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jeudi 23 avril 2026

Le coeur des hommes 3 de Marc Esposito (2013) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Depuis treize années qu'est sorti sur les écrans de cinéma le troisième volet de la saga Le cœur des hommes, Marc Esposito, le scénariste et le réalisateur de cette très sympathique et très touchante trilogie n'a plus donné signe de vie. Ce qui laisse peu d'espoir de découvrir un jour un quatrième opus. D'autant plus que ses interprètes ont depuis pris de la bouteille et que le cinéaste est parti s'installer à Bali afin d'y écrire notamment son autobiographie intitulée Mémoires d'un enfant du cinéma. Un titre qui en 2019 semblait annoncer une fin de carrière mais que l'on espère encore n'avoir été qu'un effet de manche... Après deux premiers volets plutôt bien accueillis, Le cœur des hommes 3 subit quant à lui les foudres de la critique dite professionnelle, laquelle s'indigne de tant de vulgarité, de misogynie et de machisme. Comme si tout cela était nouveau et n'avait pas eu lieu dans les épisodes 1 et 2 ! Comme si les critiques en question découvraient que oui, les personnages masculins, héros de ce nouveau récit, aimaient les femmes. Et qu'entre hommes, ils avaient tendance à ironiser sur les relations qu'ils entretiennent avec elles, chacun de leur côté. Très officiellement ou dans l'ombre d'une chambre d'hôtel. Partageant nombre d'anecdotes pas toujours très raffinées, plutô croustillantes, cela s'entend, mais dans la droite lignée de tout ce que nous avions pu entendre depuis la naissance de la saga dix ans auparavant. Peut-être plus ambitieux que le premier mais un peu moins que le second avec un budget revu légèrement à la baisse, Le cœur des hommes 3 a reçu de la part du public un accueil relativement frileux puisque pour un financement de huit millions et cinq-cent mille euros, le long-métrage de Marc Esposito n'en a rapporté qu'un peu plus de quatre... à l'échelle mondiale ! L'une des différences fondamentales concerne ici l'absence de l'acteur Gérard Darmon qui jusque là interprétait le rôle de Jeff. L'un des membres de la bande des quatre complétée par Antoine (Bernard Campan), Alex (Marc Lavoine) et Manu (Jean-Pierre Darroussin). Alors qu'ils se connaissent déjà depuis près d'un quart de siècle, Marc Esposito et Gérard Darmon se retrouvent donc sur les plateaux de tournages du Cœur des hommes 1 & 2 mais pas sur celui du troisième. Pourquoi ? Pour des raisons relativement confuses qui selon le cinéastes ont ''creusé un fossé'' entre les deux hommes...


Afin de parer à l'absence de Gérard Darmon, Marc Esposito engage sur le tournage du troisième volet l'acteur Éric Elmosnino dont la carrière a pris un sacré coup de fouet depuis son incarnation de Serge Gainsbourg dans le pseudo-biopic Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar en 2010. L'acteur y prend naturellement la place de Gérard Darmon sans toutefois reprendre le rôle de Jeff puisqu'il incarne celui de Jean, le patron d'Antoine. Et tout aussi naturellement, celui-ci sera rapidement intégré au groupe qui, comme à son habitude et à divers degrés de ''sobriété'' évoqueront le sujet qu'ils connaissent et apprécient le mieux ! Celui des femmes. Et n'en déplaise à certains qui depuis se sont érigés en pourvoyeurs de discours néo-féministes faisandés (ceux-là même qui sans doute s'érigent en néo-écologistes ou en anti-racistes 2.0), Le cœur des hommes 3 fonctionne plutôt bien et ne s'acharne d'ailleurs pas systématiquement à faire de la femme de la chair à canon pour messieurs prisant exclusivement de celles-ci qu'elles leur offrent leur corps sans réfléchir ! Manu n'a-t-il pas décidé de se ranger des conquêtes féminines et de rester désormais fidèle à sa femme Nanou (Catherine Wilkening) malgré l'annonce par son assistante de l'existence d'un fils de dix ans qu'il n'a jamais connu ? Quant au couple que forment Manu et Juliette (Florence Thomassin) ne demeure-t-il pas très touchant, surtout lorsque celle-ci annonce à son homme qu'elle est atteinte d'un cancer du sein ? Peut-être ne faudrait-il pas voir à travers ce troisième opus qu'un ramassis d'échanges misogynes entre quatre potes mais plutôt une comédie à la cuisse légère, où les femmes n'ont peut-être que trop rarement le droit à la parole, il est vrai, mais dont la multiplication à l'écran témoigne ici de cet amour, de cette passion qui peut-être se cache au fond derrière le script évidemment très masculiniste de Marc Esposito. Les pourfendeurs de ce cœur des hommes 3 seront sans doute alors ravis d'apprendre que les volets 4 et 5 auxquels rêvait pourtant Marc Esposito ne verront probablement jamais le jour...

 

mardi 7 mars 2023

La dégustation d'Ivan Calbérac (2022) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

'' La dégustation '' d'Ivan Calbérac est typiquement le genre de long-métrage dont nous n'attendions pas grand chose. Et ce, malgré les présences d'Isabelle Carré et de Bernard Campan. D'un côté, l'une de nos plus fraîches et plus jolies actrices hexagonales et de l'autre, le membre des anciens Inconnus connaissant probablement la carrière cinématographique la plus riche. Réalisateur, scénariste et écrivain français, Ivan Calbérac adapte sur grand écran sa propre pièce de théâtre éponyme. Et pourtant, l'idée ne vient pas de lui mais de ceux qui incarneront les principaux rôles. Car après que la pièce ait remporté quelques victoires aux Molière, Isabelle Carré et Bernard Campan évoquent l'idée d'une adaptation sur grand écran avec tout ce que cela suppose de changements. En effet, comme le constatera le spectateur, l'intrigue ne se concentre désormais plus en un seul lieu (la cave où se déroulait la fameuse dégustation) mais s'ouvre sur de plus amples perspectives. '' La dégustation '' met en scène Jacques, un caviste amoureux du bon vin qui a tendance à un peu trop forcer sur ce qu'il ne considère pourtant pas comme de l'alcool. Le quinquagénaire accepte de prendre en stage dans sa boutique le jeune Steve (l'acteur Mounir Amamra), un adolescent issu d'un quartier difficile installé en foyer et en période de réinsertion. Le caviste reçoit un jour la visite de Horthense, une sage-femme pleine de vie tout d'abord entrée dans la boutique de Jacques pour lui acheter une bonne bouteille de vin avant de tomber littéralement sous son charme. '' La dégustation '' nous conte les rapports alambiqués entre un homme au passé tragique et une femme pressée par le temps... Isabelle Carré et Bernard Campan incarnant deux individus aux personnalités bien distinctes. D'un côté, Jacques, homme quelque peu fermé, ne vouant plus son existence qu'au vin et demeurant distant face à l'attitude nettement plus ouverte et donc moins ambiguë de Horthense qui lance, elle, de nombreuses bouteilles à la mer...
 
 
Ce qui rapproche par contre ces deux personnages est une certaine forme de solitude. Pas ou peu d'amis puisque dans l'entourage de Jacques gravite au mieux son ami libraire Guillaume (Éric Viellard), le jeune beur Steve ou son médecin, le docteur Milmont (Olivier Claverie). Constituant ainsi avec Horthense qui elle, vit seule avec sa mère et n'a pas vraiment d'amis (la jeune femme est cependant très appréciée des Sdf qu'elle réunit chaque semaine autour d'une table), les cinq personnages de la pièce. Une équipe d'interprètes eux aussi au complet à laquelle s'ajoute un certain nombre de personnages secondaires. Comme une petite frappe avec lequel devra en découdre Steve, une brochette de '' cloches '' plus sympathiques les unes que les autres ou encore la mère de Horthense qu'interprète l'actrice et comédienne Geneviève Mnich. Le film d'Ivan Calbérac est une comédie romantique légère qui réserve quelques bonnes surprises même si l'écriture ne parvient pas à se hisser au niveau de celles du '' Dîner de cons '' ou du '' Prénom ''. Reste que le duo Isabelle Carré/Bernard Campan fonctionne à merveille et que Éric Viellard et Mounir Amamra s'avèrent très drôles. Si le déroulement du récit est des plus classique et que l'on devine la plupart des actions dirigées par le script, le plaisir de suivre les aventures de Horthense et de Jacques est bien présent et c'est là l'essentiel. Touchant et amusant, '' La dégustation '' d'Ivan Calbérac est donc une très bonne surprise qui se déguste comme un bon vin de table...

 

mercredi 4 mars 2020

Cycle Les Inconnus: L'Extraterrestre de Didier Bourdon (2000) - ★★★★☆☆☆☆☆☆


Les Inconnus ont beau avoir un fort capital sympathie, il n'en demeure pas moins qu'une mauvaise comédie reste une mauvaise comédie. Et si L'Extraterrestre n'est pas aussi catastrophique que certaines critiques de l'époque laissèrent entendre, on ne peut pas dire que ce tout premier long-métrage réalisé par Didier Bourdon en solo soit une référence en la matière. Sur un scénario écrit en collaboration avec Valentine Albin, l'acteur, scénariste et réalisateur, ancien transfuge du Petit Théâtre de Bouvard aux côtés de Bernard Campan, Pascal Légitimus, Smaïn et Seymour Brussel avec lesquels il forma la première mouture des Inconnus, réalise une comédie lorgnant du côté de la science-fiction. En effet, L'Extraterrestre met en scène Zerf, un être venu d'ailleurs, et plus précisément de la planète Kryptalon, échoué sur Terre lors d'une mission de reconnaissance. Poursuivi par deux spécimens d'androïdes de la planète Praton, ennemis jurés des habitants de Kryptalon, Zerf risque à tout instant d'être retrouvé et tué par Yeb et Xab. C'est lors de sa fuite dans la région de Salers dans le Cantal que Zerf croise la route d'Agathe et de Clément. C'est à bord de la voiture de la jeune femme en route pour la maison de sa mère pour y passer quelques jours de vacances que Zerf embarque. Le comportement et l'accoutrement de l'extraterrestre contraignent Agathe à faire croire à son entourage qu'il s'agit d'un réfugié bosniaque. Contre toute attente, la jeune femme et l'extraterrestre vont finir par s'attacher l'un à l'autre, poussant alors Agathe à aider Zerf à trouver les minéraux qui lui permettront de repartir chez lui...

Difficile d'imaginer que dans la chronologie des faits, L'Extraterreste ait été réalisé à la suite des Trois Frères et du Pari tant cette première réalisation de Didier Bourdon en solo semble régressive en matière de qualité humoristique, de mise en scène et d'interprétation. En effet, après avoir beaucoup ri successivement en 1995 et 1997, en ce début de l'année 2000 débarquait donc cette comédie de science-fiction, il faut le reconnaître, assez pathétique, reflet d'un terrible manque de d'inspiration pour Didier Bourdon. Plus qu'un véritable film, L'Extraterrestre enchaîne les situations et accumule des séquences d'une pauvreté humoristique parfois très gênante. L'acteur/réalisateur aurait affirmé à l'époque vouloir rendre hommage aux séries Z que son film aurait alors été infiniment plus crédible en ce sens. Il est même conseillé au public de le regarder avec cet état d'esprit que partagent les amoureux des nanars sinon l'expérience risque d'être douloureuse. Surtout s'ils s'attendent à retrouver le même niveau de qualité qu'à l'époque où sortirent sur les écrans français Les Trois Frères et Le Pari.

On évitera d 'évoquer l'absence de scènes cultes, les rires se faisant d'une discrétion toute religieuse. Inutile d'espérer assister à un florilège d'effets-spéciaux puisque cet aspect du long-métrage n'est bien évidemment pas la principale préoccupation de Didier Bourdon. Le réalisateur offre à la charmante Pascale Arbillot le rôle d'Agathe et celui de l'androïde Yeb à son compagnon Bernard Campan. Toujours sous contrat avec Paul Lederman qui possède les droits de trois longs-métrages éventuels avec les Inconnus sous la forme du trio, Didier Bourdon et Bernard Campan tournent une fois encore après Le Pari un long-métrage sans leur ami Pascal Légitimus. Accoutré au même titre que l'acteur Olivier Rabourdin comme un ersatz d'androïde échappé d'un mauvais film de science-fiction post-apocalyptique italien des années quatre-vingt, Bernard Campan fait ce qu'il peut mais le résultat est désastreux. Puéril et visiblement à l'attention du jeune public, les adultes demeureront de marbre devant cet Extraterreste qui se veut parfois touchant sans l'être véritablement. Reste la présence du fidèle Henri Courseaux, celle d'Antoine du Merle (le fils de Didier dans Les Trois Frères) ou plus étonnant, celle d'Olivier Marchal qui en début de film annonce sa séparation d'avec Agathe. Une bien triste comédie...

mardi 3 mars 2020

Cycle Les Inconnus: Le Pari de Didier Bourdon et Bernard Campan (1997) - ★★★★★★★☆☆☆



Les fans du trio formé par Didier Bourdon, Pascal Légitimus et Bernard Campan l'auront remarqué à l'époque de sa sortie : Après l'immense succès des Trois frères qui réunissait les trois membres des Inconnus, Le Pari sort deux ans plus tard en 1997 mais cette fois-ci, sans Pascal Légitimus. Plus qu'un détail presque insignifiant (quoique), ce fait va être à l'origine d'un imbroglio entre les trois acteurs humoristes et leur producteur Paul Lederman avec lequel les trois hommes sont alors sous contrat pour leurs trois prochains longs-métrages sous le nom des Inconnus. Alors que ce dernier produisit Les trois Frères notamment aux côtés de Claude Berri, Didier Bourdon et Bernard Campan lui coupèrent l'herbe sous le pied en lui refusant la production de leur nouveau projet. S'ensuivit un procès que les deux Inconnus remportèrent en arguant que « deux Inconnus sur trois, ce n'est pas les Inconnus ! ». La seule alternative afin de contourner les termes du contrat signé auprès de Paul Lederman étant donc pour Didier Bourdon et Bernard Campan de tourner leur nouveau film en l'absence de leur compagnon (qui fera malgré tout un caméo lors de la séquence ''Télé Zap''...

Le Pari s'articule autour d'un même concept que pour leur long-métrage précédent. Opposer deux milieux sociaux pour mieux les confronter et les unir dans un même combat. Ici, l'idée est de réunir le petit prof de banlieue d'un collège difficile interprété par Bernard Campan et un Pharmacien au mode de vie bourgeois incarné par Didier Bourdon. Tout sépare ces deux beau-frères vivant chacun de leur côté avec l'une des filles Ramirez. Murielle (Isabelle Ferron) est l'épouse de Didier, elle-même pharmacienne, quant à Victoria (Isabel Otero), elle est la compagne de Bernard. De milieux différents, les deux beaux-frères se détestent (pas tout à fait) cordialement. Chaque repas au sein de la famille Ramirez (Hélène Surgère et Roger Ibáñez) est l'occasion pour Bernard et Didier de se frotter l'un à l'autre. Fumeurs invétérés, le premier provoque le second en lui proposant d'arrêter de fumer pour les deux semaines à venir jusqu'à la fête des mères. Touché dans son orgueil, Didier relève le défi. Ce qui va avoir de lourdes conséquences sur les deux hommes et leur entourage. Entre cachets et patchs de nicotine, séparations, association de fumeurs anonymes, surpoids et cure d'amaigrissement, dans leur combat contre la cigarette, Didier et Bernard vont finalement se soutenir et même, ô miracle, devenir amis...

On ne change pas une recette qui fonctionne. Une fois encore à la réalisation et au scénario, Didier Bourdon et Bernard Campan signent une comédie irrésistible. Et pourtant, malgré un budget légèrement revu à la hausse depuis Les Trois Frères, leur second long-métrage rapportera presque deux fois moins d'argent au box-office. Ce qui n'empêche pas les deux acteurs, réalisateurs, scénaristes de signer l'une des meilleures comédie de cette année 1997 (qui verra notamment la sortie du premier volet de la saga La Vérité si je Mens de Thomas Gilou ou Les Démons de Jésus de Bernie Bonvoisin). Là encore, Le Pari fournit son quota de rires à travers des séquences devenues cultes ! Au hasard : les repas chez la belle-famille, le bureau de tabac, les cauchemars de Didier et Bernard, la partie de tennis, l'association des fumeurs anonymes (Philippe Chevalier et Régis Laspalès sont exceptionnels), le commissariat, la réception et son panier de crabes ou encore la cure d'amaigrissement. Et ce ne sont là que quelques exemples d'une foule d'idées intégrées dans un scénario des plus simple mais laissant le champ à des situations savoureuses. L'occasion est offerte à Christian Barbier, François Berléand, Albert Dray ou encore Théo Légitimus (le père de Pascal) d'apparaître à l'écran. Surtout, Didier Bourdon et Bernard Campan signent une comédie qui de par son sujet demeure intemporelle. Culte !

lundi 2 mars 2020

Cycle Les Inconnus: Les Trois Frères de Didier Bourdon et Bernard Campan (1995) - ★★★★★★★★☆☆



En y réfléchissant bien, cela faisait un moment que je ne m'étais pas lancé dans un cycle et c'est pourquoi j'ai décidé d'évoquer ces jours prochains l'un des plus fameux trios d'humoristes hexagonaux qui, certains d'entre nous ne le savent peut-être pas, étaient cinq à l'origine, lors de leur rencontre et de leur apparition dans l'émission culte de Philippe Bouvard, Le Petit Théâtre de Bouvard. En effet, aux côtés de Smaïn et de Seymour Brussel, Didier Bourdon, Bernard Campan et Pascal Légitimus formèrent le groupe des Inconnus le 23 juin 1984 pour y interpréter un certain nombre de sketchs qui, avouons-le, avec le temps ont bien mal vieilli. Les cinq hommes tournent ensemble un seul et unique long-métrage en 1985. Le culte Le Téléphone Sonne Toujours Deux Fois (titre faisant référence au Facteur Sonne Toujours Deux Fois réalisé en 1946 par le cinéaste américain Tay Garnett), une comédie policière dans laquelle apparaissent notamment Jean-Claude Brialy, Clémentine Célarié, Henri Courseaux, Darry Cowl, Michel Galabru, Jean Yanne ou encore Patrick Sébastien (et la liste est encore très longue!). Après avoir rencontré le succès dans les années quatre-vingt dix avec l'excellente série d'émissions parodiques La Télé des Inconnus, c'est en 1995 que Didier Bourdon, Bernard Campan et Pascal Légitimus réapparaissent sur grand écran sous le nom des Inconnus (le premier et le troisième ayant cependant tourné dans divers longs-métrages jusqu'à maintenant) avec Les Trois Frères. Réalisé par Didier Bourdon et Bernard Campan, le film est un immense succès et frôle les sept millions d'entrées pour un budget initial égal à 7 150 000 euros.

Si les trois humoristes interprètent trois demi-frères qui ne se sont jamais connu, le scénario de Didier Bourdon, Bernard Campan et Michel Lengliney (Il est Génial Papy ! de Michel Drach) joue sur les différences sociales de ces trois hommes que rien n'aurait pu rapprocher si ce n'est un héritage de trois millions de francs laissé derrière lui par une mère qu'ils n'ont jamais connue. Comme cela sera généralement le cas dans les films des Inconnus, les trois acteurs ne s'embarrassent pas de pseudonymes puisque chacun d'entre eux est ''reconnu'' sous son véritable prénom. C'est ainsi que Didier Bourdon incarne Didier Jean-Marie Latour, vigile dans un supermarché et supposé futur gendre de son patron avec la fille duquel il a prévu de faire sa vie. En réalité, un prétexte pour réussir son existence professionnelle. Scrutant les clientes à l'aide d'un réseau de caméra trafiquées par ses soins et installées dans les cabines d'essayage, il ne le sait pas encore, mais il est le père d'un petit Michaël (Antoine du Merle), fils de Christine Rossignol (Marine Jolivet) avec laquelle il eut une liaison quelques années auparavant. Bernard Campan, lui, interprète Bernard Michel Latour, petit acteur sans envergure qui pour péniblement subvenir à son existence accepte de travailler sur les marchés pour son ami Albert (Albert Dray). Quant à Pascal Légitimus, il incarne Pascal Eusèbe Latour, cadre ambitieux d'une entreprise de communication et ''propriétaire'' d'un luxueux appartement de cent mètres carré environs.

Gros succès de cette année 1995, Les Trois Frères est l'une de ces comédies cultes que l'on peut revoir sans cesse et sans jamais s'en lasser. En faisant croiser la route de ces trois frères qui n'ont absolument rien en commun, Bernard Campan, Pascal Légitimus et Didier Bourdon offrent une vision critique sous-jacente de notre société jamais rébarbative et démontrent que dans le désarroi le plus total, les liens familiaux même les plus ténus permettent de se soutenir et de relever la tête. Une vision, certes, puérile, voire utopique, mais néanmoins à l'origine de scènes toutes plus cultes les unes que les autres. Au hasard, on pense notamment au rendez-vous chez le notaire, les quelques scènes situées chez la belle-famille de Didier (dont un beau-père raciste savoureusement interprété par l'acteur et comédien Pierre Meyrand), la séquence des ''acides'', le repas chez Pascal, la visite de l'huissier (Maître Gonzalez interprété par l'excellent Jean-François Pastout) ou encore le passage à l'émission de télévision Le Millionnaire tout à fait dans le ton des pastiches que créa le trio lors de leurs diverses interventions télévisuelles dans La Télé des Inconnus. Le long-métrage est l'occasion de retrouver des seconds rôles irrésistibles avec en premier plan Bernard Farcy dans le rôle de Steven Marchand, le patron de Pascal, Élie Sémoun dans celui de son bras-droit Brice, ou encore Bruno Lochet et Yolande Moreau (ex-Deschiens) dans ceux des propriétaires du PMU. Certaines répliques demeurent toujours aussi fameuses, comme ''le jus de fruit'', ''le monochorme de Whiteman'', tout comme certains détails demeurent inoubliables comme l'entreprise de communication dont tous les employés portent une queue de cheval à l'effigie du boss, ou Didier, Bernard et Pascal contraints de se grimer pour échapper aux forces de l'ordre, convaincus d'avoir causé la mort de l'huissier. Culte !

vendredi 8 février 2019

Le Coeur des Hommes 2 de Marc Esposito (2007) - ★★★★★★★☆☆☆



Quatre ans après les premières aventures de Manu, Jeff, Antoine, Alex et de leurs compagnes respectives, le public retrouve en octobre 2007 la suite du Cœur des Hommes dans un récit qui prend place dans un contexte qui respecte chronologiquement le temps qui sépare les deux long-métrages. Bien que Le Cœur des Hommes 2 semble démarrer là où se terminait le précédent volet au bord d'une piscine du sud de la France où Jeff a pris sa retraite, ce sont donc quatre années qui se sont écoulées, durant lesquelles beaucoup de choses ont changé ou évolué. Commençons par Antoine (Bernard Campan), qui après avoir recollé les morceaux avec Lili (Fabienne Babe) a finalement divorcé deux ans plus tard. Les deux ex-époux entretiennent cependant une relation qui ne tiendra pas face à la nouvelle rencontre du plus sérieux des quatre amis. C'est là qu'est introduite l'actrice Valérie Kaprisky qui dans la peau de Jeanne, une bijoutière, sera la nouvelle compagne d'Antoine.

Manu (Jean-Pierre Darroussin) vit désormais avec Juliette (Florence Thomassin), laquelle lui a donné un enfant. Cependant, on découvre très vite qu'il a rencontré une autre femme dont il est fou amoureux. Karine (Valérie Stroh), l'épouse d'un commerçant rencontrée sur le marché de Rungis. Alex (Marc Lavoine) quant à lui est toujours le mari infidèle décrit dans le premier film, sauf que dans cette suite, il va connaître un revers lorsque Nanou (Catherine Wilkening) découvrira qu'il la trompe depuis des années. Enfin, il y a Jeff (Gérard Darmon), le plus stable finalement du quatuor puisqu'il vit toujours auprès d'Elsa (Zoé Félix) qui lui a donné, depuis, un enfant.

C'est avec un réel plaisir que l'on retrouve le quatuor formé par Jean-Pierre Darroussin, Gérard Darmon, Bernard Campan et Marc Lavoine. Plus soudés que jamais, ils font face à l'adversité en se tenant les coudes quitte à mentir auprès de leurs proches. Le réalisateur Marc Esposito accentue davantage encore que dans le premier long-métrage le côté sentimental de ses personnages. Alex est anéanti par sa séparation d'avec Nanou. Antoine vit une merveilleuse histoire d'amour avec Jeanne, tandis que Manu s'apprête à vivre ses derniers instants auprès de sa maîtresse pour laquelle il éprouve un tel amour qu'il serait près à tout abandonner.

Malgré la mélancolie qui immerge les spectateurs dans le récit de ces quatre amis plongés dans des histoires d'amour aussi belles que difficiles, Marc Esposito n'oublie jamais d'injecter à ce Cœur des Hommes 2, une dose d'humour importante. Découvert mais d'abord pas moins infidèle, il est effectivement assez drôle de découvrir un Alex comptant ses journées d'abstinence. Tout comme il est plaisant de voir une fois encore le caractériel Jeff s'emporter, cette fois-ci pour une histoire de projet de dictionnaire sur le football mondial. Belle est l'histoire que partagent Antoine et Jeanne, rencontrée dans la rue. Un véritable coup de foudre. Comme l'est celle que partagent Manu et Karine mais dont l'issue fait mal au cœur.

Le cinéaste parvient une fois de plus à saisir ces instants d'amour et d'amitié parfaitement introduits par un panel d'interprètes tous plus convaincants les uns que les autres. Outre les quatre principaux interprètes et leurs compagnes qui les suivent depuis le précédent épisode, on redécouvre avec plaisir la sublime Valérie Kaprisky dont les personnages s'éloignent désormais de ceux qui firent sa sulfureuse réputation dans les années quatre-vingt (La Femme Publique d'Andzej Zulawski, L'Année des Méduses de Christopher Frank). A noter qu'à l'issue de ces secondes aventures de Manu, Alex, Antoine et Jeff, ce dernier, incarné par Gérard Darmon disparaîtra pour une histoire de brouille entre l'acteur et le réalisateur et sera remplacé par le personnage de Jean, interprété par Eric Elmosnino. Un changement qui, comme on le constatera, n'aura aucune incidence sur la qualité du troisième volet Le Cœur des Hommes 3, bien que l'on aurait aimé retrouver le personnage de Jeff et son interprète...

jeudi 7 février 2019

Le Coeur des Hommes de Marc Esposito (2003) - ★★★★★★★☆☆☆



Le Cœur des Hommes est une longue aventure entre quatre amis qui s'est poursuivie à ce jour, jusqu'à la sortie des troisièmes aventures d'Antoine, Manu et Alex, celui campé par Gérard Darmon, Jeff, ayant disparu des radars après la brouille entre l'acteur et le réalisateur Marc Esposito. Alors que l'on espère toujours découvrir la suite de leurs aventures, c'est en 2003 que le public découvre ces quatre personnages qui se sont rencontrés il y a longtemps dans un club de football de Melun. De leur passion commune, ils ont gardé le goût du jeu et parient sur de nombreux matchs chaque fois que l'occasion se présente. Complices, chacun partage les joies et les malheurs des trois autres sans que jamais cela n'entache leur amitié.

Marc Esposito développe avec Le Cœur des Hommes, un récit humaniste entre des individus qui a priori n'ont pas tant de choses en commun. Surtout si l'on compare leur tempérament et leur vie sentimentale. Gérard Darmon campe le plus âgé du quatuor. Divorcé et attaché à conserver sa jeunesse d'esprit, Jeff a noué une relation avec la toute jeune Elsa, interprétée à l'écran par l'actrice Zoé Félix. Caractériel, il a appris un an auparavant que sa femme avait avorté il y a longtemps de leur enfant et Jeff en a conservé une certaine rancœur. Bernard Campan, lui, interprète Antoine, sans doute le plus stable du groupe mais dont la vie privée va elle aussi être bouleversée par l'aveu de son épouse Lili qui l'a trompé. Une remise en question des valeur du couple pour cet homme ayant toujours mis son épouse sur un piédestal. Ensuite vient Jean-Pierre Darroussin qui dans la peau du charcutier Manu a du mal à se fixer tout en ayant peur de vivre seul. Si les maîtresses ne font que passer brièvement dans son lit, sa rencontre avec Juliette (Florence Thomassin) risque de bouleverser ses habitudes. Enfin, il y a Alex. Marié à Nanou (Catherine Wilkening) et père de Charlotte (Émilie Chesnais), le quatrième larron est un dragueur pathologique qui ne peut s'empêcher de tromper son épouse avec la pluparts des jolies femmes qu'il croise dans la rue ou sur son lieu de travail et tout cela, en jurant droit dans les yeux de Nanou qu'il ne l'a jamais trompée...

En dressant le portrait de ces quatre amis aux caractères et aux modes de fonctionnement parfois très éloignés, Marc Esposito s'assure la reconnaissance d'un public qui aura, au choix, le loisir de s'identifier à l'un(e) ou à l'autre des personnages. Le Cœur des Hommes, c'est les prémices d'un récit aux circonvolutions qui à travers les futurs suites vont prendre des ampleurs qui sont déjà notables dans ce premier effort. Bernard Campan, Gérard Darmon, Jean-Pierre Darroussin et Marc Lavoine campent un quatuor d'interprètes furieusement attachants malgré le comportement relativement odieux de certains. On savoure un Marc Lavoine charmeur et couchant avec de jeunes femmes avant d'oser dire à sa femme qu'il ne l'a jamais trompée. Gérard Darmon en quinquagénaire voulant se prouver qu'il peut en montrer aux petits jeunes est lui-même plaisant à découvrir dans la peau d'un Jeff ne mâchant pas ses mots. Bernard Campan quant à lui, a prouvé depuis quelques années qu'il est capable de montrer une autre facette de son jeu d'acteur en jouant l'émotion. Ici, il incarne en quelque sorte l'homme fidèle et idéal, amoureux transit, et seul des quatre amis à avoir véritablement été la victime d'un adultère dont le cinéaste semble avoir ici fait le cheval de bataille...

Et puis, bien entendu, il y a Jean-Pierre Darroussin. Le seul qui contrairement aux autres dans ce premier long-métrage possède une incarnation caractérisée par une attitude déconcertante, mais malgré tout assez touchante. C'est d'ailleurs pratiquement lui qui ouvre le bal des incertitudes avec le décès de son père. Mais plus encore que le drame qui le touche en ouverture de ce Cœur des Hommes formidablement bien mené par Marc Esposito, c'est sa rencontre avec Juliette. L'actrice Florence Thomassin y est brillante d'ingénuité et de folie retenue. Si dans la suite des aventures de nos héros, d'autres parviendront à tirer davantage la couverture sur eux, le tandem formé par Jean-Pierre Darroussin et Florence Thomassin est peut-être finalement au centre de ce récit impeccablement incarné par une brochette d'interprètes féminins et masculins auxquels il est très facile de s'attacher. Sans faire appel à des artifices gonflant de manière illusoire un récit parfaitement maîtrisé en matière d'écriture, Marc Esposito, réalisateur et scénariste signe ici une excellente comédie dramatique où les sentiments des uns et des autres se télescopent, formant un tout duquel naissent bonheur et tristesse...

lundi 10 juillet 2017

Un Sac de Billes de Christian Duguay (2017) - ★★★★★★★★☆☆



Un Sac de Billes, c'est avant tout un roman écrit à quatre mains, principalement par Joseph Joffo, lequel se fit aidé par l'écrivain Claude Klotz, plus connu sous le nom de Patrick Cauvin, son pseudonyme. L'ouvrage, depuis sa sortie en 1973 est devenu un classique de la littérature française. Connu à travers le monde, il a été adapté dans dix-huit langues et a connu une première adaptation cinématographique deux ans après sa parution sous la houlette du cinéaste Jacques Doillon. Plus étonnant, le dessinateur Vincent Bailly et le scénariste Kris en ont proposé une adaptation en bande dessinée en trois parties respectivement publiées en 2011, 2012 et 2014. Trois ans après la sortie du dernier volume, le cinéaste québécois Christian Duguay propose une relecture du roman que son auteur à jugé de fidèle. 
Une adaptation que le public semble avoir majoritairement apprécié contrairement à une partie de la presse qui s'est empressée de juger que Un Sac de Billes était « desservi par une réalisation laborieuse et convenue », « déjà vu et ennuyeux », « inutile et prévisible », ou encore possédant « moins de sensibilité » que la version proposée par Jacques Doillon quarante-deux ans auparavant. Quant à exprimer le fait que « le film ressemble trop souvent à une compilation de clichés du septième art », avis proféré par un journaliste de La Croix, un quotidien français (lequel manifeste son appartenance à la chrétienté et au christianisme), fondé par la congrégation des assomptionnistes, on imagine alors fort aisément ses membres et partisans répandre de manière régulière et métronomique de tels propos dans ses pages puisque le cinéma possède cette faculté (comme toute forme d'art) de digérer et de mimer ses propres sources d'inspiration.
Des critiques pas toujours constructives et justifiées assez naïvement par des individus qui n'ont rien trouver de mieux à moudre que quelques inefficaces diatribes qui tomberont assez facilement la face chaque fois que le public aura l'opportunité de découvrir cette œuvre magistralement mise en scène par Christian Duguay. Je vous avouerai qu'au premier abord, je n'avais pas très envie de voir ce film. Je n'étais pourtant pas tombé dans les mêmes travers que ceux qui pensaient découvrir un énième long-métrage centrant son intrigue sur la « question juive » durant la Seconde Guerre Mondiale. Je n'avais simplement jamais lu le roman et n'avais pas envie de replonger durant cette période de mon enfance o avoir lu les grands classiques de la littérature français « signifiait » une certaine forme de normalité.

Du casting, je n'avais entendu parler que de Patrick Bruel. Cet artiste dont j'ai toujours cherché à ignorer la carrière musicale mais qui m'a toujours ravi au cinéma. Puis en cherchant un peu, je découvris les présences d'Elsa Zylberstein, de Bernard Campan de Christian Clavier et d'Etienne Chicot. Je m'inquiétais davantage de celle de l'humoriste Kev Adams. Si jusqu'à maintenant j'avais toujours estimé qu'il était incapable de jouer autre chose que son propre rôle, j'ai très vite changé d'avis. Dans celui de Ferdinand, Christian Duguay lui offre enfin un rôle à la mesure du talent que le jeune homme semblait cacher jusqu'à maintenant. Mais plus que ce casting hétéroclite, le film repose presque entièrement sur les épaules du duo formé par les jeunes acteurs Dorian Le Clech et Batyste Fleurial Palmieri qui campent respectivement les rôles de Joseph et Maurice Joffo. Presque puisqu'au delà de leur extraordinaire interprétation, le cinéaste québécois est parvenu à recréer un climat et une ambiance vraiment particuliers grâce aux talents conjugués de Jimena Esteve, responsable des décors, et de ceux de Christophe Graillot et Thibault Gabherr, tout deux responsables de la photographie.

Étrange carrière que celle de Christian Duguay qui a débuté au cinéma avec deux suites inutiles du classique de David Cronenberg Scanners, avant de donner dans l'action, l'espionnage et la science-fiction. Ensuite, il poursuit avec un biopic consacré au cheval de sauts d'obstacles Jappeloup de Luze et réalise deux ans plus tard en 2015, Belle et Sébastien, l'Aventure Continue, suite de l'adaptation cinématographique de la série éponyme écrite et réalisée par Cécile Aubry dans les années 60. Un Sac de Billes est actuellement son dernier long-métrage.



Ici, pas de camp de concentration et une présence allemande que l'on sent menaçante mais assez peu représentée en dehors d'une terrible scène d'interrogatoire. Un Sac de Billes est surtout le témoignage d'un enfant vu à travers son regard (et donc celui de son auteur, Joseph Joffo), parcourant une partie du territoire français occupé avec ce que cela sous-entend à l'époque de danger. Résistance, collaboration, déportation vue de loin par Joseph et son frère Maurice. Leurs parents sont admirablement interprétés par le couple Bruel-Zylberstein qui, avec une grande sensibilité campent un Roman et une Anna Joffo contraints de se séparer durant un temps de leurs enfants pour leur sécurité. L’œuvre s'étend de l'année 1941 durant l'Occupation allemande, jusqu'à la libération progressive du pays, et notamment de Paris, événement mettant un terme au difficile « voyage » entreprit par Joseph et Maurice. Le cadre est époustouflant de beauté. Le tournage s'effectue entre Nice, Avignon, La Brigue et Marseille et le travaille sur la reconstitution de celle époque est bluffante. Un Sac de Billes est magnifiquement mis en lumière et les cadrages souvent judicieux (entre plans serrés, larges et contre-plongées) donnent au film de Christian Duguay un visuel parfois féerique. Quant à l'interprétation, elle est magnifique. Qu'il s'agisse des acteurs et actrices confirmés comme des nouvelles têtes, à l'image, donc, du jeune Dorian Le Clech que l'on espère retrouver bientôt au cinéma. Un drame parfois drôle, mais toujours tendre et émouvant retraçant les pas d'un enfant de dix ans au cœur d'un conflit qui a marqué la France entière...

mardi 6 décembre 2016

Combien tu m'aimes ? de Bertrand Blier (2005)



Combien tu m'aimes ? Combien je l'aime, ce cinéma, cet auteur, et ses interprètes. Encore et toujours, Bertrand Blier défend ce cinéma, le sien, cynique, émouvant, battant le chaud, puis le froid. S'il s'était peut-être un peu dispersé, cherchant à retrouver sa verve sans jamais véritablement y parvenir avec ses deux précédents longs-métrages (Les Acteurs, Les Côtelettes), en 2005, il revient avec une œuvre admirablement drôle, émouvante, emprunte d'une poésie qu'il sublime chaque fois par des choix musicaux délicats. Et même si l'on n'est pas friands d'opéra, le calque sonore qu'il juxtapose aux images rend ces airs formidablement beaux.
Gérard Depardieu, encore, mais se lançant dans de l'inédit avec Bernard Campan, Monica Bellucci, Edouard Baer, et même, sa compagne Farida Rahouadj, Bertrand Blier n'a rien perdu de son talent de conteur. Mieux, il semble être revenu d'un monde où les années passent et l'inspiration se meure. Un univers dont il a réussi à s'extraire pour nous offrir un spectacle presque aussi jouissif que ses plus grands films.

Combien tu m'aimes ? est typiquement le genre de film qui vous fait passer par différents états. Entre l'amertume de la solitude dont on ressent le poids durant les premières minutes, à la joie collective et communicative d'une fête dont le fond sonore étonne dans la carrière du cinéaste. Sans crier gare, voilà que l'on sourit de ses belles et grandes dents. A s'en décrocher la mâchoire. A solliciter les zygomatiques jusqu'à la douleur. Sans doute avons-nous l'air bête d'exprimer un air aussi béat, mais voilà que lâchement nous invoquons la faute à un homme, un seul : Bertrand Blier, lui-même. Ce génie du septième art, lequel a donné ses lettres de noblesse aux dialogues, comme en son temps un certain Michel Audiard.

Combien tu m'aimes ? ouvre grandes ses portes. Celles de son cœur, surtout. Celui, malade de François (Bernard Campan), qui grâce à Daniela (Monica Bellucci), et son amour pour lui, va le guérir. Découvrir de nouveaux interprètes chez Blier fait un peu le même effet à chaque fois. On se demande dans quelle mesure ils parviendront à saisir l'essence des textes de leur auteur pour nous les restituer à leur juste valeur. Et chaque fois, c'est le même constat : Bertrand Blier n'est pas qu'un dialoguiste exceptionnel. Il dirige également ses acteurs de main de maître. Son cinéma a apparemment évolué vers moins de loufoquerie et plus d'émotion, mais ne nous y trompons pas car ce coquin de Blier en a encore sous le pied. Et qui mieux que sa compagne, l'excellente Farida Rahouadj pour nous en convaincre ?

En une seule scène, nous redécouvrons ce qui nous avait manqué les quelques années précédent la sortie de Combien tu m'aimes ? en 2005. Farida Rahouadj face au couple Campan-Bellucci dissertant sur l'orgasme féminin entre deux portes. Un peu moins de trois minutes durant lesquelles Bertrand Blier nous rassure définitivement sur sa capacité à revenir au cinéma que l'on aime chez lui. Quelques scènes ainsi ponctuées d'autres beaucoup plus « symptomatiques » du « nouveau » Blier. Derrière la bouffonnerie, l'auteur des Valseuses est aussi un formidable conteur lorsqu'il s'agit de parler d'amour. Toujours et encore dans des situations inédites comme celles rencontrées dans Préparez vos Mouchoirs, Beau-Père ou Trop Belle Pour Toi. Cette fois-ci, il partage l'histoire d'un homme désespérément seul, riche à millions, qui propose à une pute de vivre avec lui moyennant finances. Toute la subtilité du jeu d'acteur étant de laisser planer un doute sur la réelle ou fausse sincérité de Daniela. Gérard Depardieu, lui, campe un individu sinistre qui, lui aussi sera guéri de ses mauvais démons. Bertrand Blier aurait pu simplement nommer son œuvre AMOUR tant on sent bien que c'est autour de ce sentiment d'affection unique que le sujet de Combien tu m'aimes ? a été développé. Encore un immense film de la part de Bertrand Blier...

mardi 5 juillet 2016

Le Téléphone Sonne Toujours Deux Fois de Jean-Pierre Vergne (1984)



Alors qu'un tueur en série tue des femmes et les assommant à l'aide d'un combiné téléphonique, plaquant ensuite sur leur front le cadran de l'appareil en question, le détective privé Marcel Bichon... pardon, Marc Elbichon enquête sur l'affaire avec l'espoir de mettre la main sur l'homme qui met en échec la police. Et pour ce faire, il fait appel à de vieux compagnons : D'abord Franck potin, propriétaire d'un bar sans clients qui pour les attirer fait tourner un enregistrement de bruits d'ambiance et a installé des mannequins un peu partout autour des tables. Blacky, propriétaire d'un bateau dans lequel il a installé une station de radio qui réunit parfois jusqu'à sept auditeurs ! Enfin, il y a Momo, l'homme de ménage de Marc Elbichon.

Lors de leurs investigations, les quatre hommes vont faire la connaissance d'Ugo Campani, un reporter-photographe qu'ils vont d'abord soupçonner d'être le tueur qui sévit en ville. Ugo connaît bien Marc depuis la fameuse affaire des Couche-culottes usagées. Le quintet va avoir maille à partir avec un commissaire et vont faire appel à l'étrange Docteur Clipps pour résoudre leur affaire...

Comme le seront plus tard La Cité de la Peur des nuls ou bien Mais qui a tué Pamela Rose ? du duo Kad et O, Le Téléphone Sonne Toujours Deux Fois fais dorénavant partie des classiques de la parodie policière à la française. Le titre lui-même fait référence à un classique du roman noir de James M. Cain, Le facteur sonne toujours deux fois, qui fut lui-même adapté à plusieurs reprises au cinéma. En dehors de Bernard Campan qui tourne là dans son premier long-métrage, ses acolytes de la célèbre émission télé Le Petit Théatre de Bouvard ont déjà quant à eux fait un peu de cinéma. Mais c'est bien grâce au cinéaste Jean-Pierre Vergne qui débuta sa carrière en tant que réalisateur cinq ans plus tôt avec Les Charlots Contre Dracula que les membres du quatuor interprètent leur premier vrai grand rôle. Un quintet dirons-nous plutôt puisque Smaïn lui-même fit partie de la célèbre troupe des Inconnus à ses débuts avant que la bande ne soit plus formée que par Didier Bourdon, Bernard Campan et Pascal Légitimus après le départ en 1988 de Seymour Brussel.

Le Téléphone Sonne Toujours Deux Fois est véritablement poilant et ce, même s'il a foncièrement vieilli après toutes ces années. Les répliques et mises en situations sont souvent drôles, absurdes et parfois même grotesques. Quelques passages sont devenus des classiques comme la Courbe Référentielle de Bernstein expliquée par Didier Bourdon à des collaborateurs qui finissent par s'endormir devant ses calculs complexes. Des calculs que le personnage interprété par Seymour Brussel parvient à résoudre en deux ou trois opérations seulement.

Le film de Jean-Pierre Vergne est également l'occasion de retrouver des têtes bien connues du cinéma français. A commencer par Jean-Claude Brialy dans le rôle du Commissaire. Clémentine Célarié y interprète le rôle d'Annabella, Michel Constantin celui du directeur d'un cinéma, Darry Cowl celui d'un flic et Patrick Sébastien dans celui d'un sans domicile fixe  « aveugle ». L'acteur humoriste Jean Yanne lui-même fait partie du casting. On y retrouve également Henri Courseaux dans le rôle du Docteur Clipps. L'acteur retrouvera la dernière formation des Inconnus sur plusieurs tournages puisqu'en effet, on le verra en Notaire dans Les Trois Frères et en Colonel dans L'Extraterrestre...


mercredi 19 mars 2014

Les Trois Frères, Le Retour de Didier Bourdon, Bernard Campan et Pascal Légitimus (2014)



Didier, Bernard et Pascal se retrouvent bien des années après lorsqu'ils sont convoqués par Maître Vaselin, un avocat employé par la maison de disque de leur défunte mère qui était encore sous contrat à l'époque de sa disparition. Les trois frères ont conservés des rapports houleux et voient d'un mauvais œil ces retrouvailles dont ils espèrent cette fois-ci récupérer un peu d'argent en héritage. Bernard se produit au Caveau des Trois Mulets, une petite salle de spectacle dans laquelle il interprète un one man show de piètre qualité. Pascal vit avec une vielle cougar à l'appétit sexuel féroce dans l'espoir de la marier et de profiter de son immense fortune. Quand à Didier, il est marié à une femme quelconque, et vit dans l'austère maison de la mère de celle-ci. Il espère lui aussi faire fortune et attend que la vieille grabataire décède pour profiter de son héritage. S'il fait croire à tout le monde qu'il est professeur de philo, il passe en réalité ses journées à vendre des sex-toys à bord de sa voiture.

Bernard, Pascal et Didier apprennent qu'ils doivent de l'argent à la maison de disque et Maître Vaselin leur apprend que s'ils refusent de payer la somme, c'est l'un d'entre eux qui en paiera l'intégralité pour les deux autres. Pascal et Didier se débrouillent pour vider leur compte en banque tandis que Bernard, le crédule du trio, encaisse le comportement malhonnête de ses frangins et se voit contraint de payer pour eux. Il ne peut, de plus, offrir à sa fille Sarah qu'il vient de retrouver après de nombreuses années de séparation, les cinq-cents euros qu'il lui a promis.

L'adolescente est poursuivi par un dealer qui la recherche depuis qu'elle lui a volé un sac entier de MDMA. Les trois frères vont finalement se lier pour venir en aide à la fille de Bernard...

Dix-neuf ans après Les Trois Frères, Bernard Campan, Didier Bourdon, et cette fois-ci Pascal Légitimus réalisent la suites des aventures du trio de demi-frères. Les Trois Frères, Le Retour fut attendu comme le messie. Depuis les déboires qu'ils connurent avec le producteur Lederman, la réunion des trois humoristes fut impossible et les revoir enfin réunis fut une nouvelle attendue de tous ceux qui apprécièrent leur humour.
Alors, qu'en est-il de ce tout nouveau film des Inconnus ? Et bien, à l'image du triste titre du film (quel manque d'imagination), la majorité des gags sont éculés et ressemblent à des fonds de tiroir. Sorti vingt ans plus tôt, le film aurait sans doute fait un malheur. Sauf qu'aujourd'hui on aurait aimé en avoir un peu plus pour notre argent.

Les Inconnus reprennent la même formule et proposent une suite qui colle un peu trop à la première mouture. Du copier-coller qui pourtant, fonctionne. En effet, il n'est pas rare que le public rigole de bon cœur. Et même si certaines idées ont été vues ailleurs, on ne peut résister à certains gags qui fonctionnent toujours (le nom de certains personnages comme Vaselin et Hassec, les affiches partiellement cachées de la banque et qui donnent une idée plutôt réaliste de ce que pensent ses employés de nos trois héros). Avant même que cela ne se produise, on s'attend déjà à retrouver nos compères Didier et Bernard face aux affres de la drogue comme cela était déjà le cas dans le premier film. Si Les Trois Frères, Le Retour n'est pas un chef-d’œuvre d'humour, il vole malgré tout à mille lieues d'autres tentatives de retours comme Les Bronzés, Amis Pour La Vie, lui, un véritable naufrage...


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