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mardi 16 juin 2026

Mauvaise pioche de Gérard Jugnot (2026) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Tout débute en 2011 lorsque sont retrouvés sous la terrasse de leur demeure, Agnès Dupont de Ligonnès, sa fille Anne, ses trois fils Arthur, Thomas et Benoït ainsi que le chien de la famille. Quant au père, Xavier ? Il disparaît, tout simplement, après avoir été filmé pour la dernière fois dans le Var quelques jours plus tard. L'homme s'est-il suicidé ? Est-il l'auteur du quintuple homicide ? Toujours est-il que pour la police, il demeure encore aujourd'hui comme le principal suspect... Si la mini-série télévisée de Pierre Aknine Un homme ordinaire reste l'adaptation du fait-divers la plus fidèle, certains longs-métrages cinématographiques font étonnamment penser à l'affaire. À commencer par Paul Sanchez est revenu ! de Patricia Mazuy en 2018. Sur un ton déjà nettement plus cynique, la comédie noire de Christophe Meurisse Les Pistolets en plastique fait elle aussi référence à cette même affaire. Dernier film en date à s'inspirer du quintuple homicide et à la disparition du principal suspect, Mauvaise Pioche de Gérard Jugnot l'aborde par contre sur un ton beaucoup plus léger... Sorti le 1er Avril dernier sur les écrans français, le long-métrage met en scène le réalisateur lui-même, célèbre pour avoir partagé durant un certain nombre d'années la même existence professionnelle et privée que les autres membres de la troupe du Splendid. Une carrière d'acteur qui s'est rapidement transformée pour devenir celle, multi-tâches, d'un cinéaste complet. Entre production, réalisation, écriture et interprétation. Se plaçant ainsi pour la première fois derrière la caméra en 1984 avec Pinot simple flic et signant ponctuellement de petites pépites à l'image de Une époque formidable en 1991 et Monsieur Batignole en 2002... Offrant en contrepartie de ses diverses apparitions dans Babysitting, Nicky Larson et le Parfum de Cupidon et Alibi.com 2 de Philippe Lacheau l'opportunité à celui-ci d'apparaître dans son dernier long-métrage dans le rôle du Capitaine de police Grégory Vassilian, Gérard Jugnot réunit autour de lui une importante équipe d'interprètes de toutes générations. Si Josiane Balasko n'apparaît que lors d'une très courte mais drôlatique séquence s'amusant de l'usage des filtres dont sont friands les consommateurs de selfies et de réseaux sociaux, Thierry Lhermitte porte les traits du maire de Mimet et du Président de l'association des Amis de Napoléon à laquelle appartient justement Serge Martin qu'incarne donc Gérard Jugnot... 

 

S'apprêtant à prendre l'avion à l'aéroport de Gènes pour retourner en France, celui-ci est arrêté par les douaniers qui le confondent rapidement avec Durant de Solilesse. Un homme dont la famille a été assassinée et qui depuis a disparu. Certains éléments laissent à penser que ce dernier se cache désormais sous les traits et le nom de Serge Martin. En France, Le Commissaire Taillade (Jean-Pierre Darroussin) rêve de boucler cette affaire insolvable qu'il traite depuis des années avant de prendre sa retraite. C'est pourquoi il envoie le Capitaine Grégory Vassilian chercher le suspect à son arrivée en France. Lâchant l'information auprès de l'ambitieuse journaliste Léa Paoli (Reem Kherici) avec laquelle il espère dîner, le flic provoque une véritable tornade autour de Serge Martin... Si Mauvaise Pioche n'est clairement pas la comédie de l'année et sans doute encore moins la meilleure qu'ait conçu Gérard Jugnot ainsi que ses deux scénaristes Frédéric Hazan et Serge Lamadie, le film n'en est pas moins relativement divertissant. Aidé par une distribution qui voit donc apparaître à l'écran Zabou Breitman dans le rôle de l'amoureuse transite de notre héros, la propriétaire du café de Mimet prénommée Michèle, Philippe Duquesne, en client de l'établissement vissé au zinc, François Bureloup, dans le rôle de Maxence, le meilleur ami de Serge, l'acteur/Personnage sera plus tard en contact avec de nouveaux protagonistes. Tels François Morel dans le rôle de Jean, un co-détenu avec lequel il partagera la même cellule de prison ou bien Laurent Gamelon qui dans cette comédie interprète de son côté un gardien de prison... Mauvaise Pioche est l'occasion pour Gérard Jugnot d'établir toute une liste de défaillances propres à notre société. Où un innocent est malencontreusement confondu avec un assassin. Allant même jusqu'à aller en prison pour avoir accidentellement blessé un policier (en l'occurrence, le Capitaine Grégory Vassilian). Détaillant ainsi, de manière volontairement légère, la vie en taule. S'ensuit le traitement d'une certaines partie des habitants du village dont est originaire notre héros et qui malgré son innocence restent persuadés qu'il n'est pas tout blanc. Méchamment arriviste, la journaliste Léa Paoli ''informe'' les spectateurs au dépit du bon sens, sans le moindre scrupule et sur la base de ''preuves'' pas toujours très convaincantes... Et au beau milieu de ce tohu-bohu, Serge, que certains soutiennent, à l'image d'une Zabou Breitman que l'on a tellement pris l'habitude de découvrir ces dernières années sous des apparences froides que son personnage paraît ici peu vraisemblable. Bref, une comédie sympa, qui cherche parfois sans doute un peu trop à ressembler aux œuvres de la Bande à Fifi mais qui reste finalement plaisante à regarder... une fois...

 

jeudi 23 avril 2026

Le coeur des hommes 3 de Marc Esposito (2013) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Depuis treize années qu'est sorti sur les écrans de cinéma le troisième volet de la saga Le cœur des hommes, Marc Esposito, le scénariste et le réalisateur de cette très sympathique et très touchante trilogie n'a plus donné signe de vie. Ce qui laisse peu d'espoir de découvrir un jour un quatrième opus. D'autant plus que ses interprètes ont depuis pris de la bouteille et que le cinéaste est parti s'installer à Bali afin d'y écrire notamment son autobiographie intitulée Mémoires d'un enfant du cinéma. Un titre qui en 2019 semblait annoncer une fin de carrière mais que l'on espère encore n'avoir été qu'un effet de manche... Après deux premiers volets plutôt bien accueillis, Le cœur des hommes 3 subit quant à lui les foudres de la critique dite professionnelle, laquelle s'indigne de tant de vulgarité, de misogynie et de machisme. Comme si tout cela était nouveau et n'avait pas eu lieu dans les épisodes 1 et 2 ! Comme si les critiques en question découvraient que oui, les personnages masculins, héros de ce nouveau récit, aimaient les femmes. Et qu'entre hommes, ils avaient tendance à ironiser sur les relations qu'ils entretiennent avec elles, chacun de leur côté. Très officiellement ou dans l'ombre d'une chambre d'hôtel. Partageant nombre d'anecdotes pas toujours très raffinées, plutô croustillantes, cela s'entend, mais dans la droite lignée de tout ce que nous avions pu entendre depuis la naissance de la saga dix ans auparavant. Peut-être plus ambitieux que le premier mais un peu moins que le second avec un budget revu légèrement à la baisse, Le cœur des hommes 3 a reçu de la part du public un accueil relativement frileux puisque pour un financement de huit millions et cinq-cent mille euros, le long-métrage de Marc Esposito n'en a rapporté qu'un peu plus de quatre... à l'échelle mondiale ! L'une des différences fondamentales concerne ici l'absence de l'acteur Gérard Darmon qui jusque là interprétait le rôle de Jeff. L'un des membres de la bande des quatre complétée par Antoine (Bernard Campan), Alex (Marc Lavoine) et Manu (Jean-Pierre Darroussin). Alors qu'ils se connaissent déjà depuis près d'un quart de siècle, Marc Esposito et Gérard Darmon se retrouvent donc sur les plateaux de tournages du Cœur des hommes 1 & 2 mais pas sur celui du troisième. Pourquoi ? Pour des raisons relativement confuses qui selon le cinéastes ont ''creusé un fossé'' entre les deux hommes...


Afin de parer à l'absence de Gérard Darmon, Marc Esposito engage sur le tournage du troisième volet l'acteur Éric Elmosnino dont la carrière a pris un sacré coup de fouet depuis son incarnation de Serge Gainsbourg dans le pseudo-biopic Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar en 2010. L'acteur y prend naturellement la place de Gérard Darmon sans toutefois reprendre le rôle de Jeff puisqu'il incarne celui de Jean, le patron d'Antoine. Et tout aussi naturellement, celui-ci sera rapidement intégré au groupe qui, comme à son habitude et à divers degrés de ''sobriété'' évoqueront le sujet qu'ils connaissent et apprécient le mieux ! Celui des femmes. Et n'en déplaise à certains qui depuis se sont érigés en pourvoyeurs de discours néo-féministes faisandés (ceux-là même qui sans doute s'érigent en néo-écologistes ou en anti-racistes 2.0), Le cœur des hommes 3 fonctionne plutôt bien et ne s'acharne d'ailleurs pas systématiquement à faire de la femme de la chair à canon pour messieurs prisant exclusivement de celles-ci qu'elles leur offrent leur corps sans réfléchir ! Manu n'a-t-il pas décidé de se ranger des conquêtes féminines et de rester désormais fidèle à sa femme Nanou (Catherine Wilkening) malgré l'annonce par son assistante de l'existence d'un fils de dix ans qu'il n'a jamais connu ? Quant au couple que forment Manu et Juliette (Florence Thomassin) ne demeure-t-il pas très touchant, surtout lorsque celle-ci annonce à son homme qu'elle est atteinte d'un cancer du sein ? Peut-être ne faudrait-il pas voir à travers ce troisième opus qu'un ramassis d'échanges misogynes entre quatre potes mais plutôt une comédie à la cuisse légère, où les femmes n'ont peut-être que trop rarement le droit à la parole, il est vrai, mais dont la multiplication à l'écran témoigne ici de cet amour, de cette passion qui peut-être se cache au fond derrière le script évidemment très masculiniste de Marc Esposito. Les pourfendeurs de ce cœur des hommes 3 seront sans doute alors ravis d'apprendre que les volets 4 et 5 auxquels rêvait pourtant Marc Esposito ne verront probablement jamais le jour...

 

mardi 11 novembre 2025

Rapaces de Peter Dourountzis (2025) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Cinq ans après le thriller Vaurien, l'acteur, réalisateur et scénariste français Peter Dourountzis revient en 2025 avec son second long-métrage Rapaces. Une œuvre dont la démarche peut se confondre avec le formidable La nuit du 12 que réalisa Dominik Moll il y a trois ans. Sorti le 2 juillet dernier, Rapaces se réfère de part son intitulé à deux formes ''secondaires'' s'agissant du groupe d'animaux rassemblant les oiseaux de proie, tels les vautours, terme qu'aurait tout aussi bien pu employer le cinéaste pour décrire une grande partie des individus qui constituent les protagonistes du récit. En effet, Peter Dourountzis s'intéresse tout d'abord à un fait-divers criminel qui eut lieu sur le territoire français en 2002. ''L'affaire Élodie Kulik''. Cette jeune femme qui cette année là fut assassinée dans la nuit du 10 au 11 janvier le fut par plusieurs individus dont au moins deux d'entre eux furent tout d'abord suspectés après qu'une analyse scientifique démontre leur culpabilité. Reprenant la tragédie en écrivant tout d'abord son scénario avec le soutien de Christophe Cantoni, Christophe Cousin et Fabianny Deschamps, Peter Dourountzis évoque à travers le titre Rapaces, ces prédateurs nocturnes qui épient, traquent, enlèvent, violent et assassinent leurs victimes. Mais en l'occurrence, le titre se réfère en première lieu à ces journalistes d'investigation qui œuvrent dans le sensationnel et dans la rubrique ''Chiens écrasés''. Cette presse véhiculant une image relativement négative du journalisme est ici figurée à travers Détective (depuis renommé Le nouveau détective) dont les personnages de fiction Samuel, Christian, Aubin et Elizabeth en sont certains des principaux représentants. Tandis que Rapaces décrit tout d'abord les liens qu'entretiennent ces journalistes avec certains membres de la magistrature et de l'autorité policière, lesquels collaborent avec eux afin de leur fournir les éléments qui pourraient leur permettre d'avancer dans leur enquête, le réalisateur se penche essentiellement sur le personnage de Samuel qu'interprète à l'image l'acteur Sami Bouajila. Un personnage ambigu, prêt à mentir à un homme dont la fille vient d'être retrouvée morte après avoir été violée et défigurée à l'acide chlorhydrique. Simulant ainsi l'empathie afin de récolter suffisamment d'informations pour pouvoir avancer dans sa recherche du ou des coupables...


Un personnage, au fond, peu chaleureux, pas vraiment moral et qui en outre s'adjoindra les ''services'' de sa propre fille Ava (excellente Mallory Wabenecque), la poussant à mentir à un père anéanti par la mort de sa fille (Samuel Jouy dans le rôle du père de Jessica), jusqu'à même la mettre involontairement en danger lors d'un climax particulièrement tendu ! Jouant sur les terres balisées de Dominik Moll, Peter Dourountzis signe un second thriller marqué du blason de la Tension. Un film qui préoccupe par l'intense angoisse qu'il dégage même lorsqu'il s'agit d'aller interroger un père en deuil (la vision du fusil accroché au mur) ou le frère d'un assassin mort en prison qui semble avoir bien du mal à respecter la proxémie entre le journaliste et lui. Le tournant du film se situe justement après cette dernière rencontre, lorsque Samuel s'intéresse aux méthodes employées par les cibistes qui communiquent à l'aide d'un appareillage dont il prendra lui-même possession afin de traquer... les traqueurs ! Rapaces prend alors un tournant audacieux en plongeant Samuel et sa fille Ava au cœur d'un jeu dangereux qui trouvera son ultime expression dans un bar-restaurant du nom de Napoléon et dans lequel les supposés assassins de deux jeunes femmes ont l'habitude de se regrouper ! Du long-métrage de Peter Dourountzis l'ont retiendra tout d'abord l'excellente incarnation de ses deux principaux interprètes mais aussi la quasi inutilité du personnage incarné par Jean-Pierre Darroussin, au demeurant excellent, mais dont l'utilité reste encore à prouver autrement que par le comblement de certaines séquences probablement produites afin de rallonger le récit. L'ambition de départ est alors réduite au champ d'action de Samuel et ce qui aurait pu donner lieu à un thriller très ''Soderberghien'' portant essentiellement sur le travail ''généralisé'' d'un groupe de journalistes d'investigation à la recherche du scoop se réduit finalement presque autour d'un père et de sa fille. Poisseux mais néanmoins presque touchant dans cette relation contrainte entre Samuel et Ava alors confrontés à la même enquête et aux mêmes instants de tension, Rapaces n'est peut-être pas tout à fait au niveau de La nuit du 12 de Dominik Moll mais demeure malgré tout un excellent thriller...


 

mardi 13 mai 2025

Est-ce bien raisonnable de Georges Lautner (1981) -★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

On ne reviendra jamais assez sur la richesse des dialogues des œuvres écrites ou réalisées par le dialoguiste Michel Audiard. Un apport considérable dont certains cinéastes se sont empressés de copier le style sans pour autant jamais être parvenus à l'égaler. Si sa collaboration avec Jean-Marie Poiré peut sembler ici étonnante, il faut savoir que les deux hommes n'en furent pas à leur coup d'essai puisque ce dernier, bien avant d'écrire et de réaliser sa toute première comédie Les petits câlins en 1978 débuta dix ans en arrière en participant l'élaboration de scénarii et l'adaptation d'une bonne partie des films réalisés par Michel Audiard lui-même. Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages en 1968, Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais... elle cause! En 1978, Le cri du cormoran, le soir au-dessus des jonques en 1971 ou encore Comment réussir... quand on est con et pleurnichard ! Autant dire qu'on pouvait attendre beaucoup de la part du duo et notamment de celui qui plus tard sera l'auteur du Père Noël est une ordure en 1982, de Mes meilleurs copains en 1989 et quatre ans plus tard du premier des quatre volets de la franchise Les visiteurs. N'étant ni l'un ni l'autre chargé de la mise en scène de Est-ce bien raisonnable ?, la charge revient au cinéaste Georges Lautner qui avant de signer cette œuvre nettement plus anecdotique réalisa quelques classiques du cinéma français comme, Le septième juré en 1962, Les tontons flingueurs en 1963 ou encore Ne nous fâchons pas et La grande sauterelle tout deux signés en 1966. Alors, un tiercé gagnant, Est-ce bien raisonnable ? Et bien en fait, pas vraiment. On peut dire sans rougir que le niveau a malheureusement et drastiquement baissé depuis les débuts de leur collaboration. Et si ce n'était l'étonnante rencontre entre Gérard Lanvin qui allait connaître très bientôt une rapide ascension et Miou-Miou que Georges Lautner avait déjà engagé sur les plateaux de Quelques messieurs trop tranquilles, Pas de problème ! et On aura tout vu en 1973, 1975 et 1976 et à laquelle Bertrand Blier avait offert le rôle de Marie-Ange dans son film culte Les valseuses en 1974, Est-ce bien raisonnable ? n'aurait quasiment aucun intérêt.


La faute à un scénario relativement faiblard qui partait pourtant sur de bonnes bases. En effet, après s'être introduit dans le bureau d'un célèbre juge lors de son évasion d'un palais de justice, la présence en ces lieux de Gérard Louvier (Gérard Lanvin) cause un quiproquo lorsque Julie Boucher (Miou-Miou le confond avec le juge Simon. La jeune journaliste est montée à Paris afin de rencontrer ce dernier pour lui demander de l'aider dans son enquête s'agissant d'une sinistre affaire. Louvier profite de l'occasion pour monter à bord de la voiture de la jeune femme et ainsi échapper à la justice. Direction Nice où Julie retrouve son compagnon Daniel qu'incarne à l'écran Henri Guybet. Un homme quelque peu jaloux qui tend moins la main pour faire l’aumône que pour gifler la jeune femme qui s'énerve après l'avoir surpris au lit avec une autre... Viennent se greffer au récit, l'ancien amant éperdument amoureux, dépressif, interprété par Jean-Pierre Darroussin, Michel Galabru dans le rôle d'un huissier, Julien Guiomar dans celui de Raymon Volfoni, un complice de Louvier, mais également Renée Saint-Cyr dans le rôle d'une Veuve, actrice qui n'est autre que la mère de Georges Lautner ! Si les premières minutes sont plutôt plaisantes, au fil du récit cela se gâte. Le scénario tourne en boucle et surtout, la vervehabituelle de Michel Audiard est souvent absente.Mis en scène avec mollesse de la part du réalisateur, laquelle déteint sur une grande partie de l'interprétation, Est-ce bien raisonnable ? est non seulement une œuvre mineure dans la carrière de son auteur et de ses interprètes mais aussi dans la vaste étendue des comédies qui furent avant, pendant et après, réalisées sur notre territoire. Le pire, c'est que le film aurait pu se contenter de ne pas excéder les quatre-vingt ou quatre-vingt dix minutes mais il frôle presque les deux heures. De quoi, dans le meilleur des cas, s'ennuyer ferme et dans le pire, faire une sévère indigestion. Bref, pas de quoi sauter au plafond. Tout juste de quoi rattraper quelques heures de sommeil.

 

mercredi 24 août 2022

Bon rétablissement de Jean Becker (2014) - ★★★★★★☆☆☆☆

 



Réalisateur de L'été meurtrier et de Deux jours à tuer en 2008, le réalisateur Jean Becker n'a durant sa carrière jamais cessé de jongler entre comédies et drame, marquant parfois le septième art et laissant parfois relativement circonspect. Comme avec Bon rétablissement ! justement. Sans doute l'une des comédies les plus légères de sa filmographie mais qui n'est pourtant pas dénuée de quelques qualités. À commencer par son contexte assez inédit puisque la quasi totalité du long-métrage se déroule dans une chambre d’hôpital. Celle qui vient ''d'accueillir'' Pierre Laurent, lequel, après avoir fait une chute d'un pont situé sur la Seine a perdu conscience, s'est fracturé la jambe droite et a été secouru par un jeune inconnu. Pierre Laurent, c'est l'acteur Gérard Lanvin, candidat idéal pour jouer le rôle de cet indomptable personnage relativement grincheux dont la chambre va se transformer en Porte d'Aix. Du monde, Pierre Laurent va en voir débouler en permanence. Du flic qui enquête sur son accident (Fred Testot dans le rôle du capitaine de police Maxime Leroy), en passant par les infirmières (dont Claudia Tagbo dans le rôle de l'infirmière en chef Myriam), un médecin et ses stagiaires (Louis-Do de Lencquesaing), le frangin Hervé (Jean-Pierre Darroussin), le pote Serge (Daniel Guichard qui quarante-deux ans après être apparu dans What a Flash ! de Jean-Michel Barjol réapparaissait donc pour la seconde et dernière fois sur grand écran), la jeune fille enceinte Maëva (Mona Jabeur dans son seul rôle au cinéma jusqu'à maintenant), ou encore Camille, jeune homme qui n'a pas hésité à se jeter dans la Seine pour sauver Pierre lors de son accident. Si Bon rétablissement ! est effectivement une sympathique comédie, celle-ci souffre malheureusement d'un nombre trop important de personnages qui, fort logiquement, manquent en grande partie de profondeur...


Si l'on ne regrettera pas que certains parmi eux n'aient pas bénéficié d'un peu plus d'attention (l'arrivée de l'animatrice de télévision Anne-Sophie Lapix dans le rôle de Florence, ex de Pierre, tombe comme un cheveu dans la soupe), on désapprouvera en revanche le fait que Jean Becker n'ait pas accorder à l'acteur Swann Arlaud un temps de présence plus important. En effet, son personnage demeure sans doute le plus intéressant du récit et contrebalance avec l'esprit ''festif'' qui règne dans cette chambre où les rencontres seront nombreuses. Au passage, nous noterons la présence du toujours excellent Philippe Rebbot dans le rôle du kinésithérapeute Thierry mais l'on reprochera la manière beaucoup trop légère que le réalisateur aura de traiter la majeure partie des thèmes abordés. À Commencer par l'ancienne relation entre Pierre et Florence dont on se fiche royalement. Si les quelques apparitions de Daniel Guichard sont amusantes, elle ne renforcent en rien le caractère hétéroclite des personnages et de ceux qui les interprètent. Des chanteurs, d'accord. Car Maurane aussi participe à l'aventure dans un rôle qui là encore fait office de remplissage. Mais une animatrice télé ? Non pas qu'Anne-Sophie Lapix soit mauvaise mais la façon qu'a Jean Becker de l'introduire dans le récit a de quoi laisser circonspect ! Le contexte contraignant l'écriture à une renouvellement permanent des situations, le film tourne malheureusement parfois en rond. Les quelques sorties à l’extérieur en forme de long flash-back auquel là encore, le spectateur ne prêtera pas attention ne résolvent rien. Quant à cette fin en queue de poisson qui promettait pourtant les retrouvailles du héros avec son nouveau locataire... Que dire... Jean Becker signe à vrai dire une comédie plutôt mal écrite, parfois attachante, mais dont la plupart des situations sont rapidement congédiées...

 

Rumba la vie de Franck Dubosc (2022) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

En 2018, l'humoriste et acteur Franck Dubosc avait su créer la surprise avec son tout premier long-métrage en tant que réalisateur, Tout le monde debout. Faisant taire ainsi toutes celles et ceux qui le considéraient de ringard. Il faut dire que ses spectacles et la plupart des rôles qu'il tint jusque là sur grand écran avaient tendance à confirmer cet état de fait. Autant dire qu'on l'attendait au tournant. Il aura fallut patienter quatre ans avant de voir débouler dans les salles Rumba la vie. Une certaine inquiétude s'était installée. D'autant plus que la bande-annonce n'était pas de première fraîcheur, que le titre sentait déjà le renfermé et que l'on pouvait craindre que l'humoriste, acteur ET réalisateur soit retombé dans ses travers habituels. Tout comme en 2018, Franck Dubosc s'est chargé lui-même de l'écriture de son nouveau long-métrage. L'histoire d'un chauffeur de bus plus vieux jeu que réellement ringard, portant fièrement la moustache comme son père et son grand-père avant lui. Peu enclin à s'intéresser au patinage artistique, amateur de films de guerre, collègue et ami du réparateur Gilles (Jean-Pierre Darroussin, égal à lui-même), à la suite d'un malaise cardiaque, Tony apprend de la bouche de son cardiologue (étonnant Michel Houellebecq dans le rôle du docteur Mory) qu'il souffre de problèmes au cœur. Opéré en urgence, le chauffeur de bus (et fumeur invétéré) va cependant beaucoup mieux. Mais inquiet à l'idée de finir ses jours seul, il prend contact avec son ancienne compagne Carmen Rodriguez Llorca (l'actrice Karina Marimon) qu'il n'a pas revu depuis le jour où il a disparu de sa vie. Avec elle, Tony eut une petite fille qu'il n'a jamais vraiment connu en dehors des premiers mois. Mais aujourd'hui, il est bien décidé à faire sa connaissance. Et sur les conseils de Gilles, Tony va lentement approcher Maria en se faisant passer pour un amateur de danse en s'inscrivant au cours de Rumba qu'elle enseigne à Paris...


Voici comment se présente donc Rumba la vie. Une comédie moins légère qu'elle n'y paraît, tout à fait dans le ton du précédent long-métrage réalisé par Franck Dubosc, mélangeant ainsi humour et émotion. Si le rire demeure le plus difficile des concepts à mettre en place, l'acteur-réalisateur sait pourtant y faire et même si l'on ne rit que rarement aux éclats, tout ce que l'on pouvait craindre de l'histoire et de l'attitude qu'y déploie son principal interprète s'efface à mesure que le récit évolue. Face à une Louna Espinosa toute de sobriété et remarquablement convaincante, Franck Dubosc décrit avec une certaine sensibilité les rapports nouveaux entre un père et sa fille qui ont vécu chacun de leur côté. Le récit évacue tout sentiment de rancœur et c'est ainsi que l'on pourra d'abord s'étonner de l'attitude de l'ex de Tony agissant comme s'il était écrit d'avance qu'il allait venir frapper à sa porte. L'importance pour Franck Dubosc étant probablement de développer avant tout la relation entre le père et sa fille, certains personnages secondaires apparaissent tout à fait inutiles comme celui qu'incarne notamment l'acteur Philippe Uchan. Un personnage superficiel que l'acteur-réalisateur semble convier plus par amitié plus que par réel intérêt pour son œuvre. Profondément humain, Rumba la vie ne convie que des belles personnes, intégrant l'actrice franco-camerounaise Marie-Philomène Nga dont le personnage, pour le coup, rappellera celui du formidable Romuald et Juliette de Coline Serreau dans lequel se côtoyaient Daniel Auteuil et Firmine Richard dans les rôles de Romulad Blindet et Juliette Bonaventure. À l'écran, Franck Dubosc et la jeune Louna Espinosa forment ''un couple'' relativement touchant. Sans être totalement submergé de bons mots, Rumba la vie réserve malgré tout quelques petites réflexions sur la mort qui amuseront même ceux qui redoutent le jour où ils seront plongés dans l'obscurité. Proposé en avant-première le 18 janvier dernier au Festival international du film de comédie de l'Alpe d'Huez, le film est sorti aujourd'hui, mercredi 24 août 2022. Ceux qui apprécièrent Tout le monde debout peuvent se rendre dans les salles les yeux fermés puisque Franck Dubosc y confirme tout le bien que l'on pensait du réalisateur qu'il était devenu il y a maintenant quatre ans...

 

vendredi 29 mai 2020

Les Eblouis de Sarah Suco (2019) - ★★★★★★★★☆☆



On voit sa trogne partout depuis quelques années. Ces derniers temps, l'actrice Sarah Suco a notamment trimbalé son regard pénétrant sur les tournages de Guy d'Alex Lutz, le formidable Les Invisibles de Louis-Julien Petit, ou très récemment dans Lucky d'Olivier Van Hoofstadt. Une dizaine d'années seulement qui pourtant, en comparaison de sa carrière de réalisatrice paraissent une éternité. Car en dehors d'un court-métrage en 2017 (Nos Enfants), Sarah Suco n'a réalisé qu'un seul long-métrage. Et quel long-métrage... de ceux qui comptent parmi les quelques œuvres qui chaque année se détachent très largement du reste de la production cinématographique. La réalisatrice y laisse s'exprimer d'autres interprètes qui pour elle et à travers elle, vont témoigner du drame qu'elle a vécu de ses huit ans jusqu'à sa majorité. Si le thème des sectes n'est pas rare sur grand écran, les films relatant avec vérisme le sujet ne sont par contre pas légion. Dans ce fatras constitué de dizaines de longs-métrages, peu de réalisateurs peuvent s'enorgueillir d'avoir apporté un témoignage aussi glaçant que l’œuvre de la française. On pense notamment à La Secte sans Nom de Jaume Balagueró ou à Guyana, la Secte de l'Enfer de René Cardona Jr...

Les Éblouis suit le parcours d'une jeune adolescente, Camille (formidable Céleste Brunnquell pour qui ce rôle est le tout premier au cinéma), dont les parents ont choisi de suivre la voie du seigneur en intégrant avec leurs quatre enfants une communauté charismatique (mouvement catholique né aux États-Unis dans les années 1960) dirigée par celui que tous nomment le Berger (là encore, formidable est Jean-Pierre Darroussin qui endosse la robe de bure). Si très rapidement Christine (excellente Camille Cottin), la mère de l'adolescente, accepte de donner suite aux exigences du Berger parmi lesquelles la contrainte pour Camille d'abandonner sa passion pour le cirque, la jeune fille vit très mal cette décision et refuse tout net d'y mettre un terme. Son père Frédéric (l'acteur Eric Caravaca), impuissant, lâche, donne tout d'abord raison à sa fille avant de changer de position. Après une forte dispute engageant ses parents et ses grands-parents, ces derniers sont jetés dehors avec ordre de ne plus jamais entrer en contact avec leurs proches. C'est le début d'un cauchemar pour Camille ainsi que ses frères et sœurs. Les liens d'amour qui unissent ces enfants à leurs parents disparaissent peu à peu pour un amour de Dieu sans partage...

Face à une Céleste Brunnquell absolument remarquable et dont le regard renvoie inévitablement à celui de Sarah Suco et à l'enfer qu'elle vécu durant une partie de son enfance et toute son adolescence, une communauté soudée, aveuglée, lavages de cerveaux, exorcismes et punitions à la clé. Plus angoissant que n'importe quel film d'horreur ou d'épouvante porté sur le sujet, plus illustratif que n'importe quel documentaire sur les sectes, Les Éblouis prouve, sinon que Sarah Suco fut effectivement cette jeune fille aux prises avec un gourou charismatique et ses adeptes, du moins qu'elle maîtrise le sujet sur le bout des doigts. La réalisatrice démontre avec quelle facilité un individu à lui seul peut pousser l'autre au détachement de ses biens personnels et affectifs. Ici, le comportement de Camille Cottin résume assez bien l'envoûtement d'un adepte aux prises avec un homme prêchant la belle parole. Mais ce qui différencie la simple communauté de la secte demeure tout ce qui en arrière-plan symbolise la manipulation par la foi en Dieu, et l'appropriation exclusive et entière des biens qui appartiennent au membre de la communauté. Mais ce qui apparaît comme le plus effarant demeure dans le contrôle mental absolu du Berger sur ses brebis et que retranscrit à l'écran avec une justesse terriblement troublante, Sarah Suco. Profitant d'un casting largement à la hauteur du projet, la réalisatrice signe une œuvre puissante sur les arcanes d'un mythe qui tient moins de la fiction que du réel. Une merveille...

lundi 18 mars 2019

Chacun pour Tous de Vianney Lebasque (2018) - ★★★★★★★☆☆☆




L'année 2018 aura marqué la présence sur les écrans de cinéma français de quelques exemples d'activités sportives pour le moins étonnantes. Surtout en cette fin d'année, et encore plus précisément en octobre puisqu'à une semaine d'intervalle sont sortis Le Grand Bain de Gilles Lellouche (le 24 octobre), puis Chacun Pour Tous de Vianney Lebasque (la semaine suivante). On ne va pas revenir sur le premier tournant autour d'une équipe de natation synchronisée masculine, déjà évoqué en ces pages mais plutôt aborder le second qui lui, s'intéresse à Martin, le coach de l'équipe française de basketteurs déficients mentaux, contraint de trouver une solution s'il veut pouvoir conserver la subvention allouée à la fédération par l’État. Alors que la plupart des membres de son équipe l'ont abandonné, une idée aussi gonflée que dangereuse lui vient à l'esprit. Former une nouvelle équipe majoritairement constituée de joueurs non déficients mentaux. Un pari risqué mais qui lui offrira une chance de se rendre à Sydney où se joueront prochainement les jeux Paralympiques. Mais avant cela, il va lui falloir recruter de nouveaux joueurs et surtout les préparer à se comporter comme s'ils étaient eux-même atteints de déficience mentale...

Auteur de plusieurs courts-métrages, d'une série télévisée (Les Grands) et désormais d'un troisième long-métrage, le cinéaste Vianney Lebasque nous convie à suivre les aventures rocambolesques d'une équipe de basket pour le moins hétéroclite constituée de deux déficients mentaux (les acteurs débutants Vincent Chalambert et Clément Langlais) et de quatre autre dits « normaux » mais parfois tellement stupides que la frontières qui les sépare des premiers se révèle parfois relativement mince. Et c'est justement sur cette ambiguïté que joue en partie le cinéaste, convoquant même un personnage dont le quotient intellectuel se révélera tout juste au dessus de celui du débile moyen. Formée autour du génial Jean-Pierre Darroussin, l'équipe est constituée d'Ahmed Sylla, ancien transfuge du « Samba Show » en 2010 et de « On n'demande qu'à en rire » de l'animateur Laurent Ruquier, d'Olivier Barthelemy, qui débuta sa carrière en 2005 avec Sheitan de Kim Chapiron, d'Estéban, acteur bien entendu, mais chanteur également, dans le groupe Naive New Beaters (mélange de rap, de rock et de musiques électroniques), et de Jérémie de Nicola (Faux-Semblables et la pièce 2029, le Rêve de la Dernière Chance). Pour accompagner cette équipe hors du commun et leur coach, le chanteur, musicien et compositeur Thomas de Pourquery et la chanteuse et actrice Camélia Jordana (révélée par l'émission « La Nouvelle Star » en 2010 lors de laquelle elle termine en troisième position.

Vianney Lebasque traite son sujet sous l'angle de la comédie. Ce qui nous vaut toute une série de gags très drôles (Darroussin confondant un formateur avec un handicapé mental ou encore la séance « d'entraînement » de Stan, Pippo, André et les autres). Plus important encore : le cinéaste ne se moque jamais de ses déficients mentaux. Mieux : il évite tout moralisme. Ici, les acteurs « normaux » se fondent parfaitement dans le décor constitué à l'origine par le duo de déficients mentaux Vincent Chalambert et Clément Langlais. Le spectateur se doute bien qu'en employant un acteur tel qu'Estéban, il cherche à réduire l'écart intellectuel entre les uns et les autres. Ce qui donne lieu à des séquences très drôles puisque l'on arrive à ne plus savoir qui est « normal » et qui ne l'est pas. Quant au passage obligé aux jeux Paralympiques, c'est l'occasion pour toute la bande de démontrer que l'amitié peut naître au sein même d'une équipe dont les différences intellectuelles et comportementales peuvent s'avérer parfois très importantes. Le plus fou dans cette histoire, c'est que le cinéaste s'est inspiré d'un fait divers authentique. Il concernait l'équipe masculine de basket espagnole qui en 2000, durant les jeux Paralympiques, remporta la médaille d'or alors qu'elle était constituée d'une grande majorité de non-déficients mentaux (dix sur douze!!!). Je vous convie d'ailleurs à chercher des articles sur ce sujet, comment dire, tragi-comique !!! en attendant, le long-métrage de Vianney Lebasque est une excellente surprise. Sans doute pas la meilleure comédie de l'année, mais une franche réussite tout de même...

vendredi 8 février 2019

Le Coeur des Hommes 2 de Marc Esposito (2007) - ★★★★★★★☆☆☆



Quatre ans après les premières aventures de Manu, Jeff, Antoine, Alex et de leurs compagnes respectives, le public retrouve en octobre 2007 la suite du Cœur des Hommes dans un récit qui prend place dans un contexte qui respecte chronologiquement le temps qui sépare les deux long-métrages. Bien que Le Cœur des Hommes 2 semble démarrer là où se terminait le précédent volet au bord d'une piscine du sud de la France où Jeff a pris sa retraite, ce sont donc quatre années qui se sont écoulées, durant lesquelles beaucoup de choses ont changé ou évolué. Commençons par Antoine (Bernard Campan), qui après avoir recollé les morceaux avec Lili (Fabienne Babe) a finalement divorcé deux ans plus tard. Les deux ex-époux entretiennent cependant une relation qui ne tiendra pas face à la nouvelle rencontre du plus sérieux des quatre amis. C'est là qu'est introduite l'actrice Valérie Kaprisky qui dans la peau de Jeanne, une bijoutière, sera la nouvelle compagne d'Antoine.

Manu (Jean-Pierre Darroussin) vit désormais avec Juliette (Florence Thomassin), laquelle lui a donné un enfant. Cependant, on découvre très vite qu'il a rencontré une autre femme dont il est fou amoureux. Karine (Valérie Stroh), l'épouse d'un commerçant rencontrée sur le marché de Rungis. Alex (Marc Lavoine) quant à lui est toujours le mari infidèle décrit dans le premier film, sauf que dans cette suite, il va connaître un revers lorsque Nanou (Catherine Wilkening) découvrira qu'il la trompe depuis des années. Enfin, il y a Jeff (Gérard Darmon), le plus stable finalement du quatuor puisqu'il vit toujours auprès d'Elsa (Zoé Félix) qui lui a donné, depuis, un enfant.

C'est avec un réel plaisir que l'on retrouve le quatuor formé par Jean-Pierre Darroussin, Gérard Darmon, Bernard Campan et Marc Lavoine. Plus soudés que jamais, ils font face à l'adversité en se tenant les coudes quitte à mentir auprès de leurs proches. Le réalisateur Marc Esposito accentue davantage encore que dans le premier long-métrage le côté sentimental de ses personnages. Alex est anéanti par sa séparation d'avec Nanou. Antoine vit une merveilleuse histoire d'amour avec Jeanne, tandis que Manu s'apprête à vivre ses derniers instants auprès de sa maîtresse pour laquelle il éprouve un tel amour qu'il serait près à tout abandonner.

Malgré la mélancolie qui immerge les spectateurs dans le récit de ces quatre amis plongés dans des histoires d'amour aussi belles que difficiles, Marc Esposito n'oublie jamais d'injecter à ce Cœur des Hommes 2, une dose d'humour importante. Découvert mais d'abord pas moins infidèle, il est effectivement assez drôle de découvrir un Alex comptant ses journées d'abstinence. Tout comme il est plaisant de voir une fois encore le caractériel Jeff s'emporter, cette fois-ci pour une histoire de projet de dictionnaire sur le football mondial. Belle est l'histoire que partagent Antoine et Jeanne, rencontrée dans la rue. Un véritable coup de foudre. Comme l'est celle que partagent Manu et Karine mais dont l'issue fait mal au cœur.

Le cinéaste parvient une fois de plus à saisir ces instants d'amour et d'amitié parfaitement introduits par un panel d'interprètes tous plus convaincants les uns que les autres. Outre les quatre principaux interprètes et leurs compagnes qui les suivent depuis le précédent épisode, on redécouvre avec plaisir la sublime Valérie Kaprisky dont les personnages s'éloignent désormais de ceux qui firent sa sulfureuse réputation dans les années quatre-vingt (La Femme Publique d'Andzej Zulawski, L'Année des Méduses de Christopher Frank). A noter qu'à l'issue de ces secondes aventures de Manu, Alex, Antoine et Jeff, ce dernier, incarné par Gérard Darmon disparaîtra pour une histoire de brouille entre l'acteur et le réalisateur et sera remplacé par le personnage de Jean, interprété par Eric Elmosnino. Un changement qui, comme on le constatera, n'aura aucune incidence sur la qualité du troisième volet Le Cœur des Hommes 3, bien que l'on aurait aimé retrouver le personnage de Jeff et son interprète...

jeudi 7 février 2019

Le Coeur des Hommes de Marc Esposito (2003) - ★★★★★★★☆☆☆



Le Cœur des Hommes est une longue aventure entre quatre amis qui s'est poursuivie à ce jour, jusqu'à la sortie des troisièmes aventures d'Antoine, Manu et Alex, celui campé par Gérard Darmon, Jeff, ayant disparu des radars après la brouille entre l'acteur et le réalisateur Marc Esposito. Alors que l'on espère toujours découvrir la suite de leurs aventures, c'est en 2003 que le public découvre ces quatre personnages qui se sont rencontrés il y a longtemps dans un club de football de Melun. De leur passion commune, ils ont gardé le goût du jeu et parient sur de nombreux matchs chaque fois que l'occasion se présente. Complices, chacun partage les joies et les malheurs des trois autres sans que jamais cela n'entache leur amitié.

Marc Esposito développe avec Le Cœur des Hommes, un récit humaniste entre des individus qui a priori n'ont pas tant de choses en commun. Surtout si l'on compare leur tempérament et leur vie sentimentale. Gérard Darmon campe le plus âgé du quatuor. Divorcé et attaché à conserver sa jeunesse d'esprit, Jeff a noué une relation avec la toute jeune Elsa, interprétée à l'écran par l'actrice Zoé Félix. Caractériel, il a appris un an auparavant que sa femme avait avorté il y a longtemps de leur enfant et Jeff en a conservé une certaine rancœur. Bernard Campan, lui, interprète Antoine, sans doute le plus stable du groupe mais dont la vie privée va elle aussi être bouleversée par l'aveu de son épouse Lili qui l'a trompé. Une remise en question des valeur du couple pour cet homme ayant toujours mis son épouse sur un piédestal. Ensuite vient Jean-Pierre Darroussin qui dans la peau du charcutier Manu a du mal à se fixer tout en ayant peur de vivre seul. Si les maîtresses ne font que passer brièvement dans son lit, sa rencontre avec Juliette (Florence Thomassin) risque de bouleverser ses habitudes. Enfin, il y a Alex. Marié à Nanou (Catherine Wilkening) et père de Charlotte (Émilie Chesnais), le quatrième larron est un dragueur pathologique qui ne peut s'empêcher de tromper son épouse avec la pluparts des jolies femmes qu'il croise dans la rue ou sur son lieu de travail et tout cela, en jurant droit dans les yeux de Nanou qu'il ne l'a jamais trompée...

En dressant le portrait de ces quatre amis aux caractères et aux modes de fonctionnement parfois très éloignés, Marc Esposito s'assure la reconnaissance d'un public qui aura, au choix, le loisir de s'identifier à l'un(e) ou à l'autre des personnages. Le Cœur des Hommes, c'est les prémices d'un récit aux circonvolutions qui à travers les futurs suites vont prendre des ampleurs qui sont déjà notables dans ce premier effort. Bernard Campan, Gérard Darmon, Jean-Pierre Darroussin et Marc Lavoine campent un quatuor d'interprètes furieusement attachants malgré le comportement relativement odieux de certains. On savoure un Marc Lavoine charmeur et couchant avec de jeunes femmes avant d'oser dire à sa femme qu'il ne l'a jamais trompée. Gérard Darmon en quinquagénaire voulant se prouver qu'il peut en montrer aux petits jeunes est lui-même plaisant à découvrir dans la peau d'un Jeff ne mâchant pas ses mots. Bernard Campan quant à lui, a prouvé depuis quelques années qu'il est capable de montrer une autre facette de son jeu d'acteur en jouant l'émotion. Ici, il incarne en quelque sorte l'homme fidèle et idéal, amoureux transit, et seul des quatre amis à avoir véritablement été la victime d'un adultère dont le cinéaste semble avoir ici fait le cheval de bataille...

Et puis, bien entendu, il y a Jean-Pierre Darroussin. Le seul qui contrairement aux autres dans ce premier long-métrage possède une incarnation caractérisée par une attitude déconcertante, mais malgré tout assez touchante. C'est d'ailleurs pratiquement lui qui ouvre le bal des incertitudes avec le décès de son père. Mais plus encore que le drame qui le touche en ouverture de ce Cœur des Hommes formidablement bien mené par Marc Esposito, c'est sa rencontre avec Juliette. L'actrice Florence Thomassin y est brillante d'ingénuité et de folie retenue. Si dans la suite des aventures de nos héros, d'autres parviendront à tirer davantage la couverture sur eux, le tandem formé par Jean-Pierre Darroussin et Florence Thomassin est peut-être finalement au centre de ce récit impeccablement incarné par une brochette d'interprètes féminins et masculins auxquels il est très facile de s'attacher. Sans faire appel à des artifices gonflant de manière illusoire un récit parfaitement maîtrisé en matière d'écriture, Marc Esposito, réalisateur et scénariste signe ici une excellente comédie dramatique où les sentiments des uns et des autres se télescopent, formant un tout duquel naissent bonheur et tristesse...

mardi 6 décembre 2016

Combien tu m'aimes ? de Bertrand Blier (2005)



Combien tu m'aimes ? Combien je l'aime, ce cinéma, cet auteur, et ses interprètes. Encore et toujours, Bertrand Blier défend ce cinéma, le sien, cynique, émouvant, battant le chaud, puis le froid. S'il s'était peut-être un peu dispersé, cherchant à retrouver sa verve sans jamais véritablement y parvenir avec ses deux précédents longs-métrages (Les Acteurs, Les Côtelettes), en 2005, il revient avec une œuvre admirablement drôle, émouvante, emprunte d'une poésie qu'il sublime chaque fois par des choix musicaux délicats. Et même si l'on n'est pas friands d'opéra, le calque sonore qu'il juxtapose aux images rend ces airs formidablement beaux.
Gérard Depardieu, encore, mais se lançant dans de l'inédit avec Bernard Campan, Monica Bellucci, Edouard Baer, et même, sa compagne Farida Rahouadj, Bertrand Blier n'a rien perdu de son talent de conteur. Mieux, il semble être revenu d'un monde où les années passent et l'inspiration se meure. Un univers dont il a réussi à s'extraire pour nous offrir un spectacle presque aussi jouissif que ses plus grands films.

Combien tu m'aimes ? est typiquement le genre de film qui vous fait passer par différents états. Entre l'amertume de la solitude dont on ressent le poids durant les premières minutes, à la joie collective et communicative d'une fête dont le fond sonore étonne dans la carrière du cinéaste. Sans crier gare, voilà que l'on sourit de ses belles et grandes dents. A s'en décrocher la mâchoire. A solliciter les zygomatiques jusqu'à la douleur. Sans doute avons-nous l'air bête d'exprimer un air aussi béat, mais voilà que lâchement nous invoquons la faute à un homme, un seul : Bertrand Blier, lui-même. Ce génie du septième art, lequel a donné ses lettres de noblesse aux dialogues, comme en son temps un certain Michel Audiard.

Combien tu m'aimes ? ouvre grandes ses portes. Celles de son cœur, surtout. Celui, malade de François (Bernard Campan), qui grâce à Daniela (Monica Bellucci), et son amour pour lui, va le guérir. Découvrir de nouveaux interprètes chez Blier fait un peu le même effet à chaque fois. On se demande dans quelle mesure ils parviendront à saisir l'essence des textes de leur auteur pour nous les restituer à leur juste valeur. Et chaque fois, c'est le même constat : Bertrand Blier n'est pas qu'un dialoguiste exceptionnel. Il dirige également ses acteurs de main de maître. Son cinéma a apparemment évolué vers moins de loufoquerie et plus d'émotion, mais ne nous y trompons pas car ce coquin de Blier en a encore sous le pied. Et qui mieux que sa compagne, l'excellente Farida Rahouadj pour nous en convaincre ?

En une seule scène, nous redécouvrons ce qui nous avait manqué les quelques années précédent la sortie de Combien tu m'aimes ? en 2005. Farida Rahouadj face au couple Campan-Bellucci dissertant sur l'orgasme féminin entre deux portes. Un peu moins de trois minutes durant lesquelles Bertrand Blier nous rassure définitivement sur sa capacité à revenir au cinéma que l'on aime chez lui. Quelques scènes ainsi ponctuées d'autres beaucoup plus « symptomatiques » du « nouveau » Blier. Derrière la bouffonnerie, l'auteur des Valseuses est aussi un formidable conteur lorsqu'il s'agit de parler d'amour. Toujours et encore dans des situations inédites comme celles rencontrées dans Préparez vos Mouchoirs, Beau-Père ou Trop Belle Pour Toi. Cette fois-ci, il partage l'histoire d'un homme désespérément seul, riche à millions, qui propose à une pute de vivre avec lui moyennant finances. Toute la subtilité du jeu d'acteur étant de laisser planer un doute sur la réelle ou fausse sincérité de Daniela. Gérard Depardieu, lui, campe un individu sinistre qui, lui aussi sera guéri de ses mauvais démons. Bertrand Blier aurait pu simplement nommer son œuvre AMOUR tant on sent bien que c'est autour de ce sentiment d'affection unique que le sujet de Combien tu m'aimes ? a été développé. Encore un immense film de la part de Bertrand Blier...

jeudi 17 décembre 2015

Feux Rouges de Cédric Khan (2004)



Hélène et Antoine ont prévu de se retrouver dans un café puis de partir chercher leurs deux enfants restés en colonie de vacances. Il est dix-sept heure. Puis dix-sept et quart. Hélène n'est toujours pas arrivée. Antoine lui téléphone, s’énerve et boit un verre, puis deux, puis trois. Lorsque son épouse arrive, il est un peu agacé.
Sur l'autoroute, il fait chaud et un embouteillage encombre la voie. Antoine s'arrête sur une aire d'autoroute et passe boire un verre dans un bar pendant qu'Hélène l'attend dans la voiture. Le effets de l'alcool commençant à se faire sentir, le couple s'engueule. Antoine sent dans la voix de sa femme, des reproches. Excédé, il roule un peu plus vite, trop même. Dangereusement. Il décide même de quitter l'autoroute et ses bouchons mais Hélène lui reproche son choix. Alors qu'il fait nuit, une fois encore, Antoine a soif. Prétextant d'aller aux toilettes, il s'arrête à nouveau dans un bar. Hélène le menace de prendre la voiture et de partir sans lui. Antoine prend avec lui les clés puis se dirige vers un bar et commande un whisky. Puis deux. Vingt minutes plus tard, lorsqu'il quitte les lieux, il constate que la voiture est vide. Il trouve posé sur son siège un mot laissé par Hélène : elle prendre le train. Antoine a beau crier le nom de son épouse sur le parking, il n'obtient pas la moindre réponse. Il reprend alors le volant et par à sa recherche...

Sur une durée qui n'excède pas les vingt-quatre heures, le personnage d'Antoine (inspiré du roman éponyme de l'écrivain Georges Simenon adapté au cinéma par le réalisateur Cédric Khan, auteur d'une dizaine de long-métrages) va vivre et NOUS faire vivre un calvaire admirablement mis en scène. Feux Rouges n'est rien moins qu'un petit chef-d’œuvre. Principalement interprété par l'excellent acteur français Jean-Pierre Darroussin autour duquel s'articule l'intrigue, le film décortique avec précision les conséquences d'une banale dispute entre mari et femme. Un retard de quelques dizaines de minutes. La consommation d'alcool, la chaleur de l'été et un immense embouteillage, il n'en fallait pas davantage pour que le couple formé par Darroussin et Carole Bouquet en arrive à la rupture.

Mais le récit ne s'arrête pas là. Cédric Khan jette de l'huile sur le feu en incluant des événements qui vont tout faire pour pourrir l'existence d'Antoine. Comme l'auto-radio le prétend à diverses reprises, un malfrat s'est échappé de prison. On se doute bien que ce détail va jouer sur l'avenir de nos héros même s'il aurait pu n'être qu'une information sans conséquences pour eux. Et puis, il y a ces barrages qui retardent Antoine, et ce train qui s'éloigne et qui amenuise ses chances de retrouver Hélène. Feux Rouges explore des genres aussi divers que le drame (ce couple qui s'engueule, Antoine qui boit, Hélène qui fuit), le thriller (le voyage vers Bordeaux avec à bord de la voiture cet effrayant personnage (l'acteur Vincent Deniard) pris en stop par Antoine), et va même au delà puisque la nuit dessine autour de l'intrigue un sillon fantastique que l'on retrouve habituellement dans les rêves, ici, transformés en cauchemar !

La force du film est de maintenir une tension palpable à travers la dérive alcoolique de son principal personnage et ses rencontres avec ceux qu'il est amené à croiser. On soupçonne tout le monde et la nuit crée d'inquiétants fantasmes faisant du moindre inconnu un danger potentiel. Jean-Pierre Darroussin emporte littéralement le sujet avec lui. Entre alcoolisme, dérive comportementale et inquiétude au sujet de la disparition de son épouse, on appréciera le film dans son ensemble et notamment quelques scènes emblématiques comme celle durant presque dix minutes lors de laquelle il va s'acharner sur le téléphone d'un petit bar de province à appeler postes de police, gares SNCF et hôpitaux afin d'obtenir des informations sur la disparition d'Hélène. Cédric Khan réalise un petit bijou, angoissant, haletant et extraordinairement interprété. Il y a d'ailleurs dans Feux Rouges, des points de ressemblance avec une œuvre elle aussi remarquable, L'homme Qui Voulait Savoir de George Sluizer avec l'épatant Bernard-Pierre Donnadieu...
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