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dimanche 19 mai 2019

Jeu de Massacre d'Alain Jessua (1967) - ★★★★★★★☆☆☆



Curieux que ce second long-métrage d'Alain Jessua qui ne déroge finalement pas ici à l'habituel spectacle hors du commun auquel il nous habituera le long de sa carrière constituée de neuf longs-métrages seulement. La rencontre entre un mythomane immature et un couple formé d'un écrivain et de son épouse dessinatrice. Deux époux qui ont bien du mal à boucler les fins de mois et qui acceptent contre mauvaise fortune bon cœur de venir s'installer dans la luxueuse demeure suisse de ce menteur patenté qui s'est inventé une histoire personnelle intégralement liée aux ouvrages publiés par l'auteur de bandes-dessinées dont il est un adorateur.
D'où cette exploration psychédélique et un brin foutraque. Cette déviance psychologique qui réunit des êtres qui chacun à leur manière explorent la fiction pour s'en faire une réalité propre. Car si la mythomanie est pour le personnage de Bob Neuman, incarné par l'acteur français Michel Duchaussoy, une profession de foi, idéalisant ainsi sa propre (et morne) existence de pseudo-châtelain, le personnage que crée Pierre Meyrand (Jean-Pierre Cassel) est-lui même issu d'un imaginaire. Bref, d'un mensonge colporté par l'esprit d'un artiste qui pour vivre s'invente des personnages, des récits fictifs.

Le mensonge, chez les Meyrand, est une nécessité. Celle de pouvoir manger, payer son loyer, ses impôts, bref, vivre dignement. Chez Bob, la raison en est tout autre. Gosse de riche, le canular que représente son existence est la représentation intellectuelle d'un naufrage affectif. Pas d'amis et pour seules amantes les prostituées d'un bordel, le mythomane va se référer à l'artiste pour se construire une vie à venir qui lui échappera ainsi qu'à ses nouveaux amis, Bob et Jacqueline. La réalité prend peu à peu ses jambes à son cou, laissant place nette à un univers virtuel que le fragile Bob va tenter de faire prendre forme dans le monde réel. En réalisant son œuvre de manière psychédélique (tant dans la bande originale que dans sa manière de filmer) le cinéaste Alain Jessua l'enrobe, s'il était utile d'en arriver là, d'une chape de plomb surréaliste qui appuie davantage encore l'aspect improbable du récit. Pour ce faire, il va jusqu'à créer ce personnage de papier et de crayons de couleur, Le tueur de Neuchâtel. Substantielle moelle et représentation concrète des dérives allégoriques dont sont responsables chacun des personnages et qui, tous ensemble, l'alimentent au point de lui faire prendre forme dans la vie réelle sous la forme d'un Bob ne sachant plus vraiment distinguer le vrai du faux.
Comédie noire sur fond de solitude et de manipulation (la mère de Bob étant elle-même prête à financer très chèrement les ambitions de son fils chéri), Jeu de Massacre est une œuvre réjouissante qui derrière son message, souffle un vent pop décalé. Les planches psychédéliques sont l'oeuvre du dessinateur bruxellois Guy Peellaert. Le jury du festival de Cannes en 1967 ayant reconnu les qualités du film d'Alin Jessua, Jeu de Massacre y reçu le prix du meilleur scénario original cette année là...

vendredi 23 novembre 2018

Dédales de René Manzor (2003) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Le cinéma de René Manzor, c'est souvent une histoire de famille.. L'occasion d'y embaucher son frère, le compositeur Jean-Félix Lalanne, avec lequel il partage une même fraternité. Celle de Francis Lalanne, le chanteur aux cuissardes et à la longue et brune chevelure. Davantage productif à la télévision sur des séries et des téléfilms que sur grand écran, René Manzor, ou René Lalanne à la ville, donc, n'a réalisé dans sa carrière de cinéaste qui remonte tout de même à plus de trente ans, que quatre longs-métrages pour le cinéma. S'il est une chose qu'on ne pourra pas lui reprocher, c'est d'avoir essayé d'apporter sa pierre à l'immense édifice du cinéma de genre puisque dès 1986, avec Le Passage, le réalisateur s'est penché sur des genres que beaucoup de cinéastes français évitèrent d'évoquer à l'époque. Le fantastique, pour commencer, puis l'horreur et l'épouvante quatre ans plus tard avec 3615 code Père Noël. Après une incartade du côté de la comédie romantique, toujours teintée de fantastique, en 1997, le français s'attaque à un genre périlleux dans l'hexagone : le thriller. Un genre qui n'a pas connu chez nous que le bonheur même si certains cinéastes se sont penchés dessus par le passé en signant de véritables chefs-d’œuvre (au hasard, Henri-Georges Clouzot avec Les Diaboliques en 1954). Avec Dédales, René Manzor semble vouloir mettre en scène un sous-Seven (David Fincher, 1995) à la française, dont il tente d'emprunter la moiteur en laissant de côté l'ingénieux scénario, mais a le malheur de sortir son film la même année que l'excellent Identity de James Mangold qui (fruit du hasard?) sort la même année, en 2003. En effet, alors que le film de René Manzor sort sur les écrans de cinéma le 17 mai 2003, celui de James Mangold sort quatre mois plus tard. Encore une chance pour le français que son film ait connu les honneurs d'une sortie antérieure au vu de l'inévitable comparaison qu'allaient générer deux récits abordant chacun à leur manière, le sujet de la schizophrénie.

Essentiellement incarné par Sylvie Testud, Lambert Wilson (épaulé par un Michel Duchaussoy effacé) et par Frédéric Dienfenthal, le sujet de Dédales tourne autour de Claude, une jeune femme enfermée dans un hôpital psychiatrique et accusée d'avoir fait de nombreuses victimes. Sur demande de son ami et collègue, le psychiatre Karl Freud (!!!), le docteur Brennac accepte d'étudier la jeune femme, atteinte de troubles dissociatifs de la personnalité. Le long-métrage est découpé en diverses sections, passant du présent (l'étude de la personnalité de Claude) au passé (l'enquête menée par l'inspecteur Matthias les six jours précédant l'arrestation de la jeune femme), le cinéaste tentant d'explorer la personnalité de la malade avec, malheureusement, toutes les difficultés du monde. Certains interprètes ont beau avoir du talent, et là, je veux bien évidemment parler de Sylvie Testud et de Lambert Wilson, l'intervention de Frédéric Dienfenthal et le scénario que René manzor a lui même conçu ruinent tout l'intérêt du film. Tout d'abord, Frédéric Dienfenthal y est proprement ridicule. Authentiquement improbable dans son personnage de flic écorché vif (auquel le cinéaste offre toute une galerie de stéréotypes allant du complet noir, l’œil glauque, le visage blafard dévoré par une barbe sombre, et peintre de la Noirceur à ses heures). Aucun charisme, se mouvant avec le talent d'un interpréte pioché au hasard dans une foule de badauds, l'acteur semblait plus à l'aise dans les Taxi que dans le thriller. Un rôle qui ne lui sied à aucun moment.

Quand au scénario, auquel on peut également joindre la mise en scène, difficile de lui accorder un semblant d'intérêt tant le cinéaste s'embrouille avec une intrigue poussive qui tente d'allier le thriller à l'américaine avec la sensibilité du cinéma hexagonal. En clair, on s'fait chier. Trop de blablas, une action qui manque de vigueur, et des seconds rôles parfois aussi agaçants qu'inutiles (Edouard Montoute et surtout Tomer Sisley). Heureusement, en terme de thrillers, le cinéma français à fait, depuis, de très grands progrès...

samedi 17 novembre 2018

T'aime de Patrick Sébastien (1999) - ★★★★★★★☆☆☆



Le voici donc, l'unique long-métrage de l'animateur, humoriste, chanteur et imitateur Patrick Sébastien sur lequel tant d'internautes, de spectateurs et de critique ont déversé leur bile. Sans doute, parmi eux, l'on en trouve qui ne l'ont même pas vu, prenant surtout plaisir à gerber sur l’œuvre de Patrick Sébastien avec un minimum de pudeur mais avec un luxe de cruauté. Cela faisait des années que je rêvais de le revoir. Oui, vous avez bien lu : RE-voir.... Lorsque l'on regarde pour la seconde fois un long-métrage, même bien des années après la première projection, ça veut forcément dire quelque chose. Que l'objet en question n'est pas si mauvais que certains le prétendent. De toute manière, qu'on le considère réussi ou bien mauvais, T'Aime subit les mêmes foudres que n'importe quel film ayant été réalisé depuis les débuts du cinéma. Ou plutôt, depuis que les critiques existent. Mais avec un regain de haine qu'il demeure toujours aussi peu évident à s'expliquer. A moins qu'il ne s'agisse de ce même ressentiment qui anime certains hommes et certaines femmes qui ont décidé depuis maintenant plus de trente ans de faire de Patrick Sébastien leur souffre-douleur.

T'Aime mérite-t-il de se prendre autant d'insultes qu'il existe de mots pour les exprimer? Certainement pas, non. Et son auteur, encore moins. La démarche étant sans doute la même que celle qui fut la sienne lorsqu'il intervint onze ans plus tard sur le plateau de On n'est pas Couché, l'émission de Laurent Ruquier, en prononçant cette phrase : « Ça fait dix minutes que vous parlez et vous n'avez pas dit une seule fois le mot 'amour' », Patrick Sébastien n'a sans doute pas gagné des voix du côté de ses détracteurs. Mais dans quel monde tu vis Patrick ? Les valeurs que tu prônes, si belles et naïves soient-elles, ne sont pas une monnaie d'échange valide dans cette cage dorée que sont les médias. Conserve ton opinion pour toi seul même si certains la partagent, et tu vivras mieux.
Maintenant que cela fait dix-neuf ans qu'on a injustement massacré son œuvre, Patrick Sébastien ne se cache désormais plus derrière la caméra. Tout juste ose-t-il, pour le plus grand plaisir de ses admirateurs, se montrer dans quelques longs-métrages au demeurant forts réussis (Monsieur Max et la Rumeur, L'Affaire de Maître Lefort, Une chance sur Six, tous les trois réalisés par Jacques Malaterre). Quant à sa carrière de réalisateur, elle semble définitivement compromise. C'est dommage, d'autant plus qu'en matière de scénarii, Patrick Sébastien a également fait ses preuves.

Mais revenons sur l'objet du délit qui contrairement à ce que certains incultes ont osé affirmer, ne mérite pas le même sort que les affligeants Le Jour et la Nuit de Bernard Henri Levy, Brillantissime de Michèle Laroque (la pauvre) ou Mme Mills, une Voisine si Parfaite de Sophie Marceau qui, pour le coup sont d'horribles gâchis. D'ailleurs, aux propos que certains ont tenus, nous pourrions les contraindre de changer d'avis s'ils avaient seulement vu le dixième des navets que les vrais cinéphages que nous sommes ont sans doute visionné durant l'exercice de leur passion. T'Aime est donc le seul et unique long-métrage réalisé par Patrick Sébastien. Dans l'hexagone, le film est un bide lors de sa sortie fin avril 2000. Après un tournage de deux mois entre septembre et octobre 1999, le film n'attire finalement qu'un peu plus de 28 300 spectateur. Ce qui, au prix d'une place de ciné ne rembourse par le budget initial de 20 000 000 de francs (3 140 000 euros). Unanimes, les critiques s'empressent de juger T'Aime de naïf, mièvre, grotesque, simpliste, infantile, stéréotypé, ou encore, pathétique. Des termes qui forcément, n'ont pas motivé les foules à se déplacer dans les salles et qui alors préférèrent sans doute rester devant leur petit poste de télévision à regarder cette semaine là l'émission de Julie Snyder (qui ça?), Vendredi, c'est Julie.

L’œuvre de Patrick Sébastien nous conte l'histoire d'un simple d'esprit prénommé Zef qui un jour viole la jeune Marie. Incapable de différencier le bien du mal, le jeune homme de vingt ans est enfermé dans un institut psychiatrique où il reste prostré et mutique. Le docteur Hugues, en charge de guérir Marie du traumatisme qu'elle a subit, tente une méthode innovante en confrontant alors la victime à son « innocent » bourreau... Jusqu'ici tout va bien. L'idée développée par Patrick Sébastien est plutôt encourageante. Mais alors... qu'est-ce qui a bien pu pousser la critique et le public à rejeter T'Aime en masse ? Naïf, son film l'est indéniablement. Mais parce que le film est ainsi fait que si l'existence n'était pas aussi abrupte, et si elle n'était que naïveté, ce mot n'existerait même pas. Patrick Sébastien, l'homme de télévision que l'on jugeait de vulgaire fut un temps, n'aurait-il pas le droit d'exprimer simplement ses sentiments à travers une œuvre qui au delà d'une certaine puérilité se révèle être en réalité un message d'espoir et d'amour ? Un peu vain, certes, mais j'en suis certain, profondément sincère. Tout comme ce personnage qu'il incarne. Un poète, idéaliste et optimiste qui, comme le souligne le titre du film qui n'est pas que le seul hommage rendu au personnage de Zef, prône l'amour comme unique traitement capable de sortir le jeune homme et la délicieuse Marie de leur torpeur. Dommage que derrière l'écriture et la mise en scène de Patrick Sébastien certains n'aient rien vu d'autre que de la vacuité. Jean-François Balmer, Annie Girardot, Michel Duchaussoy, Miriam Boyer, Jean-François Derec, ou bien deux des principaux interprètes, Samuel Dupuy et Marie Denarnaud ont fait confiance à Patrick Sébastien et lui ont confié leur talent. Alors pourquoi pas nous ? Pourquoi ne pas se laisser glisser, se laisser happer par une histoire toute simple, mais belle et généreuse ? Signé par un autre, T'Aime aurait sans doute connu un sort plus enviable. En réalité, le film est loin d'être cette chose que les critiques d'un jour s'amusèrent à noter ironiquement de plusieurs étoiles avant de se foutre de sa gueule. Pourtant, il serait indécent de n'y voir que des bons côtés. Indécent, et passionné (partial?). Car oui, T'Aime est miné par quelques défauts qui forcent la comparaison avec tout ce qu'on a pu dire sur lui. Esthétiquement, l’œuvre de Patrick Sébastien a suivit la mauvaise voie en choisissant de le projeter sur grand écran alors qu'il aurait dû n'être destiné qu'au petit. Quant à la partition musicale, elle oscille entre comptines déviantes plutôt convaincantes et mélodies surannées parfois imbitables.

Tourné à Martel, petite commune du Sud-Ouest de la France où a élu domicile l'acteur-réalisateur scénariste, Patrick Sébastien s'offre un cadre magnifique et des interprètes de talent (Annie Girardot y est, à l'occasion, bouleversante). Un récit qui presque vingt ans après sa sortie continuera à émerveiller ceux qui l'ont aimé à l'époque, et que d'autres perpétueront à dénigrer. Choisissez votre camp...

lundi 2 juillet 2018

Le Retour du Grand Blond d'Yves Robert (1974) - ★★★★★★★☆☆☆



Si Pierre Richard n'a pas joué dans beaucoup d’œuvres réalisées par l'acteur et réalisateur Yves Robert, il a cependant participé à quelques-une des plus populaires, et a même véritablement débuté une vraie carrière d'acteur chez lui en incarnant le personnage de Colibert aux côtés de Philippe Noiret dans Alexandre le Bienheureux en 1968. 1970 marque un tournant déterminant pour Pierre Richard qui en ce début des seventies réalise son tout premier long-métrage, Le Distrait, dont le personnage de Pierre Malaquet qu'il incarne à l'écran façonnera la personnalité d'une partie de ceux qu'il incarnera chez les autres ainsi que dans ses propres films. Deux ans plus tard, il incarnera pour la première fois à l'écran le personnage de Francis Perrin (qu'il reprendra à l'occasion de la suite, Le Retour..., ainsi que dans On Aura Tout Vu de Georges Lautner, Le Jouet de Francis Veber et La Chèvre du même réalisateur. Deux ans après le premier volet, gros succès commercial dépassant le millions d'entrées à sa sortie, Yves Robert met en chantier Le Retour du Grand Blond, toujours scénarisé par ses soins ainsi que par Francis Veber, et toujours incarné par Pierre Richard, la sublime Mireille Darc, Jean Rochefort, Jean Carmet et Paul le Person, lesquels sont désormais accompagnés de Michel Duchaussoy dans le rôle du Capitaine Gaston Cambrai, de Jean Bouise dans celui du ministre de la défense et le duo qui à l'occasion de ce second volet remplacera les interprètes qui incarnaient le binôme Chaperon et Poucet, Maurice Barrier et Jean Saudray, les acteurs Henri Guybet et Hervé Sand qui eux, incarnent Charmant et Prince.

Pour cette seconde aventure du grand blond Francis Perrin, le personnage interprété par Michel Duchaussoy tente de faire tomber le Colonel Toulouse en cherchant à prouver qu'il est responsable de la mort du Colonel Milan, savoureusement interprété par Bernard Blier dans le premier volet. Plus court d'une dizaine de minutes, Le Retour du Grand Blond est également légèrement en deçà du Grand Blond avec une Chaussure Noire en terme de qualité. Ce qui ne l'empêche pas d'être une très bonne suite, remplie d'excellents gags, à commencer par le héros lui-même, Francis Perrin, contraint d'obéir aux ordres de Toulouse s'il veut revoir la toujours aussi sensuelle Christine que le colonel a fait enlever.
Citer les nombreuses situations prêtant à rire et sourire prendrait une pleine page. Mais comment oublier les nombreuses scènes de Perrin échappant à la mort, à ce faux enterrement, cette fausse famille qu'on lui fait endosser et ce prêtre efféminé. Le grand blond débarquant à l'aéroport dans son costume d'agent secret (occasion pour le toujours impeccable Paul Le Person de surnommer Perrin, le grand blond avec une chaussure rouge), la rencontre avec le ministre, Jean Carmet ne sachant plus à qui se fier, ou encore l'anthologique scène de la fusillade montée de toutes pièces...

Lors du final, Yves Robert fait acte de présence dans le rôle du chef-d'orchestre. Bien que le film ait été tourné deux ans après le premier volet, les aventures de cette séquelles se situent deux mois seulement après la fin du Grand Blond avec une Chaussure Noire. Des trois diptyques que réalisera Yves Robert durant sa carrière, c'est le seul dont les deux volets n'auront pas été réalisés consécutivement puisque entre les deux, il réalisera un hommage aux seconds couteaux du septième art à travers Salut l'Artiste. Si l'on tend bien l'oreille, et que les rires n'étouffent pas le son du film (le cercueil insuffisamment rempli de cailloux), on entend très clairement les cloches de l'église sonner le thème principal du film composé par Vladimir Cosma. Bien que son personnage soit mort à la fin du premier volet, Bernard Blier fit part à Yve Robert de son désir de ré-endosser le costume de Milan pour cette suite, demande à laquelle il obtint le refus catégorique de la part du cinéaste qui lui répliqua cette phrase imparable : 'Impossible, tu es mort !'
Le Retour du Grand Blond, quarante-six ans après sa sortie, a conservé toutes ses qualités. Un film que l'on prend toujours autant de plaisir à (re)découvrrir, la meilleure approche étant de regarder les deux volets à la suite...


samedi 21 janvier 2017

Armaguedon d'Alain Jessua (1976) - ★★★★★★☆☆☆☆



Neuf longs-métrages seulement à l'actif du cinéaste, producteur (il produit lui-même ses œuvres), scénariste et romancier français Alain Jessua, mais autant de films qui marquent les esprits. Armaguedon pointe le bout du nez en 1977. On y retrouve l'acteur Jean Yanne auquel Jessua avait offert son tout premier rôle au cinéma dans La Vie à L'Envers en 1964, Michel Duchaussoy qui joua dans Jeu de Massacre en 1967 et Alain Delon auquel il offrit l'un des deux principaux rôles dans Traitement de Choc. Jean Yanne EST Armaguedon. Un petit employé des espaces verts qui après la mort de son frère hérite d'une très grande somme d'argent. De quoi changer de vie. Mais lui ne va pas changer de voiture, de maison... ou de femme (!). Non, lui va se venger d'une société qu'il méprise. Pour cela, il va narguer les polices du monde entier en leur envoyant des messages de menace enregistrés sur bande magnétiques. Lancé à la recherche du mégalomaniaque, l'inspecteur Jacques Vivian va faire appel au Docteur Michel Ambroise afin de mettre la main sur Louis Carrier, celui que toute la presse nomme désormais sous le nom d'Armaguedon avant que celui ne mette à exécution son plan machiavélique : faire exploser une bombe lors d'une émission télévisée diffusée en direct à la télévision française...

Armaguedon, on l'aura compris, n'a rien à voir avec l’œuvre de Michal Bay Armageddon sortie en 1998 et qui de toute manière propose une orthographe différente. Ici, pas d'astéroïde géant filant tout droit vers notre planète mais un danger tout aussi préoccupant puisque la science est incapable (ou presque) de prévoir à l'avance quand agira celui que tout le monde nomme Armaguedon. Un terme inspiré de l'Harmaguédon, un mont situé en Galilée et lieu symbolique du combat entre le bien et le mal mentionné dans le Nouveau Testament. Bien que le personnage de Jean Yanne soit présenté comme un être intelligent (il a apprit cinq langues et met en place un stratagème relativement bien conçu), ce pseudo qu'il se donne, il ne se l'est accaparé que parce que son fidèle complice Albert, dit Einstein, lisait justement un ouvrage concernant un passage de la Bible.

Comme le précise si bien le Docteur Michel Ambrose (Alain Delon), Louis Carrier est un homme qui apparaît comme un individu miné par la solitude et désirant faire parler de lui. Au risque d'emporter la vie de plusieurs personnes (dont un Michel Creton qui paiera de sa vie son désir de profiter pécuniairement des projets d'Armaguedon), il va s'aider d'Einstein (l'acteur Renato Salvatori), un pauvre ère, à la limite de la débilité, et reflétant l'image de l'immigré perdu dans un pays qui n'est pas le sien ( thème que le cinéaste Roman Polanski avait déjà évoqué d'une manière tout à fait différente dans son chef-d’œuvre Le Locataire). Un individu pour lequel, on le constatera assez vite, Carrier n'a pas davantage d'estime que pour ses concitoyens puisque cet immigré italien servira lui-même ses desseins et ce, de la manière la plus terrible.

Armaguedon est sombre, désespéré, et d'un fort pessimisme. La musique composée par le compositeur argentin Astor Piazzolla imprime à l’œuvre d'Alain Jessua une atmosphère angoissante et déprimante. Il s'agit d'une charge féroce à l'encontre des politiques du monde entier. Le personnage très bien campé par Jean Yanne s'érige en défenseur de ses concitoyens qui pourtant lui riront au nez et à la barbe lorsqu'il exigera que soit diffusé en direct son parcours personnel lors d'une émission télévisée. Le film d'Alain Jessua sort deux ans après Peur sur la Ville de Henri Verneuil. Autre variation sur la folie engendrée par la civilisation. Mais alors que l’œuvre mettant en scène Jean-Paul Belmondo revêtait une forme particulièrement divertissante, le film d'Alain Jessua, comme très souvent chez lui, dégage une profonde impression de tristesse. Ce qui ne remet cependant pas en question ses qualités d’œuvre cinématographique...

mercredi 18 février 2015

Que La Bête Meure de Claude Chabrol (1969)



La Bretagne, 3 Janvier. Le petit Michel Thenier revient de la pèche lorsqu'il est renversé par une voiture roulant à vive allure. Le chauffeur ne s'arrête pas et continue sa route tandis que le corps de Michel gît sur le pavé. L'enfant meurt et son père, Charles, traumatisé par la mort de son fils, passe trois mois dans un hôpital psychiatrique. A l'issu de ce séjour, il retourne chez lui après avoir demandé à sa gouvernante Madame Lavenes de faire disparaître tout ce qui pourrait lui rappeler Michel.

Charles n'a désormais plus qu'un objectif : trouver celui ou celle qui a causé la mort de son fils. Durant cinq jours il retourne dans les environs du drame afin de recueillir un maximum d'éléments qui pourront l'aider à mettre la main sur l'identité du coupable. Il a en sa possession un petit carnet dans lequel il note tout ce qui lui passe par la tête. De la manière dont il va se venger, à celle qui va l'amener à l'assassin. Mais il a beau chercher, Charles ne parvient pas à mettre la main sur celui qui a tué Michel. L'écrivain ne peu désormis compter que sur le hasard. Et d'ailleurs, c'est le hasard qui le va le pousser vers celui qu'il cherche depuis des jours.

Sur une petite route de campagne, et alors que la pluie tombe à verse, Charles s'embourbe au milieu d'un chemin de terre. Heureusement pour lui, un homme passe par là et vient lui apporter son aide. Il apprend de cet homme qu'un véhicule s'est déjà retrouvé dans cette situation. Une mustang dont l'avant était abîmé. Conduite par un homme accompagné d'une jeune femme célèbre, la voiture s'était elle aussi embourbée, au même endroit. Le paysan se souvient très exactement de la date : le 3 Janvier, jour où le petit Michel a perdu la vie...

Que La Bête Meure est sans doute l'un des cinq meilleur films de Claude Chabrol. C'est encore une fois la bourgeoisie d'une petite province (cette fois-ci bretonne) qui sert de toile de fond à un drame éprouvant. Celui d'un homme dont le fils a été renversé par une voiture dont le propriétaire a pris la fuite. Facile alors de se mettre à la place du père et d'imaginer un scénario similaire au sien. Qui aurait envie d'oublier sans même penser à se venger ? Personne évidemment.

Mais comment permettre à cet homme qui part de rien de retrouver la piste du meurtrier sans tomber dans le grotesque ? C'est là le talent du grand Chabrol qui devance les a-priori du spectateur en leur proposant la seule issue finalement valable à la réussite du héros. Ce hasard qui parfois tombe à pique et qui ici permet à l'histoire de tenir la route et de relancer une intrigue qui tournerait sinon en rond.
Le personnage de Charles (campé par Michel Duchaussoy) n'est pas cet homme dur que l'on aurait pu imaginer. Il demeure de bout en bout d'un calme olympien, ce qui le différencie et crée un contraste saisissant avec celui de Paul Decourt (Jean Yanne) le coupable en question. Un homme que l'on déteste immédiatement. Un type dont la mort ne touchera personne, si ce n'est sa propre mère au tempérament similaire. L'intelligence du cinéaste est de faire évoluer le récit vers une voie inattendue. Le schéma classique de la vengeance est ici détruit jusqu'à la conclusion puisque cette haine dont Paul Decourt fait l'objet crée un nid de rancœur dont presque tous les personnages finissent par désirer sa mort.

Faisant référence à quelques écritures antiques célèbres, Que La Bête Meure a l'intelligence de ne pas se constituer comme une simple histoire de vengeance mais s'offre parfois des dialogues riches et une interprétation sensible et remarquable...
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