Ça n'est pas tant le film qu'il m'importe ici
d'évoquer mais celui qui me conseilla fortement, presque à genoux,
de faire l'effort de le redécouvrir plus de quarante ans après sa
découverte à la télévision... J'espère que chacun s'accordera
à dire que La soupe aux choux
est une sombre merde, mais si d'aventure quelques malveillants
s'apprêtaient à laisser des commentaires assassins, je préfère
tout de suite les prévenir : au premier qui affirmera que
l’œuvre de Jean Girault fut et reste d'une importance considérable
dans le paysage cinématographique français ainsi que dans la
carrière de son auteur et de son acteur fétiche, je menacerai alors
de voter le 15 mars prochain pour Sébastien Delocu aux élections
municipales ! Et si ce même commentateur persiste ou si d'autres se
joignent à lui à la curée, alors, en 2017, je voterai pour
Jean-Cul Mélenfion ! Voilà, c'est dit... Pour en revenir à
cet ''ami'' qui eut l'outrecuidance d'évoquer dans un authentique
premier degré, je le cite, ''Que
les États-Unis ont leur E.T l'extraterrestre Steven
Spielberg et qu'en France, nous avons La soupe aux
choux'',
je lui répondrai qu'avec davantage de culture, de ''bon sens'' et
d'ironie crasse, il aurait tout aussi bien pu évoquer Rencontre
du troisième type!
Car c'est tout d'abord de cela dont il s'agit dans ce qui demeure
pour le réalisateur français ainsi que pour sa star Louis de Funès,
leur avant-dernier long-métrage avant disparition des radars (les
deux hommes mourront à un an d'intervalle). Aux côtés de l'une des
plus grandes vedettes de la comédie française à laquelle certains
ont l'infâme effronterie de lui apposer comme descendant naturel
dans le registre de l'humour l'inconsistant Jamel Debbouze, l'on
retrouve Jean Carmet dans l'un de ces personnages qu'il affectionnait
et qui contrairement au personnage qu'incarne Louis de Funès lui va
comme un gant. Il faut dire que malade, essoufflé, amaigri et
parfois doté d'affligeantes lignes de dialogue, on n'a pas très
envie de voir Louis de Funès dans cet état. Au bord de
l'auto-caricature, presque pathétique même si, il est vrai,
l'arrivée tardive et le passage éphémère de la jolie et
pétillante Christine Dejoux dans le rôle de La Francine apporte une
plus-value, Louis de Funès n'est malheureusement plus que l'ombre de
lui-même. Adaptation du roman éponyme de l'écrivain et scénariste
français René Fallet, La soupe aux choux signe
la fin d'une hégémonie. Celle d'un acteur qui su attirer des
millions de spectateurs en salle et devant leur poste de télévision
tout en incarnant des individus presque majoritairement veules,
autoritaires, tyranniques, pleutres devant les hommes de pouvoir et
despotiques devant les faibles.
La soupe aux choux dénote
d'ailleurs fortement en comparaison des rôles que Louis de Funès
interpréta par le passé. En somme, en incarnant Claude Ratinier,
dit ''le Glaude'', l'acteur s'est apaisé pour donner la réplique au
plus vieux compagnon du protagoniste qu'il incarne en la personne de
Francis Chérasse, dit ''le Bombé''. Rôle qui est donc tenu par un
Jean Carmet nettement moins présent à l'image que l'acteur-vedette
d'une grande majorité des comédies de l'époque. Si
''bizarrement'', beaucoup se réfèrent à la séance de pets du
long-métrage, la vérité est que La soupe aux
choux est
peut-être moins grotesque qu'il n'y paraît. Car au delà des
flatulences de nos deux vieilles peaux récalcitrantes à la
modernité, le film de Jean Girault évoque malgré tout quelques
thématiques pas du tout inintéressantes. Comme les projets de
transformation du milieu rural en complexe moderne, la solitude, la
perte d'un être cher (qui en outre donne lieu à des retrouvailles
relativement touchantes entre le Glaude et la Francine) ou
l'indéfectible amitié entre deux hommes... Et puis, il y a cette
rencontre improbable entre le Glaude et la Denrée. Un extraterrestre
de la planète Oxo attiré par les bruits de pets des deux
septuagénaires !?! Pour camper le rôle de la Denrée, l'acteur
Jacques Villeret. Comme le veut l'adage ''Le
ridicule ne tue pas'',
l'acteur survivra à ses deux partenaires pour ne disparaître que
vingt-trois ans plus tard, en 2005. Dire que le costume de
l'extraterrestre est ridicule est un euphémisme. Confirmer que son
étrange façon de s'exprimer est absurde est une évidence. Mais
malgré le contraste qui s'opère entre la ruralité du contexte et
l'arrivée de la science-fiction dans un genre et une approche qui ne
s'y prêtaient pas forcément à de quoi surprendre. Du moins pendant
quelques instants et SURTOUT, si l'on n'a jamais vu ou entendu parler
de La soupe aux choux...
Ouais, bon, ben c'est bien beau tout ça mais le film de Jean Girault
ressemble sacrément à un nanar... plutôt ennuyeux dans ses grandes
largeurs. Probablement le film de chevet de Delocu et de mon ami,
d'ailleurs... Notons malgré tout la célèbre et inoubliable bande
musicale analogique de Raymond Lefebvre qui est demeurée dans toutes
les têtes...
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