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samedi 7 octobre 2023

Acide de Just Philippot (2023) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

L'aventure du projet Acide débute véritablement vers le milieu de la décennie précédente en 2017 lorsque dans le cadre de la collection Canal+, ''Écrire pour le cinéma de genre/fantastique'', le réalisateur français Just Philippot réalise un court-métrage catastrophe dans lequel un nuage chargé en acide avance inexorablement en détruisant tout sur son passage. Métaux, roches, végétation et organismes vivants en tous genres subissent les assauts implacables d'une pluie qui brûle, dissout et reconfigure d'une manière générale l'environnement ainsi que le comportement des humains. Just Philippot condense et observe en un peu plus de dix-sept minutes les conséquences de la catastrophe sur l'attitude des survivants. Chasse gardée des zones protégées et surtout, la tentative de survie d'un couple (Maud Wyler et Sofian Khammes) et de leur jeune fils (Antoine Chaussoy) face au nuage menaçant qui avance vers eux. Situant l'action dans la campagne française, Acide, le court-métrage est d'une efficacité redoutable et même parfois, réellement cruel (le père sacrifiant sa propre existence pour que survivent les siens). Trois ans plus tard, le réalisateur réinvestit les territoires du film catastrophe environnemental avec son premier film cinéma intitulé La nuée, œuvre sympathique mais non dénuée d'un certain nombre de défauts. Il faudra attendre trois années supplémentaires pour que le projet de long-métrage portant sur le même sujet que le court Acide voit le jour. Pourtant, l'adaptation cinématographique de ce projet dépassant à peine le quart-d'heure est déjà bien là, dans la tête de son auteur depuis au moins quatre ans. Les conséquences étant ce qu'elles sont à l'issue du court-métrage dont la conclusion s'était montrée on ne peut plus pessimiste, les personnages et par là-même leurs interprètes respectifs changent du tout au tout. Le trio de protagonistes du court disparaissent donc au profit de Guillaume Canet, Laetitia Dosch, Patience Munchenbach ou encore Suliane Brahim.


Bénéficiant d'un budget riquiqui évalué à un peu moins de douze millions d'euros, le long-métrage Acide voit officiellement le jour sur grand écran dans notre pays le 20 septembre dernier, soit quatre mois après avoir fait ses premiers pas lors du festival de Cannes dans la catégorie Séances de minuit ! Après avoir récemment subit le naufrage artistique que représente Astérix – l'empire du milieu, voici que son réalisateur et l'un de ses principaux interprètes Guillaume Canet refait surface dans le rôle principal de Michal. Un père de famille, divorcé d’Élise (Laetitia Dosch), laquelle donna naissance quinze ans auparavant à Selma (Patience Munchenbach). Production franco-belge notamment produite par Pathé Films, France 3 cinéma ou encore Umedia (pour la Belgique), Acide subit les conséquences d'une durée beaucoup plus importante que le court-métrage qui n'avait pas pris le temps... de prendre son temps et allait droit au but. L'un et l'autre connaissent donc bien des différences. À commencer par le format qui passe du 4/3 au cinémascope. Contrairement au court, il y a désormais un début, un milieu et une (pseudo)fin. Sous couvert d'une situation sociale et environnementale difficiles bénéficiant d'une actualité des plus prolixe, Just Philippot s'engouffre tout d'abord dans une brèche dont la spécificité fait le beurre de certains partis. Les violences policières sont donc ici effectivement décrites comme une réalité ! Passage forcé pour les uns ou inutile (et de mauvais goût) pour les autres, mais que voulez-vous, certains se sentent sans doute investis d'un pouvoir de régulation morale que votre serviteur ne partage absolument pas. Représentation d'une famille décomposée entre père sous bracelet électronique et fille en mode électron libre à tendance ''chieuse'' (signe d'une hérédité plus ou moins assumée), Just Philippot œuvre donc dans le social et transforme un assigné à résidence en figure paternelle héroïque. Lequel trouve malgré tout le temps de se battre verbalement en duel avec son ex alors que dehors le fléau acide étend son réseau sur l'hémisphère nord. Avec ses (presque) douze millions d'euros, Acide ne peut ensuite compter que sur le talent de ses différents artisans.


Comme ceux en charge des effets-spéciaux. Sobres et discrets. Gros nuages menaçants, fumerolles, flaques et rivières d'acide sulfurique, chevaux fuyant le fléau climatique, pont menaçant de s'effondrer, tentative d'exode vers des lieux plus sûrs, rien que de très commun nourri par un soucis d'économie qui se voit pourtant à peine à l'écran. De ce point de vue là, le film fait remarquablement bien son travail. Un climat de tension qui diffère de celui préconisé au départ par le récit au sein des milieux professionnels et privés que partagent nos trois principaux protagonistes, grimpant ensuite d'un cran grâce, en outre, à la partition musicale du compositeur français Robin Coudert qui en 2012 fut notamment l'auteur de celle du Maniac de Frank Khalfoun (remake du film culte éponyme du réalisateur américain William Lustig). Si les moyens financiers ne sont pas mirobolants, ils s'avèrent cependant beaucoup plus conséquents que ceux qui furent alloués au court-métrage. D'où une densité d'action qui se démarque très nettement de l'original même de part sa durée, Acide contient quelques passages à vide inexistants cinq ans en arrière. L'essentiel ne repose donc plus sur la seule catastrophe mais également sur le portrait d'une famille dysfonctionnelle contrainte de s'unir pour mieux aborder la catastrophe et ainsi la combattre. Certains penseront sans doute que le court-métrage se suffisait à lui seul. Il s'agit d'ailleurs bien souvent du même problème lorsque un auteur prend le pari d'adapter un court au format long. Le risque étant de dénaturer le produit d'origine. Il y a donc là diverses manières d'aborder le sujet et même, LES sujets, selon que l'on soit exclusivement intéressé par l'approche catastrophiste du récit ou que l'on veuille accorder aux personnages une part d'humanité en leur octroyant un temps plus ou moins long pour la caractérisation. Une bonne surprise...

 

vendredi 10 février 2023

Astérix & Obélix : L’Empire du Milieu de Guillaume Canet (2023) - ★★☆☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Je ne voulais pas enfoncer des portes ouvertes mais tout ce qui se dit, tout ce qui s'écrit sur Astérix & Obélix : L’Empire du Milieu de Guillaume Canet est malheureusement vrai... Mais il y a des aspects de cette ''comédie'' financée à hauteur de soixante-six millions d'euros qui s'avèrent plus graves que d'autres me semble-t-il. La présence de certains ''acteurs'' secondaires m'aura moins dérangé que celle d'autres interprètes dont les valeurs artistiques sont ici du niveau de l'amateurisme. Angèle ? Orelsan ? Bigflo et Oli ? Bun Hay Mean ? Connais pas ! Et donc, leur participation au projet m'a sensiblement moins ébranlé que leur jeu. Et c'est là tout le problème qui réside dans cette comédie aussi pathétique que Astérix et Obélix : Au service de Sa Majesté de Laurent Tirard qui était déjà une belle merde voilà onze ans auparavant. La prouesse étant pour Guillaume Canet d'être parvenu à faire pire. Plus indigeste, moins ''bien'' écrit, réalisé avec les pieds et cadré avec les moignons ! Le scénario ? Astérix et Obélix partent au secours de l'impératrice de Chine ! Un anachronisme (la seule impératrice qu'ait connue la Chine est née en 624 et a disparu en 705 alors que l'action se situe en 50 avant Jésus Christ) qui s'explique certainement à travers les intentions d'un Guillaume Canet sans doute plus préoccupé par certains courants actuels (féminisme et véganisme) que par un sens réel de l'Histoire et de la gastronomie gauloise ! Des valeurs qui tout comme cette plâtrée de ''guests'' invités sur le tournage poussera quelques milliers de spectateurs supplémentaires à venir assister au naufrage du cinéma français sur grand écran dès le 1er février 2023. Réalisé, écrit (aux côtés de Philippe Mechelen) et interprété par Guillaume Canet, Astérix & Obélix : L’Empire du Milieu a-t-il été pour lui un projet trop ambitieux ou trop lourd à porter sur ses épaules ?


La réponse semble être oui. Finalement, la blague la plus drôle concernant le projet aura été de l'entendre affirmer que de ne pas aller voir son dernier long-métrage signerait la mort du cinéma français alors que le film constitue à lui seul une raison valable de ne plus jamais retourner dans les salles obscures. Payer pour voir ça ! J'ai ri, je l'avoue, une fois, une seule. C'est con et certainement par nervosité que Ramzy m'a fait rire, au début, lorsqu'il enleva son casque pour révéler une abondante chevelure blonde. Mais après ça, quel ennui. Difficile en effet de se passionner pour se récit où les seconds rôles s'enchaînent non plus pour faire vivre l’œuvre mais pour contenter ceux qui l'ont financé. Qui peut croire en effet que la participation de la plupart des interprètes secondaires a pour but d'enrichir l'intrigue alors qu'au fond l'on sait pertinemment qu'il s'agit davantage d'attirer dans les filets, ceux qui s'abreuvent en priorité des réseaux sociaux ? Tourné en studio ainsi que dans le Massif du Sancy situé en Auvergne, le tournage était au départ prévu en Chine. Mais avec l'arrivée du Covid-19, tout fut remis en question.


Mais alors, où est passé le pognon ? À lui seul, Guillaume Canet touche 250 000 pour son rôle d'Astérix. Une somme que l'on peut doubler grâce à sa fonction de réalisateur. Sans compter les bénéfices liés au ventes de billets. Un salaire qui ne pèse finalement pas très lourd au regard de la somme mise dans le projet par les producteurs Alain Attal et Yohan Baiada. Ce qui d'emblée choque, c'est le peu de différence de taille entre Astérix et Obélix. Si bien que Guillaume Canet avec ses 1.80 et Gilles Lellouche avec ses 1.74 semblent souvent faire la même taille. Il faudra d'ailleurs user d'artifice pour que le premier ne regarde pas le second de haut. Pour s'enfoncer dans le costume d'Obélix, Gilles Lellouche prendra vingt kilos. Pourtant, à l'écran, le personnage donne sans cesse l'impression de nager dans son costume. Face à lui, un Guillaume Canet poussif dont l'incarnation s'éloigne très nettement de l'Astérix tel qu'on le connaît. Mais de toute manière, la véritable vedette du film reste bien évidemment Jonathan Cohen dans le rôle de Graindemaïs. Et autant prévenir tout de suite ceux qui n'aiment pas l'acteur et humoriste : vous retrouverez dans son interprétation tout ce qui vous défrise chez lui. Bref, Jonathan Cohen fait du Jonathan Cohen. Si Vincent Cassel tire quelque peu son épingle du jeu dans le rôle de Jules César (vu la médiocrité des dialogues et de la direction d'acteurs, ça tient du miracle), que dire de la pauvre Julie Chen, ex étudiante en économie qui depuis toute petite se rêvait actrice. Bien que la jeune femme qui interprète ici le rôle de la princesse Fu Yi ait pris des cours de comédie, on constate combien son jeu est désastreux.


C'est bien simple, elle a l'air de lire son texte et ne parvient donc pas à entrer dans son personnage. Mais qu'elle se rassure, elle n'est pas la seule dans cette situation ! Visuellement, si quelques paysages auvergnats font illusion, certaines reconstitutions comme la cité chinoise ou le désert égyptiens piquent les yeux. C'est sans aucun doute pour cela et pour une question de budget que ceux-ci sont d'ailleurs filmés de très loin... pour ne pas voir la piètre qualité des images de synthèse. Quant au cadrage, si Guillaume Canet eut le culot d'évoquer Braveheart de Mel Gibson et Tigre et Dragon d'Ang Lee comme principales sources d'inspiration, le français ne rend absolument pas hommage à ce dernier auquel il emprunte visiblement la volonté de filmer des combats de haute voltige spectaculaires. Mal cadrés, on devine un semblant de créativité dans l'accomplissement des chorégraphies malheureusement ruinée en raison d'une mise en scène à la ramasse. Enfin, pour finir, inutile de dire qu'en matière de dialogues, on est proche du néant. Pour un film de presque deux heures qui se veut drôle,Astérix & Obélix : L’Empire du Milieu enchaîne les vannes à deux balles, lourdingues, archaïques et donc pas drôle pour un sesterce. Tous ou presque font les pitres (lorsqu'ils ne semblent tout simplement pas ''effacés''), à l'image de José Garcia qui endosse le rôle de Biopix et retrouve un peu de la verve qui était la sienne lorsqu'il était auprès d'Antoine de Caunes sur la chaîne Canal+ ! Bref, plutôt que de vouloir sauver le cinéma français, Guillaume Canet aurait mieux fait de s’exiler en Chine pour aider les victimes du Covid-19 !!!

 

mercredi 2 février 2022

La fidélité d'Andrzej Zulawski (2000) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

S'essayer à l'exercice ''Zulawskien'' est un acte périlleux lorsque l'on n'est pas coutumier du fait. Si la galaxie du réalisateur, scénariste et écrivain polonais a brillé de mille feux, elle a sans doute aussi plongé une certaine partie du public dans l'obscurité. Une œuvre toute entière vouée à la vie, l'amour, la passion, mais aussi, la mort, la maladie, l'absence. Ces mille feux qui illuminèrent son œuvre se sont nommés tour à tour Romy Schneider, Isabelle Adjani, Valérie Kaprisky, Marie-France Pisier mais aussi et surtout Sophie Marceau avec laquelle Andrzej Zulawski entretint une relation longue de dix-sept ans durant laquelle l'actrice donna naissance à un fils et à l'issue de laquelle le réalisateur éprouva le besoin d'écrire deux ouvrages relatifs à leur rupture. Des hommes, aussi, ont parcouru l'existence du polonais. Des acteurs. Parmi lesquels, bien sûr, Francis Huster, Lambert Wilson, Sam Neill, Fabio Testi et même, le chanteur Jacques Dutronc par deux fois. En 2000, Andrzej Zulawski revenait au cinéma quatre ans après le cauchemardesque Szamanka, œuvre franco-helvetico-polonaise interprétée par Bogusław Linda mais aussi et surtout par Iwona Petry, l'antithèse du glamour. L'amour et la mort incarnée dans un tourbillon d'images chocs et au final tétanisant qui, si le film ne demeure pas le meilleur de son auteur, marquait un cap définitif dans cette thématique trouble que Andrzej Zulawski n'a jamais cessé d'exploiter. Qui aurait prévu que quinze ans plus tard le réalisateur donnerait un dernier coup de manivelle à une carrière on ne peut plus homogène et qu'une année plus tard un cancer l'emporterait ?


Sophie Marceau, héroïne typique et sublime de l'univers ''Zulawskien'' qui pour la quatrième fois de sa carrière venait briser l'image idyllique de l'une des plus belles actrices française. Après L'amour Braque, Mes nuits sont plus belles que vos jours et La note bleue. La relation entre l'actrice et le réalisateur est à l'image du choix qu'entreprend alors en 1984 Sophie Marceau qui contre l'avis de sa famille choisit de vivre avec Andrzej Zulawski malgré leur importante différence d'âge. Il y a certainement dans La fidélité, une part autobiographique dans la relation qu'entretient le personnage de Clélia qu'interprète l'actrice avec Clève qu'incarne quant à lui Pascal Greggory. On le sait, ou pas, Sophie Marceau trompa le réalisateur polonais comme semble être en mesure de le faire la jeune femme ici avec le photographe Nemo (Guillaume Canet). Andrzej Zulawski répare cette erreur ici mais ''s'accorde'' tout de même un funeste destin. Ou quand l'amour, suivi d'une infidélité charnelle ou plus simplement sentimentale peut mener à la mort. Les fans du cinéaste reconnaîtront son style si particulier. Des acteurs comme en transe, débitant des lignes de dialogue épileptiques, pièces d'un puzzle qu'il n'est pas toujours aisé à remettre dans l'ordre. Si Sophie Marceau reprend peu ou prou la suite des Mary, des Blanche ou des Solange, on reconnaîtra dans le personnage qu'interprète Pascal Greggory, les Lucas et Léon qu'incarna à chaque fois Francis Huster et dans La femme publique et dans L'amour braque...


La fidélité ne situe pas son action dans le monde du cinéma mais dans ceux de la presse à scandale et de la photographie. Guillaume Canet, en amant ''rêvé'' mais jamais vraiment exaucé dénote quelque peu dans ce conglomérat de seconds rôle déjantés et décadents dont fait ici notamment partie l'actrice française Édith Scob. L'acteur a beau encourager à sa manière la folie qui imprime parfois le long-métrage, il paraît forcer le trait... Un euphémisme si l'on tient compte du fait qu'en général, l'univers de Zulawski est bondé de personnages outranciers et que certains verront sans doute comme caricaturaux. La fidélité souffre d'un problème majeur que constitue sa trop longue durée. Plus de deux heures et quarante-cinq minutes pour exposer trois personnages au cœur d'une intrigue classique mais qui, mise entre les mains du polonais, frise forcément l'hystérie. Trop long et donc, souvent ennuyeux. D'autant plus que cet avant dernier long-métrage d'Andrzej Zulawski n'apporte rien de vraiment neuf en comparaison des quelques chefs-d’œuvre qu'il réalisa durant sa carrière. Cependant, le film n'en est pas moins dénué de séquences troublantes, voire même émouvantes. Pascal Greggory y est déchirant et la relation entre Clélia et sa mère qu'interprète l'actrice Magali Noël apparaît parfois aussi magnifiquement déprimante et mortifère que celle qu'entretinrent les personnages de L'amour Braque, Mes nuits sont plus belles que vos jours et plus encore L'important c'est d'aimer. À réserver aux fans exclusifs du réalisateur polonais. Quant à ceux qui voudraient découvrir son univers, on leur conseillera de débuter en douceur en remontant le temps jusqu'en 1975, lorsque la sublime Romy Schneider prêta ses traits au personnage de Nadine Chevalier dans L'important c'est d'aimer...

 

dimanche 12 décembre 2021

La belle époque de Nicolas Bedos (2019) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Second long-métrage du réalisateur, scénariste, écrivain, humoriste et acteur (et accessoirement, fils de Guy Bedos) Nicolas Bedos, La belle époque fait partie de ces quelques films qui chaque année réussissent le pari de dépoussiérer la comédie française grâce à une écriture et une mise en scène intelligente. Après avoir débuté au théâtre, écrit plusieurs ouvrages littéraires, fait partie de l'une des équipes de Laurent Ruquier dans l'émission On n'est pas couché entre 2013 et 2015, Nicolas Bedos signe son premier long-métrage en 2017 avec Monsieur et Madame Adelman et réapparaît donc deux ans plus tard avec son antépénultième film. Une œuvre brillante sur le temps qui passe, la monotonie et le couple qui se déchire avant de se séparer. Une entrée en matière qui fait place au désir de retrouver pour son héros, le temps où le bonheur allait pour lui, commencer. Sa rencontre avec celle qui deviendra son épouse. À soixante ans et des poussières, Victor (Daniel Auteuil) peine à retrouver l'inspiration. Célèbre pour avoir été l'auteur de plusieurs bandes-dessinées il y a fort longtemps, les rapports qu'il entretient avec son épouse Marianne (Fanny Ardant) se sont si bien délabrés qu'aujourd'hui, le voilà à la porte de chez lui. Sans un sou mais avec en poche, une invitation à (re)vivre un jour très particulier. Offerte par son fils Maxime (Michael Cohen), celle-ci offre à Victor le choix de revivre une date précise dans le passé. Mais plutôt que de choisir de rencontrer ou de se glisser dans la peau d'Adolf Hitler ou d'Ernest Hemingway, Victor choisi de revivre celui de sa rencontre avec Marianne quarante ans plus tôt. Le 16 mai 1974, dans un café situé à Lyon, La belle époque ! Antoine (Guillaume Canet), l'ami de Maxime, est l'organisateur de ces soirées, véritables voyages dans le temps. Il accepte de prendre en charge la demande de Victor et fait recréer par son équipe de techniciens, la rue et les commerces qui jouxtaient à l'époque le fameux café qui depuis n'existe plus. Maintenant que les acteurs au service d'Antoine savent quel rôle ils auront à jouer et que tout est prêt pour accueillir Victor, ne reste plus à trouver celle qui incarnera Marianne le jour de leur rencontre...


Avec La belle époque, Nicolas Bedos parvient à nous replonger dans une période pas si lointaine qui autorisait encore que l'on fume dans les bars. Retrouvant le charme des années soixante-dix, avec ses voitures d'antan et ses modes vestimentaires, le film se concentre sur les histoires que vivent en parallèle Victor et son épouse ainsi qu'Antoine et sa petite amie Margot qu'interprète formidablement l'actrice Doria Tillier. Un casting de choix notamment complété par Pierre Arditi et Denis Podalydès mais aussi toutes celles et ceux qui interprètent des seconds voire, des troisièmes rôles. Entre théâtre et voyeurisme façon Le Loft (Guillaume Canet/Antoine et plusieurs membres de son équipe son dissimulés derrière des glaces sans teint et soufflent les répliques à ceux qui parfois les oublient), La belle époque nous conte une jolie histoire où l'amour est au centre des débats. Ou comment retrouver la flamme lorsqu'elle s'est éteinte et mieux comprendre ce qui poussé le couple à se quitter. Daniel Auteuil est touchant, conquis par cette jeune femme, belle, au point d'en oublier que tout n'est qu'artifice. Derrière les manettes de producteur et scénariste, Guillaume Canet/Antoine s'érige en un dieu qui cependant, perdra parfois le contrôle de la situation. Amusant, parfois cynique (le spectacle démarre de manière très frontale même si le scénario calmera le jeu par la suite). On retiendra moins les décors que la performance des interprètes qui tous se valent. On sera moins séduits par ce retour en arrière de quatre décennies que le jeu de séduction entre Doria Tillier et Daniel Auteuil. Car les vraies vedettes, ce sont eux. Et certainement moins Guillaume Canet qui tente de se racheter une conduite auprès de sa belle. Et encore moins encore Denis Podalydès qui dans le rôle de l'amant de Marianne ou Pierre Arditi qui dans celui d'un fils profite de la situation pour revivre quelques moments forts auprès de son père, s'avèrent quelque peu en retrait. Quant à Fanny Ardant, si elle brille souvent par son absence (malgré quelques tacles ponctuels absolument jouissifs), l'actrice nous réserve en compagnie de Daniel Auteuil un final chargé en émotions. Bref, La belle époque est de ces films qui surprennent par leur intensité et leur intelligence. Des personnages attachants, une mise en scène brillante et un scénario intelligent. De quoi passer deux heures de pur délice...

 

dimanche 10 mars 2019

Les tueurs qui inspirent le 7ème art : Alain Lamare - La Prochaine Fois je Viserai le Cœur de Cédric Anger (2014) - ★★★★★★★☆☆☆



De la fiction...


Quarantième article consacré aux tueurs qui inspirent le 7ème art, La Prochaine Fois je Viserai le Cœur se penche sur un cas français très particulier puisque le tueur dont il s'agit est un gendarme et par conséquent, un homme au dessus de tout soupçon. Faisant référence à l'une des phrases écrites aux enquêteurs par l'assassin lui-même dans l'un des courriers qu'il leur fit parvenir par jeu et par provocation, le film est assez fidèle au fait divers réel ayant eu lieu entre mai 1978 et avril 1979. Le cinéaste Cédric Anger auteur de trois longs-métrage avant celui-ci et de L'Amour est une Fête l'année dernière s'attache donc à retranscrire sur grand écran avec la plus grande fidélité, le parcours sanglant d'Alain Lamare, affublé dans la presse à l'époque du surnom de « tueur fou de l'Oise ».
Plutôt que de s'attarder longuement sur l'enquête menée en collaboration entre la Gendarmerie et la Police, le cinéaste s'intéresse davantage au profil du tueur en lui accordant une très grande majorité des scènes. Afin d'incarner le rôle d'Alain Lamare (ici renommé Franck Neuhart), Cédric Anger fait appel à l'acteur Guillaume Canet qui imprime au personnage un comportement trouble et froid. Insensible, dénué d’empathie, cynique (les lettres qu'il envoie à ses collègues en sont la meilleure preuve), Franck rôde dans la campagne de l'Oise, traquant des jeunes femmes isolées, choisissant de préférence des auto-stoppeuses q'il abat froidement à l'aide de son arme de service.

Plusieurs particularités différencient ce tueur de la majorité d'entre eux. Comme le véritable assassin qui terrifia la région de l'Oise alors que ses habitants n'étaient pas encore tout à fait remis des crimes commis avant ceux du véritable Alain Lamare par un autre tueur en série, le célèbre Marcel Barbeault, dit, « Le tueur de l'ombre », Franck enquête lui-même sur ses propres meurtres. Autre détail assez troublant : chacun des meurtres est exécuté en laissant le sentiment que leur auteur le perpétue avec dégoût, difficulté, et une certaine douleur. D'ailleurs, le portrait que dresse le cinéaste de son assassin est assez déprimant : Incapable d'éprouver le moindre sentiment, Franck est un être solitaire qui ne côtoie personne en dehors de ses activités professionnels. Relativement éloigné sentimentalement de ses parents, c'est avec la plus grande des difficultés qu'il parvient à nouer une relation avec la jeune Sophie (interprétée par la touchante Ana Girardot).
La Prochaine Fois je Viserai le Cœur évoque dans tous les recoins, cette noirceur qui habille le personnage parfaitement intégré par Guillaume Canet qui offre ici l'une de ses toutes meilleures compositions. Sobre et marqué par la présence d'interprètes remarquables de justesse, l’œuvre de Cédric Anger est sombre quel que soit le compartiment. La bande-son de Grégoire Hetzel, la photographie de Thomas Hardmeier, ou les décors de Thierry François, tout évoque la grisaille. Tourné sur plusieurs site du Pas-de-Calais, La Prochaine Fois je Viserai le Cœur est une grande réussite, dont le principal atout est de présenter un fait-divers réel sous un nouveau jour...

… à la réalité

Alors que Marcel Barbeault est arrêté le 14 décembre 1976, moins de deux ans plus tard, les gendarmes découvrent Karine, une adolescente de dix-sept ans abattue de trois balles dans les rues de Pont-Sainte-Maxence. Elle sera la première victime d'Alain Lamare, un gendarme qui n'aura au final pas le droit au terme de « tueur en série » puisque de ses cinq tentatives de meurtres, quatre de ses victimes en réchapperont par miracle. Arrêté par ses collègues ainsi que par un officier général qui lui ordonne de signer sa démission, Alain Lamare est déclaré irresponsable par plusieurs psychiatres qui le diagnostiquent comme héboïdophréne. Résultat, « le tueur fou de l'Oise » ne se retrouve donc pas en prison mais est redirigé vers l'hôpital psychiatrique de Sarreguemines en Moselle. Depuis, il a changé d'établissement où il est devenu aide-soignant...

dimanche 24 février 2019

Le Grand Bain de Gilles Lellouche (2018) - ★★★★★★★★☆☆




Un prix, un seul pour Le Grand Bain de Gilles Lellouche aux Césars. Alors, bien entendu, je n'ai pas vu le Shéhérazade de Jean-Bernard Marlin, le Jusqu'à la Garde de Xavier Legrand ou Les Frères Sisters de Jacques Audiard, mais à part ce dernier, la cérémonie des Césars semble s'être définitivement tournée vers une forme d’œuvre caritative mettant en avant les critiques sociales avant le divertissement. Entre un divorce qui se déroule dans des conditions délicates et la rencontre entre une jeune fille des quartiers populaires de Marseille et un ex-taulard de 17 ans, on aurait peut-être aimé que la divine comédie dramatique de Gilles Lelouche reparte avec davantage de statuettes que la seule offerte au savoureux Philippe Katerine (meilleur acteur dans un second rôle).
Les petits maux de chacun semblent avoir en effet beaucoup moins touché le jury. Des affres humaines qui touchent pourtant des millions d'âmes dans l'hexagone et plus encore de part le monde et à laquelle le réalisateur parfois sous-évalué (Narco est bien meilleur que certains l'affirment) Gilles Lellouche apporte une solution originale.

C'est dans le grand bain d'une piscine municipale que Bertrand, Laurent, Marcus, Simon, Thierry, Basile, Avanish, et plus tard John, vont retrouver le goût de vivre. Tous plus ou moins dépressifs ou en passe de le devenir, ils vont tous ensemble, sous l'impulsion de l'ancienne nageuse Delphine, former la première équipe de natation synchronisée masculine de France. Raillés par leurs collègues de travail respectifs, par certains de leurs amis, et même par l'équipe de water-polo masculine, les sept membres de l'équipe vont découvrir bientôt que cette discipline habituellement réservée aux femmes possède son propre championnat du monde situé en Norvège. C'est d'abord avec l'aide de Delphine, puis plus tard de l’entraîneuse paraplégique de l'équipe de water-polo, Amanda, que les sept hommes vont s'entraîner d'arrache-pied afin de monter jusqu'en Norvège et ainsi participer au championnat du monde de natation synchronisée masculine...

Je l'évoquais déjà l'année dernière : parmi les innombrables déceptions que le cinéma comique français produit chaque années, quelques long-métrages parvinrent à s'extraire du lot. En 2018, nous avions notamment eu droit aux excellents Le Retour du Héros de Laurent Tirard, à Tout le Monde Debout de Frank Dubosc, ou encore au Brillantissime de Michèle Laroque (pour ce dernier, évidemment, JE PLAI-SAN-TE... quoique, certains semblent avoir MIRACULEUSEMENT aimé cette abominable engeance). Et puis donc, ce Grand Bain, bébé presque exclusif d'un Gilles Lellouche qui n'y participera pas en tant qu'acteur mais qui sera non seulement derrière la caméra, mais également derrière l'écriture du scénario (assisté de Ahmed Hamidi et Julien Lambroschini) et des dialogues.

Le Grand Bain, c'est le genre de film qui vous met la banane, vous donne la pêche. On s'y fend la poire, sans se prendre le melon et sans avoir honte de rougir comme une tomate devant l'émotion que le réalisateur a ajouté à cette merveilleuse comédie qui tort le coup à toutes ces mauvaises pensées qui trahissent parfois notre bien-être. L’œuvre de Gilles Lellouche est un régime alimentaire à destination de l'âme. Après avoir vu Matthieu Amalric (le chômeur dépressif puis vendeur de meubles), Guillaume Canet (le directeur d'une aciérie et fils d'une mère sénile), Philippe Katerine (employé à la piscine municipale), Benoît Poelvoorde (le pisciniste), Jean-Hugues Anglade (le musicien raté) et les autres s'engueuler, partager leurs angoisses, un pétard, leurs espoirs et enfin la victoire, l'espoir renaît. Mieux qu'un anti-dépresseur, qu'une batterie de calmants, que l'alcool ou la drogue, le film est un bain de jouvence dans lequel des acteurs venus de bords différents forment un groupe soudé et convaincant.

Parmi lesquels on n'oubliera pas de noter la présence féminine de Virginie Efira, dans le rôle de Delphine, et de Leïla Bekhti dans celui d'Amanda. Le Grand Bain est drôle, original, ponctué de quelques savoureux échanges verbaux (Claire/Marina Foïs réglant ses comptes avec sa sœur Clem/Mélanie Doutey entre les rayons d'un supermarché), mais aussi, parfois, très émouvant (Delphine témoignant de son expérience douloureuse). On n'oubliera pas non plus la présence de l'increvable Claire Nadeau dans le rôle (plus amusant que dramatique) de la mère sénile de Laurent/Guillaume Canet.  Deux heures (ou presque) de Cinéma...

jeudi 16 novembre 2017

LINDON - JOLIVET - LE FRERE DU GUERRIER (2002)



Troisième collaboration entre le cinéaste Pierre Jolivet et l'acteur Vincent Lindon, Le Frère du Guerrier nous renvoie longtemps en arrière. Au treizième siècle. A cette âpreté rurale où les dangers guettaient. Où les brigands faisaient loi. Pillaient, violaient, tuaient impunément. De cette existence austère où régnait l'importance du travail soigneusement accompli. Dans ces espaces encore épargnés par la grisaille du bitume mais où vivre n'était cependant pas chose aisée. Que la France était belle. Et même si à l'occasion, on imagine que les décors ayant servi au tournage sont bien moins âgés que l'époque à laquelle est située l'intrigue, Pierre Jolivet, en choisissant de tourner son œuvre près du hameau des Boissets, sur le Causse de Sauveterre en Lozère, nous plonge dans un univers dont on regretterait presque assurément qu'il soit condamné à disparaître.
S'il est un fait qui paraît immédiatement clair, c'est le travail accordé aux personnages principaux. Thomas, Arnaud, Guillemette. Vincent Lindon, Guillaume Canet, Mélanie Doutey. Pierre Jolivet s'est tant et si bien appliqué à les approfondir que derrière la menace naît l'inquiétude du spectateur. En effet, voici enfin des personnages dont on redoute véritablement qu'il leur arrive quelque chose de mauvais.

Le Frère du Guerrier dure un peu moins de deux heures. Le cinéaste y consacre une bonne partie à décrire la personnalité de ses principaux protagonistes. Un passage obligé pour que ne tombe pas dans l'indifférence l'individu au moment de rendre l'âme. Les brigands eux aussi ont leur importance. Moins travaillés, leur implication est cependant considérable et participe grandement à ces moments de tensions extrême que cultivent, et le cinéaste par l'apparente tranquillité de certaines scènes, et la partition musicale de Serge Perathoner et Jannick Top voguant entre minimaliste anxiogène et musique médiévale de toute beauté.

Vincent Lindon a depuis sa précédente collaboration avec Pierre Jolivet, joué au cinéma auprès des cinéastes Pascal Thomas, Claire Denis, et à nouveau Coline Serreau. Quant à Mélanie Doutey, fille d'Alain Doutey et d'Arièle Semenoff, c'est la première fois qu'elle interprète un rôle de cette importance puisque jusqu'à maintenant, elle n'avait participé qu'à deux longs-métrages dans lesquels elle avait de tout petits rôles. Pour Guillaume Canet, c'est la seconde occasion de tourner auprès de Pierre Jolivet puisque en 1998 il participa au tournage d'En Plein Coeur en compagnie de Gérard Lanvin, Virginie Ledoyen et Carole Bouquet.
L'un des aspects de l’œuvre du cinéaste, c'est sa simplicité. Ici, pas de grande épopée sauvage, de combats dantesques, ni de casting de figurants monumental. Le climat est souvent asutère, et les dialogues minimalistes. Tout se joue autour des interprètes. De la mise en scène, et de l'intrigue qui mêle aussi bien, esprit de vengeance, romance, et reconstitution d'une époque. Les décors sont magnifiques. Les héros parcourent quelques édifices majestueux, comme cette incroyable abbaye dans laquelle Thomas et Guillemette espèrent se procurer un ouvrage sur des remèdes que l'on aurait pu comparer en ce temps à la phytothérapie d'aujourd'hui.

Une histoire simple finalement. Touchante aussi. De ce jeune homme qui pour avoir été battu par des brigands a perdu la tête, de son frère qui depuis une longue absence revient vers lui, et de l'épouse d'Arnaud, seule désormais responsable de ses enfants, et inquiète pour leur avenir. Le Frère du Guerrier mêle diverses intrigues au cœur d'un monde rural sauvage. Le pillage de la minuscule ferme d'Arnaud et Guillemette est vécu comme un viol. Le clan des brigands principalement constitué par les acteurs Thierry-Perkins Lyautey, Roch Leibovici et Manuel Le Lièvre a de quoi faire peur d'autant plus que nos héros vivent isolés du reste du monde. Un espace ouvert autour duquel, le danger peut surgir de n'importe où. Pierre Jolivet s’approprie ainsi l'espace. Les bruits de sabots des chevaux parcourant les collines devient le sujet de maintes angoisses. Vincent Lindon incarne à l'époque un personnage inattendu. Il s'en sort admirablement. Comme ses deux complices sur le tournage. Guillaume Canet et Mélanie Doutey. Une œuvre envoûtante...

vendredi 28 juillet 2017

Un Ticket pour l'Espace de Eric Lartigau (2006) - ★★★★★★★☆☆☆



Bien que Kaddour Merad et Olivier Baroux (duo plus communément appelé chez nous Kad et Olivier ou, Kad et O) aient décidé de se lancer dans une carrière commune dès mars 1992, ces deux comédiens humoristes et réalisateurs ne sont apparus ensemble au cinéma qu'à partir de 2003 avec l'adaptation de leur série consacrée à une enquête criminelle humoristique tentant de répondre à la question suivante : Mais qui a tué Pamela Rose ? Ils tourneront ensuite indépendamment l'un de l'autre quelques longs-métrages mais se retrouveront sur les tournages Rien que du Bonheur de Denis Parent ainsi que Iznogoud de Patrick Braoudé. Le cinéaste Eric Lartigau, celui-là même qui réalisa leur première véritable collaboration au cinéma avec Mais qui a tué Pamela Rose ? retrouve les deux complices pour Un Ticket pour l'Espace en 2006. Film tournant autour d'un sujet qui déjà, à l'époque, pose la question de l'intérêt du public pour l'aventure spatiale. En effet, ce dernier semblant se désintéresser peu à peu pour le sujet, les scénaristes Kad Merad, Olivier Baroux et Julien Rappeneau imaginent l'histoire un peu folle d'un concours organisé par le gouvernement afin de captiver la population. La marche à suivre est on ne peut plus simple. Il s'agit en effet de gratter un ticket (le fameux ticket pour l'espace du titre) et d'y découvrir trois fusées.

Deux gagnants sont invités à participer au grand voyage qui les transportera à bord d'une station orbitale européenne. Deux individus lambda. Ou presque puisque outre la présence de Stéphane Cardoux, père de famille un peu mythomane que l'épouse vient de quitter avec leur enfant, la fusée décollera avec à son bord un dangereux criminel ivre de vengeance. Bien entendu, le scénario ne se contente pas du voyage vers l'espace mais nous présente d'abord ses principaux interprètes. Du colonel Romain Beaulieu dont l'arrivée caricaturale sur la base rappelle sensiblement l'approche parodique de la précédente collaboration entre le duo d'humoristes et le cinéaste Eric Lartigau, jusqu'à Marina Foïs qui en invitée surprise se présente comme une jeune femme amoureuse un peu gauche. Avant le départ, fort logiquement, sont imposés de nombreux testes physiques et psychologiques. On retrouve là, déjà, l'humour si particulier de Kad et O et que chacun absorbera avec plus ou moins de facilité.

Entre le clan des 'pour' et des 'contre', le combat peut commencer. D'un côté, ceux qui adoubent les deux acteurs-humoristes et leur humour parfois totalement absurde. Ça ne vole pas toujours très haut, c'est parfois lourdingue (mais sans jamais être vulgaire), mais c'est aussi, il faut le savoir et l'accepter, leur marque de fabrique. Soit l'on aime, soit l'on déteste. La complicité des personnages de Mais qui a tué Pamela Rose ? est ici mise à rude épreuve puisque nos deux héros (toujours Kad et O) interprètes des rôles à l'opposé l'un de l'autre. D'un côté, un loser, de l'autre, un colonel à la carrière exemplaire. Un Ticket pour l'Espace accumule de nombreux gags, certes, pas toujours très fins, mais dans l'ensemble, le film d'Eric Lartigau demeure d'une très bonne facture dans le paysage humoristique français, au regard de la concurrence qui sortira elle-même quelques rejetons pas toujours convaincants (entre des Bronzés 3, Amis pour la Vie sortant beaucoup trop tard, et une Doublure qui ne retrouvera jamais la grâce et l'écriture du Dîner de Cons). Les 'anti' devraient donc relativiser un peu et prendre le film pour ce qu'il est : une vaste succession de gags sans réel scénario mais qui permet aux amateurs de comédies françaises de passer un très agréable moment de détente en compagnie d'un casting d'actrices et d'acteurs de diverses générations : on aura en effet le plaisir d'y croiser la route de Guillaume Canet, André Dussollier, Pierre-François Martin-Laval, ou encore Thierry Frémont. Une bonne surprise...
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