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mercredi 6 décembre 2023

Fantasia chez les ploucs de Gérard Pirès (1971) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Avoir dans sa calebasse un casting pareil et nous servir en guise de plat principal un met dont les seules saveurs sont les noms des principaux interprètes, voilà de quoi froncer les sourcils, serrer les poings et les dents, l'écume aux lèvres et l’œil injecté de sang. Des acteurs interchangeables mais pas nécessairement au fait des choix les plus judicieux comme le démontre notamment cette pellicule bien trop déjantée pour être honnête. Gérard Pirès a bien le droit de faire du Yanne, du Lautner ou du Audiard mais encore doit-il entreprendre la chose avec un minimum de savoir-faire. Mireille Darc retrouve Lino Ventura cinq ans après Ne nous fâchons pas de Georges Lautner en 1966 et rencontre Jean Yanne un an avant Laisse aller... c'est une valse ! lui aussi réalisé par Georges Lautner mais cette fois-ci en 1971. Gérard Pirès réunit donc ces trois grands interprètes dans ce qui demeure encore à ce jour l'une des fantaisies cinématographiques hexagonales parmi les plus insupportables qui soient. Ici, ce ne sont pas les ruptures de ton qui fatiguent, épuisent, éreintent et grillent le cerveau mais ces constants changements de rythme et la nature même du récit qui terminent de convaincre que tout ici n'est qu'une manœuvre éhontée cherchant à cacher les innombrables faiblesses d'un script par une accumulation ininterrompue d'actes loufoques. Lesquels atteignent rarement, pour ne pas dire jamais, le niveau requis pour que le public s'esclaffe devant les pitreries de nos trois héros et des seconds rôles qui les accompagnent.


Comme quoi l'on peut aimer se fendre la poire devant un bon Audiard, un Veber ou un Blier-fils, se tordre de rire devant une friandise anglo-saxonne genre Mr Bean, Benny Hill et Les Monty Python ou bien même éclater de rire devant un bon vieux ZAZ tout en demeurant totalement indifférent devant l'affligeant spectacle de trois immenses interprètes s'adonnant à une sorte de gaudriole farfelue même pas digne de figurer dans le même classement que les pires œuvres des Charlots (que j'adore, au demeurant) ou de Philippe Clair (voir Le Führer en folie, c'est vivre les symptômes d'un arrêt vasculaire cérébral sans en être réellement victime). Et si vous trouvez que cette dernière phrase fut bien trop longue, c'est qu'en comparaison vous n'avez pas encore jeté un œil à cette indigeste folie signée de l'auteur de choses plutôt sympathiques comme L'Agression en 1974 ou L'Entourloupe en 1980 mais aussi de Taxi en 1998 et de Double Zéro en 2004. Bref, vous avez compris que le bonhomme est capable de produire du bon grain aussi bien que de l'ivraie. Des rednecks bien de chez nous (Ventura et Yanne), une strip-teaseuse à moitié nue (la délicieuse Mireille Darc), un gangster (l'acteur italien Nanni Loy dans le rôle de Dr. Severance), l'idiot du village Noé (Jacques Dufilho) ou deux flics complètement débiles incarnés par Georges Beller et Rufus. Un trafic d'alcool frelaté, un vol de diamants, des musiques psychédéliques et classiques, des cascades, des courses-poursuites, soit un melting-pot de tout et n'importe quoi pour une œuvre fourre-tout, lourdingue dans son approche mais aussi, au contraire, extrêmement légère lorsqu'il s'agit d'évoquer les dialogues. N'est pas Michel Audiard qui veut... Ah ! J'allais oublier : je ne sais plus où j'ai lu ça mais le film de Gérard Pirès aurait, paraît-il, été l'une des principales sources d'inspiration pour la série culte américaine Shérif, fais-moi peur (The Dukes of Hazzard) créée par Gy Waldron à la fin des années soixante-dix. Comme dirait Eric Zemmour : ''Ben voyons... !''

 

vendredi 31 janvier 2020

Asphalte de Denis Amar (1981) - ★★★★★★☆☆☆☆


Les photos de cet article ont été empruntées à l'excellent blog Ciné-Bis-Art.


Étrange film que cet Asphalte réalisé en 1981 par le réalisateur français Denis Amar et qu'il ne faudra confondre ni avec celui que réalisa Joe May en 1929, ni celui datant de 1959 et réalisé par Hervé Bromberger et encore moins tourné par Samuel Benchetrit et sorti sur nos écrans début 2015. Le récit de cette version datant du début des années quatre-vingt plonge des personnages ordinaires sous un soleil écrasant au tout début des vacances d'été. Un ''rituel'' que partagent des millions de français chaque année et qui dans le contexte du long-métrage qui nous intéresse dans le cas présent se penche sur une dizaine d'individus. Ici, pas question pour Denis Amar de s'interroger sur les préoccupations estivales de nos concitoyens mais plutôt des désagréments que peuvent lier entre eux la chaleur, la vitesse et l’énervement de nombreux automobilistes. C'est donc dans un contexte passablement dramatique que se joue l'histoire de Juliette Delors, Arthur Colonna, Albert Pourrat ou encore le propriétaire de la casse, un certain Caron, ou le chirurgien Kalendarian...

Comme pourra le constater le spectateur, Asphalte semble avoir attiré bon nombre de vedettes du cinéma français. Tout d'abord, la canadienne Carole Laure à laquelle le réalisateur offre un nombre de scènes plus important que pour les autres interprètes. À ses côtés, l'acteur Jean Yanne. Elle, découvre que son amant et marié. Lui, l'aide à se sortir de la merde dans laquelle elle est plongée, privée de la voiture qu'elle croyait appartenir à celui qu'elle aime. Ailleurs, nous découvrons Jean-Pierre Marielle dans le rôle d'un vacancier qui en compagnie de sa petite famille et de quelques amis va être le témoin d'un drame qui le touchera personnellement. Étienne Chicot reçoit quant à lui les véhicule accidentés sur la route tandis que Georges Wilson, vêtu de sa combinaison de chirurgien tente de sauver des vies au bloc opératoire. Outre de nombreux seconds rôles, l’œil averti du spectateur apercevrai au détour d'une scène ou d'une autre, les presque débutants Christophe Bourseiller, Richard Anconina ou encore Christophe Lambert...

Au cœur du récit, donc, le bitume. Des automobilistes, quelques accrochages, et des accidents plus ou moins graves, victimes à l'appui, dont un carambolage assez impressionnant pour l'époque. Des scénettes qui s'enchaînent et des personnages qui se croisent et se partagent la vedette. Le fil conducteur demeure cette immense voie d'accès aux vacances, délivré tel un message préventif autoroutier (attention à la vitesse et à l'alcool au volant). On pourra critiquer la minceur extrême du scénario mais applaudir le casting hétéroclite. Au final, Asphalte est un étrange manège qui s'appréhende davantage comme une œuvre tantôt réaliste, tantôt absurde et où les sketchs s’entremêleraient sans réelle cohésion (ou si peu). Étonnant...

jeudi 27 septembre 2018

Laisse Aller... c'est une Valse de Georges Lautner (1970) - ★★★★★★★☆☆☆



En 1971, l'actrice Mireille Darc retrouve le cinéaste Georges Lautner pour la septième fois. Michel Constantin pour la seconde. Ils interpréteront d'ailleurs ensemble, deux des principaux rôles du quatorzième long-métrage du réalisateur, Ne nous Fâchons pas aux côtés de Lino Ventura et Jean Lefebvre. Quant à Bernard Blier, à l'époque, il est déjà un grand fidèle de Georges Lautner puisque les deux hommes ont en commun sept long-métrages dont Le Septième Juré et Les Tontons Flingueurs. Parmi les principaux interprètes de Laisse Aller... c'est une Valse, Jean Yanne est donc le seul à être convié pour la première (et la dernière) fois par le cinéaste qui une fois encore, s'en donne à cœur joie dans le domaine de la gaudriole en proposant une œuvre mêlant allégrement policier et comédie.

Y joue de ses charmes une Mireille Darc filiforme mais convaincante, face à un Jean Yanne trahi à la suite d'un vol de bijoux. Résultat : trois ans de placard qui ont malgré tout permis à son personnage de faire connaissance avec Michel Beddouk, incarné par Michel Constantin. Serge Aubin s'est donc juré de tuer son épouse Carla à sa sortie de prison et d'aller récupérer les bijoux qu'il a confié à son ami Santini. Malheureusement pour lui, Serge va avoir dans les pattes le nouveau compagnon de Carla un certain comte Charles Varèse (sosie improbable de Al Pacino), ainsi que le commissaire Caillaud, bien décidé à récupérer les bijoux. Mais ce qui va sans doute générer le plus d'ennuis chez Serge et son ancien co-détenu, c'est la présence de Carla pour laquelle il éprouve en réalité toujours les mêmes sentiments. Difficile donc de tenir sa promesse et de lui loger une balle en plein cœur.

Difficile de trouver des points négatifs à développer face à Laisse Aller... c'est une Valse. Dans le genre comédie délirante et surréaliste, l’œuvre de Georges Lautner est à ranger aux côtés de certains Jacques Audiard ou de certains de ses propres longs-métrages (Quelques Messieurs Trop Tranquilles, La Valise, etc...). L'humour et le polar s'y croisent frontalement mais l'absurde le remportant systématiquement sur le sérieux, le spectateur passe le plus clair de son temps à rire devant les péripéties de ses personnages. Mireille Darc y est savoureusement belle, aguicheuse, sensuelle. Michel Constantin y est bougon, mais aussi incroyablement patient devant un Jean Yanne indécis quant à la décision à prendre sur le sort à accorder à sa traîtresse d'épouse. Laisse Aller... c'est une Valse multiplie les situations rocambolesques donc, conviant à la fête des seconds rôles atypiques : Rufus en professeur d'anglais amoureux de Clara, Paul Préboist en pompiste-chasseur regrettant en compagnie de ses potes avinés, l'époque où ils partaient au combat, ou encore Coluche qui incarnait ici à l'occasion de son troisième rôle au cinéma, celui d'un patron de café situé juste en face d'une prison.

Sur un scénario de Bertrand Blier, lequel allait s'attaquer à l'écriture de l'un de ses plus célèbres longs-métrages quatre ans plus tard (Les Valseuses), Georges Lautner compose en sa compagnie des dialogues aux petits oignons. Accompagnée par la musique hétéroclite d'Alan Reeves, l’œuvre de Georges Lautner réserve des situations totalement absurdes. Comme la scène d'amour entre Mireille Darc et Jean Yanne, la fusillade entre le duo d'anciens taulards et les hommes de main du comte Charles Varèse située dans un corps de ferme, ou bien celle qui oppose plus loin les chasseurs et nos trois héros. Au rang des seconds rôles, il ne faudrait pas oublier les courtes mais intéressantes apparitions de Venantino Venantini, de Jess Hahn, de Philippe Castelli, de Daniel Prévost, de Jean-Michel Ribes ou encore de Philippe Khorsand. Georges Lautner signe là une comédie très originale et qui a plutôt bien vieillit...

mercredi 3 janvier 2018

Erotissimo de Gérard Pirès (1969)- ★★★★★★☆☆☆☆



Un an après la grande révolte de Mai 68 durant laquelle des grèves de grande ampleur et des manifestations ont eu lieu sort sur les écrans de cinéma français le premier long-métrage du cinéaste Gérard Pirès, Erotissimo. En vedette, la belle Annie Girardot, Jean Yanne, et Francis Blanche. En entame, les événements de Mai 68. Le film s'inscrit donc directement à l'issue des émeutes et propose une vision très moderne de l'émancipation de la femme à travers l'exploitation de son potentiel érotique par la presse et la publicité. Alors que Philippe (Jean Yanne) est contrôlé par l'inspecteur des finances Butor (Francis Blanche), ce riche PDG d'une entreprise spécialisée dans les accessoires pour bébés délaisse peu à peu son épouse (Annie Girardot), accaparé qu'il est par ce polyvalent qui va, dès lors, éplucher la totalité de ses comptes professionnels et personnels. Sur le ton de l'humour, Erotissimo décline le scénario écrit à six mains par Nicole de Buron, Gérard Pirès et Pierre Sisser sur un mode tout à fait étonnant. En roue libre, le long-métrage ressemble à un collage plus ou moins cohérent de scènes aux multiples aspirations. Du couple qui se délite sous le poids des responsabilités du président directeur général d'une entreprise, jusqu'au questionnement de son épouse qui se demande devant la distance prise par son mari si elle est encore à la hauteur.

Arrive alors à point nommé la réponse à ses turpitudes : la femme moderne se doit d'être sexy. Et même si dehors, certains haranguent les épouses délaissées et refusent l'image de ces femmes soumises au dictât du mâle et des médias, Annie va tout faire pour se reconquérir Philippe.Nouvelle coiffure, passage obligé chez l'esthéticienne, nouvelles robes. Le ravalement de façade une fois accompli, c'est avec désespoir qu'au retour de Philippe, Annie constate que rien n'a changé. Obsédé par le contrôle fiscal dont il est l'objet, le mari ignore sa femme. Aiguillée par une amie dont les avis sont plus ou moins avisés, Annie ne sait plus quoi faire pour attirer l'attention de Philippe. A moins qu'un amant...

Erotissimo, presque cinquante ans après sa sortie, continuera de demeurer un objet filmique non identifié. Ou presque puisque derrière un humour pas toujours immédiat, Gérard Pirès dresse le portrait d'un couple miné par les responsabilités de l'époux. La vie professionnelle prenant le dessus sur la vie privée, ça n'est certes pas nouveau, mais à revoir ce film datant de 1969, année très érotique sublimée en son temps par un certain Serge Gainsbourg qui apparaît justement à la sortie d'un cinéma porno, le style contemporain de l'époque paraît avoir bien vieilli. Les chemises à fleurs ont disparu. Du moins, celles à la mode en cette période très près-Woodstock, festival qui accueillera un demi million d'adeptes de musique folk et rock deux mois après la sortie du long-métrage de Gérard Pirès. Une œuvre contestataire qu'aurait pu finalement réaliser lui-même Jean Yanne, surtout qu'il réalisera lui-même quelques brûlots contestataires particulièrement jouissifs dont le scandaleux (pour l'époque), Tout le Monde il est Beau, Tout le Monde il est Gentil.
Erotissimo est aussi l'occasion aujourd'hui pour l'amateur, de retrouver des gueules bien connues du grand et du petit écrans : Rufus dans le rôle du comptable de Jean Yanne, l'acteur italien Venantino Venantini dans celui de (l'amant) Sylvio, les animateurs Jacques Martin et Fabrice, les chanteurs Nicole Croisille, Jacques Higelin et Serge Gainsbourg, donc, ou encore Daniel Prevost et jacques Balutin.

Le montage est parfois ultra-nerveux. Les situations sont souvent pittoresques. Annie Girardot est magnifique (le film est l'occasion de la voir porter une grande panoplie de robes), Jean Yanne toujours aussi savoureusement bougon, Francis Blanche délicieusement retors. Une œuvre sur le couple, ses déchirements (ici traités sur un ton beaucoup moins triste que n'aurait pu le laisser supposer le sujet), les médias, la société. Un long-métrage incongru, atypique, contemporain en son temps, mais aujourd'hui, quelque peu anachronique. A voir pour son originalité et ses interprètes...

dimanche 31 décembre 2017

Chobizenesse de Jean Yanne (1975) - ★★★★★★☆☆☆☆



Comme pour tous ses films sauf les deux derniers qu'il réalisa respectivement en 1982 (Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ) et 1984 (Liberté, égalité, choucroute), l'écrivain, humoriste, réalisateur et compositeur français Jean Yanne a produit lui-même Chobizenesse, son quatrième long-métrage en tant que cinéaste. Un moyen fiable d'avoir un contrôle total sur la réalisation, le casting ainsi que sur le produit définitif. Jusqu'à maintenant, il avait confié la musique au compositeur Michel Magne, s'occupant lui, des paroles. Désormais, Jean Yanne écrit lui-même sa propre bande-son, confiant les arrangements et les musiques additionnelles au pianiste et compositeur de musiques de films Raymond Alessandrini ainsi qu'à Claude Germain. Plus attiré que jamais par la chanson, le cinéaste profite du thème abordé du monde du spectacle et des marchands d'arme, s'inspirant ainsi directement de son précédent long-métrage Les Chinois à Paris, financé par le chef d'entreprise dans l'industrie aéronautique et de l'armement Serge Dassault, pour écrire ce qui s'apparente à une comédie musicale.
Peut-être moins inspiré, Chobizenesse n'est est pas moins une très bonne comédie qui malheureusement n'a pas rencontré son public lors de sa sortie en France au mois d'octobre 1975 puisqu'il n'attirera sur le territoire tout entier, qu'un peu plus de cinq-cent cinquante mille spectateurs. Pourtant, l'ambition est là. Un spectacle permanent. À la limite de la décadence. Du moins, dans l'esprit de ce que Jean Yanne a accompli jusque là.

Chobizenesse nous narre le récit de Clément Mastard (interprété par Jean Yanne lui-même), directeur de théâtre et dirigeant de revues de music-hall qui après un dîner en compagnie de la célèbre comédienne Célia Bergson se voit offrir l'opportunité de monter une pièce de grande ampleur financée à hauteur de cinq-cent mille francs par quatre frères, marchands d'armes et spécialisés dans l'acier. Mais pour cela, il va devoir faire des concessions. Il abandonne tout d'abord son projet initial et la nouvelle pièce tourne autour de l'acier. C'est un échec. D'abord frileux, Armand Boussenard et ses trois frères finissent par accepter l'idée d'introduire le sexe au cœur de la pièce. Le compositeur attitré de Clément Mastard ayant perdu son inspiration, ce dernier fait appel au musicien de génie Jean-Sébastien Bloch (voyez la source d'inspiration), ancien compositeur des pièces avant-gardistes de Célia Bergson. Mais l'homme se montre très violent envers Clément, rejetant l'idée de composer pour des pièces de théâtre. Soupçonné d'avoir poussé par la fenêtre la prostituée qui l'abritait chez elle, Bloch se réfugie cher Clément qui le protège en échange de quoi, il lui demande d'écrire la symphonie de son prochain spectacle...

L'un des principaux soucis de Chobizenesse demeure dans le fait qu'il se disperse aux quatre vents et manque le coche de la vraie bonne critique sociale. Jean Yanne hésite entre caricaturer l'un des aspects sous-jacents de son précédent film, et centrer le récit sur le personnage mégalomane de Jean-Sébastien Bloch, par ailleurs excellemment interprété par l'acteur Robert Hirsch. Jean Yanne évoque également la montée de la pornographie qui s'est libéralisée quelques années auparavant dans le monde occidental. Le scénario n'ayant pas véritablement de cohérence, on assiste avant tout à un show comme sait les orchestrer Jean Yanne. On assiste le plus souvent à un spectacle musical qu'à une véritable critique de la société même si à intervalles réguliers, son auteur rappelle qu'il écrit avant tout pour attirer l'attention des spectateurs sur les dysfonctionnements de notre société. Pour son quatrième long-métrage, Jean Yanne change complètement d'interprètes. Exit les Bernard Blier, Jacques François, Nicole Calfan, Michel Serrault, Paul Préboist ou Daniel Prévost. 

Désormais, il faut compter sur Robert Hirsch donc, Catherine Rouvel, Denise Gence, carrément hallucinante dans le rôle de l'épouse-mégère de Bloch, le cinéaste évoquant ici un prolétariat sous-cultivé et vivant dans des quartiers insalubres, Hubert Deschamps, l'irrésistible Paul Le Person, Guy Grosso, ou encore Georges Beller, lequel joua l'un des principaux personnages de la série Médecins de Nuit et fut l'animateur de la célèbre émission de télévision diffusée sur Antenne 2 dans les années quatre-vingt dix, Jeux sans frontières. L'on retiendra de Chobizenesse des chansons amusantes, barrées, dans l'esprit des œuvres écrites par Michel Magne pour les précédents longs-métrages de Jean Yanne, un spectacle permanent, haut en couleurs, tout en demeurant prodigieusement kitsch ! Pas le meilleur de son auteur, mais tout à fait regardable si l'on excepte le fait qu'après quarante-deux ans après sa sortie, le film a pris, comme les autres d'ailleurs, un méchant coup de vieux.

samedi 30 décembre 2017

Moi y'en a vouloir des Sous de Jean Yanne (1973) - ★★★★★★★☆☆☆



Pour son second long-métrage en tant que réalisateur après Tout le Monde il est Beau, Tout le Monde il est Gentil, l'acteur, réalisateur, humoriste et écrivain (entre autres talents) français Jean Yanne s'attaque cette fois-ci au monde du capitalisme et lui oppose celui du prolétariat. Il y tient le rôle du conseiller financier d'un grand groupe qui, après avoir été licencié, se rapproche de son syndicaliste d'oncle qui n'a jusqu'à aujourd'hui vu son neveu que comme un capitaliste s'enrichissant sur le dos des prolétaires. Ayant moyennement apprécié d'être viré, Benoît Lepape décide donc de prendre les choses en main et de se venger du capitalisme et achetant une entreprise visant à avoir le monopole dans le domaine de l'industrie. Mais pour cela, il faut de l'argent: c'est pourquoi, avec l'aide de son oncle Adrien Colbart, leader syndical de la CGI, il va tenter de convaincre les membres du syndicat d'investir à l'aide des fonds récoltés l'achat d'une entreprise fabriquant des vélos. Une fois la chose accomplie, et puisqu'il faut bien que celle-ci soit rentable, il crée une journée sans voitures. Contre la pollution. Ce qui aura pour conséquence l'augmentation des ventes de bicyclettes. De grosses sommes d'argent rentrent dans les caisses et ceux qui jusqu'à aujourd'hui s'imaginaient comme les portes-drapeaux du prolétariat veulent désormais en croquer. Entre Benoit et son oncle, c'est la rupture. Trahi par ce dernier, l'ancien conseille financier se rapproche de précédent employeur, lequel lui propose au vu des résultats qu'il a obtenu, le poste de vice-président. Alors que Benoit et son oncle entrent en guerre, celui qui était parvenu à faire la fierté de du leader de la CGI va connaître une ascension fulgurante, attirant le mépris des syndicats et même, plus étonnant, d'une ligue féministe dirigée Nicole, la fille de l'un de ses plus vieux amis, le curé Léon...

Bien que Moi y'en a vouloir des Sous emprunte la forme d'une comédie, le message social de Jean Yanne et Gérard Sire (les deux hommes ont collaboré à l'écriture du scénario), le fond se veut beaucoup profond qu'il n'y paraît. Jean s'attaque en effet une nouvelle fois à notre société mais sous un angle différent de son précédent long-métrage. Désormais, il s'en prend aux grands. A ceux qui détiennent le pouvoir. Mais plus que de simplement opposer ses personnages dans une lutte des classes envisageant d'un côté le Bien, et de l'autre le Mal, il construit avec une certaine aisance le récit d'un individu rejetant les codes du capitalisme tout en étant malheureusement lui-même happé par la réussite sociale et financière.

Plus que le monstre qu'il aurait pu devenir, son personnage garde ses distances avec la réussite et malgré les apparences demeure l'homme proche du peuple qu'il a toujours été. Face à lui, un Bernard Blier qui excelle dans le rôle du leader syndicaliste qui quoi qu'on en dise, jalouse son neveu. Moi y'en a vouloir des Sous étudie les méthodes de fonctionnement d'une entreprise vouée à la réussite. Jean Yanne va jusqu'à faire évoluer celle de son personnage au delà des frontières nationales. Un individu condamné à la réussite. C'est ainsi qu'intervient le burlesque. Lorsque Benoit Lepape tente de perdre de l'argent mais n'en fait qu'en gagner davantage. Pire, celui auquel tout un chacun devrait se référer se voit lui aussi menacé de mouvements de grève. Le film démontre que quoi qu'il arrive, le mécontentement peut gronder. Nicole Calfan qui n'a qu'une très courte carrière d'actrice au moment d'interpréter le rôle de Nicole excelle en militante féministe virulente. Michel Serrault incarne Léon, le curé, tandis que le toujours excellent Jacques François est le fondé de pouvoir, Delfaut. 

On découvre parmi les nombreux interprètes Daniel Prévost, Jean-Marie Proslier (en vicaire), Ginette Garçin ou Paul Préboist dans le rôle du policier Vergeot. Comme cela était le cas pour Tout le Monde il est Beau, Tout le Monde il est Gentil, Jean Yanne attache une importance fondamentale à la musique. Une fois encore, il fait appel au musicien et compositeur français Michel Magne et convoque même lors d'une scène située dans l'église généreusement offerte par le héros le groupe de zeuhl (rock, jazz, avant-gardisme et chorale), Magma. Si Moi y'en a vouloir des Sous a quelque peu vieilli, le plaisir de (re)voir est là, témoignage d'une époque malheureusement révolue...

jeudi 3 août 2017

L'imprécateur de Jean-Louis Bertuccelli - ★★★★★★☆☆☆☆



A la suite du décès d'Arangrude, cadre chez Rosserys & Mitchell, tous les employés de l'entreprise siégeant à la tour Montparnasse reçoivent des rouleaux contenant des messages qui inquiètent chaque membre de la multinationale franco-américaine, du plus petit d'entre eux jusqu'au plus haut cadre. Au sommet de la hiérarchie, Saint-Ramé. L'homme envers lequel le directeur à le plus confiance est le directeur des relations humaines. Alors qu'un message audio a été diffusé par celui que tout le monde appelle désormais l'Imprécateur dans les locaux de Rosserys & Mitchell, c'est à ce dernier qu'est confié la lourde tâche d'enregistrer la voix de chaque employé afin de découvrir qui parmi eux est le trouble-fête.
Mais alors même que la situation s'aggrave, et que les soupçons se portent selon les américains sur l'homme de confiance de Saint-Ramé, l'immeuble est semble lui-même en proie à des défaillances techniques et des incidents au niveau des fondations de l'édifice. En effet, construit au dessus d'un vaste réseau de galeries souterraines, l'Imprécateur a usé de malveillances et a mis en danger la structure même de la tour. C'est ainsi qu'une équipe est formée autour de Saint-Ramé, du directeur des relations humaines, des américains et d'un proche collaborateur, Roustev, afin de découvrir le repaire de celui qui semble s'être frayé un chemin entre les locaux de Rosserys & Mitchell et le cimetière qui jouxte la tour...

Adapté du roman éponyme de l'écrivain français René-Victor Pilhes, L'Imprécateur est un film étrange. Presque un songe, un entrelacs de vision froides, rudes, et désenchantées d'une entreprise dont les fondations vont faillir à cause de la seule présence d'un homme dont on ne connaîtra l'identité qu'à la toute fin du long-métrage signé par le réalisateur et scénariste français Jean-Louis Bertuccelli, lequel a été assisté par le metteur en scène, scénariste et réalisateur Jean-Claude Sussfeld. Des fondations à prendre dans les différentes définitions du terme puisqu'au delà même des structures bétonnées qui maintiennent debout cet immense édifice comptant des milliers d'employés, c'est toute la mesure d'une entreprise rompue qui est mise à mal au travers de campagnes de dénigrement considérées injustes, le directeur espérant pouvoir compter sur l'appui de ses collaborateurs pour inverser la vapeur.

L'Imprécateur, c'est aussi et surtout des interprètes de premier choix : Michel Piccoli, Jean Yanne, Jean-Pierre Marielle, Jean-Claude Brialy, Michael Lonsdale, ou encore Marlène Jobert, l'une des rares représentantes féminine du métrage. Eux mais aussi quelques interprètes internationaux tels l'acteur américain Charles Cioffi et l'allemand Anton Diffring. Plus encore que la femme, s'il persiste une catégorie remisée au placard et pourtant représentée dans la réalité par le plus grand nombre : les petits salariés. Car oui, l'intrigue repose uniquement sur ses cadres les plus importants. Ce sont même ces derniers qui iront jusqu'à patauger dans la merde lors d'une scène située dans les égouts assez curieuse. Un ballet chaotique, une danse à la lumière des torches filmée en contre-plongée assez confuse mais laissant curieusement une drôle d'impression.
Nous sommes à la lisière d'une œuvre fantastique cauchemardesque se concrétisant à travers des dialogues et une interprétation qui ne cherchent jamais vraiment à divertir les spectateurs, la musique composée par  Richard Rodney Bennett participant vivement à l'ambiance générale du film. Une austérité que se ressent de la première à la dernière minute. Réalisé en 1977, L'Imprécateur demeure à ce jour une curiosité. À découvrir...

samedi 21 janvier 2017

Armaguedon d'Alain Jessua (1976) - ★★★★★★☆☆☆☆



Neuf longs-métrages seulement à l'actif du cinéaste, producteur (il produit lui-même ses œuvres), scénariste et romancier français Alain Jessua, mais autant de films qui marquent les esprits. Armaguedon pointe le bout du nez en 1977. On y retrouve l'acteur Jean Yanne auquel Jessua avait offert son tout premier rôle au cinéma dans La Vie à L'Envers en 1964, Michel Duchaussoy qui joua dans Jeu de Massacre en 1967 et Alain Delon auquel il offrit l'un des deux principaux rôles dans Traitement de Choc. Jean Yanne EST Armaguedon. Un petit employé des espaces verts qui après la mort de son frère hérite d'une très grande somme d'argent. De quoi changer de vie. Mais lui ne va pas changer de voiture, de maison... ou de femme (!). Non, lui va se venger d'une société qu'il méprise. Pour cela, il va narguer les polices du monde entier en leur envoyant des messages de menace enregistrés sur bande magnétiques. Lancé à la recherche du mégalomaniaque, l'inspecteur Jacques Vivian va faire appel au Docteur Michel Ambroise afin de mettre la main sur Louis Carrier, celui que toute la presse nomme désormais sous le nom d'Armaguedon avant que celui ne mette à exécution son plan machiavélique : faire exploser une bombe lors d'une émission télévisée diffusée en direct à la télévision française...

Armaguedon, on l'aura compris, n'a rien à voir avec l’œuvre de Michal Bay Armageddon sortie en 1998 et qui de toute manière propose une orthographe différente. Ici, pas d'astéroïde géant filant tout droit vers notre planète mais un danger tout aussi préoccupant puisque la science est incapable (ou presque) de prévoir à l'avance quand agira celui que tout le monde nomme Armaguedon. Un terme inspiré de l'Harmaguédon, un mont situé en Galilée et lieu symbolique du combat entre le bien et le mal mentionné dans le Nouveau Testament. Bien que le personnage de Jean Yanne soit présenté comme un être intelligent (il a apprit cinq langues et met en place un stratagème relativement bien conçu), ce pseudo qu'il se donne, il ne se l'est accaparé que parce que son fidèle complice Albert, dit Einstein, lisait justement un ouvrage concernant un passage de la Bible.

Comme le précise si bien le Docteur Michel Ambrose (Alain Delon), Louis Carrier est un homme qui apparaît comme un individu miné par la solitude et désirant faire parler de lui. Au risque d'emporter la vie de plusieurs personnes (dont un Michel Creton qui paiera de sa vie son désir de profiter pécuniairement des projets d'Armaguedon), il va s'aider d'Einstein (l'acteur Renato Salvatori), un pauvre ère, à la limite de la débilité, et reflétant l'image de l'immigré perdu dans un pays qui n'est pas le sien ( thème que le cinéaste Roman Polanski avait déjà évoqué d'une manière tout à fait différente dans son chef-d’œuvre Le Locataire). Un individu pour lequel, on le constatera assez vite, Carrier n'a pas davantage d'estime que pour ses concitoyens puisque cet immigré italien servira lui-même ses desseins et ce, de la manière la plus terrible.

Armaguedon est sombre, désespéré, et d'un fort pessimisme. La musique composée par le compositeur argentin Astor Piazzolla imprime à l’œuvre d'Alain Jessua une atmosphère angoissante et déprimante. Il s'agit d'une charge féroce à l'encontre des politiques du monde entier. Le personnage très bien campé par Jean Yanne s'érige en défenseur de ses concitoyens qui pourtant lui riront au nez et à la barbe lorsqu'il exigera que soit diffusé en direct son parcours personnel lors d'une émission télévisée. Le film d'Alain Jessua sort deux ans après Peur sur la Ville de Henri Verneuil. Autre variation sur la folie engendrée par la civilisation. Mais alors que l’œuvre mettant en scène Jean-Paul Belmondo revêtait une forme particulièrement divertissante, le film d'Alain Jessua, comme très souvent chez lui, dégage une profonde impression de tristesse. Ce qui ne remet cependant pas en question ses qualités d’œuvre cinématographique...

mardi 6 décembre 2016

Fallait Pas ! de Gérard Jugnot (1996)



De retour d'un stage commando à la montagne, Bernard Leroy perd le contrôle de son véhicule et s'enfonce dans une congère. Sa voiture en panne, il ne lui reste plus qu'à trouver de l'aide. Il la trouve dans un chalet. Suppliant l'homme qui l'accueille de l'autoriser à appeler un garage, ce directeur des ressources humaines constate avec effroi qu'il est tombé au beau milieu du suicide collectif d'une secte dont les principaux responsables, Magic et Aimé Solomuka, ont l'intention, eux, de partir ensuite avec les deux millions de dollars qu'ils ont récolté auprès de leurs disciples. En tentant de trouver un moyen de s'enfuir, Bernard tombe sur Sébastien Couliboeuf qui contrairement aux autres disciples n'a pas eu le courage de boire le breuvage empoisonné leur permettant de se « libérer de leur écorce charnelle ». Tous les deux prennent la fuite à bord du véhicule de Magic et Solomuka sans se douter qu'à l'arrière du véhicule repose une mallette contenant les deux millions de dollars. Poursuivis par les deux hommes, Bernard et Sébastien tentent de quitter la région, le premier étant attendu par sa future femme, ses beaux-parents, ainsi que les siens, venus assister le lendemain à midi à la réception qui doit honorer l'union de Constance et de Bernard...

Sixième long-métrage réalisé et interprété par Gérard Jugnot, Fallait Pas ! se situe très exactement entre Casque Bleu et Meilleur Espoir Féminin. Cette petite comédie familiale n'est sans doute pas ce que l'acteur réalisateur a fait de mieux, elle n'est même pas la plus appréciée de ses œuvres, et pourtant, Fallait Pas ! mérite qu'on lui accorde un minimum d'intérêt ne serait-ce que pour l'agréable moment que ses personnages nous font vivre. Si l’œuvre de Gérard Jugnot ne bouleversera sans doute pas notre existence après que nous l'ayons découverte, à vrai dire, on s'en fiche un peu. Il s'entoure de quelques têtes d'affiches sympathiques comme ses anciens compagnons Martin Lamotte et Thierry Lhermitte. Le premier ayant fait partie du Café de la Gare et le second (tout comme Jugnot lui-même) de l’Équipe du Splendid. Egalement au casting, les acteurs Jean Yanne, Claude Piéplu et François Morel, ainsi que les actrices Michèle Laroque, Micheline Presle ou encore Sophie Desmarets.

Une comédie pleine d'action, dont le rythme enlevé empêche l'ennui de s'installer. Si le scénario est relativement simpliste, du côté des gags, même s'ils ne sont pas toujours très amusants, on en relève quelques sympathiques. Gérard Jugnot invente des situation rocambolesques. Entre son personnage de DRH « lié » au disciple d'une secte un peu poltron, un gourou qui passe son temps à « siffler » de mécontentement suivi par un Martin Lamotte fort drôle, de faux parents excentriques et une belle-mère acariâtre, Fallait Pas ! a de quoi nous divertir durant une bonne heure et demi.
On aurait pu s'attendre à une critique finement ciselée des milieux sectaires mais non. Jugnot délaisse l'aspect de ce sujet sensible (pourtant d'actualité à l'époque où le film a été tourné) pour se concentrer sur deux individus qui n'ont pas grand chose en commun en dehors d'être peu aventureux. Leur aventures, justement, vont les contraindre à prendre sur eux et devenir davantage téméraire que dans leur quotidien. Fallait Pas !n'est définitivement pas un grand film mais accorde à ceux qui le regarderont le privilège de passer un agréable moment de détente. Que demander de plus.. ?

mercredi 18 février 2015

Que La Bête Meure de Claude Chabrol (1969)



La Bretagne, 3 Janvier. Le petit Michel Thenier revient de la pèche lorsqu'il est renversé par une voiture roulant à vive allure. Le chauffeur ne s'arrête pas et continue sa route tandis que le corps de Michel gît sur le pavé. L'enfant meurt et son père, Charles, traumatisé par la mort de son fils, passe trois mois dans un hôpital psychiatrique. A l'issu de ce séjour, il retourne chez lui après avoir demandé à sa gouvernante Madame Lavenes de faire disparaître tout ce qui pourrait lui rappeler Michel.

Charles n'a désormais plus qu'un objectif : trouver celui ou celle qui a causé la mort de son fils. Durant cinq jours il retourne dans les environs du drame afin de recueillir un maximum d'éléments qui pourront l'aider à mettre la main sur l'identité du coupable. Il a en sa possession un petit carnet dans lequel il note tout ce qui lui passe par la tête. De la manière dont il va se venger, à celle qui va l'amener à l'assassin. Mais il a beau chercher, Charles ne parvient pas à mettre la main sur celui qui a tué Michel. L'écrivain ne peu désormis compter que sur le hasard. Et d'ailleurs, c'est le hasard qui le va le pousser vers celui qu'il cherche depuis des jours.

Sur une petite route de campagne, et alors que la pluie tombe à verse, Charles s'embourbe au milieu d'un chemin de terre. Heureusement pour lui, un homme passe par là et vient lui apporter son aide. Il apprend de cet homme qu'un véhicule s'est déjà retrouvé dans cette situation. Une mustang dont l'avant était abîmé. Conduite par un homme accompagné d'une jeune femme célèbre, la voiture s'était elle aussi embourbée, au même endroit. Le paysan se souvient très exactement de la date : le 3 Janvier, jour où le petit Michel a perdu la vie...

Que La Bête Meure est sans doute l'un des cinq meilleur films de Claude Chabrol. C'est encore une fois la bourgeoisie d'une petite province (cette fois-ci bretonne) qui sert de toile de fond à un drame éprouvant. Celui d'un homme dont le fils a été renversé par une voiture dont le propriétaire a pris la fuite. Facile alors de se mettre à la place du père et d'imaginer un scénario similaire au sien. Qui aurait envie d'oublier sans même penser à se venger ? Personne évidemment.

Mais comment permettre à cet homme qui part de rien de retrouver la piste du meurtrier sans tomber dans le grotesque ? C'est là le talent du grand Chabrol qui devance les a-priori du spectateur en leur proposant la seule issue finalement valable à la réussite du héros. Ce hasard qui parfois tombe à pique et qui ici permet à l'histoire de tenir la route et de relancer une intrigue qui tournerait sinon en rond.
Le personnage de Charles (campé par Michel Duchaussoy) n'est pas cet homme dur que l'on aurait pu imaginer. Il demeure de bout en bout d'un calme olympien, ce qui le différencie et crée un contraste saisissant avec celui de Paul Decourt (Jean Yanne) le coupable en question. Un homme que l'on déteste immédiatement. Un type dont la mort ne touchera personne, si ce n'est sa propre mère au tempérament similaire. L'intelligence du cinéaste est de faire évoluer le récit vers une voie inattendue. Le schéma classique de la vengeance est ici détruit jusqu'à la conclusion puisque cette haine dont Paul Decourt fait l'objet crée un nid de rancœur dont presque tous les personnages finissent par désirer sa mort.

Faisant référence à quelques écritures antiques célèbres, Que La Bête Meure a l'intelligence de ne pas se constituer comme une simple histoire de vengeance mais s'offre parfois des dialogues riches et une interprétation sensible et remarquable...

vendredi 6 février 2015

Le Boucher de Claude Chabrol (1969)



Trémolat, petit village du Périgord, est en effervescence. On y célèbre le mariage de l'instituteur Léon Hamel et de sa future épouse. Y assistent tous les habitants du village dont le boucher Paul Thomas, dit Popaul, ainsi que l'institutrice et directrice de l'école de Trémolat, Hélène David. Une relation amicale découle entre eux de cette journée festive et ils se retrouvent régulièrement dans l'appartement qu'occupe Hélène au dessus de l'école.

Alors que dans la région une jeune femme a été retrouvée égorgée, la police et la gendarmerie enquête dans les environs de Trémolat. Un jour, Hélène propose à Popaul de l'accompagner dans les bois afin d'y cueillir des champignons. C'est l'anniversaire de celui-ci et la jeune femme en profite pour lui faire un cadeau : Un briquet.

Quelques jours plus tard, l'institutrice emmène sa classe en promenade au sommet d'une colline. Quand vient l'heure de déjeuner, l'une de ses élèves reçoit quelques gouttes de sang tombées d'un rocher situé au dessus d'elle. Demandant à ses élèves de rester tranquilles, Hélène monte voir ce qui se passe et trouve le corps de la jeune épouse de Léon Hamel morte dans les mêmes circonstances que la première victime.

Elle découvre également aux cotés du cadavre le briquet qu'elle a offert quelques jours auparavant à Paul...

Réalisé en 1969, Le Boucher de Claude Chabrol marque la seconde collaboration entre le cinéaste et l'acteur Jean Yanne (après La Ligne De Démarcation et avant Que La Bête Meurt et Madame Bovary). Contrairement à une bonne partie de ses œuvres, Claude Chabrol ne peint ici aucun portrait social. La bourgeoisie est absente et le film se contente de suivre la relation ambiguë entre un boucher et une institutrice. Jean Yanne n'est ici pa le serial killer emblématique que l'on trouve dans pas mal d’œuvres américaines. Pour le coup, il s'agit là d'un Monsieur tout le monde insoupçonnable que Stephane Audran (l'institutrice en question) finira malgré tout par imaginer être l'assassin qui sévit dans la région avant de se rétracter devant l'intelligence de celui qui ira jusqu'à détourner l'attention de la jeune femme en rachetant à Périgueux une copie de l'objet trouvé aux cotés de la seconde victime.

Le Boucher est un petit bijou plein de sensibilité qui ne verse jamais dans le gratuit et préfère construire son film autour d'une relation d'amitié. Il y a cependant quelque chose de vénéneux dans cette œuvre, et qui trouve son paroxysme à la toute fin du film. Une sensation gênante à laquelle n'est pas étranger le compositeur Pierre Jansen qui signe une partition vraiment troublante. Yanne et Audran s'amusent comme deux enfants jouant au chat et à la souris. Ils se cherchent sans jamais vraiment se trouver, chacun avec sa propre histoire, son vécu personnel.

Le Boucher aurait sans doute mérité de durer quinze ou vingt minutes supplémentaires histoire d'étoffer l'aspect criminel du récit, ce qui n'aurait pas entaché l'intrigue qui de toute manière demeure ici particulièrement mince. Mais ne boudons pas notre plaisir puisque le film est un excellent Chabrol, parmi les meilleurs même, et permet de découvrir un Jean Yanne loin du cynisme qu'on lui connaît mais toujours aussi savoureux. A noter que le film a été en grande partie une source d'inspiration pour l'excellent Entre Ses Mains d'Anne Fontaine...
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