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mercredi 19 novembre 2025

T'as pas changé de Jérôme Commandeur (2025) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

L'humoriste, acteur, réalisateur et scénariste français Jérôme Commandeur signe avec T'as pas changé son troisième long-métrage neuf ans après Ma famille t'adore déjà et Irréductible en 2022. Reposant sur la nostalgie des années quatre-vingt dix lors desquelles son personnage ainsi que ceux incarnés par la majorité des interprètes sont parfois plongés, cette nouvelle comédie française disponible dans les salles de cinéma depuis le 5 novembre dernier oscille entre passé et présent. Pourtant, lorsque son scénario exécute un retour en arrière d'une trentaine d'années, ce retour dans le passé n'est visuellement pas très significatif. En effet, la plupart de ces séquences se déroulent lors d'une fête organisée par Hervé, alors adolescent, située dans la propriété de ses parents et à laquelle il a convié la plupart de ses camarades de classe. L'on retrouve ainsi auprès de ce jeune et populaire adolescent ses trois meilleurs amis Jordy, Daniel et Maxime. L'action se situant loin dans le passé, les personnages sont alors incarnés par Baptiste Masseline, Kolia Abiteboul, Alexandre Mas et Théo Andres. Dans le présent, ces quatre là sont ensuite remplacés par Laurent Lafitte, Jérôme Commandeur lui-même, Michaël Abiteboul ainsi que par François Damiens. Le premier est un chanteur de charme dont la carrière et le succès repose essentiellement sur une chanson d'amour dont ses groupies sont folles ! Le second est un agent immobilier en pleine crise existentielle depuis que sa femme est installée chez lui avec son amant et sa belle-mère. Quant au quatrième, lui aussi est en proie à des tourments intérieurs. Brillant avocat, Maxime vit mal le fait de prendre de l'âge et accepte difficilement que son épouse Sofia (l'actrice franco-marocaine Zineb Triki), elle aussi avocate, soit reconnue comme meilleure que lui dans cette discipline... Alors qu'ils viennent de perdre le troisième d'entre eux, leur ami Daniel (Michaël Abiteboul) qui formait avec eux un groupe soudé, ils décident d'organiser une fête à l'attention des anciens élèves de leur classe... Cependant, il y a un hic : en effet, parmi ceux-ci se trouvent certains camarades qu'ils moquaient et méprisaient étant adolescents. Et parmi eux, Anne (Vanessa Paradis) qui depuis est devenue une cardiologue pas vraiment heureuse dans la vie depuis que son mari (qui lui aussi est médecin) la trompe avec une femme beaucoup plus jeune qu'elle.


L'on retiendra d'ailleurs notamment la performance d'actrice plutôt drôlatique de celle-ci s'agissant de la séquence lors de laquelle elle est contrainte de chanter, faux comme on l'imagine, alors qu'elle a elle-même mené une carrière de chanteuse dès l'âge de 14 ans lorsqu'elle apparu pour la première à la télévision dans l'émission Champs-Élysées animée à l'époque par Michel Drucker. Autre personnage qui n'aura pas connu le succès escompté lors de ses années d'études, Marion (Delphine Baril). Ayant conservé une certaine rancœur vis à vis du quatuor, elle décide de contrecarrer le projet de Hervé, Jordy et Maxime en invitant le même jour ses anciens camarades de classe. Malgré un sujet qui semble obliquer vers la comédie pour jeunes spectateurs, Jérôme Commandeur développe un récit beaucoup plus profond qu'il n'y paraît. Y transparaît un certain mal-être commun à la plupart des personnages. Le titre jouant avec malice sur cette habitude qu'ont les gens de rassurer ceux qu'ils n'avaient plus revu depuis des années sur leur état physique général mais joue aussi et surtout sur leur comportement. Trahissant ainsi quelque peu cette idée qui veut que l'on ne change jamais vraiment même si, au fil de l'intrigue, l'on constate que les âmes se sont apaisées et que les discordes du passé peuvent très bien se retrouver aux oubliettes. T'as pas changé est également l'occasion de retrouver d'ancienne vedettes de la télévision, du cinéma ou de la chanson. C'est ainsi que Jérôme Commandeur convie à l'image Catherine Allégret et Rufus dans les rôles de Arlette et Roland, les parents de Hervé, Catherine Hiegel dans celui de Jannick, la belle-mère de l'ex-épouse de Jordy et même quelques anciennes ''vedettes'' de la chanson française et anglo-saxonne qui incarnent toutes leur propre personnage. C'est ainsi que l'on retrouve Patricia Kaas, Lââm, Indra ainsi que trois membres de l'ancien Boys-Band Worlds Apart, Nathan Moore, Steve Hart et Cal Cooper... Entre humour, émotion, légèreté et gravité, Jérôme Commandeur signe une comédie fort sympathique, qui ne laissera sans doute pas de souvenirs impérissables mais qui au regard de la production actuelle n'est pas la pire ''chose'' qui ait vue le jour sur grand écran en matière de comédie française...

 

mercredi 6 décembre 2023

Fantasia chez les ploucs de Gérard Pirès (1971) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Avoir dans sa calebasse un casting pareil et nous servir en guise de plat principal un met dont les seules saveurs sont les noms des principaux interprètes, voilà de quoi froncer les sourcils, serrer les poings et les dents, l'écume aux lèvres et l’œil injecté de sang. Des acteurs interchangeables mais pas nécessairement au fait des choix les plus judicieux comme le démontre notamment cette pellicule bien trop déjantée pour être honnête. Gérard Pirès a bien le droit de faire du Yanne, du Lautner ou du Audiard mais encore doit-il entreprendre la chose avec un minimum de savoir-faire. Mireille Darc retrouve Lino Ventura cinq ans après Ne nous fâchons pas de Georges Lautner en 1966 et rencontre Jean Yanne un an avant Laisse aller... c'est une valse ! lui aussi réalisé par Georges Lautner mais cette fois-ci en 1971. Gérard Pirès réunit donc ces trois grands interprètes dans ce qui demeure encore à ce jour l'une des fantaisies cinématographiques hexagonales parmi les plus insupportables qui soient. Ici, ce ne sont pas les ruptures de ton qui fatiguent, épuisent, éreintent et grillent le cerveau mais ces constants changements de rythme et la nature même du récit qui terminent de convaincre que tout ici n'est qu'une manœuvre éhontée cherchant à cacher les innombrables faiblesses d'un script par une accumulation ininterrompue d'actes loufoques. Lesquels atteignent rarement, pour ne pas dire jamais, le niveau requis pour que le public s'esclaffe devant les pitreries de nos trois héros et des seconds rôles qui les accompagnent.


Comme quoi l'on peut aimer se fendre la poire devant un bon Audiard, un Veber ou un Blier-fils, se tordre de rire devant une friandise anglo-saxonne genre Mr Bean, Benny Hill et Les Monty Python ou bien même éclater de rire devant un bon vieux ZAZ tout en demeurant totalement indifférent devant l'affligeant spectacle de trois immenses interprètes s'adonnant à une sorte de gaudriole farfelue même pas digne de figurer dans le même classement que les pires œuvres des Charlots (que j'adore, au demeurant) ou de Philippe Clair (voir Le Führer en folie, c'est vivre les symptômes d'un arrêt vasculaire cérébral sans en être réellement victime). Et si vous trouvez que cette dernière phrase fut bien trop longue, c'est qu'en comparaison vous n'avez pas encore jeté un œil à cette indigeste folie signée de l'auteur de choses plutôt sympathiques comme L'Agression en 1974 ou L'Entourloupe en 1980 mais aussi de Taxi en 1998 et de Double Zéro en 2004. Bref, vous avez compris que le bonhomme est capable de produire du bon grain aussi bien que de l'ivraie. Des rednecks bien de chez nous (Ventura et Yanne), une strip-teaseuse à moitié nue (la délicieuse Mireille Darc), un gangster (l'acteur italien Nanni Loy dans le rôle de Dr. Severance), l'idiot du village Noé (Jacques Dufilho) ou deux flics complètement débiles incarnés par Georges Beller et Rufus. Un trafic d'alcool frelaté, un vol de diamants, des musiques psychédéliques et classiques, des cascades, des courses-poursuites, soit un melting-pot de tout et n'importe quoi pour une œuvre fourre-tout, lourdingue dans son approche mais aussi, au contraire, extrêmement légère lorsqu'il s'agit d'évoquer les dialogues. N'est pas Michel Audiard qui veut... Ah ! J'allais oublier : je ne sais plus où j'ai lu ça mais le film de Gérard Pirès aurait, paraît-il, été l'une des principales sources d'inspiration pour la série culte américaine Shérif, fais-moi peur (The Dukes of Hazzard) créée par Gy Waldron à la fin des années soixante-dix. Comme dirait Eric Zemmour : ''Ben voyons... !''

 

jeudi 15 décembre 2022

Patrick Dewaere (Première partie)

 


 

Patrick Dewaere : 1947-1982

Les valseuses de Bertrand Blier (1974)

Né Patrick Bourdeaux, l'acteur français enchaîne les petits rôles à la télévision puis sur grand écran tout en faisant partie de la troupe du Café de la gare créée en outre par Romain Bouteuille, Coluche, Miou-Miou et Henry Guibet. Mais c'est en 1974 à travers le rôle de Pierrot dans le film culte de Bertrand Blier Les Valseuses qu'il devient célèbre auprès du grand public. Aux côtés de Gérard Depardieu qui lui-même y tient le rôle de Jean-Claude, Patrick Dewaere incarne un petit voyou de banlieue qui avec son camarade va faire les quatre-cent coups. Vols de voitures, kidnapping, abus sexuels, les deux hommes croisent la route de Marie-Ange, une shampouineuse incapable de ressentir le moindre plaisir lors de l'acte sexuel et qu'ils vont rencontrer au moment de rendre sa voiture au patron de la jeune femme après lui avoir ''empruntée'' ! Commence alors pour ces trois là une aventure rocambolesque qui les mènera jusque dans la campagne française. L'occasion de faire de nombreuses rencontres. Pierrot et Jean-Claude croiseront la route d'une jeune mère interprétée par Brigitte Fossey rejoignant son compagnon, soldat appelé, à bord d'un autorail, celle d'un médecin chirurgien incarné par Michel Peyrelon, un taulard fraîchement sorti de prison (Jacques Chailleux dans le rôle de Jacques Pirolle) ainsi que la mère de ce dernier, Jeanne (l'actrice Jeanne Moreau), qui après avoir fait l'amour avec les deux voyous se suicidera. L'occasion pour Bertrand Blier de virer à trois-cent soixante degrés après nous avoir gratifié d'une quantité phénoménale de situations plus provocantes les unes que les autres.
Car
Les valseuses est avant tout, un monument du cinéma français, instinctif, brutal et éminemment créatif dans son écriture. Des textes sortis tout droit de l'imaginaire de Bertrand Blier qui durant toute sa carrière n'aura eu de cesse que de provoquer des réactions parmi son public. Le film fera évidemment scandale auprès de la bourgeoisie tandis que la jeunesse post-soixante-huitarde y trouvera un véritable exutoire. Le réalisateur et scénariste y creuse un peu plus loin que les autres le fossé qui sépare les jeunes générations des plus anciennes lors de séquences particulièrement significatives. Jean-Claude évoque notamment cette certitude d'être bien en France lorsque le patron de Marie-Ange (qu'interprète Miou-Miou) se voit accordé l'aide de ses voisins de cité lors de l'affrontement avec les deux jeunes hommes. Ce qui distingue Jean-Claude de son comparse est son ascendant sur celui qui l'accompagne dans toutes ses conneries. Les valseuses est l'expression d'une époque sans doute révolue à jamais qui malgré quelques sinistres évocations (une France extrême droitisée, la marginalisation des deux héros, le suicide de Jeanne, le meurtre du gardien de prison) souffle un véritable vent d'air frais dans un contexte qui sur grand écran n'est aujourd'hui même plus envisageable. Bien qu'elle débuta sa carrière au cinéma, au théâtre et à la télévision au début des années soixante-dix, la toute jeune Isabelle Huppert est surtout connue pour être apparue ici sous les traits de l'adolescente Jacqueline, jeune vierge éprise d'émancipation qui quittera ses parents en compagnie de Jean-Claude, Pierrot et Marie-Ange. Plus culte que Les valseuses, tu meurs ! Des répliques cinglantes à foison rendant honneur aux admirables dialogues d'un certain Michel Audiard et surtout, un duo d'acteur masculin appelé à devenir aussi culte que le premier film qui les a réunis. Une œuvre accompagnée en outre par l'inoubliable partition du jazzman, pianiste et violoniste franco-italien Stéphane Grappelli...


Lily aime-moi de Maurice Dugowson (1975)

Un an après le film culte de Bertrand Blier, Patrick Dewaere accepte de participer à un projet cinématographique étrangement typique des années soixante-dix. Sans doute pas aussi barré que le Themroc de Claude Faraldo qu'il interpréta notamment aux côtés de ses anciens comparses du Café de la gare deux ans auparavant mais tout de même un Objet Filmique PRESQUE Non Identifié. Une comédie, pas vraiment drôle et ne suivant comme fil d’Ariane qu'un scénario qui semble avoir été victime du syndrome de la page blanche. Des dialogues jusqu'à l'interprétation en passant par la mise en scène, il semblerait que Maurice Dugowson (dont le fait d'arme le plus connu reste sans doute F... comme Fairbanks qu'il réalisa l'année suivante) ait laissé le hasard jouer sa carte maîtresse, d'où une forte impression d'improvisation. Une liberté de choix artistique qui de nos jours semblerait novatrice tout en procurant une certaine gène chez ceux que l'on a habitué à des œuvres ''pensées'' jusque dans les moindres recoins... Ils sont trois. À commencer par Rufus, auquel Maurice Dugowson offre un premier rôle mérité. Généralement cantonné à des personnages secondaires, l'acteur campe le personnage de Claude.
Un un individu passablement lunaire, ouvrier dans une usine, très ennuyeux, dépressif et que sa compagne Lily vient de quitter. C'est alors qu'il rencontre François, le journaliste auquel est confiée la mission d'interviewer Claude. Incarné par le peintre et sculpteur belge Jean-Michel Folon (qui sera en outre l'auteur de l'affiche du long-métrage), celui-ci, sous ses faux airs de Bernard Giraudeau à lunettes, va faire un petit bout de chemin avec lui, histoire de lui remonter le moral, de lui changer les idées. Lui, mais aussi Gaston, dit
Johnny Cask, boxeur professionnel aux nombreuses défaites et ouvrier lui aussi. Le joyeux luron de l'aventure dont la réplique préférée est : ''Vous êtes bien jolie mademoiselle''... Une phrase qu'il répète d'une invariable manière mais qui ne l'empêche pas de se prendre régulièrement des vents de la part de la gente féminine. On se souviendra à ce titre de la courte mais mémorable apparition de Miou-Miou dans un café, en pseudo-Marie-Ange (celle des Valseuses, vous l'aurez compris) émancipée depuis, et recadrant les hommes qui chercheraient à lui mettre le grappin dessus. Entre la banlieue parisienne et la campagne française, Lily aime-moi traîne ses trois héros à la recherche d'une solution pour Claude. Lui veut retrouver celle qu'il aime tandis que les deux autres font tout ce qu'ils peuvent pour le soutenir. Rufus en clown triste, Jean-Michel Félon en penseur contemplatif et au verbe modéré, Patrick Dewaere en amuseur de place publique. Un trio (d)étonnant pour une œuvre (faussement ?) maladroite mais humaniste. À leurs côtés, Miou-Miou, donc, mais également Zouzou dans le rôle de Lily, et beaucoup plus tard, Anne Jousset qui, trois ans avant de jouer aux côtés de Gérard Jugnot et Daniel Auteuil dans Les héros n'ont pas froid aux oreilles de Charles Némès incarne ici déjà une auto-stoppeuse...


F… comme Fairbanks de Maurice Dugowson (1976)

On continue sur la lancée avec ce qui s’avéra être la seconde collaboration entre le réalisateur Maurice Dugowson et Patrick Dewaere un an après Lily aime-moi. Cette fois-ci, l'acteur est véritablement l'élément central du récit et plutôt que d'accorder une place à ses anciens complices du café de la gare, le réalisateur embauche ceux d'une autre fameuse troupe, certainement plus populaire encore. Du moins une partie d'entre eux puisque de la troupe du Splendid, les connaisseurs remarqueront les présences à l'écran de Thierry Lhermitte (dans le rôle d'un chercheur d'emploi) et de Christian Clavier (dans celui d'un serveur de bar-restaurant)... Entre les deux longs-métrages de Maurice Dugowson, Patrick Dewaere n'a pas eu le temps de chômer. En deux années, il tourne avec Georges Lautner pour Pas de problème!, Michel Boisrond pour Catherine et Cie, Pierre Granier-Deferre pour Adieu Poulet, Claude Miller pour La meilleure façon de marcher et Marco Bellocchio pour La marche triomphale. Puis vient donc F… comme Fairbanks avec son personnage qui quatre ans avant celui du formidable Un mauvais fils de Claude Sautet retrouve lui-même son entourage après avoir fait un séjour en prison (celle de l'armée). Patrick Dewaere retrouve Miou-Miou pour la troisième fois, charmante, craquante (surtout lors de la promenade en barque sur un lac), en comédienne de théâtre. En ingénieur mutin an chômage, l'acteur tombe sous le charme de la prétendante au rôle d'Alice plus ou moins acoquinée avec un photographe et cabotine pour la séduire. On retrouve ce même type de personnage qu'il incarnait déjà l'année précédente dans Lily aime-moi.
La manière dont Maurice Dugowson aborde ici le sujet n'est d'ailleurs pas si éloignée de son précédent long-métrage même si cette fois-ci la maîtrise de son sujet semble indiscutable.
F… comme Fairbanks s'inscrit dans un contexte social compliqué pour André Fragman/Patrick Dewaere. Incapable de trouver un emploi dans sa branche malgré les hypothétiques promesses d'un Étienne Lambert/Michel Piccoli plutôt ambigu (lequel ne semble pas vraiment décidé à aider le jeune homme à se faire une place dans l'ingénierie) et pourtant ''diverti'' par sa passion naissante et partagée pour Marie (Miou-Miou), le grain de sable du chômage vient gripper l'existence du héros de manière quasi obsessionnelle. Employé d'une station-essence, ouvrier de chantier, bagagiste, André, désormais inscrit à l'ANPE est incapable de garder un emploi. Sa relation avec Marie s'en ressent très rapidement... Impeccable dans ce rôle, Patrick Dewaere montre déjà des prédispositions pour ce type de personnages habités par de sombres pensées. Face à lui, Miou-Miou est touchante. Le titre du film fait référence à l'acteur américain Douglas Fairbanks. Maurice Dugowson rend d'ailleurs un vibrant hommage au cinéma, surtout à celui en noir et blanc, du début du vingtième siècle. Avec ce père projectionniste (l'acteur et réalisateur américain John Berry). Capable d'être volubile tout en affichant une certaine noirceur liée à la condition du personnage qu'il interprète, Patrick Dewaere est absolument formidable. Le Franck Poupart du futur chef-d’œuvre d'Alain Corneau Série noire n'est donc pas très loin. Lumineux avant de sombrer dans la noirceur, F… comme Fairbanks est au regard de la filmographie de l'acteur parmi ses œuvres les moins connues. Un long-métrage beau, tragique et qui mérite amplement d'être redécouvert...

 

vendredi 13 août 2021

Les insomniaques de Jean-Pierre Mocky (2010) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

''Il chantent bien ces gosses... Mais, j'crois que... l'évêque les a tous sodomisé...''. Jean-Pierre Mocky acteur, réalisateur, scénariste, qui estime que son cinquante-deuxième long-métrage Les insomniaques est ''très violent'', et même ''d'une violence très rare'' comme il en sera convaincu. L'anarchiste du cinéma hexagonal y exprime une fois encore son rejet des injustices en formant autour de lui un petit groupe de huit personnes qui s'imposent, et c'est là toute l'ironie du récit, le port du masque. Pas de type chirurgical ou de modèle FFP2, non. Des masques en plastique qui leur permettront de conserver l'anonymat lors d'exactions nocturnes visant à s'en prendre à ceux qui s'engraissent tandis que les petites gens se meurent. Un concept fort intéressant auquel participeront Bruno Putzulu, qui fut en outre l'un des principaux interprètes de L’appât de Bertrand Tavernier en 1995 et l'une des vedettes de la série télévisée Ici tout commence diffusée actuellement sur la première chaîne nationale et ce, depuis novembre 2020. Rufus, que tout le monde connaît et qui a travaillé aussi bien aux côtés d'Yves Boisset, Gérard Pirès, Roman Polanski que de Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro ou Jean-Jacques Annaud. L'acteur deviendra un ''petit'' fidèle de Jean-Pierre Mocky puisqu'on le retrouvera à l'occasion des tournages de Crédit pour tous en 2011 et de À votre bon cœur, mesdames l'année suivante. En compagnie de Jean-Pierre Mocky avec lequel les deux acteurs sont les deux seules véritables vedettes, Bruno Putzulu et Rufus s'opposent dans des rôles diamétralement opposés. Le premier incarne Albert qui est insomniaque et rencontre un soir en pleine rue Boris (Jean-Pierre Mocky), qui lui aussi rencontre d'énormes difficultés pour dormir...

 

Ce dernier propose à Albert de rejoindre son étrange organisation constituée de redresseurs de torts qui comme eux passent leurs nuits éveillés. Que leurs proies s'en soient pris à une association pour handicapés, qu'ils soient des politiques corrompus s'adonnant à la luxure ou des prêtres pédophiles, tous vont devoir rendre des comptes à Boris et ses associés. Mais la police veille en la personne de Martial auquel le directeur, et c'est là qu'intervient Rufus, confie l'enquête dont toute la presse ne fait que parler... Un Martial interprété par l'acteur Mathieu Demy, lequel est le fils des réalisateurs Jacques Demy et Agnès Varda. Le reste du casting est constitué de second rôles interprétés soit par des semi-professionnels, soit par des amateurs. Mais d'une manière générale, il n'y a guère que Demy, Putzulu et Rufus pour redresser la barre vers le haut car qu'il s'agisse de la mise en scène, du montage, de la direction d'acteurs, et donc en l'occurrence de l'interprétation, Les insomniaques pique parfois les yeux et fait très souvent mal aux oreilles. Jean-Pierre Mocky n'étant apparemment pas très sensible à un certain niveau d'interprétation généralement recommandé, le réalisateur et scénariste ne s'encombre visiblement pas d'une multitude de prises, même lorsque cela s'avérerait nécessaire. En découle un jeu typique de son univers. Des hésitations en pagaille, des phrases coupées au beau milieu, certaines lignes de dialogue ouvertement récitées (on pense notamment à la séquence lors de laquelle la numéro 2 de l'organisation explique aux autres ce que s'apprête à faire le président de l'association ''Les Handicapés'' (!?!). 

 

Totalement hallucinante, on devine très clairement l'actrice Patricia Barzyk en train de lire son texte devant la caméra en employant un timbre de voix qui ne laisse la place à aucune équivoque. Culte !). Concernant la violence qu'évoque Jean-Pierre Mocky, ne vous affolez pas. Tout ou presque est filmé hors-champ à part une séquence.... comment dire.... comment la nommer... disons, gore, et que je vous laisse le plaisir de découvrir si jamais vous mettez la main sur ce film. À propos anarchique, Jean-Piere Mocky répond par un montage bordélique. Pour pallier aux faiblesses budgétaires, le réalisateur coupe dans le lard. Comprendre que dans le récit, le réalisateur emploiera l’ellipse à outrance. Un procédé dont il a souvent l'usage d'ailleurs. Si depuis la fin des années quatre-vingt le compositeur Vladimir Cosma est devenu un fidèle du réalisateur, il n'a pas toujours œuvré pour le bien de ses films (Vénéneuses, en 2017). Bien qu'elle n'ait rien d'exceptionnel, la petite ritournelle qu'il a composé spécialement pour le film, laquelle est interprétée à l'harmonica sur fond d'accordéon, reste cependant entêtante tout au long du récit. Parmi les soixante-neuf longs-métrages de Jean-Pierre Mocky, Les insomniaques se situe dans la moyenne basse. Les fans purs et durs vont adorer. Les autres, sans doute bien se marrer...


 

samedi 7 mars 2020

Mine de Rien de Mathias Mlekuz (2020) - ★★★★★★★★☆☆



Le social est une valeur marchande qui sur grand écran fonctionne actuellement à plein régime et connait un certain succès auprès de la presse et du public. Rien que ces dernières années, le public français a eu droit à quelques bonnes et même, très bonnes surprises. Quelques comédies légères, telle Jusqu'ici tout va bien de Mohamed Hamidi, l'excellent Les Crevettes Pailletées de Cédric Le Gallo, moins connu que Le Grand Bain de Gilles Lellouche mais tout aussi intéressant à découvrir, mais aussi des œuvres parfois plus dures et encore davantage ancrées dans la réalité. On pense notamment aux Invisibles de Louis-Julien Petit ou au chef-d'oeuvre de Stéphane Brizé, En Guerre, sorti le 16 mai 2018. Et puis sortent parfois des œuvres dont on n'attend rien de spécifique au tournant. Du moins peut-on les envisager comme d'énièmes variations sur un même thème. C'est ainsi donc que nous nous rendions ce matin dans l'une des neuf salle du MEGA CGR de Narbonne avec l'espoir de nous changer les idées devant une comédie. Le choix s'étant tout d'abord porté sur la présence des excellents Arnaud Ducret (L'Embarras Du Choix, Monsieur Je-sais-tout ou Les dents, pipi et au lit) et Philippe Rebbot (Bon rétablissement !, Une Famille à Louer) et sur une affiche qui ne laissait pourtant la place à aucune ambiguïté quant à l'approche de ce premier long-métrage réalisé par l'acteur-réalisateur Mathias Mlekuz (scénario écrit en compagnie de Philippe Rebbot et Cécile Telerman), c'est d'abord avec un certain désarroi que l'on a commencé à suivre les aventures d'Arnaud et de Di Dello dans une région connue pour les célèbres corons chers au chanteur Pierre Bachelet auxquels il rendit hommage avec la chanson ''Les Corons'' mais également atteinte d'un fort taux de chômage. Une œuvre qui semble tout d'abord hésiter entre comédie aux ressorts humoristiques inefficaces et drame social décrit avec peu d'enthousiasme. C'est dire si la première impression est négative et si l'on a vite fait de cataloguer Mine de Rien comme une comédie dramatique sans relief.

Il faudra cependant patienter jusqu'à ce que le héros soit suffisamment ivre et à l'agonie pour avoir une idée surprenante: construire un parc d'attractions sur une ancienne mine de charbon qui a fermé ses portes, laissant l'intégralité de ses ouvriers sur le carreau. C'est peut-être à cet instant très précis que Mine de Rien prend toute sa valeur en apportant tout ce qui semblait lui manquer jusqu'à cet instant. On comprendra que le réalisateur ait d'abord choisi de présenter ses personnages tout en décrivant avec justesse leurs conditions de vie mais c'est bien lorsque tous ensemble, dans une même communauté de sentiments et de solidarité, ils vont se battre pour bâtir ce qui peut-être, leur permettra de retrouver leur dignité. Mine de Rien ne dépasse pas les une heure et vingt-cinq minutes et pourtant, Mathias Mlekuz est parvenu en aussi peu de temps à évoquer tout un tas d'aspects de la vie quotidienne des habitants de cette petite ville minière engagés tous ensemble dans une bataille contre la maire en place, les services sociaux et des combats personnels parfois terriblement pesants. Arnaud Ducret est absolument formidable dans la peau d'Arnaud, divorcé, chômeur, mais qui devant l'adversité et un sort qui semble vouloir s'acharner sur lui, conserve calme et optimisme. Tranchant relativement à ses côtés, le personnage qu'interprète Philippe Rebbot apporte une note de fantaisie dans ce tableau parfois dépeint avec une très grande noirceur. À ce titre, on pense notamment à la séquence particulièrement poignante durant laquelle la mère d'Arnaud, divinement incarnée par Hélène Vincent, réclame son fils alors qu'elle vient d'être admise dans une maison de retraite. Le partenaire d'Arnaud Ducret agit comme une soupape de sécurité qui évite au long-métrage de tomber dans le nihilisme absolu. Il faudrait citer tous les seconds rôles Rufus, Mélanie Bernier, Marianne Garcia, Cyril Aubin, etc...) qui apportent leur lot de fraîcheur à cette comédie dramatique et sociale qui apporte une réponse positive et optimiste à un sujet grave et particulièrement dans l'air du temps. Mine de Rien, c'est l'honneur retrouvé d'une communauté d'ouvriers faisant face à l'adversité. Tantôt dans la joie et la bonne humeur et parfois saupoudré de moments incroyablement émouvants. À dire vrai, Mathias Mlekuz signe pour un premier film, l'une de ces pépites, rares, qu'il faut savoir dénicher de temps en temps. Le plaisir y est immense et la satisfaction d'avoir vécu un réel instant de partage et de communion avec ses personnage, authentique...

vendredi 8 novembre 2019

Mes Stars et Moi de Laeticia Colombani -2008) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Pour son deuxième long-métrage, la réalisatrice française Laeticia Colombani passe du thriller À la Folie... Pas du Tout à la comédie. Alors que son troisième film tarde à voir le jour (la sortie de La Tresse était à l'origine prévue pour l'année dernière et aucune date n'a encore été arrêtée). Mes Stars et Moi met en scène un Kad Merad particulièrement populaire depuis le début de ce siècle. Alignant un grand nombre de films dont pas mal de comédies familiales, l’œuvre de Laeticia Colombani ne déroge donc pas à la règle, ni même à celle des comédies légères, si légères qu'elles finissent par tomber très rapidement dans l'oubli. Il n'empêche qu'avec son casting constitué de vedettes du cinéma français, on pouvait s'attendre à un scénario s'alignant sur les présences de Catherine Deneuve et Emmanuelle Béart. Pourtant, Mes Stars et Moi s'avère malgré les promesses de son synopsis, d'une affolante platitude. On ne reviendra pas sur le jeu monolithique auquel nous a toujours habitué un Kad Merad toujours plus à l'aise dans la comédie que dans le sentiment pour se raccrocher au script, particulièrement accrocheur.

L'histoire de Robert Pelage, qui pour se rapprocher de ses actrices fétiches a accepté un emploi d'agent d'entretien dans une agence artistique. Fasciné par Solange Duvivier (Catherine Deneuve), Isabelle Séréna (Emmanuelle Béart) et la toute jeune Violette Duval (Mélanie Bernier), Robert s'incruste dans leur loge, chez leur agent Dominique Bhé (Dominique Besnehard), manipule leur entourage, et surtout harcèle ses actrices préférées. Pénétrant un jour dans le bureau de l'agent de Solange Duvivier et Isabelle Séréna, il ajoute sur son bureau une photo de Violette Duval, la protégée d'un agent qui gère relativement mal de sa carrière. Séduit par la photo de la jeune actrice, Dominique Bhé décide de lui proposer un rôle dans un film en préparation, réunissant ainsi les trois actrices sur le même plateau de tournage. Malheureusement, celles-ci se rendent rapidement compte que les soucis qu'elles rencontrent depuis peu sont l’œuvre de Robert. Notamment responsable des soucis que rencontre Isabelle Séréna avec son compagnon Bruno, un rugbyman, les trois actrices décident de se venger en s'attaquant directement à la source de leurs problèmes...

Débutant sous les meilleurs augures, Mes Stars et Moi n'est malheureusement pas la comédie telle que le spectateur aurait pu l'imaginer. Rarement drôle et assez mou, le film déroule son intrigue sans sursauts humoristiques et le spectateur a tendance à s'ennuyer. Pourtant, l'idée d'un trio d'actrices charmantes décidées à en découvre avec leur fan numéro un s'avère à l'image, assez fade. De même, lorsque la réalisatrice choisit d'entrer dans l'intimité d'un homme quitté par une épouse et une fille fatiguées des exactions de l'époux et du père, Laeticia Colombani s'y prend relativement mal et l'émotion est aux abonnés absents. Trop léger et caricatural, Mes Stars et Moi passe en coup de vent sans laisser la moindre trace. Au final, le spectateur se retrouve devant une comédie française comme il en pleut depuis trop d'années en France. À éviter sous peine de s'endormir...

jeudi 27 septembre 2018

Laisse Aller... c'est une Valse de Georges Lautner (1970) - ★★★★★★★☆☆☆



En 1971, l'actrice Mireille Darc retrouve le cinéaste Georges Lautner pour la septième fois. Michel Constantin pour la seconde. Ils interpréteront d'ailleurs ensemble, deux des principaux rôles du quatorzième long-métrage du réalisateur, Ne nous Fâchons pas aux côtés de Lino Ventura et Jean Lefebvre. Quant à Bernard Blier, à l'époque, il est déjà un grand fidèle de Georges Lautner puisque les deux hommes ont en commun sept long-métrages dont Le Septième Juré et Les Tontons Flingueurs. Parmi les principaux interprètes de Laisse Aller... c'est une Valse, Jean Yanne est donc le seul à être convié pour la première (et la dernière) fois par le cinéaste qui une fois encore, s'en donne à cœur joie dans le domaine de la gaudriole en proposant une œuvre mêlant allégrement policier et comédie.

Y joue de ses charmes une Mireille Darc filiforme mais convaincante, face à un Jean Yanne trahi à la suite d'un vol de bijoux. Résultat : trois ans de placard qui ont malgré tout permis à son personnage de faire connaissance avec Michel Beddouk, incarné par Michel Constantin. Serge Aubin s'est donc juré de tuer son épouse Carla à sa sortie de prison et d'aller récupérer les bijoux qu'il a confié à son ami Santini. Malheureusement pour lui, Serge va avoir dans les pattes le nouveau compagnon de Carla un certain comte Charles Varèse (sosie improbable de Al Pacino), ainsi que le commissaire Caillaud, bien décidé à récupérer les bijoux. Mais ce qui va sans doute générer le plus d'ennuis chez Serge et son ancien co-détenu, c'est la présence de Carla pour laquelle il éprouve en réalité toujours les mêmes sentiments. Difficile donc de tenir sa promesse et de lui loger une balle en plein cœur.

Difficile de trouver des points négatifs à développer face à Laisse Aller... c'est une Valse. Dans le genre comédie délirante et surréaliste, l’œuvre de Georges Lautner est à ranger aux côtés de certains Jacques Audiard ou de certains de ses propres longs-métrages (Quelques Messieurs Trop Tranquilles, La Valise, etc...). L'humour et le polar s'y croisent frontalement mais l'absurde le remportant systématiquement sur le sérieux, le spectateur passe le plus clair de son temps à rire devant les péripéties de ses personnages. Mireille Darc y est savoureusement belle, aguicheuse, sensuelle. Michel Constantin y est bougon, mais aussi incroyablement patient devant un Jean Yanne indécis quant à la décision à prendre sur le sort à accorder à sa traîtresse d'épouse. Laisse Aller... c'est une Valse multiplie les situations rocambolesques donc, conviant à la fête des seconds rôles atypiques : Rufus en professeur d'anglais amoureux de Clara, Paul Préboist en pompiste-chasseur regrettant en compagnie de ses potes avinés, l'époque où ils partaient au combat, ou encore Coluche qui incarnait ici à l'occasion de son troisième rôle au cinéma, celui d'un patron de café situé juste en face d'une prison.

Sur un scénario de Bertrand Blier, lequel allait s'attaquer à l'écriture de l'un de ses plus célèbres longs-métrages quatre ans plus tard (Les Valseuses), Georges Lautner compose en sa compagnie des dialogues aux petits oignons. Accompagnée par la musique hétéroclite d'Alan Reeves, l’œuvre de Georges Lautner réserve des situations totalement absurdes. Comme la scène d'amour entre Mireille Darc et Jean Yanne, la fusillade entre le duo d'anciens taulards et les hommes de main du comte Charles Varèse située dans un corps de ferme, ou bien celle qui oppose plus loin les chasseurs et nos trois héros. Au rang des seconds rôles, il ne faudrait pas oublier les courtes mais intéressantes apparitions de Venantino Venantini, de Jess Hahn, de Philippe Castelli, de Daniel Prévost, de Jean-Michel Ribes ou encore de Philippe Khorsand. Georges Lautner signe là une comédie très originale et qui a plutôt bien vieillit...

vendredi 29 septembre 2017

Vive la Crise ! de Jean-François Davy (2017) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆



Vive la Crise ! Vive...ment la fin du film aurai-je envie de clamer. J'ai douté, redouté, puis au final, je fus dérouté. La crise, oui, mais de quelle crise s'agit-il ? Au vue de l’indigence que constitue le dernier long-métrage de Jean-François Davy, lequel me laissa de vagues mais très humides souvenirs dans les années quatre-vingt grâce notamment à son anthologique Exhibition 79, un documentaire érotique consacré à plusieurs actrices et acteurs pornographiques tels que la délicieuse Marilyn Jess (ma préférée à l'époque) ou le très célèbre Richard Lemieuvre, je parle ici de la comédie française. Celle que beaucoup conspuent un peu trop à mon goût parmi les jeunes générations sevrées aux blockbusters américains. Ici, rien à dire, ces derniers auraient raison de hurler leur dégoût d'un cinéma français pitoyable, je ne serais pas là pour les forcer à changer d'avis. Surtout pas après avoir assisté à ce Vive la Crise ! raté. Non, plutôt... gâché.
Voyez vous-même : Jean-Claude Dreyfus, Jean-Marie Bigard, Florence Thomassin,Dominique Pinon, Michel Aumont, Rufus, henry Guibet, pour ne citer que les plus connus. Un scénario original dont l'auteur est Jean-François Davy lui-même. Mais un résultat qui n'est pas à la hauteur de nos espérance. Le cinéaste se sabre lui-même et emporte avec lui, l'équipage tout entier. D'où l'intérêt parfois de rester dans l'ombre. Qui se souviendra du nom du décorateur, de la costumière, du maquilleur ou du monteur. Pas moi. Pas vous non plus, très certainement, et c'est tant mieux pour eux.

Imaginez : Marine le Pen qui a force de conviction a fini par se faire élire démissionne finalement de la présidence en 2025. En Mai pour être plus précis. L'inspiration, l'auteur de Ça va faire mal ! l'a sans doute trouvée lui-même, mais aussi, sans doute, dans l’article 1587 du Code civil, auquel les personnages de Vive la Crise ! se réfèrent. Le connaissez-vous ? Moi non plus. Du moins jusqu'à ce que je me renseigne. Et, tenez-vous bien, on tient là un article précieux auquel nous devrions nous-même nous référer. Datant du 16 mars 1804, l'article promulgue l'usage de goûter avant d'en faire l'achat, le vin, l'huile, et tout autre chose à l'égard desquels il est de bon sens de tester et d'agréer. Rien d'étonnant à ce que cet article du code civil ne soit pas placardé un peu partout en ville, imaginez-donc le désordre qui régnerait alors dans les magasins de grande distribution !

Pour en revenir au film de Jean-François Davy, disons qu'en (très) grande partie, le cinéaste ne parvient pas à exploiter le potentiel d'une telle idée. Les interprètes ont l'air absents. Parfois amorphes, en tout cas pas suffisamment impliqués. Quant à la vulgarité qui émaille inutilement certaines scènes (pour exemple la clocharde indiquant à son compagnon qu'elle « aime quand il lui lèche la chatte »!!!), elle n'apporte rien. D'excellentes idées, il y en a. mais toutes tombent à l'eau.
L'ennui s'installe au grès des pérégrinations de Jean-Claude Dreyfus (dans le rôle de l'agrégé de philosophie Montaigne ayant volontairement choisi de vivre dans la rue), de Jean-Marie Bigard (dans celui d’Étienne, cadre de l'entreprise Climatisation Nationale, l'équivalent de notre Météo Nationale actuelle), ou de Rufus et de Dominique Pinon, tout deux agents de la RATP. C'est chiant et surtout pas drôle. Pour une comédie, ça la fout mal...

samedi 14 mars 2015

Marius de Daniel Auteuil (2012)



César est le propriétaire du Bar de La Marine qu'il tient aux cotés de son fils Marius. Ce dernier rêve de prendre un bateau et de partir pour l'archipel des îles Sous-le-Vent depuis qu'un soir, un voilier s'est amarré emportant du bois des Antilles. En causant avec les membres de l'équipage, ceux-ci ont donné à Marius l'envie de découvrir leur pays.
Mais en secret, le jeune homme est amoureux de la belle Fanny qu'il connaît depuis qu'ils sont tout petits. Elle aussi d'ailleurs est amoureuse. Pourtant, leur amour semble impossible. Marius se refuse à elle car qu'il espère chaque soir prendre le large pour l'archipel tant rêvé. Fanny, elle, est promise à Honoré Panisse, un vieil ami de César. Riche, le cinquantenaire et Honorine, la mère de Fanny se sont mis d'accord pour que le vieil homme et la jeune femme se marient.

Mais Marius se refuse à l'idée de voir Fanny épouser Honoré Panisse. C'est pourquoi il décide de ne plus partir malgré l'opportunité qui s'offre à lui de prendre un bateau. Heureuse et désemparée à la fois, Fanny est incertaine de vouloir retenir Marius et le voir vivre à ses cotés, plein de regrets de n'avoir pas pu vivre son rêve...

Second long-métrage de Daniel Auteuil en tant que réalisateur après La Fille Du Puisatier, Marius est l'occasion une nouvelle fois pour lui de pénétrer le merveilleux univers de Marcel Pagnol. Bien qu'il ait eu une solide carrière derrière lui, c'est véritablement grâce à Claude Berri et à son adaptation du diptyque Jean De FloretteManon Des Sources que l'acteur a pu étaler pour la première fois au grand jour l'immensité de son talent. C'est ainsi que plus de vingt-cinq ans plus tard il tourne sa propre vision de la trilogie marseillaise du célèbre auteur aubagnais. On retrouve tout ce qui fait le charme des œuvres de son auteur original. Marius, avant d'être un formidable remake joué par de non moins fantastiques interprètes fut une pièce de théâtre en trois actes de Marcel Pagnol achevée en 1928 et présentée l'année suivante. Une adaptation cinématographique est tournée trois ans plus tard par Alexandre Korda lui-même. D'autres cinéastes s’empareront à leur tour de cette tragique histoire d'amour jusqu'en 2013, année durant laquelle Daniel Auteuil en donne une version particulièrement réussie.

A ses cotés, Daniel Auteuil s'arme d'une ribambelle d'actrices et d'acteurs talentueux, et non des moindres : Marie-Anne Chazel, méconnaissable dans le rôle d'Honorine Cabanès, Jean-Pierre Darroussin dans celui d'Honoré Panisse, Rufus en Piquoiseau ou encore Daniel Russo en Capitaine de bateau Félix Escartefigue. Marius n'a rien de véritablement réel à se reprocher. Raphaël Personnaz et Victoire Bélézy (respectivement Marius et Fanny dans le film) campent deux jeunes amoureux que l'émotion et l'amour trahissent avec beaucoup de justesse. On partage avec eux leurs sentiments et la détresse de ce qui pourrait mettre en péril leur amour.

Daniel Auteuil offre une reconstitution fidèle de l'époque. Les décors son magnifiques bien que trop peu exploités, l'essentiel de l’œuvre étant filmée à l'intérieur du fameux bar de La Marine. On notera avec quelle justesse le réalisateur parvient à moderniser un récit vieux de plus de quatre-vingt ans. Mais les histoires d'amour ne sont-elles pas toutes éternelles ?

Frais, léger, plein d'un humour Pagnolesque, d'une certaines tendresse et d'une émotion très marquée, Marius est un petit bijou qui fait honneur à celui qui en écrivit l'histoire quatre-vingt trois ans plus tôt...


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