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samedi 27 décembre 2025

La Très Très Grande Entreprise de Pierre Jolivet (2008) - ★★★★★★★☆☆☆



Presque dix ans après Ma Petite Entreprise, le cinéaste français Pierre Jolivet revenait en 2008 avec un scénario s'approchant de celui qui opposait à l'époque Vincent Lindon à une inspection des assurances à la suite d'un incendie ayant ravagé son entreprise. Cette fois-ci, le scénario de Pierre Jolivet et Simon Michaël installe son intrigue à une échelle beaucoup plus importante puisqu'il ne s'agit plus d'évoquer l'histoire d'un menuisier tentant de sauver sa menuiserie et les employés qui travaillaient pour lui, mais celle de plusieurs commerces qui après la pollution d'un lac ont été contraints de fermer boutique. Faisant clairement référence au film cité précédemment, La Très Très Grande Entreprise met cette fois-ci en scène trois victimes de dégâts causés par une multinationale en agrochimie qui après avoir pourtant gagné individuellement la somme de 12 000 euros ont décidé de ne pas en rester là et de découvrir de nouveaux éléments afin d'étayer l'hypothèse selon laquelle la société Naterris était au courant des dégâts qu'elle avait causé.
C'est ainsi donc que Mélanie, Zacharia et Denis décident de monter dans la capitale, jusqu'au siège de l'entreprise et de s'y infiltrer afin de mettre la main sur des documents compromettant Naterris.

Même si Pierre Jolivet ancre son œuvre dans la critique sociale, il est clairement établit que le film cherche avant tout à distraire le public plus qu'il ne cherche à révéler le réalisme des thèmes qu'il aborde. Ne serait-ce qu'à travers l'invraisemblance de certaines situations. Ou comment accepter le fait que les personnages que se créent Mélanie, Zacharia et Denis afin d'infiltrer Naterris aux étages les plus élevés y parviennent aussi facilement.

La Très Très Grande Entreprise, c'est l’éternel combat entre la multinationale et les petits commerces. D'un côté, Naterris, de l'autre, des patrons de petites structures qui ont le courage de faire face au lion en employant des méthodes risquées mais néanmoins efficaces. Au final, le long-métrage de Pierre Jolivet est aussi réjouissant à visionner que l'était presque dix ans auparavant Ma Petite Entreprise. Le scénario déroule une intrigue sensiblement identique sans que la redite ne soit au final véritablement gênante. Cela étant dû en grande partie à l'interprétation des quatre principaux protagonistes puisque outre la charmante Marie Gillain dans le rôle de Mélanie, le toujours formidable Roschdy Zem dans celui de Zacharia, et Jean-Paul Rouve dans la peau de Denis, il ne faudrait surtout pas oublier la présence indispensable d'Adrien Jolivet incarnant le jovial Kevin, l'acteur, fils du cinéaste, pour lequel le jeune homme acceptait de jouer pour la seconde fois.

L'un des atouts majeurs de La Très Très Grande Entreprise est pour son auteur d'avoir réussi le pari de réaliser une comédie débarrassée de tout moralisme démagogique et superflu. S'il possède une réelle profondeur sociale sous-jacente, la vocation première de l’œuvre de Pierre Jolivet est de divertir. Et elle y parvient de bout en bout grâce à un quatuor dont la complicité crève l'écran. Entre joutes verbales et portraits acides (les vigiles sont de fieffés abrutis et certains responsables de libidineux exploitants), La Très Très Grande Entreprise est un régal qui éveille l'esprit tout en injectant une très forte dose d'humour. Ou comment révéler certaines inégalités au public sous la forme d'une farce. Un film, déjà à l'époque, dans l'air du temps, entre mondialisation et pro-écologisme. Savoureux...

jeudi 6 décembre 2018

Force Majeure de Pierre Jolivet (1989) - ★★★★★★★☆☆☆



Troisième long-métrage du cinéaste Pierre Jolivet (qui offre ici un tout petit rôle à son frère humoriste Marc), Force Majeure, étudie le cas de conscience de deux français qui, deux ans après leur retour d'un long voyage en Asie, sont contactés par l'avocat d'Amnesty International Malcom Forrest qui leur confie que Hans, un ami rencontré sur place a été arrêté avec une grosse quantité d'herbe. Suffisamment pour que ce hollandais d'origine ait été condamné à mort. Le problème, c'est que deux ans auparavant, Philippe et Daniel avaient confié leur part à Hans, ce dernier constituant ainsi un total de 350 grammes de marijuana. Et trois cent cinquante grammes, c'est cent-cinquante de trop pour les autorités d'un pays qui l'a jugé et donc condamné à la peine capitale. Pour sauver le jeune homme de la mort, Malcom Forrest va tenter de convaincre les deux jeunes hommes d'accepter de prendre à leur charge une part des responsabilités. Si Daniel accepte s'en réfléchir, l'étudiant Philippe refuse d'abandonner ses études et de prendre le risque de passer deux années en prison dans un pays où la vie carcérale est bien différente de celle en France. C'est là qu'intervient alors Katia, l'ancienne petite amie de Hans, dépêchée de Hollande afin de convaincre Philippe d'accepter de se rendre à l'étranger...

Force Majeure fait écho au terrible Midnight Express que réalisa le cinéaste britannique Alan Parker onze ans auparavant. Mais si celui-ci avait choisi de tourner son film au cœur même de la prison de Sağmalcılar en Turquie, Pierre Jolivet prend ses distance avec le personnage incarné par l'acteur néerlandais Thom Hoffman et s'intéresse davantage à ceux qu'interprètent magistralement Patrick Bruel et François Cluzet. Deux amis qui ne se sont pas revus depuis leur voyage en Asie. Le premier est posé, calme, et étudie. Le second lui, après avoir bossé trois mois dans des conditions difficiles est au chômage et vit avec Jeanne dans le Nord. Daniel est père d'un tout jeune enfant et pourtant, c'est lui qui accepte de partir sans réfléchir afin d'aider Hans. Le contraste entre ces deux personnages est saisissant. Volubile, agité et surtout instable, Pierre Jolivet décrit Daniel comme un individu dont le comportement varie en fonction des événements. Le film génère un sentiment d'angoisse terrifiant, le cinéaste optant pour une approche réaliste du comportement humain. Entre l’égoïsme de l'un, et l'engouement irréfléchi de l'autre, le récit tente à vaciller vers une conclusion dramatique. Les comportements changent, et la ligne d'arrivée demeure incertaine. Patrick Bruel et François Cluzet sont impeccables. Pierre Jolivet crée un climat de torpeur accentué par l'angoissante partition de Serge Perathoner et Jannick Top.

L'acteur britannique Alan Bates incarne un Malcom Forrest tout en retenue. Un volcan en phase d'éruption dont on comprendra plus tard les enjeux. Superbe, Kristin Scott Thomas interprète quant à elle la belle Katia, venue au secours de son ancien compagnon et « jouant » le jeu de la séduction auprès d'un Philippe pas tout à fait près à affronter ses responsabilités. Pierre Jolivet réalise une œuvre poignante, tragique et refroidissante à la fois. Un sujet qui de part son approche semble être tiré d'un banal fait divers. Une grande réussite qui a la pudeur de n'en point faire trop et qui pose de vraies questions. En réalisant Force Majeure, Pierre Jolivet semble s'adresser aux spectateurs en leur posant une seule question : VOUS, que feriez-vous dans une telle situation ? Comment réagiriez-vous ? L’œuvre du cinéaste tend en cela à travers cette courte séquence qui oppose le spectateur au regard interrogé d'une katia fixant longuement l’œil de la caméra...

vendredi 9 novembre 2018

Simple Mortel de Pierre Jolivet (1991) - ★★★★★☆☆☆☆☆




Les petits hommes verts sont de coquins personnages. A moins qu'il ne s'agisse de Dieux qui, assoupis au dessus de la voûte céleste, ne savent pas comment tuer le temps. Pierre Jolivet est habituellement le genre de cinéaste dont j'apprécie le travail. Très critique envers notre société (les comédies Ma Petite Entreprise et La très très grande Entreprise), ou plus simplement envers l'homme (Force Majeure), et parfois même capable de conquérir des terres inédites (Le Frère du Guerrier), le frère de Marc, l'humoriste, oublie en cette année 1991 de fournir au spectateur un fond aussi profond que la forme. Rare exemple de science-fiction à la française à l'époque, Pierre Jolivet opte pour un minimalisme qu'on ne lui reprochera pas (Enki Bilal ne s'était pas gêné pour nous offrir un Bunker Palace Hôtel génial, mais en suspension, deux ans auparavant). Son héros est un homme ordinaire qui va vivre une histoire extraordinaire. Mais alors que sur le papier le synopsis attise la curiosité des spectateurs en mal de science-fiction intelligente, le résultat à l'écran m'a laissé perplexe. C'est à me demander si le film que j'ai eu entre les mains et bien celui qu'encensent certains...

Déjà, le cinéaste offre le rôle principal à un interprète que l'on n'a pas l'habitude de voir couramment. Ce qui, à ce sujet, peut tout aussi bien déranger que renforcer le réalisme du récit, le spectateur étant alors davantage contraint de s'identifier au personnage plutôt qu'à l'acteur qui l'incarne. Philippe Volter, pardon, Stéphane Marais reçoit de curieux messages en ancien gaélique à travers des appareils de radiodiffusion lui enjoignant d'accomplir des missions mais sans en révéler la moindre source à quiconque sous peine de voir son entourage mis en danger. Sous forme d'énigmes, le héros est confronté à des situations de plus en plus dangereuses, allant jusqu'à la survie de la planète toute entière.

Avec un tel synopsis, Pierre Jolivet détenait un sujet en or. Pourtant, malgré des premiers instants intriguant et laissant rêveur, le film finit peu à peu par s’essouffler. Non pas que la forme exempt d'effets-spéciaux nuise au récit, mais le problème de Simple Mortel est d'avoir oublié d'apporter au spectateur une conclusion crédible. Et même sans être crédible, une conclusion tout court. Pierre Jolivet conte avant tout le désarroi d'un individu qui, quoi qu'il fasse, ne peut empêcher les drames qui s'accumulent autour de lui. Certaines situations frisent le ridicule, comme la réaction de son meilleur ami Fabien (Christophe Bourseiller), qui pour justifier son sort, réagit de manière peu crédible. Sans être perfectionniste, un détail assez décourageant m'a empêché d'être totalement plongé dans le récit : la post-synchronisation. Assez mal fichue, elle n'a cessé de me rappeler que j'étais devant une œuvre de fiction. Par conséquent, il me fut impossible d'être totalement happé par un long-métrage qui de toute manière, me semble-t-il, se fiche un peu de son auditoire dès lors qu'il se conclue sans que Pierre Jolivet ne nous apporte la moindre explication sur l'origine des voix et le sens profond de leur intervention. Une oeuvre de science-fiction bâclée. Une déception...

jeudi 16 novembre 2017

LINDON - JOLIVET - LE FRERE DU GUERRIER (2002)



Troisième collaboration entre le cinéaste Pierre Jolivet et l'acteur Vincent Lindon, Le Frère du Guerrier nous renvoie longtemps en arrière. Au treizième siècle. A cette âpreté rurale où les dangers guettaient. Où les brigands faisaient loi. Pillaient, violaient, tuaient impunément. De cette existence austère où régnait l'importance du travail soigneusement accompli. Dans ces espaces encore épargnés par la grisaille du bitume mais où vivre n'était cependant pas chose aisée. Que la France était belle. Et même si à l'occasion, on imagine que les décors ayant servi au tournage sont bien moins âgés que l'époque à laquelle est située l'intrigue, Pierre Jolivet, en choisissant de tourner son œuvre près du hameau des Boissets, sur le Causse de Sauveterre en Lozère, nous plonge dans un univers dont on regretterait presque assurément qu'il soit condamné à disparaître.
S'il est un fait qui paraît immédiatement clair, c'est le travail accordé aux personnages principaux. Thomas, Arnaud, Guillemette. Vincent Lindon, Guillaume Canet, Mélanie Doutey. Pierre Jolivet s'est tant et si bien appliqué à les approfondir que derrière la menace naît l'inquiétude du spectateur. En effet, voici enfin des personnages dont on redoute véritablement qu'il leur arrive quelque chose de mauvais.

Le Frère du Guerrier dure un peu moins de deux heures. Le cinéaste y consacre une bonne partie à décrire la personnalité de ses principaux protagonistes. Un passage obligé pour que ne tombe pas dans l'indifférence l'individu au moment de rendre l'âme. Les brigands eux aussi ont leur importance. Moins travaillés, leur implication est cependant considérable et participe grandement à ces moments de tensions extrême que cultivent, et le cinéaste par l'apparente tranquillité de certaines scènes, et la partition musicale de Serge Perathoner et Jannick Top voguant entre minimaliste anxiogène et musique médiévale de toute beauté.

Vincent Lindon a depuis sa précédente collaboration avec Pierre Jolivet, joué au cinéma auprès des cinéastes Pascal Thomas, Claire Denis, et à nouveau Coline Serreau. Quant à Mélanie Doutey, fille d'Alain Doutey et d'Arièle Semenoff, c'est la première fois qu'elle interprète un rôle de cette importance puisque jusqu'à maintenant, elle n'avait participé qu'à deux longs-métrages dans lesquels elle avait de tout petits rôles. Pour Guillaume Canet, c'est la seconde occasion de tourner auprès de Pierre Jolivet puisque en 1998 il participa au tournage d'En Plein Coeur en compagnie de Gérard Lanvin, Virginie Ledoyen et Carole Bouquet.
L'un des aspects de l’œuvre du cinéaste, c'est sa simplicité. Ici, pas de grande épopée sauvage, de combats dantesques, ni de casting de figurants monumental. Le climat est souvent asutère, et les dialogues minimalistes. Tout se joue autour des interprètes. De la mise en scène, et de l'intrigue qui mêle aussi bien, esprit de vengeance, romance, et reconstitution d'une époque. Les décors sont magnifiques. Les héros parcourent quelques édifices majestueux, comme cette incroyable abbaye dans laquelle Thomas et Guillemette espèrent se procurer un ouvrage sur des remèdes que l'on aurait pu comparer en ce temps à la phytothérapie d'aujourd'hui.

Une histoire simple finalement. Touchante aussi. De ce jeune homme qui pour avoir été battu par des brigands a perdu la tête, de son frère qui depuis une longue absence revient vers lui, et de l'épouse d'Arnaud, seule désormais responsable de ses enfants, et inquiète pour leur avenir. Le Frère du Guerrier mêle diverses intrigues au cœur d'un monde rural sauvage. Le pillage de la minuscule ferme d'Arnaud et Guillemette est vécu comme un viol. Le clan des brigands principalement constitué par les acteurs Thierry-Perkins Lyautey, Roch Leibovici et Manuel Le Lièvre a de quoi faire peur d'autant plus que nos héros vivent isolés du reste du monde. Un espace ouvert autour duquel, le danger peut surgir de n'importe où. Pierre Jolivet s’approprie ainsi l'espace. Les bruits de sabots des chevaux parcourant les collines devient le sujet de maintes angoisses. Vincent Lindon incarne à l'époque un personnage inattendu. Il s'en sort admirablement. Comme ses deux complices sur le tournage. Guillaume Canet et Mélanie Doutey. Une œuvre envoûtante...

mercredi 15 novembre 2017

LINDON - JOLIVET - MA PETITE ENTREPRISE (1999)



Entre Fred et Ma Petite Entreprise s'écoulent deux années au beau milieu desquelles le cinéaste français Pierre Jolivet tournera le drame En Plein Cœur. Changement complet de casting puisqu'il y conviera Gérard Lanvin, Virginie Ledoyen, Carole Bouquet, Denis Podalydès, ou encore Guillaume Canet. En revanche, en 1999, Pierre Jolivet forme autour de lui, et à quelques encablures près, le même casting que pour Fred. Clothilde Courau est partie tourner avec d'autres cinéastes. Le rôle de Nathalie, l'ex femme du héros, Ivan Lansi, le réalisateur le confiera à Zabou. Ce dernier, c'est donc pour la seconde fois, l'acteur Vincent Lindon. A ses côtés, François Berléand, Albert Dray et Roschdy Zem qu'il connaît pour avoir joué avec eux deux ans plus tôt. Si le sujet diffère désormais quelque peu, Pierre Jolivet continue cependant d'explorer des thèmes sociaux forts.
Pour cette seconde incartade dans l'univers du cinéaste, pas de meurtres, pas de récit tournant autour du sujet fumant de l'amiante mais, une entreprise partant littéralement en fumée. Un accident ? Un acte criminel ? Toujours est-il qu'Ivan, persuadé d'être assuré tous risques apprend de la bouche même de son ami et assureur Maxime Nassief qu'il n'en est rien. Victime d'une escroquerie ayant permis à ce dernier ainsi qu'à un complice d’empocher durant des années les cotisations versées par Ivan, celui-ci se retrouve sans possibilité d'honorer les contrats qu'il avec plusieurs clients et ne pourra par conséquent pas toucher la moindre assurance.

Ivan, c'est un personnage attachant. Très apprécié de ses employés. Il faut voir en effet avec quelle fidélité Louis (Pascal Leguennec) et Catherine (Françoise Sage) demeurent à ses côtés alors que l'espoir de toucher leur salaire s'amenuise de jour en jour. La petite entreprise du titre, c'est une minuscule menuiserie qui va disparaître sous les flammes. Mais Ma Petite Entreprise, c'est aussi et surtout un formidable témoignage sur la solidarité. Quand tout va mal et que les amis se comptent sur le bout des doigts. Pierre Jolivet aurait pu faire de son nouveau film un drame poignant, larmoyant, mais choisi au contraire d'y injecter une bonne dose d'humour. Pas de cet humour lourdingue, immédiat que partagent beaucoup de comédie, mais des gags plus discrets, s'inscrivant dans un contexte dramatique. Au hasard, le personnage campé par François Berléand. Ou ce gamin, ce petit arabe qui s'incruste au quotidien dans l'appartement que partagent Nathalie et son nouveau compagnon Sami (Roschdy Zem). Catherine également, dont la voix à peine perceptible ménage quelques moments fort amusants.

Mais Ma Petite Entreprise, c'est également une énergie qui se renouvelle à chaque instant. Pierre Jolivet y installe toute une série d'événements qui empêchent la sinistrose et l'ennui de s'installer. Des prises de têtes entre Ivan et Maxime, des rapports entre le patron de cette petite entreprise et ses fidèles employés, de l'intimité entre Nathalie et Sami, jusqu'à cette décision prise de s'introduire dans les locaux administratif de l'agence d'assurance afin « d'officialiser » le dossier d'assurance d'Ivan, en passant par les enquêtes (tronquées et officielles) menant à rendre éligible ou pas, le droit aux indemnités, le film de Pierre Jolivet, sous couvert de critique sociale se révèle être une excellent comédie, dont les dialogues ne sont pas en reste, et magistralement interprétés par les actrices et acteurs.
D'ailleurs, le film a reçu par la suite plusieurs prix dont L'étoile d'or du cinéma français de l’Académie de la presse du cinéma français en 2000, le César du meilleur acteur dans un second rôle la même année pour François Berléand et le prix du meilleur scénario au festival des films du monde de Montréal, toujours en 2000. A savoir que la musique originale est l’œuvre du chanteur Alain Bashung...

mardi 14 novembre 2017

LINDON - JOLIVET - FRED (1997)



Fred, c'est l'histoire (extra)ordinaire d'un homme, ordinaire. Un type au chômage qui n'y réfléchit pas à deux fois avant d'accepter d'aider son ami Michel à conduire un camion jusqu' à une adresse donnée. Fred a besoin d'argent, alors il s'exécute. Sans rien demander, il prend le volant d'un semi-remorque et roule jusqu'au lieu dit où il abandonne le véhicule. Pendant ce temps, Michel disparaît sans donner de nouvelle. Lisa, la compagne de Fred part comme tous les jours travailler dans le laboratoire médical qui l'embauche. Fred, lui, pour tromper l'ennui, traîne dans un bar où plusieurs anciens collègues de travail qui comme lui ont perdu leur emploi. Là, il s'engueule avec Yvan et les deux hommes finissent par en venir aux mains. Arrêtés par la police, ni Fred ni Yvan n'est décidé à chargé l'autre. Ils sont finalement libérés. Le lendemain, Yvan s'excuse. Il propose à Fred de l'accompagner jusqu'à l'usine désormais désaffectée qui les employait. Là-bas, ils tombent dans un guet-apens. Yvan y meurt tandis que Fred, effrayé à l'idée qu'on l'accuse du meurtre de son ami préfère prendre la fuite que de prévenir la police. Alors que l'inspecteur Barrère est lancé à ses trousses, Fred tente de démêler cette affaire dont il est l'un des principaux acteurs...

Nous sommes en 1997, et l'acteur français Vincent Lindon est âgé de trente-huit ans lorsqu'il tourne pour la première fois aux côtés du cinéaste Pierre Jolivet. Alors que bien des années en arrière il monte à Paris, qu'il y obtient un emploi de régisseur sur les tournées de l'humoriste Coluche, et qu'il intègre le fameux Court Florent à la sortie duquel il n'obtient malheureusement pas la reconnaissance méritée de ses pairs, Vincent Lindon commence tout d'abord par ramer. Des petits rôles, sans importances, mais qui façonnent les désirs de cet artiste qui au début des années quatre-vingt n'est pas encore connu du grand public. L'Addition de Denis Amar, Parole de Flic de José Pinheiro, Quelques jours avec Moi de Claude Sautet. Si les metteurs en scène demeurent frileux à l'idée de lui confier des rôles plus conséquents, le public le remarque. La scénariste Danièle Thompson également. La seule, en vérité, à croire en lui. C'est elle qui insistera auprès d'un Claude Pinoteau peu convaincu pour que Vincent Lindon soit l'interprète d'Edouard Jansen, le personnage auquel devra donner la réplique la déjà fort célèbre Sophie Marceau dans L’Étudiante. Bien en a pris à la scénariste d'avoir confiance en ce jeune acteur très prometteur puisque si les attentes des producteurs n'ont semble-t-il pas été comblées, le public, lui, a suivi avec intérêts la jolie romance de fiction entre Sophie Marceau et Vincent Lindon qu'un individu assez peu courtois du Court Florent avait prédit qu'il n’enlacerait jamais de belles femmes.
Claude Lelouch, Diane Kurys, Jacques Deray, et quelques autres encore lui confient des rôles de plus ou moindre importance. Puis arrive l'année 1992 et le film La Crise de Coline Serreau. Un véritable parcours du combattant. Un chemin de croix pour Vincent Lindon qui veut absolument obtenir le rôle. A force de persévérance, et malgré les réticences des débuts de la réalisatrice, on le découvre donc cette année là dans la peau de Victor, aux côtés de Zabou et de Patrick Timsit. Quatre ans plus tard, Coline Serreau lui confiera même l'un des principaux rôle dans La Belle Verte qu'elle interprétera d'ailleurs elle aussi.

C'est alors qu'entre dans sa vie professionnelle le cinéaste, acteur et scénariste Pierre Jolivet, frère du célèbre humoriste Marc Jolivet. L'auteur de Force Majeure a cinq films au compteur lorsqu'il fait appel à Vincent Lindon pour interpréter le rôle de Fred dans le film éponyme. Terminée la comédie. Si le film est loin d'être aussi sombre et définitif que l'excellent Série Noire qu'Alain Corneau réalisa dix-huit ans auparavant, on retrouve cependant ce type de personnage tout à fait banal voyant son univers (déjà particulièrement fragile) s'écrouler du jour au lendemain. Une descente aux enfers ancrée dans la réalité puisque évoquant des faits de société qui à l'époque, déjà, faisaient partie de l'actualité. Chômage, fermeture d'usine, difficultés financières, mais également dégradation de la cellule familiale. Quoique à propos de cette dernière, on ne peut pas dire que Pierre Jolivet se soit véritablement acharné sur le couple que forment Vincent Lindon et la charmante et talentueuse Clothilde Courau.
Face à cet individu, cet anti-héros qui recherchera très souvent une porte de sortie plutôt que d'affronter les dangers, l'excellent François Berléand. Flic désabusé, alcoolique,et dont les intentions demeurent difficiles à cerner. Et puis Stéphane Jobert, dans le rôle de Michel, l'ami pour lequel Fred « accepte » de se foutre dans la merde. On remarquera aussi la présence de Roschdy Zem, ce très précieux acteur franco-marocain qui en 1997, n'a qu'une dizaine de longs-métrages à son actif. Pierre Jolivet réunira deux fois encore Vincent Lindon et lui. Deux ans plus tard dans Ma Petite Entreprise, et en 2002 avec Filles Uniques. Fred est une très bonne surprise, qui présente un Vincent Lindon très charismatique, et prouvant sa capacité à se fondre dans des personnages chaque fois différents. Le film de Pierre Jolivet n'est cependant pas exempt de défauts. Il lui arrive parfois d'avoir des coups de mou. Heureusement, fort minimes mais tout de même. On a la forte impression que le scénario ne tient que sur un minuscule bout de papier. L'occasion finalement pour ses interprètes d'y montrer tous leurs talents puisque au final, Fred se révèle plutôt intéressant. Pas le meilleur de sa catégorie, mais une première rencontre entre un Pierre Jolivet et un Vincent Lindon dont la collaboration s’étendra sur cinq longs-métrages, entre 1997 et 2007...

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