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mardi 14 novembre 2017

LINDON - JOLIVET - FRED (1997)



Fred, c'est l'histoire (extra)ordinaire d'un homme, ordinaire. Un type au chômage qui n'y réfléchit pas à deux fois avant d'accepter d'aider son ami Michel à conduire un camion jusqu' à une adresse donnée. Fred a besoin d'argent, alors il s'exécute. Sans rien demander, il prend le volant d'un semi-remorque et roule jusqu'au lieu dit où il abandonne le véhicule. Pendant ce temps, Michel disparaît sans donner de nouvelle. Lisa, la compagne de Fred part comme tous les jours travailler dans le laboratoire médical qui l'embauche. Fred, lui, pour tromper l'ennui, traîne dans un bar où plusieurs anciens collègues de travail qui comme lui ont perdu leur emploi. Là, il s'engueule avec Yvan et les deux hommes finissent par en venir aux mains. Arrêtés par la police, ni Fred ni Yvan n'est décidé à chargé l'autre. Ils sont finalement libérés. Le lendemain, Yvan s'excuse. Il propose à Fred de l'accompagner jusqu'à l'usine désormais désaffectée qui les employait. Là-bas, ils tombent dans un guet-apens. Yvan y meurt tandis que Fred, effrayé à l'idée qu'on l'accuse du meurtre de son ami préfère prendre la fuite que de prévenir la police. Alors que l'inspecteur Barrère est lancé à ses trousses, Fred tente de démêler cette affaire dont il est l'un des principaux acteurs...

Nous sommes en 1997, et l'acteur français Vincent Lindon est âgé de trente-huit ans lorsqu'il tourne pour la première fois aux côtés du cinéaste Pierre Jolivet. Alors que bien des années en arrière il monte à Paris, qu'il y obtient un emploi de régisseur sur les tournées de l'humoriste Coluche, et qu'il intègre le fameux Court Florent à la sortie duquel il n'obtient malheureusement pas la reconnaissance méritée de ses pairs, Vincent Lindon commence tout d'abord par ramer. Des petits rôles, sans importances, mais qui façonnent les désirs de cet artiste qui au début des années quatre-vingt n'est pas encore connu du grand public. L'Addition de Denis Amar, Parole de Flic de José Pinheiro, Quelques jours avec Moi de Claude Sautet. Si les metteurs en scène demeurent frileux à l'idée de lui confier des rôles plus conséquents, le public le remarque. La scénariste Danièle Thompson également. La seule, en vérité, à croire en lui. C'est elle qui insistera auprès d'un Claude Pinoteau peu convaincu pour que Vincent Lindon soit l'interprète d'Edouard Jansen, le personnage auquel devra donner la réplique la déjà fort célèbre Sophie Marceau dans L’Étudiante. Bien en a pris à la scénariste d'avoir confiance en ce jeune acteur très prometteur puisque si les attentes des producteurs n'ont semble-t-il pas été comblées, le public, lui, a suivi avec intérêts la jolie romance de fiction entre Sophie Marceau et Vincent Lindon qu'un individu assez peu courtois du Court Florent avait prédit qu'il n’enlacerait jamais de belles femmes.
Claude Lelouch, Diane Kurys, Jacques Deray, et quelques autres encore lui confient des rôles de plus ou moindre importance. Puis arrive l'année 1992 et le film La Crise de Coline Serreau. Un véritable parcours du combattant. Un chemin de croix pour Vincent Lindon qui veut absolument obtenir le rôle. A force de persévérance, et malgré les réticences des débuts de la réalisatrice, on le découvre donc cette année là dans la peau de Victor, aux côtés de Zabou et de Patrick Timsit. Quatre ans plus tard, Coline Serreau lui confiera même l'un des principaux rôle dans La Belle Verte qu'elle interprétera d'ailleurs elle aussi.

C'est alors qu'entre dans sa vie professionnelle le cinéaste, acteur et scénariste Pierre Jolivet, frère du célèbre humoriste Marc Jolivet. L'auteur de Force Majeure a cinq films au compteur lorsqu'il fait appel à Vincent Lindon pour interpréter le rôle de Fred dans le film éponyme. Terminée la comédie. Si le film est loin d'être aussi sombre et définitif que l'excellent Série Noire qu'Alain Corneau réalisa dix-huit ans auparavant, on retrouve cependant ce type de personnage tout à fait banal voyant son univers (déjà particulièrement fragile) s'écrouler du jour au lendemain. Une descente aux enfers ancrée dans la réalité puisque évoquant des faits de société qui à l'époque, déjà, faisaient partie de l'actualité. Chômage, fermeture d'usine, difficultés financières, mais également dégradation de la cellule familiale. Quoique à propos de cette dernière, on ne peut pas dire que Pierre Jolivet se soit véritablement acharné sur le couple que forment Vincent Lindon et la charmante et talentueuse Clothilde Courau.
Face à cet individu, cet anti-héros qui recherchera très souvent une porte de sortie plutôt que d'affronter les dangers, l'excellent François Berléand. Flic désabusé, alcoolique,et dont les intentions demeurent difficiles à cerner. Et puis Stéphane Jobert, dans le rôle de Michel, l'ami pour lequel Fred « accepte » de se foutre dans la merde. On remarquera aussi la présence de Roschdy Zem, ce très précieux acteur franco-marocain qui en 1997, n'a qu'une dizaine de longs-métrages à son actif. Pierre Jolivet réunira deux fois encore Vincent Lindon et lui. Deux ans plus tard dans Ma Petite Entreprise, et en 2002 avec Filles Uniques. Fred est une très bonne surprise, qui présente un Vincent Lindon très charismatique, et prouvant sa capacité à se fondre dans des personnages chaque fois différents. Le film de Pierre Jolivet n'est cependant pas exempt de défauts. Il lui arrive parfois d'avoir des coups de mou. Heureusement, fort minimes mais tout de même. On a la forte impression que le scénario ne tient que sur un minuscule bout de papier. L'occasion finalement pour ses interprètes d'y montrer tous leurs talents puisque au final, Fred se révèle plutôt intéressant. Pas le meilleur de sa catégorie, mais une première rencontre entre un Pierre Jolivet et un Vincent Lindon dont la collaboration s’étendra sur cinq longs-métrages, entre 1997 et 2007...

mardi 10 octobre 2017

Hommage à Jean Rochefort: Les Grands Ducs de Patrice Leconte (1996) - ★★★★★★★☆☆☆



Au beau milieu de sa carrière de cinéaste, le français Patrice Leconte tourne Les Grands Ducs en roue libre. Hommage apparent au théâtre de boulevard, mais surtout amour évident pour un trio d'acteurs vieillissant, parmi les plus importants du panorama français, cette petite comédie tournée à la manière d'une pièce de théâtre a tout pour séduire. La vieille garde y croise la route de jeune interprètes (Clothilde Courau qui n'a débuté sa carrière au cinéma que huit ans plus tôt avec Le Petit Criminel de Jacques Doillon, les personnages campés par ses illustres partenaires décidant de prendre le sien sous leur aile), et d'acteurs confirmés (au hasard, Catherine Jacob en Carla Milo, fausse jumelle de la célèbre et fictive cantatrice Bianca Castafiore créée par le dessinateur belge Hergé. Ou encore Michel Blanc dans le rôle du méchant producteur qui tente de tout faire capoter.

Trois acteurs vieillissant donc, qui pour se donner l'impression d'être encore « capables », acceptent chacun de jouer dans une pièce de théâtre minable. Débutent alors les répétitions. Douloureuses. Avec un Jean-Pierre Marielle irascible, incontrôlable et accaparé par la coqueluche que son petit-fils a contracté. Un Philippe Noiret victime d'un trac immense. Et un Jean Rochefort en séducteur ringard et qui adapte le texte à son goût. Face à ces trois là donc, l'actrice Catherine Jacob. LA star de la pièce. Orgueilleuse et nymphomane, elle est la proie d'un Michel Blanc qui va lui causer bien des ennuis. Hanche démise, bras cassé, jambe dans le plâtre, la comédienne, pourtant, résiste.
En terme de répliques, ça n'est ni du Michel Audiard, ni du Bertrand Blier, mais tout de même, on passe un agréable moment devant ce trio de personnages qui cabotinent, chacun à leur manière.


Tandis que l'on a la curieuse impression d'assister à un document, certes barré, sur les conditions de répétitions d'une pièce de théâtre, il y a dans cet espace exigu que représentent les coulisses et la scène en elles-mêmes, l'idée de partager un moment d'intimité avec une troupe de théâtre aux personnalités diverses. Des tempéraments, des humeurs, des envies différents qui compliquent la tâche du régisseur et de toute l'équipe (l'habilleuse, l'administrateur, etc...) qui, dans l'ombre travaillent ensemble pour donner sa cohérence à une pièce relativement médiocre. Il y a pire que le producteur qui, aux aboies, aimerait faire jouer l'assurance en faisant couler la boite. Si l'on peut comprendre ses motivations, la suffisance du metteur en scène interprété par Olivier Pajot a de quoi irriter. Les Grands Ducs n'est certes pas la plus belle réussite de son auteur, le film permet cependant de passer un agréable moment de détente.
Et si les répliques semblent parfois d'un goût douteux ou d'une relative faiblesse, elles ne font qu'exagérer l'aspect ringard de la pièce et de ceux qui l'interprètent. Unir Jean-Pierre Marielle, Philippe Noiret, Jean Rochefort et Catherine Jacob dans un même long-métrage est la meilleure idée qu'ait eu le cinéaste Patrice Leconte ici...
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