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dimanche 17 septembre 2023

Les invincibles de Frédéric Berthe (2013) - ★★★★★☆☆☆☆☆




''René Martinez et sa belle gueule d'honnête homme'' dixit Edouard Baer dans le rôle de Stéphane Darcy, célèbre homme de médias qui décide d'organiser un tournoi de pétanque afin de revaloriser ce sport d'origine provençale. Si cette affirmation est vraie, alors cela voudrait-il dire qu'enfin l'acteur Daniel Prévost a bénéficié d'indulgence en incarnant pour une fois non pas le méchant de l'histoire mais l'un de ses bienfaiteurs ? Ne rêvons pas car derrière cette comédie légère principalement incarnée par Gérard Depardieux, Atmen Kelif et Virginie Efira, se cache les thématiques du racisme et de l'intégration dont son personnage sera l'un des principaux artisans. En effet, derrière ce long-métrage tournant autour d'une compétition de pétanque, des amourettes entre l'une de ses organisatrices (Virgnie Efira dans le rôle de Caroline Fernet) et un immigré algérien (Atmen Kelif dans celui de Moktar Boudali dit Momo) et des menaces proférées à l'encontre de son entraîneur et ami Jacky Camboulaze (Gérard Depardieu) par deux individus qu'il a financièrement arnaqué lors d'une partie truquée, le fond de ces invincibles repose sur le contexte du rejet des étrangers dont les seules valeurs semblent ici reposer sur leurs capacités sportives. Même si l'image est représentative d'une certaine France, la caricature demeure tout de même exagérée, voire très grossière. On pense effectivement à cette scène lors de laquelle, Moktar étant invariablement sur le banc de touche lors de chaque match du championnat, il se prend des injures racistes de la part de ses deux partenaires alors même que le public et les médias sont présents. Je veux bien que les dérapages existent, mais qu'ils soient livrés au grand jour de cette manière est une mauvaise habitude qui se fait tout de même très rare. Le long-métrage de Frédéric Berthe évoque également mais dans une moindre mesure le déracinement.


Un éventail d'à propos beaucoup trop succinct qui amènera même le personnage de Moktar à aller faire un tour dans son pays d'origine pour un trop court moment. Film sur le sport, l'amitié entre un français d'origine maghrébine et son entraîneur, Les invincibles repose sur une idée écrite par le réalisateur, l'acteur Atmen Kelif ainsi que Laurent Abitbol, Martin Guyot, Céline Guyot et Jean-Pierre Sinapi. Vue la légèreté du ton mais également de l'intrigue, on peut se demander ce que fut la plus value des différents intervenants à l'écriture du scénario tant le récit s'articule sur des sujets menés de manière simple et sans réelle originalité. Si le film de Frédéric Berthe s'inscrit effectivement dans le genre comique, Les invincibles fait, au mieux, sourire. Et comme si cela ne suffisait pas, au racisme vient s'ajouter un brin de sexisme dont va faire l'objet la délicieuse Virginie Efira dont on pardonnera aisément certaines ''figures'' imposées et qui dans cette comédie est mise sur le même plan que toutes les interprètes féminines habituées à jouer dans ce genre de métrages (la suite nous démontrera heureusement l'étendue de son talent d'actrice). Le long-métrage convoque opportunément certains interprètes secondaires sous-employés à l'image de Pascal Elbé, Michel Galabru ou Bruno Lochet. Des apparitions en forme de clins d’œil. Notons également la présence de Simon Abkarian dans le rôle de Nino Lorcy, l'un des pourris du film, personnage qui colle littéralement à la peau de l'acteur ou encore celle de  qui dans le rôle d'Isa interprète la compagne de Gérard Depardieu/Jacky Camboulaze. Résumant la plupart des sous-intrigues de manière relativement sommaire, Frédéric Berthe signe une comédie pas désagréable tournant autour d'un sujet plutôt original (celui du monde de la pétanque) sans pour autant s'y plonger scrupuleusement. Ceux qui adulent cette pratique sportive seront d'ailleurs peut-être déçus de constater que le réalisateur n'y attache au fond, pas tant d'importance que cela...

vendredi 18 août 2023

Quand tu seras grand d'Andréa Bescond et Éric Métayer (2023) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Janvier 2023. Le premier long-métrage de la réalisatrice française Sophie Boudre sort sur les écrans. Il s'intitule Un petit Miracle et, comme je l'indiquais il y a quelques mois dans un article qui lui était consacré, le film n'était pas franchement fou ni réellement original. Après les œuvres portant sur des sports collectifs intégrant des catégories d'individus dits ''minoritairement représentés'' (homosexuels, déficients mentaux, etc...), l'un des concepts dont se sont emparés certains scénaristes et réalisateurs porte désormais sur les maisons de retraite, les Ehpads ainsi que sur leur résidents. Pourquoi pas. Nos vieux ont eux aussi droit à leur moment de gloire. Sophie Boudre et ses deux scénaristes Sarah Kaminsky et Julie Manoukian imaginaient une classe de jeunes élèves intégrant les locaux d'une maison de retraite après que l'école du village soit partie en fumée. Une cohabitation forcée entre ses résidents et de jeunes têtes blondes pas vraiment convaincante ! Les grands (et les petits) esprits se rencontrant parfois ponctuellement sur grand écran, Andréa Bescond et Éric Métayer voient leur second projet en commun sortir dans les salles obscures trois mois plus tard. Écrit et réalisé par le duo de metteurs en scène, scénaristes et comédiens, Quand tu seras grand aurait tout l'air de s'être inspiré du long-métrage de Sophie Boudre s'il ne s'agissait pas d'une pure coïncidence. Car en effet, le récit situe une nouvelle fois son action dans une maison de retraite dont les pensionnaires vont devoir partager le réfectoire avec une classe d'élèves dont certains vont s'avérer particulièrement agités. Autant dire que d'emblée, à la lecture du synopsis, on n'a pas trop envie de se plonger dans ces aventures principalement interprétées par Vincent Macaigne et Aïssa Maïga. Si c'est pour se retaper pour la seconde fois une histoire de cohabitation entre les pensionnaires d'une maison de retraite et des gamins pour tout à fait disciplinés, non merci. Et pourtant, les nombreux défauts qui empêchèrent Un petit Miracle de devenir l'une des meilleures comédies de ce début d'année semble avoir totalement échappé au long-métrage de Andréa Bescond et Éric Métayer. Tout ne semblait cependant pas gagné d'avance. Bien que Vincent Macaigne dans le rôle de l'interne Yannick et Aïssa Maïga dans celui de l'animatrice Aude fassent le taf, il manque tout d'abord à Quand tu seras grand, cette touche d'originalité que ne parvient même pas à contrebalancer l'énergie déployée par l'un et l'autre.


Sans mauvais jeu de mots (parce qu'il ne faudrait pas systématiquement penser qu'un film avec des ''vieux'' sent forcément le formol), le film souffre de rhumatismes scénaristiques qui nuisent tout d'abord au bon cheminement du récit. Comprendre par là que parmi les spectateurs, certains des moins patients risquent de couper court à l'aventure bien avant que le véritable intérêt de l'histoire ne s'y exprime enfin. Car, allez savoir pourquoi, ce qui jusque là ne semblait être que l'observation des dégradations d'un lieu de vie regroupant nos aînés et l'affrontement de l'un de ses employés avec une animatrice au fort caractère se mue en une toute autre histoire. La présence du jeune Kristen Billon dans le rôle de Brieuc n'y étant pas tout à fait étrangère, ce jeune ''rebelle'' d'une dizaine d'années, amateur de skateboard mais pas de discipline va être au centre d'un récit profondément émouvant touchant principalement l'un des résidents de la maison de retraite prénommé Yvon. Un rôle remarquablement interprété par Christian Sinniger dont le nom est certainement moins connu que la trogne mais auquel le film semble rendre hommage en lui offrant un rôle dur et poignant. Le déroulement de Quand tu seras grand s'avère donc étonnant. Comme si ses auteurs s'étaient rendus compte en cours de route que leur scénario ne tenait pas vraiment la route ou ne reposait que sur de fragiles acquis. On sourit tout d'abord à peine devant des scènes qui même parfois sont malaisantes à force de montrer l'état des lieux ou l'abandon des pensionnaires par leur propre famille. Ne parlons même pas des moyens dérisoires mis entre les mains des employés. Le sujet est survolé grâce à un Vincent Macaigne qui agit comme une véritable boule d'énergie mais n'est jamais réellement approfondi. L'arrivée de Christian Sinniger et du jeune Kristen Billon va changer la donne et transformer cette comédie sociale au départ tout à fait anodine en un concentré d'émotions qui mettent en valeur l'écriture et la sensibilité des auteurs et de leurs interprètes. Nous pensions tomber sur une comédie, nous avons eu à ,faire avec un drame larmoyant dans ce que le terme peut avoir de moins péjoratif ! Si Vincent Macaigne et Aïssa Maïga forment un duo amusant, voire attachant, Christian Sinniger et Kristen Billon (sans oublier Evelyne Istria qui dans le rôle de Gigi incarne une compagne hémiplégique d'Yvon plus vraie que nature) campent un tandem attendrissant et même, parfois, bouleversant...

 

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