Bienvenue sur Cinémart. Ici, vous trouverez des articles consacrés au cinéma et rien qu'au cinéma. Il y en a pour tous les goûts. N'hésitez pas à faire des remarques positives ou non car je cherche sans cesse à améliorer le blog pour votre confort visuel. A bientôt...

Labels


Affichage des articles dont le libellé est Michael Lonsdale. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Michael Lonsdale. Afficher tous les articles

mercredi 22 mai 2024

Le nom de la rose de Jean-Jacques Annaud (1986) - ★★★★★★★★★★

 


 

Le Nom de la rose ou, L'apocalypse selon Saint-Jean...Jacques Annaud. Adaptation du roman de l'écrivain et érudit italien Umberto Eco, le long-métrage reçu en 1987 le César du meilleur film étranger, trois rubans d'argent décernés par le Syndicat national des journalistes cinématographiques italiens ou encore les prix du meilleur acteur pour Sean Conney et de la meilleure direction artistique aux Deutscher Filmpreis remis par l'académie du film allemand. Touche à tout, capable de réaliser une comédie un peu amère sur le monde du football avec un Patrick Dewaere absolument magistral (Coup de tête, en 1979), de mettre en scène des tribus de néandertaliens à l'époque de l'âge de pierre convoitant le feu (La guerre du feu, en 1981), de mettre en scène deux ours dans les principaux rôles (L'ours, en 1988) ou beaucoup plus récemment de revenir sur la tragédie qui toucha l'un des monuments historiques et religieux les plus remarquables de notre pays avec Notre-Dame brûle en 2022. Une carrière de cinéaste riche d'une quinzaine d’œuvres dont Le nom de la rose pourrait être envisagé comme la somme de tout ce qui constitue le cinéma du réalisateur français. Adaptation d'un roman (comme pour L'amant en 1992), œuvre historico-religieuse, thriller, policier, touche d'érotisme, énigmes, meurtres, théologie, le film repose à l'origine sur de solides connaissances. Celles d'Umberto Eco qui en 1954 fut diplômé à l'université de Turin grâce à une thèse consacrée au religieux Saint Thomas d'Aquin de l'ordre dominicain ou pour avoir étudié la Scolastique, philosophie qui explorait l'idée d'un rattachement entre la théologie chrétienne et la philosophie grecque. De ses nombreuses connaissances dépassant le simple cadre des exemples cités ci-dessus, l'écrivain italien tire plusieurs romans dont le plus célèbre d'entre eux reste sûrement Le nom de la rose. Un ouvrage qui se vendra par millions et sera traduit dans quarante-trois langues. Alors qu'il sera adapté sous diverses formes aussi incongrues qu'un jeu-vidéo ou une pièce radiophonique, le premier à s'emparer du récit est donc le réalisateur français Jean-Jacques Annaud dont la renommée est mondiale depuis plus de dix ans avec la sortie de La guerre du feu, lequel remportera notamment quatre César en 1982 ou l'Oscar des meilleurs maquillages l'année suivante. Pour une adaptation aussi considérable que celle du Nom de la rose, le film sera financé à hauteur de vingt millions de dollars.


Ce qui de nos jours peut paraître ridicule mais qui, il y a presque quarante ans maintenant, était tout de même une somme très importante. Autre ''détail'' qui a son importance : le casting. Afin d'incarner le personnage de William de Baskerville (renommé Guillaume dans la version française), il fallait un acteur de poids. Et cela sera en la personne de Sean Connery, star mondiale d'origine britannique qui pour beaucoup demeure encore aujourd'hui comme la plus fameuse représentation physique du personnage de James Bond créé en 1953 par le journaliste et romancier spécialisé dans l'espionnage, Ian Fleming. Enchaînant les succès (ceux de Highlander de Russell Mulcahy ou Les Incorruptibles de Brian De Palma suivront celui du Nom de la rose), l'acteur imprime à son personnage une patte véritablement authentique. À ses côtés, Jean-Jacques Annaud et le personnel chargé de la distribution des rôles (parmi lesquels notre Dominique Besnehard national) offrent à un jeune interprète alors pratiquement inconnu son premier véritable rôle important. En effet, alors âgé de dix-sept ans Christian Slater se voit offrir l'opportunité de suivre les pas du franciscain Guillaume de Baskerville en interprétant quant à lui celui du novice Adso de Melk. Alors qu'un événement d'importance doit se produire dans les prochains jours, une série de meurtres affolent les moines d'une abbaye bénédictine au sein de laquelle Guillaume de Baskerville va donc être chargé par l'abbé (excellent Michael Lonsdale) d'enquêter. Le décor saisissant du Nom de la rose, n'en déplaise à ceux qui voudraient encore aujourd'hui explorer les espaces extérieurs du site, proviennent en partie de l'ancienne abbaye cistercienne Abbaye d'Eberbach située près Eltville dans le land de Hesse en Allemagne. C'est dans ce très spectaculaire édifice que furent donc tournés les intérieurs. Concernant les nombreuses séquences tournées en extérieur, le château Castel del Monte situé dans la commune d'Andria en Italie servit de source d'inspiration à l'élaboration des remarquables décors tournés au sein même de la fictive abbaye bénédictine. Auréolé à plusieurs reprises de prix le distinguant de la concurrence pour la qualité de sa photographie et de ses décors, le directeur de la photographie Tonino Delli Colli et le chef décorateur Dante Ferretti, tous deux d'origine italienne portèrent sur leurs épaules la responsabilité d'une œuvre visuellement aussi flamboyante que mystique et horrifiante !


Lorsque William de Baskerville interroge le jeune Adso de Melk en lui posant la question ''Connais-tu un seul endroit où Dieu se soit jamais senti chez lui ?'', le personnage définit ainsi l'impression permanente d'un site abandonné par le Créateur au profit d'un Mal dont la présence est signée par l'indigence, la pauvreté, la crasse et les nombreuses morts inexpliquées... Cinq millions de spectateurs se rendront en salle lors de la sortie du Nom de la rose et assisteront à un spectacle aussi grandiose qu'austère, où l’Église et l'Inquisition ''prendront cher'', mais lors duquel leur température aura également l'occasion de monter de quelques degrés lors d'un accouplement ''contre-nature'' entre ce gamin en permanence apeuré, aux abois et parfois intrigué qu'est Adso de Melk, alors en période d'épreuves avant de pouvoir prononcer ses vœux définitifs et une jeune sauvageonne (l'actrice chilienne Valentina Vargas) avec laquelle il aura une courte relation sexuelle. Concernant les personnages plus ou moins secondaires, outre la remarquable présence du franco-britannique Michael Lonsdale dans le rôle de l'abbé comme cité plus haut, le long-métrage dresse une stupéfiante galerie de portraits. Une distribution des rôles démente permettant de faire incarner les rôles les plus importants comme les simples figurants à des interprètes dotés de ''gueules'' souvent incroyables. Jean-Jacques Annaud retrouve notamment l'acteur américain Ron Perlman cinq ans après lui avoir mis le pied à l'étrier du cinéma avec La guerre du feu dans lequel il interprétait Amoukar. Cette fois-ci, pourvu de remarquables prothèses faciales et dorsales, il incarne le bossu Salvatore. Créature patibulaire assez terrifiante la première fois qu'on l'aperçoit, avec son parler soliloquant et son grotesque faciès de gargouille. Impressionnant ! Le nom de la rose exhibe de toute manière et de façon générale une galerie de portraits incroyables, passant de l'allemand Volker Pretchel et son visage émacié jusqu'à Bérenger d'Arundel et son visage rond couleur de craie incarné par le munichois Michael Habeck et jusqu'à l'américano-syrien F. Murray Abraham qui interprète quant à lui Bernard Gui, authentique personnage historique né en 1291 et mort en 1331, connu pour avoir été inquisiteur dans le Languedoc...Le nom de la rose est un chef-d’œuvre où rien n'est laissé de côté, où la reconstitution et l'Histoire n'étouffent jamais la passionnante enquête menée par William de Baskerville et où rien n'est laissé au hasard...

 

lundi 25 novembre 2019

Hibernatus d'Édouard Molinaro (1969) - ★★★★★★★☆☆☆



Deuxième collaboration entre l'acteur Louis de Funès et le réalisateur Édouard Molinaro, Hibernatus fait suite à Oscar qui deux ans plus tôt réunissait déjà les deux hommes et qui était déjà lui-même l'adaptation de la pièce de théâtre éponyme de Claude Magnier. D'ailleurs, ces deux adaptations de pièces de théâtre ne furent pas les seules pour le réalisateur qui adapta également la pièce de Francis Veber Le Contrat en 1973 sous le titre L'Emmerdeur et réalisa La Cage aux Folles cinq ans plus tard à partir de la pièce de Jean Poiret. Pour cette seconde collaboration entre le réalisateur et Louis de Funès, Édouard Molinaro réunit à nouveau la star comique et l'actrice Claude Gensac qui interprétera régulièrement l'épouse de Louis de Funès dans un nombre important de longs-métrages. Dans le cas présent, ils incarnent respectivement Edmée de Tartas et Hubert Barrère de Tartas. Lui est le président directeur général d'une société d'emballage et elle, son épouse et actionnaire de la dite société.

Tout commence lorsqu'une expédition située dans l'extrême nord du Groenland fait la découverte d'un corps congelé depuis soixante-cinq ans. Miraculeusement, et contre toute attente, le cœur de l'homme se met à battre à nouveau. Une enquête est menée pour savoir quelles sont ses origines et l'on apprend bientôt qu'il est le grand-père d'Edmée de Tartas. Alors que le professeur Édouard Loriebat qui s'est chargé de la ''décongélation'' de celui qui se fait appeler Paul Fournier a bien l'intention de le garder dans ses services, Edmée refuse et veut récupérer son grand-père. C'est avec l'aide de son époux et du professeur Bibolini, pourtant proche collaborateur du professeur Édouard Loriebat, qu'Edma parvient à ''kidnapper'' l'hiberné et à le ramener chez eux. Mais afin qu'à son réveil, Paul Fournier ne se rende compte de rien et ne soit pas choqué par la découverte qu'il est plongé dans une autre époque que la sienne, la ville toute entière se met en quatre pour arborer l'apparence qu'elle avait au début du siècle. Les modèles de voitures récents sont remplacés par ceux des années 1900, tout comme les costumes. Chez les Tartas, tout y est transformé. Le poste de télévision y est par exemple retiré et chacun accepte de tenir un rôle différent : Edmée, qui ressemble étonnamment à sa propre grande-mère devient désormais la mère de Paul, Hubert devient son prétendant, et leur fils Didier est désormais étudiant. Mais très rapidement, l'autorité de Paul qui porte aux nues sa ''mère'' irrite Hubert qui ne supporte plus cette situation...

L'intrigue de Hibernatus prend essentiellement pour cadre la propriété des de Tartas. L'unité de lieu et de temps est donc pratiquement celle d'une pièce de théâtre. Comme toujours, Louis de Funès cabotine énormément et on peut d'ailleurs le soupçonner, comme à son habitude, d'avoir lui-même improvisé certains gags auxquels le réalisateur ne réagira pourtant malheureusement pas. Même si le long-métrage d’Édouard Molinaro n'est pas le meilleur film qu'il ait réalisé ou qu'ait interprété Louis de Funès, il demeure difficile de ne pas éprouver énormément de sympathie pour cette comédie légère et parfois survoltée, multipliant gags et quiproquos. On retrouve à l'écran le fils de la star comique, Olivier de Funès qui ne tournera que dans une poignée de longs-métrages, tous en compagnie de son père. Michael Lonsdale interprète le professeur Édouard Loriebat et l'acteur Pascal Mazzotti, le professeur Bibolini. Dans le rôle de la servante Sophie, on retrouve l'actrice Sophie Kelly et dans celui du maître d'hôtel Charles, Paul Préboist. Une comédie sympathique accompagnée de quelques moments culte comme la danse de Hubert Barrère de Tartas répétant inlassablement le prénom de son épouse...

lundi 26 août 2019

Out 1 : Noli me Tangere - De Lili à Thomas de jacques Rivette (1971)



L'idée de me lancer dans l'exploration du cinéma de Jacques Rivette est en partie le fruit du hasard. En partie parce que d'un côté, j'ai revu il y a quelques jours La Belle Noiseuse, seul long-métrage du cinéaste que je connaissais jusque là. Et de l'autre parce que c'est l'ami Mike, de l'excellent blog ''Les Chroniques musico-cinématographiques de Mike'' que je vous conseille de visiter si vous voulez exercer vos méninges devant sa très belle plume, qui a lancé l'idée en me conseillant, entre autre, de me pencher sur les douze heures trente que constitue le film-fleuve Out 1 : Noli me Tangere que Jacques Rivette coréalisa aux côtés de la réalisatrice et assistante française Suzanne Schiffman. Le problème avec ce genre de projet, c'est que lorsque l'on n'est pas coutumier de ce genre de concept, on peut très vite s'égarer, perdre le fil, ou bien tout simplement passer à côté des intentions de son auteur. Faut-il alors se résoudre à compulser articles et commentaires en pagaille pour en connaître davantage sur ce type de projet, au risque d'en connaître trop avant même de l'avoir soit-même découvert ? Ou vaut-il mieux naviguer à l'aveugle au prix de remarquables surprises, de découvertes en stupéfactions ? J'ai personnellement choisi cette seconde option, même si cela doit me condamner à passer totalement à côté du concept.

Si à l'époque de sa sortie, le film de Jacques Rivette n'a pas ménagé les spectateurs en sortant dans sa version intégrale de 12h30 environ, le film fut exploité beaucoup plus tard dans un format constitué de huit parties distinctes, chacune de quatre-vingt dix minutes environ. La première d'entre elles, intitulée Out 1 : Noli me Tangere - De Lili à Thomas constitue une mise en bouche que Mike m'avait averti comme pouvant se révéler ennuyeuse. Sauf que mon adhésion à ce style si particulier fut acquise après un tout petit quart-d'heure. C'est donc à peu de chose près à ce moment très précis que débute la longue responsabilité d'évoquer ce premier épisode, riche d'enseignements. Aussi riche que peu l'être un film, une pièce de théâtre ou une danse contemporaine dont on ne souffre aucune connaissance. C'est donc, comme une partie de ses interprètes, à l'aveugle, spontanément et oserais-je dire, de manière improvisée que je me lance dans le périlleux exercice de la critique. D'ailleurs, je me demande encore si le travail à fournir doit uniquement concerner l'interprétation ou s'il doit exclusivement se référer au récit et aux impressions qui s'en dégagent.

Pour ma part, j'y ai vu un véritable exploit. Non pas dans la mise en scène de Jacques Rivette qui souffre peut-être ici d'un défaut majeur: celui de n'avoir pas filmé l'acte central de ce premier épisode en plan-séquence. Non, l'exploit dont je parle et qui dure à peu de chose près une demi-heure, est celui durant lequel nous assistons à une séquence proprement ahurissante durant laquelle, une poignée de comédiens parmi lesquels nous retrouvons l'immense Michael Lonsdale vont improviser autour d'un totem, d'une idole, à grands renforts de gémissements, de cris, et de halètements. Mais alors que cet exercice d'improvisation pourrait au demeurant paraître superficiel, l'évolution de ce spectacle hors du commun s'avère d'une stupéfiante cohérence. Bien que totalement joué à l'aveugle, sans texte écrit et répété au préalable (en dehors de la vague idée d'évoquer à un moment ou à un autre la tragédie grecque Prométhée enchaîné), L'évolution des personnages qui tendent vers un certain paroxysme s'élevant tout naturellement au grès des envies de chacun, mue, évolue, se transforme pour trouver une forme d'apothéose, et même plusieurs au cœur d'une improvisation où chacun y met du sien avec plus ou moins d'ardeur. Out 1 : Noli me Tangere - De Lili à Thomas consacre les coulisses d'une pièce en devenir. Entre fiction et réalité (chaque comédien joue un personnage et n'apparaît donc pas sous sa véritable identité).

Aspect essentiel et préparatoire à cet exercice éreintant : une séance de relaxation. Puis Michael Lonsdale se lance le premier, et les autres enchaînent alors dans une sorte de sabbat foncièrement charnel. Les corps se mêlent, s'étirent, se recroquevillent. Et toujours ces borborygmes indéchiffrables mais que l'impeccable improvisation de chacun n'empêche pas à cette séance de recouvrir un véritable sens. Jacques Rivette est au plus près de ses comédiens et les filme dans une transe fiévreuse et animale. La suite n'est pas moins intéressante puisque Michael Lonsdale ici prénommé Thomas propose ensuite à ses partenaires d'évoquer chacun à leur tour leur ressenti. Et l'on comprend mieux alors l'importance de communiquer et surtout, celle de l'unité qui forme un groupe soudé. On aura du mal à définir la frontière exacte qui sépare la réalité de la fiction. Mais si dans un premier temps ce minuscule détail intrigue, Out 1 : Noli me Tangere - De Lili à Thomas sait suffisamment happer le spectateur pour qu'on l'oublie très rapidement. En terme de mise en scène, le travail de Jacques Rivette est épuré. Ici, la recherche esthétique n'est pas fondamentale et ce que cherche avant tout le cinéaste à mettre en valeur, ce sont ses interprètes. Mission réussie... !

dimanche 30 septembre 2018

Le Renard Jaune de Jean-Pierre Mocky (2013)



Charles Senac est un être méprisable et odieux envers tous ceux qui le côtoient. Auteur d'un roman à succès, il n'a depuis plus rien fait éditer. C'est peut-être pourquoi il est si dur avec ceux qu'il retrouve tous les jours au café « Le Renard Jaune ». Là, les langues se délient. Surtout celle de l'écrivain qui s'en prend à un commandant de l'armée française, à une femme d'un certain âge, fière d'être une « cougar », une autre, plus jeune, dont le visage est défiguré par une longue balafre, signature de Charles Senac lui-même. Ici traîne, et boit surtout, un jeune peintre sans talent mais qui se voudrait célèbre. Et puis, évidemment, les serveurs Jean Virmo et Polo, les employés de Léo, le patron du café-restaurant dont la tête a la fâcheuse habitude de pencher vers la gauche.

Tous le monde ici aimerait se débarrasser du détestable écrivain, mais personne n'ose passer à l'acte. Tous le monde ? Pas tout à fait. Le jeune phil, lui, est en admiration devant l'écrivain. Il vient de son pays natal pour rencontrer son idole. Pas de pot ! C'est justement aujourd'hui qu'est retrouvé le corps sans vie de Charle Senac, tué à l'aide d'un tisonnier.

Débarque alors l'inspecteur Giraud, accompagné de son subalterne. L'homme a bien l'intention de mettre la main sur celui ou celle qui s'est rendu coupable du meurtre de l'écrivain...

Tourné en 2013, Le Renard Jaune est un projet qui tient à cœur à Jean-Pierre Mocky puisqu'il avait prévu de le réaliser quarante-six ans plus tôt et avait prévu dans les rôle principaux, Maurice Chevalier, Bourvil, Francis Blanche et Simone Signoret. Un casting de rêve qui en aurait fait baver plus d'un. Ce n'est donc que beaucoup plus tard que le cinéaste mettra en chantier ce film policier qui a surtout le allures d'une pièce de théatre. En place et en lieu des acteurs cités au dessus, on retrouve une nouvelle fois, un parterre de stars françaises qui laissent présager du meilleur : Richard Bohringer, Michael Lonsdale (qui collabore ici pour la neuvième fois à un projet de Jean-Pierre Mocky), Philippe Chevalier (moitié du duo Chevalier-Laspalès), Claude Brasseur, Dominique Lavanant, Béatrice Dalle, Frédéric Diefenthal, les père et fils Jean-François et Robinson Stévenin, etc...

Que dire alors de ce Renard Jaune ? L'esprit de liberté qui transpire des œuvres de Mocky est ici encore bien présent. Tout cela sent l'improvisation. Quelques petites erreurs de « lecture » ne dérangent visiblement pas le cinéaste et ne l'obligent en aucun cas à reprendre certaines répliques. Chacun semble interpréter son rôle à sa manière avec plus ou moins de bonheur. On s'amuse beaucoup devant les invectives de Bohringer qui s'éclate à pourrir la vie de ses concitoyens. Chacun mène sa barque comme il l'entend sans que Jean-Pierre Mocky ne vienne mettre son grain de sel.

Alors, bien sûr, l'enquête sur le meurtre n'est qu'un prétexte. D'ailleurs, y en a-t-il vraiment une ? Elle sert plutôt de faire-valoir à une réunion d'actrices et d'acteurs cabotins qui s'amusent dans ce huis-clos qui ne fera sans doute jamais partie des grands classiques du cinéma français mais qui permet tout de même de passer un moment agréable... et léger... Un jean-Pierre Mocky en mode « Agatha Christie »...

Interview de Michael Lonsdale sur le tournage du film:

samedi 21 juillet 2018

Le Mystère de la chambre jaune de Bruno Podalydès (2002)




Après Maurice Tourneur en 1913, Émile Chautard en 1919, Marcel L'Herbier en 1930, Henri Aisner en 1949, Jean Kerchbron en 1965 et Jean-Jacques Vierne en 1983, le cinéaste français Bruno Podalydès, celui-là même qui met habituellement en scène son frère Denis, acteur de la plupart de ses œuvres, est le dernier en date à avoir adapté le célèbre roman éponyme de Gaston Leroux, Le Mystère de la chambre jaune. Si l'on a d'abord la sensation d'être face à un épisode des Brigades du Tigre, des Cinq Dernières Minutes ou même du célèbre Commissaire Maigret, on est très vite rassuré par la grande maîtrise de Bruno Podalydès qui fait d'une œuvre policière un divertissement grand public à la construction diaboliquement intelligente. 

Afin de donner corps à une intrigue digne des meilleurs écrits d'Agatha Christie, le cinéaste s'entoure d'interprètes de haut vol. A commencer bien sûr par son propre frère Denis, accompagné d'une impressionnante brochette dont Jean-Noël Brouté, Claude Rich, Pierre Arditi, Olivier Gourmet (savoureux), ou encore l'immense Michael Lonsdale, qu'il enferme durant le tournage dans le château de Villemolin, lieu unique ayant servi de décor au film.

Quant à l'intrigue, quelle est-elle ? Et bien il s'agit d'une enquête menée parallèlement aux investigations de l'inspecteur Frédéric Larsan, par le journaliste Joseph Rouletabille, et de son fidèle ami, le photographe Sainclair, au château du Glandier dans l'une des chambres duquel une tentative de meurtre a faillit coûter la vie à la fille du Professeur Stangerson, Mathilde. Toute la question étant de savoir qui a tenté de tuer la jeune femme bien sûr, mais aussi de découvrir par quel ingénieux moyen l'assassin a quitté la chambre de la victime fermée de l'intérieur sans qu'aucun des témoins présents ne s'aperçoive de sa présence...

Outre l'intérêt que l'on porte à l'enquête menée par le héros de cette histoire, Le Mystère de la chambre jaune est surtout une irrésistible comédie servie par des acteurs de talents. Si dans l'esprit, le cadre, l'époque et l'approche semblent avoir quelque peu vieilli, le film compte quelques scènes d'anthologie dont celle de l'horloge n'est pas des moindre. Voir l'assistant de Rouletabille se battre avec sa planque provoque un rire irrépressible.
Dans le paysage cinématographique français, Bruno Podalydès ne se départit jamais de cette constante qualité qui fait un tout de son œuvre dans sa très large majorité (pour ne pas dire la totalité). Ceux qui aimaient déjà le cinéma de l'auteur de Liberté-Oléron et ceux qui lui demeurent toujours fidèles, et ce jusqu'à son dernier long-métrage à ce jour (Comme Un Avion) tomberont forcément sous le charme de ce Mystère que seul l'excellent Denis Podalydès parviendra à résoudre...

jeudi 3 août 2017

L'imprécateur de Jean-Louis Bertuccelli - ★★★★★★☆☆☆☆



A la suite du décès d'Arangrude, cadre chez Rosserys & Mitchell, tous les employés de l'entreprise siégeant à la tour Montparnasse reçoivent des rouleaux contenant des messages qui inquiètent chaque membre de la multinationale franco-américaine, du plus petit d'entre eux jusqu'au plus haut cadre. Au sommet de la hiérarchie, Saint-Ramé. L'homme envers lequel le directeur à le plus confiance est le directeur des relations humaines. Alors qu'un message audio a été diffusé par celui que tout le monde appelle désormais l'Imprécateur dans les locaux de Rosserys & Mitchell, c'est à ce dernier qu'est confié la lourde tâche d'enregistrer la voix de chaque employé afin de découvrir qui parmi eux est le trouble-fête.
Mais alors même que la situation s'aggrave, et que les soupçons se portent selon les américains sur l'homme de confiance de Saint-Ramé, l'immeuble est semble lui-même en proie à des défaillances techniques et des incidents au niveau des fondations de l'édifice. En effet, construit au dessus d'un vaste réseau de galeries souterraines, l'Imprécateur a usé de malveillances et a mis en danger la structure même de la tour. C'est ainsi qu'une équipe est formée autour de Saint-Ramé, du directeur des relations humaines, des américains et d'un proche collaborateur, Roustev, afin de découvrir le repaire de celui qui semble s'être frayé un chemin entre les locaux de Rosserys & Mitchell et le cimetière qui jouxte la tour...

Adapté du roman éponyme de l'écrivain français René-Victor Pilhes, L'Imprécateur est un film étrange. Presque un songe, un entrelacs de vision froides, rudes, et désenchantées d'une entreprise dont les fondations vont faillir à cause de la seule présence d'un homme dont on ne connaîtra l'identité qu'à la toute fin du long-métrage signé par le réalisateur et scénariste français Jean-Louis Bertuccelli, lequel a été assisté par le metteur en scène, scénariste et réalisateur Jean-Claude Sussfeld. Des fondations à prendre dans les différentes définitions du terme puisqu'au delà même des structures bétonnées qui maintiennent debout cet immense édifice comptant des milliers d'employés, c'est toute la mesure d'une entreprise rompue qui est mise à mal au travers de campagnes de dénigrement considérées injustes, le directeur espérant pouvoir compter sur l'appui de ses collaborateurs pour inverser la vapeur.

L'Imprécateur, c'est aussi et surtout des interprètes de premier choix : Michel Piccoli, Jean Yanne, Jean-Pierre Marielle, Jean-Claude Brialy, Michael Lonsdale, ou encore Marlène Jobert, l'une des rares représentantes féminine du métrage. Eux mais aussi quelques interprètes internationaux tels l'acteur américain Charles Cioffi et l'allemand Anton Diffring. Plus encore que la femme, s'il persiste une catégorie remisée au placard et pourtant représentée dans la réalité par le plus grand nombre : les petits salariés. Car oui, l'intrigue repose uniquement sur ses cadres les plus importants. Ce sont même ces derniers qui iront jusqu'à patauger dans la merde lors d'une scène située dans les égouts assez curieuse. Un ballet chaotique, une danse à la lumière des torches filmée en contre-plongée assez confuse mais laissant curieusement une drôle d'impression.
Nous sommes à la lisière d'une œuvre fantastique cauchemardesque se concrétisant à travers des dialogues et une interprétation qui ne cherchent jamais vraiment à divertir les spectateurs, la musique composée par  Richard Rodney Bennett participant vivement à l'ambiance générale du film. Une austérité que se ressent de la première à la dernière minute. Réalisé en 1977, L'Imprécateur demeure à ce jour une curiosité. À découvrir...

mercredi 16 juillet 2014

La Traque de Serge Leroy (1975)




Un train de nuit s'arrête dans un petit village de Normandie. En descend Helen Wells, une jeune et jolie anglaise qui part s'installer pour quelques jours à la Guettière, une jolie ferme perdue en pleine campagne. Alors qu'elle vient prendre possession des clés à l'auberge du village, elle est accostée par Philippe Mansart, un homme adultère qui vient de quitter la chambre dans laquelle il a l'habitude de retrouver sa maîtresse, Françoise Sutter. Le mari de cette dernière est au courant de la relation qu'entretiennent son épouse et son amant. Mansart est marié et compte bien profiter de l'immense fortune de son beau-père. Lorsqu'il croise à l'accueil de l'auberge la jeune anglaise, il lui propose de l'accompagner jusqu'à la Guettière. La jeune femme accepte et monte dans la voiture de Mansart qui, très vite, est rattrapé par deux hommes, les frères Danville, qui s'amusent à percuter la voiture de l'homme à l'aide de leur véhicule. Suivis par les frangins, Mansart et Helen s'arrêtent aux abords de la ferme. Paul et Albert Danville descendent de leur véhicule et approchent la jeune anglaise. Séduits, les deux hommes éméchés ont un comportement douteux. Attirés par la beauté de la jeune femme, ils la laissent cependant se rendre en toute liberté jusqu'à la Guettière.

Le lendemain, les trois hommes se retrouvent en pleine forêt, rejoints par David Sutter, l'époux de Françoise, le capitaine Nimier, Rollin, Chamond et Maurois. La bande a visiblement déjà bu beaucoup d'alcool. Armés de fusils, les homme parient sur celui qui récoltera le plus de trophées. Un lapin, puis un sanglier. C'est pour l'instant tout ce que le groupe a récolté. Helen Wells se promène aux alentours de la ferme où elle loge lorsqu'elle tombe sur les ruines d'une vieille chapelle. Alors qu'elle scrute une petite sculpture représentant la vierge, elle entend un chien aboyer et s'approcher d'elle. Très vite rattrapé par ses maîtres, Paul et Albert Mansart. Les deux hommes s'étonnent de la présence de la jeune femme et, alors que cette dernière tente de quitter les lieux, c'est le dérapage. Les frères lui sautent dessus et tandis qu'Albert la retient prisonnière entre ses bras, Paul, lui, la viole...

La Traque de Serge Leroy est l'une des rares excursions dans les domaines du Survival et du Rape (but not) Revenge. L’œuvre plonge une jeune étrangère (Mimsy Farmer) au cœur d'une forêt austère, dans un pays qui lui est presque étranger. Victime de la bêtise et de l'inconscience d'une bande de chasseurs alcoolisés elle va connaître les pires heures de son existence. D'abord violée, puis pourchassée, elle aura entre-temps eut le temps de tirer sur son agresseur.

Le portrait qui est fait des bourgeois de ce petit village insignifiant de Normandie est pathétique. Au premier abord, la confiance vient des quelques rares personnages que croise sur sa route la jeune anglaise. Mansart (Jean-Luc Bideau), Rollin (Paul Crauchet), David Sutter (Michael Lonsdale), Nimier (Michel Constantin) et Chamond (Michel Robin) sont à priori des hommes responsables. Seul Albert et Paul Danville (Jean-Pierre Marielle et Philippe Léotard) arborent des visages de paysans inquiétants, bourrus et déséquilibrés.

On pense fatalement à une issue positive. Mais c'est sans compter sur les petits secrets qu'entourent certains d'entre eux et desquels naissent une profonde lâcheté et une collaboration forcée. La Traque a parfois des allures de téléfilm. L'interprétation est parfois délicate. Il arrive parfois d'être touchés par les événements, surtout si l'on compare la solitude qui entoure la jeune et très frêle jeune femme avec la rudesse de ces chasseurs qui donnera une image définitivement négative à ceux qui ne les portent déjà pas dans leur cœur.

La Traque est donc une expérience appréciable pour plusieurs raisons. C'est d'abord l'une des rares excursions dans un genre qui généralement se fourvoie avec les domaines de l'horreur et de l'épouvante (à noter qu'un autre film, Canicule de Yves Boisset, parvient également à rendre hommage avec brio à ce type de films). Ensuite, il est estimable de constater à quel point l’œuvre s'imprègne d'un pessimisme extrême. Pas de happy end ni de jugement moral. On ne justifie aucun acte. On n'en condamne aucun non plus, chacun y percevant un intérêt personnel au risque de remettre en question ses propres valeurs. Une belle réussite...
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...