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jeudi 20 février 2025

Le lieu du crime d'André Téchiné (1986) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

En fouillant dans ma vieille vidéothèque, je suis tombé sur une VHS toute poussiéreuse d'un film que j'avais enregistré il y a fort longtemps mais que je n'avais jamais regardé. Dénichant un ancestral lecteur qui n'avait pas servi depuis des lustres, je l'entendis ronronner au moment de lancer la projection de ce Lieu du crime signé d'André Téchiné en 1986. Un titre particulièrement évocateur qui laisse immédiatement, mais surtout, éventuellement, envisager son contenu. Installant ses personnages dans les départements du Lot-et-Garonne et du Tarn-et-Garonne pour des séquences se déroulant à Castella, Clermont-Soubiran ou encore Moissac, le réalisateur et scénariste français convie quelques vedettes du cinéma hexagonal dont la star Catherine Deneuve à laquelle il offre le rôle d'Aurélie, fille de parents incarnés par Danielle Darrieux et Jean Bousquet mais aussi et surtout, mère de Thomas qu'interprète de son côté le jeune Nicolas Giraudi. Un adolescent turbulent, mythomane et kleptomane à ses heures. Considérant que le titre du long-métrage porte en lui les fruits du thriller et du film policier, on s'étonnera de ne voir en Le lieu du crime que quelques artefacts de ces deux genres puisque André Téchiné semble d'abord être intéressé par le portrait de ces personnages ambigus avec lesquels il paraît entretenir une relation toute particulière. Face à cette famille relativement dysfonctionnelle, entre un grand-père qui fuit les siens en partant le plus souvent possible à la pêche, une grand-mère qui a beau tout faire pour que la cohésion subsiste au sein de sa famille mais sans jamais vraiment y parvenir, une mère et un père séparés et un gamin qui au milieu de toute cela ne peut s'empêcher d'être révolté, Martin va venir brouiller les cartes d'un contexte familial déjà compliqué. Ce dernier, incarné par Wadeck Stanczak déboule aux abords de la demeure campagnarde des Ravenel. Caché dans une grange, Martin voit débarquer Thomas qui ne s'attendait pas à tomber sur un fugitif en cavale. L'homme exige du gamin qu'il lui apporte de l'argent à défaut de quoi Thomas devra s'attendre à des représailles. Quelques temps plus tard, l'adolescent retrouve Martin et lui donne l'argent qu'il a récupéré de son grand-père. Mais Martin n'est pas seul. Son complice, Luc (Jean-Claude Adelin), est nettement moins tendre que lui et décide de se débarrasser de Thomas qu'il juge être un témoin potentiellement gênant. André Téchiné quitte un moment le trio pour retourner voir ce qu'il se passe du côté d'Aurélie, laissant ainsi supposer aux spectateurs que Thomas vient de rendre son dernier souffle.


Mais la scène de crime, celle relatée par le titre du film ne va pas s'avérer être celle que l'on croyait. En employant la méthode du flash-back avec beaucoup moins de génie que le voudraient sans doute le cinéaste et ses monteuses Martine Giordano et Suzanne Koch, l'on comprend que Thomas et en vie et que Martin a préféré sacrifier son ami plutôt que d'être le complice d'un infanticide. Si Le lieu du crime semble s'inscrire dans un courant qui fit les grandes heures du cinéma ''chabrolien'', André Téchiné l'aborde davantage sous l'angle du drame que du thriller ou du film policier. L'on n'assiste pas directement au meurtre de Luc et la police, quant à elle, semble être partie aux champignons tant sa présence fait défaut. En arrière-plan, le script pose la question de la responsabilité des parents dans l'éducation de leur enfant et des conséquences qui peuvent découler de leur séparation. Car si le père de Thomas qu'interprète Victor Lanoux fait semble-t-il tout son possible pour veiller à ce que son fils donne le meilleur de lui-même, on sent bien que ce dernier est une véritable cocotte minute qui pour se faire remarquer et ainsi sans doute attirer l'attention de ses parents accumule les conneries. Particulièrement mise en valeur malgré le très caractéristique jeu qui est le sien, Catherine Deneuve, enfin, son personnage, y découvre une nouvelle passion amoureuse entre les bras de Martin. Passion tardive, mais passion tout de même. Avec tous les dangers qu'une telle situation peut contracter, surtout lorsque la petite amie du jeune homme, Alice, vient régler ses comptes avec celui qui vient tout juste de la quitter pour retrouver les bras d'Aurélie. Le lieu du crime est ainsi l'occasion pour l'actrice Claire Nebout de se voir offrir l'un de ses premiers rôles sur grand écran. Elle qui apparaîtra dans Association de malfaiteurs de Claude Zidi en 1987, dans Beaumarchais, l'insolent d’Édouard Molinaro en 1996, dans des dizaines d'autres films et même à la télévision avec, notamment, sa participation à l'excellent feuilleton de l'été Orages d'été de Jean Sagols en 1989. En écorchée vive, son personnage dans Le lieu du crime mettra tout en œuvre pour que son compagnon paie sa trahison avant de terminer de manière terriblement funeste lors d'un récit décidément inhabituel. Critiqué pour son rythme parfois lymphatique, le long-métrage d'André Téchiné est en réalité une assez bonne surprise...

 

mardi 4 février 2025

Retour en force de Jean-MariePoiré (1980) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Deux ans après avoir incarné l'ex-taulard Martial Gaulard affublé d'un avocat incompétent interprété par Pierre Richard dans la comédie de Gérard Oury La carapate, Victor Lanoux retrouvait en 1982 le chemin d'un établissement pénitentiaire en endossant cette fois-ci le rôle d'Adrien Blausac. Et une fois encore, les aventures démarrent par la sortie de prison du personnage après que celui-ci ait mangé quinze jours de rab pour avoir frappé un co-détenu qui l'avait provoqué ! Mais comme il l'affirme lui-même, ça n'est rien en comparaison des huit années qu'il vient de passer derrière les barreaux. Son premier objectif va être de retrouver sa compagne Thérésa (Bernadette Laffont) qui tient un bistrot. Quant à ses enfants, Gilles (Philippe Klebert) est en deuxième année de médecine tandis qu'Odile (Eva Harling) est institutrice. Le petit dernier, Franck (Fortran Akmansoy), est à l'école, un élève assidu. C'est du moins les informations que le père de famille a reçu lors des différents courriers que lui a envoyé Thérésa lors de sa détention. Car la vérité est tout autre. Adrien découvre en effet qu'elle a depuis revendu le bistrot et qu'elle vit désormais chez Roger, un agent de la RATP qui a généreusement accueilli chez lui la petite famille qu'il loge et nourrit depuis maintenant sept ans. Le rôle de ce sympathique beauf a été confié à l'acteur Pierre Mondy, dont l'imposante carrière au cinéma débuta à la fin des années quarante. Surtout connu pour avoir incarné le rôle du Sergent-chef Chaudard dans la trilogie de Robert Lamoureux La septième compagnie entre 1973 et 1977 ou pour avoir côtoyé Mireille Darc dans Le téléphone rose d’Édouard Molinaro, il incarne ici un personnage gentil, généreux, droit, face à un Victor Lanoux nerveux, revanchard et agressif. Il faut dire qu'Adrien, traqué par un flic collant interprété par Gérard Jugnot et poursuivi par ses anciens complices qui n'ont pas l'attention de lui verser la somme qui lui est due et qui correspond au braquage d'une banque à l'issue duquel lui seul fut arrêté, jugé puis enfermé, n'a pas fini d'en apprendre de la part des siens. Ses enfants qu'il croyait brillants sont bien différents de ceux décrits dans les lettres qu'il reçu en prison. Gilles est un voleur de mobylettes tandis qu'Odile se prostitue ''par intérim'' quand elle ne traîne pas, vêtue comme une put[CENSURE], au Palace !


Bref, il y a là matière à nous offrir une sympathique comédie même si le titre, Retour en force, laisse davantage envisager un thriller. Ce qu'est d'ailleurs plus ou moins le second long-métrage de Jean-Marie Poiret, futur auteur du Père Noël est une ordure, de Mes meilleurs copains (sans doute son meilleur film), de L'opération Corned Beef ou de la tétralogie Les visiteurs (en comptant le très mauvais remake américain qu'il réalisa lui-même sous le pseudonyme de Jean-Marie Gaubert). D'un côté comme de l'autre, nous retrouvons ce qui fait la spécificité des deux principaux interprètes masculins du long-métrage. D'un côté, un Pierre Mondy jovial et naïf et de l'autre, un Victor Lanoux à la force brute, se gardant sur demande de la compagne interprétée par Bernadette Laffont de frapper le propriétaire de la petite maison de banlieue qui les abrite. Malgré les menaces qui entourent Adrien ou les quelques fusillades auxquelles il parviendra à échapper avec seulement quelques égratignures, Retour en force est bien une comédie, ponctuée de quelques gags vraiment amusants (la réflexion sur les prostituées du Bois de Boulogne) ou de situations ubuesques (les porteurs d'une plaque en verre). Le duo, trio, quatuor et quintet fonctionne plutôt bien même si la caractérisation est d'une manière générale un point semble-t-il non essentiel au récit. Entre les engueulades qui opposent Adrien et ce pauvre Roger qui maladroitement tente de désamorcer les tensions, une Bernadette Laffont qui tente de calmer le jeu et des seconds rôles plutôt sympathiques mais malheureusement parfois finalement assez peu exploités (Gérard Jugnot), Retour en force vire dans sa dernière partie vers le registre du film de cambriolage. Un peu à la manière de Patrice Leconte qui tout comme Jean-Marie Poiret aura su exploiter tout le talent des membres de la Troupe du Splendid de la toute fin des années soixante-dix et lors de la décennie suivante et qui cinq ans plus tard aura réuni Bernard Giraudeau et Gérard Lanvin dans l'excellent Les spécialistes, une comédie en forme de Buddy Movie dans laquelle, leurs personnages eux aussi s'apprêtaient à commettre un braquage. Bref, Retour en force est une sympathique petite comédie française typique de son époque. Pas un classique, sans doute, mais le plaisir d'y retrouver Victor Lanoux, Pierre Mondy et Bernadette Laffont est réel...

 

dimanche 2 février 2025

Un dimanche de flic de Michel Vianey et Patrick Meunier (1981) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Allez, on aborde cette fois-ci un thriller français qui me semble-t-il demeure relativement méconnu. Au delà de l’ambiguïté du titre qui voudrait que des personnes dépositaires de l'autorité chargées d'intervenir au cours de situations d'urgence ou de prévention seraient corrompues, Un dimanche de flic n'en est pas moins une curiosité en ce sens où trois ans avant que ne sorte sur les écrans français la comédie culte de Claude Zidi Les ripoux (avec Philippe Noiret,Thierry Lhermitte, Régine et Grace de Capitani), le film de Michel Vianey co-réalisé aux côtés de Patrick Meunier traite en partie de ce même sujet tout en l'abordant sous un angle beaucoup moins amusant. Sans être pessimiste au point d'atteindre le degré de noirceur d'un Bad Lieutenant signé beaucoup plus tard par l'américain Abel Ferrara, Un dimanche de flic présente deux commissaires qui un dimanche, et sur proposition de l'un d'eux, prennent la décision de braquer des malfrats qui s'apprêtent à faire un échange entre deux mallettes. L'une contenant de la drogue et la seconde une très grosse somme d'argent. Le long-métrage présente à l'image Victor Lanoux dans le rôle de Franck Lazare tandis que Jean Rochefort incarne de son coté celui de Ruppert. Le premier est demeuré jusqu'à maintenant célibataire tandis que le second vit officiellement avec Patricia (l'actrice allemande Barbara Sukowa) et son fils David (Emmanuel Curtil) tout en fréquentant Dominique (Corinne Brodbeck) avec laquelle il semble avoir désormais décidé de faire sa vie. Une jeune femme décrite comme consommatrice de marijuana et plutôt délurée puisque couchant avec divers hommes dans le dos de Rupert. Bref, une véritable nymphomane, quoi ! Fred, un flic retraité incarné par Maurice Biraud est à l'origine du coup que s'apprêtent à faire les deux amis et collègues policiers. C'est donc tous ensemble qu'ils vont se saisir de l'occasion de se faire de l'argent bien que Lazare ne soit pas trop à l'aise à l'idée de participer. Une fois l'argent et la drogue récupérés, les trois hommes se rendent rapidement compte de l'erreur qu'ils viennent de commettre.


Surtout Lazare et Rupert puisque Fred n'aura pas eu le temps de voir venir la mort. En effet, son cadavre est déposé, défiguré, dans la poubelle du premier. Un avertissement servant de moyen de pression sur ses deux complices. En effet, Viktor Madona dit ''l'avocat'' (l'acteur allemand Armin Mueller-Stahl) a l'intention de récupérer son argent. Quoi qu'il en coûte. Et même si pour cela il doit faire appel à Dansevitch, jeune voyou très violent, lequel va s'approcher de l'entourage des deux flics afin de les convaincre de rendre la mallette qu'ils ont dérobé au truand. Un Dansevitch interprété par l'excellent Jean-Roger Milo, généralement très à l'aise dans ce type de rôles puisque un an auparavant il avait notamment incarné le rôle de Samson Balestra dans l'excellent Vigilante signé de Jean-Claude Missiaen, Tir Groupé. Œuvre dans laquelle il interprétait tout comme Dominique Pinon dans le rôle de Daniel Verlot, une petite frappe devenue responsable d'une agression sexuelle suivie d'un meurtre sur la personne de Carine Ferrand (Véronique Jannot). Confrontés à Antoine Béranger (Gérard Lanvin), Samson y trouvait la mort par vengeance du compagnon de la jeune femme. Désormais sous les traits de Dansevitch, l'acteur suit donc de très près Victor Lanoux dont il traite le personnage avec un calme étonnant malgré la violence qui sourde en lui. Un tueur à gages aux méthodes parfois étonnantes (il défigura Fred à l'aide d'un trousseau de clés), subtil lorsque cela semble nécessaire mais aussi et surtout assez flippant (la séquence lors de laquelle il menace Lazare d'un fusil de chasse). Le duo Victor Lanoux/Jean Rochefort fonctionne plutôt bien même si leurs personnages respectifs sont généralement antinomiques. Si Un dimanche de flic démarre assez mal le film repose par la suite sur l'épée de Damoclès qui trône au dessus de la tête de nos deux ''ripoux du dimanche''... Moins drôle qu'il pouvait en avoir l'air dans ses prémices, le spectateur devine assez rapidement la manière dont sera conclue l'intrigue. Entre un Lazare préoccupé par sa survie et la sécurité de son entourage et un Jean Rochefort détaché vis à vis des menaces qu'il reçoit, il est fort à parier que l'un d'eux au moins finira une balle entre les deux yeux...

 

lundi 27 janvier 2025

Les chiens d'Alain Jessua (1979) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

S'il est sans doute moins frontal que Tir groupé de Jean-Claude Missiaen ou que la série des Death Wish initiée et poursuivie par Michael Winner aux États-Unis puisque dans un cas comme dans l'autre l'auto-défense y était clairement revendiquée, Les chiens d'Alain Jessua aborde le sujet sous un angle différent, certes, mais en totale opposition avec certaines idéologies dont les stigmates persistent encore de nos jours. Drôle de bonhomme d'ailleurs que ce réalisateur, scénariste, producteur et écrivain français dont la carrière fut hétéroclite et jalonnée d’œuvres aussi diverses que Jeu de massacre en 1967, Traitement de choc en 1973, Armaguedon en 1977, Paradis pour tous en 1982 (dans lequel l'acteur Patrick Dewaere se vit offrir son tout dernier rôle avant sa tragique disparition) ou encore la comédie fantastique culte, parodique et nanardesque Frankenstein 90 en 1984. Les chiens, lui, se situe au mitant d'une filmographie intelligente et réfléchie dont il demeure encore à ce jour d'une affolante lucidité. Plus de quarante-cinq ans en arrière, le réalisateur et son scénariste André Ruellan envisageaient la possibilité de se défendre soit-meme dans un contexte social difficile dans lequel les politiques et les autorités se montrent aussi inefficaces qu'inactives. De quoi donner de l'eau au moulin de Morel, un dresseur de chiens incarné par un Gérard Depardieu qui à cette occasion n'est pas tout à fait la vedette du long-métrage puisque Alain Jessua a en effet offert le rôle principal à Victor Lanoux qui au sortir de la comédie de Gérard Oury La caparate qu'il interpréta l'année précédente aux côtés de Pierre Richard allait donc radicalement changer de registre avec ce Vigilante à la française dans lequel les habitants d'un quartier choisissent de se défendre eux-mêmes des agresseurs qui sévissent aux alentours puisque la police et le maire en place semblent incapables d'agir. Situant son action dans le quartier de l'Arche-Guédon à Torcy, Les chiens décrit tout d'abord à travers son générique cette même froideur, cette même anxiété de ces ensembles immobiliers qui surgissent de terre comme le fera sans doute de manière encore plus exemplaire Bertrand Blier la même année avec son chef-d’œuvre Buffet froid qui lui, prendra place sur le parvis de l’Hôtel de ville Créteil. Une œuvre qui elle-même mettait en scène l'acteur Gérard Depardieu dans une position nettement moins confortable que celle qu'il tient dans le film d'Alain Jessua. Face à lui, l'immense interprète français côtoie Victor Lanoux en médecin généraliste. Le docteur Henri Ferret qui vit lui-même dans la cité où vont se dérouler les événements du récit.

 

 

L'homme constate que beaucoup de ses patients viennent le consulter après avoir été mordus par des chiens. Ceux-là mêmes dont les propriétaires se sont munis afin de se protéger des petites frappes qui chaque nuit viennent les provoquer. Aux côtés des deux acteurs l'on retrouve la charmante Nicole Calfan qui longtemps avant de devenir l'un des personnages récurrents de la franchise La vérité si je mens va tenir ici le rôle d’Élisabeth, une jeune femme victime de viol qui très rapidement va se ranger du côté des habitants qui ont choisi de se défendre eux-mêmes avant de changer d'opinion face aux drames répétés qui vont être causés par les chiens du quartier. Surtout, la jeune femme et le docteur Henri Ferret débuteront ensemble une relation amoureuse. Il est sans doute un peu osé de parler de prophétisme lorsque l'on évoque le sujet du long-métrage d'Alain Jessua, toujours est-il que depuis, rien n'a vraiment changé. Et alors que de nos jours certains évoquent la possibilité de prendre les armes et de se défendre eux-mêmes face à ''l'indisponibilité''de l'état ou des autorités policières lorsqu'il s'agit de remettre de l'ordre dans les quartiers sensibles, la racaille d'aujourd'hui n'a pas grande différence avec ceux que près d'un siècle en arrière étaient nommés sous les sobriquets de ''Blousons noirs'' et de ''Loubards''. Alain Jessua développe une certaine fascination pour les animaux de compagnie qui évoluent tout au long du récit. Et si Les chiens vire au thriller lorsque est évoqué l'étrange ''accident'' ayant causé la mort du maire, lequel semblait ne plus être en odeur de sainteté vis à vis de son ancien ami Morel, le réalisateur sème le trouble, voire le doute, quant à la relation qu'entretiennent les bêtes et leurs propriétaires. Comme le prouve d'ailleurs cette hallucinante séquence de dressage lors de laquelle, Élisabeth semble véritablement jouir lorsque sa chienne Léa s'attaque au dresseur lors de son entraînement. Les spectateurs noteront en outre la présence Fanny Ardant dans le rôle de l'assistante médicale du docteur Ferret ou celle de Jean-François Derec dans celui d'un jeune voyou ; Bref, Les chiens est un long-métrage assez curieux, dont la mise en scène finalement peu divertissante semble le destiner à prévenir du danger de se faire justice soit-même. Une œuvre glaçante, anxiogène et qui comme très souvent chez le réalisateur traîne ses personnages dans un contexte social maladif...

 

mercredi 19 juillet 2023

Un si joli village d'Étienne Périer (1978) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Tout commence par une scène que l'on considérera plus tard comme étant celle d'un crime. Une séquence se déroulant dans la demeure qui abrite habituellement Stéphane Bertin (Victor Lanoux), l'une des personnalités les plus remarquables d'un petit village de la campagne française, ainsi que son épouse avec laquelle il n'entretient plus vraiment de rapports cordiaux. Amant de l'institutrice Muriel Olivier (Valérie Mairesse) et propriétaire d'une tannerie dont l'importance est considérable puisqu'elle emploie une bonne partie des hommes du village et permet l'existence d'une école primaire, l'homme est apprécié de tous. Du gérant de l'hôtel Fréval (Gérard Jugnot) en passant par le curé Borie (Jean Vigny) jusqu'à la servante Élodie (Mado Maurin). Une existence jusque là tranquille, dans un petit village paisible où la vie s'écoule au rythme de la tannerie. Mais ce soir là, tout va changer. Stéphane Bertin fait disparaître les affaires de son épouse dont il a décidé de divorcer malgré le refus catégorique de celle-ci. On ne trouve plus trace de sa femme et la belle-sœur de Stéphane prénommée Nelly (Anne Bellec) suspecte très rapidement la séquestration, la disparition, et peut-être même pire encore, le meurtre de sa sœur ! Nelly alerte les autorités et bientôt débarque alors dans ce si joli village, le juge Fernand Noblet (Jean Carmet)... Avant dernier long-métrage du réalisateur et scénariste belge Étienne Périer qui ne tournera plus que des téléfilms par la suite, Un si joli village s'inscrit dans cette vague de films situant leur action dans la campagne française. Une critique de la société, entre petites gens et nantis, parfaitement jouissive et qui aurait pu tout aussi bien être mise en scène par le maître en la matière, Claude Chabrol. Un si joli village, sous ses allures de film policier porté par des personnages passablement cyniques, montre combien l'importance d'une personnalité locale faisant vivre un village tout entier peut avoir de conséquences sur les suites d'une enquête...


Il n'y a d'ailleurs en ce sens, rien de plus démonstratif que la séquence lors de laquelle le personnage interprété par Victor Lanoux annonce brutalement au délégué syndical, Maurois (Jacques Richard), au responsable administratif, Debray (Alain Doutey) et à quelques autres de ses collaborateurs, le suspension des activités de la tannerie pour les jours ou les semaines à venir. Des conséquences lourdes qui n'échapperont d'ailleurs pas au juge d'instruction sur lequel fait visiblement volontairement peser le poids de la responsabilité le responsable de l'usine. Un moyen de pression, sans doute. Une technique dont va d'ailleurs user le juge qui sous ses allures de bonhomme sympathique, passionné par les fleurs, va tenter de conditionner le suspect lors de son audition. Étienne Périer réunit autour de lui un parterre de premiers et second rôles de premier plan. Adaptation du roman Le moindre mal de Jean Laborde par le scénariste et critique de cinéma André-Georges Brunelin et par le réalisateur lui-même, Un si joli village est une œuvre remarquable. Derrière l'apparente simplicité de sa mise en scène et de son interprétation, réalisateur et interprètes mettent en place un stratagème consistant à faire plier tour à,tour l'un et l'autre des deux personnages principaux. D'un côté, l'évidente expérience d'un homme de loi dont l'apparente nonchalance ne doit pas cacher sa maîtrise de la situation. De l'autre, un individu qui se sait investit d'une mission (celle de faire vivre son village et ses habitants) et sait être soutenu par les villageois. Dans ce ''combat'' entre juge et suspect, l'un et l'autre marquent des points même si peu à peu l'un gagne du terrain tandis que l'autre en perd à force d'accumuler les erreurs... Même si son âge avancé (le film date de 1978) lui donne un caractère particulier, Un si joli village est très représentatif de notre société actuelle dont les médias, les réseaux sociaux, les politiques et la justice tentent avec plus ou moins de réussite et d'objectivité de corriger les défauts. Un constat terriblement désarmant qui pose une question simple : qui du chat ou de la souris l'emportera... ? Notons parmi les seconds rôle, la présence de Michel Robin, de Francis Lemaire, de Jacques Cancelier, de Bernard-Pierre Donnadieu et d'Étienne Périer que l'on aperçoit au début du film dans le rôle de l'époux de Nelly...

 

lundi 16 janvier 2023

Dupont Lajoie d'Yves Boisset (1975) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Libération titrait récemment ''Nuit bleue, Peste brune'' quand la gauche (extrême) dénonçait de son côté et à la suite du match France-Maroc, des ratonnades dans plusieurs villes françaises. Si Orange mécanique de Stanley Kubrick se voulait une vision pessimiste et pourtant ô combien réaliste du monde de ''demain'' (nous sommes alors en 1971), quatre ans plus tard, et à une toute autre échelle, Yves Boisset signait un Dupont Lajoie qui quarante-huit ans après sa sortie dans les salles françaises se ferait encore l'écho d'actes (certainement) et de fantasmes (plus sûrement) d'une partie de la politique hexagonale friande de tout ce qui peut permettre à ces détracteurs de l'autre parti de l'extrême (droite) d'appuyer là où ça fait mal. Pas au portefeuille, non. Encore moins au garde-manger. Mais à ces femmes et ces hommes qui craignent pour leur avenir et burent il y a encore quelque mois,les paroles idéologiques d'un certain Eric Zemmour ! Dupont Lajoie où la théorie du triple R selon laquelle le français est Râleur, Raciste et Ringard ! Se plaignant de tout, et surtout de la présence des noirs et des arabes auxquels on osait à l'époque sur grand écran doter de ''sobriquets'' qui aujourd'hui feraient scandale, faisant ainsi bander ceux qui montent au créneau dès que la parole dépasse plus ou moins la pensée ! Ringard, oui ! Car si chacun à bien sûr le droit de passer ses vacances comme il l'entend, Yves Boisset décrit une France plus ou moins prolétarienne qui vit d'habitudes auxquelles elle ne déroge jamais. Une France entre blancs, ritualisant la consommation d'alcool et de charcuterie, retrouvant ses semblables au camping lors du banquet annuel dressé sur trois ou quatre tables en formica posées côte à côte...


On y constate entre deux gorgées de rouge ou deux bouts de saucisson l’afflux des étrangers qui dérange moins la jeunesse que les ancêtres ancrés dans leurs bonnes ou mauvaises habitudes de français moyens. Une France que certains voudraient nous faire croire être revenue en force en 2022 à l'heure où Avatar 2 : la voie de l'eau inonde (sans mauvais jeu de mots) les écrans de cinéma hexagonaux ! Meuh non, le monde a changé. Drame ordinaire qui semble plus souvent toucher les couches populaires, la seule erreur qu'ait commise Brigitte Colin (Isabelle Huppert, alors âgée de vingt et un ans) est d'avoir voulu se mettre à l'écart des festivités estivales du camping ''Caravaning Beau-soleil'' pour prendre le soleil dans un champ. Passe alors Georges Lajoie (Jean Carmet), cafetier parisien libidineux, époux de Ginette (Ginette Garcin) et père de Léon (l'acteur Jacques Chailleux qui un an auparavant interprétait le rôle de l'ex taulard Jacques Pirolle dans le film culte de Bertrand Blier, Les valseuses). Ce bon père de famille s'approche de la jeune femme et tente un baiser, une caresse qui malheureusement finiront mal. Et quelle meilleure occasion y-a-t-il pour ce français moyen xénophobe que d'aller déposer le corps de Brigitte près d'un campement abritant des immigrés d'origine maghrébine ? On devine alors la suite. Ce relent de racisme qui transpire quasiment à chaque plan, de la séquence d'ouverture dans le café des Lajoie, en passant par ce bal populaire lors duquel aura lieu une rixe entre ces ''bons français'' et des arabes venus simplement participer à la fête et jusqu'à cette expédition punitive dont on sait déjà que ceux qui en seront les victimes ne sont pas les véritables coupables...


Dupont Lajoie passe l'épreuve du temps tout en collant véritablement à son époque. Image d'une carte postale un brin désuète, voire ringarde d'une population qui une fois l'an se regroupe en troupeau amoncelé sur un terrains envahi qui par des caravanes, qui par des tentes. Une communion de mœurs et de ''petits'' esprits où l'on retrouve notre famille de cafetiers, certes, mais également un huissier de justice (excellent Michel Peyrelon), un couple de vendeurs de sous-vêtements (Pascale Roberts et Pierre Tornade dans le rôle des Colin, les parents de la victime) ou un excité du bocal, causeur d'embrouilles, regrettant sans doute la ''grande époque'' de la Guerre d'Algérie (génial Victor Lanoux) ! Tout ici est pourri dès lors que l'on affiche ses origines françaises. L'italien ou le pied-noir ne sont ici pas au centre du sujet, servant surtout à temporiser la situation. Comme quoi, hein, on peut être raciste mais se faire des amis parmi des personnes issues de l'immigration. Tout est pourri, donc, comme en témoignent les représentants de l'autorité intervenant lors du bal. Et puis, il y a ces quelques personnalités du monde de la justice ou du petit écran qui viennent se greffer au récit : Jean Bouise, dans le rôle de l'Inspecteur Boulard, rare français de ''souche'' comme l'on dit, décrit de manière positive par le réalisateur puisque lui seul parmi ''ses semblables'' cherchera véritablement à faire la lumière sur ce fait divers sordide (mais jusqu'à quel point?). Quant à Jean-Pierre Marielle, égal à lui-même et aussi savoureusement opportuniste que délicieusement hypocrite, en animateur tantôt affligé par la mort de la jeune Brigitte, puis s'assurant d'être plein cadre devant la caméra lorsqu'il présente ses condoléances aux parents de la victime, mais sachant entre ces deux séquences reprendre son ton d'animateur (il incarne Léo Tartaffione et présente le jeu ''Inter-camping''). Et puis, tout part en vrille et l'humanité montre un visage emprunt de bêtise et de bestialité... jusqu'à ce que la politique s'en mêle, comme de bien entendu... En somme, rien d'inattendu ou d'inédit. Yves Boisset signait là l'un de ses longs-métrages les plus marquants. Une œuvre glaçante, réaliste et parfois embarrassante que l'on rangera notamment aux côté de Le Prix du danger, Canicule ou encore Radio Corbeau pour ne citer que ces quelques exemples d'une filmographie exemplaire...

 


mercredi 28 août 2019

L'invité Surprise de Georges Lautner (1989)

Du jour au lendemain, le jeune guide touristique Martin Gaillard se retrouve sous le feu des projecteurs. Dans la presse, on ne parle plus que de lui. Mis en danger pour avoir été le témoin involontaire d'une affaire mêlant Police, État, Terrorisme et même Lutte antiraciste, il possède une photo sur laquelle est représenté un individu dont le véhicule a explosé devant un restaurant. Fils d'un employé de la Police Judiciaire et d'une mère ethnologue partie vivre auprès des esquimaux, Martin vit désormais avec son beau-père Charles Mazzena, lui-même ancien flic handicapé depuis qu'il a pris une balle lors d'une mission, et de son jeune demi-frère.

Les autorités s'intéressent de très près à Martin, et notamment le nouveau chef de l'Anti-gang, le commissaire Le Bourreux, dont le directeur n'est autre qu'un proche de Martin et de Charles. Après avoir été attaqué par deux hommes chargés de récupérer la photo compromettante, Martin fait appel à la journaliste Domenica afin de rendre publique les faits dont il a été le témoin...

Alors qu'il est connu pour avoir fait jouer parmi les acteurs français les plus populaires des années soixante-dix quatre-vingt (Jean-Paul Belmondo, Mireille Darc, Michel Constantin, ou encore Alain Delon pour ne citer qu'eux), le cinéaste Georges Lautner réalise en 1989 cet Invité Surprise principalement interprété par l'humoriste Eric Blanc. Ressemblant plus à un téléfilm qu'à une véritable œuvre de cinéma, il met donc en scène l'humoriste pour lequel ce sera la cinquième apparition sur les grands écrans. Privé de télévision à cause d'une imitation d'Henry Chapier qui lui aura valu un procès (!!!), Eric Blanc se tournera vers le théâtre, scène sur laquelle il semble être absent depuis de longues années.
A ses côtés, les acteurs Victor Lanoux, Michel Galabru, Jean Carmet (dans le rôle d'un Général de l'Armée de terre), Jacques François (dans celui du Directeur de la Police Judiciaire), Gérard Hernandez (en directeur de casino), ainsi que Renée Saint-Cyr en belle-mère et chirurgienne, et Florence Geanty en journaliste.

A côtés des Tontons Flingueurs et d'une grande majorité de ses œuvres, L'invité Surprise de Georges Lautner fait pâle figure. On regretterait presque le très sympathique casting, ici, disons-le, assez mal exploité. En réalité, le cinéaste, plus que de se contenter de faire de ce film une simple comédie, en profite pour dresser un portrait peu reluisant de la presse télévisée et écrite, de l’État, et même de ceux censés nous protéger. Le film permet aussi également à Eric Blanc de s'exprimer indirectement à travers cette histoire, au sujet des problèmes qu'il a rencontré deux ans plus tôt avec la justice et les médias. A voir, sans plus...

mardi 23 avril 2019

La Carapate de Gérard Oury (1978) - ★★★★★★★☆☆☆



Certains ne s'en souviennent peut-être pas, mais les deux principaux interprètes de La Carapate ne se sont pas rencontrés pour la première fois dans le film de Claude Zidi en 1978 mais sur le tournage du troisième long-métrage de Pierre Richard, Je sais Rien, mais Je dirai Tout (Victor y incarnait le tout petit rôle d'un ouvrier). Ces deux films seront les seules occasions pour les deux acteurs de jouer ensemble au cinéma. Et pourtant, lorsque Victor Lanoux nous a quitté, Pierre Richard témoignait de son attachement pour un homme qu'il considérait comme un véritable ami, avec lequel il formait un couple, affirmant ainsi : ''Victor et moi partagerons à jamais un territoire commun : la jeunesse.'' Gérard Oury tourne donc La Carapate en 1978, soit douze ans après La Grande Vadrouille, sept après La Folie des Grandeurs, et cinq après Les Aventures de Rabbi Jacob, tous les trois étant principalement interprétés par l'immense Louis de Funès. Mais alors que le cinéaste s'apprête à tourner son nouveau film en 1975 sous le titre Le Crocodile, ce projet à l'origine écrit par sa fille Danièle Thompson et Josy Eisenberg tombe à l'eau en raison des problèmes de santé de Louis de Funès qui une fois de plus, devait être à l'honneur. Ce n'est que trois ans plus tard, en 1978 que Gérard Oury, auteur d'un nouveau script avec sa fille, sort son nouveau film. Désormais, c'est l'acteur Pierre Richard qui tient la vedette aux côtés de Victor Lanoux, ce dernier ayant déjà notamment brillé dans Adieu Poulet de Pierre Granier-Deferre et Dupont Lajoie d'Yves Boisset en 1975, ou dans le dyptique d'Yves Robert en 1976 et 1977, Un Éléphant ça Trompe Énormément et Nous irons tous au Paradis.

Gérard Oury n'y bouscule pas les habitudes d'un Pierre Richard une fois encore opposé à un homme fort. Malgré sa robe et son statut d'avocat, l'acteur est effectivement aux antipodes du personnage incarné par Victor Lanoux. Martial Gaulard, un condamné à mort que Maître Jean-Philippe Duroc était chargé de défendre lors de son procès. Alors que ce dernier apporte en prison un important document à faire signer à son client afin de faire commuer sa peine de mort en prison à perpétuité, c'est l'émeute. Les prisonniers en profitent pour s'échapper. Tout comme Martial qui profite de l'occasion qui lui est offerte pour voler les vêtements de son avocat et s'enfuir. Relégué par les médias, la police confirme ses soupçons envers Jean-Philippe qu'elle pense être à l'origine de la mutinerie. Contraint de prendre la fuite, et recherché par toutes les polices du pays, l'avocat est forcé de suivre son client avec lequel il va vivre toute une série d'aventures devant les mener jusqu'à Paris où la jeunesse française a monté des barricades contre les autorités. C'est là-bas qu'a prévu de rejoindre sa fiancé Bach Yen, Martial le fugitif...

Si on le compare aux succès phénoménaux rencontrés par trois de ses précédents longs-métrages, La Carapate peut faire figure d'enfant pauvre dans la carrière de Gérard Oury, ici, certainement beaucoup moins inspiré. Cependant, il offre à Pierre Richard l'occasion d'endosser le même type d'individu qu'il s'était déjà offert au tout début des années soixante-dix. Face à un Victor Lanoux fascisant mais néanmoins attachant, l'acteur comique incarne un avocat gauchiste. De quoi provoquer des étincelles entre les deux hommes. C'est pourtant avec nuance que le cinéaste pousse ses deux personnages à fuir vers la capitale, leur permettant ainsi de mieux se comprendre et donc de finir par s’apprécier. Le message politique étant réduit ici à son strict minimum, La Carapate est une pure comédie familiale avec son lot de scènes particulièrement drôles. On se souviendra longtemps de la séquence d'ouverture lors de l'émeute, de celle se déroulant dans une ferme, mais encore plus de la séquence durant laquelle nos deux héros simulent un grave accident de voiture afin de se procurer un nouveau véhicule. Le film a beau avoir été réalisé dix ans plus tard, son contexte plonge les personnages en plein affrontements de mai 68. Le duo Pierre Richard/Victor Lanoux fonctionne à merveille et l'on passe un très agréable moment. L'occasion de redécouvrir des seconds rôles dont le visage ne nous est pas inconnu. A l'image de Claude Brosset dans le rôle de Gustave, le mari trompé, de Jean-Pierre Darras dans celui du fraudeur Jacques Panivaux, de Katia Tchenko en prostituée, ou encore d'Alain Doutey en inspecteur de police...

mercredi 12 décembre 2018

Une Sale Affaire d'Alain Bonnot (1981) - ★★★★★★★☆☆☆



Sur fond de corruption et de trafic de drogue, le réalisateur et scénariste français Alain Bonnot, second réalisateur sur Mourir d'Aimer d'André Cayatte et Lady Oscar de Jacques Demy réalisait en 1981 l'un de ses deux seuls longs-métrage en tant que cinéaste, trois ans avant Liste Noire avec Annie Girardot. Une Sale Affaire met en scène Victor Lanoux et Marlène Jobert dans un récit policier particulièrement noir tournant autour d'un important trafic de drogue mêlant certains élus. Victor Lanoux incarne le commissaire Novak chargé de le démanteler tandis que Marlène Jobert interprète Hélène, proche collaboratrice d'un maire connu des autorités pour être l'un des hommes impliqués dans un trafic de cocaïne. Le film d'Alain Bonnot est une excellente surprise. Un très bon polar incarné par un duo savoureux. Entre le flic près à tout pour obtenir ce qu'il veut et une secrétaire préférant demeurer fidèle à sa morale plutôt qu'à son intégrité professionnelle (Hélène choisira de trahir son patron en lui dérobant un dossier fort compromettant). Un choix qui aura des conséquences terribles sur elle et son entourage. Mère d'une petite fille, trompée par son époux et sœur de Julia (compagne d'un héroïnomane) qui trouvera la mort à la suite d'un malentendu, on ne peut pas dire qu'Alain Bonnot ait choisi de faire les choses à moitié.
Bien que Une Sale Affaire démarre de manière tout à fait classique, le récit s'enfonce peu à peu dans une certaine noirceur. Sans doute pas aussi profonde que celle du nihiliste Série Noire d'Alain Corneau, mais tout de même. On aura rarement vu cas aussi concret.

Bien ancré dans son époque, Une Sale Affaire est un polar à l'ancienne avec son cortège de seconds rôles. On y croise en effet les acteurs Patrick Bouchitey, Etienne Chicot, Jean-François Dérec, ainsi que la future star de Greystoke, la Légende de Tarzan que l'acteur Christophe Lambert tournera trois ans plus tard. Quant à Julia, la sœur d'Hélène et Bernard, son époux adultère, ils sont respectivement interprétés par Agnès Château et Bernard Crommbe.

Difficile de rester insensible au charme envoûtant de Marlène Jobert. Et même si au sens propre, l'actrice ne se met pas à nu, le personnage qu'elle incarne est relativement touchant. Fragile face aux responsabilités que lui met entre les mains ce flic un brin débonnaire, foncièrement sympathique mais intransigeant lorsqu'il s'agit d'arriver à ses fins. Les deux personnages, admirablement incarnés par les deux interprètes nouent une relation assez particulière. Sans jamais les montrer ouvertement attachés l'un à l'autre, le charme opère cependant entre ces deux individus qui n'ont pas grand chose en commun si ce n'est leur rapport à la drogue (le premier mène une croisade contre les trafiquants tandis que le beau-frère de la seconde est accro à l'héroïne). Peu à peu le film prend des teintes beaucoup plus sombres qu'au départ. Ce qui n'aurait pu être qu'un petit film policier sans prétention se transforme en polar aussi noir que la nuit qui entoure Hélène et Novak lors d'un final pas vraiment optimiste.

Une Sale Affaire est donc une très bonne surprise. Marlène Jobert y est aussi fragile qu'émouvante. Tout comme Victor Lanoux qui incarne un flic divorcé, attachant, le cinéaste laissant planer le mystère en ne révélant pratiquement rien de sa vie privée. Le long-métrage d'Alain Bonnot est de ces œuvres qui laissent un sentiment emprunt de morosité. Une conclusion en demi-teinte qui ne choisit aucun parti entre happy et bad end. Une histoire simple, sans fioritures inutiles... Une belle réussite de la part d'un cinéaste qui malheureusement ne refera parler de lui au poste de réalisateur qu'à une seule autre occasion...

mardi 3 juillet 2018

Nous Irons tous au Paradis d'Yves Robert (1977) - ★★★★★★★☆☆☆



On ne sait si le temps est passé à la même vitesse qu'entre les deux longs-métrages Un Éléphant ça Trompe Énormément et Nous irons tous au Paradis, mais en tout cas, nous retrouvons un an après la sortie du premier, nos quatre personnages toujours incarnés à l'écran par Jean Rochefort (dont la voix-off continue de nous abreuver de ses pensées), Victor Lanoux, Guy Bedos et Claude Brasseur. Bouli vit désormais avec Daisy et s'apprête à divorcer d'avec Marie-Ange, laquelle s'est acoquinée avec un bien étrange personnage (claviériste dans un groupe de pop music comme le laisse supposer son accoutrement). Simon est toujours généraliste, toujours hypocondriaque, et éternellement victime de l'esprit possessif de sa mère à laquelle il a bien du mal à faire accepter l'idée qu'il puisse avoir une fiancée. Daniel ne cache plus son homosexualité même s'il tentera de 'rentrer' dans le rang en entretenant une curieuse relation avec sa supérieure, Marie-Christime Bosquet, interprétée par l'inquiétante italienne Gaby Sylvia (carrément flippante, ou du moins dérangeante à l'occasion de sa participation au long-métrage). Quant à Étienne, son histoire avec Charlotte faisant partie du passé (Anny Duperey ne fait d'ailleurs plus partie du casting), le voici qui endosse désormais le costume de mari trompé. Du moins est-ce ainsi que l'on conçoit son personnage durant une bonne partie du long-métrage durant laquelle, on le retrouve vêtu d'un imperméable et d'une paire de lunettes noires, enquêtant lui-même sur son épouse. En effet, en fouillant dans le sac de Marthe à la demande express de celle-ci, Étienne tombe sur une photo compromettante où l'on peut la découvrir embrassant un inconnu. Pour Étienne, c'est la douche froide et le moment de se lancer dans des investigations.

Nous retrouvons également le personnage de Lucien, toujours interprété par l'excellent Christophe Bourseiller, une fois encore, l'air à moitié endormi (pour ne pas dire totalement), cette fois-ci au bras d'une toute jeune Josiane Balasko dans le rôle de la fiancée Josy, dont le caractère n'est pas sans rappeler celui qu'elle entretenait déjà l'année précédente dans le chef-d’œuvre de Roman Polanski, Le Locataire. Au passage, Yves Robert fait appel à Daniel Gélin et Jean-Pierre Castaldi (détruisant la voiture d’Étienne à coups de pieds et de poings) pour deux courtes scènes. Fort curieusement, Étienne a changé de profession sans que l'on en connaisse les raisons. Un détail qui n'a que peu d'importance puisque l'essentiel de l'intrigue repose une fois encore sur les rapports qu'entretiennent nos quatre amis. Victor Lanoux, Guy Bedos, Claude Brasseur et Jean Rochefort demeurent toujours aussi savoureux, ce dernier en remettant une couche entre l'image faussement reluisante qu'il fait de son personnage à travers ses commentaires en voix off, et la réalité exposée directement à l'écran. Guy Bedos lui aussi en rajoute dans le rôle de ce médecin généraliste se découvrant perpétuellement des maladies (savoureux passage se déroulant chez Daniel), ou dans sa délicate relation avec sa mère toujours aussi bien campée par Marthe Villalonga.

'Vous qui pénétrez dans mon cœur, ne faites pas attention au désordre'

Désormais, Jean-Loup Dabadie est seul à l'écriture du scénario tandis que la bande musicale est une fois encore l’œuvre du compositeur Vladimir Cosma. En matière de dialogue, c'est une fois encore Jean Rochefort qui de son suave timbre de conteur bénéficie des meilleurs répliques. Surtout lorsqu'il évoque certaines situations en demeurant absent du cadre, donnant lieu à des séquences dont le comique est exacerbé par le contraste entre ses dires et la réalité de ce qui se déroule devant la caméra. Evidemment, comme dans le premier volet, le personnage qu'incarne l'acteur s'offre le beau rôle tandis qu'il s'avère parfois pathétique.

Nous irons tous au Paradis est farci de scènes et répliques cultes. Inoubliable scène durant laquelle les quatre amis se rendent compte qu'ils ont été floués lors de l'achat de leur maison de campagne, pour ne citer que cet exemple. Cette suite est le compagnon idéal de Un Éléphant ça Trompe Énormément, et comme le diptyque du Grand Blond, (re)découvrir les deux volets dans les meilleures conditions est de les voir à la suite...

dimanche 17 juin 2018

Un Éléphant ça Trompe Énormément d'Yves Robert (1976) - ★★★★★★★☆☆☆



Jean Rochefort, Claude Brasseur, Guy Bedos, Victor Lanoux. Quatre grand acteurs français, et pourtant, je ne sais pas si tel est le cas de beaucoup de spectateurs, mais malgré l'immense talent de chacun, le film me renvoie surtout systématiquement aux fugaces apparitions de Christophe Bourseiller, qui bien avant d'être journaliste et écrivain, montait déjà sur les planches. Ou plutôt, traînait sur les plateaux de tournage. Dès l'âge de quatre ans d'ailleurs, sur celui de La Guerre des Boutons, déjà réalisé par Yves Robert. Ensuite, Godard, à trois reprises, puis de nouveau Yves Robert avec le diptyque dont j'évoquerai ici pour commencer, le premier volet, Un Éléphant ça Trompe Énormément. Le genre de classique de la comédie française indémodable cadrant son objectif sur quatre amis de longue date. Une chronique irrésistible commentée en voix off par un Jean Rochefort qui sans les images, paraîtrait beaucoup plus à son aise que son personnage ne le montre en réalité. Christophe Bourseiller donc, l'inoubliable documentaliste vouant un culte à l'inactivité, à l'absolu liberté de ne rien faire, le quatrième comparse du quatuor incarné à ses côtés par Patrick Bruel, Laurent Gamelon et Fabrice Luchini dans P.R.O.F.S, c'est ici ce gamin qui déclare sa flamme à l'épouse d’Étienne Dorsay (Jean Rochefort), incarnée à l'écran par Danièle Delorme, lui avouant être tombé amoureux de ses seins. Mais attention, surtout le gauche ! Aussi vif qu'un adolescent sous perfusion de valium, Christophe Bourseiller fait de chacune de ses interactions avec l'actrice, une scène définitivement culte ! On regrette de ne pas l'y voir incarner un personnage plus important, du moins, plus présent à l'écran. Quoique. Peut-être sont-ce ces instantanés d'une durée insuffisamment longue qui font justement le sel de ses apparitions.
Ce qui bien entendu n'évacue pas les autres interprètes qui, chacun à leur manière, vont apporter leur pierre à l'édifice. Et pour commencer, Jean Rochefort. Presque le personnage principal, se détachant quelque peu des trois autres, se fabriquant un portrait fort séduisant mais qui à l'image lui fait quelque peu défaut. Marié de longue date à Marthe, il est 'victime' ce que l'on a communément l'habitude d'appeler un 'coup de foudre'. Et ce coup de foudre, c'est Charlotte, une belle jeune femme, grande, élancée, incarnée par l'actrice Anny Duperey. Un bouleversement dans l'existence habituellement bien ordonnée d’Étienne, car cette femme, le mari heureux va chercher à la revoir...

Ensuite, nous retrouvons l'acteur humoriste Guy Bedos qui dans la peau de Simon est littéralement étouffé par sa mère, elle-même incarnée par Marthe Villalonga. Née en 1932 à Fort-de-l'Eau en Algérie, cette actrice célèbre pour avoir de nombreux seconds rôles n'est l’aînée de Guy Bedos que de deux ans, lui étant né en 1934. Et pourtant, le peu de différence qui sépare les deux interprètes demeure invisible. Ils campent tous les deux un formidable duo mère-fils, sans cesse tiraillé par les rapports beaucoup trop 'serrés' qu'ils entretiennent. Le troisième bon copain d’Étienne, c'est Bouly, incarné par Victor Lanoux. Contrairement à son ami qui va bientôt entamer sa première relation adultère, Bouly est un habitué de la chose. Ce qui mettra malheureusement son couple en péril. Enfin, il y a Daniel, interprété par Claude Brasseur. Le plus mystérieux des quatre hommes. On sait peu de choses sur le bonhomme, du moins jusqu'à ce que nous soit révélée son homosexualité. Comme le désirait l'acteur, qui contre l'avis de son agent accepta le rôle, il ne voulait surtout pas faire de Daniel, une image trop caricaturale de l'homosexuel. Le film bénéficiant ainsi d'un personnage conservant un certain mystère.

C'est la sixième fois qu'Yves Robert fait appel aux services de Vladimir Cosma pour composer la bande originale du film après, entre autres, Clérambard en 1969, et salut l'Artiste en 1973. Un Éléphant ça Trompe Énormément est une comédie joyeuse, traversée de moments plus délicats. C'est la troisième fois que le cinéaste écrit à quatre mains le scénario en compagnie du romancier, chansonnier, scénariste et dialoguiste (entre autres casquettes) Jean-Loup Dabadie. On peut affirmer sans risques que des œuvres telles que Le Cœur des Hommes et ses suites ne sont autre que les descendantes directes de Un Éléphant ça Trompe Énormément et de sa suite Nous Irons tous au Paradis qu'Yves Robert réalisera l'année suivante. À noter que le cinéaste américain Gene Wilder réalisera un remake en 1984 sous le titre La Fille en Rouge.
Au final, Un Éléphant ça Trompe Énormément demeure après toutes ces années comme l'une des meilleures comédies françaises de ce milieu des années soixante-dix. Les scènes plaçant Danièle Dselorme face à un Christophe Bourseiller amoureux sont irrésistiblement drôles, tout comme certains passages avec Jean Rochefort (la rencontre en pleine forêt et à cheval entre son personnage et celui incarné par Anny Duperey), la scène durant laquelle Simon-Guy Bedos reçoit l'un de ses patients dans son cabinet, ou encore celle où Claude Brasseur simule la cécité dans un restaurant afin de redonner le sourire à un Victor Lanoux plaqué par sa femme. Un classique indémodable, à revoir sans conditions...
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