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mardi 10 mars 2026

La soupe aux choux de Jean Girault (1982) - ★★★★★☆☆☆☆☆




Ça n'est pas tant le film qu'il m'importe ici d'évoquer mais celui qui me conseilla fortement, presque à genoux, de faire l'effort de le redécouvrir plus de quarante ans après sa découverte à la télévision... J'espère que chacun s'accordera à dire que La soupe aux choux est une sombre merde, mais si d'aventure quelques malveillants s'apprêtaient à laisser des commentaires assassins, je préfère tout de suite les prévenir : au premier qui affirmera que l’œuvre de Jean Girault fut et reste d'une importance considérable dans le paysage cinématographique français ainsi que dans la carrière de son auteur et de son acteur fétiche, je menacerai alors de voter le 15 mars prochain pour Sébastien Delocu aux élections municipales ! Et si ce même commentateur persiste ou si d'autres se joignent à lui à la curée, alors, en 2017, je voterai pour Jean-Cul Mélenfion ! Voilà, c'est dit... Pour en revenir à cet ''ami'' qui eut l'outrecuidance d'évoquer dans un authentique premier degré, je le cite, ''Que les États-Unis ont leur E.T l'extraterrestre Steven Spielberg et qu'en France, nous avons La soupe aux choux'', je lui répondrai qu'avec davantage de culture, de ''bon sens'' et d'ironie crasse, il aurait tout aussi bien pu évoquer Rencontre du troisième type! Car c'est tout d'abord de cela dont il s'agit dans ce qui demeure pour le réalisateur français ainsi que pour sa star Louis de Funès, leur avant-dernier long-métrage avant disparition des radars (les deux hommes mourront à un an d'intervalle). Aux côtés de l'une des plus grandes vedettes de la comédie française à laquelle certains ont l'infâme effronterie de lui apposer comme descendant naturel dans le registre de l'humour l'inconsistant Jamel Debbouze, l'on retrouve Jean Carmet dans l'un de ces personnages qu'il affectionnait et qui contrairement au personnage qu'incarne Louis de Funès lui va comme un gant. Il faut dire que malade, essoufflé, amaigri et parfois doté d'affligeantes lignes de dialogue, on n'a pas très envie de voir Louis de Funès dans cet état. Au bord de l'auto-caricature, presque pathétique même si, il est vrai, l'arrivée tardive et le passage éphémère de la jolie et pétillante Christine Dejoux dans le rôle de La Francine apporte une plus-value, Louis de Funès n'est malheureusement plus que l'ombre de lui-même. Adaptation du roman éponyme de l'écrivain et scénariste français René Fallet, La soupe aux choux signe la fin d'une hégémonie. Celle d'un acteur qui su attirer des millions de spectateurs en salle et devant leur poste de télévision tout en incarnant des individus presque majoritairement veules, autoritaires, tyranniques, pleutres devant les hommes de pouvoir et despotiques devant les faibles. 

 

La soupe aux choux dénote d'ailleurs fortement en comparaison des rôles que Louis de Funès interpréta par le passé. En somme, en incarnant Claude Ratinier, dit ''le Glaude'', l'acteur s'est apaisé pour donner la réplique au plus vieux compagnon du protagoniste qu'il incarne en la personne de Francis Chérasse, dit ''le Bombé''. Rôle qui est donc tenu par un Jean Carmet nettement moins présent à l'image que l'acteur-vedette d'une grande majorité des comédies de l'époque. Si ''bizarrement'', beaucoup se réfèrent à la séance de pets du long-métrage, la vérité est que La soupe aux choux est peut-être moins grotesque qu'il n'y paraît. Car au delà des flatulences de nos deux vieilles peaux récalcitrantes à la modernité, le film de Jean Girault évoque malgré tout quelques thématiques pas du tout inintéressantes. Comme les projets de transformation du milieu rural en complexe moderne, la solitude, la perte d'un être cher (qui en outre donne lieu à des retrouvailles relativement touchantes entre le Glaude et la Francine) ou l'indéfectible amitié entre deux hommes... Et puis, il y a cette rencontre improbable entre le Glaude et la Denrée. Un extraterrestre de la planète Oxo attiré par les bruits de pets des deux septuagénaires !?! Pour camper le rôle de la Denrée, l'acteur Jacques Villeret. Comme le veut l'adage ''Le ridicule ne tue pas'', l'acteur survivra à ses deux partenaires pour ne disparaître que vingt-trois ans plus tard, en 2005. Dire que le costume de l'extraterrestre est ridicule est un euphémisme. Confirmer que son étrange façon de s'exprimer est absurde est une évidence. Mais malgré le contraste qui s'opère entre la ruralité du contexte et l'arrivée de la science-fiction dans un genre et une approche qui ne s'y prêtaient pas forcément à de quoi surprendre. Du moins pendant quelques instants et SURTOUT, si l'on n'a jamais vu ou entendu parler de La soupe aux choux... Ouais, bon, ben c'est bien beau tout ça mais le film de Jean Girault ressemble sacrément à un nanar... plutôt ennuyeux dans ses grandes largeurs. Probablement le film de chevet de Delocu et de mon ami, d'ailleurs... Notons malgré tout la célèbre et inoubliable bande musicale analogique de Raymond Lefebvre qui est demeurée dans toutes les têtes...


mercredi 19 juillet 2023

Un si joli village d'Étienne Périer (1978) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Tout commence par une scène que l'on considérera plus tard comme étant celle d'un crime. Une séquence se déroulant dans la demeure qui abrite habituellement Stéphane Bertin (Victor Lanoux), l'une des personnalités les plus remarquables d'un petit village de la campagne française, ainsi que son épouse avec laquelle il n'entretient plus vraiment de rapports cordiaux. Amant de l'institutrice Muriel Olivier (Valérie Mairesse) et propriétaire d'une tannerie dont l'importance est considérable puisqu'elle emploie une bonne partie des hommes du village et permet l'existence d'une école primaire, l'homme est apprécié de tous. Du gérant de l'hôtel Fréval (Gérard Jugnot) en passant par le curé Borie (Jean Vigny) jusqu'à la servante Élodie (Mado Maurin). Une existence jusque là tranquille, dans un petit village paisible où la vie s'écoule au rythme de la tannerie. Mais ce soir là, tout va changer. Stéphane Bertin fait disparaître les affaires de son épouse dont il a décidé de divorcer malgré le refus catégorique de celle-ci. On ne trouve plus trace de sa femme et la belle-sœur de Stéphane prénommée Nelly (Anne Bellec) suspecte très rapidement la séquestration, la disparition, et peut-être même pire encore, le meurtre de sa sœur ! Nelly alerte les autorités et bientôt débarque alors dans ce si joli village, le juge Fernand Noblet (Jean Carmet)... Avant dernier long-métrage du réalisateur et scénariste belge Étienne Périer qui ne tournera plus que des téléfilms par la suite, Un si joli village s'inscrit dans cette vague de films situant leur action dans la campagne française. Une critique de la société, entre petites gens et nantis, parfaitement jouissive et qui aurait pu tout aussi bien être mise en scène par le maître en la matière, Claude Chabrol. Un si joli village, sous ses allures de film policier porté par des personnages passablement cyniques, montre combien l'importance d'une personnalité locale faisant vivre un village tout entier peut avoir de conséquences sur les suites d'une enquête...


Il n'y a d'ailleurs en ce sens, rien de plus démonstratif que la séquence lors de laquelle le personnage interprété par Victor Lanoux annonce brutalement au délégué syndical, Maurois (Jacques Richard), au responsable administratif, Debray (Alain Doutey) et à quelques autres de ses collaborateurs, le suspension des activités de la tannerie pour les jours ou les semaines à venir. Des conséquences lourdes qui n'échapperont d'ailleurs pas au juge d'instruction sur lequel fait visiblement volontairement peser le poids de la responsabilité le responsable de l'usine. Un moyen de pression, sans doute. Une technique dont va d'ailleurs user le juge qui sous ses allures de bonhomme sympathique, passionné par les fleurs, va tenter de conditionner le suspect lors de son audition. Étienne Périer réunit autour de lui un parterre de premiers et second rôles de premier plan. Adaptation du roman Le moindre mal de Jean Laborde par le scénariste et critique de cinéma André-Georges Brunelin et par le réalisateur lui-même, Un si joli village est une œuvre remarquable. Derrière l'apparente simplicité de sa mise en scène et de son interprétation, réalisateur et interprètes mettent en place un stratagème consistant à faire plier tour à,tour l'un et l'autre des deux personnages principaux. D'un côté, l'évidente expérience d'un homme de loi dont l'apparente nonchalance ne doit pas cacher sa maîtrise de la situation. De l'autre, un individu qui se sait investit d'une mission (celle de faire vivre son village et ses habitants) et sait être soutenu par les villageois. Dans ce ''combat'' entre juge et suspect, l'un et l'autre marquent des points même si peu à peu l'un gagne du terrain tandis que l'autre en perd à force d'accumuler les erreurs... Même si son âge avancé (le film date de 1978) lui donne un caractère particulier, Un si joli village est très représentatif de notre société actuelle dont les médias, les réseaux sociaux, les politiques et la justice tentent avec plus ou moins de réussite et d'objectivité de corriger les défauts. Un constat terriblement désarmant qui pose une question simple : qui du chat ou de la souris l'emportera... ? Notons parmi les seconds rôle, la présence de Michel Robin, de Francis Lemaire, de Jacques Cancelier, de Bernard-Pierre Donnadieu et d'Étienne Périer que l'on aperçoit au début du film dans le rôle de l'époux de Nelly...

 

mardi 28 mars 2023

Un linceul n'a pas de poches de Jean-Pierre Mocky (1974) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Qu'ils soient de droite, de gauche, qu'il s'agisse de politiciens, d'un maire, d'un député-médecin, tous passent à la moulinette dans ce qui demeure l'une des charges les plus virulentes de Jean-Pierre Mocky. Bien avant que sa carrière ne s'effondre d'un point de vue qualitatif, le réalisateur français signe en 1974 avec Un linceul n'a pas de poches une jolie réussite dans laquelle il tient le rôle principal de Michel Dolannes, journaliste pour qui toute vérité est bonne à dire. Même au risque d'y perdre son boulot ou la vie. Entouré d'une belle brochette d'interprètes parmi lesquels l'on retrouve notamment Jean-Pierre Marielle, Jean Carmet, Michel Constantin, Michel Serrault, Michel Galabru, Michael Lonsdale ou encore Daniel Gélin, l'acteur/réalisateur/scénariste s'entoure également de quelques interprètes féminines. Telle Myriam Mézières qui interprète Myrrha Barnowski, secrétaire russe débarquant en plein tourbillon et travaillant désormais aux côtés de Michel Dolannes ou l'actrice et mannequin Sylvia Kristel, connue pour avoir tenu le rôle d'Emmanuelle dans le célèbre film érotique éponyme de Just Jaeckin la même année. Jean-Pierre Mocky profitera de la présence de la jolie néerlandaise pour la désaper devant l'objectif de la caméra à plusieurs reprises. Mais là n'est pas l'essentiel puisque Un linceul n'a pas de poches s'intéresse avant tout à la corruption qui gangrène notre pays jusqu'au sommet des institutions. Et à ce titre, Jean-Pierre Mocky ne prend pas de pincettes et fonce dans le tas en évoquant le chantage, la censure et autres menaces afin de faire plier le journaliste qui ne se laissera cependant pas dicter son comportement. Même au péril de son existence. Poursuivi par des hommes de main, trahi par son nouvel employeur, Monsieur Laurence (Daniel Gélin) et par le syndicaliste Culli (Michel Constantin), Dolannes va dénoncer par l'entremise de son nouvel hebdomadaire Cosmopolite les avortements pratiqués clandestinement par le député-médecin Carlille (Jean-Pierre Marielle) et qui ont déjà fait trois victimes ou le meurtre d'un cheminot par le maire de la ville après que celui-ci ait couché avec le fils de ce dernier âgé de seulement quatorze ans !


Avec l'aide du scénariste et dialoguiste Alain Moury, Jean-Pierre Mocky adapte le roman de l'écrivain américain Horace McCoy No Pockets in a Shroud édité en 1937 sur le territoire américain et qui chez nous fut publié dans la collection Série Noire neuf ans plus tard. Si Un linceul n'a pas de poches reprend une bonne partie des enjeux du roman, il diffère sur certains points. Situant logiquement son action aux États-Unis, No Pockets in a Shroud évoquait notamment un groupuscule d'extrême-droite formé autour de notables dont les méthodes furent proches de celles du Ku Klux Klan. Évocation d'un suprémacisme blanc qui disparaît donc du long-métrage au profit d'une société ne naviguant plus au cœur des années trente mais quarante ans plus tard sur le sol français. À égale distance de sa dénonciation des politiques, du sport et des médias corrompus, le réalisateur évoque également la liberté de la presse et d'expression, ici, muselée par des politiciens à travers de juteuses promesses financières et aborde le sujet de la pédophilie à travers ce maire qui coucha avec un adolescent avant de faire tuer le père du jeune garçon. Habitué du genre et endossant une fois de plus le costume du héros cherchant à dénoncer l'hypocrisie de la France à l'époque ou Valérie-Giscard d'Estaing était au pouvoir, Jean-Pierre Mocky signe une œuvre très ambitieuse dont la durée (plus de deux heures) étonne. Un linceul n'a pas de poches demeure au sommet d'une carrière bordélique où le meilleur se confondait souvent avec le pire mais au cœur de laquelle, jamais le réalisateur ne fit le moindre compromis. Alors, bien sûr, le film n'est pas dénué de défauts. À commencer par ces troisièmes-rôles incapables d'aligner deux phrases sans regarder l'objectif de la caméra ou cette post-synchronisation généralement imparfaite. Mais que faire de ces menus défauts qui furent nettement plus visibles dans d'autres circonstances et qui ici s'effacent au profit d'un récit sous haute tension dont le dénouement est d'ors et déjà écrit. Coup de chapeau à Jean-Pierre Marielle qui interprète un député-médecin bien pourri et à quelques séquences rondement menées...

 

jeudi 23 mars 2023

Alice ou la dernière fugue de Claude Chabrol (1977) & Le secret derrière la porte de Fritz Lang (1947)

 


 

S'il est bien connu que le réalisateur français Claude Chabrol vouait une véritable adoration pour le britannique Alfred Hitchcock, le grand public sait peut-être moins qu'il admirait également d'autres cinéastes. Et parmi lesquels, l'allemand Fritz Lang auquel il rendait hommage ici en lui dédiant en 1977 l'étrange Alice ou la dernière fugue. Œuvre très particulière dans la filmographie de l'auteur de Que la bête meure ou de La cérémonie. À tel point que l'on n'y retrouvait pas vraiment la marque de fabrique de celui qui mit un point d'honneur à égratigner la bourgeoisie provinciale hexagonale. L'un des films de chevet de Claude Chabrol demeurant Le secret derrière la porte réalisé trente ans auparavant par l'auteur de M le maudit ou de Metropolis, il est tout d'abord amusant de noter le rapport qu'entretiennent les affiches respectives des deux longs-métrages qu'il s'agit ici d'évoquer. Cette posture féminine, bras ouverts et visages marqués par une certaine forme d'inquiétude, la première des silhouettes semblant alors se calquer sur la seconde. Comme d'autres avant et après lui, Claude Chabrol aura-t-il eu avant tout lui aussi l'idée d'exploiter la beauté toute naturelle de l'actrice et mannequin néerlandaise Sylvia Kristel, connue pour avoir incarné à cinq reprises le personnage d'Emmanuelle au cinéma ? La réponse est oui, définitivement. Trois ans après son compatriote Jean-Pierre Mocky et son Un linceul n'a pas de poche de joyeuse mémoire, Claude Chabrol invite donc Sylvia Kristel a franchir le pas d'un univers dont les barrières végétales vont contraindre la jeune Alice à demeurer un temps indéfini sur une propriété appartenant à un certain Henri Vergennes (l'acteur Charles Vanel). Un prénom et un univers qui appuient très fortement sur la corrélation qui existe entre le film et le roman de Lewis Carroll, Les Aventures d'Alice au pays des merveilles.
Et comme si cela ne suffisait pas, Claude Chabrol offre à son personnage féminin le même patronyme que l'auteur du dit roman (en lieu et place de Liddell dans cette même œuvre littéraire), histoire qu'il n'y ait plus aucun doute ! Alors oui, le réalisateur français finira par effeuiller la belle néerlandaise mais surtout, il lui offrira l'un de ses plus beaux rôles puisque Sylvia Kristel porte quasiment sur ses seules épaules l'intrigue toute entière de cette
Alice ou la dernière fugue hors du commun. Parions d'ailleurs que si le film avait été interprété par Régine ou Jackie Sardou, notre attention aurait sans doute été moins absorbée par l'héroïne que sur ce récit relativement porté sur le contemplatif. C'est qu'il ne s'y passe pas grand chose durant une grande partie de l'intrigue, telle est la chose qu'il faut retenir. Dans un récit où les rencontres sont rares mais particulièrement énigmatiques (d'André Dussolier à Thomas Chabrol en passant par François Perrot ou Jean Carmet) et où les explications se concentrent dans les tout derniers instants, que conserverons-nous de cette aventure qui n'a que peu de rapport avec l'habituel univers Chabrolien de son auteur ? Une promenade surréaliste au cœur d'un édifice qui recèle des secrets sous une forme pourtant nettement moins fantasmagorique que l’œuvre littéraire dont il emprunte le personnage d'Alice. Bien que n'apportant que très peu d'eau à son moulin durant une bonne partie du récit, Alice ou la dernière fugue mérite que l'on s'y attarde, ne serait-ce que pour la seule présence de l'actrice néerlandaise, pour cette approche inédite du fantastique chez Claude Chabrol, pour ces quelques visions bricolées avec les moyens du bord donnant à l'ensemble un cachet bien spécifique (les images déformées accompagnant l'héroïne), pour son atmosphère tantôt vaporeuse, tantôt inquiétante mais aussi pour son final percutant et en définitive, parfaitement logique...


Maintenant, observons un instant de silence religieux avant d'entamer la projection du Secret derrière la porte de Fritz Lang, génie de l'expressionnisme allemand qui aux côtés, et pour ne citer que les plus célèbres, de Freidrich Wilhelm Murnau (Nosferatu le vampire en 1922) et Robert Wiene (Le Cabinet du docteur Caligari en 1920), offrit ses lettres de noblesse à un courant aux atours fantastiques qui influença et continue d'influencer tout un pan du septième art... Remontons donc trente ans en arrière avant la sortie d'Alice ou la dernière fugue pour comprendre pourquoi cette passion de Claude Chabrol pour le réalisateur allemand et pourquoi spécifiquement pour cette œuvre ci. L'on passe de la couleur au noir et blanc avec, pour commencer, un générique des plus classique contrairement à celui d'Alice dont le déroulement ressemblait à ceux qu'il est coutume de voir afficher en conclusion de n'importe quel long-métrage (avec le recul, on pouvait d'ailleurs y déceler d'emblée un indice nous aiguillant sur le funeste destin de son héroïne). ''Les Potter vous ont invitée au Mexique, allez-y. Ce sera votre dernière fugue...''. C'est en ces termes que le collaborateur (l'acteur James Seay dans le rôle de Bob Dwight) du frère de l'héroïne Celia Lamphere récemment disparu conseille à la jeune femme de partir quelques temps avant de prendre diverses décisions quant à l'avenir de l'entreprise familiale. Nouvelle connexion entre l’œuvre de Fritz Lang et celle de Claude Chabrol.
Ici, le faste de la mise en scène où les reliquats de l'expressionnisme allemand se répercutent sur les jeux d'ombres et de lumières tranchent avec le minimalisme de
Alice ou la dernière fugue. Si ce dernier débutait par une rupture, Le secret derrière la porte, lui, s'ouvre sur une union. Celle de la jeune beauté qui pour l'instant se fait appeler Celia Barrett avant qu'elle ne devienne Madame Lamphere en épousant Mark Lamphere, un homme qu'elle rencontrera lors de sa visite au Mexique. Mais j'en vois déjà certains s’interroger sur le nom même de ce personnage dont l'attitude s'avérera rapidement étrange. On pourrait accorder à Fritz Lang une certaine malice en usant d'un patronyme dont le sens est chez nous phonétiquement double comme le fera d'ailleurs beaucoup plus tard le réalisateur Alan Parker avec son cauchemardesque Angel Heart dans lequel l'acteur Robert De Niro interprétera le rôle de Louis Cyphre (Lucifer, avec l'accent anglais) ! Pourtant, la version originale tend à démontrer que la chose n'est que pur hasard. Cela discrédite-t-il pour autant l'impression incommodante que l'on ressent devant l'attitude étrange du personnage de Mark Lamphere (L'enfer) qu'incarne l'acteur britannique Michael Redgrave ?


Interprétée par la magnifique actrice américaine Joan Bennett, Celia n'est au départ que l'une des figures cinématographiques de l'une des épouse de Barbe Bleue, personnage imaginaire emprunté au conte de Charles Perrault La Barbe Bleue (édité en 1697) mais néanmoins inspiré à l'écrivain français par le roi d'Angleterre Henri VIII qui non content de porter lui-même la barbe (rousse cette fois-ci), fit exécuter deux des six femmes qu'il épousa. Le cadre de l'immense demeure servant de décor au long-métrage de Fritz Lang est un personnage à part entière. Avec ses chambres reconstituant des faits marquants et particulièrement sordides, et notamment celle que refuse d'ouvrir à quiconque et pas même à Celia l'époux tant admiré. Le secret derrière la porte arbore à travers les décors, la passion amoureuse de ses deux principaux protagonistes et la bande musicale du hongrois Miklós Rózsa, des atours romanesques auxquels l'allemand injecte une forte dose de suspicion à laquelle n'est sans doute pas demeuré insensible Claude Chabrol. Au delà même de cette chambre qui semble enfouir un secret si terrible que Mark s'emporte à la seule évocation de l'ouvrir au regard de son épouse, c'est bien ce personnage lui-même énigmatique qui façonne le côté angoissant du récit.
Collectionneur de scènes de crimes ambigu, Fritz Lang en rajoute une couche avec le personnage de David (Mark Dennis), fils de Mark et d'une épouse disparue, un adolescent glaçant dont la personnalité paraît tout aussi préoccupante que celle de son propre père. Durant sa carrière, Fritz Lang aura mis en scène autant de criminels que d'innocentes victimes accusées à tort ou à raison. Avec un réalisme sociologique qui parfois donna des frissons dans le dos (
Furie en 1936 et sa traque du héros par une foule déchaînée ou L'Invraisemblable Vérité en 1957 qui à n'en point douter inspira probablement le troublant La vie de David Gale que réalisa Alan Parker quarante-six ans plus tard), le réalisateur exilé sur le territoire américain depuis huit ans signait avec Le secret derrière la porte une œuvre parfois suffocante, étouffée sous des lambris d'aspect gothique et sous une lumière nocturne renvoyant parfois aux grandes heures du cinéma d'épouvante britannique. Si l'on s'attend à une découverte sans surprise une fois la clé introduite dans la serrure de la fameuse chambre, la stupéfaction, en réalité, n'en sera que plus grande. La force du scénario écrit par Silvia Richards sur la base du roman Museum Piece No. 13 de Rufus King est en tout point remarquable, servi par une interprétation tout aussi admirable et par la mise en scène sans faille du réalisateur allemand...

 

lundi 16 janvier 2023

Dupont Lajoie d'Yves Boisset (1975) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Libération titrait récemment ''Nuit bleue, Peste brune'' quand la gauche (extrême) dénonçait de son côté et à la suite du match France-Maroc, des ratonnades dans plusieurs villes françaises. Si Orange mécanique de Stanley Kubrick se voulait une vision pessimiste et pourtant ô combien réaliste du monde de ''demain'' (nous sommes alors en 1971), quatre ans plus tard, et à une toute autre échelle, Yves Boisset signait un Dupont Lajoie qui quarante-huit ans après sa sortie dans les salles françaises se ferait encore l'écho d'actes (certainement) et de fantasmes (plus sûrement) d'une partie de la politique hexagonale friande de tout ce qui peut permettre à ces détracteurs de l'autre parti de l'extrême (droite) d'appuyer là où ça fait mal. Pas au portefeuille, non. Encore moins au garde-manger. Mais à ces femmes et ces hommes qui craignent pour leur avenir et burent il y a encore quelque mois,les paroles idéologiques d'un certain Eric Zemmour ! Dupont Lajoie où la théorie du triple R selon laquelle le français est Râleur, Raciste et Ringard ! Se plaignant de tout, et surtout de la présence des noirs et des arabes auxquels on osait à l'époque sur grand écran doter de ''sobriquets'' qui aujourd'hui feraient scandale, faisant ainsi bander ceux qui montent au créneau dès que la parole dépasse plus ou moins la pensée ! Ringard, oui ! Car si chacun à bien sûr le droit de passer ses vacances comme il l'entend, Yves Boisset décrit une France plus ou moins prolétarienne qui vit d'habitudes auxquelles elle ne déroge jamais. Une France entre blancs, ritualisant la consommation d'alcool et de charcuterie, retrouvant ses semblables au camping lors du banquet annuel dressé sur trois ou quatre tables en formica posées côte à côte...


On y constate entre deux gorgées de rouge ou deux bouts de saucisson l’afflux des étrangers qui dérange moins la jeunesse que les ancêtres ancrés dans leurs bonnes ou mauvaises habitudes de français moyens. Une France que certains voudraient nous faire croire être revenue en force en 2022 à l'heure où Avatar 2 : la voie de l'eau inonde (sans mauvais jeu de mots) les écrans de cinéma hexagonaux ! Meuh non, le monde a changé. Drame ordinaire qui semble plus souvent toucher les couches populaires, la seule erreur qu'ait commise Brigitte Colin (Isabelle Huppert, alors âgée de vingt et un ans) est d'avoir voulu se mettre à l'écart des festivités estivales du camping ''Caravaning Beau-soleil'' pour prendre le soleil dans un champ. Passe alors Georges Lajoie (Jean Carmet), cafetier parisien libidineux, époux de Ginette (Ginette Garcin) et père de Léon (l'acteur Jacques Chailleux qui un an auparavant interprétait le rôle de l'ex taulard Jacques Pirolle dans le film culte de Bertrand Blier, Les valseuses). Ce bon père de famille s'approche de la jeune femme et tente un baiser, une caresse qui malheureusement finiront mal. Et quelle meilleure occasion y-a-t-il pour ce français moyen xénophobe que d'aller déposer le corps de Brigitte près d'un campement abritant des immigrés d'origine maghrébine ? On devine alors la suite. Ce relent de racisme qui transpire quasiment à chaque plan, de la séquence d'ouverture dans le café des Lajoie, en passant par ce bal populaire lors duquel aura lieu une rixe entre ces ''bons français'' et des arabes venus simplement participer à la fête et jusqu'à cette expédition punitive dont on sait déjà que ceux qui en seront les victimes ne sont pas les véritables coupables...


Dupont Lajoie passe l'épreuve du temps tout en collant véritablement à son époque. Image d'une carte postale un brin désuète, voire ringarde d'une population qui une fois l'an se regroupe en troupeau amoncelé sur un terrains envahi qui par des caravanes, qui par des tentes. Une communion de mœurs et de ''petits'' esprits où l'on retrouve notre famille de cafetiers, certes, mais également un huissier de justice (excellent Michel Peyrelon), un couple de vendeurs de sous-vêtements (Pascale Roberts et Pierre Tornade dans le rôle des Colin, les parents de la victime) ou un excité du bocal, causeur d'embrouilles, regrettant sans doute la ''grande époque'' de la Guerre d'Algérie (génial Victor Lanoux) ! Tout ici est pourri dès lors que l'on affiche ses origines françaises. L'italien ou le pied-noir ne sont ici pas au centre du sujet, servant surtout à temporiser la situation. Comme quoi, hein, on peut être raciste mais se faire des amis parmi des personnes issues de l'immigration. Tout est pourri, donc, comme en témoignent les représentants de l'autorité intervenant lors du bal. Et puis, il y a ces quelques personnalités du monde de la justice ou du petit écran qui viennent se greffer au récit : Jean Bouise, dans le rôle de l'Inspecteur Boulard, rare français de ''souche'' comme l'on dit, décrit de manière positive par le réalisateur puisque lui seul parmi ''ses semblables'' cherchera véritablement à faire la lumière sur ce fait divers sordide (mais jusqu'à quel point?). Quant à Jean-Pierre Marielle, égal à lui-même et aussi savoureusement opportuniste que délicieusement hypocrite, en animateur tantôt affligé par la mort de la jeune Brigitte, puis s'assurant d'être plein cadre devant la caméra lorsqu'il présente ses condoléances aux parents de la victime, mais sachant entre ces deux séquences reprendre son ton d'animateur (il incarne Léo Tartaffione et présente le jeu ''Inter-camping''). Et puis, tout part en vrille et l'humanité montre un visage emprunt de bêtise et de bestialité... jusqu'à ce que la politique s'en mêle, comme de bien entendu... En somme, rien d'inattendu ou d'inédit. Yves Boisset signait là l'un de ses longs-métrages les plus marquants. Une œuvre glaçante, réaliste et parfois embarrassante que l'on rangera notamment aux côté de Le Prix du danger, Canicule ou encore Radio Corbeau pour ne citer que ces quelques exemples d'une filmographie exemplaire...

 


jeudi 21 octobre 2021

Cycle troupe du Splendid à la réalisation : Sac de Noeuds de Josiane Balasko (1985) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Cela fait un moment que la chose me titille mais cette fois-ci, c'est décidé. Je me lance dans un méga cycle consacré aux membres du Splendid. Non pas en tant qu'interprètes mais en tant que réalisateurs. Dans l'ordre alphabétique patronymique bien entendu. Concernant Marie-Anne Chazel, Thierry Lhermitte et Bruno Moynot cela ira très vite puisque la première n'a réalisé qu'un court et un long-métrage, le second un long et le troisième aucun. Les plus importantes carrières en tant que réalisateurs sont donc celles de Gérard Jugnot avec douze longs-métrages, de Josiane Balasko qui en compte huit et enfin Michel Blanc avec cinq films. Je ne tiendrai pas compte des courts-métrages et autres documentaires mais consacrerai ce cycle uniquement aux longs formats. Vingt-sept films à chroniquer, donc. Pas tout à fait un travail de titan mais c'est certain, un réel plaisir de pouvoir redécouvrir l’œuvre de cette troupe culte qui après des débuts en commun a fait pour la plupart une carrière en solo particulièrement brillante. On commence donc avec Josiane Balasko qui bien avant de connaître la consécration en 1996 avec Gazon Maudit se fit tout d'abord la main sur deux petites comédies fort sympathiques parmi lesquelles son tout premier long-métrage Sac de nœuds en 1985. Aux côtés de celle qui allait devenir l'une des plus grandes actrices françaises de sa génération en la personne d'Isabelle Huppert, Josiane Balasko se met en scène dans le rôle d'Anita, une paumée en gabardine façon ''Lieutenant Columbo'' et le cheveu en pétard à la manière du chanteur du groupe britannique The Cure, Robert Smith.


En blonde platine un peu cruche, d'apparence un peu ''facile'' Isabelle Huppert interprète Rose-Marie Martin, épouse d'un flic alcoolique et violent (Daniel Russo) qu'elle croit avoir tué d'un coup de couteau. En fuite en compagnie de sa voisine et nouvelle amie Anita, les deux femmes vont notamment croiser sur leur route le délinquant Rico Da Silva... Un Rico Da Silva interprété par le trop rare Farid Chopel qui depuis s'en est allé à l'âge de 55 ans, victime d'un cancer foudroyant en avril 2008. Fils d'une mère kabyle mais revendiquant la Lorraine comme véritables origines, Farid Chopel fut habitué aux rôles de crapules ou de voyous comme l'attestèrent notamment ses sombres interprétations dans L'addition de Denis Amar ou dans Les fauves de Jean-Louis Daniel tous deux réalisés en 1984. Sac de nœuds viendra l'année suivante, tout comme La Vengeance du serpent à plumes de Gérard Oury qu'il interprétera aux côtés de Coluche, Maruschka Detmers, Philippe Khorsand ou encore Luis Rego. Déjà, en 1985, Josiane Balasko dissémine ici ou là sa vision d'une certaine France à travers une critique sociale désabusée. Et au beau milieu des années quatre-vingt, déjà, le milieu social dans lequel vivent nos deux héroïnes coïncide directement avec le contexte dans lequel elles vivent. Victimes des hommes, tout d'abord, mais de la vie en général également, nos trois marginaux sont ainsi réunis dans une comédie drôle mais aussi parfois amère, typique des années quatre-vingt...


Assistée de Philippe Guez et Claude Othnin-Girard à la mise en scène et par le futur réalisateur de Sur mes lèvres, d'Un prophète ou de Dheepan Jacques Audiard au scénario, Josiane Balasko réalise un road-movie déjanté, à l'humour parfois noir, un brin grossier, mais pas trop, qui gagne en force et en énergie à mesure que le récit évolue. Entre des dialogues pas toujours très fins mais des situations qui s'enchaînent avec vigueur, l'arrivée de Farid Chopel/ Rico Da Silva est un atout évident tandis que la participation de certains seconds rôles étoffe très largement l'intrigue. Rencontre avec un Jean Carmet savoureux et très attachant en pharmacien mélomane traumatisé par la Collaboration. Avec un Coluche, également, propriétaire d'un club de jeux clandestin exploitant la compagne de Rico que des dizaines de badauds acceptent de faire la queue pour la regarder s'exhiber. Quant à Dominique Lavannant, elle interprète une infirmière alcoolique et suicidaire. Drôle et parfois émouvant, ce trio de marginaux unis dans leurs différences mais aussi dans leur trauma respectif (Anita cherche notamment à retrouver le docteur qu'elle rend responsable de la mort de son jeune enfant cinq ans plus tôt) demeure inoubliable. Et même si Josiane Balasko, en débutante, maîtrise encore avec difficulté le métier de réalisatrice, on ne peut que tomber sous le charme des personnages qu'elle a offert à Isabelle Huppert et Farid Chopel. Une comédie moins bête qu'elle n'en a l'air, terriblement humaine, et qui n'empêche pas une certaine noirceur... Un régal...

 

mercredi 27 novembre 2019

Comment Réussir Quand on est Con et Pleurnichard de Michel Audiard (1974) - ★★★★★★★☆☆☆



Avant dernier long-métrage du scénariste, dialoguiste et réalisateur français Michel Audiard, Comment Réussir Quand on est Con et Pleurnichard est de ces œuvre totalement absurdes qui reposent davantage sur l'interprétation que sur la mise en scène. Ce qui, de ce point de vue, est plutôt une très bonne nouvelle si l'on tient compte du fait que Michel Audiard n'a jamais été un très bon cinéaste. Parti de là, le spectateur se retrouve plongé dans une aventure pittoresque, pas tout à fait digne du surréaliste (et chef-d’œuvre de Bertrand Blier) Buffet Froid ou de Calmos. Certains trouveront sans doute que j’exagère et c'est pourquoi, j'arrêterai là, la comparaison. Michel Audiard fait de petits individus sans envergure, les héros d'un récit sans histoire. Ou si petite soit elle. De ces êtres qui se cherchent l'âme sœur sans jamais pouvoir réellement la trouver, à quelques rarissimes exceptions prêt. Comment Réussir Quand on est Con et Pleurnichard, c'est encore une fois pour le réalisateur, l'occasion de s'offrir un casting de choix : Jean Carmet, Evelyne Buyle, Jean-Pierre Marielle, Stéphane Audran, Jean Rochefort et Jane Birkin. Trois couples mal assortis. Comme les pièces d'un puzzle mal assemblées.

Le premier réunis Antoine Robinaud et Marie-Josée Mulot. En fait de couple, c'est parler un peu trop rapidement. Un dîner, un soir sur deux, voilà à quoi tient la relation entre ce petit vendeur de vin dégueulasse offrant une horloge pour l'achat de deux caisse de son ''vinaigre'' et une employée de l'hôtel PLM. Le second est formé autour de Gérard Malempin et son épouse Cécile. Directeur de l'hôtel PLM, lui se farcie l'employée en question tandis que Cécile se console auprès du petit vendeur de spiritueux, poète à ses heures. Quant au troisième, il est constitué de deux des plus improbables personnalités du long-métrage puisque Jane n'est attirée que par les ratés, ce que s'efforce d'être son compagnon Foisnard. Tout ce petit monde, s'échange, s'examine sous toutes les coutures (on appréciera le show érotique et la cambrure de Jane Birkin lors duquel on découvrira Jean-Claude Dreyfus en transformiste), pour finir par faire éclater les couples et en fabriquer de nouveaux.

Les dialogues ne sont pas les plus remarquables qu'ait écrit Michel Audiard, mais quand même au dessus de tous les autres, Comment Réussir Quand on est Con et Pleurnichard demeure un florilège de bons mots qu'il serait dommage d'ignorer face à la qualité plus que discutable de sa mise en scène. Jean Carmet est irrésistible, Jane Birkin et Stéphane Audran sont sexy, Jean-Pierre Marielle fidèle à ses personnages de beaufs, Jean Rochefort usé, fatigué, mal rasé, exquis, Évelyne Buyle fameuse en suicidaire qui rate chaque tentative, testant l'eau, le gaz et l'électricité. Et l'on ne compte pas les seconds rôle auxquels le réalisateur offre des dialogues aux petits oignons : Daniel Prévost et Robert Dalban en premier lieu. Comment Réussir Quand on est Con et Pleurnichard est de ces films d'une autre époque, qui a peut-être vieilli, mais qui faisait preuve d'une imagination folle et d'une liberté de ton totale. Un tout petit film culte !

mardi 26 novembre 2019

Bon Baisers... à Lundi de Michel Audiard (1974) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Excellent dialoguiste, Michel Audiard n'a cependant jamais été un réalisateur très convainquant. Ce que confirmait en 1974 son dernier long-métrage Bon Baisers... à Lundi. Réalisation, dialogue et scénario (adapté du roman d'Alain-Yves Beaujour, Le Principe d'Archimède), Michel Audiard se charge de trois des départements les plus importants de ce long-métrage qui réunit un casting en or autour de trois braqueurs du dimanche. Trois bras cassés qui décident un vendredi soir, veille du week-end, de se rendre chez un grand ponte du show-business afin de lui soutirer une grande somme d'argent. Ces trois individus, ce sont Henri-Pierre (Jean Carmet), Bob ((Jean-Jacques Moreau) et Dimitri (Jacques Canselier). Le roi du show-business, lui, c'est Frankie Strong (Bernard Blier), connu dans la profession sous le nom du ''Lion''. Ayant préparé bien à l'avance leur coup, Henri-Pierre s'attend à débarquer avec ses deux complices dans un appartement où est très régulièrement organisée une partouze. Sauf qu'en se trompant d'un étage, les trois hommes se retrouvent dans une situation à laquelle ils ne s'attendaient pas. Non seulement, la soirée va prendre une tournure inattendue, mais ils vont en perdre peu à peu le contrôle...

Outre les interprètes déjà cités, Bon Baisers... à Lundi est l'occasion de retrouver Maria Pacôme dans le rôle de Myrette, l'épouse de Frankie Strong, Évelyne Buyle dans celui de Zaza sur laquelle le ''Lion'' fonde tous ses espoirs de future vedette de la chanson française, et plus tard, Mario David dans la peau de Jacky Arouni, l'amant de l'ancienne star et protégée de Frankie Strong Esmeralda (interprétée par Betty Mars), Julien Guiomar dans celui de l'époux trompé, André Pousse en automobiliste très énervé et Michel Bouquet en alcoolique et ancien camarade de Henri-Pierre rencontré au détour d'un bistrot. Participant à l'écriture du scénario, on retrouve Jacques Audiard, le fils du dialoguiste et réalisateur qui débutait ici sa carrière dans le monde du cinéma avant de devenir deux décennies plus tard l'un des réalisateurs français les plus respectés (au hasard, Sur mes Lèvres en 2001, Un Prophète en 2009 ou encore Dheepan en 2015).

Bon Baisers... à Lundi n'est pas un mauvais film. Bien au contraire, on y retrouve le cynisme et l'exceptionnelle qualité des dialogues de Michel Audiard. Surtout durant la première et la dernière partie du long-métrage. Cependant, le film souffre d'une baisse de régime conséquente en son centre, à tel point que l'on est en droit de se demander dans quelles proportions le réalisateur, scénariste et dialoguiste a perdu de son inspiration. La confrontation entre les braqueurs, admirablement menés par un Jean Carmet philosophe, et Bernard Blier suivi par une ''cours des miracle'' surréaliste est absolument jubilatoire. Les répliques fusent sous forme de duels linguistiques remarquables. Du moins, jusqu'à ce que l'ensemble des personnages ne quittent l'appartement du ''Lion'', Michel Audiard les envoyant faire une virée dans un bar ouvert tard dans la nuit, transformant ainsi Bon Baisers... à Lundi en une comédie potache, franchouillarde, du plus mauvais goût (la scène de la danse espagnole). N'y aurait plus manqué que la présence de Sim, de Henri Genès, de Pierre Doris ou d'Alice Sapritch pour se croire devant un film de Philippe Clair, de Michel Gérard ou de Max Pécas !!! Heureusement, la fin rehausse sensiblement le niveau. Mais en comparaison de comédies sorties la même année, dont on retiendra surtout et forcément Les Valseuses de Bertrand Blier, fils spirituel de Michel Audiard, Bon Baisers... à Lundi peine à convaincre dans son intégralité. Une œuvre portée par son interprétation, ses dialogues, mais néanmoins gâchée par une mise en scène parfois en dessous de tout...

mercredi 28 août 2019

L'invité Surprise de Georges Lautner (1989)

Du jour au lendemain, le jeune guide touristique Martin Gaillard se retrouve sous le feu des projecteurs. Dans la presse, on ne parle plus que de lui. Mis en danger pour avoir été le témoin involontaire d'une affaire mêlant Police, État, Terrorisme et même Lutte antiraciste, il possède une photo sur laquelle est représenté un individu dont le véhicule a explosé devant un restaurant. Fils d'un employé de la Police Judiciaire et d'une mère ethnologue partie vivre auprès des esquimaux, Martin vit désormais avec son beau-père Charles Mazzena, lui-même ancien flic handicapé depuis qu'il a pris une balle lors d'une mission, et de son jeune demi-frère.

Les autorités s'intéressent de très près à Martin, et notamment le nouveau chef de l'Anti-gang, le commissaire Le Bourreux, dont le directeur n'est autre qu'un proche de Martin et de Charles. Après avoir été attaqué par deux hommes chargés de récupérer la photo compromettante, Martin fait appel à la journaliste Domenica afin de rendre publique les faits dont il a été le témoin...

Alors qu'il est connu pour avoir fait jouer parmi les acteurs français les plus populaires des années soixante-dix quatre-vingt (Jean-Paul Belmondo, Mireille Darc, Michel Constantin, ou encore Alain Delon pour ne citer qu'eux), le cinéaste Georges Lautner réalise en 1989 cet Invité Surprise principalement interprété par l'humoriste Eric Blanc. Ressemblant plus à un téléfilm qu'à une véritable œuvre de cinéma, il met donc en scène l'humoriste pour lequel ce sera la cinquième apparition sur les grands écrans. Privé de télévision à cause d'une imitation d'Henry Chapier qui lui aura valu un procès (!!!), Eric Blanc se tournera vers le théâtre, scène sur laquelle il semble être absent depuis de longues années.
A ses côtés, les acteurs Victor Lanoux, Michel Galabru, Jean Carmet (dans le rôle d'un Général de l'Armée de terre), Jacques François (dans celui du Directeur de la Police Judiciaire), Gérard Hernandez (en directeur de casino), ainsi que Renée Saint-Cyr en belle-mère et chirurgienne, et Florence Geanty en journaliste.

A côtés des Tontons Flingueurs et d'une grande majorité de ses œuvres, L'invité Surprise de Georges Lautner fait pâle figure. On regretterait presque le très sympathique casting, ici, disons-le, assez mal exploité. En réalité, le cinéaste, plus que de se contenter de faire de ce film une simple comédie, en profite pour dresser un portrait peu reluisant de la presse télévisée et écrite, de l’État, et même de ceux censés nous protéger. Le film permet aussi également à Eric Blanc de s'exprimer indirectement à travers cette histoire, au sujet des problèmes qu'il a rencontré deux ans plus tôt avec la justice et les médias. A voir, sans plus...

jeudi 18 avril 2019

Les Fugitifs de Françis Veber (1986) - ★★★★★★★★☆☆



Troisième et dernier volet de la trilogie de Francis Veber réalisé autour du duo d'acteurs Gérard Depardieu et Pierre Richard après La Chèvre en 1981 et Les Compères en 1983, Les Fugitifs n'est peut-être pas le plus drôle des trois long-métrages, il n'en demeure pas moins d'une très grande qualité. Réalisé en 1986, soit trois ans avant le pitoyable remake américain que le cinéaste réalisera lui-même outre-atlantique avec dans la peau des principaux personnages, les pourtant excellents Nick Nolte (48 Heures de Walter Hill) et Martin Short (L'Aventure Intérieure de Joe Dante), le film de Francis Veber est surtout plus marquant pour son approche dramatique. Après le duo François Perrin/Campana lancé à la recherche de la fille kidnappée d'un PDG d'une grande entreprise, après le binôme François Pignon/Jean Lucas, hypothétiques père d'un adolescent en fuite que la mère prie d'accepter de retrouver, c'est à nouveau autour du duo François Pignon/Jean Lucas (ces derniers, toujours incarnés par Gérard Depardieu et Pierre Richard, n'ayant aucun rapport avec ceux du film précédent) dans un récit parfois fort émouvant. L'histoire de Pignon veuf, et surtout père d'une adorable gamine interprétée par la toute jeune et toute mignonne Anaïs Bret (laquelle ne tournera plus guère que dans le court-métrage de Kathleen Fonmarty Un Arbre de Noël pour Deux en 1988 avant de se consacrer plus tard à une carrière de professeure dans l’Éducation Nationale) que les services sociaux vont lui retirer.

Il fait la connaissance de Jean Lucas, tout juste sorti de prison après avoir purgé sa peine pour une séries de braquages à main armée. C'est alors que François Pignon braque lui-même une banque qu'il prend Jean Lucas en otage. A leur sortie de l'agence bancaire, le commissaire Duroc (excellent Maurice Barrier), qui a décidé de suivre l'ancien taulard à sa sortie de prison ne croit pas en la culpabilité de François Pignon et pense que Jean Lucas est le véritable auteur du braquage. Ces derniers vont donc être contraints de faire équipe ensemble accompagnés de la fille de Pignon, Jeanne. Laquelle va malheureusement bientôt se retrouver confisquée à son père par les services de protection des mineurs...

Si Les Fugitifs consacre une partie de son histoire au triste sort de Jeanne et de son père, Francis Veber dont il s'agit ici du quatrième long-métrage en tant que réalisateur après un premier film tourné en 1976 (Le Jouet) suivi des deux premiers volets de la trilogie Veber/Depardieu/Richard, ne manque cependant pas de situations cocasses. Pour preuve, la présence à l'écran de l'irrésistible Jean Carmet en vétérinaire déphasé traitant son nouveau patient Jean Lucas tel un animal de compagnie, allant jusqu'à lui servir de la pâtée pour chien ! Chaque apparition de l'acteur est l'occasion de franches rigolades. Pourtant, Les Fugitifs aborde des sujets parfois très graves. Comme la clochardisation de l'un des personnages (Pierre Richard, contraint d'aller ramasser quelques légumes et fruits pourris à la fermeture d'un marché ou de dormir sur un trottoir et sous un carton), ou encore l'inflexibilité des services sociaux séparant le héros de sa fille rendue muette au décès de sa maman. La musique du Compisteur Vladimir Cosma qui officiait déjà sur les deux premiers volets de la trilogie participe de cette émotion, le compositeur accompagnant la dérive des personnages tout en ponctuant également les séquences les plus drôles du film de Francis Veber. Gérard Depardieu incarne comme à son habitude une brute charismatique tout en observant parfois un comportement tout en sensibilité (surtout envers la jeune interprète Anaïs Bret) tandis que Pierre Richard réserve des gags dont il a le secret (François Pignon se cognant contre un réverbère renvoyant à son propre personnage de Pierre Malaquet dans Le Distrait qu'il réalisa lui-même en 1970). A noter également le passage remarqué de Michel Blanc dans le rôle du médecin généraliste alcoolisé. Tout comme La Chèvre et Les Compères, Les Fugitifs est un indispensable et mettait un terme de manière brillante , drôle et émouvante, à une trilogie comique parfaitement accomplie...

lundi 2 juillet 2018

Le Retour du Grand Blond d'Yves Robert (1974) - ★★★★★★★☆☆☆



Si Pierre Richard n'a pas joué dans beaucoup d’œuvres réalisées par l'acteur et réalisateur Yves Robert, il a cependant participé à quelques-une des plus populaires, et a même véritablement débuté une vraie carrière d'acteur chez lui en incarnant le personnage de Colibert aux côtés de Philippe Noiret dans Alexandre le Bienheureux en 1968. 1970 marque un tournant déterminant pour Pierre Richard qui en ce début des seventies réalise son tout premier long-métrage, Le Distrait, dont le personnage de Pierre Malaquet qu'il incarne à l'écran façonnera la personnalité d'une partie de ceux qu'il incarnera chez les autres ainsi que dans ses propres films. Deux ans plus tard, il incarnera pour la première fois à l'écran le personnage de Francis Perrin (qu'il reprendra à l'occasion de la suite, Le Retour..., ainsi que dans On Aura Tout Vu de Georges Lautner, Le Jouet de Francis Veber et La Chèvre du même réalisateur. Deux ans après le premier volet, gros succès commercial dépassant le millions d'entrées à sa sortie, Yves Robert met en chantier Le Retour du Grand Blond, toujours scénarisé par ses soins ainsi que par Francis Veber, et toujours incarné par Pierre Richard, la sublime Mireille Darc, Jean Rochefort, Jean Carmet et Paul le Person, lesquels sont désormais accompagnés de Michel Duchaussoy dans le rôle du Capitaine Gaston Cambrai, de Jean Bouise dans celui du ministre de la défense et le duo qui à l'occasion de ce second volet remplacera les interprètes qui incarnaient le binôme Chaperon et Poucet, Maurice Barrier et Jean Saudray, les acteurs Henri Guybet et Hervé Sand qui eux, incarnent Charmant et Prince.

Pour cette seconde aventure du grand blond Francis Perrin, le personnage interprété par Michel Duchaussoy tente de faire tomber le Colonel Toulouse en cherchant à prouver qu'il est responsable de la mort du Colonel Milan, savoureusement interprété par Bernard Blier dans le premier volet. Plus court d'une dizaine de minutes, Le Retour du Grand Blond est également légèrement en deçà du Grand Blond avec une Chaussure Noire en terme de qualité. Ce qui ne l'empêche pas d'être une très bonne suite, remplie d'excellents gags, à commencer par le héros lui-même, Francis Perrin, contraint d'obéir aux ordres de Toulouse s'il veut revoir la toujours aussi sensuelle Christine que le colonel a fait enlever.
Citer les nombreuses situations prêtant à rire et sourire prendrait une pleine page. Mais comment oublier les nombreuses scènes de Perrin échappant à la mort, à ce faux enterrement, cette fausse famille qu'on lui fait endosser et ce prêtre efféminé. Le grand blond débarquant à l'aéroport dans son costume d'agent secret (occasion pour le toujours impeccable Paul Le Person de surnommer Perrin, le grand blond avec une chaussure rouge), la rencontre avec le ministre, Jean Carmet ne sachant plus à qui se fier, ou encore l'anthologique scène de la fusillade montée de toutes pièces...

Lors du final, Yves Robert fait acte de présence dans le rôle du chef-d'orchestre. Bien que le film ait été tourné deux ans après le premier volet, les aventures de cette séquelles se situent deux mois seulement après la fin du Grand Blond avec une Chaussure Noire. Des trois diptyques que réalisera Yves Robert durant sa carrière, c'est le seul dont les deux volets n'auront pas été réalisés consécutivement puisque entre les deux, il réalisera un hommage aux seconds couteaux du septième art à travers Salut l'Artiste. Si l'on tend bien l'oreille, et que les rires n'étouffent pas le son du film (le cercueil insuffisamment rempli de cailloux), on entend très clairement les cloches de l'église sonner le thème principal du film composé par Vladimir Cosma. Bien que son personnage soit mort à la fin du premier volet, Bernard Blier fit part à Yve Robert de son désir de ré-endosser le costume de Milan pour cette suite, demande à laquelle il obtint le refus catégorique de la part du cinéaste qui lui répliqua cette phrase imparable : 'Impossible, tu es mort !'
Le Retour du Grand Blond, quarante-six ans après sa sortie, a conservé toutes ses qualités. Un film que l'on prend toujours autant de plaisir à (re)découvrrir, la meilleure approche étant de regarder les deux volets à la suite...


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