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vendredi 28 juillet 2023

Un meurtre est un meurtre d'Étienne Périer (1972) - ★★★★★★★☆☆☆




Deux ans avant La main à couper, le réalisateur belge Étienne Périer allait déjà adapter un ouvrage issu de la collection Sueurs froides. Mais avec Un meurtre est un meurtre, il ne s'agit pas de n'importe quel roman puisqu'il s'agit de celui de l'un de ses plus fidèles collaborateurs, l'écrivain et scénariste Dominique Fabre auquel on doit une petite quinzaine de collaborations auprès d'Étienne Périer au cinéma et à la télévision. Scénariste mais aussi dialoguiste, il participera en outre à l'écriture de L'animal de Claude Zidi en 1977. L'évidence et la simplicité qui se cachent derrière le titre de ce long-métrage policier sont inversement proportionnelles à la complexité du scénario. Sur une base relativement ordinaire, la construction s'avère similaire à celle de La main à couper. Dans ce dernier, l'héroïne était victime d'un maître-chanteur qui cherchait à monnayer la culpabilité supposée de l'épouse d'un médecin dans le décès de son amant tandis que dans Un meurtre est un meurtre, l'époux d'une femme officiellement décédée après avoir été renversée par sa propre voiture est traqué, harcelé, par un homme lui réclamant une forte somme d'argent contre son silence. Mais dans le cas présent, la machination s'avère nettement plus perverse puisque le maître-chanteur en question, interprété par Robert Hossein, est lui-même l'auteur du meurtre de Marie (l'actrice Stéphane Audran), épouse de Paul Kastner. Un crime qu'il menace de faire endosser à l'époux si ce dernier refuse de lui remettre la somme de cinq millions de francs. Dans le rôle du commissaire plouvier, nous retrouvons l'acteur Michel Serrault qui deux ans plus tard allait incarner le personnage du maître-chanteur Édouard Henricot. Quant à Jean-Claude Brialy, c'est lui qui interprète la victime de cet ignoble chantage. Acculé malgré son innocence, Paul Kastner a pour maîtresse Françoise, jeune vendeuse de vêtement (dans un magasin situé avenue Joffre à Garches)...


Un meurtre est un meurtre a tout du cinéma chabrolien dont on retrouve l'esprit. Ça n'est d'ailleurs sans doute pas pour rien que le réalisateur Claude Chabrol y apparaisse brièvement dans le rôle d'un contrôleur de la SNCF ou que Stéphane Audran y interprète l'épouse... et la belle-sœur de Paul Kastner. En effet, plutôt que de se contenter du trio victime/maître-chanteur/commissaire, Étienne Périer et Dominique Fabre ajoutent un personnage tout à fait fantaisiste en la personne d'Anne Andrieux, la dite sœur de Marie Kastner. Un double emploi qui permet à Stéphane Audran de ne pas simplement figurer au début du récit mais de hanter l'intrigue de sa présence tout au long de son déroulement. Un personnage tout aussi ambigu que puisse l'être la majorité des protagonistes. Mimant l'attitude de sa sœur dont la ressemblance est troublante malgré leurs deux années d'écart, Anne Andrieux s'installe chez Paul Kastner selon les dernières volontés de la défunte et se déplace à l'aide du fauteuil roulant qui permettait à sa sœur Marie de se déplacer de son vivant. Jamais au bout de ses surprises, le spectateur assiste impuissant au traquenard dont Paul va être la victime principale. Un acharnement dont l'absence de moralité semble être motivée à travers l'adultère. Tourné à Garches, une commune française du département des Hauts-de-Seine située dans la région Île-de-France constituée d'une quinzaine de milliers d'habitants, Un meurtre est un meurtre distille son lot de surprises inattendues, sans cesse renouvelées même lorsque à la mort du maître-chanteur, tout paraît être rentrer dans l'ordre. Notons à ce sujet la présence à l'image de l'acteur Michel Creton dans le rôle du pharmacien du village, lequel relance l'intrigue. Si sous certains aspects l'accumulation de faits peut paraître excessive, le film du réalisateur belge nous tient en haleine jusqu'à la dernière minute...

jeudi 23 mars 2023

Alice ou la dernière fugue de Claude Chabrol (1977) & Le secret derrière la porte de Fritz Lang (1947)

 


 

S'il est bien connu que le réalisateur français Claude Chabrol vouait une véritable adoration pour le britannique Alfred Hitchcock, le grand public sait peut-être moins qu'il admirait également d'autres cinéastes. Et parmi lesquels, l'allemand Fritz Lang auquel il rendait hommage ici en lui dédiant en 1977 l'étrange Alice ou la dernière fugue. Œuvre très particulière dans la filmographie de l'auteur de Que la bête meure ou de La cérémonie. À tel point que l'on n'y retrouvait pas vraiment la marque de fabrique de celui qui mit un point d'honneur à égratigner la bourgeoisie provinciale hexagonale. L'un des films de chevet de Claude Chabrol demeurant Le secret derrière la porte réalisé trente ans auparavant par l'auteur de M le maudit ou de Metropolis, il est tout d'abord amusant de noter le rapport qu'entretiennent les affiches respectives des deux longs-métrages qu'il s'agit ici d'évoquer. Cette posture féminine, bras ouverts et visages marqués par une certaine forme d'inquiétude, la première des silhouettes semblant alors se calquer sur la seconde. Comme d'autres avant et après lui, Claude Chabrol aura-t-il eu avant tout lui aussi l'idée d'exploiter la beauté toute naturelle de l'actrice et mannequin néerlandaise Sylvia Kristel, connue pour avoir incarné à cinq reprises le personnage d'Emmanuelle au cinéma ? La réponse est oui, définitivement. Trois ans après son compatriote Jean-Pierre Mocky et son Un linceul n'a pas de poche de joyeuse mémoire, Claude Chabrol invite donc Sylvia Kristel a franchir le pas d'un univers dont les barrières végétales vont contraindre la jeune Alice à demeurer un temps indéfini sur une propriété appartenant à un certain Henri Vergennes (l'acteur Charles Vanel). Un prénom et un univers qui appuient très fortement sur la corrélation qui existe entre le film et le roman de Lewis Carroll, Les Aventures d'Alice au pays des merveilles.
Et comme si cela ne suffisait pas, Claude Chabrol offre à son personnage féminin le même patronyme que l'auteur du dit roman (en lieu et place de Liddell dans cette même œuvre littéraire), histoire qu'il n'y ait plus aucun doute ! Alors oui, le réalisateur français finira par effeuiller la belle néerlandaise mais surtout, il lui offrira l'un de ses plus beaux rôles puisque Sylvia Kristel porte quasiment sur ses seules épaules l'intrigue toute entière de cette
Alice ou la dernière fugue hors du commun. Parions d'ailleurs que si le film avait été interprété par Régine ou Jackie Sardou, notre attention aurait sans doute été moins absorbée par l'héroïne que sur ce récit relativement porté sur le contemplatif. C'est qu'il ne s'y passe pas grand chose durant une grande partie de l'intrigue, telle est la chose qu'il faut retenir. Dans un récit où les rencontres sont rares mais particulièrement énigmatiques (d'André Dussolier à Thomas Chabrol en passant par François Perrot ou Jean Carmet) et où les explications se concentrent dans les tout derniers instants, que conserverons-nous de cette aventure qui n'a que peu de rapport avec l'habituel univers Chabrolien de son auteur ? Une promenade surréaliste au cœur d'un édifice qui recèle des secrets sous une forme pourtant nettement moins fantasmagorique que l’œuvre littéraire dont il emprunte le personnage d'Alice. Bien que n'apportant que très peu d'eau à son moulin durant une bonne partie du récit, Alice ou la dernière fugue mérite que l'on s'y attarde, ne serait-ce que pour la seule présence de l'actrice néerlandaise, pour cette approche inédite du fantastique chez Claude Chabrol, pour ces quelques visions bricolées avec les moyens du bord donnant à l'ensemble un cachet bien spécifique (les images déformées accompagnant l'héroïne), pour son atmosphère tantôt vaporeuse, tantôt inquiétante mais aussi pour son final percutant et en définitive, parfaitement logique...


Maintenant, observons un instant de silence religieux avant d'entamer la projection du Secret derrière la porte de Fritz Lang, génie de l'expressionnisme allemand qui aux côtés, et pour ne citer que les plus célèbres, de Freidrich Wilhelm Murnau (Nosferatu le vampire en 1922) et Robert Wiene (Le Cabinet du docteur Caligari en 1920), offrit ses lettres de noblesse à un courant aux atours fantastiques qui influença et continue d'influencer tout un pan du septième art... Remontons donc trente ans en arrière avant la sortie d'Alice ou la dernière fugue pour comprendre pourquoi cette passion de Claude Chabrol pour le réalisateur allemand et pourquoi spécifiquement pour cette œuvre ci. L'on passe de la couleur au noir et blanc avec, pour commencer, un générique des plus classique contrairement à celui d'Alice dont le déroulement ressemblait à ceux qu'il est coutume de voir afficher en conclusion de n'importe quel long-métrage (avec le recul, on pouvait d'ailleurs y déceler d'emblée un indice nous aiguillant sur le funeste destin de son héroïne). ''Les Potter vous ont invitée au Mexique, allez-y. Ce sera votre dernière fugue...''. C'est en ces termes que le collaborateur (l'acteur James Seay dans le rôle de Bob Dwight) du frère de l'héroïne Celia Lamphere récemment disparu conseille à la jeune femme de partir quelques temps avant de prendre diverses décisions quant à l'avenir de l'entreprise familiale. Nouvelle connexion entre l’œuvre de Fritz Lang et celle de Claude Chabrol.
Ici, le faste de la mise en scène où les reliquats de l'expressionnisme allemand se répercutent sur les jeux d'ombres et de lumières tranchent avec le minimalisme de
Alice ou la dernière fugue. Si ce dernier débutait par une rupture, Le secret derrière la porte, lui, s'ouvre sur une union. Celle de la jeune beauté qui pour l'instant se fait appeler Celia Barrett avant qu'elle ne devienne Madame Lamphere en épousant Mark Lamphere, un homme qu'elle rencontrera lors de sa visite au Mexique. Mais j'en vois déjà certains s’interroger sur le nom même de ce personnage dont l'attitude s'avérera rapidement étrange. On pourrait accorder à Fritz Lang une certaine malice en usant d'un patronyme dont le sens est chez nous phonétiquement double comme le fera d'ailleurs beaucoup plus tard le réalisateur Alan Parker avec son cauchemardesque Angel Heart dans lequel l'acteur Robert De Niro interprétera le rôle de Louis Cyphre (Lucifer, avec l'accent anglais) ! Pourtant, la version originale tend à démontrer que la chose n'est que pur hasard. Cela discrédite-t-il pour autant l'impression incommodante que l'on ressent devant l'attitude étrange du personnage de Mark Lamphere (L'enfer) qu'incarne l'acteur britannique Michael Redgrave ?


Interprétée par la magnifique actrice américaine Joan Bennett, Celia n'est au départ que l'une des figures cinématographiques de l'une des épouse de Barbe Bleue, personnage imaginaire emprunté au conte de Charles Perrault La Barbe Bleue (édité en 1697) mais néanmoins inspiré à l'écrivain français par le roi d'Angleterre Henri VIII qui non content de porter lui-même la barbe (rousse cette fois-ci), fit exécuter deux des six femmes qu'il épousa. Le cadre de l'immense demeure servant de décor au long-métrage de Fritz Lang est un personnage à part entière. Avec ses chambres reconstituant des faits marquants et particulièrement sordides, et notamment celle que refuse d'ouvrir à quiconque et pas même à Celia l'époux tant admiré. Le secret derrière la porte arbore à travers les décors, la passion amoureuse de ses deux principaux protagonistes et la bande musicale du hongrois Miklós Rózsa, des atours romanesques auxquels l'allemand injecte une forte dose de suspicion à laquelle n'est sans doute pas demeuré insensible Claude Chabrol. Au delà même de cette chambre qui semble enfouir un secret si terrible que Mark s'emporte à la seule évocation de l'ouvrir au regard de son épouse, c'est bien ce personnage lui-même énigmatique qui façonne le côté angoissant du récit.
Collectionneur de scènes de crimes ambigu, Fritz Lang en rajoute une couche avec le personnage de David (Mark Dennis), fils de Mark et d'une épouse disparue, un adolescent glaçant dont la personnalité paraît tout aussi préoccupante que celle de son propre père. Durant sa carrière, Fritz Lang aura mis en scène autant de criminels que d'innocentes victimes accusées à tort ou à raison. Avec un réalisme sociologique qui parfois donna des frissons dans le dos (
Furie en 1936 et sa traque du héros par une foule déchaînée ou L'Invraisemblable Vérité en 1957 qui à n'en point douter inspira probablement le troublant La vie de David Gale que réalisa Alan Parker quarante-six ans plus tard), le réalisateur exilé sur le territoire américain depuis huit ans signait avec Le secret derrière la porte une œuvre parfois suffocante, étouffée sous des lambris d'aspect gothique et sous une lumière nocturne renvoyant parfois aux grandes heures du cinéma d'épouvante britannique. Si l'on s'attend à une découverte sans surprise une fois la clé introduite dans la serrure de la fameuse chambre, la stupéfaction, en réalité, n'en sera que plus grande. La force du scénario écrit par Silvia Richards sur la base du roman Museum Piece No. 13 de Rufus King est en tout point remarquable, servi par une interprétation tout aussi admirable et par la mise en scène sans faille du réalisateur allemand...

 

mardi 14 septembre 2021

Masques de Claude Chabrol (1987) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Sous les oripeaux de la célébrité se cache une bête... avide. Comme Casimir de l’île aux enfants, le plus célèbre des dinosaures, Christian Legagneur est un monstre gentil... en apparence. Mais si Casimir fait rire les enfants, le producteur et animateur d'une émission télévisée populaire fait, lui, frissonner. Il était impensable de parler thrillers sans passer par la case Claude Chabrol, cet enfant terrible du suspens et du thriller à la française, fils spirituel d'Alfred Hitchcock et que le monde entier peut nous jalouser. Parmi une filmographie en tout point exemplaire, j'aurais pu choisir Les fantômes du chapelier, ou bien L'enfer... et pourquoi pas La cérémonie... ? Mais Masques me semblait un bon compromis. Déjà parce que l'on y retrouve l'un de nos plus grands interprètes en la personne de Philippe Noiret, personnage, ici, cynique, vedette d'une émission de télé et auquel l'on donnerait le Bon Dieu sans confession. Et pourtant, le gaillard en aurait, des choses à avouer. Affable et généreux ? Oui, dans un sens, si l'on tient compte du fait qu'il a accueilli chez lui la ''pauvre'' et fragile Catherine dont les parents ont tragiquement disparu et qu'il a pris sous son aile. Interprétée par la charmante Anne Brochet qui incarnait là son tout premier rôle sur grand écran, Catherine est malade. Sensible des yeux, en permanence alitée, elle peut compter sur l'aide de son ''parrain'' et de Colette, amie et aide de Christian Legagneur qu'interprète l'actrice Monique Chaumette. Et puis, il y a le chauffeur de Monsieur (Pierre-François Dumeniaud) qui le pauvre est devenu muet à la suite d'un cancer de la langue, ainsi que Patricia et Emmanuel Marquet (qu'interprètent respectivement Bernadette Lafont et Roger Dumas)...


Puis débarque pour trois jours sur la vaste propriété de Christian Legagneur, le journaliste Roland Wolf (excellent Robin Renucci) qui doit écrire la biographie du célèbre animateur. Les bases du récit reposant sur le scénario de Claude Chabrol lui-même et de l'écrivain Odile Barski qui collabora à plusieurs reprises avec le cinéaste son posées. Une histoire tout d'abord alcaline dont les premières aspérités apparaissent finalement assez rapidement. Quel est ce mal étrange dont souffre Catherine et qui contraint Colette à la veiller dans sa chambre ? Masques... le titre n'a évidemment rien d'anodin. Et comme l'évoqueront les personnages, comment présager derrière, les manigances d'un individu insoupçonnable que des millions de téléspectateurs suivent assidûment ? Le long-métrage de Claude Chabrol est un savoureux jeu du chat et de la souris, ses deux principaux interprètes menant chacun à leur façon leur propre barque. Un jeu de dupe auquel ils s'adonnent et dont une certaine partie d'échecs est très représentative même si la conclusion de cette affaire particulièrement sournoise semble incertaine. Tout le génie de Claude Chabrol s'exprime une fois encore dans ce Masques fort intriguant, accompagné par la musique de Matthieu Chabrol, le fils du réalisateur qui tout au long de la carrière de son père composera pour un certain nombre de ses œuvres. Philippe Noiret y est aussi glaçant que sympathique. C'est l'oncle parfait, irréprochable dans la lumière, mais qui dans l'ombre ourdi de sombres pensées. Robin Renucci brille de sa présence dans le rôle de journaliste fort curieux qui prête son aide à une Catherine qui ne voit que du feu dans le jeu de son protecteur. Monique Chaumette et Roger Dumas excellent également, chacun dans un registre différent tandis que l'on retrouve avec plaisir Bernadette Laffont dans l'un de ces rôles de masseuse et liseuse de cartes excentriques dont elle seule a le secret. Masques est un grand Chabrol à ne manquer sous aucun prétexte...

 

samedi 14 novembre 2020

Juste Avant La Nuit de Claude Chabrol (1971)



Charles Masson est marié à Hélène. Ils sont parents de deux enfants, sont heureux, et pourtant, le père de famille trompe sa femme avec Laura, sa maîtresse, et épouse de François Tellier, son meilleur ami. Un jour, alors que Charles et Laura se retrouvent dans leur « cachette », la jeune femme demande à son amant de l'étrangler. En effet, le couple a l'habitude de jouer à des jeux érotiques pervers. Laura demande à Charles de n'arrêter de l'étrangler que lorsqu'elle fermera les yeux. Sauf que lorsque Charles relâche la pression, il est déjà trop tard.
Troublé, Charles quitte l'appartement et croise par hasard son ami François dans un bar. Ce dernier reçoit un appel d'urgence. Laura semble avoir été la victime d'un accident. Mais lorsqu'il arrive dans l'appartement où se trouve son épouse, il apprend qu'elle est décédée.

Charles est désormais obligé de vivre avec le poids du meurtre dont il est coupable. A l'enterrement de Laura, il fait la connaissance de la meilleure amie de la morte, présentée par François. Plus tard, la jeune femme avoue à François qu'elle a déjà vue Laura en compagnie de cet homme qu'elle ne connaît pas, soupçonnant même qu'il ont peut-être été amants. Mais François, très vieil ami de Charles n'arrive pas à y croire et affirme à la jeune femme qu'elle se trompe...

Une fois encore, Claude Chabrol égratigne la bourgeoisie à travers le portrait d'un couple adultère s'adonnant au sado-masochisme avant que l'un d'eux ne perde la vie entre les mains de l'autre. En niant la responsabilité de son ami, François (François Périer) devient le complice d'un homme au dessus de tout soupçon, bon père de famille et sous tous rapports qui ne peut être coupable d'un drame aussi atroce. Michel Bouquet interprète ce personnage ambigu, au masque aussi opaque et fermé que peut l'être une nuit sans Lune. Chabrol dresse un personnage froid qui pourtant espère être reconnu pour ce qu'il est : un meurtrier. Périer, lui, va jusqu'à sacrifier le deuil auquel il aspire en tant que mari de la victime, préférant nier ce qui est désormais une évidence.

Pas de surenchère chez Claude Chabrol. Des personnages justes, à l'image de Stéphane Audran qui campe ici celui de Hélène Masson, l'épouse de Charles. L'actrice a d'ailleurs reçu le BAFTA Awards de la meilleure actrice en 1971. L'ordre établi voudrait qu'après le crime commis soient mis en place l'état de culpabilité (celle que ressent le coupable, bien réelle ici, et celle mise en place par la justice elle-même), la responsabilité devant cet acte atroce, ainsi que la punition. Sauf que le cinéaste s'y refuse,faisant de l'impeccable François Périer l'homme qui pardonne au meurtrier de sa femme, et Stéphane Audran, l''épouse protectrice. Juste Avant La Nuit demeure encore aujourd'hui comme une belle réussite dans l’œuvre immense du spécialiste du suspens à la française Claude Chabrol...

samedi 8 juillet 2017

Les tueurs qui inspirent le 7ème art: Violette Nozière "Violette Nozière" de Claude Chabrol (1978)





De la fiction...

Violette Nozière n'a que dix-huit ans lorsqu'elle apprend de la bouche du médecin de famille qu'elle est atteinte de la syphilis. Pour ne pas leur avouer cette maladie honteuse et pour qu'ils ne découvrent pas que leur fille n'est plus vierge, Volette la cache à ses parents. Malheureusement pour la jeune femme, le médecin leur à tout dit de son état et, alors que son père Baptiste relativise, sa mère Germaine s'emporte et veut chasser sa fille de chez elle.
Violette s'est mise en tête que la maladie est d'origine familiale et que ce sont peut-être ses parents qui lui ont refilé. La jeune femme entretient des rapports sexuels avec plusieurs hommes comme un étudiant en médecine, certains lui donnant de l'argent contre une nuit d'amour. Elle fait ainsi la connaissance de Jean Dabin dont elle tombe follement amoureuse. Sauf que lui est plus intéressé par l'argent de Violette que par la jeune femme elle-même. Dès lors, pour avoir le privilège d'être aux côtés de celle qu'elle aime, Violette va voler de l'argent à ses parents, allant même jusqu'à commettre l'irréparable...


Claude Chabrol s’intéresse de près à une affaire qui défraya la chronique dans les années trente. Et qui mieux que Isabelle Huppert pouvait camper cette jeune femme qui s'est rendue coupable de parricide par amour ? La meilleure actrice française a déjà tourné avec Bertrand Blier, Bertrand Tavernier ou encore Yves Boisset et elle n'a que vingt-cinq ans lorsque le cinéaste Claude Chabrol, grand amateur d'Alfred Hitchcock l'enrôle pour jouer le délicat personnage de Violette Nozière.

L'actrice est belle et séduisante. Elle possède le visage d'un ange qui à un moment de sa vie aurait croisé le regard du Diable. Naïve et victime des mensonges de plusieurs hommes, son personnage ne supporte plus la vie quelle mène, dans un un minuscule appartement avec ses parents. Elle rêve d'amour et d'évasion dans une France d'avant-guerre. Face à l'actrice, un Jean Carmet impeccable dans le rôle d'un père au comportement parfois trouble dont certains des gestes sont à la frontière de l'inceste. Un sujet que n'explore pas vraiment Claude Chabrol même si son œuvre est ainsi parcourue de courts moments durant lesquels on soupçonne le père d'être le véritable coupable de cette maladie qui ronge la jeune Violette qui n'est autre que sa belle-fille. Violette Nozière explore certains des aspects les plus sombres de l'âme humaine. Si sa jeune interprète campe un personnage attachant, elle peut se révéler aussi une grande manipulatrice. Mythomane, voleuse et pour conclure, empoisonneuse, Isabelle Huppert prouve déjà à cet âge là qu'elle a tout compris de son métier d'actrice. Tout comme Violette Nozière, le personnage, murissant au fil de l'intrigue jusqu'à devenir une vraie femme à peine sortie de l'adolescence, l'actrice explose à chaque plan. Elle figure une Violette peut-être encore plus charismatique que celle qu'elle est censée représenter.

Le cadre dans lequel évoluent les personnages est très bien reconstitué, avec une bande-son très « france d'avant-guerre » et des costumes d'époque. Le cinéaste, habitué à tordre le cou de la grande bourgeoisie, est ici contraint de satisfaire une certaine réalité historique. Exit donc les grands de ce monde, le film s'attarde sur ce drame qui touche pour une fois une famille de français moyens. Le cinéaste n'en est d'ailleurs pas à son coup d'essai en matière de biopic consacré à la vie tumultueuse d'un assassin puisqu'en 1963, déjà, il réalisait le classique Landru consacré à l'un des plus célèbres criminels français des années 1910...


… à la réalité

Née le 11 janvier 1915 et morte le 26 novembre 1966, Violette Nozière est une célèbre criminelle française qui s'est rendue responsable de la mort de son père. Condamnée à mort le 12 octobre 1934, sa peine est commuée par le président de la république Albert Lebrun en travaux forcés à perpéutité. Mais alors qu'elle purge sa peine, elle est finalement libérée le 29 août 1945 avant d'être graciée le 15 novembre de la même année par le Général de Gaulle. La jeune femme sera même réhabilitée le treize mars 1963. Elle aura même eut le temps d'épouser le fils du greffier de la prison où elle purgeait sa peine et qui lui donna cinq enfants.

mercredi 18 février 2015

Que La Bête Meure de Claude Chabrol (1969)



La Bretagne, 3 Janvier. Le petit Michel Thenier revient de la pèche lorsqu'il est renversé par une voiture roulant à vive allure. Le chauffeur ne s'arrête pas et continue sa route tandis que le corps de Michel gît sur le pavé. L'enfant meurt et son père, Charles, traumatisé par la mort de son fils, passe trois mois dans un hôpital psychiatrique. A l'issu de ce séjour, il retourne chez lui après avoir demandé à sa gouvernante Madame Lavenes de faire disparaître tout ce qui pourrait lui rappeler Michel.

Charles n'a désormais plus qu'un objectif : trouver celui ou celle qui a causé la mort de son fils. Durant cinq jours il retourne dans les environs du drame afin de recueillir un maximum d'éléments qui pourront l'aider à mettre la main sur l'identité du coupable. Il a en sa possession un petit carnet dans lequel il note tout ce qui lui passe par la tête. De la manière dont il va se venger, à celle qui va l'amener à l'assassin. Mais il a beau chercher, Charles ne parvient pas à mettre la main sur celui qui a tué Michel. L'écrivain ne peu désormis compter que sur le hasard. Et d'ailleurs, c'est le hasard qui le va le pousser vers celui qu'il cherche depuis des jours.

Sur une petite route de campagne, et alors que la pluie tombe à verse, Charles s'embourbe au milieu d'un chemin de terre. Heureusement pour lui, un homme passe par là et vient lui apporter son aide. Il apprend de cet homme qu'un véhicule s'est déjà retrouvé dans cette situation. Une mustang dont l'avant était abîmé. Conduite par un homme accompagné d'une jeune femme célèbre, la voiture s'était elle aussi embourbée, au même endroit. Le paysan se souvient très exactement de la date : le 3 Janvier, jour où le petit Michel a perdu la vie...

Que La Bête Meure est sans doute l'un des cinq meilleur films de Claude Chabrol. C'est encore une fois la bourgeoisie d'une petite province (cette fois-ci bretonne) qui sert de toile de fond à un drame éprouvant. Celui d'un homme dont le fils a été renversé par une voiture dont le propriétaire a pris la fuite. Facile alors de se mettre à la place du père et d'imaginer un scénario similaire au sien. Qui aurait envie d'oublier sans même penser à se venger ? Personne évidemment.

Mais comment permettre à cet homme qui part de rien de retrouver la piste du meurtrier sans tomber dans le grotesque ? C'est là le talent du grand Chabrol qui devance les a-priori du spectateur en leur proposant la seule issue finalement valable à la réussite du héros. Ce hasard qui parfois tombe à pique et qui ici permet à l'histoire de tenir la route et de relancer une intrigue qui tournerait sinon en rond.
Le personnage de Charles (campé par Michel Duchaussoy) n'est pas cet homme dur que l'on aurait pu imaginer. Il demeure de bout en bout d'un calme olympien, ce qui le différencie et crée un contraste saisissant avec celui de Paul Decourt (Jean Yanne) le coupable en question. Un homme que l'on déteste immédiatement. Un type dont la mort ne touchera personne, si ce n'est sa propre mère au tempérament similaire. L'intelligence du cinéaste est de faire évoluer le récit vers une voie inattendue. Le schéma classique de la vengeance est ici détruit jusqu'à la conclusion puisque cette haine dont Paul Decourt fait l'objet crée un nid de rancœur dont presque tous les personnages finissent par désirer sa mort.

Faisant référence à quelques écritures antiques célèbres, Que La Bête Meure a l'intelligence de ne pas se constituer comme une simple histoire de vengeance mais s'offre parfois des dialogues riches et une interprétation sensible et remarquable...

jeudi 12 février 2015

Les Noces Rouges de Claude Chabrol (1973)



Pierre Maury et Lucienne Delmare s'aiment follement depuis qu'ils se sont rencontré pour la toute première fois, six mois plus tôt. C'est à la demande de son époux, le député-maire Paul Delamare que Lucienne est entrée en contact avec Pierre Maury. Ce dernier est marié avec Clotilde, épouse clouée au lit et victime de fréquentes crises de nerfs.

Entre Lucienne et Pierre, c'est le coup de foudre. Ils tombent amoureux l'un de l'autre dès leur première rencontre. Ils se voient au bord d'une rivière, ou bien dans un musée où ils restent cachés afin d'y passer la nuit à se faire l'amour. Mais leur situation est délicate. Les amants ne supportent plus d'être séparés. C'est alors que décède l'épouse de Pierre. Libre d'emmener sa maîtresse chez lui, Pierre ne s'en prive pas. Mais il y a encore une entrave à leur amour : Paul ! C'est ainsi que les amants organisent six mois après le décès de Clotilde, l'assassinat du député-maire, un soir, sur une route de campagne.

Mais alors qu'ils sont cette fois-ci totalement libérés de leurs entraves, la police va découvrir la vérité sur l'affaire qu'elle a classé comme un simple accident de la route...

Trois ans après Le Boucher et quatre après Que La Bête Meure propose avec ces Noces Rouges un drame sur fond d'histoire d'amour entre deux amants, contrariée par la présence des époux respectifs et que les adultères décident d'éluder par le meurtre. Une option radicale pour deux être tombés follement amoureux l'un de l'autre. D'un côté, Pierre Maury (le toujours excellent Michel Piccoli), marié à une épouse malade qui ne peut compter que sur son mari. Un milieu étouffant et modeste duquel l'époux aimerait se sortir. Y-a-t-il meilleure occasion que celle qui lui est offerte à travers la relation qui naît entre lui et cette jeune femme charmante, pleine de santé, et qui contrairement à lui vit avec un conjoint rarement présent. Un manque qu'elle comblera dans les bras de son futur amant.

Les Noces Rouges aborde un sujet simple et sans presque aucune fioriture. C'est l'amour fou entre un homme et une femme qui est dépeint ici. Malgré la simplicité du récit, on plonge littéralement avec ces personnages communs qui vont vivre une aventure HORS du commun. Il y a quelque chose de touchant et de désespérant dans cette violence qui anime leur amour. L'impossibilité de lui consacrer tout leur temps tant qu'ils sont enchaînés à leurs époux respectifs.

Toute conscience et toute moralité se perdent dès lors que les personnages vivent leur histoire d'amour. Comment expliquer alors ce meurtre abominable dont fait les frais Claude Piéplu, et dont Stéphane Audran est la principale spectatrice ? Comme parfois dans l’œuvre du cinéaste Claude Chabrol, l'enquête policière est reléguée à la toute fin du film, proposant une intrigue secondaire achevée en peu de temps.

Les Noces Rouges demeure malgré son âge un très bon Chabrol même s'il a quelque peu vieilli...


vendredi 6 février 2015

Le Boucher de Claude Chabrol (1969)



Trémolat, petit village du Périgord, est en effervescence. On y célèbre le mariage de l'instituteur Léon Hamel et de sa future épouse. Y assistent tous les habitants du village dont le boucher Paul Thomas, dit Popaul, ainsi que l'institutrice et directrice de l'école de Trémolat, Hélène David. Une relation amicale découle entre eux de cette journée festive et ils se retrouvent régulièrement dans l'appartement qu'occupe Hélène au dessus de l'école.

Alors que dans la région une jeune femme a été retrouvée égorgée, la police et la gendarmerie enquête dans les environs de Trémolat. Un jour, Hélène propose à Popaul de l'accompagner dans les bois afin d'y cueillir des champignons. C'est l'anniversaire de celui-ci et la jeune femme en profite pour lui faire un cadeau : Un briquet.

Quelques jours plus tard, l'institutrice emmène sa classe en promenade au sommet d'une colline. Quand vient l'heure de déjeuner, l'une de ses élèves reçoit quelques gouttes de sang tombées d'un rocher situé au dessus d'elle. Demandant à ses élèves de rester tranquilles, Hélène monte voir ce qui se passe et trouve le corps de la jeune épouse de Léon Hamel morte dans les mêmes circonstances que la première victime.

Elle découvre également aux cotés du cadavre le briquet qu'elle a offert quelques jours auparavant à Paul...

Réalisé en 1969, Le Boucher de Claude Chabrol marque la seconde collaboration entre le cinéaste et l'acteur Jean Yanne (après La Ligne De Démarcation et avant Que La Bête Meurt et Madame Bovary). Contrairement à une bonne partie de ses œuvres, Claude Chabrol ne peint ici aucun portrait social. La bourgeoisie est absente et le film se contente de suivre la relation ambiguë entre un boucher et une institutrice. Jean Yanne n'est ici pa le serial killer emblématique que l'on trouve dans pas mal d’œuvres américaines. Pour le coup, il s'agit là d'un Monsieur tout le monde insoupçonnable que Stephane Audran (l'institutrice en question) finira malgré tout par imaginer être l'assassin qui sévit dans la région avant de se rétracter devant l'intelligence de celui qui ira jusqu'à détourner l'attention de la jeune femme en rachetant à Périgueux une copie de l'objet trouvé aux cotés de la seconde victime.

Le Boucher est un petit bijou plein de sensibilité qui ne verse jamais dans le gratuit et préfère construire son film autour d'une relation d'amitié. Il y a cependant quelque chose de vénéneux dans cette œuvre, et qui trouve son paroxysme à la toute fin du film. Une sensation gênante à laquelle n'est pas étranger le compositeur Pierre Jansen qui signe une partition vraiment troublante. Yanne et Audran s'amusent comme deux enfants jouant au chat et à la souris. Ils se cherchent sans jamais vraiment se trouver, chacun avec sa propre histoire, son vécu personnel.

Le Boucher aurait sans doute mérité de durer quinze ou vingt minutes supplémentaires histoire d'étoffer l'aspect criminel du récit, ce qui n'aurait pas entaché l'intrigue qui de toute manière demeure ici particulièrement mince. Mais ne boudons pas notre plaisir puisque le film est un excellent Chabrol, parmi les meilleurs même, et permet de découvrir un Jean Yanne loin du cynisme qu'on lui connaît mais toujours aussi savoureux. A noter que le film a été en grande partie une source d'inspiration pour l'excellent Entre Ses Mains d'Anne Fontaine...

lundi 21 octobre 2013

Spéciale Série: Sueurs Froides




Sueurs Froides est une série française datant de 1988 et basée sur le recueil de nouvelles Crimes Parfaits Et Imparfaits de Louis C. Thomas. Elle fut diffusée entre février et juin 1988 sur la quatrième chaîne Canal+. Disponible en un triple dvd regroupant l'intégralité des 18 épisodes, elle avait comme particularité d'être chaque fois introduite par le cinéaste Claude Chabrol. Si dans le fond les histoires revêtaient l'apparence de courts métrage policiers, certains baignaient dans une aura fantastique et surréaliste assez bluffants pour l'époque.
Afin d'honorer une série qui marqua la jeunesse des quarantenaire et quinquagénaires actuels, voici un petit résumé de quelques épisodes d'une série devenue culte au fil des années...


Le Chat Et La Souris
Ce tout premier épisode pose les bases de ce que sera la série. Soit un épisode au climat inquiétant, presque irréel, où les ombres ont presque autant d'importance que les éclairages. Interprété par le duo Thierry Lhermitte-Véronique Genest, le scénario de Le Chat Et La Souris est pourtant des plus basique. Un pharmacien découvre que sa femme le trompe. Et comme celle-ci ne veut pas donner le nom de son amant à son époux, ce dernier use d'un stratagème particulièrement inventif pour obtenir ce qu'il désire. Plongé dans une ambiance sombre, l'épisode rode plutôt bien la série et donne envie d'en découvrir d'autres. On remarquera la discrète présence de Jean-Guy Fechner des Charlots dans le rôle d'un policier.


La Sublime Aventure
Interprété par Guy Marchand, cet épisode démarre en trombe avec une ambiance glauque et moite. S'ensuit une série d'images surréalistes filmées en un lieu imprécis que l'on devine être un hôpital psychiatrique. Murs blancs, infirmiers en blancs, malades en blanc. Le pauvre héros de cette histoire se retrouve engoncé dans une camisole après avoir affirmé à la police que sa femme a disparu après s'être sublimée ! La suite est à l'avenant de la stupeur qui entoure le scénario. Fernand découvre que son épouse a été victime d'un virus qui commence à faire des ravages : la sublimite ! Mais personne ne semble vouloir l'entendre ni l'écouter. Malgré les preuves qui l'innocentent, Fernand reste enfermé ! A moins qu'il ne s'agisse d'un rêve ? 


La Chute
Jacques Chalmont reçoit un coup de téléphone de sa fille Fanny. La jeune femme n'en peut plus. Son mari a été une fois de plus violent et l'a battue. Elle se réfugie alors avec leur fille chez son père. Dès le lendemain, le mari vient récupérer leur fille et menace Fanny au téléphone, et l'oblige à revenir chez eux. La raccompagnant jusqu'à son domicile, Jacques sent bien qu'elle est en danger. C'est alors qu'il décide de se débarrasser de son beau-fils. Michel Galabru et Zabou Breitman sont les principaux interprètes de cette vicieuse machination dont les conséquences vont être lourdes pour le père de Fanny.
Bon épisode, beaucoup moins aventureux que les deux précédents mais voir Michel Galabru cabotiner comme il le fit deux ans plus tôt dans le Kamikaze de Didier Grousset.

Dernier week-end
Arielle Dombasle, Philippe Khorsand, Monique Tarbès et Philippe Brizard sont les interprètes de cette campagnarde histoire de vengeance. Un couple installé dans une cabane de pêcheur. Un lac. Une voisine un peu trop envahissante. Deux pêcheurs. Et l'amant de la femme. Le mari a cessé de boire depuis un très grave accident qui a coûté les jambes à sa femme. Julie est bien décidée à faire payer à Philippe cette tragédie. Mais seule elle ne peut rien faire. Alors Maurice, son amant, va l'aider à se débarrasser de son mari en faisant croire à un accident de pêche.
Une idée sympathique et un twist final intéressant pour une interprétation tout juste acceptable de la non-actrice Arielle Dombasle. Heureusement, la présence de l'excellent Philippe Khorsand relève un peu l’intérêt.
La Belle Ouvrage
Le secrétaire général du PDL Étienne Varlon est retrouvé mort dans son bureau par son ami et député Jacques Sange, . L'homme s'est suicidé a l'aide d'un revolver après avoir laissé une lettre expliquant on geste. Ayant détourné des fonds dans les caisses du parti, il s'est retrouvé dans l'incapacité de les rembourser. Enfin, c'est ce que voudrait faire croire Henri Descouet, le secrétaire de Varlon. Car ce qui apparaît comme étant un suicide est en réalité un assassinat mis en scène par Descouet. C'et lui qui a tapé les faux aveux. Lui qui a tué d'une balle dans la tête son patron. Lui qui s'est arrangé pour que son meurtre ressemble à un suicide. Mais c'était sans compter sur l'arrivée de Jacques chez son ami. Alors que Descouet quitte la demeure, Jacques tombe sur le corps de son ami. En tombant sur les faux aveux de Varlon, il refuse que l'on sache qu'il s'est suicidé. Il prend l'arme et la lettre d'aveux avec lui et s'en va. Descouet qui a assisté à toute la scène décide de suivre Jacques qui vient de compromettre ses projets en faisant disparaître les fausses preuves du suicide de Varlon.
Excellent épisode où se côtoient des acteurs de la trempe de Jean-Pierre Bisson, Roger Dumas et Christian Clavier. Sur fond de politique, on découvre un Clavier assassin qui voit son stratagème tomber à l'eau à cause d'un ami et député un peu trop zélé. Une intéressante interprétation pour un scénario diabolique.
 
Toi, Si Je Voulais
Philippe Breugnot est un être adorable, gentil... Tellement même qu'il a tendance à se faire marcher sur les pieds sans dire un mot. Mais un jour, alors qu'il roule sur une départementale, il est stoppé par deux gendarmes à moto qui vérifient le bon fonctionnement de son véhicule. Lorsque l'un d'eux demande où Philippe a l'intention de se rendre, celui-ci refuse de répondre. Le gendarme l'accuse alors d'avoir fait du 160 kilomètres-heure alors que Philippe affirme n'avoir pas dépassé les 80. Le gendarme lui met une contravention. Révolté, Philippe s’énerve pour la toute première fois de son existence et lui lance un "crève salaud" de circonstance.
Le gendarme meurt, ainsi que son collègue. Philippe possède désormais le don extraordinaire de tuer par simple volonté, et il ne va pas se gener pour éliminer tous ceux qui vont se mettre en travers de son chemin...
Totalement absurde mais ô combien jubilatoire, cet épisode aborde un registre quelque peu usité dans cette série fantastique. Gérard Jugnot, Julie Jézéquel, Wladimir Yordanoff campe les rôles principaux de cet excellent exercice de style qui rappelle indéniablement le film Kamikaze avec Michel Galabru.

samedi 8 décembre 2012

Les Innocents Aux Mains Sales de Claude Chabrol (1975)

Julie et Louis Wormser sont mari et femme et vivent dans une luxueuse demeure de Saint Tropez. Après avoir appris de la bouche de son médecin qu'il était cardiaque, Louis s'est mis à la boisson, frustré de ne plus pouvoir avoir de relation sexuelles avec son épouse. Délaissée, celle-ci fait un jour la connaissance de Jeff Marle, jeune écrivain installé deux maisons plus loin. Très vite, ils entretiennent une relation adultère. Louis, qui très souvent boit pour oublier ses problèmes de cœur, monte se coucher tôt le soir. Les amants en profitent donc pour faire l'amour au rez de chaussée. Un jour, Julie ne supportant plus cette vie que lui offre Louis, décide avec la complicité de Jeff d’échafauder le meurtre de son époux.

Julie tuera Louis puis ce sera au tour de Jeff de prendre la relève et de simuler la disparition de la victime en pleine mer à bord de son bateau de pêche.
Le soir venu, Jeff quitte la demeure des Wormser et rentre chez lui afin d'être vu par la voisine commune à l'écrivain et aux Wormser et ainsi pouvoir justifier un alibi au cas ou la police ferait plus tard une enquête. Louis, qui est à l'étage de sa demeure est effondré sur son lit, ivre. Julie monte alors et en profite pour se saisir d'un objet et l'assomme violemment avant de redescendre au rez de chaussée. Elle finit par s'endormir sur le canapé mais lorsqu'elle se réveille plus tard, elle entend des bruits sourds. Louis est encore vivant. Julie se fait discrète et entend son mari quitter la maison et partir à bord de sa voiture.
Jeff disparaît durant quelques jours comme il avait prévu de le faire afin de ne pas éveiller de soupçons sur lui. Julie et lui correspondent cependant par courrier, se donnant mutuellement des nouvelles de l'affaire. Le commissaire Villon, accompagné de son ami et commissaire Lamy en vacances à Saint Tropez, se rend chez les Wormser afin de discuter avec Julie de la disparition de Louis.
Alors que se passe d'abord comme prévu, Julie apprend de la bouche de son banquier que Louis a retiré avant sa disparition la totalités des fonds qu'il conservait dans un coffre-fort. De plus, Jeff finit par ne plus donner de nouvelles...

Claude Chabrol, qui a déjà derrière lui une solide filmographie (Landru, Que La Bête Meurt, Le Boucher), réalise ces Innocents Aux Mains Sales en 1974. Cette année là, il tournera trois œuvres, celle-ci étant la dernière. Romy Schneider interprète Julie, cette jeune femme séduisante qui ne laisse (presque) aucun homme indifférent. Accompagnée par l'acteur américain Rod Steiger (Lucky Luciano) et l'acteur italien Paolo Giusti, elle exploite sa beauté auprès de son amant et même des policiers qu'elle tente de charmer lors de l'enquête policière. Si Les Innocents Aux Mains Sales n'est clairement pas la meilleure œuvre de Claude Chabrol, elle distille malgré tout une atmosphère et un suspens qui tiennent la route durant une bonne grosse moitié du film.

On appréciera le piège se refermant sur Julie, la disparition de Louis, et l’ambiguïté des rapports entre les amants. En fait, ce qui passionne durant un temps est le fait de ne pas en savoir davantage que l'héroïne sur la disparition de Louis et de Jeff. On pourra éventuellement s'étonner de ressentir les mêmes angoisses que l'héroïne. Si le personnage volontairement niait du commissaire Villon (Pierre Santini) laisse plutôt froid, celui, fin et aiguisé du commissaire Lamy en va tout autrement. Sorte de Monk avant l'heure, il est capable de deviner, presque dans les moindres détails, le cheminement de cette affaire sordide. Au point que l'on finit par se demander si le commissaire ne serait pas un brin extralucide. Ce qui est dommageable, c'est qu'à chaque retournement de situation, c'est à ce moment très précis que de nouveaux soupçons (toujours les bons), parviennent jusque dans l'esprit de ce flic sensiblement cabotin.
Ce qui faisait le charme des Innocents Aux Mains Sales est passablement anéanti par la suite par un trop grand nombre de pirouettes scénaristiques. Ce qui jusqu'à maintenant nous semblait crédible devient un peu trop surréaliste pour nous convaincre définitivement. Mais il faut tout de même pas bouder notre plaisir car outre le jeu d'acteur convainquant de la part de l'ensemble des artistes convoqués à cette perverse machination, on appréciera l'ambiance troublante de certaines scènes, et une fin qui l'est encore davantage.
A noter l'interprétation de Jean Rochefort dans le rôle de l'avocat, Maître Légal : Savoureuse.
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