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mardi 31 décembre 2024

Mascarade de Nicolas Bedos (2022) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Je dois l'avouer, cela me coûte de le reconnaître, mais j'ai adoré Mascarade de Nicolas Bedos. Parce que ouais, le bonhomme me sort par les yeux. Du moins lorsque ce ''fils de'', qui me laisse généralement indifférent, laisse planer le doute s'agissant du bord politique qu'il prétend défendre ou lorsqu'il frappe sur tout ce qui bouge avec cette fausse audace des salons parisiens qui voudrait que le fils de l'humoriste Guy Bedos est parvenu à égaler voir surpasser le talent de son géniteur. Bouffi de vanité, auto-satisfait mais se traînant malgré tout un certain nombre de casseroles au cul, à travers son dernier long-métrage en tant que réalisateur, scénariste et compositeur tout de même bien épaulé par la compositrice de musique de film française Anne-Sophie Versnaeyen, Nicolas Bedos semble dès son premier ''tour de manivelle'' préparer sa défense pour des faits supposés d'agressions sexuelles survenus trois ans auparavant, en 2018. Et même plus tard, jusqu'à très récemment, l'année dernière. Parce que Mascarade, sous ses allures de brillant exercice de style français ''à l'américaine' convoquant tout un panel de cinéastes outre-atlantiques prestigieux peut se concevoir comme une œuvre féministe furieusement anti-patriarcale. La morale de l'histoire ? Un pour toutes et tous pourris ! Le UN étant bien évidemment accordé à l'auteur du film lui-même, lequel s'interpose entre ces méchants messieurs qui mettent ici en application ce vieux concept de droit de cuissage au sein d'une couche de la société permissive et bouffie d'orgueil et leurs victimes. Si d'autres bien avant lui s'amusèrent à égratigner les femmes et les hommes de la ''Haute Société'' comme l'espagnol Luis Bunuel (Le Charme discret de la bourgeoisie) ou le français Claude Chabrol (La cérémonie) pour n'en faire que la chair à canon d'idées préconçues et systématisées, armé d'une équipe technique de pointe et de fameux interprètes, Nicolas Bedos installe un véritable jeu de massacre entre des individus parfaitement intégrés et des petites gens à l'ambition dévorante. Une appétence pour l'argent et le confort mais également, un désir de réparation qui prendra le visage de Margot, jeune femme superbe incarnée par l'actrice et mannequin Marine Vacth dont la posture la rapprochera ostensiblement de certains personnages notamment rencontrés chez Roman Polanski à travers diverses incarnations d'Emmanuelle Seigner (Lune de fiel).


L'ambivalence prévaut dans ce récit mêlant une actrice vieillissante sur le retour et son dernier gigolo (Isabelle Adjani et Pierre Niney, tous deux excellents). Entre ce dernier et Margot, également. Amants d'un jour, puis de toujours (vraiment?). Elle, jalouse, envieuse, voleuse, éprise de vengeance et lui, passant de la pommade aux vieilles rombières contre monnaie sonnante et trébuchante, repas chauds et nid douillet ! Viennent se greffer à cette histoire d'arnaque aux sentiments somme toute banale, des personnages pas tout à fait secondaires. Comme l'agent immobilier Simon (François Cluzet) et son épouse Carole (Emmanuelle Devos) ou bien Giulia (l'actrice italienne Laura Morante) jetée à la porte de son propre restaurant par un ancien mari particulièrement violent. D'autres viennent témoigner lors d'un procès des affres d'une histoire très limpide malgré un montage inventif signé d'Anny Danché et des redoutables conséquence qu'elle aura sur chacun des principaux protagonistes. Véritable toile d'araignée où rien n'est jamais irrémédiable et où tout peut arriver et se construire au fil du récit, Nicolas Bedos signe une œuvre percluse d'un cynisme propre aux casquettes d'humoriste et de chantre de la critique acerbe qu'il porte fièrement et en toute situation. Mascarade possède cette faculté consistant à rendre les uns et les autres attachants alors qu'eux-mêmes, et comme Nicolas Bedos, se traînent également des boulets aux pieds. La cruauté avec laquelle le réalisateur et scénariste s'en prend à ses personnages est absolument jouissive. Poussant le spectateur à rire aux éclats même à certains instants du récit les plus cruels. Quand d'autres actions relativisent le message étalé à l'image, renvoyant les victimes à ce même statut de monstres comme lorsque Margot et Adrien, épaulés par Giulia, montent un stratagème afin d'accéder à ce qu'ils pensent leur être dû ! Au final, personne ou presque n'en ressortira indemne. Pas même le spectateur, emporté dans un tourbillon mené de main de maître par un Nicolas Bedos que l'on préférera donc voir diriger de brillants interprètes, comme ici, plutôt de le voir débarquer sur les plateaux de télévision ou à la radio proférer sa morale en carton-pâte...

 

samedi 11 septembre 2021

Meurtres à domicile de Marc Lobet (1982) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Un collectionneur d'art, un vieil homme amateur de ''littérature'' érotique, une inspectrice de police, un sculpteur de nus, un éleveurs d'oiseaux, une femme s'adonnant à la magie noire ou un nettoyeur de cadavres. Voilà quelques exemples de locataires vivant dans un immeuble cossu de la capitale française. Une faune bigarrée qui rappellera sans doute à certains spectateurs celle de l'excellent Delicatessen que Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro réaliseront neuf ans plus tard, au point que l'on se demande si les deux hommes ne se sont pas quelque peu inspirés du second long-métrage du réalisateur Marc Lobet pour constituer les étranges locataires de l'immeuble où se déroulera l'intrigue de leur film de science-fiction dystopique et post-apocalyptique. L’œuvre de Marc Lobet, elle, penche plutôt du côté du thriller même si ses curieux personnages et l'étonnante partition musicale que l'on entend en arrière-plan donnent à Meurtres à domicile de drôles d'allures de film fantasmagorique. Alors que Max Queyrat (Bernard Giraudeau) a convié la plupart des habitants de l'immeuble a la première représentation de la pièce de Shakespeare Othello dans laquelle il tient le premier rôle, quelqu'un a profité de leur absence pour tuer l'un des locataires resté sur place. Chargée par son supérieur d'enquêter sur la mort de l'homme, Aurélia Maudru (Anny Duperey) réalise rapidement que plusieurs de ses voisins eurent un mobile pour tuer le vieil homme retrouvé poignardé dans sa bibliothèque. Et parmi eux, Madame Vianna (Marie-Ange Dutheil) sur laquelle sera retrouvée une forte somme d'argent ayant appartenu à la victime, Raoul Queyrat (Iswig Stéphane) que sa jeune compagne Pauline (Eva Ionesco) semble vouloir protéger, laquelle posa elle-même pour l'un des magazines érotiques dont entra en possession le mort. Ou encore le propriétaire de l'immeuble, Julius Zepernick (Daniel Emilfork), intéressé par une vieille mappe-monde appartenant à la victime qui ne voulait pas lui vendre et qui pourtant trône désormais dans son appartement...


Autant dire que Meurtres à domicile ouvre la voie à une enquête difficile qui malheureusement pour le spectateur, ne sortira pas vraiment des sentiers battus et qui, mise à part les curieux ''phénomènes'' qui pullulent au sein de cet immeuble bourgeois, reste d'un classicisme relativement décevant. Bien qu'il ait apparemment bénéficié d'une sortie nationale en octobre 1982, ce long-métrage adapté du roman Hôtel meublé de l'écrivain belge Thomas Owen par le réalisateur lui-même ainsi que par Jean Van Hamme déroule une intrigue classique. Une enquête policière finalement à peine digne de n'importe quelle série télévisée hexagonale. À côté de son inspectrice Aurélia Maudru qu'interprète pourtant avec une certaine vigueur l'actrice Annt Duperey, le commissaire Maigret version Bruno Cremer s'en sort nettement mieux. Sur un ton ironique et absurde, l’œuvre de Marc Lobet se situe presque entièrement dans l'immeuble, offrant ainsi à Meurtres à domicile son contexte de huis-clos que dérangent à peine quelques séquences tournées en extérieur. Si l'identité du tueur n'est pas connue dès le début du récit, un peu de jugeote et de réflexion permettront à comprendre très rapidement lequel des locataires est directement impliqué dans l'assassinat du vieil homme. Long-métrage franco-belge, on sent bien les origines de Meurtres à domicile dont l'humour à froid est une habitude chez nos voisins. Malgré une galerie de portraits intéressante, la sauce ne prend pas vraiment. La faute non pas à l'interprétation (un très beau parterre d'intervenants au demeurant) mais plutôt à un scénario qui se contente du minimum syndical et nuit donc très fortement à l'intérêt général d'un film lorgnant du côté d'Agatha Christie mais sans jamais en avoir la richesse narrative...

 

jeudi 22 juillet 2021

Elle de Paul Verhoeven (2016) - ★★★★★★★★★★

 



Elle, c'est Isabelle Huppert. Qui porte si bien les troisième et quatrième syllabes de son prénom. Beauté froide.Presque aussi glaciale que l'eau d'une piscine en hiver mais parfois aussi brûlante que les braise d'un barbecue en plein été. Plus grande actrice de l'hexagone, elle vaut des dizaines de Sharon Stone et son interprétation de Michèle Leblanc, des centaines de Catherine Tramell, l'héroïne de Basic Instinct, ce fumeux long-métrage qui aux côtés de Elle me semble plus que jamais anecdotique. Lui, c'est Paul Verhoeven. Un cinéaste que l'on ne présente plus. Auteur d'innombrables chefs-d’œuvre, il a réalisé dernièrement l'une de ses plus grandes œuvres en compagnie de Virginie Efira, Charlotte Rampling, Lambert Wilson, Olivier Rabourdin ou Guilaine Londez pour les plus connus. Benedetta. Un énième coup de massue que certains considèrent déjà comme son meilleur film. Tout est histoire de goût ou de plaisir instantané. C'est bien là le dilemme avec le réalisateur néerlandais. À chaque fin de projection on croit avoir assisté au plus grand cru de son auteur. Sentiment que l'on partagera donc avec Elle, son avant-dernier long-métrage en date. On ne va pas revenir sur les habituelles outrances du réalisateur qui à vrai dire et au moins pour cette fois-ci n'est pas allé aussi loin que lors de certains tournages. Ici, l'immense Isabelle Huppert s'y désape moins que d'anciennes interprètes de Paul Verhoeven (dont l'une regretta amèrement d'avoir accepté de tourner pour lui dans Turkish Delice en 1973)...


Et pourtant, l'actrice y révèle un personnage en tout point ambigu. De ceux que l'on rencontre par exemple chez un autre très grand cinéaste cette fois-ci d'origine autrichienne, Michael Haneke. Et notamment pour son sublime La pianiste dans lequel, justement, Isabelle Huppert incarnait déjà l’héroïne du récit. Par la simplicité de ses quatre lettres, Elle résume le scénario à l'origine concocté par David Birke à partir du roman roman Oh… de Philippe Djian. Un mille-feuilles de malheurs et de souffrances infligés à une femme ''coupable'' d'être victime. ''Coupable'' d'être la fille d'un serial killer dont beaucoup ont oublié le visage mais pas les méfaits. Violée, on s'attend à ce que Michèle Leblanc découvre dans l'acte un plaisir sexuel déviant. On est quand même en terrain connu avec Paul Verhoeven. Sauf que, à trop vouloir précéder le récit, on se trompe totalement sur la teneur de celui-ci. Ou si peu. Accompagnée par des interprètes irréprochables parmi lesquels il serait impardonnable de ne pas citer au moins Laurent Lafitte, Anne Consigny, Charles Berling, Christian Berkel, Virginie Efira ou Jonas Bloquet, Isabelle y brille littéralement avec ce sens de la nuance qui n'appartient qu'à elle. Dirigée de main de maître par un réalisateur au sommet de son art, l'actrice française interprète une femme dont l'existence s'est construite à partir d'un fait divers sordide dont les répercussions sont multiples. Il peut parfois y avoir un plaisir coupable à suivre les aventures d'un personnage qui se détruit à petit feu de l'intérieur...

Ici, la douleur est intense ET inexorable. Comme si de mauvaises fées s'étaient penchées sur son berceau lorsqu'elle était encore qu'une tout jeune enfant pour lui glisser à l'oreille : ''Gamine, tu paieras pour les péchés à venir de ton père''.. Parfois terriblement malaisant tout en jouant constamment la carte de l'humour à froid et de l'horreur dans ce qu'elle peut avoir de réaliste, voire clinique, Elle explose les frontières entre fiction et réalité. Jonché de séquences inconfortables, Paul Verhoeven transforme sa sublime interprète en bête à foire sur laquelle le passé ressurgi même lorsqu'il n'est pas directement évoqué. Victime parfois cruelle, en perpétuelle conflit avec les membres du sexe opposé (Jonas Bloquet en fils ingérable à la limite de la psychopathie), Michèle est de ces individus que l'on n'arrive cependant jamais à détester. Plutôt victime que complice ou à l'origine d'actes délictueux. Sans jamais vraiment verser dans le cinéma d'horreur ou d'épouvante, dans l'érotisme le plus cru ou la romance la plus décomplexée, Elle est tout de même un peu tout ça et tellement plus. Un grand, très grand film...


jeudi 10 septembre 2020

Une Affaire de Goût de Bernard Rapp (1999) - ★★★★★★★☆☆☆



Lors d'un déjeuner dans un grand restaurant en compagnie de Flavert, l'un de ses employés, le chef d'une grande entreprise Frédéric Delamont fait la connaissance de Nicolas Rivière. Serveur depuis très peu de temps, il goûte sur demande de Frédéric le plat qu'il vient de lui servir. Dès lors, le chef d'entreprise lui propose un emploi richement rémunéré : Nicolas accepte de devenir le goûteur de Frédéric. Mais ce qui ne devait devenir qu'une relation professionnelle entre un homme et son employeur va se muer peu à peu en une relation malsaine ayant des conséquences désastreuses pour Nicolas dont le couple qu'il forme avec la libraire Béatrice va très rapidement battre de l'aile. Avili et manipulé, Nicolas n'est plus seulement le goûteur de Frédéric mais se plie à la moindre de ses exigences. Au fil des jours et des semaines, la distinction entre les deux hommes et de plus en plus ténue. Se ressemblant presque comme deux gouttes d'eau, ils se rapprochent de plus en plus, s'installent ensemble dans la luxueuse demeure de Frédéric, et pourtant... Ce dernier continue à mener la danse auprès d'un Nicolas dont il ne cesse de dévorer le cerveau. Une Affaire de Goût, le second long-métrage de l'ancien journaliste et écrivain français Bernard Rapp après le sympathique Tiré à Part réalisé trois ans auparavant et adapté du roman de Jean-Jacques Fiechter, gagne en profondeur et en maîtrise.

Adaptant désormais le roman Goûter n'est pas Jouer de Philippe Balland en compagnie du scénariste et écrivain Gilles Taurand, Bernard Rapp signe un second film prenant. Un thriller intimiste redoutablement efficace et porté par la superbe interprétation du duo formé par Bernard Giraudeau et Jean-Pierre Lorit. Une Affaire de Goût remonte le court du temps. De la rencontre entre les deux principaux personnages (auxquels il ne faudra pas oublier d'ajouter la participation de l'excellente Florence Thomassin dans le rôle de Béatrice) jusqu'au drame que tentent d'expliquer alors les protagonistes lors de témoignages effectués auprès d'un magistrat (Jean-Pierre Léaud) et d'une juge d'instruction. Parmi les divers interprètes, nous retrouvons également dans le rôle du cuisinier René Rousset, l'acteur Charles Berling, Artus de Penguern dans celui de Flavert, Laurent Spielvogel dans la peau du docteur Rossignon ou encore Patrick Zimmermann dans celle du chauffeur de Frédéric. Véritablement porté par un Bernard Giraudeau aussi bien ''monstrueux'' dans son attitude envers Nicolas Rivière que dans sa performance, l’œuvre de Bernard Rapp monte peu à peu en puissance pour ne jamais relâcher son emprise et ce, jusqu'à ce dernier regard lancé par un Jean-Pierre Lorit impérial. Un regard empli de tristesse mais aussi de relâchement qui exprime sans doute à la fois l'apaisement et la torpeur...

Le spectateur vit littéralement avec effroi l'expérience vécue par un Nicolas Rivière sous influence, vampirisé par un Frédéric Delamont dont les phobies multiples l'empêchent de vivre sereinement. Mais comme un enfant qui ne peut assumer seul son désarroi, il lui faut trouver un bouc émissaire. Celui qui partagera sa douleur de vivre quitte à en faire un pantin vers lequel évacuer sa souffrance. Bernard Giraudeau incarne un individu rarement émouvant. Plutôt monstrueux à vrai dire. Son jeu subtile navigue entre cruauté et ambiguïté. Quant à Jean-Pierre Lorit, son personnage agit comme un pantin. Comme la victime d'une addiction très particulière dont il aura bien du mal à se défaire. Florence Thomassin joue très justement la compagne de Nicolas. Une Béatrice témoin de la dérive psychologique de son compagnon. Sous une forme intimiste, voire épurée Une Affaire de Goût évoque l'emprise d'un gourou sur l'un de ses adeptes. Difficile de rester insensible à ce phénomène même si le long-métrage souffre de quelques défauts, ici heureusement rarement rédhibitoires et qui consistent en une image trop léchée et une partition musicale manquant parfois d'intensité. Reste que Une Affaire de Goût démontre que Bernard Rapp fut capable de s'améliorer et parvint à gravir une marche supplémentaire dans le métier de réalisateur... Une réussite...

jeudi 3 mai 2018

Sélection de 3 films à voir, à revoir... ou à éviter (12)

Alors que la France connaît une grève générale d'ampleur nationale, Marc Roux, cadre ambitieux d'une entreprise et Vincent Disse (notez le jeu de mots foireux !), individu insaisissable, décident de faire route ensemble vers l'Italie, et plus précisément vers la ville de Rome où doit avoir lieu la signature d'un contrat très important pour la carrière à venir du premier. C'est donc sur le mode du covoiturage, très à la mode depuis quelques années que démarrent les aventures de ce duo antinomique formé par les acteurs français Patrick Timsit et Charles Berling. Une variation sur L'Emmerdeur d'Edouard Molinaro relativement pauvre en terme d'écriture et d'interprétation, ou sur celui du Boulet d'Alain Berbérian. Patrick Timsit qui s'était déjà intéressé au sujet à travers le personnage de François Pignon créé et mis en scène par l'auteur du scénario original Francis Veber dans le remake daté de 2008 campe cette fois-ci le rôle du partenaire agacé par la présence d'un individu ne partageant que très modestement ses différents points de vue.
Charles Berling est donc cet être difficile à cerner. Qui semble se ficher d'à peu près tout ce qui préoccupe principalement le héros incarné par Patrick Timsit. S'ensuit donc une série de séquences qui auraient normalement dû générer le rire mais qui au final parvient tout juste péniblement à retenir l'attention des spectateurs. Comédie en forme de Road-movie campagnard, Par suite d'un arrêt de travail... est plus triste que réellement amusant. On attend de pouvoir autant s'amuser que les acteurs, jouant aux cabotins l'un envers l'autre, mais l'une des principales faiblesses du récit demeure dans cette triste impression que l'on a que les deux interprètes jouent pour eux sans penser que derrière, des spectateurs attendent sans doute d'être emmenés dans leurs péripéties. A vrai dire, le film de l'écrivain et réalisateur français Frédéric Andréi (son second après Paris, Minuit en 1986) ne fait qu'emprunter la même voie que des longs-métrages tels que Trafic d'Influence de Dominique Farrugia (1998) et Fallait pas ! (1996) de (et avec) Gérard Jugnot, avec, cependant, beaucoup moins de bonheur même si, déjà, ces deux exemples n'avaient rien de remarquable.
Au final, et comme dans la généralité des cas abordés par ce type de comédies, Par suite d'un arrêt de travail... repose avant tout sur l'antagonisme de ses deux principaux personnages. Manquant cruellement de profondeur et de gags réellement drôles, le film se regarde sans véritable déplaisir même s'il ne laissera pas de souvenirs impérissables...

La Horde est l’œuvre d'un binôme de cinéastes formé par Yannick Dahan et Benjamin Rocher. Si le premier n'a réalisé que cette collaboration en matière de long-métrage cinéma, le second, lui, après cette première tentative en 2009, persévérera quatre ans plus tard sur un sujet similaire mais beaucoup plus original (en réalisant le premier segment du diptyque Goal of the Dead dont la seconde partie à été confiée à Thierry Poiraud). Pour un premier film, nous ne nous appesantirons pas sur son flagrant manque d'originalité. Car oui, le film, comme beaucoup d'autres avant lui, emprunte une foule d'idées à plusieurs films de genre. Le [rec] des espagnols Paco Plaza et Jaume Balagueró, le français Banlieue 13 de Pierre Morel, ou encore le plus lointain The Raid de Gareth Evans.
Amateurs de finesse, la porte de sortie se situe sur votre droite. La Horde est bourrin, vulgaire, et ne s'adressera qu'aux amateurs de gore, d'action effrénée et de scénarios bas du front. A tel point qu'une partie du public aura presque le reflex d'abandonner les personnages à mi-course vue la pauvreté de l'ensemble. Pourtant, je ne sais par quel fruit du hasard, le film parvient à augmenter sa vitesse d'un cran au dessus et offre une dernière demi-heure dont le principal argument est de déployer une armada de scènes d'horreurs, agrémentant même la chose d'un nouveau personnages particulièrement gratiné.Accompagnant un trio principal de personnages interprétés par Claude Perron, Jean-Pierre Martins et Eriq Ebouaney, l'acteur Yves Pignot, celui-là même qui joua sur les planches du Feydaux, du Guitry ou encore du Marivaux ou joua dans de nombreux films pour le cinéma et la télévision incarne ici le personnage de René, un bon gros raciste, pantagruélique, marqué par la guerre, et surtout grand amateur de haches puisqu'il s'agit de son arme de prédilection. On pourrait presque l'imaginer sous le masque de Leatherface mais dans une version à visage découvert et ayant abandonné la tronçonneuse pour la hache ! En terme d'horreur, La Horde est tout sauf avare. Ça pisse à tous les étages d'un immeuble assiégé par une horde (celle du titre) d'infectés, et même si de très nombreuses scène frôlent le ridicule par leur incohérence, on passe finalement un très agréable moment.
Détail fort amusant que les plus attentifs auront certainement distingué lors de la mort de Greco, le gitan incarné par l'acteur Jo Prestia en mode 'infecté', le sort accordé à cet individu fort peu recommandable semble faire écho à celui auquel le personnage du Ténia échappa lors de l'éprouvante scène située dans la boite gay du traumatisant Irréversible de Gaspar Noé. Sans doute l'une des meilleures idées qu'eurent Yannick Dahan et Benjamin Rocher lors du tournage de ce petit film d'horreur à la française...

Pour finir, une devinette : quels rapports entretient True Lies du cinéaste américain James Cameron (Terminator 1&2, Abyss, Avatar) avec le film qui clôt cet article ? Quel rapport peut-il y avoir entre un film d'action interprété par l'hyper bodybuildé Arnold Schwarzenegger et une comédie essentiellement interprétée par nos acteurs locaux Thierry Lhermitte, Miou-Miou, Eddy Mitchell (savoureux comme à son habitude) et Michel Boujenah ? Et bien, le premier est le remake du second. Et oui, une fois encore, les américains nous 'piquaient' une idée de scénario pour l'adapter à leur sauce. Mais c'est sans chauvinisme aucun qu'il est bon de préciser que l’œuvre de Claude Zidi y est mille fois supérieure, et ce, grâce notamment à l'interprétation d'un quatuor d'acteurs impeccables : Miou-Miou en maîtresse de maison soignée, Thierry Lhermitte et Eddy Mitchell en faux agents des Telecom mais véritables agents secrets, et Michel Boujenah en mythomane et séducteur assez lourd.
Si l'action est présente, c'est pourtant l 'humour qui domine ici le récit. Le scénario de Didier Kaminka, Simon Michaël et Claude Zidi est aux petits oignons et fait la part belle aux répliques humoristiques dont le chanteur et acteur Eddy Mitchell semble être le principal bénéficiaire puisque ses dialogues sont parmi les plus drôles du film. La Totale mêle la comédie à un brin d'action. l'émulsion fonctionne à merveille et les interprètes semblent beaucoup s'amuser des péripéties qui les opposent à des personnages secondaires notamment interprétés par Jean Benguigui, François Hadji-Lazaro (d'abord connu pour avoir été le leader du groupe de rock français alternatif Les Garçons Bouchers), ou encore Sagamore Stévenin, le fils d'un certain...Jean-François...
Si j'osais, j'affirmerais que le film est une TOTALE réussite dans le domaine visé. On s'amuse beaucoup, et l'on attend avec ferveur chacune des interventions d'Eddy Mitchell auquel les cinéastes ont décidément pris l'habitude d'offrir des répliques cinglantes. Un bonheur que d'entendre par exemple son personnage relancer son ami et collègue François Voisin sur l'hypothétique orientation sexuelle de son fils Julien...

vendredi 10 novembre 2017

Grabuge ! de Jean-Pierre Mocky (2005) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Grabuge ! ? un film de Mocky. Pas le meilleur, pas le pire non plus. Juste dans la moyenne. Une comédie policière qui furète davantage dans la seconde catégorie que dans la première. Les gags, eux ? Rares, lourds. Des blagues Carambar que l'on se raconte au détour d'un verre. Une interprétation tout juste acceptable. De quoi saisir distinctement l'intrigue construite autour du scénario écrit par le réalisateur français lui-même ainsi que par André Ruellan, mais certainement pas au point de tomber en admiration devant des actrices et acteurs qui rament terriblement. Jean-Pierre Mocky n' a pas l'air d'être le genre de cinéaste à tourner de trop nombreuses fois la même scène. D'ailleurs, qui lui en voudrait ? Ses fans ? Certainement pas. Vu le score pitoyable qu'atteignent la majorité de ses film depuis un certain nombre d'années au box-office, pourquoi le bonhomme irait, en plus du sang et de la sueur, dépenser davantage de pognon pour un résultat qui serait malgré tout ses efforts, à peu de chose près identique à celui qu'il obtient habituellement. Même si Jean-Pierre Mocky engueule ses interprètes, il doit bien les aimer. Un amour qu'ils doivent partager sinon comment expliquer qu'ils reviennent toujours vers lui ? Ce petit cercle de fidèles collaborateurs serait-il masochiste ?

L'intrigue de Grabuge ! agirait presque comme un somnifère. Le cinéaste autoproclamé « underground » depuis le naufrage d'Une Nuit à l'Assemblée Nationale en 1988 s'imagine seize ans plus tard tourner une comédie policière sur fond de drame social en abordant le pourtant difficile sujet de l'immigration de masse, des clandestins, et des filières mafieuses qui en découlent en négociant à prix fort la vente de cartes de séjour et de travail.
D'où le personnage interprété par Charles Berling, ici dans la peau de Maurice, employé au service des étrangers à la préfecture de police de Paris. Témoin d'un meurtre dont à été victime un ami danseur à lui, il n'est pas au bout de ses surprises lorsque meurt à son tour, l'épouse de la première dépouille. Ainsi débarque par la suite, le commissaire Lancret, incarné par le fidèle Michel Serrault qui n'en est alors pas à sa première collaboration avec le cinéaste. Les deux hommes vont s'unir de découvrir pourquoi il y a eu meurtres. C'est ainsi qu'ils trouvent une piste les menant sur un trafiques de cartes de séjours de grande ampleur à laquelle seraient directement mêler les supérieurs hiérarchiques de Maurice...

Vu comme cela, on se dit que Grabuge ! aurait pu faire un sacré bon film. Un scénario solide, un sujet brûlant (qui a dit opportuniste?), mais, car il y a un mais (et même plusieurs), jean-Pierre Mocky abandonne toute forme d'ambition en dirigeant ses interprètes à la truelle. Comme à son habitude, il peut compter sur son cercle de fidèles interprètes dont les gueules sont la ma rque de fabrique du cinéaste. Outre Dominique Zardi, qui demeure encore dans le lot comme le meilleur de sa catégorie, on retrouve l'ancien Deschiens François Toumarkine qui jusqu'à maintenant à tourné à quatorze reprises aux côtés de Jean-Pierre Mocky, Christian Chauvaud (dix-neuf fois), ou encore Jean Abeillé qui détient le record de participation et de longévité avec quarante-huit apparitions !
Même Charles Berling et Michel Serrault sont sous-exploités. Avant tout humains, ils sont capables comme n'importe quel acteur de faire des erreurs de prononciation. Mais de cela, Jean-Pierrre Mocky n'en a cure. Avec lui, Grabuge ! A l'air de ne reposer que sur trois termes : « Moteur ! », « action ! », « coupez ! ». Tout le reste de demeurant alors que du superflu dont l'auteur semble se ficher royalement.
Au final, Grabuge ! (merde, avec un tel titre on aurait pu s'attendre à justement, plus de grabuge) se révèle éreintant d'ennui. Et pourtant, on n'arrive jamais à reprocher ses piètres qualités de cinéaste à Jean-Pierre Mocky qui, parfois, possède l'éclair de génie qui sort l'une des ses œuvres du lot. Et puis, il ne faut pas oublier qu'il demeure encore aujourd'hui, LE meilleur représentant français en matière de nanars. Et ça n'est pas rien...

dimanche 28 octobre 2012

Le Prénom de Alexandre de La Patellière (2012)

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Vincent et son épouse Anna sont invités chez sa soeur Élisabeth, mariée à Pierre, professeur spécialiste de la Renaissance à la Sorbonne. Un vieil ami d'enfance, Claude, est lui aussi convié à cette soirée durant laquelle Vincent va donner le prénom qu'Anna et lui ont choisi de donner à leur futur enfant. Alors qu'Élisabeth passe le plus clair de son temps aux fourneaux, Pierre et Claude tente de deviner le prénom qu'ont choisi les futurs parents. Les deux hommes dressent une liste mais ne parviennent pas à le deviner. Vincent les aide alors en leur précisant que le prénom commence par la lettre A. Affairée, Élisabeth est outrée de constater que les hommes ne l'ont pas attendue pour essayer de de trouver la bonne réponse.
Devant l'échec du trio, Vincent annonce finalement à Élisabeth, Pierre et Claude le prénom du futur enfant. Et là, c'est le choc. La sœur, le beau-frère et l'ami d'enfance de Vincent ne comprennent pas le choix d'Anna et Vincent. Durant un moment, même, Pierre et Claude sont persuadés qu'il s'agit d'une plaisanterie. Pourtant Vincent semble n'avoir jamais été si sérieux. Cette annonce sera le départ d'une soirée mouvementée au cœur de laquelle les esprits vont s'échauffer au point de faire resurgir de vieilles et tenaces rancœurs...


L'ouverture du film se fait sur les chapeaux de roues d'un scooter parcourant une capitale française, berceau d'une histoire pleine de tragédies. Un peu à la manière du Fabuleux Destin D'Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet, le film débute sur la présentation des personnages au travers d'une voix-off interprétée par Patrick Bruel. Le choix du prénom, après avoir été durant la première partie le centre de toutes les discussions, ne devient plus qu'un lointain prétexte pour développer ce qui fait la trame principale du récit. Comme une boule immense gardée durant de nombreuses années en travers de la gorge, chacun va en profiter pour dire ce qu'il a sur le cœur. Et le spectacle devient alors grandiose, même s'il se concentre majoritairement sur une seule pièce, le salon, véritable champ de bataille verbal. On ressent les origines du film qui s'inspire de la pièce éponyme mise en scène par les mêmes auteurs Alexandre de La Patellière (dont c'est ici la première œuvre cinématographique) et Matthieu Delaporte (réalisateur d'un premier film, La Jungle).

Patrick Bruel, Valérie Benguigui, Guillaume de Tonquelec et Judith El Zein reprennent le rôle qu'ils interprétaient sur scène. Quand à Charles Berling, il remplace Jean-Michel Dupuis dans celui de Pierre. Son personnage, vanté comme un homme pourvu d'un humour dévastateur ne fait plus le poids devant son ami Vincent qui ne loupe jamais une occasion de se montrer cynique. Claude (Guillaume de Tonquelec) est tromboniste dans un grand orchestre symphonique. Tendre et élégant, il est le pont entre Pierre et Vincent. Celui qui temporise, dans la mesure du possible les joutes verbales de ses deux amis. Valérie Benguigui, qui dans une grande partie du film reste relativement sobre se lâche littéralement vers la fin et démontre son éblouissant talent d'actrice.

On notera également la courte présence de Françoise Fabian qui illumina de sa présence de nombreux films ( Au Rendez-Vous De La Mort Joyeuse de Luis Bunuel, Salut L'Artiste de Yves Robert) dans le rôle de la mère d'Élisabeth et Vincent. Un Vincent interprété par le chanteur-acteur Patrick Bruel, comédien de talent découvert au cinéma en 1979 grâce au film d'Alexandre Arcady, Le Coup De Sirocco.

Le Prénom est une œuvre de qualité, aux dialogues et situations savoureux. On passe outre l'étroitesse du décor et l'on s'invite à ce diner qui n'a rien de con, qui provoque de grandes vagues d'hilarité et de petites touches d'émotion. A ranger aux côtés de Cuisine Et Dépendances, Un Air De Famille, ou bien encore Carnage.
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