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dimanche 13 juillet 2025

La dernière bourrée à Paris de Raoul André (1973) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Quelle ironie tout de même... Alors qu'hier j'écrivais ceci : ''Y'a un os dans la moulinette est une excellente porte d'entrée dans le genre'', voilà qu'aujourd'hui, afin de clore le mini-cycle que j'ai décidé de consacrer au réalisateur français Raoul André et à la comédie franchouillarde, je tombe sur La dernière bourrée à Paris. Que les choses soient claires ! Bourrée ne veut pas dire ici que l'héroïne y apparaît le plus clair de son temps dans un état d'ivresse avancé ni qu'elle passe son temps en position horizontale pour se faire culbuter par le bel étalon italien rencontré en tout début de récit. Non, ce piteux jeu de mots se réfère non seulement au Dernier tango à Paris que réalisa Bernardo Bertolucci un an auparavant et dont le film de Raoul André se veut être une parodie mais également une référence à la danse dont la plus célèbre version est auvergnate... Alors qu'en 1972 les personnages incarnés par Marlon Brando et Maria Schneider se rencontraient lors de la visite d'un appartement, en 1973, la charmante Berthe (Patricia Lesieur) tombe sur Victor, interprété par l'acteur Tony Kendall qui contrairement à ce que laisse supposer son nom n'est pas américain mais italien. Pour la jeune femme, c'est le coup de foudre. D'autant plus qu'elle sort d'une séance cinéma où elle a justement assisté à la projection du Dernier tango à Paris ! Plusieurs événements font référence au long-métrage sulfureux de Bernardo Bertolucci. Comme l'appartement où se déroule une bonne partie de l'action entre Berthe et Victor ainsi que toute la dernière partie du film. Mais contrairement à ce que laisse supposer Raoul André, l'adresse est différente. Tout comme cette musique et les voix des personnages que l'on entend hors-champ de l'écran de cinéma qui est censé diffuser Le dernier tango à Paris au début du film. Il n'en demeure pas moins que le réalisateur français y a ajouté un clin d’œil très concret au film du réalisateur italien en incorporant l'actrice Darling Légitimus (qui au demeurant est la grand-mère de l'ancien Inconnus, Pascal Légitimus) dans le rôle d'une concierge. Personnage qu'elle incarnait déjà l'année passée.


Ces petites anecdotes demeurant précisément quelques-uns des rarissimes détails d'intérêt concernant La dernière bourrée à Paris, le film regroupe ensuite des fidèles de Raoul André parmi lesquels l'on retrouve donc Francis Blanche, Daniel Prévost, Paul Préboist (ainsi que son frère Jacques), Christian Marin, Annie Cordy, Micheline Dax, la propre fille du réalisateur Ariane Carletti (pour ceux qui ne le sauraient toujours pas, elle fut la Ariane de Récré A2 et de Club Dorothée) ou bien... Marion Game... qui pour l'occasion est l'ultime centre d'intérêt de cette comédie qui est donc franchouillarde, certes, mais surtout d'une nullité si remarquable que celles et ceux qui y survécurent au moment de sa sortie voilà plus de cinquante ans en font certainement encore d'horribles cauchemars ! Tellement mauvais que de supporter une telle péloche dans son intégralité se révèle être un véritable calvaire. Ça n'est donc que par preuve de conscience cinéphilique que je me suis contraint à un exercice consistant à relancer le film à plusieurs reprises, chaque fois que je fermais l’œil et que me passait sous le nez telle ou telle séquence. À bien y regarder, le film a duré au final plus de six heures !!! Fort heureusement, derrière ce capharnaüm qui ne rend hommage ni à Bernado Bertolucci, ni à son classique, ni à la comédie française en général et donc pas davantage aux interprètes et aux techniciens qui travaillèrent dessus, La dernière bourrée à Paris est malgré tout l'occasion de découvrir Marion Game sous toutes ses coutures. Déjà craquante lorsqu'elle ne se contente que de sourire dans un premier temps, allez savoir pourquoi mais l'attention du spectateur se trouve être ensuite happée par les formes de cette actrice qui ici, ne cache absolument rien de ses charmes. Autant dire que de voir Marion Game à poil est aussi plaisant que de manger une bonne glace sous le soleil de Santorin, par quarante degrés, après avoir marché une bonne dizaine de kilomètres ! À part ça ? RIEN! Le vide, sidéral. Niveau interprétation, écriture et mise en scène, c'est le néant. Il y a autant d'espoir de rire ou même plus simplement de sourire qu'il y a de chance de traverser en une seule journée le vide qui sépare deux systèmes solaires. Bref, La dernière bourrée à Paris est une catastrophe qui mérite à peine d'entrer dans le registre du nanar qui par définition se doit malgré tout de divertir. Ici, à part une Marion Game parfois en mode ''retour à la nature'', y'a vraiment rien à manger ni à boire...

 

vendredi 11 juillet 2025

Y'a un os dans la moulinette de Raoul André (1974) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Avec un tel titre, il semblerait que nous soyons en terrain connu... Y'a un os dans la moulinette est donc comme son titre l'indique, une bonne vieille comédie franchouillarde que le monde entier doit très probablement nous envier. Au regard de la production hexagonale actuelle, le long-métrage de Raoul André n'est au final, pas l'anomalie qu'il semble être. Comme d'autres de nos concitoyens qui à l'époque produisirent d'authentiques ''chefs-d’œuvre du genre'' (Les Vacanciers de Michel Gérard demeurant sans doute comme l'un des emblèmes de la comédie franchouillarde), Raoul André fut l'exemple même du cinéaste totalement décomplexé qui avoua notamment son désintérêt pour la Nouvelle Vague ! Ah bon ! Tiens, comme cela est étonnant ! Et pour être tout à fait en accord avec ses dires et pour partager son opinion à ce sujet, mieux vaut mille heures passées devant les pires comédies Z des années soixante-dix qu'un seul quart-d'heure devant Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Caution de Jean-Luc Godard ! Absente de Y'a un os dans la moulinette, l'égérie de Raoul André Annie Cordy se fait rapidement oublier grâce à la présence de l'actrice Marion Game qui interprète ici le rôle de Flora, épouse du riche industriel Montescourt qui à la mort de sa première femme hérita d'une entreprise de construction d'engins agricoles. Parents d'une Isabelle (Kathy Fraisse) qui préfère poser pour un photographe de charme que d'user ses fonds de culottes sur les bancs d'école, la petite famille vit dans une luxueuse demeure où un certain Gaston (Darry Cowl) expérimente un nouveau prototype de moteur anti-pollution requis par Montescourt. Ce dernier est incarné par Paul Préboist et fait appel à ce qui lui semble être deux détectives privés depuis qu'il reçoit des lettres de menaces lui enjoignant de verser une rançon de cinq-cent mille dollars s'il ne veut pas que soit enlevé son bien le plus précieux. En fait, et comme cela est généralement le cas avec Raoul André, il s'agit d'un quiproquo puisque Émile et Bob qu'interprètent respectivement Michel Galabru et Daniel Prévost sont deux comédiens ratés à la recherche d'un cachet qui leur permettra de payer les factures ! Persuadés tous deux d'avoir été embauchés par Montescourt pour jouer dans un film, lorsqu'ils se rendent compte de leur erreur, il est déjà trop tard. Ils ont en effet dépensé la moitié des trente-mille francs que leur a donné leur nouvel employeur et sont désormais contraints de veiller sur la fille et l'épouse de Montescourt...


Bien que son casting et son statut de comédie franchouillarde puisse faire craindre le pire, Y'a un os dans la moulinette est une excellente porte d'entrée dans le genre. L'un de ses principaux atouts est de se réinventer sans cesse, entre un Darryl Cowl en polytechnicien qui comme à son habitude soliloque et est amoureux de la fille de Montescourts, une Marion Game charmante, souriante, accueillante et parfois tête en l'air (la séquence du supermarché), un Christian Marin en chauffeur au comportement énigmatique, une Anne Libert craquante et qui durant sa carrière tourna beaucoup aux côtés du réalisateur espagnol Jess Franco et œuvra notamment dans le film érotique avant d'incarner ici la secrétaire du châtelain, un Paul Préboist improbable en riche industriel menacé par des inconnus qui en veulent à sa fortune et bien évidemment, le duo Michel Galabru/Daniel Prévost au départ aussi paumé que Daniel Auteuil et Gérard Jugnot dans Pour cent briques t'as plus rien d’Édouard Molinaro. Évidemment, tout cela reste tout de même très léger en matière d'écriture. Y'a un os dans la moulinette n'est peut-être pas le genre de comédie qui permet de rire aux éclats chaque fois qu'un personnage ouvre la bouche mais au moins l'on n'a pas le temps de s'ennuyer. Raoul André semble d'ailleurs tellement s'amuser avec ses interprètes que le film tarde à se clore et part dans des dizaines de directions. Ce que l'on nomme aujourd'hui des ''Twists'' et qui ici prend la forme de révélations au sujet de l'identité du demandeur de rançon (une toute petite séquence lors de laquelle tous les personnages sont endormis à l'aide de fléchettes anesthésiantes prend des airs de Whodunit) ou celle de l'individu qui cherche à mettre la main sur la nouvelle invention de Gaston. Notons tout de même la présence d'Henri Guybet dans le rôle de Roscoff, un collaborateur de Montescourt mais aussi celle, très succincte, d'Ariane Carletti qui sous le pseudonyme d'Ariane André interprète le tout petit rôle d'une camarade de classe d'Isabelle. Deux choses à savoir à son sujet. Tout d'abord, l'actrice est la fille de Raoul André pour lequel elle accepte ici d'apparaître pour la seconde fois dans l'un des longs-métrages de son père un an après avoir joué dans La dernière bourrée à Paris. Et plus important, ceux qui dans les quatre-vingt suivirent les émissions Récré A2 et Club Dorothée la connaissent bien puisqu'il s'agissait de l'une des animatrices connue sous le nom d'Ariane...

 

samedi 26 octobre 2024

Cycle Les Charlots: À nous quatre, Cardinal ! de André Hunebelle (1974)



Afin de montrer son estime au Duc de Buckingham, la Reine de France lui a offert le collier de ferrets, cadeau de son époux le Roi, et que ce dernier aimerait lui voir porter pour leur prochaine apparition en public. Désemparée, elle envoie les mousquetaires d'Artagnan, Athos, Porthos, Aramis et leurs valets Planchet, Bazin, Mousqueton et Grimaud récupérer son bien en Angleterre avant que le Roi ne s'aperçoive de sa disparition et que son épouse ne soit déshonorée.
Ses ennemis, le Cardinal de Rochefort et le Père Joseph apprenant que les huit hommes partent afin de retrouver le collier de ferrets, envoient quant à eux Milady de Winter afin que la jeune femme séduise le Duc de Buckingham et lui dérobe le bijou avant que les amis de la Reine ne puissent mettre la main dessus. Alors que les huit hommes et Milady se retrouvent par hasard devoir passer la nuit dans la même auberge avant leur voyage pour l'Angleterre, les quatre mousquetaires tombent l'un après l'autre dans un piège fomenté par la jeune femme. Le lendemain matin, après avoir retrouvé leur maîtres profondément endormis au pied du lit de Milady, leurs valets s'emparent de leur costume et prennent le bateau en direction de l'Angleterre...

Suite directe des Quatre Charlots Mousquetaires, À nous quatre, Cardinal ! Nous conte donc les pérégrinations des Charlots en Angleterre. Toujours interprété par le célèbre quatuor de comiques, on retrouve une fois de plus le cinéaste André Hunebelle aux commandes de ce film de cape et d'épée humoristique qui n'économise pas sur l'action puisque les combats à l'épée sont assez fréquents et dynamisent un récit relativement simpliste.

André Hunebelle fait un clin d’œil à son propre film Fantômas contre Scotland Yard lors d'une scène qui voit le Cardinal de Rochefort et Milady batailler pour attraper un cheval. Comme le fera plus tard Dany Boon avec Bienvenue chez les Ch'tis, André Hunebelle enb met une couche concernant les clichés relatifs à l'Angleterre avec la non moindre pluie qui tombe dès l'arrivée de nos héros. Le film n'est pas spécialement drôle, plutôt amusant et même assez réussi si l'on tient compte du fait qu'avant André Hunebelle, les cinéastes qui se sont attachés à faire jouer Gérard Rinaldi, Gérard Filippelli, Jean Sarrus et Jean-Guy Fechner l'on fait à travers des œuvres comiques plutôt lourdingues.

André Hunebelle profite donc de l'engouement du public pour faire jouer ces quatre musiciens reconvertis dans le cinéma humoristique, demeurant toujours les auteurs des bandes originales, mais montre un certains respect en leur coltinant des rôles plus fins qu'à leurs habitudes, après avoir tout de même fait jouer d'illustres acteurs de la trempe de Jean Marais et de Louis de Funès. Siu cette suite est moins drôle que le premier round, À nous quatre, Cardinal ! demeure une belle réussite qui allie l'humour et l'aventure. Toujours aussi attachants, les Charlots se lâchent littéralement en fin de bobine. Une forme d'explosion burlesque qui rappellera au public leurs méfaits passés et qui firent leur gloire. Le reste de la production reste égale à elle-même bien que Paul Préboist soit moins visible à l'écran que lors du premier épisode. On y retrouve à nouveau Josephine Chaplin dans le rôle de Constance Bonacieux et qui n'est autre que la propre fille de l'acteur Charles Chaplin. Le film est une complète réussite... 


samedi 19 octobre 2024

Cycle Les Charlots: Les Quatre Charlots mousquetaires de André Hunebelle (1974)



Alors que les célèbres mousquetaires Athos, Porthos, Aramis et d'Artagnan remportent tous les suffrages auprès de leurs concitoyens, leurs valets Grimaud, Mousqueton, Planchet et Bazin rectifient le tir en expliquant que leur maîtres ont fait leur renommée en partie grâce à eux. Alors qu'un certain Alexandre Dumas assiste au témoignage des quatre hommes, ces derniers racontent comment ils ont empêché un complot ourdi par le Cardinal de Rochefort, le père Joseph et Milady de Winter de se mettre en place...

Très librement adapté du roman d'Alexandre Dumas Les Trois Mousquetaires, Les Quatre Charlots Mousquetaires est le sixième long-métrage à mettre à l'honneur le quatuor de comiques. Le tournage a été partagé entre studio et décors naturels, du château de Meillant, dans le département du Cher, tout comme celui de Culan, lui aussi situé dans la même région, et jusqu'aux studios de Billancourt à Paris. Le cinéaste André Hunebelle qui a beaucoup fait jouer l'acteur Jean Marais avec lequel à joué Louis de Funès dans la trilogie Fantômas, offre aux Charlots Jean-Guy Fechner, Gérard Filipelli, Gérard Rinaldi et Jean Sarrus leur premier film de cape et d'épée.

Beaucoup de costumes donc, et des gags moins nombreux et sans doute un peu moins lourds que par le passé. Les quatre comiques vont se voir offrir l'opportunité de porter de nombreux costumes donc, et de devoir par conséquent jouer sur plusieurs registres tout en conservant ce qui fait la particularité de leur personnage. D'abord Valets des célèbres mousquetaires créés par Alexandre Dumas, il vont se fondre au cœur d'une intrigue en revêtant des habits de gouvernantes, d'hommes d'église et même de mousquetaires. 


Les Quatre Charlots Mousquetaires mêle roman historique et comédie, et même si tout cela ne vole jamais très haut, on passe un moment relativement plaisant. Que les fans des Charlots qui n'auraient pas encore vu celui-ci se rassurent : si dans un premier temps, il est vrai qu'on ne les voit que très rarement à l'image, ils deviennent ensuite la pièce centrale du film,épaulés en cela par la très amusante prestation de l'acteur Paul Préboist dans le rôle du Père Joseph et qui illumine les scènes de sa présence et de son parler si particulier.

Outre ce dernier, le film de André Hunebelle compte pas mal d'acteurs connus puisqu'au générique, on peut noter la présence de Daniel Ceccaldi dans le rôle du Roi Louis XIII, Bernard Haller dans celui du Cardinal de Rochefort, Jacques Legras en Alexandre Dumas, Bernard Menez en Gouverneur par Intérim de la Bastille, et une fois encore, Jacques Seiler qui décidément demeure fidèle aux Charlots. De cette œuvre naîtra en cette même année 1974 une suite intitulée À nous quatre, Cardinal ! Toujours interprétée par les Charlots et par la distribution de ce premier film conjoint entre le cinéaste et les comiques...

samedi 28 septembre 2024

Cycle Les Charlots: Les Fous du Stade de Claude Zidi (1972)



Alors qu'ils sont en vacances, Gérard, Jean, Phil et Jean-Guy meurent de faim. Un chien leur a volé leur jambon et leur estomac crie famine. Heureusement pour eux, l'épicier Jules Lafougasse leur apporte une choucroute et leur propose un marché. S'ils acceptent de remplacer son fils blessé à la tête et de préparer l'arrivée de la flamme olympique au village, il leur fera un prix sur les conserves. Sautant sur l'occasion, les Charlots entrent au village armés de dizaines de drapeaux qu'ils fixent en hauteur. Ils installent sur la place un mat, puis partent récupérer une statue censée représenter le symbole des jeux à venir. Gérard s'est amouraché de Délice, la fille de Jules. Mais lorsque le porteur de la flamme arrive et que le village tout entier est en liesse, Délice tombe sous le charme de l'athlète et délaisse Gérard et son père pour accompagner le bel homme vers le stade où vont avoir lieu les épreuves des jeux olympiques.

Après une tentative de suicide ratée, Gérard accepte de suivre ses trois compagnons jusqu'au site olympique afin de ramener Délice à la raison. Mais les quatre hommes ne sont pas seuls et le père de la jeune femme ainsi que son frère ont bien l'intention de la ramener de force au village...

Premier film des Charlots sans Luis Rego, Les Fous du stade et l'un des plus connus et sans doute, l'un des plus réussis dans leur carrière d'acteurs. Suite de gags apparentés à des sketches, le film engrange à une vitesse effrénée les les situations burlesques. Certaines sont devenues de véritables moments cultes. Le repas au bord de la rivière, le transport de la statue, l'épreuve des spaghettis, et surtout l’anthologique partie consacrée aux jeux olympiques qui va couronner nos quatre Charlots durant les diverses épreuves : course sur piste, marathon, saut à la perche, cyclisme, les gags s’enchaînent les uns derrière les autres. Ce n'est pas toujours très fin, c'est même souvent lourd, mais dans l'ensemble, le plaisir est bien là. C'est du Charlots pur jus. Les amateurs ne seront pas déçus, retrouvant les habituelles singeries du quatuor, les autres apprécieront peut-être enfin le style si particulier de ces quatre personnages désormais fort coutumiers des salles de cinéma.

Gérard Rinaldi est l'éternel amoureux tombant cette fois-ci amoureux de la jolie Délice (l'actrice Martine Kelly). C'est à nouveau Claude Zidi qui met en scène Gérard Rinaldi, Jean Sarrus, Gérard Filipelli et Jean-Guy Fechner. On y croise des têtes bien connues comme celle de Paul Préboist en épicier retord, Guy Lux en commentateur sportif, ainsi que le chanteur Antoine et l'accordéoniste Aimable. Jacques Seiler quand à lui interprète le rôle du directeur sportif de l'équipe cycliste , rappelant ainsi son rôle de sergent dans le film précédent des Charlots, Les Bidasses en Folie. D'ailleurs, Les Fous du Stade fera référence à ce dernier lors d'une scène durant laquelle les Charlots sont pris en stop par un militaire auquel il rétorqueront avoir fait leur service ainsi qu'un peu de taule. Produit par le producteur Christian Fechner, ce dernier fait une courte apparition dans le rôle du tireur du marathon.

Meilleur que le précédent, le film a cependant fait moins d'entrées, passant des sept millions des Bidasses... à cinq millions sept cent mille pour les Fous... soit tout de même une perte sèche de plus d'un million d'entrées. Cela n'empêchera tout de même pas Claude Zidi de sortir dans la même année Les Charlots font l'Espagne


lundi 25 novembre 2019

Hibernatus d'Édouard Molinaro (1969) - ★★★★★★★☆☆☆



Deuxième collaboration entre l'acteur Louis de Funès et le réalisateur Édouard Molinaro, Hibernatus fait suite à Oscar qui deux ans plus tôt réunissait déjà les deux hommes et qui était déjà lui-même l'adaptation de la pièce de théâtre éponyme de Claude Magnier. D'ailleurs, ces deux adaptations de pièces de théâtre ne furent pas les seules pour le réalisateur qui adapta également la pièce de Francis Veber Le Contrat en 1973 sous le titre L'Emmerdeur et réalisa La Cage aux Folles cinq ans plus tard à partir de la pièce de Jean Poiret. Pour cette seconde collaboration entre le réalisateur et Louis de Funès, Édouard Molinaro réunit à nouveau la star comique et l'actrice Claude Gensac qui interprétera régulièrement l'épouse de Louis de Funès dans un nombre important de longs-métrages. Dans le cas présent, ils incarnent respectivement Edmée de Tartas et Hubert Barrère de Tartas. Lui est le président directeur général d'une société d'emballage et elle, son épouse et actionnaire de la dite société.

Tout commence lorsqu'une expédition située dans l'extrême nord du Groenland fait la découverte d'un corps congelé depuis soixante-cinq ans. Miraculeusement, et contre toute attente, le cœur de l'homme se met à battre à nouveau. Une enquête est menée pour savoir quelles sont ses origines et l'on apprend bientôt qu'il est le grand-père d'Edmée de Tartas. Alors que le professeur Édouard Loriebat qui s'est chargé de la ''décongélation'' de celui qui se fait appeler Paul Fournier a bien l'intention de le garder dans ses services, Edmée refuse et veut récupérer son grand-père. C'est avec l'aide de son époux et du professeur Bibolini, pourtant proche collaborateur du professeur Édouard Loriebat, qu'Edma parvient à ''kidnapper'' l'hiberné et à le ramener chez eux. Mais afin qu'à son réveil, Paul Fournier ne se rende compte de rien et ne soit pas choqué par la découverte qu'il est plongé dans une autre époque que la sienne, la ville toute entière se met en quatre pour arborer l'apparence qu'elle avait au début du siècle. Les modèles de voitures récents sont remplacés par ceux des années 1900, tout comme les costumes. Chez les Tartas, tout y est transformé. Le poste de télévision y est par exemple retiré et chacun accepte de tenir un rôle différent : Edmée, qui ressemble étonnamment à sa propre grande-mère devient désormais la mère de Paul, Hubert devient son prétendant, et leur fils Didier est désormais étudiant. Mais très rapidement, l'autorité de Paul qui porte aux nues sa ''mère'' irrite Hubert qui ne supporte plus cette situation...

L'intrigue de Hibernatus prend essentiellement pour cadre la propriété des de Tartas. L'unité de lieu et de temps est donc pratiquement celle d'une pièce de théâtre. Comme toujours, Louis de Funès cabotine énormément et on peut d'ailleurs le soupçonner, comme à son habitude, d'avoir lui-même improvisé certains gags auxquels le réalisateur ne réagira pourtant malheureusement pas. Même si le long-métrage d’Édouard Molinaro n'est pas le meilleur film qu'il ait réalisé ou qu'ait interprété Louis de Funès, il demeure difficile de ne pas éprouver énormément de sympathie pour cette comédie légère et parfois survoltée, multipliant gags et quiproquos. On retrouve à l'écran le fils de la star comique, Olivier de Funès qui ne tournera que dans une poignée de longs-métrages, tous en compagnie de son père. Michael Lonsdale interprète le professeur Édouard Loriebat et l'acteur Pascal Mazzotti, le professeur Bibolini. Dans le rôle de la servante Sophie, on retrouve l'actrice Sophie Kelly et dans celui du maître d'hôtel Charles, Paul Préboist. Une comédie sympathique accompagnée de quelques moments culte comme la danse de Hubert Barrère de Tartas répétant inlassablement le prénom de son épouse...

vendredi 15 mars 2019

Quelques Messieurs trop Tranquilles de Georges Lautner (1972) - ★★★★★★☆☆☆☆



En 1972, Georges Lautner réalise Quelques Messieurs trop Tranquilles adapté du roman La nuit des grands chiens malades d'Alain Dreux-Gallou sorti pour la première fois chez Gallimard dans la collection « Série Noire ». Pour son vingtième longs-métrages, l'auteur du Monocle Noir et de ses suites se réserve un espace de détente et de liberté dans le village bien réel de Loubressac dans le département du Lot. C'est là-bas que vivent le patron d'une épicerie Julien Michalon, l'instituteur Peloux, Arsène Cahusac l'adjoint au maire ET fossoyeur au cimetière du village, l'agriculteur Adrien Perrolas et Paul Campana, le garagiste. Une bande de copains qui, il faut l'avouer, s'ennuient à mourir à Loubressac où il ne se passe pas grand chose. Mais comme un signe du destin, voilà que vient s'installer dans un champ de la commune, une bande de hippies à la tête de laquelle un américain prénommé Charles semble être le leader. Très vite découragés par Peloux et ses amis, les nouveaux venus déménagent et s'installent ensuite sur les terres d'une comtesse qui voit d'un mauvais œil leur arrivée. Du moins, jusqu'à ce qu'elle apprenne le retour prochain de Gérard Lorrain, un ancien détenu qui vient de passer cinq années derrière les barreaux et qui pourtant, malgré tout ce temps passé à l'ombre, à loué le château de la comtesse. Peu à peu, Julien, Adrien, Arsène et les autres s'attachent à cette communauté qui vit dans d'étranges constructions, contrairement à Lorrain qui dès son arrivée tente de se débarrasser des nouveaux venus installés sur « son » terrain...

Film en totale roue libre, Quelques Messieurs trop Tranquilles est une comédie surréaliste pour laquelle le cinéaste s'est totalement lâché. Le casting y est des plus hétéroclite : Au sommet, on retrouve la toujours fringante Renée Saint-Cyr, tandis qu'au village, Jean Lefebvre, Michel Galabru, Paul Préboist, Henri Guybet et Bruno Pradal se partagent la vedette. Débarquent alors une tribu de onze individus à la tête desquels on retrouve l'acteur américain Charles Southwood. Parmi ses ouailles se présente la toute jeune Miou-Miou dont la carrière n'a débuté que deux ans auparavant mais qui ne sera véritablement lancée qu'à partir de 1974 et son interprétation dans le mythique Les Valseuses de Bertrand Blier.

Que dire si ce n'est que Quelques Messieurs trop Tranquilles est assez ahurissant. Le scénario y semble anarchique, brouillon, Georges Lautner ne semblant jamais véritablement tenir les rennes d'un récit casse-gueule qui tient pourtant on ne sait par quel miracle. Le film mélange pêle-mêle comédie et policier, on y trouve une vieille comtesse un brin acariâtre, un ancien taulard accompagné de ses sbires et de deux sauterelles à bord d'une Cadillac rose, un mort suspendu au beau milieu d'une falaise, un cadavre exhumé et éventré au cimetière, des hippies motorisés vivants dans de curieux igloos, un flic retors et envahissant, et même une intrigue tournant autour du château. André Pousse incarne Gérard Lorrain, cet ancien détenu plutôt antipathique. Quelques Messieurs trop Tranquilles est très certainement l'occasion pour Georges Lautner de faire la critique d'une société rurale pas encore tout à fait prête à accueillir chez elle des chevelus dont la « couleur » tranche radicalement avec celle de ses habitants. Le film a pas mal vieilli et l'on n'en conservera que quelques souvenirs, telle la poursuite entre les hommes de main de Lorrain et Campana le garagiste. Pour le reste, Quelques Messieurs trop Tranquilles est une petite comédie amusante et loufoque dont l'intérêt se sera émoussé avec le temps...

jeudi 27 septembre 2018

Laisse Aller... c'est une Valse de Georges Lautner (1970) - ★★★★★★★☆☆☆



En 1971, l'actrice Mireille Darc retrouve le cinéaste Georges Lautner pour la septième fois. Michel Constantin pour la seconde. Ils interpréteront d'ailleurs ensemble, deux des principaux rôles du quatorzième long-métrage du réalisateur, Ne nous Fâchons pas aux côtés de Lino Ventura et Jean Lefebvre. Quant à Bernard Blier, à l'époque, il est déjà un grand fidèle de Georges Lautner puisque les deux hommes ont en commun sept long-métrages dont Le Septième Juré et Les Tontons Flingueurs. Parmi les principaux interprètes de Laisse Aller... c'est une Valse, Jean Yanne est donc le seul à être convié pour la première (et la dernière) fois par le cinéaste qui une fois encore, s'en donne à cœur joie dans le domaine de la gaudriole en proposant une œuvre mêlant allégrement policier et comédie.

Y joue de ses charmes une Mireille Darc filiforme mais convaincante, face à un Jean Yanne trahi à la suite d'un vol de bijoux. Résultat : trois ans de placard qui ont malgré tout permis à son personnage de faire connaissance avec Michel Beddouk, incarné par Michel Constantin. Serge Aubin s'est donc juré de tuer son épouse Carla à sa sortie de prison et d'aller récupérer les bijoux qu'il a confié à son ami Santini. Malheureusement pour lui, Serge va avoir dans les pattes le nouveau compagnon de Carla un certain comte Charles Varèse (sosie improbable de Al Pacino), ainsi que le commissaire Caillaud, bien décidé à récupérer les bijoux. Mais ce qui va sans doute générer le plus d'ennuis chez Serge et son ancien co-détenu, c'est la présence de Carla pour laquelle il éprouve en réalité toujours les mêmes sentiments. Difficile donc de tenir sa promesse et de lui loger une balle en plein cœur.

Difficile de trouver des points négatifs à développer face à Laisse Aller... c'est une Valse. Dans le genre comédie délirante et surréaliste, l’œuvre de Georges Lautner est à ranger aux côtés de certains Jacques Audiard ou de certains de ses propres longs-métrages (Quelques Messieurs Trop Tranquilles, La Valise, etc...). L'humour et le polar s'y croisent frontalement mais l'absurde le remportant systématiquement sur le sérieux, le spectateur passe le plus clair de son temps à rire devant les péripéties de ses personnages. Mireille Darc y est savoureusement belle, aguicheuse, sensuelle. Michel Constantin y est bougon, mais aussi incroyablement patient devant un Jean Yanne indécis quant à la décision à prendre sur le sort à accorder à sa traîtresse d'épouse. Laisse Aller... c'est une Valse multiplie les situations rocambolesques donc, conviant à la fête des seconds rôles atypiques : Rufus en professeur d'anglais amoureux de Clara, Paul Préboist en pompiste-chasseur regrettant en compagnie de ses potes avinés, l'époque où ils partaient au combat, ou encore Coluche qui incarnait ici à l'occasion de son troisième rôle au cinéma, celui d'un patron de café situé juste en face d'une prison.

Sur un scénario de Bertrand Blier, lequel allait s'attaquer à l'écriture de l'un de ses plus célèbres longs-métrages quatre ans plus tard (Les Valseuses), Georges Lautner compose en sa compagnie des dialogues aux petits oignons. Accompagnée par la musique hétéroclite d'Alan Reeves, l’œuvre de Georges Lautner réserve des situations totalement absurdes. Comme la scène d'amour entre Mireille Darc et Jean Yanne, la fusillade entre le duo d'anciens taulards et les hommes de main du comte Charles Varèse située dans un corps de ferme, ou bien celle qui oppose plus loin les chasseurs et nos trois héros. Au rang des seconds rôles, il ne faudrait pas oublier les courtes mais intéressantes apparitions de Venantino Venantini, de Jess Hahn, de Philippe Castelli, de Daniel Prévost, de Jean-Michel Ribes ou encore de Philippe Khorsand. Georges Lautner signe là une comédie très originale et qui a plutôt bien vieillit...

dimanche 29 juillet 2018

Sur un Arbre Perché de Serge Korber (1971) - ★★★★★★★☆☆☆



Si dans le fond, Sur un Arbre Perché se révèle relativement simple, dans sa forme, il semble avoir été plus compliqué à mettre en place que ne le laisse envisager le résultat à l'écran. Il s'agit de la seconde collaboration entre l'acteur Louis de Funès et le cinéaste Serge Korber et la deuxième fois que ce dernier adapte un scénario original en compagnie du scénariste et dialoguiste Jean halain (lequel écrira le scénario de bon nombre de long-métrages mettant en vedette Louis de Funès entre 1949 (Millionnaires d'un jour d'André Hunebelle) et 1981 (La Soupe aux Choux de Jean Girault). Après le déjà très spécial L'Homme Orchestre réalisé un an auparavant, en 1970, Serge Korber confie à Louis de Funès le rôle du promoteur Henri Roubier qui, de retour d'Italie où il vient de signer un contrat, et qui, contre son accord, vient d'embarquer à bord de sa décapotable un jeune auto-stoppeur ainsi que l'épouse d'un millionnaire. Sur la route qui mène jusqu'à la frontière française, au volant de son véhicule, Roubier fait un écart et plonge dans le vide. Par chance, il évite une chute mortelle mais la voiture tombe sur un arbre au beau milieu d'une falaise. Ni le sommet, ni le sol ne sont accessibles. Condamnés à rester immobiles dans la décapotable jusqu'à ce que d'éventuels secours viennent les sauver, Roubier et ses deux encombrants passagers vont devoir faire contre mauvaise fortune, bon cœur...

Le scénario de Pierre Roustang adapté à quatre mains par Jean Halain et Serge Korber aurait tout aussi bien pu servir de base à une pièce de théâtre. Car en effet, le film se situant majoritairement à bord d'une voiture immobilisée sur un arbre perché à plusieurs centaines de mètres au dessus du sol, toute l'intrigue repose uniquement sur le jeu de son improbable trio d'interprètes principaux. Dans le rôle principal, Louis de Funès, bien évidemment. A ses côtés, son propre fils Olivier qui contre toute attente n'incarne par le rôle du rejeton mais celui de l'auto-stoppeur (dans L'Homme Orchestre, Olivier de Funès interprétait au moins le rôle du neveu de Evan Evans, incarné, lui, par Louis de Funès). Pour accompagner les deux hommes, la touche féminine est assurée par l'actrice américaine Geraldine Chaplin qui comme chacun sait, est la fille de l'illustre Charlie Chaplin.

Bien que visuellement le film relève d'un minimalisme parfois déconcertant, le tournage semble s'être révélé plus difficile que le scénario pouvait le laisser croire. Si la direction des acteurs ne paraît pas avoir été le principal soucis du réalisateur, l'utilisation de cascadeurs lors de plans vertigineux et d'hommes rompus à l'alpinisme afin d'assurer certains des plans les plus osés se révèle remarquable. Fort logiquement remplacés par des doublures-cascadeurs, Louis et Olivier de Funès ainsi que Geraldine Chaplin ont quant à eux tourné la plupart des scènes en studio. Si les raccords ne sont pas toujours parfaitement exécutés, l'illusion est pourtant presque parfaite.

Afin d'éviter qu'une certaine redondance ne vienne ternir le récit, Serge Korber imagine quelques séquences plutôt amusantes, tel le portrait de Roubier en cycliste, l'évocation d'un vampire dans la région, ou encore la scène située dans le désert. Des mini-sketches relançant l'intrigue jusqu'à ce que les secours arrivent enfin, ouvrant le bal d'un dernier quart-d'heure totalement délirant. Notons la présence de Paul Préboist dans le rôle du radio-reporter et d'Alice Sapritch dans celui de Lucienne, l'épouse de Roubier.
Sur un Arbre Perché demeure sans doute comme l'une des comédies de Louis de Funès parmi les plus faibles. D'ailleurs, les résultats au box-office semblent s'en être ressentis malgré le score honorable dépassant le million et demi de spectateurs. Il s'agira là de la dernière collaboration entre Louis de Funès et Serge Korber. Une petite comédie, sympathique, mais dispensable...

samedi 30 décembre 2017

Moi y'en a vouloir des Sous de Jean Yanne (1973) - ★★★★★★★☆☆☆



Pour son second long-métrage en tant que réalisateur après Tout le Monde il est Beau, Tout le Monde il est Gentil, l'acteur, réalisateur, humoriste et écrivain (entre autres talents) français Jean Yanne s'attaque cette fois-ci au monde du capitalisme et lui oppose celui du prolétariat. Il y tient le rôle du conseiller financier d'un grand groupe qui, après avoir été licencié, se rapproche de son syndicaliste d'oncle qui n'a jusqu'à aujourd'hui vu son neveu que comme un capitaliste s'enrichissant sur le dos des prolétaires. Ayant moyennement apprécié d'être viré, Benoît Lepape décide donc de prendre les choses en main et de se venger du capitalisme et achetant une entreprise visant à avoir le monopole dans le domaine de l'industrie. Mais pour cela, il faut de l'argent: c'est pourquoi, avec l'aide de son oncle Adrien Colbart, leader syndical de la CGI, il va tenter de convaincre les membres du syndicat d'investir à l'aide des fonds récoltés l'achat d'une entreprise fabriquant des vélos. Une fois la chose accomplie, et puisqu'il faut bien que celle-ci soit rentable, il crée une journée sans voitures. Contre la pollution. Ce qui aura pour conséquence l'augmentation des ventes de bicyclettes. De grosses sommes d'argent rentrent dans les caisses et ceux qui jusqu'à aujourd'hui s'imaginaient comme les portes-drapeaux du prolétariat veulent désormais en croquer. Entre Benoit et son oncle, c'est la rupture. Trahi par ce dernier, l'ancien conseille financier se rapproche de précédent employeur, lequel lui propose au vu des résultats qu'il a obtenu, le poste de vice-président. Alors que Benoit et son oncle entrent en guerre, celui qui était parvenu à faire la fierté de du leader de la CGI va connaître une ascension fulgurante, attirant le mépris des syndicats et même, plus étonnant, d'une ligue féministe dirigée Nicole, la fille de l'un de ses plus vieux amis, le curé Léon...

Bien que Moi y'en a vouloir des Sous emprunte la forme d'une comédie, le message social de Jean Yanne et Gérard Sire (les deux hommes ont collaboré à l'écriture du scénario), le fond se veut beaucoup profond qu'il n'y paraît. Jean s'attaque en effet une nouvelle fois à notre société mais sous un angle différent de son précédent long-métrage. Désormais, il s'en prend aux grands. A ceux qui détiennent le pouvoir. Mais plus que de simplement opposer ses personnages dans une lutte des classes envisageant d'un côté le Bien, et de l'autre le Mal, il construit avec une certaine aisance le récit d'un individu rejetant les codes du capitalisme tout en étant malheureusement lui-même happé par la réussite sociale et financière.

Plus que le monstre qu'il aurait pu devenir, son personnage garde ses distances avec la réussite et malgré les apparences demeure l'homme proche du peuple qu'il a toujours été. Face à lui, un Bernard Blier qui excelle dans le rôle du leader syndicaliste qui quoi qu'on en dise, jalouse son neveu. Moi y'en a vouloir des Sous étudie les méthodes de fonctionnement d'une entreprise vouée à la réussite. Jean Yanne va jusqu'à faire évoluer celle de son personnage au delà des frontières nationales. Un individu condamné à la réussite. C'est ainsi qu'intervient le burlesque. Lorsque Benoit Lepape tente de perdre de l'argent mais n'en fait qu'en gagner davantage. Pire, celui auquel tout un chacun devrait se référer se voit lui aussi menacé de mouvements de grève. Le film démontre que quoi qu'il arrive, le mécontentement peut gronder. Nicole Calfan qui n'a qu'une très courte carrière d'actrice au moment d'interpréter le rôle de Nicole excelle en militante féministe virulente. Michel Serrault incarne Léon, le curé, tandis que le toujours excellent Jacques François est le fondé de pouvoir, Delfaut. 

On découvre parmi les nombreux interprètes Daniel Prévost, Jean-Marie Proslier (en vicaire), Ginette Garçin ou Paul Préboist dans le rôle du policier Vergeot. Comme cela était le cas pour Tout le Monde il est Beau, Tout le Monde il est Gentil, Jean Yanne attache une importance fondamentale à la musique. Une fois encore, il fait appel au musicien et compositeur français Michel Magne et convoque même lors d'une scène située dans l'église généreusement offerte par le héros le groupe de zeuhl (rock, jazz, avant-gardisme et chorale), Magma. Si Moi y'en a vouloir des Sous a quelque peu vieilli, le plaisir de (re)voir est là, témoignage d'une époque malheureusement révolue...
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