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dimanche 2 février 2025

Un dimanche de flic de Michel Vianey et Patrick Meunier (1981) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Allez, on aborde cette fois-ci un thriller français qui me semble-t-il demeure relativement méconnu. Au delà de l’ambiguïté du titre qui voudrait que des personnes dépositaires de l'autorité chargées d'intervenir au cours de situations d'urgence ou de prévention seraient corrompues, Un dimanche de flic n'en est pas moins une curiosité en ce sens où trois ans avant que ne sorte sur les écrans français la comédie culte de Claude Zidi Les ripoux (avec Philippe Noiret,Thierry Lhermitte, Régine et Grace de Capitani), le film de Michel Vianey co-réalisé aux côtés de Patrick Meunier traite en partie de ce même sujet tout en l'abordant sous un angle beaucoup moins amusant. Sans être pessimiste au point d'atteindre le degré de noirceur d'un Bad Lieutenant signé beaucoup plus tard par l'américain Abel Ferrara, Un dimanche de flic présente deux commissaires qui un dimanche, et sur proposition de l'un d'eux, prennent la décision de braquer des malfrats qui s'apprêtent à faire un échange entre deux mallettes. L'une contenant de la drogue et la seconde une très grosse somme d'argent. Le long-métrage présente à l'image Victor Lanoux dans le rôle de Franck Lazare tandis que Jean Rochefort incarne de son coté celui de Ruppert. Le premier est demeuré jusqu'à maintenant célibataire tandis que le second vit officiellement avec Patricia (l'actrice allemande Barbara Sukowa) et son fils David (Emmanuel Curtil) tout en fréquentant Dominique (Corinne Brodbeck) avec laquelle il semble avoir désormais décidé de faire sa vie. Une jeune femme décrite comme consommatrice de marijuana et plutôt délurée puisque couchant avec divers hommes dans le dos de Rupert. Bref, une véritable nymphomane, quoi ! Fred, un flic retraité incarné par Maurice Biraud est à l'origine du coup que s'apprêtent à faire les deux amis et collègues policiers. C'est donc tous ensemble qu'ils vont se saisir de l'occasion de se faire de l'argent bien que Lazare ne soit pas trop à l'aise à l'idée de participer. Une fois l'argent et la drogue récupérés, les trois hommes se rendent rapidement compte de l'erreur qu'ils viennent de commettre.


Surtout Lazare et Rupert puisque Fred n'aura pas eu le temps de voir venir la mort. En effet, son cadavre est déposé, défiguré, dans la poubelle du premier. Un avertissement servant de moyen de pression sur ses deux complices. En effet, Viktor Madona dit ''l'avocat'' (l'acteur allemand Armin Mueller-Stahl) a l'intention de récupérer son argent. Quoi qu'il en coûte. Et même si pour cela il doit faire appel à Dansevitch, jeune voyou très violent, lequel va s'approcher de l'entourage des deux flics afin de les convaincre de rendre la mallette qu'ils ont dérobé au truand. Un Dansevitch interprété par l'excellent Jean-Roger Milo, généralement très à l'aise dans ce type de rôles puisque un an auparavant il avait notamment incarné le rôle de Samson Balestra dans l'excellent Vigilante signé de Jean-Claude Missiaen, Tir Groupé. Œuvre dans laquelle il interprétait tout comme Dominique Pinon dans le rôle de Daniel Verlot, une petite frappe devenue responsable d'une agression sexuelle suivie d'un meurtre sur la personne de Carine Ferrand (Véronique Jannot). Confrontés à Antoine Béranger (Gérard Lanvin), Samson y trouvait la mort par vengeance du compagnon de la jeune femme. Désormais sous les traits de Dansevitch, l'acteur suit donc de très près Victor Lanoux dont il traite le personnage avec un calme étonnant malgré la violence qui sourde en lui. Un tueur à gages aux méthodes parfois étonnantes (il défigura Fred à l'aide d'un trousseau de clés), subtil lorsque cela semble nécessaire mais aussi et surtout assez flippant (la séquence lors de laquelle il menace Lazare d'un fusil de chasse). Le duo Victor Lanoux/Jean Rochefort fonctionne plutôt bien même si leurs personnages respectifs sont généralement antinomiques. Si Un dimanche de flic démarre assez mal le film repose par la suite sur l'épée de Damoclès qui trône au dessus de la tête de nos deux ''ripoux du dimanche''... Moins drôle qu'il pouvait en avoir l'air dans ses prémices, le spectateur devine assez rapidement la manière dont sera conclue l'intrigue. Entre un Lazare préoccupé par sa survie et la sécurité de son entourage et un Jean Rochefort détaché vis à vis des menaces qu'il reçoit, il est fort à parier que l'un d'eux au moins finira une balle entre les deux yeux...

 

mardi 21 janvier 2025

Bertrand Blier (1939-2025)

 


 

Quand on aime l'américain David Lynch et le français Bertrand Blier et quand l'un meurt le 15 janvier 2024 et le second seulement six jours plus tard, on pourrait presque croire à une morbide machination visant à briser le moral d'un cinéphile ! Changeant rapidement de braquet après le pourtant très réussi Si j'étais un espion réalisé en 1967, le fils de l'un de nos plus illustres anciens interprètes du nom de Bernard Blier s'est fait le chantre hexagonal de la provocation. Scénariste chez les autres (Laisse aller... c'est une valse de Georges Lautner en 1971, Debout les crabes, la mer monte! de Jean-Jacques Grand-Jouan en 1983 ou encore Grosse fatigue de Michel Blanc en 1994), Bertrand Blier a toujours su se réserver la crème de ses écrits. Comme Les valseuses, adapté à l'écran deux ans après sa parution dans les librairies. Ou bien Beau-père en 1981 et Les côtelettes en 1997. Sans compter ceux qui n'eurent pas les honneurs d'une adaptation sur grand écran, comme Fragile des bronches, paru voilà deux ans. Si la carrière du réalisateur et ''fils de'' rencontra quelques malheureuses difficultés au cinéma (son dernier long-métrage Convoi exceptionnel datant de 2019 était objectivement très mauvais), Bertrand Blier aura asséné quelques uppercuts que le grand public à cependant l'habitude de réduire au seul Les Valseuses. Film pas tout à fait unique en son genre comme les prouveront certaines de ses œuvres à venir, ce fut surtout l'occasion de découvrir pour la première véritable fois un trio d'acteurs extraordinaires : Miou-Miou, Gérard Depardieu et Patrick Dewaere. Un souffre d'air frais, libertaire, dans un contexte social moribond fait en outre de délation. Liberté sexuelle et petite délinquance copulèrent et donnèrent ainsi naissance à l'un des grand mythes du cinéma français. Homme de théâtre, d'écriture et donc de cinéma, Bertrand Blier n'a jamais cessé de vouloir bousculer les convenances. Envisageait-il d'ailleurs ainsi consciemment cet aspect de son travail ? Toujours est-il que les féministes ruèrent dans les brancards à la sortie du jouissif Calmos en 1976. Modèle de misogynie et d'anti-féminisme assumé par le réalisateur et par ses interprètes.


À commencer par Jean-pierre Marielle et Jean Rochefort, bien entendu. Deux autres Grands Messieurs du cinéma français.Avec un Gérard Jugnot se fondant dans une peau en simili-collaborationnisme quand les femmes y décident de prendre les armes pour contre-attaquer. Mais qui donc à la place de Bertrand Blier aurait-il osé prendre soin de ses personnages en les abritant dans un vagin aux dimensions d'une grotte ? Bertrand Blier a ensuite déroulé toute une série de longs-métrages aussi indispensables que ces deux précédentes pépites. L'on songe bien entendu à Préparez vos mouchoirs dans lequel, cette fois-ci, Gérard Depardieu et Patrick Deweare rencontraient la délicieuse canadienne Carole Laure. Misogyne, Blier ? Rien n'est moins sûr. Surtout si l'on s'arrête un instant sur le regard qu'il posa sur ses héroïnes. De la frigide Marie des Valseuses à la triste incarnation de Carole Laure dans ce film sorti cette fois-ci en 1978. Sans oublier, plus tard, Isabelle Huppert/Viviane dans La femme de mon pote, Nathalie Baye qui interprèta un triple rôle dans Notre amour en 1984 ou plus loin encore lorsqu'en 1991 il offrait les deux principaux rôles à des femmes dans le sublime Merci la vie en les personnes de Charlotte Gainsbourg et... Anouk Grinberg qui à l'époque ne fut rien moins que sa compagne. Une partenaire dans la vie à laquelle il offrit encore juste après deux des principaux rôles dans Un, deux, trois soleil et Mon homme (qu'elle incarna aux côtés de Gérard Lanvin). Défiant le public en lui proposant une étonnante mise en abîme à la toute fin du siècle dernier avec Les acteurs, dans lequel une myriade d'interprètes se croisaient dans leur propre rôle. Depuis quelques temps, alors, les projets s'espacèrent. Avec plus ou moins de bonheur (Les côtelettes vaut davantage pour sa version théâtrale que son adaptation sur grand écran en 2003). Sept ans plus tard, plus cynique que jamais, il signa Le bruit des glaçons dans lequel Charles Faulque (Jean Dujardin) recevait la visite... de son cancer (Albert Dupontel).


Entre 2003 et 2010 sortait Combien tu m'aimes ?, sans doute le plus mal aimé de sa filmographie mais pourtant sans doute aussi, l'un de ses plus émouvants avec Trop belle pour toi en 1989 et dans lequel Bertrand Blier traitait avec une infinie subtilité la question de la beauté. En 1986 sortait Tenue de soirée, sans doute le film-somme d'une carrière passée et à l'époque, à venir. Tout Blier y est condensé dans une comédie noire d'une profondeur inouïe et dont l'écriture fut magistrale. Presque autant que celle de Buffet Froid qui reste sans doute le meilleur film du cinéaste français. Un immense chef-d’œuvre dont la chaleur est proportionnellement inverse à celle de ses plus beaux poèmes cinématographiques. Un film fait de béton, dans des grands ensembles et des lotissements qui enserrent leurs personnages. Un véritable monument, à l'écriture aussi incisive que puisse l'être l'interprétation générale et habité par son trio de tête, Gérard Depardieu, Bernard Blier et Jean Carmet. Chaque actrice et acteur y trouvant le terreau pour y donner le meilleur d'entre eux. C'est donc une nouvelle fois un génie du cinéma qui nous quitte en ce mois de janvier 2025. Un homme dont la reconnaissance aura dépassé les frontières de l'hexagone, jusqu'à inspirer en 2018 à John Turturro le long-métrage The Jesus Rolls, remake des Valseuses... Adieu Monsieur Blier. Je crois bien qu'en allant rejoindre votre père là-haut, vous pourrez désormais vous fendre ensemble la gueule en vous penchant sur ceux qui vous succéderont sur notre bonne vieille Terre...

 

mardi 24 octobre 2023

La galette du roi de Jean-Michel Ribes (1986) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

 

Huitième réalisation de Jean-Michel Ribes, La galette du roi précède de deux ans la série télévisée Palace que les cinquantenaires et plus connaissent forcément. L'une des particularités du cinéma du réalisateur et scénariste français est le foisonnement d'interprètes qui apparaissent généralement dans chacun de ses films. Jean-Michel Ribes aura surtout œuvré pour le petit écran mais les amateurs des salles obscures auront malgré tout eu l'opportunité de découvrir certaines de ses œuvres au cinéma à l'image des sympathiques Musée haut, musée bas en 2005 et de Brèves de comptoir en 2014. La galette du roi est le second véritable long-métrage de Jean-Michel Ribes qui débuta dans la mise en scène sept ans auparavant en tournant son premier film Rien ne va plus qu'il écrivit en compagnie de l'acteur Philippe Khorsand que l'on retrouve justement ici dans le rôle de l'un des trois gardes du corps chargés de protéger le roi du surgelé Victor Harris (Roger Hanin) et du réalisateur Laurent Heynemann auquel on doit notamment d'avoir mis en scène l'excellent Les mois d'avril sont meurtrier en 1987. Sur le ton de la comédie, La galette du roi met en scène une tribu importante de personnages majoritairement installés sur l'île imaginaire de Corsalina où vit principalement le roi Arnold III qu'incarne Jean Rochefort. Sa fille Maria-Helena (l'actrice Pauline Laffont) doit prochainement épouser Jérémie Harris (Christophe Bourseiller), le fils de Victor Harris. Les pères de l'un et l'autre des futurs jeunes époux supposent alors pouvoir bénéficier de la dot qu'apportera leur union. Car si le roi de Corsalina et celui du surgelé se montrent empressés, c'est parce qu'ils ont le couteau sous la gorge. En effet, le premier est redevable d'une très forte somme d'argent qu'il doit rembourser au mafioso Jo Longo (Eddy Mitchell) tandis que le second est pressé par les banques de rembourser ses dettes. Afin de protéger l'arrivée de Victor Harris sur l'île, trois hommes sont engagés : Léo (Pierre-Loup Rajot), Clermont (Philippe Khorsand) et celui que l'on surnomme L'élégant (Jean-Pierre Bacri).


L'arrivée sur l'île du prince Utte de Danemark risque en revanche de remettre en cause les épousailles de Maria-Héléna et Jérémie. En effet, l'homme est très amoureux de la jeune femme qui elle-même ne semble pas indifférente aux ''charmes'' du scandinave. Un danois interprété par Jacques Villeret qui trois ans après avoir incarné le personnage de Reichsminister Ludwig von Apfelstrudel dans Papy fait de la résistance de Jean-Marie Poiré est une nouvelle fois grimé en un improbable personnage. On ne croit évidemment pas à cette amourette entre ce petit bonhomme excentrique et légèrement bedonnant et cette Marilyn ''Made in France'' mais cela participe de cet univers totalement bancal que viennent de créer Jean-Michel Ribes, Philippe Khorsand et Laurent Heynemann. Le réalisateur et scénariste en profite pour intégrer au récit quelques interprètes qu'il retrouvera deux ans plus tard dans la série Palace. C'est ainsi que l'on découvre donc Philippe Khorsand qui en 1988 et 1989 et sous le nom de Monsieur Lox aura la tâche ô combien difficile d'assurer la direction du palace tandis que Laurent Spielvogel qui dans La galette du roi incarne le rôle de Chanterelle interprétera celui du maître de Rang Gontran dans la série télévisée. Il demeure difficile d'évaluer très objectivement les qualités artistiques du second long-métrage de Jean-Michel Ribes tant il se fond dans un univers volontairement absurde. Certains bons mots côtoient donc la comédie dans ce qu'elle peut avoir parfois de plus nanardesque. Dans l'ensemble, La galette du roi se regarde avec l'esprit du circonspect qui se demande ce qui lui est passé par la tête de se lancer dans une telle projection. Surtout, le film a bien mal vieilli. Mais si l'on scrute dans le détail, certains passages peuvent, au mieux, s'avérer amusants. À l'image d'Eddy Mitchell et de son personnage de mafieux un brin précieux qui ne se déplace jamais sans son peigne, de Jacques Villeret et de son improbable chevelure ''dorée'' ou encore de Claude Piéplu et sa célébrissime voix. On sent bien que les interprètes ont pris du plaisir à se réunir autour d'un projet totalement délirant. Mais cela suffit-il à faire de La galette du roi une comédie réussie ? Pas vraiment car rire ou sourire y est devenu une denrée si rare que l'occasion de faire travailler ses zygomatiques y sera quasiment absente...

 

samedi 7 janvier 2023

Tandem de Patrice Leconte (1987) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Scénariste et réalisateur, Patrice Leconte à débuté sa carrière aux côtés des membres de la Troupe du Splendid. Enfin... presque. Car avant cela, il mit en scène Coluche et Jean Rochefort dans la comédie Les vécés étaient fermés de l'intérieur en 1976. On le retrouve ensuite aux commandes des deux comédies cultes Les bronzés et Les bronzés font du ski en 1978 et 1979. Sa carrière est donc lancée et alors qu'on aurait pu l'imaginer se complaire dans un genre unique, il a prouvé à maintes reprises qu'il était capable d'écrire et réaliser sur des sujets beaucoup plus graves. Celui de Tandem l'est-il pour autant ? Alors qu'il s'est ''séparé'' de la Troupe du Splendid pour ne plus employer parmi ses membres que l'acteur Michel Blanc durant les années qui vont suivre avec le tout aussi culte Viens chez moi, j'habite chez une copine, c'est pourtant à Gérard Jugnot qu'il confiera en 1987 le rôle de Rivetot, ingénieur du son d'une émission de radio-crochet dont l'animateur Michel Mortez sera quant à lui interprété par Jean Rochefort qu'il retrouve donc onze années après ses débuts de réalisateur et scénariste sur grand écran. Sans être le brouillon de l'inquiétant Monsieur Hire qu'il réalisera deux ans plus tard et dans lequel le public retrouvera un Michel Blanc proprement stupéfiant, Tandem est déjà nettement moins désopilant que ce à quoi nous avait habitué le cinéaste. D'emblée, lorsque les premiers accords du formidable '' Il mio rifugio'' du chanteur italien Richard Cocciante arrivent à nos oreilles, Patrice Leconte imprime une atmosphère qui jamais ne quittera ses personnages. Sur les routes de France, l'animateur et le technicien s'arrêtent quotidiennement dans divers villages pour y animer l'émission ''La Langue au chat'' (le film s'inspire d'ailleurs de l'animateur radio Lucien Jeunesse et du Jeu des mille francs). Le principe est simple : tandis que Rivetot s'assure de la bonne diffusion du programme sur les ondes radio, Michel Mortez questionne des candidats triés parmi les habitants du coin, lesquels s'affrontent avec l'espoir de remporter le concours et ainsi gagner de l'argent. Mais un jour, Rivetot apprend que l'émission va être supprimée. Depuis vingts-cinq ans que Michel Mortez l'anime, le technicien ne se sent pas le courage de lui dire et garde secrète la mauvaise nouvelle...


Avec Tandem, Patrice Leconte offre à ses deux principaux personnages parmi les rôles les plus touchants qu'ils auront eu à interpréter durant leur carrière. Plus tard, Gérard Jugnot se souviendra sans doute de l'étrange relation entre ces deux personnages au moment de réaliser et d'interpréter son magnifique Une époque formidable. Quant à Jean Rochefort, le réalisateur et scénariste lui offrira neuf ans plus tard un rôle presque similaire dans la comédie Les grands ducs. Mais en 1987, c'est aussi et surtout aux spectateurs que Patrice Leconte soumettait une œuvre absolument remarquable. Bouleversante, humaine, mais au final, assez peu amusante. Car au contraire, le récit s'avère tragique et c'est sans compter sur la propension du réalisateur à appuyer là où ça fait mal que le film diffuse un parfum de monotonie aussi durable qu'inconfortable. Il faut alors tout le génie d'un Jean Rochefort/Michel Mortez en perpétuelle représentation pour nous arracher des sourires et toute l'humanité d'un Gérard Jugnot/Rivetot pour nous convaincre de l'humanité d'un tel sujet. Patrice Leconte se fait ici le chantre de la mélancolie. L'ambiance morose aurait pu transformer Tandem en œuvre authentiquement cafardeuse mais pourtant, le miracle a bien lieu. Jean Rochefort est sublime en animateur ringard, aux cheveux gominés, criant son amour au téléphone pour celle qu'il aime et son rejet des familles de français moyens qui déjeunent sur le bord des routes, parfois pris de crises de panique (la chambre d’hôtel) et par les jeux d'argent. Face à lui, un Gérard Jugnot qui encaisse les coups. Lumineux, indulgent... Ce tandem que forment les deux acteurs efface bien évidemment tous ceux que côtoient les personnages qu'ils interprètent. Et pourtant, passent à l'image Jean-Claude Dreyfus en infecte conseiller municipal lors d'un éprouvant dîner, Ged Marlon en pique-niqueur, et quelques autres actrices et acteurs qui servent la soupe à ces deux grands acteurs français. Tandem, c'est l'histoire d'une belle amitié que le spectateur verra plus ''vraie'', plus ''sincère'' que ne semble l'imaginer le personnage incarné par Jean Rochefort. En changeant de registre, Patrice Leconte prouve en 1987 qu'il n'est pas condamné au seul registre de la comédie et signe cette année là, l'un de ses plus beaux films...

 

dimanche 16 octobre 2022

Cible émouvante de Claude Zidi (1993) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Thierry Deroc de Plebelecq, Gérard Gallois, Francis Carlier et Daniel Boutineau sont tous les quatre d'anciens camarades et étudiants de l'École des hautes études commerciales de Paris (HEC). Amis, ils ont réussi dans la vie. Du moins, les trois premiers puisque Daniel ne semble avoir connu que bévues et désillusions. Mais ce soir, les choses vont changer. Alors que ses trois compagnons refusent de participer à un projet d'achat visant la construction d'un parc d'attraction, Daniel a la chance de gagner le jackpot au Loto. Des millions de francs qui vont lui permettre de faire immédiatement affaire avec Bernard Hassler. Un ancien camarade qui comme la bande des quatre a lui aussi étudié à HEC et qui depuis est devenu un puissant homme d'affaire. Mais malheureusement pour lui, Daniel vient d'être la victime d'une blague stupide de la part des trois autres qui se sont débrouillés pour faire un faux tirage du Loto visant à faire croire à leur ami qu'il a gagné la plus grosse somme mise en jeu ! Ayant mis sur la table des négociations avec Bernard Hassler un gros chèque mais aussi et surtout le magasin de sa mère, Daniel est anéanti. C'est ainsi qu'il retrouve ses trois amis après avoir compris qu'ils lui ont fait une mauvaise plaisanterie. Dès lors, Thierry et Gérard vont se démener pour arranger les choses. À commencer par récupérer le contrat que Daniel a signé avec ce requin de Bernard Hassler. Et que ce dernier garde en sécurité chez lui, enfermé dans un coffre... Spécialiste de la comédie hexagonale, le réalisateur français Claude Zidi aura durant sa carrière enchaîné les succès populaires. Parmi ces derniers, L'aile ou la cuisse avec Louis de Funès, Les sous-doués avec (entre autres) Daniel Auteuil, Inspecteur la Bavure avec le duo Gérard Depardieu et Coluche ou en 1984 avec l'immense succès, Les ripoux, interprété par Philippe Noiret et Thierry Lhermitte. Après le peu convainquant Les rois du gag l'année suivante, il réalise en 1987 Association de malfaiteurs et change, avec ce long-métrage, de registre. Sans être d'une indicible noirceur puisque l’œuvre n'est pas dénuée d'un certain humour, ce nouveau film de Claude Zidi est surtout un thriller dans lequel deux hommes d'affaire vont mettre à jours les magouilles d'un troisième. Le Bernard Hassler. en question qu'interprète le toujours épatant Jean-Pierre Bisson. Une pourriture comme le septième art en charrie régulièrement. Un homme aux dents acérées qui ne connaît ni la pitié, ni les remords. D'une assurance et d'un égocentrisme qui confinent au génie, le bonhomme tentera d'ailleurs vainement de séduire l'actrice Claire Nebout (Orages d'été) qui dans le rôle de Claire Decker-Giraudy s'avérera être la fiancée de Thierry !


Ce qui d'emblée séduit dans Association de malfaiteurs, c'est son impeccable casting constitué d'interprètes couramment employés dans les années quatre-vingt. Outre ceux déjà cités ci-dessus l'on retrouve également Christophe Malavoy dans le rôle de Gérard, Véronique Genest dans celui de la commissaire Monique Lemercier (cinq avant d'entamer pour douze années de suite le personnage de Julie Lescaut, autre célèbre commissaire de police), Jean-Claude Leguay dans la peau de ce pauvre Daniel ou encore Roger Dumas dans celle du super-intendant Brunet (son personnage croisera en outre furtivement la route d'un avocat véreux avant d'en devenir un lui même dans la série télévisée Orages d'été (encore elle) deux ans plus tard... Dans mes plus lointains souvenirs, j'en avais conservé un très bon de ce long-métrage il est vrai, loin d'égaler les meilleurs films de Claude Zidi. Il était donc logique qu'un jour je m'y replonge et, sans avoir été déçu de constater qu'à mes yeux il avait perdu de sa superbe, l'effet est quand même moins puissant qu'à l'époque. On se rend compte aujourd'hui de la faiblesse de l'intrigue reposant pourtant sur un événement qui aurait pu être à l'origine d'une machination diabolique. Pourtant, les situations s'enchaînent sans grand bouleversement. Chaque fois que le scénario de Michel Fabre, Didier Kaminka, Simon Michaël et Claude Zidi lui-même entreprend une action, on a le sentiment que le réalisateur ne va pas au bout de ses intentions. Qu'il s'agisse de la ''relation'' entre Hassier et Claire, des documents qu'ont en main un temps Thierry et Gérard, ou de tout autre événement, Claude Zidi semble n'avoir pas les épaules pour les exploiter jusqu'au bout. Mais en fait, tout ceci n'a rien de vraiment grave puisque Association de malfaiteurs est d'abord une œuvre légère comme savait si bien en concocter le réalisateur. Une comédie policière populaire parfaitement interprétée (notons également la présence de l'acteur Hubert Deschamps dans le rôle de l'oncle de Gérard, Tonton Gadin). Association de malfaiteurs demeure de nos jours un excellent divertissement qui a peut-être juste un tout petit peu perdu de son éclat...

 

mercredi 27 novembre 2019

Comment Réussir Quand on est Con et Pleurnichard de Michel Audiard (1974) - ★★★★★★★☆☆☆



Avant dernier long-métrage du scénariste, dialoguiste et réalisateur français Michel Audiard, Comment Réussir Quand on est Con et Pleurnichard est de ces œuvre totalement absurdes qui reposent davantage sur l'interprétation que sur la mise en scène. Ce qui, de ce point de vue, est plutôt une très bonne nouvelle si l'on tient compte du fait que Michel Audiard n'a jamais été un très bon cinéaste. Parti de là, le spectateur se retrouve plongé dans une aventure pittoresque, pas tout à fait digne du surréaliste (et chef-d’œuvre de Bertrand Blier) Buffet Froid ou de Calmos. Certains trouveront sans doute que j’exagère et c'est pourquoi, j'arrêterai là, la comparaison. Michel Audiard fait de petits individus sans envergure, les héros d'un récit sans histoire. Ou si petite soit elle. De ces êtres qui se cherchent l'âme sœur sans jamais pouvoir réellement la trouver, à quelques rarissimes exceptions prêt. Comment Réussir Quand on est Con et Pleurnichard, c'est encore une fois pour le réalisateur, l'occasion de s'offrir un casting de choix : Jean Carmet, Evelyne Buyle, Jean-Pierre Marielle, Stéphane Audran, Jean Rochefort et Jane Birkin. Trois couples mal assortis. Comme les pièces d'un puzzle mal assemblées.

Le premier réunis Antoine Robinaud et Marie-Josée Mulot. En fait de couple, c'est parler un peu trop rapidement. Un dîner, un soir sur deux, voilà à quoi tient la relation entre ce petit vendeur de vin dégueulasse offrant une horloge pour l'achat de deux caisse de son ''vinaigre'' et une employée de l'hôtel PLM. Le second est formé autour de Gérard Malempin et son épouse Cécile. Directeur de l'hôtel PLM, lui se farcie l'employée en question tandis que Cécile se console auprès du petit vendeur de spiritueux, poète à ses heures. Quant au troisième, il est constitué de deux des plus improbables personnalités du long-métrage puisque Jane n'est attirée que par les ratés, ce que s'efforce d'être son compagnon Foisnard. Tout ce petit monde, s'échange, s'examine sous toutes les coutures (on appréciera le show érotique et la cambrure de Jane Birkin lors duquel on découvrira Jean-Claude Dreyfus en transformiste), pour finir par faire éclater les couples et en fabriquer de nouveaux.

Les dialogues ne sont pas les plus remarquables qu'ait écrit Michel Audiard, mais quand même au dessus de tous les autres, Comment Réussir Quand on est Con et Pleurnichard demeure un florilège de bons mots qu'il serait dommage d'ignorer face à la qualité plus que discutable de sa mise en scène. Jean Carmet est irrésistible, Jane Birkin et Stéphane Audran sont sexy, Jean-Pierre Marielle fidèle à ses personnages de beaufs, Jean Rochefort usé, fatigué, mal rasé, exquis, Évelyne Buyle fameuse en suicidaire qui rate chaque tentative, testant l'eau, le gaz et l'électricité. Et l'on ne compte pas les seconds rôle auxquels le réalisateur offre des dialogues aux petits oignons : Daniel Prévost et Robert Dalban en premier lieu. Comment Réussir Quand on est Con et Pleurnichard est de ces films d'une autre époque, qui a peut-être vieilli, mais qui faisait preuve d'une imagination folle et d'une liberté de ton totale. Un tout petit film culte !

mardi 3 juillet 2018

Nous Irons tous au Paradis d'Yves Robert (1977) - ★★★★★★★☆☆☆



On ne sait si le temps est passé à la même vitesse qu'entre les deux longs-métrages Un Éléphant ça Trompe Énormément et Nous irons tous au Paradis, mais en tout cas, nous retrouvons un an après la sortie du premier, nos quatre personnages toujours incarnés à l'écran par Jean Rochefort (dont la voix-off continue de nous abreuver de ses pensées), Victor Lanoux, Guy Bedos et Claude Brasseur. Bouli vit désormais avec Daisy et s'apprête à divorcer d'avec Marie-Ange, laquelle s'est acoquinée avec un bien étrange personnage (claviériste dans un groupe de pop music comme le laisse supposer son accoutrement). Simon est toujours généraliste, toujours hypocondriaque, et éternellement victime de l'esprit possessif de sa mère à laquelle il a bien du mal à faire accepter l'idée qu'il puisse avoir une fiancée. Daniel ne cache plus son homosexualité même s'il tentera de 'rentrer' dans le rang en entretenant une curieuse relation avec sa supérieure, Marie-Christime Bosquet, interprétée par l'inquiétante italienne Gaby Sylvia (carrément flippante, ou du moins dérangeante à l'occasion de sa participation au long-métrage). Quant à Étienne, son histoire avec Charlotte faisant partie du passé (Anny Duperey ne fait d'ailleurs plus partie du casting), le voici qui endosse désormais le costume de mari trompé. Du moins est-ce ainsi que l'on conçoit son personnage durant une bonne partie du long-métrage durant laquelle, on le retrouve vêtu d'un imperméable et d'une paire de lunettes noires, enquêtant lui-même sur son épouse. En effet, en fouillant dans le sac de Marthe à la demande express de celle-ci, Étienne tombe sur une photo compromettante où l'on peut la découvrir embrassant un inconnu. Pour Étienne, c'est la douche froide et le moment de se lancer dans des investigations.

Nous retrouvons également le personnage de Lucien, toujours interprété par l'excellent Christophe Bourseiller, une fois encore, l'air à moitié endormi (pour ne pas dire totalement), cette fois-ci au bras d'une toute jeune Josiane Balasko dans le rôle de la fiancée Josy, dont le caractère n'est pas sans rappeler celui qu'elle entretenait déjà l'année précédente dans le chef-d’œuvre de Roman Polanski, Le Locataire. Au passage, Yves Robert fait appel à Daniel Gélin et Jean-Pierre Castaldi (détruisant la voiture d’Étienne à coups de pieds et de poings) pour deux courtes scènes. Fort curieusement, Étienne a changé de profession sans que l'on en connaisse les raisons. Un détail qui n'a que peu d'importance puisque l'essentiel de l'intrigue repose une fois encore sur les rapports qu'entretiennent nos quatre amis. Victor Lanoux, Guy Bedos, Claude Brasseur et Jean Rochefort demeurent toujours aussi savoureux, ce dernier en remettant une couche entre l'image faussement reluisante qu'il fait de son personnage à travers ses commentaires en voix off, et la réalité exposée directement à l'écran. Guy Bedos lui aussi en rajoute dans le rôle de ce médecin généraliste se découvrant perpétuellement des maladies (savoureux passage se déroulant chez Daniel), ou dans sa délicate relation avec sa mère toujours aussi bien campée par Marthe Villalonga.

'Vous qui pénétrez dans mon cœur, ne faites pas attention au désordre'

Désormais, Jean-Loup Dabadie est seul à l'écriture du scénario tandis que la bande musicale est une fois encore l’œuvre du compositeur Vladimir Cosma. En matière de dialogue, c'est une fois encore Jean Rochefort qui de son suave timbre de conteur bénéficie des meilleurs répliques. Surtout lorsqu'il évoque certaines situations en demeurant absent du cadre, donnant lieu à des séquences dont le comique est exacerbé par le contraste entre ses dires et la réalité de ce qui se déroule devant la caméra. Evidemment, comme dans le premier volet, le personnage qu'incarne l'acteur s'offre le beau rôle tandis qu'il s'avère parfois pathétique.

Nous irons tous au Paradis est farci de scènes et répliques cultes. Inoubliable scène durant laquelle les quatre amis se rendent compte qu'ils ont été floués lors de l'achat de leur maison de campagne, pour ne citer que cet exemple. Cette suite est le compagnon idéal de Un Éléphant ça Trompe Énormément, et comme le diptyque du Grand Blond, (re)découvrir les deux volets dans les meilleures conditions est de les voir à la suite...

lundi 2 juillet 2018

Le Retour du Grand Blond d'Yves Robert (1974) - ★★★★★★★☆☆☆



Si Pierre Richard n'a pas joué dans beaucoup d’œuvres réalisées par l'acteur et réalisateur Yves Robert, il a cependant participé à quelques-une des plus populaires, et a même véritablement débuté une vraie carrière d'acteur chez lui en incarnant le personnage de Colibert aux côtés de Philippe Noiret dans Alexandre le Bienheureux en 1968. 1970 marque un tournant déterminant pour Pierre Richard qui en ce début des seventies réalise son tout premier long-métrage, Le Distrait, dont le personnage de Pierre Malaquet qu'il incarne à l'écran façonnera la personnalité d'une partie de ceux qu'il incarnera chez les autres ainsi que dans ses propres films. Deux ans plus tard, il incarnera pour la première fois à l'écran le personnage de Francis Perrin (qu'il reprendra à l'occasion de la suite, Le Retour..., ainsi que dans On Aura Tout Vu de Georges Lautner, Le Jouet de Francis Veber et La Chèvre du même réalisateur. Deux ans après le premier volet, gros succès commercial dépassant le millions d'entrées à sa sortie, Yves Robert met en chantier Le Retour du Grand Blond, toujours scénarisé par ses soins ainsi que par Francis Veber, et toujours incarné par Pierre Richard, la sublime Mireille Darc, Jean Rochefort, Jean Carmet et Paul le Person, lesquels sont désormais accompagnés de Michel Duchaussoy dans le rôle du Capitaine Gaston Cambrai, de Jean Bouise dans celui du ministre de la défense et le duo qui à l'occasion de ce second volet remplacera les interprètes qui incarnaient le binôme Chaperon et Poucet, Maurice Barrier et Jean Saudray, les acteurs Henri Guybet et Hervé Sand qui eux, incarnent Charmant et Prince.

Pour cette seconde aventure du grand blond Francis Perrin, le personnage interprété par Michel Duchaussoy tente de faire tomber le Colonel Toulouse en cherchant à prouver qu'il est responsable de la mort du Colonel Milan, savoureusement interprété par Bernard Blier dans le premier volet. Plus court d'une dizaine de minutes, Le Retour du Grand Blond est également légèrement en deçà du Grand Blond avec une Chaussure Noire en terme de qualité. Ce qui ne l'empêche pas d'être une très bonne suite, remplie d'excellents gags, à commencer par le héros lui-même, Francis Perrin, contraint d'obéir aux ordres de Toulouse s'il veut revoir la toujours aussi sensuelle Christine que le colonel a fait enlever.
Citer les nombreuses situations prêtant à rire et sourire prendrait une pleine page. Mais comment oublier les nombreuses scènes de Perrin échappant à la mort, à ce faux enterrement, cette fausse famille qu'on lui fait endosser et ce prêtre efféminé. Le grand blond débarquant à l'aéroport dans son costume d'agent secret (occasion pour le toujours impeccable Paul Le Person de surnommer Perrin, le grand blond avec une chaussure rouge), la rencontre avec le ministre, Jean Carmet ne sachant plus à qui se fier, ou encore l'anthologique scène de la fusillade montée de toutes pièces...

Lors du final, Yves Robert fait acte de présence dans le rôle du chef-d'orchestre. Bien que le film ait été tourné deux ans après le premier volet, les aventures de cette séquelles se situent deux mois seulement après la fin du Grand Blond avec une Chaussure Noire. Des trois diptyques que réalisera Yves Robert durant sa carrière, c'est le seul dont les deux volets n'auront pas été réalisés consécutivement puisque entre les deux, il réalisera un hommage aux seconds couteaux du septième art à travers Salut l'Artiste. Si l'on tend bien l'oreille, et que les rires n'étouffent pas le son du film (le cercueil insuffisamment rempli de cailloux), on entend très clairement les cloches de l'église sonner le thème principal du film composé par Vladimir Cosma. Bien que son personnage soit mort à la fin du premier volet, Bernard Blier fit part à Yve Robert de son désir de ré-endosser le costume de Milan pour cette suite, demande à laquelle il obtint le refus catégorique de la part du cinéaste qui lui répliqua cette phrase imparable : 'Impossible, tu es mort !'
Le Retour du Grand Blond, quarante-six ans après sa sortie, a conservé toutes ses qualités. Un film que l'on prend toujours autant de plaisir à (re)découvrrir, la meilleure approche étant de regarder les deux volets à la suite...


dimanche 17 juin 2018

Un Éléphant ça Trompe Énormément d'Yves Robert (1976) - ★★★★★★★☆☆☆



Jean Rochefort, Claude Brasseur, Guy Bedos, Victor Lanoux. Quatre grand acteurs français, et pourtant, je ne sais pas si tel est le cas de beaucoup de spectateurs, mais malgré l'immense talent de chacun, le film me renvoie surtout systématiquement aux fugaces apparitions de Christophe Bourseiller, qui bien avant d'être journaliste et écrivain, montait déjà sur les planches. Ou plutôt, traînait sur les plateaux de tournage. Dès l'âge de quatre ans d'ailleurs, sur celui de La Guerre des Boutons, déjà réalisé par Yves Robert. Ensuite, Godard, à trois reprises, puis de nouveau Yves Robert avec le diptyque dont j'évoquerai ici pour commencer, le premier volet, Un Éléphant ça Trompe Énormément. Le genre de classique de la comédie française indémodable cadrant son objectif sur quatre amis de longue date. Une chronique irrésistible commentée en voix off par un Jean Rochefort qui sans les images, paraîtrait beaucoup plus à son aise que son personnage ne le montre en réalité. Christophe Bourseiller donc, l'inoubliable documentaliste vouant un culte à l'inactivité, à l'absolu liberté de ne rien faire, le quatrième comparse du quatuor incarné à ses côtés par Patrick Bruel, Laurent Gamelon et Fabrice Luchini dans P.R.O.F.S, c'est ici ce gamin qui déclare sa flamme à l'épouse d’Étienne Dorsay (Jean Rochefort), incarnée à l'écran par Danièle Delorme, lui avouant être tombé amoureux de ses seins. Mais attention, surtout le gauche ! Aussi vif qu'un adolescent sous perfusion de valium, Christophe Bourseiller fait de chacune de ses interactions avec l'actrice, une scène définitivement culte ! On regrette de ne pas l'y voir incarner un personnage plus important, du moins, plus présent à l'écran. Quoique. Peut-être sont-ce ces instantanés d'une durée insuffisamment longue qui font justement le sel de ses apparitions.
Ce qui bien entendu n'évacue pas les autres interprètes qui, chacun à leur manière, vont apporter leur pierre à l'édifice. Et pour commencer, Jean Rochefort. Presque le personnage principal, se détachant quelque peu des trois autres, se fabriquant un portrait fort séduisant mais qui à l'image lui fait quelque peu défaut. Marié de longue date à Marthe, il est 'victime' ce que l'on a communément l'habitude d'appeler un 'coup de foudre'. Et ce coup de foudre, c'est Charlotte, une belle jeune femme, grande, élancée, incarnée par l'actrice Anny Duperey. Un bouleversement dans l'existence habituellement bien ordonnée d’Étienne, car cette femme, le mari heureux va chercher à la revoir...

Ensuite, nous retrouvons l'acteur humoriste Guy Bedos qui dans la peau de Simon est littéralement étouffé par sa mère, elle-même incarnée par Marthe Villalonga. Née en 1932 à Fort-de-l'Eau en Algérie, cette actrice célèbre pour avoir de nombreux seconds rôles n'est l’aînée de Guy Bedos que de deux ans, lui étant né en 1934. Et pourtant, le peu de différence qui sépare les deux interprètes demeure invisible. Ils campent tous les deux un formidable duo mère-fils, sans cesse tiraillé par les rapports beaucoup trop 'serrés' qu'ils entretiennent. Le troisième bon copain d’Étienne, c'est Bouly, incarné par Victor Lanoux. Contrairement à son ami qui va bientôt entamer sa première relation adultère, Bouly est un habitué de la chose. Ce qui mettra malheureusement son couple en péril. Enfin, il y a Daniel, interprété par Claude Brasseur. Le plus mystérieux des quatre hommes. On sait peu de choses sur le bonhomme, du moins jusqu'à ce que nous soit révélée son homosexualité. Comme le désirait l'acteur, qui contre l'avis de son agent accepta le rôle, il ne voulait surtout pas faire de Daniel, une image trop caricaturale de l'homosexuel. Le film bénéficiant ainsi d'un personnage conservant un certain mystère.

C'est la sixième fois qu'Yves Robert fait appel aux services de Vladimir Cosma pour composer la bande originale du film après, entre autres, Clérambard en 1969, et salut l'Artiste en 1973. Un Éléphant ça Trompe Énormément est une comédie joyeuse, traversée de moments plus délicats. C'est la troisième fois que le cinéaste écrit à quatre mains le scénario en compagnie du romancier, chansonnier, scénariste et dialoguiste (entre autres casquettes) Jean-Loup Dabadie. On peut affirmer sans risques que des œuvres telles que Le Cœur des Hommes et ses suites ne sont autre que les descendantes directes de Un Éléphant ça Trompe Énormément et de sa suite Nous Irons tous au Paradis qu'Yves Robert réalisera l'année suivante. À noter que le cinéaste américain Gene Wilder réalisera un remake en 1984 sous le titre La Fille en Rouge.
Au final, Un Éléphant ça Trompe Énormément demeure après toutes ces années comme l'une des meilleures comédies françaises de ce milieu des années soixante-dix. Les scènes plaçant Danièle Dselorme face à un Christophe Bourseiller amoureux sont irrésistiblement drôles, tout comme certains passages avec Jean Rochefort (la rencontre en pleine forêt et à cheval entre son personnage et celui incarné par Anny Duperey), la scène durant laquelle Simon-Guy Bedos reçoit l'un de ses patients dans son cabinet, ou encore celle où Claude Brasseur simule la cécité dans un restaurant afin de redonner le sourire à un Victor Lanoux plaqué par sa femme. Un classique indémodable, à revoir sans conditions...

mardi 10 octobre 2017

Hommage à Jean Rochefort: Les Grands Ducs de Patrice Leconte (1996) - ★★★★★★★☆☆☆



Au beau milieu de sa carrière de cinéaste, le français Patrice Leconte tourne Les Grands Ducs en roue libre. Hommage apparent au théâtre de boulevard, mais surtout amour évident pour un trio d'acteurs vieillissant, parmi les plus importants du panorama français, cette petite comédie tournée à la manière d'une pièce de théâtre a tout pour séduire. La vieille garde y croise la route de jeune interprètes (Clothilde Courau qui n'a débuté sa carrière au cinéma que huit ans plus tôt avec Le Petit Criminel de Jacques Doillon, les personnages campés par ses illustres partenaires décidant de prendre le sien sous leur aile), et d'acteurs confirmés (au hasard, Catherine Jacob en Carla Milo, fausse jumelle de la célèbre et fictive cantatrice Bianca Castafiore créée par le dessinateur belge Hergé. Ou encore Michel Blanc dans le rôle du méchant producteur qui tente de tout faire capoter.

Trois acteurs vieillissant donc, qui pour se donner l'impression d'être encore « capables », acceptent chacun de jouer dans une pièce de théâtre minable. Débutent alors les répétitions. Douloureuses. Avec un Jean-Pierre Marielle irascible, incontrôlable et accaparé par la coqueluche que son petit-fils a contracté. Un Philippe Noiret victime d'un trac immense. Et un Jean Rochefort en séducteur ringard et qui adapte le texte à son goût. Face à ces trois là donc, l'actrice Catherine Jacob. LA star de la pièce. Orgueilleuse et nymphomane, elle est la proie d'un Michel Blanc qui va lui causer bien des ennuis. Hanche démise, bras cassé, jambe dans le plâtre, la comédienne, pourtant, résiste.
En terme de répliques, ça n'est ni du Michel Audiard, ni du Bertrand Blier, mais tout de même, on passe un agréable moment devant ce trio de personnages qui cabotinent, chacun à leur manière.


Tandis que l'on a la curieuse impression d'assister à un document, certes barré, sur les conditions de répétitions d'une pièce de théâtre, il y a dans cet espace exigu que représentent les coulisses et la scène en elles-mêmes, l'idée de partager un moment d'intimité avec une troupe de théâtre aux personnalités diverses. Des tempéraments, des humeurs, des envies différents qui compliquent la tâche du régisseur et de toute l'équipe (l'habilleuse, l'administrateur, etc...) qui, dans l'ombre travaillent ensemble pour donner sa cohérence à une pièce relativement médiocre. Il y a pire que le producteur qui, aux aboies, aimerait faire jouer l'assurance en faisant couler la boite. Si l'on peut comprendre ses motivations, la suffisance du metteur en scène interprété par Olivier Pajot a de quoi irriter. Les Grands Ducs n'est certes pas la plus belle réussite de son auteur, le film permet cependant de passer un agréable moment de détente.
Et si les répliques semblent parfois d'un goût douteux ou d'une relative faiblesse, elles ne font qu'exagérer l'aspect ringard de la pièce et de ceux qui l'interprètent. Unir Jean-Pierre Marielle, Philippe Noiret, Jean Rochefort et Catherine Jacob dans un même long-métrage est la meilleure idée qu'ait eu le cinéaste Patrice Leconte ici...

mercredi 14 août 2013

Les Vécés Étaient Fermés De L'intérieur de Patrice Leconte (1975)



Il faut parfois s'armer d'un sacré courage pour suivre une œuvre cinématographique jusqu'au générique de fin. Au panthéon du cinéma Z, le film de Patrice Leconte trône en bonne place. Il faut dire que Les Vécés Étaient Fermés De L'Intérieur est un ratage complet et ce ne sont pas les présences de Coluche (qui était bien meilleur comique qu'acteur si l'on excepte son interprétation du pompiste Lambert dans Tchao Pantin de Claude Berri) et de Jean Rochefort (qui parait-il mis une pression terrible sur le réalisateur en contestant chacun de ses choix de mise en scène).

Un agent de la RATP est retrouvé mort à l'intérieur des toilettes de son appartement. Apparemment, l'homme a été victime d'une explosion. Le plus étrange dans cette affaire est que la porte est fermée de l'intérieur. Le commissaire Pichard et l'inspecteur Charbonnier enquête.

Alors évidemment, avec un tel synopsis, on s'attend à un film ubuesque, surtout lorsque l'on sait que le film se base sur un scénario original du dessinateur Marcel Gotlib. L'affiche, signée Jean Solé, promet une intrigue comico-angoissante mais l'espoir qu'elle fait naître meurt dans l'œuf. Et ce en raison d'un montage effectué à la truelle. Effectivement, Les plans s'enchainent, les acteurs passant d'un lieu à un autre sans véritable liaison. Ce qui, il faut le reconnaître, à tendance à perdre quelque peu le spectateur dans un récit qui se veut déjà confus. Le cadrage fait peine et rappelle déjà les défauts des premiers courts-métrages de Leconte. Lui qui eut justement le temps de s'entrainer sur ces derniers, il est étonnant de constater qu'aucune amélioration n'est effective dans Les Vécés Étaient Fermés De L'Intérieur. Le film fut parait-il un bide au cinéma. Preuve s'il en est que la présence d'un acteur aussi grand que Jean Rochefort et d'un humoriste aussi populaire que Coluche ne suffisent pas toujours à attirer le public dans les salles. D'autant plus que la critique ne fut pas tendre avec le film de Patrice Leconte.

Malgré tout, le film semble avoir trouvé depuis, un certains nombre d'admirateurs qui l'encensent. A les entendre, c'est l'aspect cynique et volontairement grotesque de certaines situations qui auraient rebuté une bonne partie du public qui n'aurait alors pas adhéré à cet esprit bouffon. Ce qui aurait pu être vrai si l'on n'avait aucun point de comparaison à mettre en face de ce film. Car, mince. Même si l'on n'aime pas Les Vécés Étaient Fermés De L'Intérieur, cela n'empêche pas au contraire d'avoir une admiration et une dépendance totale pour des œuvres telles que Le Téléphone Sonne Toujours Deux Fois (les Inconnus) ou La Cité De La Peur (Les Nuls).

Mais alors, y-a-t-il quelque chose de positif à retirer de ces Vécés...?
Même en y réfléchissant, l'heure passée (sur une heure treize de film) à regarder le plafond, à faire la liste des courses dans sa tête, à fermer l'œil d'ennui avant de sursauter sur la musique de Paul Misraki ou bien de rêver qu'enfin tout est fini lorsque survient le miraculeux prélude de Chopin, il n'y a vraiment rien de bon dans cette œuvre. A moins que... Oui, à moins que, comme le disent les fans de cette purge, c'est parce que l'on n'a pas compris le sens véritable de cette première œuvre de Patrice Leconte. L'homme qui, tout de même, nous offrira plus tard des films aussi cultes que Les Bronzés, Viens Chez Moi, J'Habite Chez Une Copine, Tandem ou Monsieur Hire.

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