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mercredi 6 décembre 2023

Fantasia chez les ploucs de Gérard Pirès (1971) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Avoir dans sa calebasse un casting pareil et nous servir en guise de plat principal un met dont les seules saveurs sont les noms des principaux interprètes, voilà de quoi froncer les sourcils, serrer les poings et les dents, l'écume aux lèvres et l’œil injecté de sang. Des acteurs interchangeables mais pas nécessairement au fait des choix les plus judicieux comme le démontre notamment cette pellicule bien trop déjantée pour être honnête. Gérard Pirès a bien le droit de faire du Yanne, du Lautner ou du Audiard mais encore doit-il entreprendre la chose avec un minimum de savoir-faire. Mireille Darc retrouve Lino Ventura cinq ans après Ne nous fâchons pas de Georges Lautner en 1966 et rencontre Jean Yanne un an avant Laisse aller... c'est une valse ! lui aussi réalisé par Georges Lautner mais cette fois-ci en 1971. Gérard Pirès réunit donc ces trois grands interprètes dans ce qui demeure encore à ce jour l'une des fantaisies cinématographiques hexagonales parmi les plus insupportables qui soient. Ici, ce ne sont pas les ruptures de ton qui fatiguent, épuisent, éreintent et grillent le cerveau mais ces constants changements de rythme et la nature même du récit qui terminent de convaincre que tout ici n'est qu'une manœuvre éhontée cherchant à cacher les innombrables faiblesses d'un script par une accumulation ininterrompue d'actes loufoques. Lesquels atteignent rarement, pour ne pas dire jamais, le niveau requis pour que le public s'esclaffe devant les pitreries de nos trois héros et des seconds rôles qui les accompagnent.


Comme quoi l'on peut aimer se fendre la poire devant un bon Audiard, un Veber ou un Blier-fils, se tordre de rire devant une friandise anglo-saxonne genre Mr Bean, Benny Hill et Les Monty Python ou bien même éclater de rire devant un bon vieux ZAZ tout en demeurant totalement indifférent devant l'affligeant spectacle de trois immenses interprètes s'adonnant à une sorte de gaudriole farfelue même pas digne de figurer dans le même classement que les pires œuvres des Charlots (que j'adore, au demeurant) ou de Philippe Clair (voir Le Führer en folie, c'est vivre les symptômes d'un arrêt vasculaire cérébral sans en être réellement victime). Et si vous trouvez que cette dernière phrase fut bien trop longue, c'est qu'en comparaison vous n'avez pas encore jeté un œil à cette indigeste folie signée de l'auteur de choses plutôt sympathiques comme L'Agression en 1974 ou L'Entourloupe en 1980 mais aussi de Taxi en 1998 et de Double Zéro en 2004. Bref, vous avez compris que le bonhomme est capable de produire du bon grain aussi bien que de l'ivraie. Des rednecks bien de chez nous (Ventura et Yanne), une strip-teaseuse à moitié nue (la délicieuse Mireille Darc), un gangster (l'acteur italien Nanni Loy dans le rôle de Dr. Severance), l'idiot du village Noé (Jacques Dufilho) ou deux flics complètement débiles incarnés par Georges Beller et Rufus. Un trafic d'alcool frelaté, un vol de diamants, des musiques psychédéliques et classiques, des cascades, des courses-poursuites, soit un melting-pot de tout et n'importe quoi pour une œuvre fourre-tout, lourdingue dans son approche mais aussi, au contraire, extrêmement légère lorsqu'il s'agit d'évoquer les dialogues. N'est pas Michel Audiard qui veut... Ah ! J'allais oublier : je ne sais plus où j'ai lu ça mais le film de Gérard Pirès aurait, paraît-il, été l'une des principales sources d'inspiration pour la série culte américaine Shérif, fais-moi peur (The Dukes of Hazzard) créée par Gy Waldron à la fin des années soixante-dix. Comme dirait Eric Zemmour : ''Ben voyons... !''

 

mercredi 22 mai 2019

L'Ordinateur des Pompes Funèbres de Gérard Pirès (1976) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Curieux film que cet Ordinateur des Pompes Funèbres avec un Jean-Louis Trintignant étonnant, atypique, passant d'une femme à l'autre. D'une épouse qu'il est bien décidé à éliminer, à une secrétaire-maîtresse un peu cruche, en passant par la femme dont un collègue aimerait bien se débarrasser. La vie d'un petit informaticien sans envergure qui à l'aide de son petit ordinateur portable de marque Hewlett-Packard modèle HP65 va entrer les coordonnées personnelles de sa femme (l'actrice italienne, Lea Massari qui l'année précédente fut la première victime du tueur fou de Peur sur la Ville de Henri Verneuil, avec Jean-Paul Belmondo), afin de trouver le moyen idéal de la tuer. Non seulement Gloria est insupportable, mais sa mort permettra à Fred de passer beaucoup plus de temps avec Charlotte, sa secrétaire (la sublime Mireille Darc). Invité par l'un de ses collègues (Bernard Fresson, dans le rôle de Delouette) à venir faire la connaissance de son épouse, Fred tombe sous le charme de Louise. Mais alors qu'il avait fait la promesse à Delouette de l'en débarrasser, c'est ce dernier qui va finalement faire les frais de l'invention de Fred. Décédé d'une crise cardiaque alors que l'informaticien l'avait confié aux bons soins de Charlotte, maintenant que Delouette n'est plus, Fred peut enfin retrouver Louise. Mais alors, que faire de Charlotte ? Les deux femmes connaissant la relation qu'elles entretiennent mutuellement avec Fred, elles s'accordent pour se le partager. Mais la routine s'installe...

Vous êtes perdus? Rassurez-vous, c'est pourtant simple à comprendre. Le casting de ce long-métrage signé Gérard Pirès auquel on doit notamment Fantasia chez les Ploucs en 1971, L'Entourloupe en 1980, Taxi en 1998 ou encore Double Zéro en 2004 (le lecteur constatera d'ailleurs la lente dégradation d'une filmographie glissant vers une pente dangereusement glissante..) est lui-même très étonnant. Outre Jean-Louis Trintignant, Lea Massari, Mireille Darc et Bernadette Lafont, on retrouve parmi les interprètes plus ou moins impliqués, Claude Piéplu (qui incarne le supérieur de Fred), Bernard Fresson (dans le rôle de Delouette), mais aussi quelques figurants, telle la regrettée Anémone qui nous a quitté récemment, ou encore Michel Blanc ainsi que Coluche.

Même si l'outil que met le réalisateur entre les mains de son héros (la calculatrice programmable à cartes magnétiques HP65, un modèle authentique) se révèle un détail pratiquement insignifiant de nos jours, à l'époque, il permet au long-métrage de revêtir un aspect visionnaire puisque de nos jours, les ordinateurs ont pris une place conséquentes dans la vie de tous les jours. Sauf qu'en la matière, et derrière ses allures de comédie pas toujours drôle malheureusement, L'Ordinateur des Pompes Funèbres prend des allures de dystopie vaguement cynique qui accuse son âge. Pas vraiment réputé pour son art de la mise en scène, Gérard Pirès adaptait là le roman Probability Factor de l'écrivain américain Walter Kempley qui sortit chez nous dans la collection Série noire de l'éditeur Gallimard en 1973 sous le même titre que le long-métrage du cinéaste français. Au final, le spectateur se retrouve devant un drôle d'objet filmique pourtant parfaitement identifiable. A ranger aux côtés d'un autre O.F.N.I sorti la même année en France: Le Graphique de Boscop de Sotha et Georges Dumoulin...

mercredi 3 janvier 2018

Erotissimo de Gérard Pirès (1969)- ★★★★★★☆☆☆☆



Un an après la grande révolte de Mai 68 durant laquelle des grèves de grande ampleur et des manifestations ont eu lieu sort sur les écrans de cinéma français le premier long-métrage du cinéaste Gérard Pirès, Erotissimo. En vedette, la belle Annie Girardot, Jean Yanne, et Francis Blanche. En entame, les événements de Mai 68. Le film s'inscrit donc directement à l'issue des émeutes et propose une vision très moderne de l'émancipation de la femme à travers l'exploitation de son potentiel érotique par la presse et la publicité. Alors que Philippe (Jean Yanne) est contrôlé par l'inspecteur des finances Butor (Francis Blanche), ce riche PDG d'une entreprise spécialisée dans les accessoires pour bébés délaisse peu à peu son épouse (Annie Girardot), accaparé qu'il est par ce polyvalent qui va, dès lors, éplucher la totalité de ses comptes professionnels et personnels. Sur le ton de l'humour, Erotissimo décline le scénario écrit à six mains par Nicole de Buron, Gérard Pirès et Pierre Sisser sur un mode tout à fait étonnant. En roue libre, le long-métrage ressemble à un collage plus ou moins cohérent de scènes aux multiples aspirations. Du couple qui se délite sous le poids des responsabilités du président directeur général d'une entreprise, jusqu'au questionnement de son épouse qui se demande devant la distance prise par son mari si elle est encore à la hauteur.

Arrive alors à point nommé la réponse à ses turpitudes : la femme moderne se doit d'être sexy. Et même si dehors, certains haranguent les épouses délaissées et refusent l'image de ces femmes soumises au dictât du mâle et des médias, Annie va tout faire pour se reconquérir Philippe.Nouvelle coiffure, passage obligé chez l'esthéticienne, nouvelles robes. Le ravalement de façade une fois accompli, c'est avec désespoir qu'au retour de Philippe, Annie constate que rien n'a changé. Obsédé par le contrôle fiscal dont il est l'objet, le mari ignore sa femme. Aiguillée par une amie dont les avis sont plus ou moins avisés, Annie ne sait plus quoi faire pour attirer l'attention de Philippe. A moins qu'un amant...

Erotissimo, presque cinquante ans après sa sortie, continuera de demeurer un objet filmique non identifié. Ou presque puisque derrière un humour pas toujours immédiat, Gérard Pirès dresse le portrait d'un couple miné par les responsabilités de l'époux. La vie professionnelle prenant le dessus sur la vie privée, ça n'est certes pas nouveau, mais à revoir ce film datant de 1969, année très érotique sublimée en son temps par un certain Serge Gainsbourg qui apparaît justement à la sortie d'un cinéma porno, le style contemporain de l'époque paraît avoir bien vieilli. Les chemises à fleurs ont disparu. Du moins, celles à la mode en cette période très près-Woodstock, festival qui accueillera un demi million d'adeptes de musique folk et rock deux mois après la sortie du long-métrage de Gérard Pirès. Une œuvre contestataire qu'aurait pu finalement réaliser lui-même Jean Yanne, surtout qu'il réalisera lui-même quelques brûlots contestataires particulièrement jouissifs dont le scandaleux (pour l'époque), Tout le Monde il est Beau, Tout le Monde il est Gentil.
Erotissimo est aussi l'occasion aujourd'hui pour l'amateur, de retrouver des gueules bien connues du grand et du petit écrans : Rufus dans le rôle du comptable de Jean Yanne, l'acteur italien Venantino Venantini dans celui de (l'amant) Sylvio, les animateurs Jacques Martin et Fabrice, les chanteurs Nicole Croisille, Jacques Higelin et Serge Gainsbourg, donc, ou encore Daniel Prevost et jacques Balutin.

Le montage est parfois ultra-nerveux. Les situations sont souvent pittoresques. Annie Girardot est magnifique (le film est l'occasion de la voir porter une grande panoplie de robes), Jean Yanne toujours aussi savoureusement bougon, Francis Blanche délicieusement retors. Une œuvre sur le couple, ses déchirements (ici traités sur un ton beaucoup moins triste que n'aurait pu le laisser supposer le sujet), les médias, la société. Un long-métrage incongru, atypique, contemporain en son temps, mais aujourd'hui, quelque peu anachronique. A voir pour son originalité et ses interprètes...

samedi 21 mai 2016

Double Zéro de Gérard Pirès (2003)



Alors que les russes ont dérobé un missile M51, la Direction générale de la Sécurité extérieure, ou DGSE, va se servir de deux pions afin de couvrir les agissements de deux véritables espions. Les pions en personnes sont Benoît Rivière et William le Sauvage. Ben et Will filent jusqu'en Jamaïque afin de mettre la main sur le fameux missile. Ils font là-bas connaissance avec le Mâle, un milliardaire excentrique secondé par une certaine Natty Dreads et par une légion de mannequins toutes vouées à sa causes. Car si le Mâle s'est emparé du M51, c'est principalement pour y introduire et disséminé sur la planète un virus concocté par les sœur Alexandrie et Alexandra, et provoquant la stérilité chez l'homme.

Afin d'être parés à toute éventualité, Ben et Will se rendent dans les locaux où sont fabriqués des gadgets par les soins des collaborateurs d'un dénommé Système D. A la Jamaïque, Will tombe amoureux de la belle Miss Dan qui malheureusement pour elle, va être enlevée par le Mâle. Pour Will, la mission prend donc davantage d'ampleur puisqu'il ne s'agit plus uniquement pour lui de retrouver le missile mais de libérer sa belle des griffes du Mâle. Aidé de son compagnon Ben, les deux hommes vont avoir fort à faire...


Surtout connu pour avoir été l'auteur du premier volet de la saga Taxi, le cinéaste Gérard Pirès profite à son tour lui aussi (après Charles Nemes trois ans plus tôt avec sa Tour Montparnasse Infernale) de l'engouement du public pour le duo de comiques Eric et Ramzy pour en faire les héros de son long-métrage Double Zéro. Une référence évidente aux films d'espionnage et remake du film américain de John Landis Drôles d'Espions avec avec Chevy Chase et Dan Aykroyd.

Aux côtés de Ramzy Bédia et Eric Judor dans le rôle de ces espions amateurs au Q.I finalement très proche de celui qu'avaient leurs personnages de laveurs de carreaux dans l’œuvre de Charles Nemes (Double Zéro aurait pu d'ailleurs s'envisager comme une suite de ce dernier), on retrouve l'animateur télé et radio, le réalisateur, producteur et scénariste, et l'auteur de pièces de théâtre Edouard Baer dans celui du Mâle. Un look kitch pour cet artiste profondément barré. Autour de lui, une tripotée de jolies femmes à la plastique irréprochable dont la mannequin et actrice jamaïcaine Georgianna Robertson dans le rôle de Natty Dreads.

Si Double Zéro est plus proche de la comédie franchouillarde, de la série Z ou du nanar que des classiques du genre Comédie, il risque bien d'être populaire auprès des fans d'Eric et Razmy tant l'on retrouve le côté absurde de ces deux personnages attachants. On n'en sortira sans doute pas plus intelligent et culturellement satisfaits qu'avant de l'avoir vu mais le contrat est rempli. Le rythme est enlevé et les gags (quoi que parfois très lourds) sont nombreux. Maintenant, fallait-il nécessairement investir un tel budget (19 000 000) dans une œuvre qui n'en méritait pas tant ? La question reste en suspens...
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