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mercredi 11 août 2021

Robocop de Paul Verhoeven (1987) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

En 1987, année de sortie de Robocop, les concepts de cinéphilie et de cinéphagie m'échappaient totalement. Comme la présence de Paul Verhoeven au générique du film me laissait totalement indifférent. Goulu de science-fiction, d'horreur, d'épouvante et de gore, seules comptaient les images que les magasines spécialisés placardaient au beau milieu de leurs articles quelques mois avant que tel ou tel long-métrage ne sorte sur les écrans. À la sortie de la séance, cependant, le nom du réalisateur est demeuré ancré dans ma mémoire et je m'étais juré que s'il parvenait à renouveler l'expérience, j'en ferais l'un de mes réalisateurs préférés. Puis est sorti trois ans plus tard, un autre classique de la science-fiction. Total Recall avec Arnold Schwarzenegger. Quelques trente années et des poussières plus tard, c'est le même constat pour ces deux œuvres. Autant j'avais choisi de retourner les voir une seconde fois, autant aujourd'hui j'avoue avoir beaucoup plus de mal à supporter leur vision complète. Surtout Robocop qui en l'occurrence, je trouve, a relativement plus mal vieilli que Total Recall. Je sais combien il est risqué de s'attaquer à ce que d'aucun considère comme un joyau de la science-fiction des années quatre-vingt. Ce qui au demeurant peut se comprendre. Il est vrai qu'à l'époque, l’œuvre de Paul Verhoeven figurait l’alternative aux blockbusters d'aujourd'hui. Des effets-spéciaux admirables en leur temps et qui restent encore de nos jours fort appréciables. Une apparition remarquée du modèle ED209 en stop-motion (ou animation en volume), technique sublimée en son temps par LE spécialiste en la matière, l'américain Ray Harryhausen. Un peu d'animatronique lors de l'utilisation du bras robotisé qui bientôt va être greffé à la place de celui du héros incarné par l'acteur Peter Weller. Quelques plans gore particulièrement croustillants comme la séquence lors de laquelle l'officier Alex Murphy perd sa main droite ou mieux, lorsque l'un des vilains pas beaux en la personne d'Emil Antonowsky qu'interprète l'acteur Paul McCrane se met à fondre au contact de substances chimiques hautement corrosives. Et puis, bien entendu, il y a ce flic-robot. Robocop et sa cuirasse imperméable aux balles. Ce redresseur de torts qui, ahhhh les imprévus de la science, va se remémorer l'abominable meurtre dont il a été la victime et se lancer à la poursuite de ses bourreaux...


Une très belle brochette d'interprètes parmi lesquels les plus anciens reconnaîtront aisément au sommet, Ronny Cox, suivi de Kurtwood Smith, Ray Wise et auxquels on pourra même ajouter le toujours aussi fameux Miguel Ferrer même si celui-ci ne fait pas partie de la ''bande''. Murphy/Robocop est de ces super-héros crédibles, sans autres pouvoirs que sa protection qui empêche les balles de l'atteindre et une précision dans la visée qui n'a d'égale que sa capacité à percevoir le danger à travers les murs. La science-fiction est très rapidement mise de côté et Robocop n'est alors plus qu'un film d'action testostéroné empli de gunfights, d'explosions, de répliques savoureuses, mais qui au fond, manque cruellement de profondeur. La chose est d'ailleurs étrange si l'on tient compte du fait que dans mes souvenirs, cet aspect du film me semblait alors beaucoup plus marqué qu'il ne l'est en réalité. Et puis, c'est peut-être un détail, mais il y a des choses qui ne passent pas et rendent malheureusement l'ensemble quelque peu ringard. Comme lorsque Murphy se prend on ne sais combien de balles dans le corps avant de choir sur le sol, toujours en vie, attendant qu'un dernier projectile ne vienne se ficher dans sa tête et n'abrège des souffrances à peine exprimées à l'image. Invraisemblable ! À l'époque très grosse sensation, Robocop apparaît aujourd'hui terriblement désuet. Il n'y a guère que la tronche des méchants pour maintenir un certain intérêt ainsi que la vigueur de la mise en scène du réalisateur néerlandais. Absence totale de caractérisation, le décès de Murphy intervient si rapidement que l'on demeure indifférent à sa mort. Et lorsque l'échange entre la machine et la charmante Nancy Allen/l'officier Anne Lewis arrive enfin, il est malheureusement déjà trop tard...

 

jeudi 22 juillet 2021

Elle de Paul Verhoeven (2016) - ★★★★★★★★★★

 



Elle, c'est Isabelle Huppert. Qui porte si bien les troisième et quatrième syllabes de son prénom. Beauté froide.Presque aussi glaciale que l'eau d'une piscine en hiver mais parfois aussi brûlante que les braise d'un barbecue en plein été. Plus grande actrice de l'hexagone, elle vaut des dizaines de Sharon Stone et son interprétation de Michèle Leblanc, des centaines de Catherine Tramell, l'héroïne de Basic Instinct, ce fumeux long-métrage qui aux côtés de Elle me semble plus que jamais anecdotique. Lui, c'est Paul Verhoeven. Un cinéaste que l'on ne présente plus. Auteur d'innombrables chefs-d’œuvre, il a réalisé dernièrement l'une de ses plus grandes œuvres en compagnie de Virginie Efira, Charlotte Rampling, Lambert Wilson, Olivier Rabourdin ou Guilaine Londez pour les plus connus. Benedetta. Un énième coup de massue que certains considèrent déjà comme son meilleur film. Tout est histoire de goût ou de plaisir instantané. C'est bien là le dilemme avec le réalisateur néerlandais. À chaque fin de projection on croit avoir assisté au plus grand cru de son auteur. Sentiment que l'on partagera donc avec Elle, son avant-dernier long-métrage en date. On ne va pas revenir sur les habituelles outrances du réalisateur qui à vrai dire et au moins pour cette fois-ci n'est pas allé aussi loin que lors de certains tournages. Ici, l'immense Isabelle Huppert s'y désape moins que d'anciennes interprètes de Paul Verhoeven (dont l'une regretta amèrement d'avoir accepté de tourner pour lui dans Turkish Delice en 1973)...


Et pourtant, l'actrice y révèle un personnage en tout point ambigu. De ceux que l'on rencontre par exemple chez un autre très grand cinéaste cette fois-ci d'origine autrichienne, Michael Haneke. Et notamment pour son sublime La pianiste dans lequel, justement, Isabelle Huppert incarnait déjà l’héroïne du récit. Par la simplicité de ses quatre lettres, Elle résume le scénario à l'origine concocté par David Birke à partir du roman roman Oh… de Philippe Djian. Un mille-feuilles de malheurs et de souffrances infligés à une femme ''coupable'' d'être victime. ''Coupable'' d'être la fille d'un serial killer dont beaucoup ont oublié le visage mais pas les méfaits. Violée, on s'attend à ce que Michèle Leblanc découvre dans l'acte un plaisir sexuel déviant. On est quand même en terrain connu avec Paul Verhoeven. Sauf que, à trop vouloir précéder le récit, on se trompe totalement sur la teneur de celui-ci. Ou si peu. Accompagnée par des interprètes irréprochables parmi lesquels il serait impardonnable de ne pas citer au moins Laurent Lafitte, Anne Consigny, Charles Berling, Christian Berkel, Virginie Efira ou Jonas Bloquet, Isabelle y brille littéralement avec ce sens de la nuance qui n'appartient qu'à elle. Dirigée de main de maître par un réalisateur au sommet de son art, l'actrice française interprète une femme dont l'existence s'est construite à partir d'un fait divers sordide dont les répercussions sont multiples. Il peut parfois y avoir un plaisir coupable à suivre les aventures d'un personnage qui se détruit à petit feu de l'intérieur...

Ici, la douleur est intense ET inexorable. Comme si de mauvaises fées s'étaient penchées sur son berceau lorsqu'elle était encore qu'une tout jeune enfant pour lui glisser à l'oreille : ''Gamine, tu paieras pour les péchés à venir de ton père''.. Parfois terriblement malaisant tout en jouant constamment la carte de l'humour à froid et de l'horreur dans ce qu'elle peut avoir de réaliste, voire clinique, Elle explose les frontières entre fiction et réalité. Jonché de séquences inconfortables, Paul Verhoeven transforme sa sublime interprète en bête à foire sur laquelle le passé ressurgi même lorsqu'il n'est pas directement évoqué. Victime parfois cruelle, en perpétuelle conflit avec les membres du sexe opposé (Jonas Bloquet en fils ingérable à la limite de la psychopathie), Michèle est de ces individus que l'on n'arrive cependant jamais à détester. Plutôt victime que complice ou à l'origine d'actes délictueux. Sans jamais vraiment verser dans le cinéma d'horreur ou d'épouvante, dans l'érotisme le plus cru ou la romance la plus décomplexée, Elle est tout de même un peu tout ça et tellement plus. Un grand, très grand film...


lundi 19 juillet 2021

Benedetta de Paul Verhoeven (2021) - ★★★★★★★★★☆

 



La dernière fois que je suis entré dans une salle de cinéma pour y découvrir une œuvre signée du réalisateur néerlandais Paul Verhoeven, c’était il y a presque vingt ans. Et contrairement à beaucoup de critiques et de téléspectateurs, j’avais aimé sans pour autant avoir été totalement séduit par son Basic Instinct. Après que Benedetta m’ait été vendu comme un film parcouru de nombreuses séquences filmées à l’horizontale entre Virginie Efira et Daphné Patakia, j’avoue être entré dans la salle avec hésitation. Mais comme un Verhoeven sur grand écran ne se refuse pas, et comme seule la comédie Présidents le concurrençait en ce dimanche 18 juillet à 13h30 au cinéma CGR de Narbonne, c’est ainsi donc que ma compagne et moi avons opté pour l’adaptation de Sœur Benedetta, entre sainte et lesbienne de Judith C. Brown. Sans connaître ni l’ouvrage ni même la vie personnelle de cette religieuse catholique italienne du dix-septième)) siècle, le film intrigue. D’abord parce que l’on sait le réalisateur capable de belles et grandes reconstitutions. Ensuite parce que l’on ne peut douter un seul instant que Paul Verhoeven y intégrera tout ou partie des éléments qui constituent son œuvre...


Deux heures et quart après le début du récit, une chose est certaine. Showgirls est loin, très loin de ce Benedetta qui, comparé à certaines des œuvres les plus crues de son auteur s’avère parfois tout en retenue. Très peu de scènes de sexe, aussi osées pourront-elles paraître dans l’esprit de certains, un peu de violence, chose essentielle dans l’esprit du néerlandais, mais surtout, un film qui interroge beaucoup sur l’authenticité du personnage incarné par une Virginie Efira éblouissante. Entre mysticisme, hystérie et manipulation, Paul Verhoeven ne cesse de faire douter le spectateur. Soeur Benedetta est-elle une mystique que ses nombreuses visions semblent confirmer? Son cas relève-t-il de la psychiatrie? Ou plus simplement s’agirait-il de manipulation? Le film évoque même l’hypothèse d’une possession diabolique...


Dans un cadre qui rappelle de loin le cas des Sorcières de Loudin retranscrit il y a plusieurs décennies par le réalisateur Ken Russell à travers l’incroyable Les Diables, il règne au sein de Benedetta un réel climat d’hystérie. Reconstitution réussie d’une Italie rurale du dix-septième siècle en plein désarroi en raison d’une épidémie de peste. Verhoeven signe le portrait saisissant d’une église en proie à des démons de tous ordres. Entre cris de plaisirs, hurlements de douleur, tortures, foi et trahisons, Verhoeven égratigne l’église en imposant quelques visions qui n’appartiennent qu’à lui. Brillant jusque dans la moindre incarnation (les deux héroïnes sont superbes, Charlotte Rampling et Lambert Wilson formidables), les costumes et les décors sont dignes de ceux du Nom de la rose de Jean-Jacques Arnaud. Atout essentiel, la bande son d’Anne Dudley (Art of noise) est d’une très grande puissance. Pas un seul prix au festival de Cannes mais un grand moment de cinéma...

samedi 23 novembre 2019

Total Recall de Paul Verhoeven (1990) - ★★★★★★☆☆☆☆



Dans cet article, nous allons aborder l’œuvre de Paul Verhoeven et non la sombre merde sortie vingt-deux ans plus tard sous l'étiquette de ''remake''. On n'évoquera donc pas Total Recall Mémoires Programmées, la chose réalisée par Len Wiseman sortie l'année dernière qui me laissa autant d'impressions positives qu'un lendemain de cuite beaucoup trop arrosée mais bien celui que réalisa l'illustre néerlandais qui m'a toujours paru beaucoup plus intéressant hors science-fiction (même si j'apprécie encore son Robocop sorti en 1987 et vu à l'époque sur grand écran). Plus fan de Turks Fruit, de Soldaat Van Oranje, de Spetters ou de De Vierde Man que de Basic Instinct (que je n'arrive décidément pas à regarder jusqu'au bout) ou Starship Troopers (suis-je le seul à trouver ce film absolument indigeste?), j'ai une position ferme vis à vis des longs-métrages de science-fiction de Paul Verhoeven : Robocop, Total Recall et même Hollow Man sont du domaine du land art éphémère. Très bons sur le coup, mais très vite périssables.

Après avoir passé un très agréable moment à l'époque de sa sortie, je m'en souviens comme si c'était hier, revoir Total Recall aujourd'hui m'a laissé aussi froid que lorsque je pu redécouvrir Robocop. Est-ce une impression ou tout y transpire le factice ? Je veux bien que la science-fiction d'alors avait des contraintes qui n'existent plus aujourd'hui alors que les images de synthèses n'ont plus de secrets pour leurs concepteurs, mais le film de Paul Verhoeven m'a paru comme une interprétation sinon théâtrale du point de vue du jeu de ses acteurs, du moins au niveau des décors. C'est pourtant bien du pur Schwarzy que nous proposait là le cinéaste néerlandais. Pourtant, il me semble, que Terminator, Commando, Le Contrat ou Predator bien entendu vieillissent beaucoup mieux.

C'est d'autant plus dommage pour Total Recall qu'il véhicule des idées fondatrices que l'on retrouve désormais dans pas mal de dystopies cinématographiques. Même si le scénario de Ronald Shusett, Dan O'Bannon et Gary Goldman à partir de la nouvelle Souvenirs à Vendre de Philip K. Dick n'évoque pas le clonage, il demeure une certaine ressemblance entre les aventures vécues par Arnold Schwarzenegger qui incarne ici le double rôle de Douglas Quaid et Hauser avec certains longs-métrages qui évoquent la présence de clones prenant la place de leur ''double original'' dans la société. Sauf qu'ici, le point de vue est différent puisque Paul Verhoeven sème le trouble en invoquant les pratiques d'une société (Rekall) qui permet à ses clients d'obtenir de faux souvenirs. Et puisque le rêve de notre héros est ''d'aller faire un tour sur Mars'', pourquoi ne pas confier à cette société l'implant de souvenirs puisque sa compagne refuse, elle, d'y mettre les pieds ? Sauf que des conséquences imprévues vont se glisser dans cette machinerie a priori parfaitement huilée...

Total Recall reste certes, un bon film de science-fiction. Sans doute pas aussi mature qu'on aurait aimé (on est tout de même souvent plus proche du film d'action) mais reconnaissons-lui le pouvoir de nous tourner la tête avec cette histoire de double personnalité qui le range dans la catégorie des films paranoïaques. Deux ans avant le sulfureux Basic Instinct, Paul Verhoeven emploiyait ici une Sharon Stone pas du tout désagréable à regarder défiant de sa blondeur, la brune et tout aussi séduisante Rachel Ticotin. Dans le rôle du bon gros pourri, nous retrouvons l'acteur Ronny Cox sur lequel s'était déjà fait la main Paul Verhoeven trois ans auparavant avec Robocop. À ses côtés, le toujours excellent Michael Ironside en personnage beaucoup moins sympathique que le Ham Tyler de la mythique série de science-fiction V. On pourrait citer également toute une galerie de personnages secondaires dont des mutants aux maquillages très convaincants. D'abord entre les mains de David Cronenberg, c'est finalement au réalisateur néerlandais qu'échoue la difficile mission d'adapter la nouvelle de Philip K. Dick. Véritable phénomène à l'époque de sa sortie, Total Recall accuse, je trouve, le poids des années. La direction artistique de José Rodríguez Granada et James E. Tocci et les décors de William Sandell sonnent faux. Ceux de Venusville ressemblent à une galerie marchande et brillent parfois de couleurs outrageusement décalées avec le contexte plutôt noir du récit. Après, tout ceci n'est qu'une histoire de goût. Malgré tout, Total Recall demeure un classique de science-fiction/action à la gloire d'Arnold Schwarzenegger, bien meilleur que l'immonde remake réalisé des décennies plus tard...

vendredi 24 juin 2016

Le Quatrième Homme de Paul Verhoeven (1983)



Gerard Rève se rend à Flushing pour une conférence littéraire où il doit lire et répondre à des questions devant un parterre de fans. Alors qu'il s'apprête à prendre le train, il tombe devant un très beau jeune homme pour lequel il tombe sous le charme. Un fois à bord du train qui l'emporte vers Flushing, Gerard a des hallucinations mystiques effroyables. Homosexuel et alcoolique, cet écrivain chrétien convaincu, a de très fréquentes visions et fait quotidiennement des cauchemars mêlant la vierge Marie à des scènes particulièrement violentes.

Alors qu'il est enfin arrivé à destination, il est accueilli par le Dr de Vries, l'organisateur de la conférence et fait très vite la connaissance avec une jeune femme qui ne cesse de le filmer lors de la conférence. Une certaine Christine Halsslag, trésorière et veuve d'un riche et célèbre concepteur de produits d'entretiens capillaires et propriétaire d'un institut de beauté connu dans la région. Christine présente à Gerard l'hôtel dans lequel une chambre a été réservée pour l'écrivain. Situé à proximité du lieu de la conférence, Gerard constate avec effroi que la façade de l'établissement est exactement la même que celle de l'hôtel qu'il a entraperçu dans les visions qu'il a eu dans le train plus tôt dans la journée. L'auteur de romans refuse donc d'y dormir après la conférence et Christine lui propose de passer la nuit chez elle. Après réflexion Gerard accepte suit la jeune femme jusque chez elle. Là, le couple improvisé va passer la nuit dans le même lit, faisant l'amour et s'endormant jusqu'au lendemain matin...

Sixième long-métrage de Paul Verhoeven, Le Quatrième Homme fait partie de ces œuvres sulfureuses dont l'auteur de Basic Instinct s'est rendu coupable durant la partie néerlandaise de sa carrière. L'histoire même de ce film ressemble étrangement à celle qui verra Michael Douglas et Sharon Stone nouer une relation particulièrement ambiguë. Ici, ce sont Jeroen Krabbé (Gerard Rève) et Renée Soutendijk (Christine Halsslag), alors à l'époque égérie de Paul Verhoeven, qui sont les principaux interprétes d'une œuvre mêlant. Quasi-systématiquement cataloguée comme veuve noire dans la majorité des résumés disponibles sur la toile, la réputation que se fait de Christine l'écrivain et loin d'être une certitude. En effet, rien ne vient corroborer les soupçons de Gerard dont les tendances alcooliques provoquent chez cet homme des visions surréalistes particulièrement inquiétantes. Des tableaux d'ailleurs souvent stupéfiants où le sexe, même s'il n'est pas ouvertement reconnu, se mêle au sang et à la religion.

On n'en apprendra finalement pas grand chose sur la très énigmatique Christine, et surtout pas de la bouche de son autre amant, Hermann. Un homme fade, sans véritable charisme malgré un physique avantageux. Tout dans le générique du début de ce Quatrième Homme reflète le contenu du film dans lequel Paul Verhoeven nous invite à nous plonger. C'est même peut-être le seul indice du film qui puisse confirmer les doutes de ceux qui voient en Christine une veuve noire ayant tué ses trois précédents maris. Toujours est-il que derrière les incessantes questions que l'on se pose, on retient avant tout la virtuosité du cinéaste et l'extraordinaire interprétation de Jeroen Krabbé et Renée Soutendijk. Le Quatrième Homme demeure après sa vision et même après des décennies comme une œuvre mystico-religieuse et violente d'une puissance fantastique. L'un des meilleurs films du cinéaste durant sa période néerlandaise, le dernier puisqu'ensuite Paul Verhoeven ira tester ses talents de cinéastes au États-Unis avec un autre film de très grande qualité : La Chair Et Le Sang...

jeudi 23 juin 2016

Spetters de Paul Verhoeven (1980)



A Rotterdam, Rien, Hans et Eef rêvent d'ascension. Les deux premiers sont charpentiers et travaillent pour le compte du père de Hans tandis que Eef travaille, lui, comme garagiste. Tous les trois sont passionnés de moto-cross et supporters du champion hollandais de la discipline, Gerrit Witkamp (Rutger Hauer) que Rien espère pouvoir un jour affronter sur les pistes. Un jour, lors d'une compétition locale animée par le reporter Frans Henkhof, et alors que Rien vient de remporter la victoire, lui et ses deux compagnons font la connaissance de Fientje qui en compagnie de son frère tient une baraque à frites.
Mais la belle en a assez de vendre des croquettes et des saucisses et rêve d'aventure et d'argent. C'est ainsi qu'elle commence à voir de plus en plus Rien alors qu'il est lui-même fiancé à Maya, Fientje voyant une opportunité financière à fréquenter celui qui déjà est considérer comme un futur grand champion de moto-cross. Eef et Hans essaient de s'accaparer l'attention de Fientje mais celle-ci s'accroche à Rien au grand désarroi de Maya. La vendeuse de frites obtient auprès du reporter Frans Henkhof un contrat d'exclusivité qui rapporte une jolie somme d'argent à Rien qui, de plus, lui permet d'être sponsorisé par une grande marque de motos.

Au guidon de leur tout nouvel engin, Hans et lui partent sur les routes les essayer mais un drame survient : Rien est éjecté de la route par un conducteur de voiture imprudent et percute une borne en béton. Le voici désormais paralysé des deux jambes et incapable de se déplacer sans fauteuil roulant. Lors d'une visite à l’hôpital effectuée par Fientje, Rien demande à la jeune femme de ne plus venir le voir. Attristée, celle-ci n'en demeure pas moins convaincue qu'il lui faut changer de vie, quitte à aller voir ailleurs. Et pourquoi pas auprès de l'un des deux amis de Rien...
Pour son cinquième film de sa période hollandaise, le cinéaste Paul Verhoeven réalise un film coup de poing qui sous ses allures de chronique adolescente cache une œuvre parfois très crue(lle), cyniquement drôle (à titre d'exemple : à sa sortie de l’hôpital, Rien se voit offrir un fauteuil roulant, rappelant sa passion pour la moto), et très critique envers la religion et la famille.

« C'est une salope, comme les putains de Babylone... »

Dans une moindre mesure, l'actrice Renée Soutendijk, qui campera plus tard la veuve noir de De Vierde Man, s’immisce déjà dans la vie de nos personnages avec la ferme intention de les « sucer » jusqu'à la moelle. Elle vampirise en effet de ses atours les trois jeunes hommes (véritables gamins qui pour s'octroyer les faveurs de la belle n'hésitent pas à s'adonner à un concours de bites). Une putain comme éructé par le père bigot de Eef (Toon Agterberg) qui passera de l'un à l'autre sans la moindre moralité. Le père de Eef justement... Un être violent, qui prêche la bonne parole tout en battant son fils au grenier. Un fils qui sous la ceinture demeure aussi mou qu'un escargot et s'en prend avec virulence aux homosexuels. Spetters ne serait-il pas une œuvre homophobe et le personnage de Eef son reflet le plus radical ? A moins que ce comportement ne soit consécutif à une identité sexuelle mal assumée ?

Le film de Paul Verhoeven est donc particulièrement cru. Et même cruel. Cru parce qu'il n'hésite pas à montrer des pénis en gros plan, et notamment lors d'une fellation et d'un traumatisant viol homosexuel. Cruel parce qu'il s'attaque à trois jeunes gens, s'ils ne sont pas tout à fait irréprochables en fonction de l'angle que l'on décide de choisir ici, ne méritent sans doute pas le sort qui leur est destiné. Aux commandes du scénario, Gerard Soeteman, encore et toujours lui. La musique cette fois-ci a été confiée à Ton Scherpenzeel. Alors qu'il est sorti aux Pays-Bas en 1980, les spectateurs français ont dû patienter plus de vingt ans pour pouvoir officiellement le découvrir... Il s'agit ici de l'une des œuvres les plus radicales du cinéaste. A noter, la présence discrète du duo formé par Rutger Hauer et Jeroen Krabbe dans l'oeuvre précédente du cinéaste hollandais, Soldaat van Oranje. Spetters est un très bon film, l'avant dernier de sa période hollandaise...

mercredi 22 juin 2016

Soldaat van Oranje de Paul Verhoeven (1977)



Alors que la Seconde Guerre Mondiale va bientôt frapper aux portes de l'Europe, les étudiants Erik Lanshof, Guus Le Jeune, Nico, Alex, Jan et Robby font connaissance lors d'un traditionnel bizutage. Une amitié nait entre ces six jeunes hommes mais la guerre va bientôt changer leur existence. L'Allemagne nazie prend possession du territoire hollandais et Erik et ses amis doivent désormais choisir leur camp. Si certains ont pris la décision de servir leur pays en résistant à l'envahisseur, d'autres vont opter pour la collaboration.
Alors que les juifs sont chassés du pays et envoyés en Pologne où leurs chances de survie sont maigres, Erik offre à son ami Jan l'occasion de fuir vers l'Angleterre à bord d'un hydravion. Mais rien ne se passe comme prévu pour ce boxeur amateur qui est alors arrêté puis interrogé par la Gestapo.

Si Erik a choisit de servir son pays, aidé de son plus fidèle compagnon Guus, et d'Alex, Nico, lui, fils d'une mère allemande, choisit volontairement le camp adverse. Robby, accepte de collaborer avec les allemands non pas par choix mais par contrainte, sa fiancée Esther étant juive elle-même. Malgré les divergences de choix de ces six amis, leur amitié et leur complicité demeurera intacte. Jusqu'à un certain point...

Quatrième long-métrage du cinéaste Hollandais Paul Verhoeven, Soldaat van Oranje, n'est rien de moins qu'un très grand film. Un chef-d’œuvre qui aborde la Seconde Guerre Mondiale sous un angle de vue sensiblement différent puisqu'ici c'est la participation des Pays-Bas à l'événement qui est décrite. La photographie a cette fois-ci été confiée à l'allemand Jost Vacano, Jan de Bont quittant pour un temps le navire (il retrouvera Paul Verhoeven dès 1983 avec l'excellent De Vierde man). On retrouve aux commandes du scénario l'éternel Gerard Soeteman qui aux côtés du cinéaste adapte ici dans l'ouvrage autobiographique d'Erik Hazelhoff, Soldaat van Oranje '40-'45, le récit réel vécu par l'écrivain lui-même.

Le compositeur Rogier Van Oterloo est une fois de plus l'auteur de la superbe bande originale qui accompagne Soldaat van Oranje. Si Rutger Hauer est bien l'interprète principal (et magnifique) de cette œuvre judicieusement décrite comme un film de guerre épique, il ne faut surtout pas omettre l'interprétation des actrices et acteurs qui l'accompagnent. De Derek de Lint à Belinda Meuldijk en passant par Eddy Habbema, Lex Van Delden, Edward Fox, Susan Penhaligon ou Huib Rooymans, tous font un travail magnifique. Sans oublier évidemment l'acteur Jeroen Krabbé dont il s'agit ici de la toute première collaboration avec Paul Verhoeven (on le verra par la suite dans les très controversés Spetters et surtout dans le rôle principal de De Vierde Man). Le film coutera à la production environ cinq millions de florins mais demeurera le plus grand succès de l'année 1977 aux Pays-Bas puisqu'il fera plus d'un million et demi d'entrées dans son pays d'origine.

Après avoir foulé les territoires de la prostitution à travers une comédie grivoise et au travers d'un drame social ; après avoir sublimé une très belle histoire d'amour, Paul Verhoeven s'attaque donc pour la toute première fois à un chantier impressionnant. Un film de guerre, mais pas seulement. Un film sur l'amitié, la seule, la vraie, de celle qui ne se défait pas même lorsque des choix cruciaux font tout pour la mettre en péril. On y découvre ainsi toute l'horreur d'une guerre abominable. Tortures, interrogatoires, mais également collaboration, et fort heureusement, héroïsme, bravoure et témérité. Deux heures trente. Cent quarante minutes d'un bonheur exquis. De ces œuvres qui vous affublent d'une banane extraordinaire. Traité avec beaucoup de pudeur et interprété par d'immenses interprètes, Soldaat van Oranje sait distiller, au delà de l'action inhérente à ce genre d'ouvrage, une émotion véritablement palpable et un humour qui fait un bien immense. Soldaat van Oranje est une œuvre qui vit et respire. Derrière les agissements de l'occupant se cache également un profond message : l'homme dans toute sa splendeur et son humanité. Je le répète : Soldaat van Oranje est un très grand film, un chef-d’œuvre...

mardi 21 juin 2016

Keetje Tippel de Paul Verhoeven (1975)



Embarquée dans la soute d'un bateau en compagnie de ses parents et de ses frères et sœurs, la jeune Keetje Tippel et les siens ont quitté Frise pour les faubourgs d'Amsterdam où ils comptent bien réussir leur vie et devenir riche. Mais leur désillusion est grande lorsqu'ils constatent que la maison qui leur a été promise n'est qu'un taudis insalubre, investit par les rats et prenant l'eau les jours de pluie. Un type de l'assistance propose cependant au père de Keetje de travailler dans une écurie. Quant à Keetje, il lui offre un travail de teinturière mais les choses se compliquent lorsque la jeune femme s'en prend vivement à l'une de ses collègues dont elle enfonce le visage dans un bain d'acide. Elle est renvoyée sur le champ mais ne tarde pas à retrouver du travail auprès d'un chapelier.

Un jour, alors qu'elle et ses patrons partent vendre dans un orphelinat le fruit de leur labeur, Keetje y aperçoit sa jeune sœur Mina entièrement nue en compagnie d'autre femmes. Keetje comprend qu'elle n'a pas mis les pieds dans un orphelinat mais dans un bordel où travaille Mina. Invitée à proposer elle-même ses services auprès d'un vieux dégoûtant, Keetje met un pied dans le monde de la prostitution. Et comme la jeune femme en a marre de la précarité dans laquelle elle vit, elle va peu à peu plonger et faire des passes. C'est lors de l'une d'entre elles qu'elle fait la connaissance d'Hugo, un homme charmant et apparemment riche qui va la prendre sous sa coupe. Mais alors que Keetje rêve de grandeur, elle déchante très vite lorsqu'elle se rend compte que sa relation avec Hugo risque d'être éphémère...

Troisième long-métrage du cinéaste hollandais Paul Verhoeven, Keetje Tippel est aussi le premier en « costumes ». En effet, le récit se situe au dix-neuvième siècle dans un faubourg d'Amsterdam aux allures de Whitechapel. Des ruelles sombres, enfumées, et l'ombre de Keetje Tipper, jeune fille issue d'une famille pauvre qui voudrait s'en sortir. Pour ce troisième film, on retrouve le quintet de l’œuvre précédente, Turks Fruit. Aux côtés de Paul Verhoeven, le scénariste Gerard Soeteman, le photographe Jan de Bont, l'acteur Rutger Hauer et l'actrice Monique van de Ven dans le rôle de Keetje Tippel.

On est très vite embarqué dans ce biopic inspiré d'un ouvrage autobiographique de l'écrivain Neel Doff qui vécut elle-même dans une pauvreté extrême avant de s'en extraire en posant pour des peintres belges de renom. Paul Verhoeven décrit un faubourg crasseux, envahit par la vermine, contrastant étonnamment avec les quartiers marchands d'une ville où expansion et faillite cohabitent. Le travail remarquable de Jan de Bont (alors compagnon de l'actrice principale) donne lieu à des images parfois magnifiques. Alors que Paul Verhoeven s'apprête à tourner une fresque de très grande ampleur, le budget, pourtant très important pour l'époque l'oblige à revoir ses ambitions à la baisse. Il y décrit trois étapes dans l'existence de son héroïne. Tout d'abord la pauvreté, qu'elle est pour l'instant forcée d'accepter. Un famille nombreuse, une demeure qui tombe en ruine, parfois noyée sous les eaux (un chiot y mourra noyé), et surtout, une sœur, Mina, qui mène la vie dure aux siens, leur imposant tous ses caprices puisqu'elle est la seul à faire véritablement vivre sa famille en vendant son corps. Un contraste saisissant entre cette dernière, pas vraiment jolie, véritable garce (elle se torche les fesses à l'aide d'un ouvrage de Jules Verne appartenant à sa sœur) et Keetje, encore pure et vierge. Ensuite, c'est pour cette dernière, la découverte de la belle vie. Les jolies robes, la nourriture à volonté, mais aussi et surtout les désillusions. Ce qui l’amènera à choisir un camp mitoyen. Celui des révolutionnaires dont la voix gronde jusqu'à l'affrontement final. Elle quitte le confort des bras d'Hugo dont elle n'a pas grand chose à attendre de toute manière, et évite le retour vers les siens, et donc la pauvreté.

Dans son désir de s'accaparer une existence différente faite de dentelles et de cuillères en argent, la jeune Keetje Tippet dont la fortune demeure l'unique but (elle ne cesse d'en parler, même auprès de ses nouveaux « tuteurs » qui veillent sur son bien être) vampirise littéralement le seul qui peut encore la sortir de sa condition. Keetje Tippel est une belle réussite mais qui fait presque regretter que Paul Verhoeven n'ait pu aller au bout de ses ambitions. Comme pour Turks Fruit, c'est une fois encore le compositeur Rogier van Otterloo qui est aux commandes de la partition musicale. Quand au couple formé un instant par Rutger Hauer et Monique van de Ven, s'il est parfaitement interprété, il demeure bien différent de celui du film précédent dans lequel l'amour transpirait véritablement à chaque plan quant ici, l'intérêt prévaut sur les sentiments. Une belle réussite...

lundi 20 juin 2016

Turks Fruit de Paul Verhoeven (1973)



Deuxième long-métrage de la période hollandaise du cinéaste Paul Verhoeven, Turks Fruit est sans aucun doute l'un de ses plus réussis. Une histoire d'amour émouvante et fantasque évoquée de manière aussi forte, violente, passionnée et crue que l'aurait sans doute abordée le cinéaste d'origine polonaise Andrzej Zulawski. Un récit bouleversant magnifié par la musique de Rogier Van Oterloo. Paul Verhoeven et son scénariste attitré depuis ses débuts, Gerard Soeteman, rêvent depuis toujours d'adapter l’œuvre de l'un des plus grands écrivains hollandais d'après-guerre, Jan Wolkers.

Tout commence par un aperçu de l'existence au temps présent d'Eric Vonk, sculpteur génial, créatif, impulsif, mais également narcissique, dominateur, et comme l'affirmera plus tard celle qu'il aime à la folie, très égoïste. Pour comprendre ce qui l'a poussé à détruire tout ce qu'il a créé à l'image d'Olga, son épouse, son amante, et sa muse, à laisser pourrir ce dernier repas qu'il avait composé pour elle, laissant les vers investir la viande décomposée, à coucher avec toutes les femmes qu'il croise sans jamais ressentir la moindre empathie pour l'une ou l'autre, le cinéaste hollandais remonte le fil de l'histoire de ce couple hors norme.

D'un côté, donc, l'artiste Eric. De l'autre la jeune et jolie Olga. Fille d'un couple de propriétaires d'un magasin bourgeois. La rencontre entre les futurs amants, puis, les futurs mariés est à l'image de l'urgence dans laquelle ils vont vivre leur passion : alors même qu'il fait du stop, Olga prend à bord de sa voiture Eric qui n'est encore pour elle qu'un inconnu. Moins d'une demi-heure plus tard, il a déjà glissé sa main entre les jambes de la jeune femme naturellement rousse et lui a fait l'amour sur la banquette arrière. Moins d'une heure après, les voilà déjà tous deux victimes d'un accident de la route. Ensanglanté, Eric porte le corps sans vie d'Olga, elle aussi le visage et les habits recouvert de sang. Quelque part, ce mélange des fluides est le symbole d'une union qui promet d'être éternelle. Comme l'on échange son sang lors de rituels qui finalisent un pacte. Des symboles, le film en compte beaucoup, le premier faisant partie des plus marquant puisqu'au moment de connaître l'orgasme entre les cuisses d'Olga, Eric déclenche innocemment le liquide de nettoyage du pare-brise, donnant l'illusion de l'éjaculation qu'il est lui-même en train de vivre.

Turks Fruit est cru, oui, mais dans la passion. Il n'y a rien de véritablement dégueulasse dans cette œuvre dont l'aspect parfois graphiquement agressif en a incommodé certains lors de sa sortie. En parlant de fluides, le film semble avoir une prédispositions pour tous ceux qu'exsude le corps humain. Qu'il s'agisse de sang, de pisse, de merde, de sperme ou de vomi, tout y passe. Mais Paul Verhoeven ne se contente pas d'un message scatologique. Il en évite la radicalité en immisçant dans son histoire d'amour, des thématiques terrifiantes qui à l'image de la maladie et de l'amour achèvent de nous convaincre que l'on est bien là face à une œuvre complexe et non pas seulement devant une romance à l'eau de rose. Le personnage d'Olga apparaît d'abord quelque peu artificiel face à la personnalité d'Eric. Pourtant, au fil de l'aventure, on note une progression dans son comportement et sa personnalité. Des conflits intérieurs involontairement mis à nu par l’immature Eric qui apprend de la bouche de celle qu'il aime toute l'horreur des propos qu'a pu tenir la mère d'Olga lorsqu'il a fallut l'amputer d'un sein. Ou bien, pire encore, et alors qu'elle l'a abandonné pour un autre, on assiste au retour de la jeune femme, atteinte à son tour d'un mal incurable, de ceux qu'elle a tant redouté toute sa vie, épaulée jusqu'à la fin par un Eric toujours aussi follement amoureux de sa femme qu'elle que fussent les conséquence physiques et comportementales liées à la maladie. L'amour, le vrai...

Turks Fruit est loin du film vulgaire qu'il a l'air d'être. En réalité, il s'agit d'une magnifique histoire d'amour liant un homme et une femme jusqu'aux confins de la maladie et de la mort. Outre la présence de Gerard Soeteman en tant que scénariste, on retrouve de nouveau à la photographie, Jan de Bont, qui tomba sous le charme de l'actrice Monique van de Ven qui interprète Olga durant le tournage. Quant au personnage d'Eric, son interprète est l'acteur Hollandais Rutger Hauer qui après Turks Fruit participera ensuite à quatre autres longs-métrages de Paul Verhoeven...

dimanche 19 juin 2016

Wat Zien Ik !? de Paul Verhoeven (1971)



Habitant le même immeuble près de l'un des canaux entourant la ville d'Amsterdam, Greet et Nel se prostituent et acceptent de se plier aux exigences particulières de leurs clients. Tour à tour maîtresse de maison, institutrice, défunte, ou encore affublées toutes deux de plumes d'oiseaux, elles contentent un homme dans la peau d'un coq, un veuf cherchant pénitence au chevet du cadavre de son épouse, un élève indiscipliné ou un individu qui cherche l'extase dans la frayeur. Les deux prostituées se jouent de leurs clients qu'elles font payer le prix fort mais leur vie n'est pas aussi bien réglée qu'elles l'auraient voulu.

En effet, Nel vit avec Sjaak, un homme violent qui la frappe continuellement et qui lui réclame l'argent des passes. Sans boulot, il passe ses journées à la pêche. Greet elle, est célibataire. Mais alors qu'elle accueille un nouveau client, elle en tombe follement amoureuse. Paul, lui aussi tombe amoureux, mais il est marié. Ils se revoient, une fois, puis deux, jusqu'au jour où, après un récital, Paul annonce à Greet que sa femme est enceinte, ce qui met un terme à leur relation. Quant à Nel, elle quitte Sjaak sur les conseils de son amie et part pour une autre ville en compagnie de son nouvel amant Bobby...

Premier long-métrage de Paul Verhoeven, Wat Zien Ik !? est une comédie légère dominée par le thème de la prostitution. Une œuvre qui dans son impressionnante filmographie demeure dispensable quoiqu'il soit totalement judicieux d'en parler puisque déjà l'on y découvre ses penchants pour la sexualité débridée de ses personnages et l'opposition entre domination et asservissement. Le cinéaste tourne en ridicule les clients de Greet (Ronnie Bierman) et Nel (Sylvia de Leur) dont le fond de commerce est leurs formes généreuses et leur sens inné pour la mise en scène. Pourtant très porté sur la sexualité, Wat Zien Ik !? n'est cependant pas aussi cru qu'on aurait pu l'imaginer. Et c'est bien parce que l'on a affaire à une pure comédie que toute scène de nudité passe avec autant d'aisance à l'écran. Ses deux principales interprètes qui n'auraient pas dépareillé dans l'une ou l'autre des œuvres du mammaire Russ Meyer se révèlent attachantes et même parfois attendrissante.

A titre d'exemple, la scène durant laquelle Paul Verhoeven crée une rupture de ton assez violente entre le passage irrésistiblement drôle du récital et celui montrant un Paul annonçant à une Greet toujours aussi follement amoureuse qu'il doit la quitter, est assez poignante. Bien que de courte durée puisque Greet demeure par la suite telle qu'on l'a découverte. Dominatrice, manipulatrice (ne joue-t-elle pas effectivement l'émotion lors de la scène située dans le café, face à un Sjaak fou de douleur d'avoir perdu Nel?), Greet se ressaisit finalement assez vite pour retourner jouer auprès de ses clients.

Wat Zien Ik !? se veut également une critique de la société néerlandaise de l'époque, avec ses prostituées qui se vendent pour les plaisirs divers de clients en mal de libido. La scène du récital, encore elle, annonce clairement le fossé séparant la bourgeoisie de ces femmes de joie, incapable de se tenir correctement face à la bienséance. Trait volontairement appuyé par le cinéaste alors que la question demeure : Greet agit-elle ainsi par nature ou par rebellion envers une société qui ne la reconnaît pas toujours comme faisant partie des siens ? Le scénario est basé sur deux ouvrages d'Albert Mol, celui servant de titre au long-métrage ainsi que Haar Van Boven. Adapté par Gerard Soeteman qui suivra le cinéaste hollandais durant une bonne partie de sa carrière, Wat Zien Ik !? est photographié par le célèbre photographe Jan de Bont qui signa quelques quelques succès populaires en tant que réalisateur, Speed, Twister ou encore Lara Croft : Tomb Raider, le berceau de la vie, et signera la photographie de plusieurs autres long-métrages de Verhoeven et ce, jusqu'à son célèbre Basic Instinct en 1992 avec Sharon Stone dans le rôle principal...
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