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jeudi 23 avril 2026

Le coeur des hommes 3 de Marc Esposito (2013) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Depuis treize années qu'est sorti sur les écrans de cinéma le troisième volet de la saga Le cœur des hommes, Marc Esposito, le scénariste et le réalisateur de cette très sympathique et très touchante trilogie n'a plus donné signe de vie. Ce qui laisse peu d'espoir de découvrir un jour un quatrième opus. D'autant plus que ses interprètes ont depuis pris de la bouteille et que le cinéaste est parti s'installer à Bali afin d'y écrire notamment son autobiographie intitulée Mémoires d'un enfant du cinéma. Un titre qui en 2019 semblait annoncer une fin de carrière mais que l'on espère encore n'avoir été qu'un effet de manche... Après deux premiers volets plutôt bien accueillis, Le cœur des hommes 3 subit quant à lui les foudres de la critique dite professionnelle, laquelle s'indigne de tant de vulgarité, de misogynie et de machisme. Comme si tout cela était nouveau et n'avait pas eu lieu dans les épisodes 1 et 2 ! Comme si les critiques en question découvraient que oui, les personnages masculins, héros de ce nouveau récit, aimaient les femmes. Et qu'entre hommes, ils avaient tendance à ironiser sur les relations qu'ils entretiennent avec elles, chacun de leur côté. Très officiellement ou dans l'ombre d'une chambre d'hôtel. Partageant nombre d'anecdotes pas toujours très raffinées, plutô croustillantes, cela s'entend, mais dans la droite lignée de tout ce que nous avions pu entendre depuis la naissance de la saga dix ans auparavant. Peut-être plus ambitieux que le premier mais un peu moins que le second avec un budget revu légèrement à la baisse, Le cœur des hommes 3 a reçu de la part du public un accueil relativement frileux puisque pour un financement de huit millions et cinq-cent mille euros, le long-métrage de Marc Esposito n'en a rapporté qu'un peu plus de quatre... à l'échelle mondiale ! L'une des différences fondamentales concerne ici l'absence de l'acteur Gérard Darmon qui jusque là interprétait le rôle de Jeff. L'un des membres de la bande des quatre complétée par Antoine (Bernard Campan), Alex (Marc Lavoine) et Manu (Jean-Pierre Darroussin). Alors qu'ils se connaissent déjà depuis près d'un quart de siècle, Marc Esposito et Gérard Darmon se retrouvent donc sur les plateaux de tournages du Cœur des hommes 1 & 2 mais pas sur celui du troisième. Pourquoi ? Pour des raisons relativement confuses qui selon le cinéastes ont ''creusé un fossé'' entre les deux hommes...


Afin de parer à l'absence de Gérard Darmon, Marc Esposito engage sur le tournage du troisième volet l'acteur Éric Elmosnino dont la carrière a pris un sacré coup de fouet depuis son incarnation de Serge Gainsbourg dans le pseudo-biopic Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar en 2010. L'acteur y prend naturellement la place de Gérard Darmon sans toutefois reprendre le rôle de Jeff puisqu'il incarne celui de Jean, le patron d'Antoine. Et tout aussi naturellement, celui-ci sera rapidement intégré au groupe qui, comme à son habitude et à divers degrés de ''sobriété'' évoqueront le sujet qu'ils connaissent et apprécient le mieux ! Celui des femmes. Et n'en déplaise à certains qui depuis se sont érigés en pourvoyeurs de discours néo-féministes faisandés (ceux-là même qui sans doute s'érigent en néo-écologistes ou en anti-racistes 2.0), Le cœur des hommes 3 fonctionne plutôt bien et ne s'acharne d'ailleurs pas systématiquement à faire de la femme de la chair à canon pour messieurs prisant exclusivement de celles-ci qu'elles leur offrent leur corps sans réfléchir ! Manu n'a-t-il pas décidé de se ranger des conquêtes féminines et de rester désormais fidèle à sa femme Nanou (Catherine Wilkening) malgré l'annonce par son assistante de l'existence d'un fils de dix ans qu'il n'a jamais connu ? Quant au couple que forment Manu et Juliette (Florence Thomassin) ne demeure-t-il pas très touchant, surtout lorsque celle-ci annonce à son homme qu'elle est atteinte d'un cancer du sein ? Peut-être ne faudrait-il pas voir à travers ce troisième opus qu'un ramassis d'échanges misogynes entre quatre potes mais plutôt une comédie à la cuisse légère, où les femmes n'ont peut-être que trop rarement le droit à la parole, il est vrai, mais dont la multiplication à l'écran témoigne ici de cet amour, de cette passion qui peut-être se cache au fond derrière le script évidemment très masculiniste de Marc Esposito. Les pourfendeurs de ce cœur des hommes 3 seront sans doute alors ravis d'apprendre que les volets 4 et 5 auxquels rêvait pourtant Marc Esposito ne verront probablement jamais le jour...

 

mercredi 1 janvier 2025

Comme des frères de Hugo Gélin (2011) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Le premier long-métrage réalisé par Hugo Gélin, petit-fils de l'acteur Daniel Gélin et fils du producteur, réalisateur et assistant-réalisateur Xavier Gélin réunit trois interprètes dont les carrières se sont envolées après des débuts parfois fort convaincants. Après avoir incarné le rôle de l'humoriste français Coluche dans le biopic Coluche : l'histoire d'un mec d'Antoine de Caunes, François-Xavier Demaison interprète dans Comme des frères le rôle de Boris. Avant d'avoir dernièrement endossé le costume d'Edmond Dantès dans la récente adaptation du Comte de Monte-Cristo d'Alexandre Dumas qu'ont transposé sur grand écran Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte, Pierre Niney matérialise celui de Maxime. Quant à Nicolas Duvauchelle, quatorze ans après interprété le rôle principal de l'excellent Le petit voleur d'Erick Zonca, le voici portant le costume du troisième larron de cette fameuse comédie dramatique, Élie. Une jolie, très jolie surprise pour une œuvre qui aborde les sujets de l'amitié, de l'amour, de la séparation et du deuil sans pour autant verser dans le misérabilisme. Un brillant trio d'acteurs dont les personnages vont se lancer sur la route, à destination d'un charmant petit coin de Corse afin d'honorer une promesse faite à Charlie, l'ex compagne du premier, meilleure amie du second et ''grande sœur'' du troisième qui rêvait de les emmener tous les trois découvrir une maison où elle aimait se réfugier. Sur fond de tragédie puisque celle-ci se savait condamnée, Comme des frères débute au moment même où la jeune femme décède, bouleversant les trois garçons. Dévastés et bien que ne partageant en réalité pas grand chose d'autre entre eux que cette relation qu'ils eurent tous les trois avec elle, Boris, Élie et Maxime partent sur la route à bord du véhicule du premier avec, à l'arrière, un sac à dos contenant les cendres de leur amie tout juste dérobées par le troisième à la famille de leur amie disparue...


Trois interprètes, trois personnalités


Le titre du long-métrage réalisé par Hugo Gélin et co-écrit en collaboration avec Hervé Mimran et Romain Protat est presque mensonger. Surtout si l'on s'en réfère à cette étrange relation qui unit quasiment dans la contrainte les trois hommes. Fils d'un grand comédien de théâtre relativement méprisant et castrateur envers son fils (Jacques Frantz dans le rôle de Pierre Naillac), Boris a du mal à refaire surface depuis sa récente séparation. François-Xavier Demaison endosse ainsi le rôle le plus ingrat du récit. Personnage austère, réservé et parfois prudent lorsqu'il s'agit de s'exprimer, les bons mots, ceux qui sortent le long-métrage du seul statut d’œuvre dramatique auquel il n'aurait pu échapper sans une bonne dose d'humour, sont plutôt l'apanage de ses deux compagnons. L'une des grandes force de Comme des frères est justement d'avoir mêlé les différents types d'état d'esprit de nos trois héros. Car aux côtés de Boris, Pierre Niney incarne le plus jeune des trois. Un optimiste parfois immature et ce, quasiment en toutes circonstances. Lunaire, comme le rappelait très justement ma compagne lors de la projection. Quant à Nicolas Duvauchelle, dans la peau d’Élie, l'acteur vient juste s'interposer entre la rigueur parfois étouffante du premier et la naïveté ou la trop grande liberté d'âme du second. Pour des individus que le titre du long-métrage voudrait considérer comme pouvant hypothétiquement appartenir à une fratrie, le voyage ne va pas s'avérer de tout repos. Pour le bonheur des spectateurs qui assisteront alors à des joutes verbales entre les trois hommes qui fonctionnent à merveille.


Des sourires et des larmes


Malgré des débuts relativement délicats qui laissent augurer d'une comédie très légère, et même peut-être un peu trop d'ailleurs (la séquence du parking), on sent bien que les dialoguistes se sont fait plaisir pour concocter à l'adresse de leur futur public des échanges entre les trois hommes particulièrement bien écrits. La bataille des mots fait rage entre Boris, Maxime et Élie, chacun opposant des traits de caractère et une vision des choses qui théoriquement devraient aller à l'encontre de leur amitié. Très drôle, Comme des frères est aussi très touchant. De manière à ce que le spectateur ne s'attende pas à ce que l'événement se produise à ce moment là, après que Hugo Gélin et ses scénaristes se soient amusés à confronter tour à tour les trois hommes lors d'une partie de football virtuelle, voilà que l'annonce leur tombe sur la tête comme un coup de massue : Charlie est morte ! Depuis l’hôpital, sa mère annonce au téléphone que tout est finit. Dire que le changement de ton est brutal est alors un euphémisme et l'on est sidéré par cette séquence qui nous fait passer du rire aux larmes. Ces mêmes larmes que garde en lui Boris, que laisse tout naturellement couler Maxime et qu’Élie cache derrière ses mains avant de prendre la fuite...


Le noyau dur d'une drôle d'émulsion


Charlie, justement. Formidablement incarnée à l'image par Mélanie Thierry. Une jeune femme cash ! Entière, naturelle, ciment de cette improbable relation entre ses trois amis. On se dit qu'une fois passée sa timide découverte à l'image et ainsi consommée la disparition hors-champ de la caméra du personnage, nous ne la reverrons plus. Sauf que Hugo Gélin a la brillante idée d'intercaler entre les différentes scènes de ce road-movie que devient par la suite Comme des frères, diverses séquences en forme de flash-back remontant peu à peu le fil du temps. Ces trente derniers mois, environ, qui sous la forme d'une antéchronologie part des faits les plus récents jusqu'à la toute première rencontre entre les trois hommes qui interviendra donc dans les derniers instants du récit. Mélanie Thierry est magnifique. Entre gravité, retenue, éclat, son personnage porte le récit vers quelque chose de beaucoup plus profond que la simple comédie. Emportant avec elle ses trois compagnons. Modeste dans sa mise en scène puisqu'une large partie du récit se déroule à bord d'une voiture (et même deux, pour être précis) tout en offrant quelques extérieurs et intérieurs de toute beauté, Comme des frères est une complète réussite. Le carré d'interprètes principaux est irréprochable. Tout comme les seconds rôles parmi lesquels les grands-parents d’Élie sont interprétés par Micheline Presle et Philippe Laudenbach qui, triste hasard du calendrier, nous ont quitté en 2024 à seulement deux mois d'intervalle. Notons enfin la superbe bande musicale presque exclusivement composée par le groupe de pop-rock français Revolver qui nous offre quelques pépites folk remarquablement belles... A voir ou revoir, sans modération...

 

jeudi 10 septembre 2020

Une Affaire de Goût de Bernard Rapp (1999) - ★★★★★★★☆☆☆



Lors d'un déjeuner dans un grand restaurant en compagnie de Flavert, l'un de ses employés, le chef d'une grande entreprise Frédéric Delamont fait la connaissance de Nicolas Rivière. Serveur depuis très peu de temps, il goûte sur demande de Frédéric le plat qu'il vient de lui servir. Dès lors, le chef d'entreprise lui propose un emploi richement rémunéré : Nicolas accepte de devenir le goûteur de Frédéric. Mais ce qui ne devait devenir qu'une relation professionnelle entre un homme et son employeur va se muer peu à peu en une relation malsaine ayant des conséquences désastreuses pour Nicolas dont le couple qu'il forme avec la libraire Béatrice va très rapidement battre de l'aile. Avili et manipulé, Nicolas n'est plus seulement le goûteur de Frédéric mais se plie à la moindre de ses exigences. Au fil des jours et des semaines, la distinction entre les deux hommes et de plus en plus ténue. Se ressemblant presque comme deux gouttes d'eau, ils se rapprochent de plus en plus, s'installent ensemble dans la luxueuse demeure de Frédéric, et pourtant... Ce dernier continue à mener la danse auprès d'un Nicolas dont il ne cesse de dévorer le cerveau. Une Affaire de Goût, le second long-métrage de l'ancien journaliste et écrivain français Bernard Rapp après le sympathique Tiré à Part réalisé trois ans auparavant et adapté du roman de Jean-Jacques Fiechter, gagne en profondeur et en maîtrise.

Adaptant désormais le roman Goûter n'est pas Jouer de Philippe Balland en compagnie du scénariste et écrivain Gilles Taurand, Bernard Rapp signe un second film prenant. Un thriller intimiste redoutablement efficace et porté par la superbe interprétation du duo formé par Bernard Giraudeau et Jean-Pierre Lorit. Une Affaire de Goût remonte le court du temps. De la rencontre entre les deux principaux personnages (auxquels il ne faudra pas oublier d'ajouter la participation de l'excellente Florence Thomassin dans le rôle de Béatrice) jusqu'au drame que tentent d'expliquer alors les protagonistes lors de témoignages effectués auprès d'un magistrat (Jean-Pierre Léaud) et d'une juge d'instruction. Parmi les divers interprètes, nous retrouvons également dans le rôle du cuisinier René Rousset, l'acteur Charles Berling, Artus de Penguern dans celui de Flavert, Laurent Spielvogel dans la peau du docteur Rossignon ou encore Patrick Zimmermann dans celle du chauffeur de Frédéric. Véritablement porté par un Bernard Giraudeau aussi bien ''monstrueux'' dans son attitude envers Nicolas Rivière que dans sa performance, l’œuvre de Bernard Rapp monte peu à peu en puissance pour ne jamais relâcher son emprise et ce, jusqu'à ce dernier regard lancé par un Jean-Pierre Lorit impérial. Un regard empli de tristesse mais aussi de relâchement qui exprime sans doute à la fois l'apaisement et la torpeur...

Le spectateur vit littéralement avec effroi l'expérience vécue par un Nicolas Rivière sous influence, vampirisé par un Frédéric Delamont dont les phobies multiples l'empêchent de vivre sereinement. Mais comme un enfant qui ne peut assumer seul son désarroi, il lui faut trouver un bouc émissaire. Celui qui partagera sa douleur de vivre quitte à en faire un pantin vers lequel évacuer sa souffrance. Bernard Giraudeau incarne un individu rarement émouvant. Plutôt monstrueux à vrai dire. Son jeu subtile navigue entre cruauté et ambiguïté. Quant à Jean-Pierre Lorit, son personnage agit comme un pantin. Comme la victime d'une addiction très particulière dont il aura bien du mal à se défaire. Florence Thomassin joue très justement la compagne de Nicolas. Une Béatrice témoin de la dérive psychologique de son compagnon. Sous une forme intimiste, voire épurée Une Affaire de Goût évoque l'emprise d'un gourou sur l'un de ses adeptes. Difficile de rester insensible à ce phénomène même si le long-métrage souffre de quelques défauts, ici heureusement rarement rédhibitoires et qui consistent en une image trop léchée et une partition musicale manquant parfois d'intensité. Reste que Une Affaire de Goût démontre que Bernard Rapp fut capable de s'améliorer et parvint à gravir une marche supplémentaire dans le métier de réalisateur... Une réussite...

vendredi 8 février 2019

Le Coeur des Hommes 2 de Marc Esposito (2007) - ★★★★★★★☆☆☆



Quatre ans après les premières aventures de Manu, Jeff, Antoine, Alex et de leurs compagnes respectives, le public retrouve en octobre 2007 la suite du Cœur des Hommes dans un récit qui prend place dans un contexte qui respecte chronologiquement le temps qui sépare les deux long-métrages. Bien que Le Cœur des Hommes 2 semble démarrer là où se terminait le précédent volet au bord d'une piscine du sud de la France où Jeff a pris sa retraite, ce sont donc quatre années qui se sont écoulées, durant lesquelles beaucoup de choses ont changé ou évolué. Commençons par Antoine (Bernard Campan), qui après avoir recollé les morceaux avec Lili (Fabienne Babe) a finalement divorcé deux ans plus tard. Les deux ex-époux entretiennent cependant une relation qui ne tiendra pas face à la nouvelle rencontre du plus sérieux des quatre amis. C'est là qu'est introduite l'actrice Valérie Kaprisky qui dans la peau de Jeanne, une bijoutière, sera la nouvelle compagne d'Antoine.

Manu (Jean-Pierre Darroussin) vit désormais avec Juliette (Florence Thomassin), laquelle lui a donné un enfant. Cependant, on découvre très vite qu'il a rencontré une autre femme dont il est fou amoureux. Karine (Valérie Stroh), l'épouse d'un commerçant rencontrée sur le marché de Rungis. Alex (Marc Lavoine) quant à lui est toujours le mari infidèle décrit dans le premier film, sauf que dans cette suite, il va connaître un revers lorsque Nanou (Catherine Wilkening) découvrira qu'il la trompe depuis des années. Enfin, il y a Jeff (Gérard Darmon), le plus stable finalement du quatuor puisqu'il vit toujours auprès d'Elsa (Zoé Félix) qui lui a donné, depuis, un enfant.

C'est avec un réel plaisir que l'on retrouve le quatuor formé par Jean-Pierre Darroussin, Gérard Darmon, Bernard Campan et Marc Lavoine. Plus soudés que jamais, ils font face à l'adversité en se tenant les coudes quitte à mentir auprès de leurs proches. Le réalisateur Marc Esposito accentue davantage encore que dans le premier long-métrage le côté sentimental de ses personnages. Alex est anéanti par sa séparation d'avec Nanou. Antoine vit une merveilleuse histoire d'amour avec Jeanne, tandis que Manu s'apprête à vivre ses derniers instants auprès de sa maîtresse pour laquelle il éprouve un tel amour qu'il serait près à tout abandonner.

Malgré la mélancolie qui immerge les spectateurs dans le récit de ces quatre amis plongés dans des histoires d'amour aussi belles que difficiles, Marc Esposito n'oublie jamais d'injecter à ce Cœur des Hommes 2, une dose d'humour importante. Découvert mais d'abord pas moins infidèle, il est effectivement assez drôle de découvrir un Alex comptant ses journées d'abstinence. Tout comme il est plaisant de voir une fois encore le caractériel Jeff s'emporter, cette fois-ci pour une histoire de projet de dictionnaire sur le football mondial. Belle est l'histoire que partagent Antoine et Jeanne, rencontrée dans la rue. Un véritable coup de foudre. Comme l'est celle que partagent Manu et Karine mais dont l'issue fait mal au cœur.

Le cinéaste parvient une fois de plus à saisir ces instants d'amour et d'amitié parfaitement introduits par un panel d'interprètes tous plus convaincants les uns que les autres. Outre les quatre principaux interprètes et leurs compagnes qui les suivent depuis le précédent épisode, on redécouvre avec plaisir la sublime Valérie Kaprisky dont les personnages s'éloignent désormais de ceux qui firent sa sulfureuse réputation dans les années quatre-vingt (La Femme Publique d'Andzej Zulawski, L'Année des Méduses de Christopher Frank). A noter qu'à l'issue de ces secondes aventures de Manu, Alex, Antoine et Jeff, ce dernier, incarné par Gérard Darmon disparaîtra pour une histoire de brouille entre l'acteur et le réalisateur et sera remplacé par le personnage de Jean, interprété par Eric Elmosnino. Un changement qui, comme on le constatera, n'aura aucune incidence sur la qualité du troisième volet Le Cœur des Hommes 3, bien que l'on aurait aimé retrouver le personnage de Jeff et son interprète...

jeudi 7 février 2019

Le Coeur des Hommes de Marc Esposito (2003) - ★★★★★★★☆☆☆



Le Cœur des Hommes est une longue aventure entre quatre amis qui s'est poursuivie à ce jour, jusqu'à la sortie des troisièmes aventures d'Antoine, Manu et Alex, celui campé par Gérard Darmon, Jeff, ayant disparu des radars après la brouille entre l'acteur et le réalisateur Marc Esposito. Alors que l'on espère toujours découvrir la suite de leurs aventures, c'est en 2003 que le public découvre ces quatre personnages qui se sont rencontrés il y a longtemps dans un club de football de Melun. De leur passion commune, ils ont gardé le goût du jeu et parient sur de nombreux matchs chaque fois que l'occasion se présente. Complices, chacun partage les joies et les malheurs des trois autres sans que jamais cela n'entache leur amitié.

Marc Esposito développe avec Le Cœur des Hommes, un récit humaniste entre des individus qui a priori n'ont pas tant de choses en commun. Surtout si l'on compare leur tempérament et leur vie sentimentale. Gérard Darmon campe le plus âgé du quatuor. Divorcé et attaché à conserver sa jeunesse d'esprit, Jeff a noué une relation avec la toute jeune Elsa, interprétée à l'écran par l'actrice Zoé Félix. Caractériel, il a appris un an auparavant que sa femme avait avorté il y a longtemps de leur enfant et Jeff en a conservé une certaine rancœur. Bernard Campan, lui, interprète Antoine, sans doute le plus stable du groupe mais dont la vie privée va elle aussi être bouleversée par l'aveu de son épouse Lili qui l'a trompé. Une remise en question des valeur du couple pour cet homme ayant toujours mis son épouse sur un piédestal. Ensuite vient Jean-Pierre Darroussin qui dans la peau du charcutier Manu a du mal à se fixer tout en ayant peur de vivre seul. Si les maîtresses ne font que passer brièvement dans son lit, sa rencontre avec Juliette (Florence Thomassin) risque de bouleverser ses habitudes. Enfin, il y a Alex. Marié à Nanou (Catherine Wilkening) et père de Charlotte (Émilie Chesnais), le quatrième larron est un dragueur pathologique qui ne peut s'empêcher de tromper son épouse avec la pluparts des jolies femmes qu'il croise dans la rue ou sur son lieu de travail et tout cela, en jurant droit dans les yeux de Nanou qu'il ne l'a jamais trompée...

En dressant le portrait de ces quatre amis aux caractères et aux modes de fonctionnement parfois très éloignés, Marc Esposito s'assure la reconnaissance d'un public qui aura, au choix, le loisir de s'identifier à l'un(e) ou à l'autre des personnages. Le Cœur des Hommes, c'est les prémices d'un récit aux circonvolutions qui à travers les futurs suites vont prendre des ampleurs qui sont déjà notables dans ce premier effort. Bernard Campan, Gérard Darmon, Jean-Pierre Darroussin et Marc Lavoine campent un quatuor d'interprètes furieusement attachants malgré le comportement relativement odieux de certains. On savoure un Marc Lavoine charmeur et couchant avec de jeunes femmes avant d'oser dire à sa femme qu'il ne l'a jamais trompée. Gérard Darmon en quinquagénaire voulant se prouver qu'il peut en montrer aux petits jeunes est lui-même plaisant à découvrir dans la peau d'un Jeff ne mâchant pas ses mots. Bernard Campan quant à lui, a prouvé depuis quelques années qu'il est capable de montrer une autre facette de son jeu d'acteur en jouant l'émotion. Ici, il incarne en quelque sorte l'homme fidèle et idéal, amoureux transit, et seul des quatre amis à avoir véritablement été la victime d'un adultère dont le cinéaste semble avoir ici fait le cheval de bataille...

Et puis, bien entendu, il y a Jean-Pierre Darroussin. Le seul qui contrairement aux autres dans ce premier long-métrage possède une incarnation caractérisée par une attitude déconcertante, mais malgré tout assez touchante. C'est d'ailleurs pratiquement lui qui ouvre le bal des incertitudes avec le décès de son père. Mais plus encore que le drame qui le touche en ouverture de ce Cœur des Hommes formidablement bien mené par Marc Esposito, c'est sa rencontre avec Juliette. L'actrice Florence Thomassin y est brillante d'ingénuité et de folie retenue. Si dans la suite des aventures de nos héros, d'autres parviendront à tirer davantage la couverture sur eux, le tandem formé par Jean-Pierre Darroussin et Florence Thomassin est peut-être finalement au centre de ce récit impeccablement incarné par une brochette d'interprètes féminins et masculins auxquels il est très facile de s'attacher. Sans faire appel à des artifices gonflant de manière illusoire un récit parfaitement maîtrisé en matière d'écriture, Marc Esposito, réalisateur et scénariste signe ici une excellente comédie dramatique où les sentiments des uns et des autres se télescopent, formant un tout duquel naissent bonheur et tristesse...

vendredi 29 septembre 2017

Vive la Crise ! de Jean-François Davy (2017) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆



Vive la Crise ! Vive...ment la fin du film aurai-je envie de clamer. J'ai douté, redouté, puis au final, je fus dérouté. La crise, oui, mais de quelle crise s'agit-il ? Au vue de l’indigence que constitue le dernier long-métrage de Jean-François Davy, lequel me laissa de vagues mais très humides souvenirs dans les années quatre-vingt grâce notamment à son anthologique Exhibition 79, un documentaire érotique consacré à plusieurs actrices et acteurs pornographiques tels que la délicieuse Marilyn Jess (ma préférée à l'époque) ou le très célèbre Richard Lemieuvre, je parle ici de la comédie française. Celle que beaucoup conspuent un peu trop à mon goût parmi les jeunes générations sevrées aux blockbusters américains. Ici, rien à dire, ces derniers auraient raison de hurler leur dégoût d'un cinéma français pitoyable, je ne serais pas là pour les forcer à changer d'avis. Surtout pas après avoir assisté à ce Vive la Crise ! raté. Non, plutôt... gâché.
Voyez vous-même : Jean-Claude Dreyfus, Jean-Marie Bigard, Florence Thomassin,Dominique Pinon, Michel Aumont, Rufus, henry Guibet, pour ne citer que les plus connus. Un scénario original dont l'auteur est Jean-François Davy lui-même. Mais un résultat qui n'est pas à la hauteur de nos espérance. Le cinéaste se sabre lui-même et emporte avec lui, l'équipage tout entier. D'où l'intérêt parfois de rester dans l'ombre. Qui se souviendra du nom du décorateur, de la costumière, du maquilleur ou du monteur. Pas moi. Pas vous non plus, très certainement, et c'est tant mieux pour eux.

Imaginez : Marine le Pen qui a force de conviction a fini par se faire élire démissionne finalement de la présidence en 2025. En Mai pour être plus précis. L'inspiration, l'auteur de Ça va faire mal ! l'a sans doute trouvée lui-même, mais aussi, sans doute, dans l’article 1587 du Code civil, auquel les personnages de Vive la Crise ! se réfèrent. Le connaissez-vous ? Moi non plus. Du moins jusqu'à ce que je me renseigne. Et, tenez-vous bien, on tient là un article précieux auquel nous devrions nous-même nous référer. Datant du 16 mars 1804, l'article promulgue l'usage de goûter avant d'en faire l'achat, le vin, l'huile, et tout autre chose à l'égard desquels il est de bon sens de tester et d'agréer. Rien d'étonnant à ce que cet article du code civil ne soit pas placardé un peu partout en ville, imaginez-donc le désordre qui régnerait alors dans les magasins de grande distribution !

Pour en revenir au film de Jean-François Davy, disons qu'en (très) grande partie, le cinéaste ne parvient pas à exploiter le potentiel d'une telle idée. Les interprètes ont l'air absents. Parfois amorphes, en tout cas pas suffisamment impliqués. Quant à la vulgarité qui émaille inutilement certaines scènes (pour exemple la clocharde indiquant à son compagnon qu'elle « aime quand il lui lèche la chatte »!!!), elle n'apporte rien. D'excellentes idées, il y en a. mais toutes tombent à l'eau.
L'ennui s'installe au grès des pérégrinations de Jean-Claude Dreyfus (dans le rôle de l'agrégé de philosophie Montaigne ayant volontairement choisi de vivre dans la rue), de Jean-Marie Bigard (dans celui d’Étienne, cadre de l'entreprise Climatisation Nationale, l'équivalent de notre Météo Nationale actuelle), ou de Rufus et de Dominique Pinon, tout deux agents de la RATP. C'est chiant et surtout pas drôle. Pour une comédie, ça la fout mal...

vendredi 28 novembre 2014

Trois films sinon rien: Aux Yeux des Vivants de Julien Maury et Alexandre Bustillo (2014), Ablation de Arnold de Parscau (2013), Au Nom du Fils de Vincent Lannoo (2012)



Au programme de cet article, deux films français et une production franco-belge...

Et pour commencer, Aux Yeux des Vivants de Julien Maury et Alexandre Bustillo. Sept années après le très remarqué (et pas du tout remarquable) A L'intérieur, les deux bonhommes récidivent ensemble pour ce qui ressemble à une pseudo-suite de leur premier bébé. Trois gamins épris de liberté font l'école buissonnière le dernier jour de l'année et filent tout droit vers le cauchemar en s'introduisant dans un ancien studio de cinéma perdu en plein air et laissé à l'abandon. Le décor idéal pour un petit film d'horreur glauque et qui démarre sous des augures craspecs qui nuisent au film. Car à trop vouloir en donner dès l'ouverture, on en attend ensuite des scènes à l'impact saisissant qui ne viendront malheureusement jamais. On pourra louer la force de conviction des très jeunes acteurs, plutôt à l'aise dans leur costume de petits gredins victimes d'un grand méchant loup au physique, avouons-le tout de même, assez troublant.
Les deux réalisateurs nous épargnent le sempiternel faciès de mongoloïde pour celui, plus réaliste d'un homme à la force herculéenne cachée sous un corps frêle et vaguement tordu. L’œuvre a beaucoup de défauts et se trouve être assez brouillonne, ce que l'on aurait pu excuser si le film était un premier essai. Mais Bustillo et Maury en sont, ne serait-ce qu'au niveau collaboratif, à leur troisième film. Toujours est-il que Aux Yeux des Vivants est une petite bande horrifique parfois grotesque, souvent maladroite, mais au fond généreuse. Pas inoubliable mais de quoi réchauffer vo futures nuits d'hiver...

Ablation, un film qui surfe sur la vague des films horrifiques ricains, genre Hostel ou Saw ? Et bien non, pas du tout. Un drame, un thriller, oui. L'horreur vient plutôt de ce qui arrive au personnage principal. Le pauvre se réveille au bord d'une rivière avec un rein en moins. L'homme volé, l'homme « violé » va tout entreprendre pour retrouver celui ou ceux qui lui ont fait ça, quitte à mettre son couple en péril. Denis Ménochet est cet homme blessé. Autour de lui gravitent Virginie Ledoyen, sa femme dans le film, ainsi que Florence Thomassin, dans le rôle de ancienne (et nouvelle) maîtresse. Ablation est un sujet en or pour Arnold de Parscau. Pourtant, le résultat est navrant. Disons, loin des attentes que le sujet pouvait laisser espérer. Ce n'est pas tans la mise en scène qui fait défaut mais il dégage de cette œuvre un sentiment d'inachevé. C'est parfois mou, tantôt parcouru d'incohérences (au hasard, le personnage principal quitte la propriété de celui qui lui a volé un rein, survient la fuite d'un gamin qui hurle sans que le héros, que l'on devine forcément encore dans les parages, ne l'entende), Ablation possède un défaut majeur : l'absence de folie que pouvait laisser présager le synopsis. Et c'est bien dommage. Toutefois, on se laissera aller à découvrir le pourquoi de ces vols d'organes perpétrés dans la région...
 
Le troisième film abordé ici est belge. Au Nom du Fils est une comédie noire, très noire, qui flirte avec le drame familial, la religion et l’extrémisme qui parfois découle de cette dernière. Cinquième long-métrage de Vincent Lannoo, Au Nom du Fils est une œuvre atypique. En réalité, une petite merveille qui comblera surtout les attentes de ceux qui désirent plus que tout savourer de splendides dialogues. L'interprétation des actrices et acteurs est irréprochable. Dans le fond, c'est cette figure exagérée de l'union entre certains croyants et la foi qui est décrite ici. Mais dans la forme, le cinéaste n'y va pas de main morte. La tournure que prennent les événements est difficile à prévoir. Conte de fée, critique féroce, vengeance, Western sont des références qui semblent servir ici la cause d'un cinéma décalé et qui ose aller jusqu'au bout des convictions de son géniteur.
Certains y verront sans doute une œuvre grossière et déplacée dans un contexte qui donne encore très fortement la chair de poule et rend frileux les moins aventureux des cinéastes et producteurs (le film aborde le sulfureux sujet des prêtres pédophiles). Pourtant, c'est bien grâce à ce genre de film que l'on pourra faire le deuil de toutes ces horreurs que la presse papier et télévisée se lèche les babines de nous pondre au quotidien. Une vraie perle !
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