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dimanche 17 septembre 2023

Les invincibles de Frédéric Berthe (2013) - ★★★★★☆☆☆☆☆




''René Martinez et sa belle gueule d'honnête homme'' dixit Edouard Baer dans le rôle de Stéphane Darcy, célèbre homme de médias qui décide d'organiser un tournoi de pétanque afin de revaloriser ce sport d'origine provençale. Si cette affirmation est vraie, alors cela voudrait-il dire qu'enfin l'acteur Daniel Prévost a bénéficié d'indulgence en incarnant pour une fois non pas le méchant de l'histoire mais l'un de ses bienfaiteurs ? Ne rêvons pas car derrière cette comédie légère principalement incarnée par Gérard Depardieux, Atmen Kelif et Virginie Efira, se cache les thématiques du racisme et de l'intégration dont son personnage sera l'un des principaux artisans. En effet, derrière ce long-métrage tournant autour d'une compétition de pétanque, des amourettes entre l'une de ses organisatrices (Virgnie Efira dans le rôle de Caroline Fernet) et un immigré algérien (Atmen Kelif dans celui de Moktar Boudali dit Momo) et des menaces proférées à l'encontre de son entraîneur et ami Jacky Camboulaze (Gérard Depardieu) par deux individus qu'il a financièrement arnaqué lors d'une partie truquée, le fond de ces invincibles repose sur le contexte du rejet des étrangers dont les seules valeurs semblent ici reposer sur leurs capacités sportives. Même si l'image est représentative d'une certaine France, la caricature demeure tout de même exagérée, voire très grossière. On pense effectivement à cette scène lors de laquelle, Moktar étant invariablement sur le banc de touche lors de chaque match du championnat, il se prend des injures racistes de la part de ses deux partenaires alors même que le public et les médias sont présents. Je veux bien que les dérapages existent, mais qu'ils soient livrés au grand jour de cette manière est une mauvaise habitude qui se fait tout de même très rare. Le long-métrage de Frédéric Berthe évoque également mais dans une moindre mesure le déracinement.


Un éventail d'à propos beaucoup trop succinct qui amènera même le personnage de Moktar à aller faire un tour dans son pays d'origine pour un trop court moment. Film sur le sport, l'amitié entre un français d'origine maghrébine et son entraîneur, Les invincibles repose sur une idée écrite par le réalisateur, l'acteur Atmen Kelif ainsi que Laurent Abitbol, Martin Guyot, Céline Guyot et Jean-Pierre Sinapi. Vue la légèreté du ton mais également de l'intrigue, on peut se demander ce que fut la plus value des différents intervenants à l'écriture du scénario tant le récit s'articule sur des sujets menés de manière simple et sans réelle originalité. Si le film de Frédéric Berthe s'inscrit effectivement dans le genre comique, Les invincibles fait, au mieux, sourire. Et comme si cela ne suffisait pas, au racisme vient s'ajouter un brin de sexisme dont va faire l'objet la délicieuse Virginie Efira dont on pardonnera aisément certaines ''figures'' imposées et qui dans cette comédie est mise sur le même plan que toutes les interprètes féminines habituées à jouer dans ce genre de métrages (la suite nous démontrera heureusement l'étendue de son talent d'actrice). Le long-métrage convoque opportunément certains interprètes secondaires sous-employés à l'image de Pascal Elbé, Michel Galabru ou Bruno Lochet. Des apparitions en forme de clins d’œil. Notons également la présence de Simon Abkarian dans le rôle de Nino Lorcy, l'un des pourris du film, personnage qui colle littéralement à la peau de l'acteur ou encore celle de  qui dans le rôle d'Isa interprète la compagne de Gérard Depardieu/Jacky Camboulaze. Résumant la plupart des sous-intrigues de manière relativement sommaire, Frédéric Berthe signe une comédie pas désagréable tournant autour d'un sujet plutôt original (celui du monde de la pétanque) sans pour autant s'y plonger scrupuleusement. Ceux qui adulent cette pratique sportive seront d'ailleurs peut-être déçus de constater que le réalisateur n'y attache au fond, pas tant d'importance que cela...

jeudi 22 juillet 2021

Elle de Paul Verhoeven (2016) - ★★★★★★★★★★

 



Elle, c'est Isabelle Huppert. Qui porte si bien les troisième et quatrième syllabes de son prénom. Beauté froide.Presque aussi glaciale que l'eau d'une piscine en hiver mais parfois aussi brûlante que les braise d'un barbecue en plein été. Plus grande actrice de l'hexagone, elle vaut des dizaines de Sharon Stone et son interprétation de Michèle Leblanc, des centaines de Catherine Tramell, l'héroïne de Basic Instinct, ce fumeux long-métrage qui aux côtés de Elle me semble plus que jamais anecdotique. Lui, c'est Paul Verhoeven. Un cinéaste que l'on ne présente plus. Auteur d'innombrables chefs-d’œuvre, il a réalisé dernièrement l'une de ses plus grandes œuvres en compagnie de Virginie Efira, Charlotte Rampling, Lambert Wilson, Olivier Rabourdin ou Guilaine Londez pour les plus connus. Benedetta. Un énième coup de massue que certains considèrent déjà comme son meilleur film. Tout est histoire de goût ou de plaisir instantané. C'est bien là le dilemme avec le réalisateur néerlandais. À chaque fin de projection on croit avoir assisté au plus grand cru de son auteur. Sentiment que l'on partagera donc avec Elle, son avant-dernier long-métrage en date. On ne va pas revenir sur les habituelles outrances du réalisateur qui à vrai dire et au moins pour cette fois-ci n'est pas allé aussi loin que lors de certains tournages. Ici, l'immense Isabelle Huppert s'y désape moins que d'anciennes interprètes de Paul Verhoeven (dont l'une regretta amèrement d'avoir accepté de tourner pour lui dans Turkish Delice en 1973)...


Et pourtant, l'actrice y révèle un personnage en tout point ambigu. De ceux que l'on rencontre par exemple chez un autre très grand cinéaste cette fois-ci d'origine autrichienne, Michael Haneke. Et notamment pour son sublime La pianiste dans lequel, justement, Isabelle Huppert incarnait déjà l’héroïne du récit. Par la simplicité de ses quatre lettres, Elle résume le scénario à l'origine concocté par David Birke à partir du roman roman Oh… de Philippe Djian. Un mille-feuilles de malheurs et de souffrances infligés à une femme ''coupable'' d'être victime. ''Coupable'' d'être la fille d'un serial killer dont beaucoup ont oublié le visage mais pas les méfaits. Violée, on s'attend à ce que Michèle Leblanc découvre dans l'acte un plaisir sexuel déviant. On est quand même en terrain connu avec Paul Verhoeven. Sauf que, à trop vouloir précéder le récit, on se trompe totalement sur la teneur de celui-ci. Ou si peu. Accompagnée par des interprètes irréprochables parmi lesquels il serait impardonnable de ne pas citer au moins Laurent Lafitte, Anne Consigny, Charles Berling, Christian Berkel, Virginie Efira ou Jonas Bloquet, Isabelle y brille littéralement avec ce sens de la nuance qui n'appartient qu'à elle. Dirigée de main de maître par un réalisateur au sommet de son art, l'actrice française interprète une femme dont l'existence s'est construite à partir d'un fait divers sordide dont les répercussions sont multiples. Il peut parfois y avoir un plaisir coupable à suivre les aventures d'un personnage qui se détruit à petit feu de l'intérieur...

Ici, la douleur est intense ET inexorable. Comme si de mauvaises fées s'étaient penchées sur son berceau lorsqu'elle était encore qu'une tout jeune enfant pour lui glisser à l'oreille : ''Gamine, tu paieras pour les péchés à venir de ton père''.. Parfois terriblement malaisant tout en jouant constamment la carte de l'humour à froid et de l'horreur dans ce qu'elle peut avoir de réaliste, voire clinique, Elle explose les frontières entre fiction et réalité. Jonché de séquences inconfortables, Paul Verhoeven transforme sa sublime interprète en bête à foire sur laquelle le passé ressurgi même lorsqu'il n'est pas directement évoqué. Victime parfois cruelle, en perpétuelle conflit avec les membres du sexe opposé (Jonas Bloquet en fils ingérable à la limite de la psychopathie), Michèle est de ces individus que l'on n'arrive cependant jamais à détester. Plutôt victime que complice ou à l'origine d'actes délictueux. Sans jamais vraiment verser dans le cinéma d'horreur ou d'épouvante, dans l'érotisme le plus cru ou la romance la plus décomplexée, Elle est tout de même un peu tout ça et tellement plus. Un grand, très grand film...


lundi 19 juillet 2021

Benedetta de Paul Verhoeven (2021) - ★★★★★★★★★☆

 



La dernière fois que je suis entré dans une salle de cinéma pour y découvrir une œuvre signée du réalisateur néerlandais Paul Verhoeven, c’était il y a presque vingt ans. Et contrairement à beaucoup de critiques et de téléspectateurs, j’avais aimé sans pour autant avoir été totalement séduit par son Basic Instinct. Après que Benedetta m’ait été vendu comme un film parcouru de nombreuses séquences filmées à l’horizontale entre Virginie Efira et Daphné Patakia, j’avoue être entré dans la salle avec hésitation. Mais comme un Verhoeven sur grand écran ne se refuse pas, et comme seule la comédie Présidents le concurrençait en ce dimanche 18 juillet à 13h30 au cinéma CGR de Narbonne, c’est ainsi donc que ma compagne et moi avons opté pour l’adaptation de Sœur Benedetta, entre sainte et lesbienne de Judith C. Brown. Sans connaître ni l’ouvrage ni même la vie personnelle de cette religieuse catholique italienne du dix-septième)) siècle, le film intrigue. D’abord parce que l’on sait le réalisateur capable de belles et grandes reconstitutions. Ensuite parce que l’on ne peut douter un seul instant que Paul Verhoeven y intégrera tout ou partie des éléments qui constituent son œuvre...


Deux heures et quart après le début du récit, une chose est certaine. Showgirls est loin, très loin de ce Benedetta qui, comparé à certaines des œuvres les plus crues de son auteur s’avère parfois tout en retenue. Très peu de scènes de sexe, aussi osées pourront-elles paraître dans l’esprit de certains, un peu de violence, chose essentielle dans l’esprit du néerlandais, mais surtout, un film qui interroge beaucoup sur l’authenticité du personnage incarné par une Virginie Efira éblouissante. Entre mysticisme, hystérie et manipulation, Paul Verhoeven ne cesse de faire douter le spectateur. Soeur Benedetta est-elle une mystique que ses nombreuses visions semblent confirmer? Son cas relève-t-il de la psychiatrie? Ou plus simplement s’agirait-il de manipulation? Le film évoque même l’hypothèse d’une possession diabolique...


Dans un cadre qui rappelle de loin le cas des Sorcières de Loudin retranscrit il y a plusieurs décennies par le réalisateur Ken Russell à travers l’incroyable Les Diables, il règne au sein de Benedetta un réel climat d’hystérie. Reconstitution réussie d’une Italie rurale du dix-septième siècle en plein désarroi en raison d’une épidémie de peste. Verhoeven signe le portrait saisissant d’une église en proie à des démons de tous ordres. Entre cris de plaisirs, hurlements de douleur, tortures, foi et trahisons, Verhoeven égratigne l’église en imposant quelques visions qui n’appartiennent qu’à lui. Brillant jusque dans la moindre incarnation (les deux héroïnes sont superbes, Charlotte Rampling et Lambert Wilson formidables), les costumes et les décors sont dignes de ceux du Nom de la rose de Jean-Jacques Arnaud. Atout essentiel, la bande son d’Anne Dudley (Art of noise) est d’une très grande puissance. Pas un seul prix au festival de Cannes mais un grand moment de cinéma...

mercredi 9 juin 2021

Adieu les cons d'Albert Dupontel (2020) - ★★★★★★★★★☆

 


 

Le retour dans les salles obscures s'est faite en douceur... et en couple... accompagné de ma chère et tendre, ensemble nous nous sommes rendus en salle 8 du Mega CGR de Narbonne pour y découvrir le dernier long-métrage du français Albert Dupontel. Dont le passage en salle fut aussi peu anecdotique que la misère culturelle qui nous a accompagné durant plus d'un. Parmi les dix-sept longs-métrages à l'affiche cette semaine, il ne nous a pas fallut réfléchir bien longtemps avant d'opter pour le dernier bébé de l'un des réalisateurs français les plus remarquables de son époque. Albert Dupontel qui depuis le début de sa carrière au cinéma en tant qu'auteur et interprète n'a jamais cessé d'évoluer sans pour autant renier son style. Alors, bien sûr, Adieu les cons n'est pas aussi trash que son Bernie de 1996 même s'il perdure ça et là quelques bribes de visions bien dans l'esprit de cet humoriste, acteur, réalisateur et scénariste qui n'a jamais mâché ses mots. Avec Au revoir là-haut sorti en 2017, Albert Dupontel mettait un sacré coup d’accélérateur en tant que metteur en images et conteur avec ce que l'on pouvait (ou pas d'ailleurs) considérer comme sa meilleure réussite. Un avis que peuvent toujours partager certains d'entre nous mais qui de mon opinion personnelle n'est plus tout à fait vrai depuis la découverte du dernier film d'Albert Dupontel. Si Adieu les cons n'est peut-être pas d'une recherche esthétique aussi bluffante que celle de son précédent film, l'acteur-réalisateur y met tellement d'amour pour ses personnages et ses interprètes qu'en matière d'émotion, c'est peut-être bien avec ce dernier long-métrage qu'Albert Dupontel atteint la quintessence d'un projet qui n'a semble-t-il pas débuté en cette année 2020 mais bien en 1993 lorsqu'il réalisa le court-métrage Désiré.


Il y a dans l’œuvre d'Albert Dupontel une unité de ton qui a su progresser en même temps que l'artiste lui-même. Car si au moins ses deux derniers longs-métrages paraissent avoir objectivement atteint une certaine maturité, il n'en demeure pas moins que le cinéma d'Albert Dupontel a su conserver une certaine naïveté, quel que soient les messages ou l'enrobage avec lesquels ils furent mis en scène et interprétés. D'ailleurs, l'héroïne Suze Trappet qu'interprète l'excellente Virginie Efira avec beaucoup de justesse et d'émotion n'est-elle pas le pendant féminin de Bernie Noël, le héros éponyme du premier long-métrage d'Albert Dupontel... ? Ce dernier nous raconte une histoire simple, avec des mots simples et universels. Tout cruel qu'il puisse être parfois fasse à certaines injustices dont on pouvait craindre qu'il n'insiste un peu trop en ''tapant'' systématiquement sur notre police nationale (formidable séquence d'ouverture entre Virginie Efira et Bouli Lanners), Albert Dupontel nous parle d'amour et avant tout de cela. Quelle que soit sa forme d'ailleurs. Le titre lui-même cache beaucoup de significations, lesquelles sont décrites tout au long des rencontres que font notre héroïne et le réalisateur lui-même qui s'offre ici le rôle de Jean-Baptiste Cuchas.


Adieu les cons a tout pour plaire et plaira donc forcément à tout le monde. À celles et ceux qui vénèrent tout d'abord le Albert Dupontel culte de Bernie et son versant trash (le réalisateur saupoudre en effet son dernier long-métrage de quelques sages irrévérences) ainsi que le public des familles qui part au cinéma non pas seul ni en couple mais avec la marmaille. Car il y a de quoi rire mais aussi surtout, de quoi pleurer. Cette émotion vivace et... tenace qui persiste juste à l'évocation de certaines séquences. L'occasion d'évoquer la très belle partition musicale de Christophe Julien qui adhère parfaitement aux séquences les plus drôles ou les plus tragiques. Débordant de génie et d'un savoir-faire qui transpire à chaque plan, Albert Dupontel intègre certains de ses sujets en prenant comme option une méthode de filmage tout à fait originale. On pense notamment à cette magnifique et bouleversante séquence, pleine d'une tragique poésie, lors de laquelle l'héroïne est en voiture, accompagnée d'un archiviste aveugle (tout l'humour noir d'Albert Dupontel étant concentré dans cette seule évocation), lequel se souvient d'un quartier qu'il a bien connu en son temps et qui reflété sur le pare-brise, témoigne du changement et de l'écoulement du temps. Imparable ! À noter, d'ailleurs, l'excellente performance de l'acteur Nicolas Marié, aussi drôle, tendre et touchant dans le dit rôle de l'archiviste traumatisé par la police, Serge Blin. Tout comme celle de Jackie Berroyer auquel Albert Dupontel offre sans doute le rôle de sa carrière dans celui du Docteur Lint, un homme atteint de la maladie d'Alzheimer. Adieu les cons dresse le portrait de personnages parfois pittoresques et cependant si proches de nous. Plein de fantaisie, de répliques amusantes et de séquences réellement poignantes, Albert Dupontel, ses interprètes et Adieu les cons prouvent que le cinéma français n'a absolument pas perdu de son prestige. Loin de là....

 

dimanche 24 février 2019

Le Grand Bain de Gilles Lellouche (2018) - ★★★★★★★★☆☆




Un prix, un seul pour Le Grand Bain de Gilles Lellouche aux Césars. Alors, bien entendu, je n'ai pas vu le Shéhérazade de Jean-Bernard Marlin, le Jusqu'à la Garde de Xavier Legrand ou Les Frères Sisters de Jacques Audiard, mais à part ce dernier, la cérémonie des Césars semble s'être définitivement tournée vers une forme d’œuvre caritative mettant en avant les critiques sociales avant le divertissement. Entre un divorce qui se déroule dans des conditions délicates et la rencontre entre une jeune fille des quartiers populaires de Marseille et un ex-taulard de 17 ans, on aurait peut-être aimé que la divine comédie dramatique de Gilles Lelouche reparte avec davantage de statuettes que la seule offerte au savoureux Philippe Katerine (meilleur acteur dans un second rôle).
Les petits maux de chacun semblent avoir en effet beaucoup moins touché le jury. Des affres humaines qui touchent pourtant des millions d'âmes dans l'hexagone et plus encore de part le monde et à laquelle le réalisateur parfois sous-évalué (Narco est bien meilleur que certains l'affirment) Gilles Lellouche apporte une solution originale.

C'est dans le grand bain d'une piscine municipale que Bertrand, Laurent, Marcus, Simon, Thierry, Basile, Avanish, et plus tard John, vont retrouver le goût de vivre. Tous plus ou moins dépressifs ou en passe de le devenir, ils vont tous ensemble, sous l'impulsion de l'ancienne nageuse Delphine, former la première équipe de natation synchronisée masculine de France. Raillés par leurs collègues de travail respectifs, par certains de leurs amis, et même par l'équipe de water-polo masculine, les sept membres de l'équipe vont découvrir bientôt que cette discipline habituellement réservée aux femmes possède son propre championnat du monde situé en Norvège. C'est d'abord avec l'aide de Delphine, puis plus tard de l’entraîneuse paraplégique de l'équipe de water-polo, Amanda, que les sept hommes vont s'entraîner d'arrache-pied afin de monter jusqu'en Norvège et ainsi participer au championnat du monde de natation synchronisée masculine...

Je l'évoquais déjà l'année dernière : parmi les innombrables déceptions que le cinéma comique français produit chaque années, quelques long-métrages parvinrent à s'extraire du lot. En 2018, nous avions notamment eu droit aux excellents Le Retour du Héros de Laurent Tirard, à Tout le Monde Debout de Frank Dubosc, ou encore au Brillantissime de Michèle Laroque (pour ce dernier, évidemment, JE PLAI-SAN-TE... quoique, certains semblent avoir MIRACULEUSEMENT aimé cette abominable engeance). Et puis donc, ce Grand Bain, bébé presque exclusif d'un Gilles Lellouche qui n'y participera pas en tant qu'acteur mais qui sera non seulement derrière la caméra, mais également derrière l'écriture du scénario (assisté de Ahmed Hamidi et Julien Lambroschini) et des dialogues.

Le Grand Bain, c'est le genre de film qui vous met la banane, vous donne la pêche. On s'y fend la poire, sans se prendre le melon et sans avoir honte de rougir comme une tomate devant l'émotion que le réalisateur a ajouté à cette merveilleuse comédie qui tort le coup à toutes ces mauvaises pensées qui trahissent parfois notre bien-être. L’œuvre de Gilles Lellouche est un régime alimentaire à destination de l'âme. Après avoir vu Matthieu Amalric (le chômeur dépressif puis vendeur de meubles), Guillaume Canet (le directeur d'une aciérie et fils d'une mère sénile), Philippe Katerine (employé à la piscine municipale), Benoît Poelvoorde (le pisciniste), Jean-Hugues Anglade (le musicien raté) et les autres s'engueuler, partager leurs angoisses, un pétard, leurs espoirs et enfin la victoire, l'espoir renaît. Mieux qu'un anti-dépresseur, qu'une batterie de calmants, que l'alcool ou la drogue, le film est un bain de jouvence dans lequel des acteurs venus de bords différents forment un groupe soudé et convaincant.

Parmi lesquels on n'oubliera pas de noter la présence féminine de Virginie Efira, dans le rôle de Delphine, et de Leïla Bekhti dans celui d'Amanda. Le Grand Bain est drôle, original, ponctué de quelques savoureux échanges verbaux (Claire/Marina Foïs réglant ses comptes avec sa sœur Clem/Mélanie Doutey entre les rayons d'un supermarché), mais aussi, parfois, très émouvant (Delphine témoignant de son expérience douloureuse). On n'oubliera pas non plus la présence de l'increvable Claire Nadeau dans le rôle (plus amusant que dramatique) de la mère sénile de Laurent/Guillaume Canet.  Deux heures (ou presque) de Cinéma...

dimanche 4 septembre 2016

Un Homme à la Hauteur de Laurent Tirard (2016)



Des longs-métrages qui opposent deux êtres d'un point de vue religieux ou ethnique, il en existe déjà beaucoup. Lorsqu'a débarqué dans les médias la bande-annonce d'Un Homme à la Hauteur, on pouvait supposer que le film serait drôle et parfois touchant. On pouvait surtout imaginer par avance le contenu de certaines scènes, comme l'anatole en musique, il semblerait que dans ce genre de fiction, certains principes soient immuables. Ici, le regard des autres, les inconnus (qui forment en générale la majorité) et celui, beaucoup plus préoccupant, des proches, amis et familles compris. Un sentiment de honte, d'incertitude et de reproches ici parfaitement décrits. Un amour impossible que vont pourtant tenter de braver nos deux héros.
D'un côté, la superbe blonde à talons aiguilles et tailleur, Diane. Avocate, divorcée de Bruno avec lequel elle est associée. De l'autre, Alexandre, le talentueux architecte, lui-même divorcé, père de Benji, et riche d'un caractère bien trempé et d'un irrésistible humour. A moins qu'il ne s'agisse d'une façade. Car Alexandre a la particularité de ne mesurer qu'un mètre trente-six. Un « PETIT » défaut qui peut, ou pas, nuire à celui qui en est victime.

Même s'il arrive au cinéaste Laurent Tirard d'exploiter le côté néfaste de notre humanité à travers le regard moqueur de certains individus, il a l'excellente idée de ne pas trop s'y engluer. Bien sûr, certains passages font mal et révèlent toute la cruauté dont l'homme est capable, mais l'essentiel tient dans la relation entre Diane et Alexandre. Jean Dujardin campe merveilleusement bien le rôle de ce petit homme qui a tout réussi dans son existence ou presque.

Alexandre demeure évidemment le personnage central de cette aventure. Pas simplement à cause de sa taille, mais parce que les effets-spéciaux qu'il a fallut mettre en place durant la totalité du film sont remarquables. Lorsque l'on se penche un peu sur la technique employée, on se rend très vite compte que certains effets, à peine perceptibles n'ont pas eu besoin de recourir à des moyens financiers exigeants. Pour exemple, certains plans resserrés montrant Alexandre auprès d'autres personnages, il suffisait à Jean Dujardin de se mettre à genoux. Le vrai grand œuvre en matière d'effets-spéciaux demeurant alors sur la différence de perspective ou la construction de différents niveaux dans une seule et même pièce afin de rendre réel la différence de taille entre Alexandre et les autres. On devine également la mise en place de fonds verts, certains plans ne pouvant s'expliquer autrement.

Jean Dujardin et Virginie Efira sont tout deux émouvants, drôles et surtout très impliqués dans leur personnage. On passe facilement des rires aux larmes dans un vas et viens incessant. Les seconds rôles sont tout aussi importants. De l'associé et ex-mari Bruno (Cédric Kahn) à l'assistante (Stéphanie Papanian qui campe une Coralie brut de décoffrage, ne mâchant pas ses mots tout en faisant preuve parfois de clairvoyance et d'humanité), jusqu'à la mère de Diane (Manöelle Gaillard, excellente) ou le jeune et beau César Domboy qui interprète le rôle de Benji. Les dialogues sont intelligents, et malgré ce que peuvent penser certains, le sujet n'a rien de rocambolesque et peut très bien s'inscrire dans une réalité quotidienne. Un Homme à la Hauteur est une très belle comédie romantique, émouvante, parsemée parfois d'éclairs de génie (Alexandre pénétrant l'intérieur d'une maquette, devenant ainsi plus grand que quiconque dans son costume d'architecte), et très bien écrite. A découvrir de toute urgence...


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