acteur George Kennedy) n'a pas eu de chance avec les voyages aériens. Après avoir essuyé plusieurs catastrophes aériennes, cet ancien chef de la sécurité (Airport), vice président d'une compagnie aérienne (747 en Péril) et chef des opérations de sauvetage (Les Naufragés du 747), le voici désormais aux commandes d'un Concorde flambant neuf. Exit les vieux modèles de boeing 707 et 747. Désormais, c'est à bord d'un avion de ligne supersonique capable de voler à une vitesse légèrement supérieure à deux fois celle du son. L'embarquement des passagers se fait attendre. 28 minutes à partir du générique du début, auxquelles il faut aouter neuf minutes supplémentaires pour enfin voir le Concorde s'envoler. Autant de temps à nous présenter des personnages secondaires amusants. Le saxophoniste consommant de l'herbe dans de fortes proportions, l'équipe de gymnastes russes dont un « gros bébé » est accompagné de son adorable petite fille muette, et dont l'une des athlète est éprise d'un très séduisant américain. La réconciliation américano-soviétique serait-elle en marche ? Exit aussi la jeune fille malade, remplacée désormais par une glacière renfermant le cœur destiné à la greffe d'un enfant d'à peine dix ans. Georges Kennedy, toujours au rendez-vous et unique rescapé des trois autres volets de la saga catastrophique Airport, c'est lui qui tient désormais les commandes de l'avion de ligne dans le rôle du commandant Joe Patroni.
Si Airport 80 est bien d'origine américaine, il compte dans ses rangs la présence de l'acteur français Alain Delon, véritable star chez nous, et à l'époque premier acteur français ex-aequo avec l'autre monstre sacré du cinéma français des années quatre-vingt spécialisé dans le film d'action, Jean-Paul Belmondo. Il est amusant de noter que le titre français présenté ci-dessus diffère très légèrement de l'original. Aux États-Unis, le film est en effet sorti sous le titre de Airport 79 et si un changement a té effectué en chemin sur le sol français, c'est avant tout en rapport avec sa date de sortie. Imaginez : Airport 80 sortant chez nous le 19 décembre 1979 et continuant sa route sur les écrans de cinéma l'année suivante, soit en 1980, avec un titre se référant à l'année qui vient de s'écouler et non plus celle en cours, cela aurait sans doute nuit à l'image du film de David Lowell Rich qui pourtant déjà, sentait un peu le renfermé.

Alain Delon a beau faire... le beau... devant la caméra, et George Kennedy déployer tout le capital sympathie qu'il a acquis au prix de nombreuses incarnations au cinéma, Airport 80 paraît plus âgé qu'un autre film de catastrophe aérienne sorti, lui, huit ans plus tôt (Alerte à la Bombe). Cependant, l'une des grandes forces du films est d'avoir mêlé une intrigue en marge du sujet central de la saga afin de justifier la constitution en deux actes du long-métrage. Au cœur d'une machination perpétrée par un ingénieur concevant des armes de guerre pour l'armée américaine mais également pour des pays n'étant pas en odeur de sainteté avec le pays qui le nourrit, l'acteur Robert Wagner. Découvert par sa maîtresse, la journaliste Maggie Whelan (Susan Blakely), cette dernière menace de tout révéler à la presse. Une proposition forcément inconcevable pour l'ingénieur Kevin Harrison qui va alors tout mettre en œuvre pour que le vol à destination de Paris disparaisse des radars avant l'arrivée.

Pour mettre un terme en forme d'apothéose à la saga des Airport, David Lowell Rich propose non pas une catastrophe, mais deux. On suppose donc assez vite, et compte-tenu de la vitesse à laquelle arrive à son terme la première, que tout est à recommencer. Des missiles, et un fantôme armé jusqu'aux dents vont éprouver les nerfs et le facultés des deux commandants de bord. Jusqu'à cet atterrissage en douceur n'ayant fait aucune victime. Mais alors qu'il reste trois quart d'heure de métrage, on se doute que le Concorde, son équipage et ses passagers n'ont pas fini d'en baver... Jusqu'à un final aussi improbable que ridicule, d'ailleurs. Airport 80 se laisse regarder sans véritable déplaisir. Il fallait de toute manière conclure cette saga. Et si David Lowell Rich ne le fait pas de la meilleurs des manières, on se laisse bercer par une intrigue qui pourtant, au bout de quatre longs-métrages, a façonné des spectateurs rompus à l'exercice des dangers aériens proposés par le cinéma américain des années soixante-dix...

vendredi 24 mars 2017

Le Passage de René Manzor (1984) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Le passage est le premier long-métrage du cinéaste et scénariste français René Manzor, né en 1959, et surtout frère de Francis Lalanne, le chanteur, et de Jean-Félix... Lalanne également, auteur et compositeur de la bande musicale du long-métrage qui nous intéresse ici ainsi que de celles des trois autres films que son frère à réalisé jusque là. Souvent, et à juste titre, considéré comme un véritable nanar, Le Passage est effectivement une œuvre relativement décevante. En partie produite par Alain Delon, qui pour ne pas changer fait encadrer son nom lors du générique afin de bien se faire distinguer des autres, et par Daniel Champagnon et Francis Lalanne, interprète de la chanson du générique de fin et plus gros succès de son auteur, l’œuvre de René Manzor est l'une des rares incartades françaises dans le domaine du cinéma fantastique à l'époque.
Et tout comme la plupart de ceux qui s'y sont essayé jusque là, le cinéaste français pond une œuvre qui ne laissera sans doute pas de souvenir impérissable dans l'esprit collectif des amateurs de fantastique et de science-fiction. La présence d'Alain Delon au générique (le personnage principal Jean Diaz, c'est lui) n'étant pas forcément un gage de qualité, on ne comptera pas non plus sur l'interprétation de Christine Boisson et Jean-Luc Moreau pour nous convaincre qu'il s'agit là d'une réussite en la matière.

Le pitch est simple : Jean Diaz, auteur reconnu, a abandonné toute idée de tourner à nouveau ce pourquoi il est célèbre. Véritable prodige de l'animation, il conserve toujours un script auquel il n'a jamais donné suite. Personne jusqu'à maintenant n'a réussi ou tenté de le convaincre de reprendre là où il s'était arrêté. Il va pourtant recevoir un « coup de pouce » inattendu en la personne de la Faucheuse. La Mort elle-même en effet va provoquer un accident qui plongera David, le fils de Jean, dans le coma. La mort plane au dessus du lit d’hôpital et si Jean veut que son fils vive, il doit accepter de se remettre au travail et de réaliser un dessin animé avertissant de la fin du monde à venir. Jean accepte et se retrouve isolé dans un lieu connu de la seule Mort. Pour la famille et l'entourage du dessinateur, celui est bel et bien mort durant l'accident qui a plongé David dans le coma. Mais lorsque ce dernier se réveille enfin, il tente de convaincre sa mère Catherine que Jean est bien vivant...

Alain Delon en souffrance. Alain Delon en pleures. Mais comment y croire ? J'ai bien essayé, mais ne l'ai jamais trouvé convaincant. Le premier long-métrage de René Manzor souffre d'un manque terrible de savoir-faire. Tout comme la bande musicale composée par son frère Jean-félix, prônant le minimalisme tout en tentant d'investir le cœur des spectateurs. Il est évident que certains n'en ressortiront pas indemnes, les enfants en premiers. A l'âge où l'on ne regarde pas encore dans le détail. Dans cette Mort caricaturale au possible. Dans ces décors atrocement laids. Dans ce récit mal mené. Aussi mal interprété. Le Passage a terriblement vieilli alors même qu'il manquait déjà de maturité. De celle à laquelle auraient pu prétendre les adultes bien sûr, et non pas les enfants dont certains devaient sans doute être confrontés pour la première fois à la Mort telle qu'on avait l'habitude de la personnifier. L’œuvre se veut cruelle, et quelque part l'est-elle sans doute, mais aucune émotion ne parcourt ce dédale froid et lugubre qui sépare le père de son fils. Même les retrouvailles, point d'orgue du récit, tombent à plat.
C'est d'autant plus dommage que le film est parfois parcouru de magnifiques animations toutes de noir et blanc dessinées. On en regretterait presque que René Manzor n'ait pas choisi de faire de son Passage une œuvre intégralement animée...

samedi 21 janvier 2017

Armaguedon d'Alain Jessua (1976) - ★★★★★★☆☆☆☆



Neuf longs-métrages seulement à l'actif du cinéaste, producteur (il produit lui-même ses œuvres), scénariste et romancier français Alain Jessua, mais autant de films qui marquent les esprits. Armaguedon pointe le bout du nez en 1977. On y retrouve l'acteur Jean Yanne auquel Jessua avait offert son tout premier rôle au cinéma dans La Vie à L'Envers en 1964, Michel Duchaussoy qui joua dans Jeu de Massacre en 1967 et Alain Delon auquel il offrit l'un des deux principaux rôles dans Traitement de Choc. Jean Yanne EST Armaguedon. Un petit employé des espaces verts qui après la mort de son frère hérite d'une très grande somme d'argent. De quoi changer de vie. Mais lui ne va pas changer de voiture, de maison... ou de femme (!). Non, lui va se venger d'une société qu'il méprise. Pour cela, il va narguer les polices du monde entier en leur envoyant des messages de menace enregistrés sur bande magnétiques. Lancé à la recherche du mégalomaniaque, l'inspecteur Jacques Vivian va faire appel au Docteur Michel Ambroise afin de mettre la main sur Louis Carrier, celui que toute la presse nomme désormais sous le nom d'Armaguedon avant que celui ne mette à exécution son plan machiavélique : faire exploser une bombe lors d'une émission télévisée diffusée en direct à la télévision française...

Armaguedon, on l'aura compris, n'a rien à voir avec l’œuvre de Michal Bay Armageddon sortie en 1998 et qui de toute manière propose une orthographe différente. Ici, pas d'astéroïde géant filant tout droit vers notre planète mais un danger tout aussi préoccupant puisque la science est incapable (ou presque) de prévoir à l'avance quand agira celui que tout le monde nomme Armaguedon. Un terme inspiré de l'Harmaguédon, un mont situé en Galilée et lieu symbolique du combat entre le bien et le mal mentionné dans le Nouveau Testament. Bien que le personnage de Jean Yanne soit présenté comme un être intelligent (il a apprit cinq langues et met en place un stratagème relativement bien conçu), ce pseudo qu'il se donne, il ne se l'est accaparé que parce que son fidèle complice Albert, dit Einstein, lisait justement un ouvrage concernant un passage de la Bible.

Comme le précise si bien le Docteur Michel Ambrose (Alain Delon), Louis Carrier est un homme qui apparaît comme un individu miné par la solitude et désirant faire parler de lui. Au risque d'emporter la vie de plusieurs personnes (dont un Michel Creton qui paiera de sa vie son désir de profiter pécuniairement des projets d'Armaguedon), il va s'aider d'Einstein (l'acteur Renato Salvatori), un pauvre ère, à la limite de la débilité, et reflétant l'image de l'immigré perdu dans un pays qui n'est pas le sien ( thème que le cinéaste Roman Polanski avait déjà évoqué d'une manière tout à fait différente dans son chef-d’œuvre Le Locataire). Un individu pour lequel, on le constatera assez vite, Carrier n'a pas davantage d'estime que pour ses concitoyens puisque cet immigré italien servira lui-même ses desseins et ce, de la manière la plus terrible.

Armaguedon est sombre, désespéré, et d'un fort pessimisme. La musique composée par le compositeur argentin Astor Piazzolla imprime à l’œuvre d'Alain Jessua une atmosphère angoissante et déprimante. Il s'agit d'une charge féroce à l'encontre des politiques du monde entier. Le personnage très bien campé par Jean Yanne s'érige en défenseur de ses concitoyens qui pourtant lui riront au nez et à la barbe lorsqu'il exigera que soit diffusé en direct son parcours personnel lors d'une émission télévisée. Le film d'Alain Jessua sort deux ans après Peur sur la Ville de Henri Verneuil. Autre variation sur la folie engendrée par la civilisation. Mais alors que l’œuvre mettant en scène Jean-Paul Belmondo revêtait une forme particulièrement divertissante, le film d'Alain Jessua, comme très souvent chez lui, dégage une profonde impression de tristesse. Ce qui ne remet cependant pas en question ses qualités d’œuvre cinématographique...

lundi 25 juin 2012

Zédifiant !!! : Le Jour Et La Nuit de Bernard-Henri Lévy (1997)


Dix minutes seulement que ce..."film" à débuté que m'a démangée l'envie d'en parler.
Non pas pour en vanter les mérites car il me faudrait faire preuve d'une solide tolérance pour y entrevoir un semblant de qualité tant l'accumulation de fausses notes en font un objet absolument indigeste. L'interprétation tout d'abord qui tenterait à prouver que la présence d'acteurs et d'actrices de renom ne suffisent pas à faire d'un film un classique instantané. Lauren Bacall, Jean-Pierre Kalfon et Alain Delon. Mais aussi, surtout et malheureusement Karl Zero et Arielle Dombasle. Si les premiers n'ont d'autre choix que de suivre la direction d'un écrivain qui se voulait cinéaste, on reprochera l'ambition d'un Karl Zero qui n'a de talent que dans ce qu'il sait faire: Animer des émissions de télé et de radio. Il faut l'entendre parler aussi haut qu'un mal-entendant et déblatérer des dialogues dont l'ineptie n'a d'égal que la grotesque interprétation d'Arielle Dombasle qui, je le souligne, est dans la vie la partenaire de Bernard-Henri Lévy. Ce qui explique sans doute sa présence au générique. Elle a le malheur de jouer "faux" sur un texte qui sonne "faux". Avec toutefois assez de suffisance et de prétention pour faire rire aux éclats le plus sérieux d'entre nous. Et la voir se foutre à poil à sa fenêtre avec autant de plaisir que si elle passait une visite médicale n'a rien de très excitant. D'ailleurs Levy semble croire que les quelques scènes de nu dont il nourri son sujet suffisent à maintenir l'attention du spectateur. 

 
On excusera malgré tout à Zero et Dombasle leur peu d'expérience cinématographique. Ce qui n'est pas le cas d'un Delon rarement vu aussi mauvais au cinéma. Sorti de ses innombrable rôles de flics, il semble incapable de montrer à l'écran la moindre capacité à émouvoir au travers d'une psychologie de bazar. Ne lui reste plus qu'à saisir l'arme salvatrice qu'il pointera sur sa tampe droite afin de nous délivrer du mal que son jeu nous inflige. Il n'y croit pas? Qu'il se rassure,nous non plus. Bacall quand à elle n'est là que pour enrichir le casting de son nom. Kalfon est peut-être malgré tout le seul dont on regrette la présence. Les situations qui le mettent en présence des autres intervenants sont peut-être les seules auxquelles nous pourrions montrer un minimum d'intérêt.


Le rythme du film est celui d'un épisode de Derrick. Mou, attentiste, sans saveur, lénifiant, soporifique. Je dois être stupide pour ne pas avoir saisi où a voulu en venir Levy. Peut-être même mon cerveau aurait-il décidé de se mettre sur "off" afin de ne pas avoir à ingurgiter tant d'incohérences? Toujours est-il qu'il m'a fallut une sacrée dose de courage pour tenir durant presque deux heures (!!!). Combien de fois ai-je failli mettre un terme à l'enivrant désir de couper le son, l'image et carrément le lecteur pour me ressourcer devant une œuvre offerte par un Lynch, un Tarkovsky ou bien encore un Truffaut bien de chez nous? Autant le cinéma italien a su faire preuve d'une médiocrité sans nom en adaptant à sa manière de grands classiques de l'anticipation il y a presque trente ans au travers d'improbables productions fantastiques, autant Levy a persisté dans sa pitoyable volonté de nous offrir un scénario original, n'ayant alors même pas l'excuse de s'être inspiré d'une œuvre au départ terriblement fragile. Face à Levy, Pecas et Mocky sont des génies. A coté de Dombasle, Alice Sapritch aurait été de son vivant l'une des dix plus grandes actrices française. Quand à Zero, il ferait passer l'inénarrable Bernard Menez pour un Depardieu puissance mille.

Le montage est une véritable catastrophe. Pour les plus sceptiques, dix minutes de projections suffiront pour les en convaincre. L'un des objets qui confortent le film dans le grotesque est très certainement la bande-son du pourtant génial Maurice Jarre et qui tranche odieusement avec ce qui nous est proposé. La musique en effet fleure parfois la romance devant un parterre de pantins désarticulés que l'on n'oserait pas s'offrir, même par masochisme. 

Enfin, l’œuvre fut taxée à l'époque de plus mauvais film de l'histoire du cinéma. Sans doute la volonté de certains d'assassiner le Bernard-henri Levy cinéaste. Si "Le Jour Et La Nuit" est effectivement un très médiocre film, il est de mauvaise foi de dire qu'il s'agit du plus mauvais car les longs-métrages qui lui sont encore bien inférieurs se comptent par dizaines...
 




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