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mercredi 19 août 2026

Le furet de Jean-Pierre Mocky (2003) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Pour ce nouvel article consacré à Jean-Pierre Mocky, nous nous déplaçons jusqu'en 2003, année relativement peu faste pour le cinéaste si l'on veut rester polis, courtois et respectueux vis à vis de sa très longue carrière. Il n'est d'ailleurs pas inconcevable d'imaginer qu'il aurait probablement continué à tourner des films puisque c'est bien son décès survenu le 8 août 2019 qui mit un terme à la réalisation et à l'écriture de longs-métrages. Cette année là, il réalisa d'ailleurs le tout dernier d'entre eux, intitulé Tous Flics. Concernant Le furet, il s'agissait là de l'unique collaboration entre le cinéaste français et l'acteur Jacques Villeret qui tient le rôle-titre de cette comédie criminelle et policière dans laquelle l'on retrouve également deux très fidèles interprètes de Jean-Pierre Mocky puisque Michael Lonsdale et Michel Serrault apparaîtront tous les deux dans divers œuvres alignant l'un et l'autre une dizaine de collaborations. Comme à son habitude, Jean-Pierre Mocky réunit quelques vedettes du cinéma français auxquelles l'on peut ajouter Robin Renucci qui six ans plus tard apparaîtra dans Colère, quelques seconds rôles parmi de très grands habitués du réalisateur tels que Dominique Zardi ou Jean Abeillé ou, encore plus étonnant, des personnalités qui viennent d'univers qui n'ont pas véritablement de lien direct avec le septième art. On pense bien évidemment au chanteur de rock Dick Rivers, ancienne vedette de la chanson française qui connut tout d'abord le succès avec son groupe Les Chats Sauvages dans les années soixante avant qu'il ne se lance dans une carrière solo ou bien l'animateur de télévision Karl Zéro, de son vrai nom Marc Tellenne, dont la période la plus faste se concentra probablement lors de ses différentes participations aux émissions Nulle Part Ailleurs et Le Vrai Journal sur Canal+ entre 1994 et 2006... Le furet du titre est donc ce tueur à gages insaisissable qui donne du mal à la police ainsi qu'au truand Don Salvadore (Michael Lonsdale). L'une et l'autre ne rêvant que d'une chose. Stopper net sa carrière d'assassin. En effet, lorsque cette adaptation du roman Le furet dans le métro de l'écrivain et illustrateur de bandes dessinées américain Lou Cameron débute, le meurtrier en est déjà à sa quatrième victime. Mais l'homme ne s'en prend pas à n'importe qui : celui-ci semble avoir un effet une prédisposition pour les petites crapules, les voyous, les dealers... Mais ce que l'on découvre rapidement, c'est que l'homme ne tue pas selon son unique volonté puisqu'il exécute en réalité des contrats commandités par un certain Anzio (Michel Serrault) qui lui promet sans cesse de lui faire rencontrer enfin Don Salvatore...


Ayant toujours un prétexte pour repousser les présentations entre le mafieux et le tueur à gages qu'incarne donc à l'écran Jacques Villeret, ce dernier rêve de devenir riche, de conduire de belles voiture et d'avoir toutes les femmes qu'il désire malgré qu'il soit marié et père de deux fils. Véritable anguille qui glisse entre les mailles du filet, le furet se cache sous l'apparat du sympathique petite serrurier, grand amateur de films d'action et qui lors des contrats qu'il est chargé d'exécuter a l'habitude de passer par les égouts et par les tunnels du métro parisien... Le furet met en scène l'actrice (et reine de beauté !!!) Patricia Barzyk dans le rôle du médecin légiste Karadin. Son personnage entretiendra une relation privée avec l'inspecteur Bart chargé d'enquêter sur la série de meurtres qui endeuille les réseaux criminels et qu'incarne de son côté Robin Renucci. Quant à eux, Dick Rivers, Jean Abeillé et Karl Zéro interprètent des bandits. Les deux premiers étant à la solde de Don Salvatore tandis que le troisième est le neveu poltron d'Anzio. Doté d'un budget d'un peu moins d'un million d'euros, Le furet reste une œuvre relativement intéressante s'agissant d'un film de Jean-Pierre Mocky s'inscrivant dans une période charnière où s'enchaînent quelques bonnes surprises mais aussi des longs-métrages presque ''impropres'' à la consommation. On ne reviendra évidemment pas sur l'interprétation souvent calamiteuse de certains grands fidèles acteurs du réalisateur, le film étant évidemment tout d'abord porté par un Jacques Villeret également à la production qui choisit de financer le film car le script de Jean-Pierre Mocky lui plaît beaucoup. L'acteur aurait même réussit à convaincre Jean-Pierre Mocky de retourner certaines séquences qu'il jugeait de mauvaise qualité. Le plus décevant restant ici l'incarnation de Michel Serrault qui, il faut bien le reconnaître est mauvais, voire même pathétique. Mais dans l'ensemble, le film reste très plaisant à regarder. Notons enfin que la bande musicale est l’œuvre du compositeur franco-roumain Vladimir Cosma qui bien longtemps après avoir écrit la musique du Grand blond avec une chaussure noire, des Aventures de Rabbi Jacob ou de celle de L'aile ou la cuisse a ici franchement perdu de sa superbe....

 

mardi 18 août 2026

L'étalon de Jean-Pierre Mocky (1969) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Six ans après Un drôle de paroissien, Jean-Pierre Mocky, Francis Blanche et Bourvil se retrouvèrent une fois encore aux côtés d'autres interprètes moins connus tels Jean-Claude Rémoleux, Roger Legris, Rudy Lenoir ou encore Luc Andrieux pour L'étalon. Tous s'étaient d'ailleurs réunis autour d'un autre projet réalisé un an plus tôt par le réalisateur et scénariste français intitulé La grande Lessive !. S'agissant de L'étalon, l'on reconnaît la marque de fabrique de Jean-Pierre Mocky, son amour pour la comédie satirique, genre qu'il s'est employé à déconstruire à sa manière toute particulière pour le bonheur et même parfois le malheur du public. Car en effet, le onzième film du cinéaste est très significatif des failles et des limites de son système qui l'a toujours vu employer d'authentiques vedettes du cinéma, les mêlant très souvent à des comédiens et des acteurs de seconde, voire de troisième catégorie. Des amateurs incapables de tenir un échange au-delà de deux ou trois phrases. Il est d'ailleurs plutôt amusant de constater qu'il se servira notamment ici des faiblesses d'interprétation de l'acteur Jean-Claude Rémoleux qui interprète le député Léon Lacassagne pour lui faire jouer le rôle d'un politicien ayant de grandes difficultés pour s'exprimer en public ! Concernant le script de Jean-Pierre Mocky et de son fidèle collaborateur Alain Moury, le réalisateur ainsi qu'André Bourvil en sont à l'origine. L'histoire suit à peu près le même chemin que celui d'Un drôle de paroissien. En lieu et place du personnage de Georges Lachaunaye qui pour faire vivre sa famille était contraint de voler l'argent des troncs d'églises, l'acteur interprète désormais le rôle du vétérinaire William Chaminade qui alors qu'il s'apprête à prendre un bateau en partance pour l'Afrique vient au secours d'une femme (Noëlle Leiris dans le rôle de Nelly Pointard) qui vient de tenter de se suicider en se jetant de la fenêtre d'un restaurant. La jeune femme explique alors à son sauveur qu'elle est en manque d'amour. Ayant perdu ses bagages, n'ayant nul endroit où dormir et sans le sou, le vétérinaire imagine alors un moyen de se faire de l'argent tout en proposant aux femmes esseulées et en mal d'amour de rencontrer des hommes (les étalons en question) qui seront tout d'abord drastiquement sélectionnés pour leur avantages physiques par William et par un collaborateur, le docteur Finus (l'acteur R.J Chauffard). On le voit, dans un cas comme dans l'autre, Bourvil interprète un personnage prêt à défier la justice et la loi...


D'un côté voleur et de l'autre se transformant en proxénète, son personnage n'est pas le seul qui semble ici se référer à l'un des protagonistes d'Un drôle de paroissien puisque après avoir incarné l'inspecteur Cucherat six ans auparavant, Francis Blanche joue désormais le personnage du percepteur Dupuis. Et dans un cas comme dans l'autre là encore, les deux individus s'attachent à poursuivre le héros du récit afin de lui faire cesser toute activité criminelle. Toujours aussi débonnaire, Bourvil apparaît à l'écran le crâne rasé, vêtu d'un costume blanc ainsi que de gants, d'une chemine et d'un chapeau noir. Cachant ainsi plus ou moins son absence de cheveux qui ne s'explique non pas selon un désir du cinéaste mais se référant plutôt à un choix esthétique de la part de l'acteur lui-même qui à cette époque est atteint d'un cancer et doit suivre un lourd protocole médical le contraignant à subir des séances de chimiothérapie qui lui font perdre ses cheveux. S'il ne semble pourtant pas affaibli par la maladie ou par son traitement, Bourvil n'est cependant pas à la hauteur de ses meilleurs rôles. Un constat que l'on reprochera tout d'abord à Jean-Pierre Mocky qui commence déjà à cette époque à mélanger vedettes de cinéma (l'on retrouve ici notamment Michael Lonsdale dans le rôle du commissaire Donald Both) et acteur à l'amateurisme assumé. Un drôle de melting-pot qui malheureusement fonctionne plutôt mal. D'autant plus qu'en reprenant plus ou moins la structure narrative d'Un drôle de paroissien, L'étalon manque sincèrement d'inspiration. C'est long, répétitif et peu divertissant. Pourtant, Jean-Pierre Mocky et son scénariste semblent être parfois saisis d'une forte inspiration. À moins que les deux hommes n'aient été captivés à l'idée du concept de ''doubles'' propre à la trilogie Fantomas qui donna lieu à trois longs-métrages réalisés entre 1964 et 1967 par André Hunebelle avec en vedette Mylène Demongeot, Jean Marais et bien évidemment Louis de Funès, la séquence se déroulant à l'Assemblée Nationale où se joue le projet du vétérinaire de faire passer une loi sous les faux traits du député Léon Lacassagne est relativement réussie. Pour le reste, L'étalon demeure une comédie très moyenne typique de ce que deviendra de manière récurrente le cinéma de Jean-Pierre Mocky jusqu'à la fin de sa carrière...

 

lundi 17 août 2026

Un drôle de paroissien de Jean-Pierre Mocky (1963) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Jean-Pierre Mocky a durant sa très longue carrière et parmi des dizaines et des dizaines de longs-métrages réussi à mettre en scène des œuvres qui au fil du temps sont devenues des classiques tandis que d'autres restent de pures navets, à l'image de l'insupportable, l'inappréciable, le catastrophique Agafia qu'il réalisa en 2015 ! Fort heureusement, parmi ses meilleurs films l'on trouve plusieurs collaborations avec l'acteur André Bourvil que le cinéaste français débaucha à l'occasion de quatre longs-métrages qu'il tourna entre 1963 et 1969. Le premier, Un drôle de paroissien est donc celui dont nous allons parler dans le présent article. Leur association fut ensuite poursuivie en 1964 avec La cité de l'indicible peur qui parfois fut retitré La grande frousse, avec La grande lessive en 1968 et enfin un an plus tard avec L'étalon. Quatre longs-métrages qui réunissent également autour du réalisateur et l'acteur un autre fidèle interprète de Jean-Pierre Mocky puisqu'en effet, Francis Blanche fut du voyage non seulement dans ces quatre films mais également dans quatre autres. À commencer par Un couple en 1960, Snobs ! en 1961, Les vierges en 1962 ainsi que Les compagnons de la marguerite en 1966. Quant à Jean Poiret, le troisième premier rôle d'Un drôle de paroissien aux côtés de ses deux partenaires, il retrouva également l'un et l'autre aux génériques La Cité de l'indicible peur et de La grande lessive et retrouva Jean-Pierre Mocky en 1987 et 1988 sur les tournages respectifs du Miraculé et d'Une nuit à l'Assemblée nationale... En attendant, nous sommes en 1963 et alors que Bourvil a repris le rôle que refusa d'interpréter Fernandel qui estimait avoir suffisamment tourné de films situant leur action dans des églises (la saga des Don Camillo), c'est donc sur les conseils de l'acteur Jean Gabin que Jean-Pierre Mocky approcha l'acteur auquel il confia le rôle de Georges Lachaunaye, membre d'une famille qui depuis quatre générations s'est toujours employée à ne jamais se donner la peine de travailler. Ce qui donnera d'ailleurs lieu à un échange absolument savoureux entre Georges et un sacristain qui après lui àvoir expliqué que pour vivre dignement il faut travailler s'est vu répondre ceci de la part du membre de la famille Lachaunaye : ''Mon père ne me le pardonnerait jamais. Je n'ai pas été élevé pour ça. Et je ne sais rien faire''. Le principal soucis, c'est qu'à ne rien faire de leur journée, Georges, son père Mattieu (Jean Yonnel), son épouse Juliette (Solange Certain), sa sœur Françoise (Véronique Nordey) et sa tante Claire (Denise Péronne) vivent dans une très grande précarité...


Locataires d'un appartement dont ils n'ont plus les moyens de payer le loyer, maintenant qu'ils ont vendu tout ce qu'ils possédaient afin de subvenir à leurs besoins, il leur faut impérativement trouver une solution. Et pour cela, Georges décide avec la complicité de Raoul, l'ami de la famille Lachaunaye, auquel il propose tout d'abord d'arrêter son métier peu rentable de dentiste, de l'aider à piller les troncs des églises ! Une action évidemment peu morale puisqu'il s'agit de voler, même en partie, l'argent que les paroissiens ont déposé un peu partout dans les troncs des églises de la région. Un drôle de paroissien décrit la professionnalisation du métier de voleur où Georges se contente tout d'abord de voler l'argent à l'aide de caramels mous avant de faire preuve aux côtés de Raoul d'une véritable ingéniosité. Mais dans ce tableau ''idyllique'' d'une ''profession'' presque décrite comme un sacerdoce, un ombre plane au dessus de la tête des voleurs. Celle de l'inspecteur Cucherat qu'interprète donc Francis Blanche. Un flic chargé de surveiller les églises en raison d'une recrudescence des pillages et qui traque celui qui depuis plusieurs jours vide les troncs des églises. Jean-Pierre Mocky décrit ensuite les Lachaunaye comme une famille de bourgeois déclassée, continuant à vivre de privilèges bien qu'ils ne puissent plus se permettre de vivre tels des parasites de notre société. En clair, leur valeurs tournent autour d'un principe simple : Aux autres de donner et à eux de récolter... Se confrontent ainsi deux ordres d'idée : un paradoxe opposant une famille d'anciens nantis privilégiés au refus de se salir les mains dans des métiers qui inférioriseraient leur statut de bourgeois. Un concept que le réalisateur traite d'ailleurs sur le ton de l'absurde puisque avant de ''renflouer'' les caisses grâce aux vols des troncs d'église et ainsi de pouvoir donner l'illusion de s'être réapproprié leur ancien statut, Georges et sa famille vivront longtemps dans un appartement sans meubles, sans chauffage et sans presque aucune nourriture... Un drôle de paroissien est une excellente comédie en noir et blanc (à l'exception de la délirante séquence du cauchemar tournée en couleur), avec un Bourvil suave, un Francis Blanche hargneux et un Jean Poiret volubile...

 

dimanche 4 août 2019

La Grande Lessive (!) de Jean-Pierre Mocky (1969) - ★★★★★★★☆☆☆



Alors que dans notre réalité, les années soixante furent celles de la révolution sexuelle, celles de la légalisation de la contraception et de l'avortement, le cinéaste français Jean-Pierre Mocky semblait, lui, préoccupé par un tout autre sujet. Un aspect et un comportement humain qui n'a eu de cesse que de progresser dans des proportions dramatiques, lobotomisant ainsi les masses en les faisant intellectuellement régresser. Si à l'époque, la chose pouvait amuser, La Grande Lessive (!) que l'on peut aujourd'hui considérer comme une œuvre visionnaire a laissé la place à une forme de communication autiste, chacun demeurant chez soit et ne s'adressant à l'autre qu'à travers diverses technologies (réseaux sociaux, téléphones mobiles, sites d'hébergement vidéos, etc...). C'est donc à une réalité alternative que nous conviait Jean-Pierre Mocky. Un monde dans lequel un professeur de lettres, Armand Saint-Just, et quelques amis acquis à sa cause allaient oser prendre le taureau par les cornes et affronter le média télé, monstre tentaculaire et Dieu tout puissant réunissant déjà à l'époque, plus de paroissiens que l’Église elle-même. Une France non plus dirigée par un chef d’État mais hypnotisée par le gourou Jean-Michel Lavalette et par ses sbires de la police nationale.

Jean-Pierre Mocky, sous couvert d'une comédie un brin farfelue menée par l'un de ces vieux professeurs de lettres qui n'existent malheureusement plus de nos jours (les jeunes profs d'aujourd'hui ont les dents longues), réalise une satire plus féroce qu'il n'y paraît. Il faut voir ces couples qui une fois leur journée de travail accomplie se laissent bercer par la douce mélodie de leur petite lucarne dont les dimensions à l'époque ne dépassaient pas celles d'une petite rôtissoire. Tellement obnubilés par de bêtifiantes émissions diffusées par les deux seules chaînes de l'ORTF se partageant le monopole des programmes (les deux chaînes abandonneront respectivement leur place au profit de TF1 et Antenne2 le 6 janvier 1975), qu'ils en oublient jusqu'à l'éducation même de leur propre progéniture. C'est donc pour combattre ce véritable cancer, ce fléau contre lequel l'éducation ne peut opposer aucune arme de défense qu'Armand Saint-Just, le docteur Loupiac et le professeur de gymnastique Missenard vont bénéficier des talents du chimiste Benjamin pour brouiller les antennes situées sur les toits parisiens. Mais pas n'importe lesquelles : au nombre de quarante, les trois hommes s'attaqueront à celles qui empêchent les quarante élèves du professeur de lettres d'étudier le soir, à la maison. Une escapade périlleuse car les trois hommes auront dans leur sillage les inspecteurs Toilu et Barbic...

Sympathique mais pas transcendantal, La Grande Lessive (!) vaut d'abord pour son message qui cinquante ans avant notre époque signalait (ou non) sur un mode humoristique, les dangers de la télévision sur le comportement des téléspectateurs. Qui aurait pu deviner que les enfants si sages du long-métrage de Jean-Pierre Mocky allaient laisser place aux zombies ''nouvelle génération'' qui de nos jours passent la tête plongée dans l'écran de leur smartphone ? Le film vaut également pour la présence de l'indétrônable Bourvil, de Francis Blanche dans le rôle du Docteur Loupiac, de Roland Missenard dans celui du prof de gym ou encore du duo de flics formé par Marcel Pérès et Jean-Claude Rémoleux. À noter la présence de Michael Lonsdale dans le tout petit rôle de Monsieur Delaroque et de Jean Poiret dans celui du ''gourou des ondes'', Jean-Michel Lavalette. La Grande Lessive (!) reste plaisant à revoir même s'il a pris un sérieux coup de vieux...

samedi 3 août 2019

Tu es si Jolie ce Soir de Jean-Pierre Mocky (2014) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Deborah Robinson est mariée à Steve, un procureur qui lui a donné deux enfants. Un garçon, Brian, ainsi qu'une fille, Kim. Alors que Steve a pour habitude de régulièrement disparaître le week-end pour convenance personnelle, il n'est pas réapparu depuis sa dernière escapade. Sa femme commence d'abord par s'inquiéter car l'homme qui viola la sœur de Steve voilà des années vient d'être libéré. Puis la jeune femme se met ensuite à avoir des doutes sur son mari. Alors que son entourage tente de la rassurer, d'autres pensent qu'il aurait pu être lui même responsable de l'agression sur sa propre sœur. C'est du moins ce qu'affirme l'homme qui passa des années en prison pour le viol. Alors que la police enquête, Déborah apprend des choses qu'elle ignorait jusque là sur son époux. Toujours introuvable, Steve est même soupçonné d'être l'auteur d'une série de meurtres commis par un individu connu sous le nom de l’étrangleur des ruelles...

Adapté du roman The Way You Look Tonight de Carlene Thompson par André Ruellan et Jean-Pierre Mocky lui-même, Tu es si Jolie ce Soir est la seconde adaptation du cinéaste français d'un roman de l'écrivain américaine dix-neuf ans après Noir comme le Souvenir. Cinquante-neuvième long-métrages des soixante-six réalisés jusqu'à ce jour (le dernier, Tous Flics est encore en tournage), Tu es si Jolie ce Soir n'est ni le meilleur, ni le pire de son auteur. Se situant à l'exact milieu de ce qu'est capable de produire Jean-Pierre Mocky lorsqu'il fait l'effort de ne pas laisser ses interprètes en roue libre, le film est un thriller, entre crimes en série, vengeance et manigances. Un peu à la manière d'un Dario Argento atteint par l'arthrite, Jean-Pierre Mocky semble se filmer lui-même lors des meurtres qui ne laissent entrevoir que la silhouette toute ''giallesque'' de son tueur, le spectateur étant d'entrée de jeu trompé par l'allure de cet assassin qui siffle et murmure une jolie chanson composée par le célèbre Vladimir Cosma. Un air ayant pour titre, celui-là même du cinquante-neuvième long-métrage de l'auteur de Un Drôle de Paroissien en 1963, Le Témoin en 1978, Litan, la Cité des Spectres Verts en 1981, ou encore Les ballets Écarlates en 2005.

Parmi des interprètes pas toujours évidents à reconnaître, on aperçoit tout de même Thierry Neuvic qui débutait sa carrière d'acteur dans Code Inconnu de Michael Haneke en 2000, Delphine Chanéac, que l'on retrouverait deux ans plus tard dans Rouges étaient les Lilas, lui-même réalisé par Jean-Pierre Mocky, Lola Dewaere, chanteuse, actrice, mais aussi fille du célèbre acteur Patrick Dewaere, ou encore Lionel Abelanski que l'on ne présente plus et ici, affublé d'une grotesque perruque ! Quant à Jean-Pierre Mocky, il s'offre le rôle de Charles Willy, un agent de l'IGS (Inspection Générale des Services) ou, plus communément appelé bœuf-carotte. Un rôle insignifiant plus proche du caméo que d'un véritable rôle de composition. Si quelques interprètes s'en sortent honorablement (parmi ceux cités plus haut), d'autres, en revanche, galèrent comme cela est généralement le cas avec un Jean-Pierre Mocky qui ne semble pas ressentir le besoin de retourner une scène, même médiocre. Il est donc parfois difficile d'être complètement happé par une histoire davantage ''récitée'' que véritablement interprétée. Ce que l'on pourrait appeler la ''Mocky's Touch''. Un film moyen au rythme, à l'intensité et au dénouement assez décevants...

dimanche 30 septembre 2018

Le Renard Jaune de Jean-Pierre Mocky (2013)



Charles Senac est un être méprisable et odieux envers tous ceux qui le côtoient. Auteur d'un roman à succès, il n'a depuis plus rien fait éditer. C'est peut-être pourquoi il est si dur avec ceux qu'il retrouve tous les jours au café « Le Renard Jaune ». Là, les langues se délient. Surtout celle de l'écrivain qui s'en prend à un commandant de l'armée française, à une femme d'un certain âge, fière d'être une « cougar », une autre, plus jeune, dont le visage est défiguré par une longue balafre, signature de Charles Senac lui-même. Ici traîne, et boit surtout, un jeune peintre sans talent mais qui se voudrait célèbre. Et puis, évidemment, les serveurs Jean Virmo et Polo, les employés de Léo, le patron du café-restaurant dont la tête a la fâcheuse habitude de pencher vers la gauche.

Tous le monde ici aimerait se débarrasser du détestable écrivain, mais personne n'ose passer à l'acte. Tous le monde ? Pas tout à fait. Le jeune phil, lui, est en admiration devant l'écrivain. Il vient de son pays natal pour rencontrer son idole. Pas de pot ! C'est justement aujourd'hui qu'est retrouvé le corps sans vie de Charle Senac, tué à l'aide d'un tisonnier.

Débarque alors l'inspecteur Giraud, accompagné de son subalterne. L'homme a bien l'intention de mettre la main sur celui ou celle qui s'est rendu coupable du meurtre de l'écrivain...

Tourné en 2013, Le Renard Jaune est un projet qui tient à cœur à Jean-Pierre Mocky puisqu'il avait prévu de le réaliser quarante-six ans plus tôt et avait prévu dans les rôle principaux, Maurice Chevalier, Bourvil, Francis Blanche et Simone Signoret. Un casting de rêve qui en aurait fait baver plus d'un. Ce n'est donc que beaucoup plus tard que le cinéaste mettra en chantier ce film policier qui a surtout le allures d'une pièce de théatre. En place et en lieu des acteurs cités au dessus, on retrouve une nouvelle fois, un parterre de stars françaises qui laissent présager du meilleur : Richard Bohringer, Michael Lonsdale (qui collabore ici pour la neuvième fois à un projet de Jean-Pierre Mocky), Philippe Chevalier (moitié du duo Chevalier-Laspalès), Claude Brasseur, Dominique Lavanant, Béatrice Dalle, Frédéric Diefenthal, les père et fils Jean-François et Robinson Stévenin, etc...

Que dire alors de ce Renard Jaune ? L'esprit de liberté qui transpire des œuvres de Mocky est ici encore bien présent. Tout cela sent l'improvisation. Quelques petites erreurs de « lecture » ne dérangent visiblement pas le cinéaste et ne l'obligent en aucun cas à reprendre certaines répliques. Chacun semble interpréter son rôle à sa manière avec plus ou moins de bonheur. On s'amuse beaucoup devant les invectives de Bohringer qui s'éclate à pourrir la vie de ses concitoyens. Chacun mène sa barque comme il l'entend sans que Jean-Pierre Mocky ne vienne mettre son grain de sel.

Alors, bien sûr, l'enquête sur le meurtre n'est qu'un prétexte. D'ailleurs, y en a-t-il vraiment une ? Elle sert plutôt de faire-valoir à une réunion d'actrices et d'acteurs cabotins qui s'amusent dans ce huis-clos qui ne fera sans doute jamais partie des grands classiques du cinéma français mais qui permet tout de même de passer un moment agréable... et léger... Un jean-Pierre Mocky en mode « Agatha Christie »...

Interview de Michael Lonsdale sur le tournage du film:

samedi 28 juillet 2018

Les Saisons du Plaisir de Jean-Pierre Mocky (1988)



Emmanuelle et Charles ont cent ans chacun et sont bien décidés à profiter de la vie. C'est pourquoi ils ont choisi de partir en voyage de noces. La question qui se pose est de savoir qui va prendre en main la Parfumerie Vanbert en leur absence. Charles qui en a assez décide de profiter du séminaire annuel réunissant les cadres de l'entreprise pour élire celui qui prendra la tête de l'entreprise familiale.

Jacques, Gus, Paul, Bernard et Daniel sont les principaux cadre de la Parfumerie Vanbert et espèrent tous devenir le nouveau patron. Il fait beau au château des Vanbert. Le soleil brille, c'est l'été et les désirs charnels explosent de mille envies. Adolescents et adultes se laissent aller à des ébats tandis que d'autres complotent pour obtenir les grâces du patriarche lorsque celui-ci prendra la décision de nommer son héritier à la tête de la parfumerie.

Mais alors que chacun vaque à ses occupations, Jacqueline, la fille des Vanbert disparaît dans la garrigue. Lancés à sa recherche, un groupe d'hommes et de femmes fouilles les lieux. Contre toute attente, c'est Thierry et son épouse Sophie qui retrouvent Jacqueline et lui évitent de faire une bêtise. Afin de remercier ceux qui ont sauvé leur fille, Emmanuelle et Charles demandent à les voir. Ailleurs, le danger guette. En effet, on signale une fuite de gaz radioactif dans la centrale nucléaire d'à coté...

Datant de 1988, Les Saisons du Plaisirs est surtout connu en raison de son affiche des plus équivoque, plus que de ses qualités en terme d’œuvre cinématographique. Tourner, c'est toute sa vie, à Jean-Pierre Mocky. Troisième film à sortir cette année là après le corrosif Miraculé et Agent Trouble, Les Saisons du Plaisirs fait figure de film léger. On s'y fourvoie à volonté avec ses partenaires, hommes et femmes, homme et homme, femme et femme, Jean-Pierre Mocky n'a pas de tabous.

Le casting est exceptionnel : Stephane Audran, Jean-Pierre Bacri, Roland Blanche, Jean-Luc Bideau, Darry Cowl, Rochard Bohringer, Eva Darlan, Jean Poiret, Fanny Cottençon, Sylvie Joly, Bernadette Lafont, Jacqueline Maillan, Bernard Menez, et même la toute jeune Judith Godrèche tournent en orbite autour des « anciens » Charles Vanel et Denise Grey. 
 

Le pouvoir, l'argent et le sexe sont les vices qui touchent tous les personnages du cinéaste. Son film fait parfois penser à la comédie satirique de Denys Granier-Deferre Que les gros salaires lèvent le doigt, sortie six ans plus tôt. Les Saisons du Plaisirs se laisse regarder, sans plus. C'est bien du Mocky : une idée de départ intéressante mais mal négociée par la suite. Heureusement, l'interprétation est quand à elle assez juste...


vendredi 20 juillet 2018

Une nuit à l'Assemblée nationale de Jean-Pierre Mocky (1988)



Walter Arbeit est naturiste. Il vit en compagnie de sa femme et de leur neuf enfants (un dixième arrive) dans un camp de naturiste bien gardé et abrité des curieux. Parce qu'il a mérité une médaille, il accepte d'accompagner son ami Aimé Dugland jusqu'à l'Assemblée où il doit être décoré de la Légion d'Honneur. Sauf qu'entre-temps, il comprend que la récompense à été achetée par son ami. Scandalisé, il quitte le bureau et hurle à qui veut l'entendre que les médailles, ici, s'achètent.

Pour que l'affaire ne s'ébruite pas, Octave Leroy, un proche du Ministre Agnello promet à Walter de réfléchir à une solution concernant la voie de chemin de fer qui bientôt prendra la place du camp dans lequel vivent ses concitoyens naturistes. Alléché par la proposition de Leroy, Walter se laisse amadouer. Mais très vite, il comprend qu'il s'est fait avoir et se lie avec la gauchiste Henriette Brulard afin de révéler lors d'une réunion à l'Assemblée les magouilles perpétrées par certains politiques...


Une Nuit à l'Asemblée Nationale se veut un brûlot contre la classe politique. Un film en forme de dénonciation contre les responsables de l’État et leur habituelles tendances à magouiller. Mensonges, pots de vin, manipulation, tout y passe et Jean-Pierre Mocky convoque un parterre de célébrités pour donner corps à un sujet sulfureux.

Jean Poiret mène la danse, en homme politique véreux qui n'hésite pas à abuser du mensonge pour obtenir ce qu'il veut. Jacqueline Maillan en pseudo Laguiller, gauchiste et désirant renverser le pouvoir en révélant les trafics en son sein. Bernadette Laffont, Darry Cowl, Roland Blanche, Jean Benguigui, et même Josianne Balasko, lors d'une petite apparition. Mais le gros du pavé, c'est celui que lance l'admirable Michel Blanc qui traîne sa nudité jusque dans les couloirs de l'Assemblée. Une performance rare pour l'époque, d'autant plus que l'acteur ne fait pas que traverser l'écran un court laps de temps mais durant tout le film, ou presque.

Malgré tout, Une nuit à l'Assemblée nationale demeure une œuvre relativement faible. La critique est idiote. Du moins, son traitement l'est. En choisissant l'extravagance comme approche, il annule l'impact que pourrait avoir une telle dénonciation des travers de la classe politique. L'interprétation est pauvre, surtout celle des seconds rôles toujours interprétés par des homme et femmes qui n'ont rien à faire devant une caméra mais auxquels Jean-Pierre Mocky offre une chance d'être immortalisés. Une nuit à l'Assemblée nationale reste cependant une réelle curiosité qu'il est intéressant de découvrir. L'un des points noirs demeure dans l'énoncé du titre : Cette fameuse nuit à l'Assemblée ne nous est montrée que durant une dizaine de minutes, emportant ainsi le film loin du huis-clos auquel on aurait pu s'attendre...

dimanche 24 juin 2018

La Candide Madame Duff de Jean-Pierre Mocky (2000)




Léon Duff a tout pour être heureux. Il est marié à une épouse parfaite qui lui a donné un enfant, et qui l'aime et le chérie. Il possède un superbe domaine avec un magnifique manoir et un splendide parc. Il a sous ses ordres Mademoiselle Cast, qui s'occupe de sa progéniture et un fidèle chauffeur du nom de Nolan.

L'existence de Léon est si bien réglée et si peu entachée que le vieil homme s'ennuie. Sa vie conjugale en compagnie de Régina plus jeune d'une vingtaine d'années est si harmonieuse qu'il ne désire plus qu'une seule chose : s'en séparer. Mais pour cela, il devra prouver à sa tante que Régina le trompe. Léon soupçonne tout d'abord leur chauffeur Nolan. Puis c'est au tour d'un certain William d'être dans le collimateur du riche propriétaire. 


Il va jusqu'à faire suivre son épouse par une agence de détectives privés. Puis c'est aux cotés de Nolan qu'il va monter un stratagème pour prouver l'adultère. Sans jamais se douter qu'il est peut-être la victime de manipulations visant ses biens ainsi que ceux de sa tante bien aimée...

Adaptée d'une série, La Candide Madame Duff est une œuvre d'assez bonne facture. Réalisée en 2006, elle voit le casting revu à la baisse en comparaison de la pléthore de personnages que l'on a l'habitude de voir dans certains films de son auteur. Dans le cinéma de Jean-Pierre Mocky, ce film fait figure de réussite, même si les habituels défaut inhérents à une volonté de produire vite sont légion. La Candide Madame Duff est un petit polar sans prétentions, qui permet une fois de plus à Jean-Pierre Mocky de donner la parole à quelques acteurs peu connu, du moins, rarement aperçus dans le paysage cinématographique français. Pierre Cosso est surtout connu pour avoir tenu la dragée à Mireille Darc dans la série à succès Les Cœurs Brûlés de Jean Sagols. Emilie Hebrard, elle, et après bien des recherches, ne semble avoir joué qu'un seul rôle important, celui de cette candide Madame Duff justement. Enfin, concernant Patricia Barzyk, c'est d'une véritable histoire d'amour cinématographique entre cette ex-miss Jura (en 1979) et Mocky dont il s'agit puisque les deux personnalités se retrouveront sur les tournages de pas moins de treize films, dont un pour la télévision.

La Candide Madame Duff est, à coté d'un certain nombre d'échecs de la part du cinéaste, l'une de ses meilleures performances en tant que cinéaste. On n'atteint pas tout à fait le niveau de ses plus belles réussites mais tout de même, on prend un certain plaisir à suivre cette histoire dont l'intensité du twist final aurait été plus forte si l’œuvre avait été nantie d'un budget plus conséquent et de meilleurs acteurs. A noter la présence amusante d'un Dick Rivers pas vraiment à l'aise. Une bonne petite surprise tout de même...


vendredi 9 décembre 2016

La Bête de Miséricorde de Jean-Pierre Mocky (2001)



En adaptant au cinéma le roman éponyme de Fredric Brown, le cinéaste français Jean-Pierre Mocky, s'il ne revient pas en très grande forme, parvient tout de même à réaliser une œuvre relativement acceptable. Ce film, c'est La Bête de Miséricorde dont il a écrit le scénario en compagnie d'André Ruellan. Pour remettre un peu d'ordre dans ce récit quelque peu alambiqué du fait d'une mise en scène souffrant de nombreux problèmes, disons que l'histoire s'articule autour de Jean Mardet, veuf depuis que sa femme est morte dans un grave accident de voiture. Disons plutôt des mains de son époux puisque ne supportant pas de l'entendre agoniser, il lui donne le coup de grâce en lui écrasant une pierre sur le sommet du crâne. Pour un individu éperdument amoureux de sa femme et anéanti de la découvrir en grande souffrance, sa manière de la libérer est difficile à concevoir. Mais bon, bref.
Dix ans plus tard,, Mardet tue au nom du Seigneur auquel il est entièrement voué. Mais pas n'importe qui. Ceux qui comme lui, dix ans plus tôt, souffrent. Qu'il s'agisse d'un clochard, ou bien d'un homme qui a perdu toute sa famille dans une noyade, tous y passent. Ce dernier justement, Mardet l'a tué mais n'a pas tenté de camoufler le corps. Plus absurde encore, il a téléphoné à la police afin de la prévenir de la présence du cadavre dans son jardin. Moreau et Castan sont les deux inspecteurs chargés de l'enquête. Le premier est très vite convaincu de la culpabilité quand le second, lui, préfère émettre des réserves...

Je n'en dirai pas davantage pour ne pas dévoiler la totalité du contenu de ce récit qui aurait pu, et aurait même dû donner naissance à un bon polar à la française. Mais Jean-Pierre Mocky s'étant chargé de la réalisation et du personnage de Jean Mardet, on se doute bien que son adaptation ne va pas atteindre des sommets en matière de mise en scène et d'interprétation. Il demeure pourtant dans son cinéma, quelque chose d' éminemment touchant. Un détail par-ci, par-là qui nous fait aimer ce personnage unique (ou presque) dans le paysage cinématographique français. On s'indignerait presque que personne ne veuille distribuer ses films. Car en effet, comme pour beaucoup de ses œuvres, La Bête de Miséricorde n'est sorti en France le 17 octobre 2001 que dans une seule et unique salle, la sienne. Celle de Jean-Pierre Mocky, le BRADY. Il est demeuré vingt-six semaines en exclusivité. La première, il a totalisé 608 entrées. Et à la fin, il n'en aura finalement récolté que 6207. C'est peu, et en même temps, pas très étonnant.

Parce que Jean-Pierre Mocky a eu beau tourner avec certains de nos plus grands acteurs (Francis Blanche, Bourvil, Jean Poiret, Fernandel, Michel Serrault, Jacques Dufilho, Michael Lonsdale, etc...) et même des personnalités « travaillant » dans d'autres secteurs artistiques (Charles Aznavour, Eddy Mitchell, etc...), son cinéma arbore un visage assez particulier. Lui qui a pour habitude d'employer des « gueules cassées » fait également régulièrement appel à de véritables amateurs. C'est le cas ici. Ce qui ne l'a pas empêché d'offrir deux des principaux rôles à Jacky Berroyer et Bernard Menez. Si le premier s'en sort avec les honneurs, le seconds est terriblement mauvais. C'est à se demander de quelle manière Bernard Menez est parvenu à se bâtir une filmographie d'environ cent films. Se reprenant à plusieurs reprises, on se demande dans quelle mesure il a appris son texte et quelle est la part d'improvisation des interprètes. D'ailleurs, lorsque gît le cadavre de Moreau à la fin du film (oui, je sais, je spoile), on se dit que Bernard Menez est meilleur lorsqu'il se tait que lorsqu'il tente vainement de donner du corps à son personnage d'inspecteur de police.
A part cela, La Bête de Miséricorde se situe au niveau qualitatif, au beau milieu de la filmographie de son auteur. Ni parmi ses meilleurs longs-métrages, mais heureusement, pas non plus parmi ce qu'il a réalisé de plus mauvais. L'honneur est donc relativement sauf. Ouf !

vendredi 11 mars 2016

La Cité de l'Indicible Peur de Jean-Pierre Mocky (1964)



L'inspecteur Simon Triquet est pétrit de scrupules depuis que le dangereux criminel connu sous le nom de Mickey le Bénédictin a été arrêté et enfermé par ses soins. En effet, la justice l'ayant condamné à mort, l'homme doit être aujourd'hui guillotiné, en présence de Triquet. Mais la guillotine étant enraillée, c'est le bourreau qui perd la tête en tentant de la réparer, Mickey profitant de l’inattention de ses gardes pour prendre la fuite. Le supérieur de Triquet les envoie lui et son collègue Virgus enquêter chacun dans un village différent. Si Virgus a bien l'intention de retrouver le criminel et faussaire afin que sa sentence soit exécutée comme cela était prévue, Triquet, lui, a désormais l'intention de mettre la main sur Mickey afin de lui éviter le pire.

Son enquête le mène jusqu'à Barges, petit village d'Auvergne dans lequel il trouve une preuve de la présence de Mickey : un faux billet de banque. Triquet tente de se fondre dans la population en se faisant passer pour un architecte mais la vérité sur son identité va vite se propager dans cet endroit où tout le monde se connaît et dans lequel une légende veut qu'une bête rode le soir, faisant trembler les habitants de Barges. Triquet fait la connaissance du maire, du pharmacien, du gendarme loupiot ou encore du boucher. Mais alors qu'il questionne autour de lui ceux qu'il soupçonne être au courant de la présence du faussaire, Mr Franqui, qui épie ses voisins à l'aide de jumelles, meurt dans d'étranges circonstances...

Tourné en 1964, La Grande Frousse est le sixième film de Jean-Pierre Mocky. L'année précédente, on découvrait le trio d'acteurs Bourvil, Jean Poiret et Francis Blanche dans l'excellent Un Drôle de Paroissien, et c'est donc avec un immense plaisir que l'on retrouve les trois hommes dans ce qui s'apparente autant à un film fantastique qu'à une comédie policière. Dix-spet ans plus tard, le cinéaste donnera d'ailleurs ses lettres de noblesses au genre fantastique avec l'une des rares réussites du genre pour l'époque, Litan : la Cité des Spectres Verts. Afin de créer une véritable ambiance pour cette Grande Frousse qui en réalité n'effraiera que les personnages eux-mêmes, Jean-Pierre Mocky fait appel aux intempérie et surtout à la légende tournant autour d'une bête, finalement assez ridicule et qui pourtant, demeure la plus grande crainte d'un village dirigé par un maire un peu trop souriant pour être honnête. Mocky joue avec la satire et ridiculise la police à travers le personnage de Loupiot (Jean Poiret), gendarme respectueux des lois mais abusivement protocolaire et qui termine presque toutes ses phrases en prononçant toujours les mêmes trois mots: « Par arrêté municipal ».

Bourvil porte la perruque et campe un inspecteur apparemment pas très malin lancé à la poursuite d'un criminel qu'il identifie chaque fois comme étant chauve, alcoolique et frileux. Se déplaçant en sautillant et poussant de petits cris de bêtes apeurée, c'est un être profondément honnête et pas si naïf qu'on le croire. Face à lui, une galerie de personnages hauts en couleur interprétés par Francis Blanche donc, mais également par Jean-Louis Barrault, Jacques Dufilho, Victore Francen, René-Louis Lafforgue ou encore Véronique Nordey.



Adaptation du roman de Jean Ray, "La cité de l'indicible peur", La Grande Frousse se vit expurgé de plusieurs scènes. Alors que l'oeuvre littéraire et le long-métrage portaient à l'origine le même titre, les distributeurs de l'époque en imposèrent donc un autre. Lorsque Jean-Pierre Mocky récupéra les droits de son œuvre, il racheta l'intégralité des bandes et remonta le film dans son montage d'origine et lui redonna le titre du roman de Jean Ray. La Grande Frousse demeure un Mocky de grand cru...


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