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dimanche 7 mars 2021

Le Jeu de la Vérité de Robert Hossein (1961) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Basé sur un scénario de Robert Hossein, Robert Chazal, Steve Passeur, Jean Serge et Louis Martin, Le Jeu de la Vérité est le septième long-métrage de Robert Hossein. Une œuvre qui s'inscrit dans la lignée des romans de l'écrivain britannique Agatha Christie, et notamment de ses Dix Petits Nègres. Un genre bien spécifique qui depuis quelques années connaît un regain d'intérêt puisque sont sortis dans les salles le remake du Crime de l'Orient-Express réalisé en 2017 par Kenneth Branagh ou À Couteaux Tirés de Rian Johnson deux ans plus tard. En France, l'acteur, réalisateur et scénariste Robert Hossein s'est donc intéressé au concept du Cluedo qui consiste à découvrir parmi un certain nombre d'individus, lequel à pu commettre un homicide. C'est donc en terrain connu que sont transportés les spectateurs amateurs d'énigmes, ici, pas vraiment policière puisque les autorités tarderont à surgir, laissant des hôtes et des convives se charger eux-même de découvrir le nom du responsable du meurtre de l'un d'entre eux. À savoir, un certain Portrant que seul l'excellent Paul Meurisse semblait pouvoir incarner. Un être cynique, quelque peu immonde dans sa façon d'agir et de penser. Que l'on n'invite pas mais qui s'impose. Dans le cas présent, c'est accompagné d'une jeune prostituée d'origine asiatique (une présence qui fera l'objet de remarques xénophobes et d'un certain rejet pour cette jolie jeune femme d'un milieu social jugé modeste) et d'une enveloppe dont le contenu restera longtemps mystérieux que Portrant débarque et commence à semer la zizanie parmi les invités de l'écrivain Jean-François Vérate (Jean Servais) et de son épouse Solange (Nadia Gray). Surtout lorsqu'est évoquée l'idée de jouer à un jeu dangereux : Le Jeu de la Vérité lors duquel, les uns posent des questions aux autres avec pour impératif de dire la vérité. Ce qui ne va pas apaiser les tensions des convives. Mais le jeu est subitement interrompu lorsque Portrant est découvert mort assis dans un fauteuil. L' homme semble apparemment avoir reçu une balle à l'arrière du crâne...


Le Jeu de la Vérité se mue très rapidement en un jeu de massacre dans lequel les bons mots fusent aussi rapidement qu'une balle de fusil. C'est d'ailleurs là que le film de Robert Hossein tire toute sa substantifique moelle. La qualité première d'une œuvre qui porte haute et fière, une couleur de langage que l'on ne retrouve plus guère aujourd'hui que dans de rares occasions. Ici, le cadrage et le montage participent de l'élaboration d'une mise en scène incroyable dans laquelle le moindre regard ou la moindre gestuelle constitue un élément de réponse fugace signifiant l'état d'esprit de tel ou tel personnage féminin ou masculin. Comme le veut la coutume dans ce genre de production, chaque personnage semble avoir un bon prétexte pour se retrouver suspecté du meurtre. Les scénaristes ajoutent à cette affaire déjà ''bien compliquée'' un élément mystérieux. La lettre que porte sur elle la victime avant de disparaître comme par enchantement. C'est alors que survient un nouveau personnage. Celui qu'interprète Robert Hossein. Un flic venu enquêter peu orthodoxe sur la mort de Portrant. Dès l'arrivée de ce nouveau personnage, le récit ''s'appauvrit'' quelque peu. Du moins, du point de vue des dialogues puisque après une première partie particulièrement vigoureuse lors de laquelle la dizaine d'interprètes s'en sont donnés à cœur joie lors d'une éblouissante joute verbale à laquelle la caméra participa brillamment, Le Jeu de la Vérité, s'il ne retombe pas comme un soufflet, prend une direction sensiblement différente en opposant le représentant de l'autorité à un groupe de suspects. Mais là encore, le film brille pour ses dialogues (déjà plus discrets) ainsi que pour son interprétation. Toujours celle de Robert Hossein, bien sûr. Mais également celles de Françoise Prévost, de George Rivière, de Jean-Louis Trintignant ou de Perrette Pradier. Mais bien que Le Jeu de la Vérité soit supérieur à nombre de longs-métrages reposant sur le même concept du point de vue des dialogues, le climax est lui, relativement décevant. En tout cas, beaucoup moins percutant que ne le laissait présager la ''bombe'' évoquée à maintes occasions. Reste que le film de Robert Hossein est une excellente surprise qui vaut bien ses homologues britanniques...

 

dimanche 28 juillet 2019

Happy End de Michael Haneke (2017) - ★★★★★★★★☆☆



Ceux qui voudraient se lancer pour la première fois dans l'univers froid, tortueux et austère du cinéaste autrichien Michael Haneke risquent d'être désabusés, du moins, déboussolés devant cet exercice de style dont le but premier ne semble pas tant de vouloir divertir son auditoire que de décrire la lente implosion du cercle familial à travers cette impossibilité de communiquer entre membres d'une même famille et l'individualisation contrainte et forcée de chacun motivée par l'utilisation des technologies les plus récentes. Ça n'est donc pas un hasard si le cinéaste ouvre les hostilités en observant une femme filmée à l'aide d'un téléphone mobile et agissant visiblement sur ordre de celui qui la filme. Rien que cette mise en forme annonciatrice de l'approche future de ce Happy End indéniablement ascétique et dénué de toute notion de divertissement, est en soit une idée absolument fabuleuse si Michael Haneke avait pour autant pris la décision de la pratiquer durant les cent minutes qui suivirent. Sauf que pour le confort du spectateur, ou plus simplement pour aborder son film sous un angle visuellement moins étriqué, l'image passe de ce cadre étroit à un format plus conventionnel. Ce qui ne sera pas le cas du récit qui de son ampleur dramatique formellement sinistre, ressemblerait presque à du cinéma d'auteur façon ''pièce de théâtre'' expérimentale.

Du moins est-ce la vision que pourrait avoir le néophyte puisque l'amateur qui découvrit il y a longtemps Michael Haneke notamment à travers sa trilogie de la ''Glaciation Émotionnelle'' ou ses quelques fulgurants et traumatisants longs-métrages que sont, par exemple, le Funny Games de 1997, La Pianiste ou Caché, risque lui, de vivre cette nouvelle expérience du domaine du cercle familial bourgeois se détruisant de l'intérieur, sans doute pas sans éprouver le moindre inconfort, mais au moins, dans un bien-être relatif. Si le récit paraît parfois insignifiant et sans âme, c'est dans le détail que percevra le spectateur chanceux ces éclairs de génie où réside tout l'intérêt du dernier long-métrage du cinéaste autrichien. Filmés de près, de loin, avec ou sans le soucis de rendre perceptibles les dialogues, Michael Haneke filme tour à tour les membres d'une famille aisée qui ne semble avoir de parfaite que l'apparence. À titre d'exemple, Michael Haneke insiste parfois sur la position prise par les domestiques d'origine maghrébine travaillant au service de la famille Laurent. Manière de courber l'échine, de demeurer immobile dans l'attente des ordres attendus de la mère de famille incarnée par Isabelle Huppert... difficile de ne pas se sentir coupable devant ce couple incarné par Nabiha Akkari et Hassan Ghancy, victimes de l'indifférence d'un patriarche incarné par un Jean-Louis Trintignant amaigri et que l'on sait atteint d'un cancer. Pour autant faut-il s'émouvoir devant ce personnage peu enclin à la sympathie qu'incarne cet immense acteur ? Devant lequel on s'abaisse à arborer le visage de l'hypocrisie ? Qui dessine le portrait d'un vieil homme se sachant malade et se croyant investi du droit de mépriser les gens qu'il juge médiocres ou inférieurs ?

Et que penser de l'acteur et danseur allemand Franz Rogowski qui incarne le fils Pierre, frondeur et opposé à la hiérarchisation des classes ? Michael Haneke n'est décidément pas prêt à déposer les armes et chaque personnage est une bombe en puissance que le cinéaste ne tente même pas de désamorcer. De plus, et même si cela n'est pas forcément visible, l'autrichien fait preuve d'un cynisme effroyable jusque dans le titre même de son dernier long-métrage. À moins qu'il ne faille voir dans cette conclusion en forme de cure euthanasique, sa manière à lui de régler les problèmes intestinaux qui minent de l'intérieur sa famille de bourgeois ? Pour son dernier long-métrage, Michael Haneke signe un nouvel uppercut qui ravira les fans et laissera sans doute encore circonspects les détracteurs de son style si particulier. À voir, absolument...

mercredi 22 mai 2019

L'Ordinateur des Pompes Funèbres de Gérard Pirès (1976) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Curieux film que cet Ordinateur des Pompes Funèbres avec un Jean-Louis Trintignant étonnant, atypique, passant d'une femme à l'autre. D'une épouse qu'il est bien décidé à éliminer, à une secrétaire-maîtresse un peu cruche, en passant par la femme dont un collègue aimerait bien se débarrasser. La vie d'un petit informaticien sans envergure qui à l'aide de son petit ordinateur portable de marque Hewlett-Packard modèle HP65 va entrer les coordonnées personnelles de sa femme (l'actrice italienne, Lea Massari qui l'année précédente fut la première victime du tueur fou de Peur sur la Ville de Henri Verneuil, avec Jean-Paul Belmondo), afin de trouver le moyen idéal de la tuer. Non seulement Gloria est insupportable, mais sa mort permettra à Fred de passer beaucoup plus de temps avec Charlotte, sa secrétaire (la sublime Mireille Darc). Invité par l'un de ses collègues (Bernard Fresson, dans le rôle de Delouette) à venir faire la connaissance de son épouse, Fred tombe sous le charme de Louise. Mais alors qu'il avait fait la promesse à Delouette de l'en débarrasser, c'est ce dernier qui va finalement faire les frais de l'invention de Fred. Décédé d'une crise cardiaque alors que l'informaticien l'avait confié aux bons soins de Charlotte, maintenant que Delouette n'est plus, Fred peut enfin retrouver Louise. Mais alors, que faire de Charlotte ? Les deux femmes connaissant la relation qu'elles entretiennent mutuellement avec Fred, elles s'accordent pour se le partager. Mais la routine s'installe...

Vous êtes perdus? Rassurez-vous, c'est pourtant simple à comprendre. Le casting de ce long-métrage signé Gérard Pirès auquel on doit notamment Fantasia chez les Ploucs en 1971, L'Entourloupe en 1980, Taxi en 1998 ou encore Double Zéro en 2004 (le lecteur constatera d'ailleurs la lente dégradation d'une filmographie glissant vers une pente dangereusement glissante..) est lui-même très étonnant. Outre Jean-Louis Trintignant, Lea Massari, Mireille Darc et Bernadette Lafont, on retrouve parmi les interprètes plus ou moins impliqués, Claude Piéplu (qui incarne le supérieur de Fred), Bernard Fresson (dans le rôle de Delouette), mais aussi quelques figurants, telle la regrettée Anémone qui nous a quitté récemment, ou encore Michel Blanc ainsi que Coluche.

Même si l'outil que met le réalisateur entre les mains de son héros (la calculatrice programmable à cartes magnétiques HP65, un modèle authentique) se révèle un détail pratiquement insignifiant de nos jours, à l'époque, il permet au long-métrage de revêtir un aspect visionnaire puisque de nos jours, les ordinateurs ont pris une place conséquentes dans la vie de tous les jours. Sauf qu'en la matière, et derrière ses allures de comédie pas toujours drôle malheureusement, L'Ordinateur des Pompes Funèbres prend des allures de dystopie vaguement cynique qui accuse son âge. Pas vraiment réputé pour son art de la mise en scène, Gérard Pirès adaptait là le roman Probability Factor de l'écrivain américain Walter Kempley qui sortit chez nous dans la collection Série noire de l'éditeur Gallimard en 1973 sous le même titre que le long-métrage du cinéaste français. Au final, le spectateur se retrouve devant un drôle d'objet filmique pourtant parfaitement identifiable. A ranger aux côtés d'un autre O.F.N.I sorti la même année en France: Le Graphique de Boscop de Sotha et Georges Dumoulin...

dimanche 27 janvier 2019

Tykho Moon d'Enki Bilal (1996) - ★★★★★★★☆☆☆



Alors que les extérieurs de Bunker Palace Hôtel rappelaient parfois un Belgrade décrépit, embrumé, sous les bombes, et dystopique, ceux de Tykho Moon semblent parfois se diriger tantôt vers une architecture, du moins une ambiance, moyenne-orientale, et tantôt vers un Paris reconstitué sur la Lune, celle-ci recouvrant intégralement la ville de ses cendres. Alors que dans le ciel, notre planète n'est plus désormais que modérément perceptible et qu'une étrange maladie laisse sa marque bleue sur l'épiderme de la population, Anikst débarque en ville et croise le chemin de Lena, jeune femme aux mœurs légères, et de Glenbarr, un reporter tout droit venu des États-Unis d'Amérique. Tandis que le frère jumeau du dictateur McBee est mort, que celui-ci est atteint du même mal étrange qui touche une grande partie de la population, et bien qu'un chirurgien lui confirme la possibilité de vivre éternellement grâce à une drôle de machine de sa conception, McBee ordonne que l'on mettre la main sur Tykho Moon, qui contrairement à ce que l'on imaginait, est toujours en vie, semble être de retour en ville, et surtout, est le donneur potentiel qui pourrait enrayer la maladie qui ronge McBee...

Julie Delpy, Michel Piccoli, Richard Bohringer, Johan Leysen, Marie Laforêt... mais aussi, une fois encore après Bunker Palace Hôtel, Jean-Louis Trintignant, Yann Colette, et Roger Dumas. Le cinéaste et dessinateur Enki Bilal poursuit son travail de création visionnaire et poétique à travers un second long-métrage tout autant énigmatique et déconcertant que le premier. Autant dire que ceux qui refoulèrent avec force conviction son œuvre précédente ne verront dans Tykho Moon, rien de mieux à se mettre sous la dent. Pourtant, Enki Bilal, encore une fois, frappe juste. Ne ménageant pas son public, il lui offre un récit alambiqué, pétri de dialogues autistes et de séquences remarquables (l'enterrement du jumeau sur fond de musique baroque, ou encore un Paris poussiéreux et monochrome). Il y a du Gaspar Noé avant l'heure (le travelling en contre-plongée rappelant en couleurs éteintes ce que sera le sublime et très coloré Enter The Void), du Terry Gilliam, et sans doute même du Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro ( Le Bunker de la Dernière Rafale ).

Michel Piccoli en dictateur, est parfait. Éructant, crachant, délirant. Paranoïaque, schizophrène, et comme son personnage l'indique au beau milieu du parcourt, dissuasif et immortel. Yann Colette y est, comme toujours, magistral, le comédien surgissant du costume d'Alvin/Edward, le fils de McBee. Richard Bohringer reste fidèle à ce personnage que l'on aime et que d'autres détestent. Cynique, ambigu, et dont la personnalité, ici, demeure ardue à définir. Julie Delpy, le charme, la féminité, la sensualité, incarnés dans un monde asséché et majoritairement masculin. Les décors du film embrassent parfois le cinéma noir américain des années cinquante. C'est là qu'y traîne le charismatique acteur belge Johan Leysen dans le rôle de Anikst. Enki Bilal intègre des notes de couleur à son cinéma tout d'abord pensé en monochrome, mêlant décors réels et matte-painting comme ce fut déjà le cas dans son précédent long-métrage.

Histoire d'amour, science-fiction post-apocalyptique, catastrophisme, policier, contagion, thriller, Tykho Moon mixe imperturbablement les genres pour un résultat fascinant et perturbant. Les repères classiques sont balayés. Le divertissement y conçoit la réflexion. Difficile de se laisser guider simplement par le récit, la vigilance du spectateur y étant sans cesse introduite. Nanar? Chef-d’œuvre ? Exercice de style abouti ou puéril ? C'est à chacun d'y percevoir le potentiel. Pénétrez l'univers fascinant d'un Auteur avec un grand A...

samedi 26 janvier 2019

Bunker Palace Hôtel d'Enki Bilal (1989) - ★★★★★★★★☆☆



Le Bunker Palace Hôtel est un édifice luxueux conçu par l'architecte Holm à l'attention des hauts-dignitaires et sur recommandation du Président en place. Comme son nom l'indique, le Bunker Palace Hôtel a été bâtit pour que nul autre qu'eux ne puisse y pénétrer (le Bunker). Un refuge éblouissant (le Palace) dans lequel chacun peut vivre, manger, et dormir (l’Hôtel) dans l'attente du Président. Alors qu'à l'extérieur les rebelles mènent un féroce combat pour défaire la dictature en place dans des territoires désolés, à l'intérieur, tout semble se déliter. Sous les bombardements incessants et répétés, les androïdes se mettent à dérailler, les esprits s'échauffent et la structure même du Bunker Palace Hôtel semble peu à peu tomber en ruines. Et le Président qui n'est toujours pas arrivé... Tranchant radicalement avec le cadre et ses habitants, Clara est la source de nombreuses questions et de doutes de la part des hauts-dignitaires qui se méfient très rapidement de la jeune femme. Heureusement pour elle, Clara peut compter sur l'inattendu soutien de Holm lui-même...

Étrange long-métrage que ce Bunker Palace Hôtel signé Enki Bilal, le dessinateur dont on retrouve ici la patte graphique. Avec une rigueur exemplaire, le cinéaste ne se laisse jamais à marchander avec le public et ne cherche en aucun cas à le divertir. Anticipation, post-apocalyptique. Des mots qui sonnent faux dans le paysage cinématographique français de cette époque là. Surtout que deux ans auparavant, le cinéaste Pierre-William s'était quelque peu ridiculisé en réalisant le très ringard Terminus qui pourtant, depuis, a gagné ses galons de nanar culte. Bunker Palace Hôtel aurait pu, lui aussi, devenir la risée de la presse et du public, pourtant, à le redécouvrir aujourd'hui, on sent combien Enki Bilal était en avance sur son temps. Peut-être même un peu trop pour l'amateur de cinéma lambda qui se retrouvait sans doute pour la première fois de sa vie devant une œuvre parfois intellectuellement labyrinthique.

Auteur de bandes-dessinées (La Trilogie Nikopol ), de jeux vidéos (La Foire aux Immortels), illustrateur, metteur en scène de théâtre et donc, cinéaste, ce touche à tout d'Enki Bilal quitte la France avec toute son équipe de tournage et se rend à Belgrade, capitale de la Serbie, pour y tourner son tout premier long-métrage. Bunker Palace Hôtel. Un titre aux contours aussi rugueux que les prises de vue parfaitement symétriques du long-métrage. Décors extérieurs bombardés, réappropriation du béton par la mère-nature tandis que résonnent au loin, tirs de mitraillettes et bombardements. Budget serré ? Choix artistiques parfois volontairement minimalistes ? Toujours est-il que du conflit qui oppose la hiérarchie aux ennemis de l'état, nous n'en verrons que quelques rarissimes conséquences (la mort de Marco, incarné par l'acteur Svetozar Cvetkovic), le cinéaste préférant sans doute accorder une place plus importante à l'univers sonore. Surtout lorsque s'enfoncent chacun de leur côté dans les abîmes, Clara et Holm.

Extérieurs proches du Brazil de Terry Gilliam. Intérieurs sobres. Costumes taillés de hauts-fonctionnaires. Androïdes défaillants, ventripotents, blafards, serviles. C'est dans cet univers froid et lugubre que pénètre un casting aussi inattendu que prestigieux. Jean-Louis Trintignant, le cheveu ras. Carole Bouquet, la teinture rousse. Et puis il y a les autres. Le Jean-Pierre Léaud de Godard. Benoît Régent, disparu trop tôt à l'âge de quarante ans. L'impeccable Yann Colette (que l'on reverra notamment dans les deux autres longs-métrages d'Enki Bilal). Ou encore Jezabelle Amato qui débutait là, sa carrière sur grand écran. Tous forment le contenu d'une œuvre emprunte de poésie funèbre, vivant sans le savoir dans ce qui deviendra sans doute leur tombeau. Enki Bilal signe avec Bunker Palace Hôtel une date importante dans le cinéma de science-fiction. Premier véritable pas, sans fausses notes, du cinéma français vers un monde dystopique très critique envers la politique dont le sujet ne cache jamais ses origines. Magistral de bout en bout et définitivement pessimiste, Bunker Palace Hôtel est un joyau noir de hard science-fiction qu'il serait temps de redécouvrir...

jeudi 18 mai 2017

Così dolce... così perversa d'Umberto Lenzi (1969) - ★★★★★★☆☆☆☆


Après avoir réalisé la même année Orgasmo, premier giallo érotique d'une trilogie sans lien apparent mais à laquelle Così dolce... così perversa apporte une certaine continuité, voici donc le retour du cinéaste italien Umberto Lenzi au giallo. Comme l’œuvre précédente, cette dernière ne risque pas de faire de l'ombre aux classiques du film policier italiens rendus célèbres par les romans dont ils s'inspiraient et dont les couvertures s'ornaient d'une couleur jaune significative qui donne son nom au genre. Nous retrouvons l'actrice Carroll Baker, plus séduisante que jamais, en fausse victime et nouvelle locataire d'un appartement se situant juste au dessus de celui d'un couple bourgeois qui contrairement aux apparences ne s'aiment plus. Si Douces, si Perverses, s'il ne nous trompe pas tout à fait sur la marchandise n'est pas non plus totalement représentatif du contenu de ce giallo versant dans la pure machination crapuleuse puisqu'ici, il s'agit encore de mettre la main sur le magot d'un riche industriel.
Et ce dernier, c'est l'acteur Jean-Louis Trintignant qui l'incarne. Sans vouloir faire preuve de chauvinisme envers le fait que l'acteur soit français, sa seule présence, reconnaissons-le, sauve Così dolce... così perversa du naufrage le plus complet. Toutes les attentes des spectateurs sont malheureusement vaines. Le déroulement de l'intrigue se révèle beaucoup moins ténu qu'on l'aurait aimé. Sans vouloir rentrer dans les détails et ainsi éviter de spoiler, on ne peut malgré tout pas faire l'impasse sur le relatif fil rouge qui accompagne les spectateurs après la mort du personnage de Jean Reynaud (non, non, rien à voir avec notre illustre acteur français), l'époux déçu, amant de la belle blonde Nicole Perrier, et victime d'une manigance terrible fomentée par non pas une femme, mais deux, et d'un homme également. Parce que lorsqu'il s'agit de tuer le riche homme d'affaire, c'est à agente masculine que l'on s'adresse.

Dès lors, Umberto Lenzi nous pousse à imaginer de nombreuses pistes aussi diverses que tronquées. Toujours en nous prenant par la main comme si nous, pauvres spectateurs insensibles aux détails les plus infimes, étions incapables de cerner les intentions de ses interprètes et donc, de ses personnages. Pourtant, dans cette façon d'agir se cache quelques minuscules idées qui auraient pu faire leur petit bonhomme de chemin si le scénario n'aidait pas à outrance les spectateurs à suivre une intrigue qui de toute manière demeure au fond, simpliste. L'un des soucis majeurs et que l'on rencontre couramment chez Lenzi, c'est la maigreur du scénario. Ce qui pousse le cinéaste à remplir les vides avec... du néant. Pour autant, il possède tout le talent qu'il faut pour rendre ses histoires, même les plus ineptes, suffisamment intrigantes pour que l'on n'aie pas envie de jeter l'éponge avant la fin. Carroll Baker est toujours aussi délicieuse et nous ferait presque regretter de ne pas la voir nue plus souvent. Elle incarne la douceur du titre tandis que l'actrice brune Erika Blanc (Danielle, l'épouse de Jean) préfigure la perversité. Du moins dans un premier temps puisque comme dans tout bon (ou mauvais) giallo, mieux vaut éviter de se faire une idée toute faite avant le générique de fin.
Œuvre italo-française réalisée en 1969, le film a été tourné à Paris, ville dont Umberto Lenzi, malheureusement, n'aura pas su profiter de la magnificence. Così dolce... così perversa demeure une semi déception. Ni un chef-d’œuvre, ni un navet. Plutôt un long-métrage à l'attention des fans du cinéaste plus que des véritables amateurs de gialli qui ici, risquent de rester sur leur faim...

samedi 28 janvier 2017

Viva la vie de Claude Lelouch (1983) - ★★★★★★★☆☆☆



Le réalisateur, producteur, scénariste et cadreur Claude Lelouch réalise et propose en 1983 sa propre vision de l'abduction (enlèvement d'un individu par des extraterrestres, lequel est suivi généralement par une perte de mémoire et des séquelles consécutives à des expériences médicales effectuées sur la victime) ainsi que d'une rencontre du troisième type (contact direct avec des extraterrestres et en présence (ou pas) de leur vaisseau). Pour préserver tout l'intérêt de Viva la Vie et respecter le désir du cinéaste qui au début du film demande aux spectateurs de ne rien livrer de la fin de son œuvre à ceux qui ne l'auraient pas encore vu, je ferai donc en sorte de ne rien révéler qui pourrait gâcher la surprise. Dans le cas contraire, vous serez averti d'un message de spoil !
Sachez juste que Viva la Vie est à peu de chose près ce que l'on pouvait attendre d'un cinéaste pourtant peu (pour ne pas dire pas du tout) habitué à tourner des longs-métrages de science-fiction. Davantage une œuvre d'anticipation d'ailleurs puisque Viva la Vie implique des domaines beaucoup plus vastes que le simple passage d'individus extra-terrestres sur le sol de notre planète. Déjà à l'époque, Claude Lelouch touche un point qui aujourd'hui préoccupe enfin véritablement ceux qui veulent réellement préserver la planète ainsi que notre humanité (sans parler évidemment de la faune et la flore qui y règnent).

Tout commence comme une œuvre ante-apocalyptique, la radio diffusant un message d'alerte continu dénonçant l'éventuelle catastrophe à venir. Baisse des températures (cinq degré de moins par jour !), bouleversement du climat et conséquences terribles sur l'environnement. Obligeant chacun à se prémunir de la catastrophe à venir en construisant son propre abri souterrain. Comme l'important industriel Michel Perrin (Michel Piccoli) et son épouse Catherine (Charlotte Rampling) auxquels propose un entrepreneur de transformer leur piscine en abri. Pourtant, le projet sera très vite contrecarré par la disparition de Michel, un soir, sa voiture abandonnée sur le bord de la route. Michel, mais également Sarah Gaucher (Évelyne Bouix), la compagne de François (directeur de théâtre ? Metteur en scène ?), interprété par l'acteur Jean-Louis Trintignant, et qui elle aussi disparaît le même jour. Une disparition aussi mystérieuse que leur réapparition trois jours plus tard. Ils n'en conserveront tout les deux pas le moindre souvenir. Seul témoignage de cet événement « extraordinaire » relégué par toute la presse : une large cicatrice à l'arrière du crâne...
Avec des moyens simples, Claude lelouch entretient un véritable mystère autour de ce cas d'abduction. Tout comme il usera de moyens « précaires » pour mettre en images SA rencontre du troisième type. Un sujet servant, outre celui sur l'environnement, des préoccupations beaucoup plus terre à terre encore : le nucléaire en général, et l'armement nucléaire en particulier...

ATTENTION : SPOILER !!!


En réalité, Viva la Vie n'est pas du tout l’œuvre de science-fiction à laquelle elle pouvait prétendre au départ. Si le film conserve son aura de film d'anticipation, c'est dans ce complot fomenté par Michel et son ami restaurateur (mais pas seulement) Édouard Takvorian (Charles Aznavour). Les deux hommes vont effectivement s'engager (et avec eux, d'autres personnes) dans un processus permettant le désarmement des deux plus grandes puissances mondiales en terme d'armement à l'époque : les États-Unis et l'URSS.

FIN DU SPOILER !!!

Claude lelouch propose, après cette révélation incroyable remettant tout en question, un twist final encore plus inattendu mais que je préserverai cette fois-ci de tout résumé. Viva la Vie n'est peut-être pas un immense chef-d’œuvre, mais il demeure dans le paysage fantastique et d'anticipation du cinéma français des années quatre-vingt comme l'un des plus solides représentants. On retrouve comme à son habitude dans l’œuvre du cinéaste, quelques visages bien connus, tel Charles Gérard en chauffeur. Dans le genre, Viva la Vie demeure atypique, étrange, et je le répète, inattendu. En tout cas, un film à découvrir, d'autant plus qu'il ne fait pas partie des œuvres les plus connues de leur auteur...

mardi 23 décembre 2014

Trois Films Sinon Rien: Noir Comme le Souvenir de Jean-Pierre Mocky (1995), Das letzte Schweigen de Baran bo Odar (2010), Un Assassin Qui Passe de Michel Vianey (1980)



Au programme, un thriller signé Mocky, un policier allemand, et un serial killer français...

La petite Garance est attirée par un clown dans un fourré, persuadée que son père a l'intention de lui faire une surprise. La gamine a en réalité été enlevée et la seule témoin de cette scène est l'une de ses camarades, qui, jalouse de voir que Garance a osé porter la même robe qu'elle, va se taire.
Dix-sept ans jour pour jour, c'est l'anniversaire de la disparition de Garance pour sa mère Caroline qui n'a toujours pas accepté la réalité de faits. Elle et Chris ont depuis divorcé, ce dernier ayant plongé dans l'alcool, persuadé de voir pas fait ce qu'il fallait pour sauver leur fille. C'est ce jour très précis qu'un curieux événement se produit. Dix-sept ans plus tard, tout semble vouloir rappeler à Caroline le terrible événement qui s'est produit des années en arrière. De plus, des meurtres sont commis au village. Tous ceux qui sont liés de près ou de loin au drame sont éliminés les uns après les autres.
Sabine Azéma, Jane Birkin, Benoit Régent, Jean-François Stévenin et Matthis Habich sont les principaux acteurs et actrice de Noir Comme le Souvenir, une œuvre signée par Jean-Pierre Mocky. Un thriller dans la plus pure tradition qui souffre de l’éternel manque de moyens du cinéaste. Si l'ambiance toute particulière de l’œuvre donne réellement envie de connaître le dénouement de l'histoire, le rythme mollasson que lui insuffle Mocky ruine quelque peu le potentiel de cette histoire de vengeance...

Été 86. Peer Sommer et Timo Friedrich roulent sur une route de campagne lorsqu'ils croisent la route d'une gamine de onze ans à vélà. Ne pouvant refréner ses pulsions, Peer rattrape la fillette, la viole et la tue dans un champs de blé, tout ça sous le regard horrifié de Timo. Bouleversé, ce dernier décide de quitter la région et de changer d'existence. Vingt-trois ans plus tard, jour pour jour et alors que le coupable n'a jamais été arrêté, une jeune fille disparaît dans les mêmes circonstances et sur le lieu même où la première victime à été retrouvée morte.
Voici donc comment débute Das letzte Schweigen, un thriller allemand signé Baran Bo Odar. En réalité, sans doute l'un des meilleurs films policiers de ces dix dernières années. Le cinéaste ne se contente pas simplement de « mener » l'enquête sur les deux meurtres mais met en parallèle la tragédie qui touche les deux familles, celle qui empoisonne l'existence du flic chargé de l'enquête, ainsi que les remords qui pourrissent la vie de Timo (l'excellent Wotan Wilke Mörhing). Das letzte Schweigen est un petit bijou, merveilleusement bien construit, et qui, en l'espace de deux heures seulement parvient à construire un scénario implacable, cohérent et magnifiquement interprété.

On reconnaîtra une certaine mollesse, qui ne nuit fort heureusement pas à l’intérêt général du film. Chaque acteur est à sa place et la mise en scène, sobre, n'exploite aucune technique de surenchère pour attirer son public. Il était une fois un meurtre est donc un excellent thriller qui s'attarde de manière plutôt réaliste sur un fait-divers sordide. Une très belle surprise...



Une série de meurtres est perpétrée à Paris. Ravic est chargé de l'enquête mais n'a pas encore mis la main sur le tueur qui s'en prend exclusivement aux jeunes femmes brunes. Le responsable de cette série de meurtre, c'est Jacques, un petit employé de banque qui vit seul dans un minuscule appartement et qui en secret, est amoureux de Pauline, une actrice célèbre, et inaccessible. Un Assassin qui Passe est l'une des rares excursions du cinéma français de l'époque dans le domaine du « serial killer ». Produit la même année que l'inusable classique de William Lustig Maniac, le film de Michel Vianey partait déjà avec un sérieux handicape et n'avait pas la moindre chance de lui faire de l'ombre. L’œuvre du français manque un peu trop de vigueur et de dialogues radicaux pour vraiment marquer les esprits.
Pas assez dur dans son propos, le film figure un personnage que la solitude a transformé en un monstre froid et sans émotions. La solitude, et même la peur des femme que l'inaccessibilité de celle qu'il aime accentue davantage. Face à lui, un flic cynique épaulé par un inspecteur au tempérament soupçonneux. Les meurtres sont d'une tristesse à pleurer. La faute à une mise en scène léthargique et à au visible détachement des acteurs qui semblent ne pas y croire.

mardi 2 décembre 2014

Trois Films Sinon Rien : Une Journée Bien Remplie de Jean-Louis Trintignant (1972), Rubber de Quentin Dupieux (2010), Killers de Kimo Stamboel, Timo Tjahjanto (2014)


Au programme, une comédie noire française, une œuvre surréaliste franco-angolaise, et un thriller asiatique...

Un boulanger part en compagnie de sa mère éliminer les neuf jurés qui ont fait condamné on fils à la peine de mort. C'est le point de départ d'une œuvre signée Jean-Louis Trintignant. Le premier des deux seuls films que l'acteur français à réalisé. Sur un sujet qui devrait à priori servir de base pour un drame ou un thriller, le cinéaste réalise une petite comédie fort sympathique principalement interprétée par l'excellent Jacques Dufilho. Une journée bien remplie porte excessivement bien son nom puisque préparés depuis des mois, la série de meurtres à laquelle on assiste est perpétrée en l'espace de quelques heures seulement. Le film est très peu bavard et les agissements du tueur sont accompagnés d'une multitudes d'airs de musique classique.
On louera le talent de Trintignant pour une mise en scène plutôt réussie quand on sait que le bonhomme réalise là son tout premier film. On n'a pas le temps de s'ennuyer. Entre les meurtres, leur préparation et l'humour, le cinéaste injecte à Une journée bien remplie quelques moments forts comme une course-poursuite dans les rues d'un vieux village de France et se permet même de maintenir un réel suspens lorsque survient l'un des derniers meurtres dont la victime est un italien parti chassé. Une journée bien remplie réserve donc son lot de surprises et de situations cocasses. Il s'agit là d'une belle réussite dans des domaines aussi divers que le policier et bien sûr, la comédie noire. Un film que tout cinéphile se fera le devoir de regarder une fois au moins...

Le cas Rubber quand à lui, est un peu particulier. Réalisé par Quentin Dupieux (l'homme qui se cache derrière le producteur de musiques électroniques Mr Oizo), le film met en scène un pneu qui prend vit dans le désert californien et part tuer tous ceux qui le dérange dans sa quête. En effet, le pneu, après avoir croisé une jolie jeune femme, ne désire plus qu'une seule chose : la retrouver, et pourquoi pas, la conquérir. Le cinéaste installe un groupe de spectateurs au somment d'une colline pour assister au récit concernant son pneu. Dans un format plus court comme le moyen ou même le court métrage, Rubber aurait peut-être pu devenir un grand classique du surréalisme. Sauf que la trop grande simplicité du scénario le font très vite tourner en rond. En effet, l'ennui arrive assez vite et ce, malgré la beauté de certaines images qui n'arrivent cependant pas à nous faire oublier la pauvreté de cette histoire, il faut l'avouer, pourtant totalement décalée.

Il faut tout de même louer le courage de Quentin Dupieux qui ose proposer une histoire pour le moins improbable. N'oublions pas non plus la poésie qui parcourt certains plans comme ces chaises qui barrent la route au début du film. Ou bien cette rupture dans le récit lorsque l'un des flics demande à ses subalternes de cesser de jouer la comédie.
Rubber est déroutant, ennuyeux, laissant perplexe, mais surtout, oui surtout, un véritable OFNI cinématographique...


Killers nous vient d'Indonésie et du Japon. Réalisé par Kimo Stamboel et Timo Tjahjanto, le film met en parallèle l'histoire de deux hommes que tout sépare. D'un côté, il y a Nomura. Jeune homme brillant, travaillant dans la finance, propriétaire d'une maison luxueuse, ce jeune homme a un certain succès auprès des femmes. Pourtant, il ne peut s'empêcher de les tuer et de les filmer avant de diffuser sur internet les vidéos de ses méfaits. D'un autre côté, il y a Bayu, jeune journaliste a qui rien ne réussit. Divorcé, il est victime un soir d'un chauffeur de taxi véreux qui en veut à son argent. Forcé par les événements à devenir un meurtrier, il va se faire le justicier d'une affaire qu'il n'a pu aider à résoudre. Lui-même va mettre en ligne ses meurtres, ce qui va pousser les deux hommes à faire connaissance. Killers diffuse pendant plus de deux heures un climat d'une exceptionnelle noirceur.
La violence elle-même est extrême. L'univers dans lequel vivent nos héros n'est que brutalité. Entre prostitution, familles décomposées et justice à refaire, Nomura et Bayu n'ont d'autre solution que régler leurs comptes par eux-mêmes. Même si les héros agissent parfois de manière semblable en plongeant les mains dans le sang, leur portrait est diamétralement opposé. Le film est un petit bijou que la durée n'handicape à aucun moment. Accompagné par une musique sublime, le chaotique et sanglant destin des personnages s'en trouve sublimé, donnant à Killers le parfum d'un poème sanglant. A ne pas mettre tout de même devant tous les yeux...

mercredi 10 septembre 2014

Sans Mobile Apparent de Philippe Labro (1971)



A Nice, deux hommes d'affaire sont abattus. Le sous-préfet presse l'inspecteur Stéphane Carella d'obtenir des résultats et l'aiguille sur les personnes à interroger. La belle-fille de Tony Forest, l'une des deux victimes, tombe sur une mallette renfermant de l'argent ainsi qu'un petit carnet dans lequel sont notés le prénom, l'âge approximatif et le numéro de téléphone de toute une liste de jeunes femmes. Prévenu de cette trouvaille, l'inspecteur Stéphane Carella rejoint en pleine nuit la jeune femme chez elle et parcourt le carnet avant de tomber sur le numéro de téléphone d'une amie à lui, Jocelyne Rocca.

Le lendemain, prétextant le désir de la revoir, Stéphane profite de l'occasion pour interroger la jeune femme sur les deux victimes de la veille. Un troisième homme est mort plus tôt dans la matinée mais la jeune femme n'est pas au courant. Lorsqu'elle confirme connaître les deux hommes tués la veille, elle prend la fuite lorsque Stéphane lui apprend qu'un troisième à été retrouvé mort chez lui. Alors qu'elle quitte l'immeuble où loge l'inspecteur, Jocelyne reçoit une balle en plein cœur et meurt sur le coup.

Stéphane n'a plus alors qu'une idée en tête : mettre la main sur le tueur fou qui sévit en ville...

Second long-métrage de l'écrivain, journaliste et cinéaste Philippe Labro, Sans Mobile Apparent est un film policier principalement interprété par Jean-Louis Trintignant. L'acteur, qui a joué avec les plus grand cinéastes français, campe ici le rôle de ce policier enquêtant sur cette trouble histoire de meurtres en série sur fond de partouze en milieu bourgeois.

Le rythme est lent. Bien trop lent pour que l'on accroche à cette histoire pourtant prometteuse. Trintignant semble s'ennuyer face à la tâche qui lui incombe. Le spectateur également. Tout y fonctionne au ralenti, à tel point que l'on fini par se désintéresser de l'identité de l'assassin. L'aspect social confrontant un simple flic à la grande bourgeoisie y est mal retranscrit. Offert à un cinéaste de la trempe de Claude Chabrol, la mise en scène aurait été beaucoup plus caustique et intrigante.

Quand aux meurtres, ils sont chorégraphiés de façon malhabile, ce qui les rend grotesque, et ce, notamment pour les deux premiers. Il y a des invraisemblances, tel le tir réussi du policier en direction du tueur planqué derrière une fenêtre. Ainsi que des détails sans importance qui laissent pourtant des interrogations sans réponse (la fin nous montre un Jean-Louis Trintignant se remémorant des images du passé).

Sans Mobile Apparent aurait pu appartenir à ces petits bijoux du polar français s'il ne souffrait pas d'une aussi piètre implication des acteurs. L’œuvre pâtit de son âge et semble avoir très mal accusé le nombre des années. C'est d'autant plus dommage que la musique signée Ennio Morriccone constitue l'un des aspects positifs de l’œuvre...
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