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dimanche 1 avril 2018

L'Emmerdeur d'Edouard Molinaro (1973) - ★★★★★★★★☆☆ (première partie)



Un attentat manqué, un tueur à gages qui en ratant sa cible est tué à son tour. Remplacé au pied levé par celui-là même qui l'a tué, un certain Milan, lequel va devoir ensuite tuer Louis Randoni, un conseiller juridique, qui doit comparaître ce jour là à 14 heures à la quatrième chambre de la préfecture de l’Hérault. L'homme qui échappa quelques jours auparavant à la tentative de meurtre ratée par le premier tueur à gages, c'était donc lui. Vous me suivez ? C'est sur ce postulat de départ qui fit sans doute des jaloux parmi les scénaristes américains de l'époque comme nous le verrons plus loin que le scénariste Francis Veber livre le scénario de l'une des plus fameuses comédies françaises de cette première moitié des années soixante-dix. Un sujet pourtant pas tout à fait original puisque Francis Veber ne fit qu'adapter la pièce Le Contrat qu'il écrivit déjà lui-même pour le théâtre à l'attention du metteur en scène Pierre Mondy.
L'Emmerdeur. Voilà un titre qui colle parfaitement au personnage incarné par le chanteur et acteur belge Jacques Brel. Car non content d'avoir récupéré la chambre d’hôtel mitoyenne de celle d'où Milan devra abattre Louis Randoni, ce dépressif personnage, abandonné par une épouse qui a préféré se jeter dans les bras de son psychiatre, va en faire voir de toutes les couleurs au tueur à gages. En opposant la brute épaisse Lino Ventura au frêle Jacques Brel, le cinéaste Édouard Molinaro a tapé dans le mille. Amis le temps d'un long-métrage signé Claude Lelouch une année auparavant (L'Aventure, c'est l'Aventure), les deux acteurs campent bien malgré leurs personnages respectifs, deux antinomies d'un point de vue comportemental. L'une des plus fameuses idées du scénario étant de pousser Milan-Ventura dans ses derniers retranchements. A devoir batailler pour que son encombrant voisin de chambre n'attire pas la police avec ses tentatives de suicide. Voilà donc le tueur à gages transformé en protecteur. D'un côté, le projet de meurtre, de l'autre la tentative désespérée consistant à calmer les ardeurs suicidaires de François Pignon-Jacques Brel. François Pignon, justement... l'un des personnages les plus récurrents du cinéma comique français avec son alter ego François Perrin puisque le premier apparaîtra dans pas moins de sept longs-métrages et deux pièces de théâtre dont Les Fugitifs, Le Dîner de Cons, et Le Placard.

En pariant sur un Lino Ventura que l'on imagine davantage interpréter des personnages de films policiers que des comédies, Édouard Molinaro permet justement d'aboutir à un saisissant contraste entre cette brute froide et déterminée perdant parfois son sang-froid et un Jacques Brel, lui aussi (involontairement) déterminé à lui gâcher la journée. L'Emmerdeur accumule les scènes cultes inoubliables. Ventura et Brel offrent un spectacle de tous les instants que le simple statut de comédie du film n'empêche jamais de respecter le rôle qui leur est confié. Le caractère diamétralement opposé de ses deux héros est une formule magique qui fonctionne toujours à merveille. Entendre Jacques Brel raconter sa vie, son désespoir, s’appesantir sur son sort, se déchaîner sur le coffre d'une voiture qui n'est pas la sienne, hurler dans la rue, emmerder Lino Ventura reconverti en chauffeur, provoquer un accident, est un pur régal. L'ancien catcheur n'est lui-même, pas en reste. Le voir garder son calme jusqu'au point de rupture survenant lorsque Brel-Pignon pérore sur la possibilité que la femme enceinte qu'il ont embarqué dans le véhicule y accouche est tout simplement jouissif ! Le spectateur notera d'ailleurs la précision avec laquelle le cinéaste encadre le lent pétage de plombs à venir. Regard de Ventura menaçant, et main gantée serrant fermement le volant.

L'Emmerdeur n'est pas épuisant que pour son tueur à gages. Le spectateur sera lui-même soufflé par l'incessant ballet de contradictions qui opposent les personnages et les rendent ainsi, si drôles et si attachants. On en oublierait presque que Milan doit honnorer un contrat menant à l’assassinat d'un homme et l'on souffre de la tournure que prend ce qui demeurera certainement comme la plus longue journée de son existence. Inutile de préciser que les commentaires laissés par quelques ploucs et ignares sur la toile affirmant que le film est ennuyeux méritent que l'on envoie leur auteur sur le peloton d'exécution. L'Emmerdeur est un petit chef-d’œuvre comme on n'en voit malheureusement plus que très rarement de nos jours. A noter la présence de l'acteur Jean-Pierre Darras dans le rôle du Docteur Fuchs, psychiatre et amant de l'épouse de Pignon, et de Caroline Cellier dans celui de Louise Pignon, la femme en question...
Suite et fin dans le prochain article...

mercredi 18 février 2015

Que La Bête Meure de Claude Chabrol (1969)



La Bretagne, 3 Janvier. Le petit Michel Thenier revient de la pèche lorsqu'il est renversé par une voiture roulant à vive allure. Le chauffeur ne s'arrête pas et continue sa route tandis que le corps de Michel gît sur le pavé. L'enfant meurt et son père, Charles, traumatisé par la mort de son fils, passe trois mois dans un hôpital psychiatrique. A l'issu de ce séjour, il retourne chez lui après avoir demandé à sa gouvernante Madame Lavenes de faire disparaître tout ce qui pourrait lui rappeler Michel.

Charles n'a désormais plus qu'un objectif : trouver celui ou celle qui a causé la mort de son fils. Durant cinq jours il retourne dans les environs du drame afin de recueillir un maximum d'éléments qui pourront l'aider à mettre la main sur l'identité du coupable. Il a en sa possession un petit carnet dans lequel il note tout ce qui lui passe par la tête. De la manière dont il va se venger, à celle qui va l'amener à l'assassin. Mais il a beau chercher, Charles ne parvient pas à mettre la main sur celui qui a tué Michel. L'écrivain ne peu désormis compter que sur le hasard. Et d'ailleurs, c'est le hasard qui le va le pousser vers celui qu'il cherche depuis des jours.

Sur une petite route de campagne, et alors que la pluie tombe à verse, Charles s'embourbe au milieu d'un chemin de terre. Heureusement pour lui, un homme passe par là et vient lui apporter son aide. Il apprend de cet homme qu'un véhicule s'est déjà retrouvé dans cette situation. Une mustang dont l'avant était abîmé. Conduite par un homme accompagné d'une jeune femme célèbre, la voiture s'était elle aussi embourbée, au même endroit. Le paysan se souvient très exactement de la date : le 3 Janvier, jour où le petit Michel a perdu la vie...

Que La Bête Meure est sans doute l'un des cinq meilleur films de Claude Chabrol. C'est encore une fois la bourgeoisie d'une petite province (cette fois-ci bretonne) qui sert de toile de fond à un drame éprouvant. Celui d'un homme dont le fils a été renversé par une voiture dont le propriétaire a pris la fuite. Facile alors de se mettre à la place du père et d'imaginer un scénario similaire au sien. Qui aurait envie d'oublier sans même penser à se venger ? Personne évidemment.

Mais comment permettre à cet homme qui part de rien de retrouver la piste du meurtrier sans tomber dans le grotesque ? C'est là le talent du grand Chabrol qui devance les a-priori du spectateur en leur proposant la seule issue finalement valable à la réussite du héros. Ce hasard qui parfois tombe à pique et qui ici permet à l'histoire de tenir la route et de relancer une intrigue qui tournerait sinon en rond.
Le personnage de Charles (campé par Michel Duchaussoy) n'est pas cet homme dur que l'on aurait pu imaginer. Il demeure de bout en bout d'un calme olympien, ce qui le différencie et crée un contraste saisissant avec celui de Paul Decourt (Jean Yanne) le coupable en question. Un homme que l'on déteste immédiatement. Un type dont la mort ne touchera personne, si ce n'est sa propre mère au tempérament similaire. L'intelligence du cinéaste est de faire évoluer le récit vers une voie inattendue. Le schéma classique de la vengeance est ici détruit jusqu'à la conclusion puisque cette haine dont Paul Decourt fait l'objet crée un nid de rancœur dont presque tous les personnages finissent par désirer sa mort.

Faisant référence à quelques écritures antiques célèbres, Que La Bête Meure a l'intelligence de ne pas se constituer comme une simple histoire de vengeance mais s'offre parfois des dialogues riches et une interprétation sensible et remarquable...
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