On ne sait si le temps
est passé à la même vitesse qu'entre les deux longs-métrages Un
Éléphant ça Trompe Énormément et
Nous
irons tous au Paradis,
mais en tout cas, nous retrouvons un an après la sortie du premier,
nos quatre personnages toujours incarnés à l'écran par Jean
Rochefort (dont la voix-off continue de nous abreuver de ses
pensées), Victor Lanoux, Guy Bedos et Claude Brasseur. Bouli vit
désormais avec Daisy et s'apprête à divorcer d'avec Marie-Ange,
laquelle s'est acoquinée avec un bien étrange personnage
(claviériste dans un groupe de pop music comme le laisse supposer
son accoutrement). Simon est toujours généraliste, toujours
hypocondriaque, et éternellement victime de l'esprit possessif de sa
mère à laquelle il a bien du mal à faire accepter l'idée qu'il
puisse avoir une fiancée. Daniel ne cache plus son homosexualité
même s'il tentera de 'rentrer'
dans le rang en entretenant une curieuse relation avec sa supérieure,
Marie-Christime Bosquet, interprétée par l'inquiétante italienne
Gaby Sylvia (carrément flippante, ou du moins dérangeante à
l'occasion de sa participation au long-métrage). Quant à Étienne,
son histoire avec Charlotte faisant partie du passé (Anny Duperey ne
fait d'ailleurs plus partie du casting), le voici qui endosse
désormais le costume de mari trompé. Du moins est-ce ainsi que l'on
conçoit son personnage durant une bonne partie du long-métrage
durant laquelle, on le retrouve vêtu d'un imperméable et d'une
paire de lunettes noires, enquêtant lui-même sur son épouse. En
effet, en fouillant dans le sac de Marthe à la demande express de
celle-ci, Étienne tombe sur une photo compromettante où l'on peut
la découvrir embrassant un inconnu. Pour Étienne, c'est la douche
froide et le moment de se lancer dans des investigations.
Nous
retrouvons également le personnage de Lucien, toujours interprété
par l'excellent Christophe Bourseiller, une fois encore, l'air à
moitié endormi (pour ne pas dire totalement), cette fois-ci au bras
d'une toute jeune Josiane Balasko dans le rôle de la fiancée Josy, dont
le caractère n'est pas sans rappeler celui qu'elle entretenait déjà
l'année précédente dans le chef-d’œuvre de Roman Polanski, Le
Locataire.
Au passage, Yves Robert fait appel à Daniel Gélin et Jean-Pierre
Castaldi (détruisant la voiture d’Étienne à coups de pieds et de
poings) pour deux courtes scènes. Fort curieusement, Étienne a
changé de profession sans que l'on en connaisse les raisons. Un
détail qui n'a que peu d'importance puisque l'essentiel de
l'intrigue repose une fois encore sur les rapports qu'entretiennent
nos quatre amis. Victor Lanoux, Guy Bedos, Claude Brasseur et Jean
Rochefort demeurent toujours aussi savoureux, ce dernier en remettant
une couche entre l'image faussement reluisante qu'il fait de son
personnage à travers ses commentaires en voix off, et la réalité
exposée directement à l'écran. Guy Bedos lui aussi en rajoute dans
le rôle de ce médecin généraliste se découvrant perpétuellement
des maladies (savoureux passage se déroulant chez Daniel), ou dans
sa délicate relation avec sa mère toujours aussi bien campée par
Marthe Villalonga.
'Vous qui pénétrez dans mon cœur, ne faites pas
attention au désordre'
Désormais, Jean-Loup Dabadie est seul à l'écriture du
scénario tandis que la bande musicale est une fois encore l’œuvre
du compositeur Vladimir Cosma. En matière de dialogue, c'est une
fois encore Jean Rochefort qui de son suave timbre de conteur
bénéficie des meilleurs répliques. Surtout lorsqu'il évoque
certaines situations en demeurant absent du cadre, donnant lieu à
des séquences dont le comique est exacerbé par le contraste entre
ses dires et la réalité de ce qui se déroule devant la caméra.
Evidemment, comme dans le premier volet, le personnage qu'incarne
l'acteur s'offre le beau rôle tandis qu'il s'avère parfois
pathétique.
Nous irons tous au Paradis est
farci de scènes et répliques cultes. Inoubliable scène durant
laquelle les quatre amis se rendent compte qu'ils ont été floués
lors de l'achat de leur maison de campagne, pour ne citer que cet
exemple. Cette suite est le compagnon idéal de Un
Éléphant ça Trompe Énormément,
et comme le diptyque du Grand Blond,
(re)découvrir les deux volets dans les meilleures conditions est de
les voir à la suite...
Revu sur ARTE, comme le premier volet la semaine dernière. Evidemment, ça a pris quelques rides mais ça se laisse revoir toujours avec plaisir. J'ai aperçu en tant que figurante (parmi la troupe de comédiens de Danièle Delorme) l'actrice X Martine Grimaud (plus grand rôle dans "Belles d'un soir"). La différence de police des deux derniers paragraphes me laisse à penser que toi aussi tu galérais à une époque face aux incertitudes de l'informatique...
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