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samedi 18 juillet 2026

Je Préfère Qu'on Reste Amis... de Eric Toledano et Olivier Nakache (2004) ★★★★★★★☆☆☆



Claude Mendelbaum est défragmenter de logiciels informatiques chez Investek. Célibataire, timide et hypocondriaque, il est le fils d'une mère atteinte de la maladie d’Alzheimer. Ses amis se battent pour qu'il trouve une compagne depuis qu'il s'est séparé de son ex deux ans plus tôt, d'autant plus que son métier lui prend tout son temps. C'est lors du mariage de son meilleur ami Daniel qu'il fait la connaissance de Serge. "Marié à trente ans et divorcé à quarante" comme il aime le répéter sens cesse autour de lui, il rôde dans les mariages afin d'y faire des conquêtes féminines. Père de deux fillettes, il ne voit plus son ex-femme depuis deux ans. Toujours bien habillé, souriant et prêt à faire de nouvelles rencontres, Serge aborde Claude et s'en fait très vite un ami. Pourtant les deux hommes n'ont rien en commun. Serge aime sortir tandis que Claude, lui, préfère cloîtré chez lui. Pourtant, au contact du quinquagénaire, le jeune informaticien va découvrir un univers qui lui est étranger.

En effet, Serge va l'inviter à participer à une soirée un peu particulière. Un speed-dating lors duquel il devra faire ses preuves devant sept femmes, n'ayant pour chacune que sept minutes devant lui pour les convaincre qu'il est l'homme qu'il leur faut. Jeté dans la fosse au lion et pas du tout habitué de ce genre de situation, Claude se vautre lamentablement. Son ami Daniel lui aussi se mêle de sa vie privée et l'invite à rejoindre le cercle des célibataires inscrits dans la boite de rencontres Uni-Célib'. Mais là non plus, le succès n'est pas au rendez-vous.

C'est alors qu'en se rendant à un mariage auquel il n'a pas été convié en compagnie de Serge que Claude tombe sous le charme de la mariée...

Réalisé par le binôme Eric Toledano et Olivier Nakache, Je préfère qu'on reste amis... est une comédie légère et tendre entre deux acteurs français parmi les plus populaires. D'abord Gérard Depardieu, l'un des plus grand acteurs français mais auquel malheureusement plus personne ne semble vouloir offrir de très grands rôles. A ses côtés, Jean-Paul Rouve, aussi à l'aise dans la comédie que dans le drame (Bunker Paradise), est ce jeune homme sensible et timide qui s'habille comme un magasinier de supermarché et qui n'attire pas du tout la gente féminine.

On ne hurle pas vraiment de rire devant les facéties du duo et pourtant, tout fonctionne parfaitement. Les cinéastes parviennent même à injecter une forme d'émotion devant cette convaincante solitude que nos deux héros ressentent malgré l'image joyeuse qu'ils tentent de se renvoyer. Je préfère qu'on reste amis... nous fait également ressentir l'importance et le poids que peuvent avoir l'amitié et la solitude dans une vie. Claude zappe la première en se cloîtrant chez lui et s’accommode de la seconde en se persuadant qu'il s'agit chez lui d'un choix. Serge lui, ne peut concevoir la vie sans amitié et n'accepte aucune forme de solitude, au point d'aller traîner dans des mariages où il n'a pas été convié et des speed-dating qui le conforteront dans l'opinion qu'il a de ne pas encore être bon pour la casse. Rouve et Depardieu forment un duo épatant, d'abord étonnant, mais par la suite vraiment convainquant.

Je préfère qu'on reste amis... est une bonne surprise. Le film ne restera peut-être pas dans les annales, mais il a le mérite de nous faire passer un très agréable moment. Et n'est-ce pas là tout l'intérêt des comédies ?

A noter, la présence des regrettées Annie Girardot et Valérie Benguigui...

lundi 29 juin 2026

Maigret tend un piège de Jean Delannoy (1958) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Parmi les romans écrits par Georges Simenon, certains ont été davantage adaptés au cinéma et à la télévision que d'autres. On peut notamment citer Le chien jaune, Pietr-le-Letton ou La nuit du carrefour datant tous les trois de 1931 mais celui qui semble avoir eu le plus de succès auprès des cinéastes reste probablement Maigret tend un piège. Et pour cause : ce roman très proche du fait-divers entourant le cas irrésolu de Jack l’Éventreur a connu une première version cinématographique en 1958 réalisée par Jean Delannoy avant d'être adapté en Angleterre par trois fois en 1962, 1992 et 2016 avec The Trap de Terence Williams, Sets A Trap de John Glenister et Maigret Sets a Trap dans lequel l'acteur britannique Rowan Atkinson reprenait le rôle du commissaire Maigret... En Italie, Renato de Maria réalisa en 2004 le téléfilm La Trappola, adaptation transalpine du roman. Les Pays-Bas eux-mêmes se penchèrent dessus à travers cet autre téléfilm que fut Maigret zet een val en 1968 et dont l'auteur fut le réalisateur néerlandais Rob Geraerds. Quant à la France, outre le long-métrage de Jean Delannoy en 1958, le thème fut repris en 1996 au sein de la série Maigret. Placé en vingt-troisième position, l'épisode simplement intitulé Maigret tend un piège fut réalisé par Juraj Herz et tout comme lors des cinquante-trois autres, le rôle principal fut tenu par l'imposant Bruno Cremer...


Mais retour, donc, à la fin des années cinquante et plus précisément en 1958. Si le long-métrage incarné par Jean Gabin et par plusieurs interprètes parmi lesquels certains deviendront de grandes vedettes du cinéma ou de la télévision repose donc en effet sur l'ouvrage de Georges Simenon, la fidélité ne semble pas être à l'ordre du jour dans une adaptation qui fait fi de certaines identités, change le nom de certains quartiers, ajoute des personnages qui n'existaient pas à l'origine et va même jusqu'à ajouter une double activité à l'un des protagonistes les plus essentiels du récit en la personne d'Yvonne Maurin qu'interprète Annie Girardot et qui retrouve Jean Gabin après lui avoir déjà donné la réplique dans Le rouge est mis de Gilles Grangier en 1957. Après avoir interprété de petits rôles, la carrière de l'actrice est ainsi lancée sur des rails grâce au rôle ambigu de cette femme volage, épouse depuis six ans d'un homme qui au lit n'est jamais parvenu à la satisfaire... Notons ensuite parmi les stars du cinéma à venir, la présence de Lino Ventura qui dans le rôle de l'inspecteur Torrence interprète un personnage relativement secondaire auquel le script de Jean Delannoy, Michel Audiard et Rodolphe-Maurice Arlaud n'octroie que quelques rares interventions. Une présence à l'image plus physique qu'orale...


Nous sommes à Paris et depuis quelques mois, un individu sème la terreur dans la capitale en assassinant de jeunes femmes brunes et physiquement plutôt bien charpentées. Toujours le même mode opératoire : des coups de couteau dans le corps et des vêtements lacérés. Le sexe ne semble pas être la raison première puisque le légiste ne constate jamais aucun viol sur les victimes. Rapidement jugé de très orgueilleux, l'assassin prévient le Commissaire Maigret chaque fois qu'il vient de commettre un meurtre. C'est alors qu'intervient Louise (Jeanne Desailly), laquelle émet l'hypothèse selon laquelle le tueur prend de l'assurance au fil des meurtres. Ce qui donne à son mari l'idée de tendre un piège à ce dernier en faisant croire que le coupable vient d'être arrêté... Un concept pas inintéressant mais qui ne donnera pas vraiment ses fruits. Car l'intérêt de Maigret tend un piège est ailleurs. Dans la psychologie du meurtrier, décrite au fil d'un interrogatoire passionnant lors duquel Jules Maigret tend le véritable piège du titre. Celui qui mènera finalement le coupable à avouer indirectement ses meurtres. Cependant, et comme cela arrive parfois chez Georges Simenon et notamment chez celui qui demeure sans conteste le plus célèbre personnage créé par l'écrivain, rien n'est jamais aussi simple ni définitivement acquis... À travers un récit qui mêle amour, adultère, déviance sexuelle et crimes en séries, Jean Delannoy filme un Paris en noir et blanc, nocturne et relativement sombre. Tourné dans le Marais contrairement au roman qui situait l'action à Montmartre, Maigret tend un piège est donc bien une brillante variation sur le thème de Jack l’Éventreur. La scène d'action rappelant bien évidemment le caractère lugubre du quartier de Whitechapel où le célèbre tueur en série britannique commis cinq abominables crimes à la fin du dix-neuvième siècle...

 

samedi 1 février 2025

La corde raide de Jean-Charles Dudrumet (1960) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

La corde raide de Jean-Charles Dudrumet (à ne pas confondre avec le long-métrage américain éponyme réalisé en 1984 par Richard Tuggle et principalement interprété par Clint Eastwood et Geneviève Bujold) mêle thriller et drame et oppose l'actrice Annie Girardot à François Perrier. L'acteur incarne le rôle de Daniel Lambert, directeur d'une entreprise d'import-export pour lequel son épouse Cora ne ressent plus grand chose d'autre que du mépris. Amante du garagiste Henri Simon (l'acteur Gérard Buhr), elle est interprétée par la séduisante Annie Girardot. Cora Lambert... un patronyme qu'elle endossera de nouveau bien des années plus tard en incarnant le rôle d'Emma Lambert dans la série d'été à succès Orages d'été en 1989 et sa séquelle Orages d'été, avis de tempête l'année suivante. Une femme très proche des siens, très éloignée de celle que l'on retrouve justement dans la corde raide. N'interprétant pas une épouse profondément mauvaise (on peut comprendre qu'elle se détache de son mari, un individu cynique et antipathique) mais infidèle, le film s'attarde sur une machination consistant à se débarrasser de l'époux afin de pouvoir vivre librement avec son garagiste d'amant. Durant sa carrière de réalisateur, Jean-Charles Dudrumet n'a mis en scène qu'une poignée de longs-métrages avant de se tourner vers le petit écran. Écrite par le réalisateur lui-même ainsi que par le scénariste, éditeur et journaliste Roland Laudenbach, cette adaptation du roman La veuve de l'écrivain Michel Lebrun possède un fort potentiel qui malheureusement et assez peu visible à l'écran. Si le réalisateur tente d'instaurer un certain climat retranscrit à travers de ponctuels orages ou des gros plans sur le visage d'Annie Girardot éclairant principalement son incroyable regard, le résultat est relativement décevant...


En effet, alors que l'on imagine ce qu'aurait pu être Le corde raide si la réalisation avait été confiée à un réalisateur de la trempe d'un Henri-Georges Clouzot (L'assassin habite au 21 en 1942, Le corbeau l'année suivante ou Les diaboliques en 1955), la mise en scène de Jean-Charles Dudrumet s'avère plutôt mollassonne. Intrigue classique à base de machination visant l'élimination d'un époux gênant, le film se traîne sur la longueur. Si Annie Girardot sait jouer de ses charmes et si François Périer sait se montrer parfois cruel dans ses propos, le film ne se révèle être au fond qu'un petit thriller dramatique sans trop d'envergure. Ce qui ne l'empêche pas de traiter parfois de l'obsession maladive de la jalousie avec un certain panache. En effet, le riche directeur de l'entreprise d’import-export s'attache les services d'un détective (l'acteur Pierre-Jacques Moncorbier dans le rôle de ce dernier) qui le renseigne régulièrement sur les agissements de son épouse. Si la mise en scène est quelque peu ratée en l'absence de rebondissements réellement convaincants, l'interprétation des principaux protagonistes s'avère, elle, plutôt persuasive. Tourné en noir et blanc et s'étalant sur une durée relativement courte, La corde raide s'octroie un twist final qui aurait pu être efficace si seulement l'on ne le voyait pas arriver à des kilomètres à la ronde. On regardera donc avant tout le long-métrage de Jean-Charles Dudrumet pour la présence lumineuse d'Annie Girardot et celle, un peu plus austère de François Périer. On pourra sans doute aussi s'amuser de l'attitude finale et particulièrement lâche de l'amant une fois découvert par le mari le pot aux roses. Mais ces quelques aspects du film ne suffisent malheureusement pas à en faire un classique du genre...

 

lundi 2 décembre 2024

Adieu blaireau de Bob Decout (1985) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Un an sépare les sorties des Fauves de Jean-Louis Daniel et de Adieu Blaireau de Bob Decout. L'occasion hier soir d'un double programme consacré à l'un des acteurs français les plus habités de sa génération. Deux œuvres suintantes. Deux polars moites portées par un Philippe Léotard déjà sous perfusion d'alcool. Marinant dans son jus, le frère de l'ancien Ministres des Armées de France François Léotard incarne notamment dans Adieu Blaireau, le rôle de Fred. Un acteur de théâtre sans le sou, interdit des cercles de jeux qui doit une forte somme d'argent à un certain ''Professeur'' qu'incarne de son côté Yves Rénier. Séparé de Brigitte (Juliette Binoche) qu'il surnomme B.B et dont il est pourtant toujours fou amoureux, Poupée (Amidou) lui offre l'occasion de se refaire la main en lui proposant de tuer un homme contre rémunération. Fred accepte. Entre-temps, il fait la connaissance de Colette (Annie Girardot), une cinquantenaire qui vient de passer les cinq dernières années en prison. Dès leur deuxième rencontre dans un bar bruyant, ils nouent une relation qui va s'avérer éphémère... Pour son premier des deux seuls longs-métrages qu'il aura réalisé durant sa carrière (le second, Les gens honnêtes vivent en France, ayant vu le jour vingt ans plus tard en 2005), Bob Decout signe une œuvre franchement déstabilisante. Pour des raisons qui peuvent davantage échapper au camp des pour qu'à celui des contre, Adieu Blaireau a le dur labeur de devoir endosser une réputation peu flatteuse de mauvais polar. Il faut dire que son écriture est parfois confuse et que la soliloquie de Philippe Léotard dont la voix semble de plus en plus usée par l'abus d'alcool n'arrange rien. Une formulation des dialogues qui n'a pourtant rien à envier à l'univers particulièrement barré de certains films signés du franco-polonais Andrzej Żuławski (L'amour braque et ses flatuosités verbales pouvant être un véritable frein à la compréhension du récit). Il est vrai que Adieu Blaireau est parfois difficile à suivre. Au point de laisser certains spectateurs sur le bord de la route. Ce mélange de brigands dont on finit par ne plus comprendre qui fait partie de quelle organisation criminelle termine d'asseoir l’œuvre de Bob Decout comme l'un des archétypes du thriller français glauque des années quatre-vingt.


Mais surtout, Adieu Blaireau, en mettant tout d'abord en scène Philippe Léotard dans la peau du principal personnage, lui rend directement hommage en traitant le sujet à travers certaines habitudes ou certaines passions qu'il avait contractées comme en témoigna son frère François dans son livre A mon frère qui n'est pas mort en 2003. Acteur, tout comme le personnage de Fred, Philippe Léotard et son personnage semblent effectivement partager leur amour pour les femmes ou pour l'alcool, le réalisateur plongeant son protagoniste dans la nuit. Univers noctambule qu’appréciait également l'acteur... Si la présence d'Annie Girardot peut s'avérer relativement étonnante dans ce polar parfois exagérément étouffant, il est arrivé que l'actrice elle-même ose poser le pied dans des œuvres plutôt sombres. Comme en témoigna notamment l'année précédente Liste noire d'Alain Bonnot dans lequel elle incarnait Jeanne Dufour, la mère d'une adolescente décédée lors du braquage d'une banque qui n'était alors plus intéressée que par une seule chose : venger la mort de sa fille. Bien qu'elle incarne dans Adieu Blaireau le personnage de Colette, une ancienne taularde qui n'a donc pas connu l'amour depuis ces cinq dernières années, les quelques trop rares séquences qui l'unissent à Philippe Léotard sont un véritable vent d'espoir et théoriquement un nouveau souffle pour le personnage de Fred. Mais aussi pour les spectateurs qui découvrent enfin dans ce brouillard qui colle littéralement à la peau des personnages et du public, de quoi changer d'air. Car le couple que les deux acteurs forment ici est vraiment touchant. Même si une fois encore certains dialogues sont difficiles à déchiffrer. Mais cet espoir qui naît entre ces deux êtres déchirés ne va, bien évidemment et malheureusement, pas faire long-feu. Bob Decout insistant sur le côté nihiliste de cette histoire écrite par ses soins, on devine que leur ''romance'' va tourner court. Notons la présence à l'image de Jacques Penot dans le rôle de Gégé, le meilleur ami de Fred ou de la toute jeune Juliette Binoche qui n'avait débuté sa carrière que deux ans auparavant et qui dans Adieu Blaireau incarne le rôle de Brigitte. Bref, difficile de se faire une opinion franche et définitive sur cet étrange polar, bancal, moite, totalement imprégné de la présence de Philippe Léotard. Une œuvre qui en laissera sans doute une bonne partie indifférent et d'autres, comme moi, séduits par cet univers carrément désenchanté dans lequel Philippe Léotard trouve admirablement sa place...

 

vendredi 1 septembre 2023

Il n'y a pas de fumée sans feu d'André Cayatte (1973) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

L'expression ''Il n'y a pas de fumée sans feu'' sert à merveille le récit de ce long-métrage signé en 1973 par le réalisateur et scénariste français André Cayatte tout en étant contraire aux événements qui y sont relatés. Celle-ci veut que des rumeurs naissent à partir d'un fond de vérité. Pourtant, connaissant l'histoire telle que l'auteur de Il n'y a pas de fumée sans feu la décrite, le spectateur étant le témoin privilégié des événements qui s'y déroulent est le seul à savoir qu'elle n'a, en réalité, pas sa place ici. C'est pourtant ainsi que certains ''observateurs'' loin d'imaginer la machination dont vont être les victimes un médecin généraliste et son épouse, exprimeront leur mécontentement vis à vis de ce couple pourtant irréprochable. Tout commence avec le meurtre d'un jeune colleur d'affiches. Le film débute de la même manière ou presque que l'excellent film que réalisa Pierre-Granier Deferre en 1975, Adieu poulet avec dans les rôles principaux, Lino Ventura, Patrick Dewaere et Victor Lanoux. Si Il n'y a pas de fumée sans feu adapte en partie l'Affaire Marković qui eut lieu à partir du 1er octobre 1968, le fait-divers qui rattache non seulement l’œuvre d'André Cayatte mais aussi celle de Pierre-Granier Deferre est celui qui se déroula en 1971, année durant laquelle lors d'une campagne municipale, un colleur d'affiches socialiste fut tué par arme à feu par des partisans du maire Charles Ceccaldi-Raynaud. Même si l'issue du long-métrage est différente des événements qui se déroulèrent par la suite, il est clair qu'à travers ce film le réalisateur et le scénariste Pierre Dumayet ont choisi de montrer certains aspects de la politique dont certains de ses représentants usent de tous les moyens mis à leur disposition pour arriver à leurs fins. Dans le cas de Il n'y a pas de fumée sans feu, l'impossibilité pour l'adjoint au maire sortant, Morlaix (excellent Michel Bouquet, comme à son habitude), de démontrer que le nouveau candidat aux futures élections (Bernard Fresson dans le rôle du Docteur Peyrac) a des squelettes dans un placard va le contraindre à user de méthodes peu recommandables.


Si Peyrac, avec l'appui d'une partie de la population, est bien décidé à se présenter aux futures élections et ainsi contrer le maire Boussard (André Falcon), c'est parce que tout comme son entourage, il veut combattre celui qu'il considère en partie responsable de la mort du colleur d'affiches. Ainsi que celle d'un autre homme qui fut témoin de son assassinat ! Peyrac étant irréprochable et estimé des habitants de la ville, Morlaix va se servir de Sylvie, l'épouse du docteur, et de ses fréquentations auprès d'Olga et Jérôme Leroy (Mireille Darc et Marc Michel), un couple de libertins qui organise chez lui des partouzes auxquelles n'a pourtant jamais participé Sylvie. Abritant sous leur toit le photographe Ulrich Berl (Mathieu Carrière), lequel a pour habitude de photographier les ébats sexuels des convives, Morlaix parvient à convaincre ce dernier de truquer l'une d'entre elles et d'y apposer le visage de Sylvie afin de les faire chanter, elle et son époux et ainsi contraindre Peyrac à retirer sa candidature... Sur près de deux heures, André Cayatte signe une œuvre sans concession où le doute plane au dessus de la tête de Sylvie, admirablement interprétée par Annie Girardot qui tournera un certain nombre de longs-métrages aux côtés du réalisateur. À ses côtés, Bernard Fresson ne dépareille pas dans cette sobriété qui caractérise son interprétation tandis que le spectateur est lui, seul ou presque à connaître la vérité. Si la tension est réelle pour les différents protagonistes, elle l'est également pour celui qui assiste derrière son écran de télévision à ce spectacle affligeant de politiciens près à détruire l'existence d'un homme et d'une femme (sans oublier leur fils qu'interprète le jeune Frédéric Simon). Bien que le thème sulfureux des parties fines organisées par des nantis figure en toile de fond, André Cayatte n'en n'use qu'avec parcimonie pour se concentrer sur l'essentiel : le combat d'un homme et de sa femme pour que la vérité éclate au grand jour. La mise en scène d'André Cayatte est sobre mais incisive et servie par une interprétation générale absolument remarquable. Une œuvre réaliste qui fait froid dans le dos...

 

samedi 27 novembre 2021

Dillinger è morto (Dillinger est mort) de Marco Ferreri (1969)

 


 

Le réalisateur italien Marco Ferreri a déjà atteint les quarante ans et a déjà derrière lui huit longs-métrages (si l'on ne tient pas compte de ses diverses participations à des films à sketchs) lorsque sort Dillinger è morto (Dillinger est mort). Dans la série des OFNIs, celui-ci en tient une sacrée couche. L'évocation du gangster américain John Dillinger ne dépassant pas le strict cadre des médias télévisuels et de la presse papier (le personnage principal interprété par Michel Piccoli découvrant dans l'un des meubles de sa cuisine un revolver protégé par la double page d'un quotidien annonçant la mort du truand), le film tourne autour de Glauco, un dessinateur industriel qui participe à l'élaboration de masques à gaz ! Marié à Sabine dans le rôle (et sous les draps) de laquelle se glisse l'actrice italo-allemande Anita Pallenberg, notre bonhomme côtoiera également Annie Girardot dans le rôle de la domestique, Ginette. Dillinger è morto participe de l'élaboration d'un mythe. Celui de son auteur qui une poignée d'années plus tard fera scandale avec La grande bouffe et ses quatre amis se suicidant en mangeant ou La dernière femme dans lequel Gérard Depardieu finira par se couper le sexe à l'aide d'un couteau électrique ! Pourtant, dans ce neuvième long-métrage, pas la moindre trace de provocation. Il intègre pour la première fois dans un casting l'acteur Michel Piccoli mais pour la seconde fois Annie Girardot après l'excellent La donna scimmia (Le mari de la femme à barbe) tourné cinq ans auparavant...


Mieux vaut se garder de visionner Dillinger è morto un jour de grande fatigue car alors l'assoupissement devrait logiquement emporter toutes celles et ceux qui n'auront pas suffisamment dormi la veille. Il faut dire que le grand, l'immense Marco Ferreri se fiche un peu de notre gueule. Car en effet, monsieur semble se complaire en produisant ici le minimum syndical et en laissant faire son principal interprète en n'intervenant surtout pas lors du tournage. D'où cette absence d'ellipse ou de réel montage, ce qui donne lieu à une œuvre toute entière consacrée à la cuisine et au nettoyage d'une arme. Et rien de plus ! Allez donc savoir quel message a voulu nous transmettre le réalisateur italien à travers un film qui ne raconte rien de vraiment fondamental dans l'existence d'un homme. Un long-métrage qui ne raconte rien, ET qui n'explique pas davantage où se situe l'intérêt d'y voir Michel Piccoli cuisiner et ainsi ajouter ici un condiment, là un peu d'huile d'olive. S'il faut se contraindre à apporter sa propre explication à ce monument du vide, pourquoi pas. Allez, je me lance. Je n'irai pas jusqu'à évoquer les allégories que d'autres purent cerner de leur côté au moment de découvrir Dillinger è morto. Heureusement, il ne m'aura pas fallut longtemps pour ''comprendre'' peut-être l'objet principal de cette œuvre, il faut le dire, dénuée de toute tension, de rythme et, oserais-je l'affirmer, d'intérêt. Car si une explication semble apparaître comme la plus pertinente, c'est sans aucun doute cette vision d'abandon du couple qu'offre l'épouse du héros, cloîtrée dans son lit (malade ? Épuisée?), incapable de nourrir son homme de retour au bercail autrement qu'à travers les plats peu appétissants préparés par Ginette, leur employée de maison. Se profile alors peut-être à l'horizon, une solution des plus radicale...


D'où cette idée quelque peu saugrenue de se débarrasser de l'épouse gênante afin de recouvrer la liberté. S'explique peut-être alors le choix du cinéaste d'opter pour un certain minimalisme visible dans l'acte de cuisiner ou dans celui de dégripper une arme afin d'y renforcer peut-être le réalisme. Les pièces du puzzle semblent peu à peu reprendre leur place d'origine. Comme ces films en Super 8 que projette Glauco, souvenirs d'un passé heureux qui n'a plus lieu d'être mais dont la projection tient peut-être lieu de réflexion pour le personnage qui se demande sans doute s'il doit passer à l'acte ou bien ranger l'arme où il l'a trouvée. Marco Ferrero semble traiter son sujet avec un certain dédain. Sans direction d'acteurs ou de réelle mise en scène. Un film où le découpage se résume à très peu de chose (nous n'assistons pas non plus à un long plan-séquence de quatre-vingt quinze minutes) et qui peut épuiser à force de contraindre le spectateur à se poser des questions quant aux images qu'il est en train de découvrir. Tiens ! Me vient une idée en tête : et si le réalisateur italien avait tout simplement rêvé d'un Dogme95 en y posant les toutes première fondations vingt-six ans avant même que les réalisateurs danois Lars von Trier et de Thomas Vinterberg n'en aient eu ne serait-ce que l'embryon d'une idée ? Visionnaire Marco Ferreri ? Pas sûr car les films comme Dillinger è morto ne courent (mal)heureusement pas les rues. Aussi étonnant qu'ennuyeux pour ma part...

 

lundi 12 août 2019

Le Mari de la Femme à Barbe de Marco ferreri (1964) - ★★★★★★★★★☆



Antonio flaire un coup fumant lorsque lors d'une projection cinématographique, il tombe nez à nez avec Maria, jeune femme timide lui tournant le dos et n'osant pas se montrer. Et pour cause : son visage et son corps son entièrement recouverts de poils. Pour Antonio, il ne fait aucun doute que la jeune femme pourrait lui rapporter de l'argent s'il l'exhibe. C'est ainsi qu'il la libère avec de belles paroles des contraintes de l'enfermement dans l’hôpital dans lequel des nonnes l'ont gracieusement recueillie. N'avouant pourtant pas à la jeune femme ses véritables intentions, Maria va d'abord servir de viande fraîche aux curieux de tous poils (sans mauvais jeu de mots) avant de prendre sa revanche sur Antonio ainsi que sur la vie...

En dépit de ses gesticulations, de sa verve bouffonne, le personnage qu'interprète l'acteur italien Ugo Tognazzi n'est pas des plus attachant. On aurait même tendance à le décrire comme repoussant, abjecte, opportuniste, bref, une assez mauvaise personne. Face à une Annie Girardot grimée en femme à barbe qu'il exploite et dont la silhouette élancée est entièrement recouverte de poils. Un singe, une guenon, un phénomène de foire, humilié, exploité, allant jusqu'à déclencher parfois les pulsions primaires d'un pseudo professeur davantage réceptif à sa virginité avérée plutôt qu'à la résolution de son problème connu désormais sous le nom d'hypertrichose. Le Mari de la Femme à Barbe permet à Marco Ferreri, à travers ce portrait de couple étonnant, d'étudier les rapports entre hommes et femmes. Ici, Antonio est seul maître à bord. En sauveur, il épargne à Maria une vie d'enfermement tout en lui proposant une alternative proche de ce qu'elle a vécu et nanti de difficultés auxquelles elle avait jusqu'ici réussi à échapper : le regard de l'autre. Ou des autres puisque rendue publique, elle est exhibée telle un monstre de foire, mal aimée par un homme qui se dit son protecteur mais qui ne voit en elle qu'une manne financière.
Marco ferreri décrit de plus avec beaucoup de justesse l'émancipation d'une femme qui au contact de 'son homme' va peu à peu prendre confiance en elle. Au point d'avoir des choses à dire et des points de vue à imposer. Ugo Tognazzi, du moins son personnage, perd le contrôle des affaires, Annie Girardot gagnant du terrain, grignotant des miettes jusqu'à obtenir enfin ce qu'elle désire le plus au monde : son statut de femme véritable.
Et Marco Ferreri de rendre grâce à la beauté d'Annie Girardot en lui restituant sa féminité, elle qui aura subit un enlaidissement total durant la quasi-totalité d'un film mettant en lumière la différence et son exploitation par un individu malintentionné. Un homme forcé d'accepter le changement non pas par volonté mais par dépit. Et quel plus beau cadeau alors que d'accorder à Maria tout ce à quoi veulent prétendre les femmes : avoir un enfant. Une Maria dont la grossesse aura d'ailleurs de miraculeux effets sur sa pilosité. Retour à la normale pour Antonio forcé de travailler comme ouvrier, offrant ainsi à son couple une vie normale. Tout va bien, dans le meilleur des mondes. Du moins, pour cette fois, d'autres n'ayant pas eu autant de chance (Elephant Man de David Lynch).

Davantage encore que la simple exposition d'une 'monstruosité' à peine concevable encore de nos jours, Le Mari de la Femme à Barbe est une merveille de grâce qui derrière ses allures d’œuvre provocante cache une sensibilité profonde accordée par une Annie Girardot en état de grâce. Un long-métrage qui, paraît-il, fut assez mal accueilli au festival de Cannes en 1964 ! Marco ferreri signe ici un chef-d’œuvre et s'offre deux magnifiques interprètes...

samedi 17 novembre 2018

T'aime de Patrick Sébastien (1999) - ★★★★★★★☆☆☆



Le voici donc, l'unique long-métrage de l'animateur, humoriste, chanteur et imitateur Patrick Sébastien sur lequel tant d'internautes, de spectateurs et de critique ont déversé leur bile. Sans doute, parmi eux, l'on en trouve qui ne l'ont même pas vu, prenant surtout plaisir à gerber sur l’œuvre de Patrick Sébastien avec un minimum de pudeur mais avec un luxe de cruauté. Cela faisait des années que je rêvais de le revoir. Oui, vous avez bien lu : RE-voir.... Lorsque l'on regarde pour la seconde fois un long-métrage, même bien des années après la première projection, ça veut forcément dire quelque chose. Que l'objet en question n'est pas si mauvais que certains le prétendent. De toute manière, qu'on le considère réussi ou bien mauvais, T'Aime subit les mêmes foudres que n'importe quel film ayant été réalisé depuis les débuts du cinéma. Ou plutôt, depuis que les critiques existent. Mais avec un regain de haine qu'il demeure toujours aussi peu évident à s'expliquer. A moins qu'il ne s'agisse de ce même ressentiment qui anime certains hommes et certaines femmes qui ont décidé depuis maintenant plus de trente ans de faire de Patrick Sébastien leur souffre-douleur.

T'Aime mérite-t-il de se prendre autant d'insultes qu'il existe de mots pour les exprimer? Certainement pas, non. Et son auteur, encore moins. La démarche étant sans doute la même que celle qui fut la sienne lorsqu'il intervint onze ans plus tard sur le plateau de On n'est pas Couché, l'émission de Laurent Ruquier, en prononçant cette phrase : « Ça fait dix minutes que vous parlez et vous n'avez pas dit une seule fois le mot 'amour' », Patrick Sébastien n'a sans doute pas gagné des voix du côté de ses détracteurs. Mais dans quel monde tu vis Patrick ? Les valeurs que tu prônes, si belles et naïves soient-elles, ne sont pas une monnaie d'échange valide dans cette cage dorée que sont les médias. Conserve ton opinion pour toi seul même si certains la partagent, et tu vivras mieux.
Maintenant que cela fait dix-neuf ans qu'on a injustement massacré son œuvre, Patrick Sébastien ne se cache désormais plus derrière la caméra. Tout juste ose-t-il, pour le plus grand plaisir de ses admirateurs, se montrer dans quelques longs-métrages au demeurant forts réussis (Monsieur Max et la Rumeur, L'Affaire de Maître Lefort, Une chance sur Six, tous les trois réalisés par Jacques Malaterre). Quant à sa carrière de réalisateur, elle semble définitivement compromise. C'est dommage, d'autant plus qu'en matière de scénarii, Patrick Sébastien a également fait ses preuves.

Mais revenons sur l'objet du délit qui contrairement à ce que certains incultes ont osé affirmer, ne mérite pas le même sort que les affligeants Le Jour et la Nuit de Bernard Henri Levy, Brillantissime de Michèle Laroque (la pauvre) ou Mme Mills, une Voisine si Parfaite de Sophie Marceau qui, pour le coup sont d'horribles gâchis. D'ailleurs, aux propos que certains ont tenus, nous pourrions les contraindre de changer d'avis s'ils avaient seulement vu le dixième des navets que les vrais cinéphages que nous sommes ont sans doute visionné durant l'exercice de leur passion. T'Aime est donc le seul et unique long-métrage réalisé par Patrick Sébastien. Dans l'hexagone, le film est un bide lors de sa sortie fin avril 2000. Après un tournage de deux mois entre septembre et octobre 1999, le film n'attire finalement qu'un peu plus de 28 300 spectateur. Ce qui, au prix d'une place de ciné ne rembourse par le budget initial de 20 000 000 de francs (3 140 000 euros). Unanimes, les critiques s'empressent de juger T'Aime de naïf, mièvre, grotesque, simpliste, infantile, stéréotypé, ou encore, pathétique. Des termes qui forcément, n'ont pas motivé les foules à se déplacer dans les salles et qui alors préférèrent sans doute rester devant leur petit poste de télévision à regarder cette semaine là l'émission de Julie Snyder (qui ça?), Vendredi, c'est Julie.

L’œuvre de Patrick Sébastien nous conte l'histoire d'un simple d'esprit prénommé Zef qui un jour viole la jeune Marie. Incapable de différencier le bien du mal, le jeune homme de vingt ans est enfermé dans un institut psychiatrique où il reste prostré et mutique. Le docteur Hugues, en charge de guérir Marie du traumatisme qu'elle a subit, tente une méthode innovante en confrontant alors la victime à son « innocent » bourreau... Jusqu'ici tout va bien. L'idée développée par Patrick Sébastien est plutôt encourageante. Mais alors... qu'est-ce qui a bien pu pousser la critique et le public à rejeter T'Aime en masse ? Naïf, son film l'est indéniablement. Mais parce que le film est ainsi fait que si l'existence n'était pas aussi abrupte, et si elle n'était que naïveté, ce mot n'existerait même pas. Patrick Sébastien, l'homme de télévision que l'on jugeait de vulgaire fut un temps, n'aurait-il pas le droit d'exprimer simplement ses sentiments à travers une œuvre qui au delà d'une certaine puérilité se révèle être en réalité un message d'espoir et d'amour ? Un peu vain, certes, mais j'en suis certain, profondément sincère. Tout comme ce personnage qu'il incarne. Un poète, idéaliste et optimiste qui, comme le souligne le titre du film qui n'est pas que le seul hommage rendu au personnage de Zef, prône l'amour comme unique traitement capable de sortir le jeune homme et la délicieuse Marie de leur torpeur. Dommage que derrière l'écriture et la mise en scène de Patrick Sébastien certains n'aient rien vu d'autre que de la vacuité. Jean-François Balmer, Annie Girardot, Michel Duchaussoy, Miriam Boyer, Jean-François Derec, ou bien deux des principaux interprètes, Samuel Dupuy et Marie Denarnaud ont fait confiance à Patrick Sébastien et lui ont confié leur talent. Alors pourquoi pas nous ? Pourquoi ne pas se laisser glisser, se laisser happer par une histoire toute simple, mais belle et généreuse ? Signé par un autre, T'Aime aurait sans doute connu un sort plus enviable. En réalité, le film est loin d'être cette chose que les critiques d'un jour s'amusèrent à noter ironiquement de plusieurs étoiles avant de se foutre de sa gueule. Pourtant, il serait indécent de n'y voir que des bons côtés. Indécent, et passionné (partial?). Car oui, T'Aime est miné par quelques défauts qui forcent la comparaison avec tout ce qu'on a pu dire sur lui. Esthétiquement, l’œuvre de Patrick Sébastien a suivit la mauvaise voie en choisissant de le projeter sur grand écran alors qu'il aurait dû n'être destiné qu'au petit. Quant à la partition musicale, elle oscille entre comptines déviantes plutôt convaincantes et mélodies surannées parfois imbitables.

Tourné à Martel, petite commune du Sud-Ouest de la France où a élu domicile l'acteur-réalisateur scénariste, Patrick Sébastien s'offre un cadre magnifique et des interprètes de talent (Annie Girardot y est, à l'occasion, bouleversante). Un récit qui presque vingt ans après sa sortie continuera à émerveiller ceux qui l'ont aimé à l'époque, et que d'autres perpétueront à dénigrer. Choisissez votre camp...

mercredi 3 janvier 2018

Erotissimo de Gérard Pirès (1969)- ★★★★★★☆☆☆☆



Un an après la grande révolte de Mai 68 durant laquelle des grèves de grande ampleur et des manifestations ont eu lieu sort sur les écrans de cinéma français le premier long-métrage du cinéaste Gérard Pirès, Erotissimo. En vedette, la belle Annie Girardot, Jean Yanne, et Francis Blanche. En entame, les événements de Mai 68. Le film s'inscrit donc directement à l'issue des émeutes et propose une vision très moderne de l'émancipation de la femme à travers l'exploitation de son potentiel érotique par la presse et la publicité. Alors que Philippe (Jean Yanne) est contrôlé par l'inspecteur des finances Butor (Francis Blanche), ce riche PDG d'une entreprise spécialisée dans les accessoires pour bébés délaisse peu à peu son épouse (Annie Girardot), accaparé qu'il est par ce polyvalent qui va, dès lors, éplucher la totalité de ses comptes professionnels et personnels. Sur le ton de l'humour, Erotissimo décline le scénario écrit à six mains par Nicole de Buron, Gérard Pirès et Pierre Sisser sur un mode tout à fait étonnant. En roue libre, le long-métrage ressemble à un collage plus ou moins cohérent de scènes aux multiples aspirations. Du couple qui se délite sous le poids des responsabilités du président directeur général d'une entreprise, jusqu'au questionnement de son épouse qui se demande devant la distance prise par son mari si elle est encore à la hauteur.

Arrive alors à point nommé la réponse à ses turpitudes : la femme moderne se doit d'être sexy. Et même si dehors, certains haranguent les épouses délaissées et refusent l'image de ces femmes soumises au dictât du mâle et des médias, Annie va tout faire pour se reconquérir Philippe.Nouvelle coiffure, passage obligé chez l'esthéticienne, nouvelles robes. Le ravalement de façade une fois accompli, c'est avec désespoir qu'au retour de Philippe, Annie constate que rien n'a changé. Obsédé par le contrôle fiscal dont il est l'objet, le mari ignore sa femme. Aiguillée par une amie dont les avis sont plus ou moins avisés, Annie ne sait plus quoi faire pour attirer l'attention de Philippe. A moins qu'un amant...

Erotissimo, presque cinquante ans après sa sortie, continuera de demeurer un objet filmique non identifié. Ou presque puisque derrière un humour pas toujours immédiat, Gérard Pirès dresse le portrait d'un couple miné par les responsabilités de l'époux. La vie professionnelle prenant le dessus sur la vie privée, ça n'est certes pas nouveau, mais à revoir ce film datant de 1969, année très érotique sublimée en son temps par un certain Serge Gainsbourg qui apparaît justement à la sortie d'un cinéma porno, le style contemporain de l'époque paraît avoir bien vieilli. Les chemises à fleurs ont disparu. Du moins, celles à la mode en cette période très près-Woodstock, festival qui accueillera un demi million d'adeptes de musique folk et rock deux mois après la sortie du long-métrage de Gérard Pirès. Une œuvre contestataire qu'aurait pu finalement réaliser lui-même Jean Yanne, surtout qu'il réalisera lui-même quelques brûlots contestataires particulièrement jouissifs dont le scandaleux (pour l'époque), Tout le Monde il est Beau, Tout le Monde il est Gentil.
Erotissimo est aussi l'occasion aujourd'hui pour l'amateur, de retrouver des gueules bien connues du grand et du petit écrans : Rufus dans le rôle du comptable de Jean Yanne, l'acteur italien Venantino Venantini dans celui de (l'amant) Sylvio, les animateurs Jacques Martin et Fabrice, les chanteurs Nicole Croisille, Jacques Higelin et Serge Gainsbourg, donc, ou encore Daniel Prevost et jacques Balutin.

Le montage est parfois ultra-nerveux. Les situations sont souvent pittoresques. Annie Girardot est magnifique (le film est l'occasion de la voir porter une grande panoplie de robes), Jean Yanne toujours aussi savoureusement bougon, Francis Blanche délicieusement retors. Une œuvre sur le couple, ses déchirements (ici traités sur un ton beaucoup moins triste que n'aurait pu le laisser supposer le sujet), les médias, la société. Un long-métrage incongru, atypique, contemporain en son temps, mais aujourd'hui, quelque peu anachronique. A voir pour son originalité et ses interprètes...

jeudi 7 avril 2016

La Pianiste de Michael Haneke (2001)




Erika Kohut a le visage douloureux. Les hommes qui ont émaillé son existence semblent avoir été rares.et quand à sa sexualité, elle la trouve dans les divers peep-shows et cinémas pornos qu'elle fréquente et dans lesquels elle semble trouver un exutoire à ses penchants morbides. Car en effet, derrière le verni d'une honnête carrière de professeur de piano au conservatoire de Vienne, elle cultive un goût immodéré pour les rapports masochistes, s'infligeant des sévices corporels par plaisir lorsqu'elle s'enferme dans la salle de bain de l'appartement qu'elle partage avec sa mère vieillissante. Un jour, alors qu'elle donne un concert privé à un public restreint dans un appartement bourgeois, elle fait la connaissance de Walter qui semble en très peu de temps obnubilé par la jeune femme et qui dès lors va lui vouer une adoration totale allant jusqu'à participer à un examen de passage qui lui permettra d'avoir le privilège de suivre ses cours privés de piano. Un prétexte qui lui servira en réalité à se rapprocher d'elle et pouvoir lui avouer en toute discrétion ses sentiments. Enjoué et d'une politesse extrême, Walter use de nombreux subterfuges pour parvenir à ses fins et malgré ses efforts il ne trouve en face de lui que le visage froid et inexpressif d'Erika. 
 
Un jour pourtant, et à force de volonté, Walter entrevoit l'espoir d'atteindre le coeur d'Erika lorsque d'une voix pourtant froide et monocorde celle-ci lui promet de faire tout ce qu'il voudra à condition qu'il lise d'abord la lettre qu'elle vient de lui écrire. C'est enfermé dans la chambre de cette dernière que Walter ouvre l'enveloppe et lit son contenu. Choqué, il la lit alors à voix haute et devant celle qu'il aime la lettre qui révèle son penchant pour le masochisme et son désir de le voir la frapper. D'abord déconcerté, il sourit, avant de se lever et de quitter l'appartement écœuré.
Plus tard, pourtant, il reviendra frapper à la porte d'Erika. Visiblement saoul et psychologiquement perturbé, il se montrera très violent envers elle...

Ce sujet particulièrement sulfureux est un cadeau merveilleux offert à Isabelle Huppert par Michael Haneke. Il lui permet de donner lieu à l'une de ses plus incroyables performances d'actrice. Elle arrive à travers son seul visage à faire passer de nombreuses émotions. Émotions qui ne se cantonnent pas uniquement au regard froid qu'elle offre à l'objectif de la caméra durant une bonne moitié du long métrage, mais qui livrent à travers de fugitifs changements d'humeur, un sourire, des larmes, tous livrés dans la douleur. Car le talent d'Isabelle Huppert est de nous faire accepter ce personnage particulièrement antipathique pour être, plus loin, touchant et émouvant. Dans un premier temps on préférera sans doute fuir cette femme aux penchants déviants et au masque froid, habité par une torpeur tout à fait glaçante. La voir se libérer dans un semblant d'épanouissement est tout à fait émouvant. Benoit Magimel quand à lui est formidable dans son rôle de jeune homme amoureux de son professeur de musique. Il allie la spontanéité de sa jeunesse à la folie de cet amour auquel il ne résiste pas. Il ne faut surtout pas oublier l'immense Annie Girardot qui nous offre ici l'un de ses derniers rôles.

Le talent de Michael Haneke est de nous emporter là où on ne l'attend pas forcément. Alors qu'Erika semble retrouver un semblant d'humanité, c'est à ce moment très précis que Walter s'effondre, rendu presque fou par ce jeu morbide vers lequel il se laisse glisser afin de contenter celle qu'il aime. La musique quand à elle, composée de titres classique signés Schubert, Rachmaninov ou encore Chopin participent à l'imprégnation du spectateur pour ce sujet fort qui demeure longtemps dans la conscience du spectateur.


Il y a des films qui laissent un goût amer, un goût d'inachevé. Le film d'Haneke laisse une forte impression de solitude, de tristesse et d'incompréhension. A l'image de la dernière scène lors de laquelle Isabelle Huppert se retrouve seule. Un femme que l'on aimerait accompagner dans cet absolu abandon ressenti lorsque le générique de fin prends possession de l'image.
Le film se révèle être une œuvre puissante. Tour à tour pessimiste et optimiste avant d'être irrémédiablement fataliste. Michael Haneke n'aime pas les belles fins. Il préfère la vérité crue à la romance cliché. Un grand film. Un grand cinéaste. D'immenses interprètes...

dimanche 11 octobre 2015

Liste Noire de Alain Bonnot (1984)



Jacky, David et Nathalie braquent une banque tandis qu'une équipe entraînée coince un fourgon transportant des fonds à quelques rues de là. Le braquage de la banque n'était en fait qu'un leurre afin d'occuper la police. La mère de Nathalie est dépêchée sur les lieux afin de contraindre sa fille d'abandonner l'idée folle de braquer la banque. Mais comme Nathalie et s mère ne se parlent plus depuis des mois, la jeune fille n'en fait qu'à sa tête et suit les directives de Jacky, son petit ami et chef du trio. Les trois adolescents parviennent malgré tout à prendre la fuite avec à bord de leur voiture, un otage qu'ils libèrent un peu plus loin sur la route.

Jacky, très mécontent d'avoir été roulé par ceux qui ont monté le coup du fourgon est bien décidé à n'en pas rester là. Il se rend en compagnie de David et Nathalie dans la chambre d’hôtel de Tellier, l'homme qui les a mis sur le coup de la banque et le contraint à les emmener là où le reste de la banque a l'habitude de se rendre afin de récupérer ce qui lui est dû de l'argent du fourgon.

Malheureusement, rien ne se passe comme prévu. Jacky est tué et Nathalie blessée. Ce n'est que grâce à David que celle-ci parvient à prendre la fuite à bord d'un véhicule volé. Les deux jeunes gens prennent la fuite et filent tout droit vers le garage de Jeanne, la mère de Nathalie. Mais pour cette dernière, il est déjà trop tard : elle meurt dans les bras de sa mère qui dès lors, ne pense plus qu'à venger la mort de sa fille...


Alain Bonnot n'a réalisé en plus de trente ans que deux films pour le cinéma, ayant consacré le reste de sa carrière à la télévision. Liste Noire est un film d'action principalement interprété par la grande Annie Girardot. Un rôle étonnant pour cette actrice que l'on ne présente plus et qui a fait les beaux jours d'un certain cinéma populaire des années soixante-dix quatre-vingt. Une histoire de vengeance relativement classique qui ne brille pas par sa complexité mais qui reste au demeurant, plaisant à regarder.

Malgré la présence de quelques acteurs de talent, il n'y a guère qu'Annie Girardot pour parvenir à maintenir un semblant d'intérêt pour cette intrigue qui se veut une adaptation à la française de quelques classiques américains du genre. L'ombre du Justicier de New-York plane en effet sur cet objet curieux mais c'est en réalité à un autre film auquel on pense, lui, bien de chez nous, le Tir Groupé de Jean-Claude Messiaen.

On retiendra l'univers particulièrement morbide dans lequel baignent les personnages. Un Paris plus beaucoup sombre que celui des cartes postales. Faite de béton et de d'acier, la capitale n'a jamais parue aussi noire, transportant avec elle l'image d'une faune violente que ps même le soleil ne parvient à éclipser...

Liste Noire est donc un petit film qui vaut surtout pour la présence de la regrettée Annie Girardot...
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