Au beau milieu d'une
carrière remarquable de producteur et de réalisateur, Claude Berri
signa en 1983 le polar Tchao Pantin.
Une œuvre sombre, désespérée et désenchantée qui ne brille donc
évidemment pas par un quelconque parti-pris lumineux et optimiste.
Le long-métrage met en scène l'humoriste et acteur Coluche qui
jusque là avait surtout interprété des personnages plutôt drôles
dans des comédies pas toujours très fines mais qui en cette année
1983 allait rencontrer la consécration en remportant lors de la
cérémonie des César, celui du meilleur acteur. Un rôle difficile,
compliqué à mettre en œuvre pour un artiste surtout connu pour ses
sketches humoristiques sur scène et ses personnages comiques sur
grand écran. Et en même temps, Claude Berry aura sans doute retenu
de l'artiste comique la satire sur fond de politique et d'injustices
sociales qu'il mit en œuvre durant sa carrière. Coluche incarne
Lambert, ancien flic reconverti en employé de station-essence
solitaire, taciturne et alcoolique qui depuis la mort de son fils
boit. Beaucoup. Trop, même. Un soir, alors qu'il est à son poste,
arrive le jeune Youssef Bensoussan qu'interprète Richard Anconina
qui pour ce rôle obtiendra le César du Meilleur second rôle
masculin (ainsi que celui de meilleur espoir masculin). Petit
trafiquant de drogue sans envergure, voleur de mobylettes, l'arrivée
de ce jeune beur dans l'existence du pompiste va avoir l'effet d'un
électrochoc. Tandis que ce dernier a perdu son fils, Youssef semble
être en quête d'une figure paternelle. Entre les deux hommes
s'installe une véritable relation d'amitié, quasi fusionnelle, même
si l'un et l'autre s'écharpent sur des questions purement morales.
Youssef travaille pour le compte de Rachid (Mahmoud Zemmouri), le
propriétaire d'un bar qui sert de couverture à un trafic de drogue.
Mais un jour, alors que Youssef fouille la planque où il cache
habituellement sa réserve de drogue, celle-ci a été dérobée.
Bien que Lambert lui propose de l'aider à rembourser sa dette envers
Rachid, le jeune garçon est assassiné par deux hommes en moto...
Tchao Pantin,
que l'on pourrait facilement comparer à d'autres œuvres tout aussi
sombres que Les fauves
de Jean-Louis Daniel, Poussière d'ange
d'Édouard Niermans ou Série noire
d'Alain Corneau ne met pas en scène que ce seul duo puisque
apparaissent à l'image Agnès Soral dont la carrière se résumait
majoritairement jusque là à quelques rôles à la télévision et
qui ici incarne la jeune punkette Lola. Tout d'abord attirée par la
moto empruntée à Rachid que conduit sans autorisation Youssef, la
jeune femme aura un rôle beaucoup plus intéréssant durant la suite
des événements...
Quant
à Philippe Léotard (La
balance, La
petite sirène),
il interprète le rôle de l'inspecteur Bauer. Un flic qui prend
connaissance du passé professionnel de Lambert et fera preuve
d'empathie vis à vis du pompiste même s'il devine que celui-ci
n'est pas étranger à la série de meurtres qui vont suivre le décès
de Youssef. Mis en lumière par le réalisateur et le directeur de la
photographie Bruno Nuytten et en musique par Charlélie Couture,
Tchao Pantin
est de ces œuvres particulièrement moroses qu'il faut s'interdire
de découvrir un jour de mélancolie. Sombre, âpre et plutôt bien
incarné par Coluche, Richard Anconina, Agnès Soral et Philippe
Léotard, le film de Claude Berri s'inscrit dans un Paris désargenté
à travers les quartiers de Barbès, de Belleville ou de la Chapelle
''sublimés'' par des teintes maussades produites par le travail de
Bruno Nuytten qui d'ailleurs obtiendra le César de la Meilleure
photographie pour son travail. Le film décrit assez bien les
contextes de solitude et de misère sociale qui planent au dessus des
personnages et autour de décors parfois en friches dans lesquels
tous les personnages évoluent. Adaptation cinématographique du
roman homonyme d'Alain Page scénarisée par Claude Berri lui-même,
Tchao Pantin
évoque également le deuil et la rédemption. Celui de Lambert qui
depuis la mort de son fils l'expie en buvant et en vivant seul (son
rejet initial des autres et d'ailleurs très démonstratif). C'est la
troisième fois que Claude Berri engage Coluche sur un plateau de
tournage si l'on ne tient pas compte de son apparition en tant que
figurant non-crédité au générique dans Sex-shop
en
1972. Il lui offrit ainsi le tout petit rôle de Marquand au tout
début des années soixante-dix dans Le pistonné
en 1970 avant de le retrouver sur celui de la comédie Le
maître d'école
une décénie plus tard. Avec Tchao pantin,
le cinéaste lui offre l'un de ses rares rôles dramatiques au
cinéma, deux ans avant son interprétation d'Oscar Pilli, officier
erratique et megalomane de l'armée italienne durant la Seconde
guerre mondiale. Notons enfin qu'en dehors des prix obtenus par
Richard Anconina et Bruno Nuytten, Gérard Lamps et Jean Labussière
recevront celui du Meilleur son. Quant à Coluche, il obtiendra donc
celui du Meilleur acteur face à Gérard Depardieu (Les
compères
de Francis Veber), Yves Montand (Garçon !
de Claude Sautet), Alain Souchon (L'été
meurtrier
de Jean Becker) et Michel Serrault (Mortelle
randonnée
de Claude Miller)...
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