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jeudi 2 novembre 2023

Le battant d'Alain Delon (1983) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

La différence entre Jean-Paul Belmondo et Alain Delon est presque aussi fondamentale que celle qui différencie les Rolling Stones et les Beatles. Chaque camp de fans à suffisamment de munitions pour justifier son amour, sa passion ou son rejet pour l'un ou l'autre de ceux que l'on considérait dans les années quatre-vingt comme les deux acteurs français les plus populaires. Mais qui des deux est comparable au groupe de rock originaire de Londres et quel autre est équivalent à celui de Liverpool ? La réponse est bien moins ardue qu'elle n'en a l'air. Jean-Paul Belmondo joua dans la même catégorie que le groupe de Paul McCartney et John Lennon tandis que le rock nettement moins aventureux de Mick Jagger ou de Keith Richards que la pop des ''Quatre garçons dans le vent'' peut être comparé au jeu souvent monolitique d'Alain Delon. Il suffit de comparer ce que l'une et l'autre de nos anciennes stars du cinéma français ont produit il y a quarante ans pour s'en convaincre. Et même, quel meilleur exemple que de confronter Borsalino et sa suite Borsalino and Co. de Jacques Deray pour se rendre compte que l'absence de Jean-Paul Belmondo dans le second est clairement responsable d'une très nette baisse de qualité. Produit, écrit, réalisé et interprété par Alain Delon, Le battant se situe très exactement au centre d'une filmographie qui passe d'un cinéma plutôt ambitieux (celui de Luchino Visconti, de Jean-Pierre Melville, de Pierre-Granier Deferre) à celui beaucoup plus terre à terre, du cinéma d'action de type thriller à la française. Troisième et dernier long-métrage qu'il mettra lui-même en scène, Le battant s'inscrit donc dans la lignée de Pour la peau d'un flic qu'il réalisa deux ans auparavant, de Parole de flic de José Pinheiro ou de Ne réveillez pas un flic qui dort, lesquels peuvent être considérés comme une sorte de trilogie. Des œuvres précédent quelques sympathiques nanars à la française, comme Le passage de René Manzor, Dancing Machine de Gilles Béhat ou le plus culte d'entre tous, Le jour et la nuit de Bernard-henry Levy ! Nous sommes en 1983 et Alain Delon passe la barrière qui sépare le flic du voyou pour incarner Jacques Darnay, un type qui vient tout juste de passer huit années en prison pour un vol de bijoux et le meurtre de leur propriétaire. Très rapidement, l'ancien taulard est suivit par des gangsters qui cherchent à mettre la main sur le butin que Darnay est censé avoir planqué quelque part. En outre, il est dans le viseur du commissaire Rouxel (excellent Pierre Mondy) qui le soupçonne lui aussi d'avoir mis les bijoux à l'abri.



Les gangsters font le vide autour de Darnay. Ils s'en prennent tout d'abord à son ami Pierre Mignot (Michel Beaune) puis à son ancienne compagne Clarisse (Marie-Christine Descouard). Il est temps pour l'homme de mettre un terme à toute cette histoire. Sans argent ou presque, Darnay reprend contact avec son vieil ami Gino Ruggieri (François Périer) qui s'est totalement reconverti et a abandonné le Milieu. Ce dernier le loge, lui avance quarante-mille francs et lui met un flingue entre les main... Le battant est l'occasion pour Alain Delon de réemployer l'actrice Anne Parillaud qu'il révéla véritablement dans Pour la peau d'un flic après que la jeune actrice ait interprété quelques rôles dont celui de Patricia Cook dans le film érotique Patricia, un voyage pour l'amour de Hubert Frank en 1981. Elle interprète la maîtresse de Gino Ruggieri qui très vite, la mettra dans le lit de Darnay. Notons que dans les rôles des gangsters, nous retrouvons notamment Gérard Hérold, Jean-François Garreaud ou encore Richard Anconina qui la même année que son rôle dans Tchao Pantin, incarne ici une petite frappe qui finira une balle dans le genou ! Le battant est typique du jeu ''delonéen'' des années quatre-vingt. Impersonnel, froid, sans émotion. Presque robotique et machinal qui ne s'explique pas seulement au travers des huit années qu'a passé le protagoniste qu'interprète Alain Delon en prison. Ce besoin permanent qu'a l'acteur de s'incarner dans des personnages durs, un brin machos et imperturbables mais aussi et surtout, dénués de toute fantaisie. Moins aventureux que son alter ego Jean-Paul Belmondo, Alain Delon n'échappe par exemple pas à ses ennemis, lui, en passant par les toits de Paris ! Meurtres, trahison, amour, voici les thèmes abordés dans cette œuvre emprunte d'un certain classicisme qui ne perdra pas les fans de l'acteur dans les limbes d'un récit par trop complexe. C'est du tout cuit et ce, dès les premiers instants. En effet, on ne perd pas son temps à se demander qui sont les ennemis de Darnay et la conclusion s'impose comme une évidence. Anne Parillaud est délicieuse et se dévêt une fois de plus après son rôle de Charlotte dans Pour la peau d'un flic . La partition musicale est composée par Christian Dorisse qui par la suite n’œuvrera plus pour le cinéma. L'adaptation sur grand écran du roman éponyme d’André Caroff reste au final un sympathique film pour quiconque supporte l'arrogance naturelle de son principal interprète...

 

jeudi 2 août 2018

Stars 80, la Suite de Thomas Langmann (2017)- ★★☆☆☆☆☆☆☆☆



Au concours des pires comédies françaises sorties ces dix derniers mois, Stars 80, la Suite se pose en candidat extrêmement sérieux. Son unique chance de ne pas remporter le premier prix demeure dans l'existence de deux des pires longs-métrages qu'ait enfanté le cinéma hexagonal depuis très longtemps : d'un côté, Brillantissime de et avec Michèle Laroque, de l'autre, Mme Mills, une voisine si parfaite de et avec Sophie Marceau. N'importe quel misogyne remarquera la présence de deux femmes dans le rôle d'actrices principales et de réalisatrices. Un détail n'apportant bien évidemment aucune explication sur le fait que ces deux exemples de comédies françaises ratées soient si difficiles à digérer vu le prix de la place de cinéma demandé.
Stars 80, la Suite échappait donc à la médaille d'or du plus mauvais tous genres et toutes origines confondus lors de sa sortie dans nos salles le 6 décembre dernier. De justesse. Car cette suite au déjà relativement peu avantagé Stars 80 semble devoir son existence à la seule volonté d'un producteur (ici, Thomas Langmann) se fondant pour la troisième fois dans la peau fantasmée du réalisateur. Après un Astérix aux Jeux Olympiques plutôt sympathique, le bonhomme allait nous... 'gratifier' d'un diptyque franchement pas à la hauteur et dont le second volet allait donc nous offrir la promesse d'un troisième chapitre mort-né. Du moins espère-t-on que Thomas Langmann n'aura pas l'outrecuidance de nous imposer un Stars 80 troisième du nom après un second volet terriblement navrant à défaut d'être décevant !

Le producteur du Boulet, de Steak, de Maniac (le remake du classique de William Lustig signé en 2013 par Franck Khalfoun) ou de Colt 45 revenait donc en 2017 avec au générique de cette suite, Richard Anconina et Patrick Timsit, toujours accompagnés de Bruno Lochet et d'un certain nombre d'ancienne gloires du TOP 50. Si le premier Stars 80 demeurait encore tout à fait regardable, cette suite est un désastre artistique total ne reposant sur rien de concret. Durant presque deux heures, ce qui paraît déjà fort long pour une comédie française, Thomas Langmann, sur la base d'un scénario écrit de ses propres mains, balade ses interprètes au cœur d'une intrigue manquant cruellement de sel.
C'est bien simple, et pour faire court : on s'fait chier autant qu'un citadin auquel l'on imposerait une journée entière à contempler des vaches paître dans un champ ! Malgré une idée de départ intéressante quoique manquant cruellement d'originalité (les deux héros Vincent Richet et Antoine Miller, floués par leur comptable Maurice qui s'est tiré avec la caisse, espèrent organiser le concert du siècle au Stade de France), le film accumule les scènes sans autre intérêt que de réveiller l'étincelle de ceux qui vécurent les années quatre-vingt de plein fouet.

D'où un long-métrage en forme d'immense karaoké reposant sur une succession de 'bœufs' accumulant les standards de l'époque. Pas d'histoire, ou si peu. Sur les cent-dix minutes que dure le film de Thomas Langmann, plus de la moitié est constituée de passages dont la nostalgie n'a désormais plus aucun effet sur le spectateur. Le peu d'intérêt qui s'offrait à l'époque du premier volet s'est désormais envolé. Trop sûr de lui, Thomas Langmann pense dominer un sujet ne reposant finalement que sur l'unique pouvoir de vieilles chansons fredonnées par des chanteurs et chanteuses vieillissants.
On se demande franchement ce que sont venus faire dans cette galère Richard Anconina et Patrick Timsit, auxquels le producteur et pseudo-cinéaste offre des répliques d'une tristesse bouleversante. Même l'excellent Bruno Lochet ne méritait pas tant de mépris de la part de Thomas Langmann. Stars 80, la Suite est le genre de film qui dès sa sortie a pris un méchant coup de vieux. Un mal qui semble avoir atteint ses interprètes et risque même de toucher un public désabusé. A fuir...

dimanche 1 juillet 2018

Levy et Goliath de Gérard Oury (1987) - ★★★★★★★☆☆☆



Quatorze ans après l'énorme succès des Aventures de Rabbi Jacob dans les salles de cinéma (numéro un au box-office avec plus de sept millions d'entrées en 1973), le cinéaste Gérard Oury revenait en 1987 avec Levy et Goliath. Si entre-temps l'auteur du Cerveau, de La Carapate et de L'As des As n'a pas chaumé avec cinq long-métrages, il ne sera revenu avec le thème de prédilection de Rabbi Jacob que plus d'une décennie plus tard. Désormais, il ne confronte plus le français de souche, le juif et l'arabe mais deux frères de confession judaïque. Du moins à l'origine puisque si Moïse et Albert Levy ne s'adressent plus la parole depuis des années, c'est parce que le second a abandonné la religion et a intégré la laïcité dans son mode de vie alors que le premier est demeuré un juif traditionnel avec tout ce que cela sous entend. L'occasion est de retrouver le trop rare acteur et humoriste André Valardy qui jouait déjà dans Les Aventures de Rabbi Jacob et qui ici, travaille aux côtés de Moïse comme ouvrier diamantaire. Dans les rôles principaux, nous retrouvons Michel Boujenah dans celui d'Albert, le laïque, et Richard Anconina dans celui de Moïse, le juif orthodoxe.

Tout comme dans Les Aventures de Rabbi Jacob, Gérard Oury intègre un personnage d'origine arabe, signifiant ainsi le rapprochement des peuples à travers la relation d'amitié que vont tisser Moïse et Malika, interprétée par l'actrice française d'origine marocaine, Souad Amidou. Issu d'une famille d'origine juive, Richard Anconina est habitué des rôles dans lesquels il incarne justement celui du juif. On pense notamment au désastreux diptyque signé Philippe Clair qui a lancé la carrière de l'acteur Comment se faire Réformer et Les Réformés se Portent bien, mais aussi et surtout à la trilogie à succès La Vérité si je Mens ! de Thomas Gilou. L'acteur et humoriste Michel Boujenah a quant à lui tourné dans une trentaine de longs-métrages dont les mémorables Trois Hommes et un Couffin, de Coline Serreau, La Totale !, de Claude Zidi, ou encore Les Misérables de Claude Lelouch. Aux côtés des deux frères 'ennemis', le casting es notamment complété par l'acteur Jean-Claude Brialy dans le rôle du faux travesti prénommé Bijou mais du vrai flic, l'inspecteur Duroche. Maxime Leroux est le grand méchant de l'histoire puisqu'il incarne le Goliath du titre, un trafiquant de drogue. Dans le rôle de la mère des frères Levy, on retrouve Louba Guertchikoff, dans celui de Brigitte, l'épouse d'Albert, Sophie Barjac, quant au personnage de Sarah, l'épouse de Moïse, c'est l'actrice Muriel Combeau qui l'incarne.

Comparé aux Aventures de Rabbi Jacob, Levy et Goliath est très nettement en déca. Le sujet du communautarisme y est moins profond et les gags beaucoup moins drôles. Ce qui n'empêche bien évidemment pas Michel Boujenah et Richard Anconina d'être parfaits dans leur rôle respectif en désaccord avec la religion qui est la leur. L'affrontement entre les deux frères est l'occasion d'injecter au récit une sombre histoire de drogue. Un malentendu entre cocaïne et poudre de diamant assez amusant. Gérard Oury invoque la réalité de l'existence même de Dieu à travers des apparitions pour le moins étonnantes. On s'amusera surtout de la naïveté de Moïse face à la culture bien moins restrictive à laquelle il est bien malgré lui soumis et aux quelques engueulades entre frangins. Le film est relativement léger mais il incarne ce cinéma prônant la tolérance entre les peuples et les religions. Rien que pour ça et pour ses interprètes, Levy et Goliath mérite toute notre attention...

samedi 30 juin 2018

Les Réformés se Portent Bien de Philippe Clair (1978) - ★★☆☆☆☆☆☆☆☆



En 1978, l'acteur et cinéaste Philippe Clair revient quelques mois après avec la suite de Comment se Faire Réformer. Cette version 2.0 se présentant sous le titre Les Réformés se Portent Bien se permet le luxe d'être encore plus mauvais, plus stupîde, et plus indigeste que son prédécesseur. On se doutait bien que la présence de Michel Peyrelon, vu chez Claude Chabrol, José Giovanni,Yves Boisset, Georges Lautner, ou encore Claude Lelouch n'y changerait rien, mais tout de même. On atteint désormais le fond. Tant et si bien qu'on pourra toujours tenter de gratter pour s'enfoncer encore davantage dans les limbes du vide artistique, cela demeure mission impossible.
L'une des spécificités de cette séquelle est d'inonder son récit de nombreuses idées originales mais tellement bas du front qu'on n'arrive même pas à se taper sur la cuisse en riant à gorge déployée. C'est navrant. Triste. Presque épuisant à force de tenter d'y déceler cette part infime d'humour que le cinéaste a injecté à son œuvre et que l'on ne parvient pas à percevoir, sans doute trop obtus que nous sommes à exiger un minimum de tenue en matière d'écriture.
Ici, c'est l'anarchie. Des dizaines de blagues 'Carambar' sans lien véritable si ce n'est ces soldats toujours désireux de se faire la malle. Au générique, nous retrouvons une fois encore Philippe Clair dans le rôle de l'adjudant, Richard Anconina dans celui du juif, Vidal Benchimol en arabe, Jérôme Bensoussan en témoin de Jéhovah, Daniel Derval en homosexuel (cette séquelle nous apprendra qu'en réalité, il n'en est rien), Eddy Jabès dans le rôle du belge, ou encore Gérard Lecaillon dans celui du snob.

Ceux-ci ainsi que d'autres participant au tournage firent partie des 13 Cloches qui dans les années soixante-dix formaient une troupe de comédiens humoristes comparables aux Charlots et parmi lesquels, outre Richard Anconina, on pouvait reconnaître le futur réalisateur des Frères Pétard et d'Un Indien dans la Ville, Hervé Palud. Avec ses personnages venus de tous horizons (culturels, religieux, sociaux) Les Réformés se Portent Bien ressemble à une blague belge de très mauvais goût, nantie de gags éculés, parfois vulgaires, mais en tout cas, jamais amusants. Michel Peyrelon en capitaine du navire... cela paraît à peine concevable et pourtant...

Le film de Philippe Clair possède au moins le mérite de proposer aux spectateurs réticents, d'étudier des œuvres telles que la série des Bidasses incarnés par Les Charlots sous un nouveau jour. S'il est possible d'établir une comparaison entre deux œuvres, il sera alors judicieux de mettre en parallèle l'immense fossé qui sépare Les Réformés se Portent Bien des Bidasses en Folie de Claude Zidi, et celui qui fixe une frontière entre ce dernier et la saga La Septième Compagnie. Voir Les Réformés se Portent Bien et mourir pourrions-nous dire... mais de quoi ? De plaisir ? D'extase ? De jubilation ? Non, non, non ! D'ennui ! S'il y a surprise, celle-ci est mauvaise. Et même si la simple évocation du nom de son auteur donne le vertige aux Cinéphiles avec un grand C, et même certains cinéphage (avec un petit), on ne pouvait s'attendre à un tel désastre.
Il faudra sans doute avoir découvert Les Réformés se Portent Bien lors de sa sortie sur les écrans de cinéma en 1978 pour que naisse un certain émoi. Car un public tout neuf, peu ou pas préparé à l'aventure Les Réformés se Portent Bien, risque de déchanter. Ne pas se prémunir d'un filtre anti-connerie, c'est s'assurer une rupture d'anévrisme. Sans vaccin, rien ne pourra vous convaincre du bien fondé de cette œuvre dégageant une odeur aussi malodorante qu'un vieux numéro de Cocoboy, de La Classe, ou du Théâtre de Bouvard...

vendredi 29 juin 2018

Comment se Faire Réformer de Philippe Clair (1978) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆



Philippe Clair, de son vrai nom Prosper Bensoussan, n'est rien moins que le cinéaste qui fit débuter Les Charlots au cinéma avec La Grande Java en 1970. Ce que l'on sait peut-être moins, c'est qu'un autre acteur débuta lui aussi auprès de ce cinéaste connu pour avoir réalisé bon nombre de nanars. Cet acteur, c'est Richard Anconina. Bensoussan de Tchao Pantin, Jeff Montelier de Zone Rouge, Moïse Levy de Lévy et Goliath et surtout Eddy Vuibert de la trilogie La Vérité si je Mens, c'est lui. Autant dire que depuis Comment se Faire Réformer, l'acteur a fait du chemin. Et plutôt dans la bonne direction si l'on tient compte du fait que sa participation à deux longs-métrages signés Philippe Clair (dont Les Réformés se Portent Bien) aurait pu nuire à sa future carrière. Si l'on devait classer l’œuvre présente dans un top dix auquel elle serait comparée à d'autres longs-métrages du même acabit, Comment se Faire Réformer aurait de grandes chances de faire partie des deux ou trois plus mauvais. Car faut-il être un pur cinéphile et 'oublier' qu'il existe de telles engeances pour ne pas reconnaître leurs piètre qualités ? Non, même avant d'avoir été projeté dans une salle de cinéma, un salon, à l'aide d'un rétroprojecteur, un vidéoprojecteur, un magnétoscope, sur une toile blanche ou un écran de télévision, le film de Philippe Clair est d'ors et déjà précédé d'une réputation peu élogieuse.

Descendant direct des Bidasses chers à Claude Zidi ou à ceux de Robert Lamoureux (La Septième Compagnie), Comment se Faire Réformer ressemble pourtant davantage à l'une des nombreuses imitations qui leur ont succédé. On pense notamment aux Bidasse en Vadrouille réalisé en 1979 par Christian Caza, aux Bidasses aux Grandes Manœuvres de Raphaël Delpard en 1981, ou encore aux longs-métrages de Michel Gérard, Michel Vocoret et Max Pécas (respectivement, et au hasard, Arrête ton Char... Bidasse... !, Embraye Bidasse, ça Fume, ou Les Bidasse au Pensionnat).

Attention, perte de neurone en vue ! Car l’œuvre de Philippe Clair est assurément l'un des représentants de sa catégorie parmi les plus navrants. Pourtant, même si le contexte (une caserne militaire) demeure de la première à la dernière seconde le seul lieu dans lequel se situe l'intrigue, Comment se Faire Réformer conserve davantage d'intérêt que le film de Christian Caza précédemment chroniqué. En effet, même si l'humour n'y est pas plus fin, Philippe Clair tente malgré tout de diversifier les situations. De l'incorporation des soldats jusqu'à leur entraînement. Motifs pour ces derniers d'en faire voir de toutes les couleurs à leur adjudant instructeur, et par la même occasion, aux spectateurs, effarés par tant de bêtise. On passera sur certaines lignes de dialogues qui n'auraient sans doute pas passé les portes de la LICRA de nos jours (lors des tests physiques et urinaires, un appelé d’obédience musulmane (avec fort accent étranger et pourtant incarné par un français bien blanc) se fait appelé 'Ben Couscous'... (sic!). Pour le reste, Comment se Faire Réformer est un conglomérat de caricatures grotesques que l'on n'oserait plus servir au public de nos jours. Trop risqué. Mais surtout, trop con ! Parmi nos valeureux appelés, nous citerons l'homosexuel en mode 'folle', le témoin de Jéhovah lévitant durant son sommeil, les deux lèches-bottes, le gros bras décérébré, le juif portant la kippa sous le béret, le poète illuminé, ou encore le bourgeois ne voulant pas se mêler à des individus de classe inférieure. L'armée est tournée en dérision à travers un adjudant (incarné par Philippe Clair lui-même) pas plus malin que les hommes dont il a la responsabilité de leur formation.
Tout ceci est donc hautement stupide et pourtan, j'avoue, il demeure moins rebutant de regarder Comment se Faire Réformer jusqu'au bout que Les Bidasse en Vadrouille. Allez savoir pourquoi. Une œuvre culte pour les fans de nanars et de séries Z mais un film tragiquement inutile pour les autres...Choisissez votre camp...

vendredi 9 mars 2018

Gangsters de Olivier Marchal (2001) - ★★★★★★★☆☆☆



Je ne sais combien de longs-métrages tournant autour des gardes à vue ont été tournés de part le monde, mais je suis certain d'une chose : l'un des meilleurs représentants demeure chez nous le Garde à Vue que le cinéaste français Claude Miller réalisa en 1981, admirablement interprété par Lino Ventura, Michel Serrault, et accessoirement Guy Marchand. A savoir qu'un remake intitulé Suspicion a été réalisé en 2000 par le cinéaste américain Stephen Hopkins. Le scénariste et réalisateur italien Giuseppe Tornatore s'essaya à l'exercice treize ans plus tard en 1994 en dirigeant Roman Polanski et Gérard Depardieu dans le très curieux Un Pure Formalité, mais c'est en 2001, et avec son premier long-métrage que l'acteur et cinéaste Olivier Marchal a débarqué en force avec Gangsters. Une première œuvre pour un résultat fort satisfaisant qui malgré son intrigue centrée autour de la garde à vue d'un homme et de sa compagne après qu'un massacre ait eu lieu dans une boite de nuit laisse déjà entrevoir le style d'un cinéaste qui ne cessera de peaufiner son œuvre jusqu'au dernier, et excellent, Carbone.

Pour sa première incartade dans l'univers du thriller, Olivier Marchal plonge Franck Chlevski, un petit truand de longue date et sa compagne Nina Delgado, prostituée, au cœur d'une affaire qui intéresse vivement les membres d'un commissariat situé dans le dix-huitième arrondissement de la capitale française. Le principe est clair. D'un côté, Franck et Nina, accusés d'avoir participé au massacre et d'avoir dérobé quatre-vingt millions d'euros de diamants, de l'autre, les commandants Eddy Dahan, Marc Jansen, accompagnés de plusieurs inspecteurs et chargés de faire la lumière sur cette affaire qui a causé la mort de sept personnes dont le truand 'Petit Claude'.. Durs à cuirs, Franck et Nina restent muets quant à leur participation éventuelle au massacre et au vol des diamants. Usant de méthode radicalement différentes, de celle qu'utilise son principal concurrent Dahan, Jansen, après avoir interrogé le deux suspects décide de passer à l'étape suivante et se montre de moins en moins compréhensif envers le couple qu'il commence à maltraité en compagnie de l'inspecteur 'Rocky'. De plus, Franck soupçonne que parmi les flics du commissariat, certains pourraient avoir un rapport direct avec les événements pour lesquels lui et Nina sont accusé...

Pour un premier film, Olivier réussit à tenir le public en haleine. Un huis-clos très efficace qui prend pour cadre un commissariat avec tout ce que cela peut supposer, surtout lorsque la nuit tombe et que certains flics se sentent d'humeur violente. Entre l'intégrité de certains et les ripoux qui gangrènent la profession, difficile au premier abord de savoir qui respecte l'ordre, et qui, malgré son engagement, a choisi de franchir la frontière entre intégrité et criminalité. Surtout que qu'Olivier Marchal s'offre un casting incroyable. De vraies belles gueules de cinéma aux interprétations interchangeables : outre le couple formé par Richard Anconina et Anne Parillaud, Gangsters nous présente des flics aussi flippants que les criminels qu'ils sont chargés de traquer : la froideur de François Levantal, le regard glaçant de Gérald Laroche, le chien fou Francis Renaud, et dans une moindre mesure, l'apathique (et néanmoins excellent) Guy Lecluse. A voir leur personnage respectif s'acharner sur Franck et Nina, le spectateur finit par se demander ce qui peut bien les séparer au fond, d'un truand comme celui qu'interprète l'épatant Jean-Louis Tribes.

On pourra en revanche regretter certains des quelques flash-back qui émaillent le récit et qui révèlent en partie la 'position' de Franck et Nina dans toute cette histoire. Une manière fort peu convenable d'aborder une facette de l'intrigue et qui amenuise l'impact du twist final. Mais à part ça, Gangsters est vraiment un très bon polar français et une belle entrée en matière pour Olivier Marchal...

mercredi 22 novembre 2017

La Vérité Si Je Mens II de Thomas Gilou (2000) - ★★★★★★★☆☆☆



Définitivement intégré à la communauté juive du quartier du Sentier à Paris. Décidé à passer des simples détaillants à la grande distribution, il se rend dans les locaux d'un certain Vierhouten, dirigeant impitoyable de la société Eurodiscount et escroc notoire. Mais ça, Eddy et ses associés ne le savent pas encore. Après avoir conclu un marché avec le patron d'Eurodiscount, Eddy, Dov et Yvan se lancent dans la confection de vêtements au profit de Vierhouten. Malheureusement pour le trio, les affaires virent au cauchemar. En effet, Vierhouten leur apprend que le contenu des stocks ne correspond pas du tout au contrat qu'Eddy et lui ont conclu.

C'est la déchéance, d'autant plus qu'Eddy a droit à un redressement fiscal. Obligé de faire les marchés pour subvenir aux besoin de sa petite famille, il est aidé d'Yvan. Serge, quand à lui, démarre une relation avec une séduisante jeune femme prénommée Chochona. Son cousin Patrick lui ayant confié sa voiture de luxe durant son voyage aux États-Unis, Serge en profite pour se faire passer pour un richissime homme d'affaires.
L'heure de la rencontre entre les parents de Chochona et Serge est venue. Ce dernier doit tout faire pour que le subterfuge ne soit pas découvert par Chochona dont il est désormais fou amoureux.

Pendant ce temps là, Eddy, acculé et sans le sou, cherche un moyen de prendre sa revanche contre l'homme qui l'a ruiné. Et c'est grâce à sa fille qu'il trouve une idée qui fera payer à Vierhouten l'affront dont il s'est rendu responsable...

Suite de l'excellente comédie La Vérité Si Je Mens, ce second volet reprend les personnages du premier avec toutefois un changement dans le casting. En effet, Vincent Elbaz est ici remplacé par l'humoriste Gad Elmaleh qui tente avec beaucoup de difficulté il est vrai, de remplacer l'acteur. Eli Kakou étant mort l'année précédent la sortie de cette suite, son personnage a été remplacé par celui de Willy Joumo (Marc Andreoni), un escroc qui va se servir des ennuis de Serge pour le faire travailler à sa botte.

Pierre-François Martin Laval, Elisa Tovati, Nicole Calfan, Enrico Macias sont les nouveaux acteurs de cette excellente comédie qui ne nuit pas à l'image du premier volet. Mais parmi tous ces nouveau intervenants, on retiendra surtout la participation de l'excellent Daniel Prévost qui une fois de plus endosse le rôle d'un être méprisable, ici celui du fameux patron d'Eurodiscount, Vierhouten.

Richard Anconina, José Garcia, Bruno Solo, Aure Atika, Gilbert Melki et Amira Casar reviennent et nous offrent une interprétation qui sonne aussi juste que possible. Garcia est toujours le pesant cousin de Melki, avide d'argent, un « brin » mythomane et fou amoureux de la belle Elisa Tovati. Anconina, malgré une silhouette toujours aussi fragile démontre une poigne de fer. Bruno Solo est le copain fidèle mais qui se laisse aller à quelques « acceptables » pulsions sexuelles. Quand à Gilbert Melki, qui prendra une place plus importante dans le troisième volet, il est l'homme à marier idéal. Riche et excellent homme d'affaire, honnête et droit, il est le gendre parfait...

Thomas Gilou réalise donc avec cette Vérité Si Je Mens II, une suite plus qu'honorable. On regrettera juste l'absence de Vincent Elbaz donc, mais qui nous fera l'immense plaisir de réapparaître dans le troisième et (jusqu'à maintenant) dernier volet de la saga...

samedi 3 décembre 2016

Zone Rouge de Robert Enrico (1986)



Claire Rousset, professeur de français, rend visite à son ex-mari Pierre qui vit seul dans un minuscule village dans la région lyonnaise. Lorsqu'elle arrive, il n'y trouve pas âme qui vive. Pierre, lui, ne se sent pas très bien. D'ailleurs, si Claire avait bien regardé lorsqu'elle est arrivée, elle aurait sans doute remarqué le chien étendu sur le sol à l'entrée du village. Et peut-être même ces dizaines de cadavres de grenouilles qui tapissent les pavés. Pierre en témoigne : les autres habitants eux aussi sont malades. Comme le dira plus tard Claire, le village a l'air d'être mort. Sur ses propres conseils elle ordonne à Pierre d'aller se coucher. Le corps parcouru de pustules, Pierre ne le sait pas encore, mais il est condamné.
Alors que Claire prend une douche, l'eau froide est coupée. Quelques minutes passent et dehors, il se met à pleuvoir. Mais pas de l'eau. De l'essence. La demeure de Pierre prend feu, ainsi que le village tout entier. Claire parvient à fuir l'enfer qui a pris possession des lieux mais pas Pierre qui lui, meurt dans l'incendie. Lorsqu'elle monte à bord de son véhicule, elle remarque la présence d'un homme habillé d'une étrange combinaison. Le pare-brise arrière de sa voiture explose et la jeune femme abandonne alors le village sous les flammes...

Réalisé en 1986 par le cinéaste français Robert Enrico, Zone Rouge est une critique féroce mettant à l'honneur mensonges et manipulations. Claire Rousset, c'est l'actrice Sabine Azéma, qui l'année précédente tournait auprès d'Alain Resnais dans L'Amour à Mort et l'année suivante dans Mélo du même auteur. Après Pialat et Police, Richard Anconina rejoint donc l'actrice française dans ce film diabolique dans lequel toute recherche de la vérité de la part de son héroïne va se révéler infructueuse. Anconina, lui, est d'abord une petite vermine, responsable du recouvrement dans une grande entreprise. Bien que son supérieur lui indique de laisser tomber l'affaire en cours (et qui concerne Pierre, l'époux de Claire), Jeff comme Richard Anconina se nomme dans Zone Rouge va pourtant outrepasser ses droits et tenter de se faire un peu « d'argent de poche ». C'est ainsi que les deux personnages se rencontrent. D'abord sur un fâcheux malentendu, ils vont ensuite collaborer pour tenter de savoir pourquoi « on » a incendié tout un village.

Transport de produits hautement toxiques, manipulation des témoins, falsifications de preuves, tout y est pour cacher la vérité. Entre un Jean Bouise qui préfère toucher 300 000 mille francs plutôt que rechercher la vérité et une Sabine Azéma qui ira jusqu'au bout, quitte à mettre sa vie en danger, le torchon brûle. Le petit escroc tenu par Anconina finit par s'affranchir et devient d'une aide miraculeuse. Robert Enrico ne ménage pas ses personnages, quitte à en sacrifier certains, mêmes parmi les fondamentaux. Comme durant cette fin pessimiste qui nous promet malheureusement hors intrigue, une enquête beaucoup plus sérieuse menée de la part du commissaire Mercier, l'excellent Jean-Pierre Bisson. Le cinéaste cultive l’ambiguïté de ses personnages sans que l'on ne sache réellement sur lequel Claire va pouvoir compter.

Zone Rouge est une vision réaliste et plutôt glaçante des médias et des différentes autorités. Le village ayant servi de décor au film est celui du hameau de Celle sur le lac du Salagou dans le département de l'Hérault. D 'ailleurs, le village en a gardé des séquelles puisque l'on peut y voir des traces d'incendie marquant les murs des différentes bâtisses. A noter les présences au générique d'Hélène Surgère (dans le rôle de la mère de Claire), de Jacques Nolot (Pierre), ou encore de Jean Reno qui l'année précédent le tournage de Zone Rouge jouait dans l'excellent Subway de son ami Luc Besson...

mercredi 21 septembre 2016

Pialat/Depardieu : Police de Maurice Pialat (1985)



Alors qu'un réseau de drogue sévit entre Paris et Marseille, l'inspecteur Mangin est sur les nerfs. En questionnant un certain Claude Laouki, il apprend que les frères Slimane en sont les principaux responsables. Avec l'un de ses collègues, il se rend chez l'un d'entre eux, le jeune Simon, qui vit avec une certaine Noria. C'est à ce moment là qu'arrivent Lambert et Marie Vedret. Le premier est avocat et a l'habitude de travailler pour les frères Slimane. Mais il a beau tenter de faire libérer Simon, il n'y parvient pas. Quant à Marie, il s'agit d'une jeune commissaire en fin de stage avec laquelle Mangin va se comporter en véritable macho. Le flic va se comporter très violente envers Noria, mais également envers un individu suspecté d'être l'auteur de meurtres visant des personnes du troisième âge...

Police est la seconde collaboration entre le cinéaste Maurice Pialat et l'acteur Gérard Depardieu. Cinq ans après Loulou et deux avant Sous le Soleil de Satan, le réalisateur lui jette dans les bras pour l'occasion la jeune actrice Sophie Marceau qui jusqu'à maintenant n'a joué que dans les deux volets de La Boum de Claude Pinoteau, Fort Saganne d'Alain Corneau, et son premier Zulawski, L'Amour Braque. Depardieu y incarne un flic robuste, déterminé, un brin macho (voire misogyne), usant de violence quand il cela lui semble nécessaire, face à une Sophie Marceau complice d'un trafiquant de drogue, uniquement intéressée par l'argent. Une menteuse et une voleuse qui n'hésitera pas à voler son compagnon en dérobant le fruit du trafique de ses frères et lui. Contrairement à Loulou, Police semble avoir été interprété de manière beaucoup moins improvisée. Le climat fut orageux sur le tournage et les larmes de l'actrice lors de son interrogatoire face à un Mangin agressif furent réelles. Maurice Pialat exigeant d'elle une interprétation à l'opposé de ce qu'elle avait l'habitude de donner face à la caméra, le trouble de Sophie Marceau n'en fut qu'amplifié.

Aux côtés de Marceau et Depardieu, on retrouve le « duo » formé par Richard Anconina et Sandrine Bonnaire. L'un est l'avocat des voyous, l'autre une jeune prostituée qui a bien du mal à se débarrasser de son ancien maquereau. Maurice Pialat forme ainsi des couples pour le moins étonnant puisque Sophie Marceau et Gérard Depardieu eux-même s'acoquinent l'un et l'autre. Beaucoup plus « ludique » que la première collaboration entre le cinéaste et l'acteur, Police conserve malgré tout les éléments qui donnent au cinéma de Pialat un parfum de vérité. Et cela se voit durant les passionnants interrogatoires dont font l'objet les différents suspects. Avec Loulou, il s'agissait pour Pialat de faire interagir deux milieux sociaux bien différents, ceux d'une jeune femme aisée et d'un voyou. Une fois encore, le cinéaste crée une relation unique entre un flic et une jeune délinquante. Comme entre un avocat et une prostituée. Des mondes qui s'entrechoquent mais qui ne laissent jamais sur le bord de la route une certaine émotion.

Chacun livre à sa manière une très belle interprétation, au point que l'on est loin d'imaginer l'esprit dans lequel a été tourné le film, Anconina et Pialat s'étant régulièrement disputé durant le tournage, ce dernier mettant également à rude épreuve la participation de Sophie Marceau. Émouvante puisque déversant de réelles larmes lors de son interrogatoire, elle a cependant bien du mal à nous faire oublier le personnage de Nelly campé par Isabelle Huppert dans Loulou. Et si la comparaison s'arrête là, les deux œuvres n'ayant aucun rapport, le film aurait sans doute gagné en intensité si Maurice Pialat avait fait le choix d'y faire interpréter le rôle de Noria par Isabelle Huppert. Toujours est-il que Police est un excellent film...
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