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mercredi 19 août 2026

Le furet de Jean-Pierre Mocky (2003) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Pour ce nouvel article consacré à Jean-Pierre Mocky, nous nous déplaçons jusqu'en 2003, année relativement peu faste pour le cinéaste si l'on veut rester polis, courtois et respectueux vis à vis de sa très longue carrière. Il n'est d'ailleurs pas inconcevable d'imaginer qu'il aurait probablement continué à tourner des films puisque c'est bien son décès survenu le 8 août 2019 qui mit un terme à la réalisation et à l'écriture de longs-métrages. Cette année là, il réalisa d'ailleurs le tout dernier d'entre eux, intitulé Tous Flics. Concernant Le furet, il s'agissait là de l'unique collaboration entre le cinéaste français et l'acteur Jacques Villeret qui tient le rôle-titre de cette comédie criminelle et policière dans laquelle l'on retrouve également deux très fidèles interprètes de Jean-Pierre Mocky puisque Michael Lonsdale et Michel Serrault apparaîtront tous les deux dans divers œuvres alignant l'un et l'autre une dizaine de collaborations. Comme à son habitude, Jean-Pierre Mocky réunit quelques vedettes du cinéma français auxquelles l'on peut ajouter Robin Renucci qui six ans plus tard apparaîtra dans Colère, quelques seconds rôles parmi de très grands habitués du réalisateur tels que Dominique Zardi ou Jean Abeillé ou, encore plus étonnant, des personnalités qui viennent d'univers qui n'ont pas véritablement de lien direct avec le septième art. On pense bien évidemment au chanteur de rock Dick Rivers, ancienne vedette de la chanson française qui connut tout d'abord le succès avec son groupe Les Chats Sauvages dans les années soixante avant qu'il ne se lance dans une carrière solo ou bien l'animateur de télévision Karl Zéro, de son vrai nom Marc Tellenne, dont la période la plus faste se concentra probablement lors de ses différentes participations aux émissions Nulle Part Ailleurs et Le Vrai Journal sur Canal+ entre 1994 et 2006... Le furet du titre est donc ce tueur à gages insaisissable qui donne du mal à la police ainsi qu'au truand Don Salvadore (Michael Lonsdale). L'une et l'autre ne rêvant que d'une chose. Stopper net sa carrière d'assassin. En effet, lorsque cette adaptation du roman Le furet dans le métro de l'écrivain et illustrateur de bandes dessinées américain Lou Cameron débute, le meurtrier en est déjà à sa quatrième victime. Mais l'homme ne s'en prend pas à n'importe qui : celui-ci semble avoir un effet une prédisposition pour les petites crapules, les voyous, les dealers... Mais ce que l'on découvre rapidement, c'est que l'homme ne tue pas selon son unique volonté puisqu'il exécute en réalité des contrats commandités par un certain Anzio (Michel Serrault) qui lui promet sans cesse de lui faire rencontrer enfin Don Salvatore...


Ayant toujours un prétexte pour repousser les présentations entre le mafieux et le tueur à gages qu'incarne donc à l'écran Jacques Villeret, ce dernier rêve de devenir riche, de conduire de belles voiture et d'avoir toutes les femmes qu'il désire malgré qu'il soit marié et père de deux fils. Véritable anguille qui glisse entre les mailles du filet, le furet se cache sous l'apparat du sympathique petite serrurier, grand amateur de films d'action et qui lors des contrats qu'il est chargé d'exécuter a l'habitude de passer par les égouts et par les tunnels du métro parisien... Le furet met en scène l'actrice (et reine de beauté !!!) Patricia Barzyk dans le rôle du médecin légiste Karadin. Son personnage entretiendra une relation privée avec l'inspecteur Bart chargé d'enquêter sur la série de meurtres qui endeuille les réseaux criminels et qu'incarne de son côté Robin Renucci. Quant à eux, Dick Rivers, Jean Abeillé et Karl Zéro interprètent des bandits. Les deux premiers étant à la solde de Don Salvatore tandis que le troisième est le neveu poltron d'Anzio. Doté d'un budget d'un peu moins d'un million d'euros, Le furet reste une œuvre relativement intéressante s'agissant d'un film de Jean-Pierre Mocky s'inscrivant dans une période charnière où s'enchaînent quelques bonnes surprises mais aussi des longs-métrages presque ''impropres'' à la consommation. On ne reviendra évidemment pas sur l'interprétation souvent calamiteuse de certains grands fidèles acteurs du réalisateur, le film étant évidemment tout d'abord porté par un Jacques Villeret également à la production qui choisit de financer le film car le script de Jean-Pierre Mocky lui plaît beaucoup. L'acteur aurait même réussit à convaincre Jean-Pierre Mocky de retourner certaines séquences qu'il jugeait de mauvaise qualité. Le plus décevant restant ici l'incarnation de Michel Serrault qui, il faut bien le reconnaître est mauvais, voire même pathétique. Mais dans l'ensemble, le film reste très plaisant à regarder. Notons enfin que la bande musicale est l’œuvre du compositeur franco-roumain Vladimir Cosma qui bien longtemps après avoir écrit la musique du Grand blond avec une chaussure noire, des Aventures de Rabbi Jacob ou de celle de L'aile ou la cuisse a ici franchement perdu de sa superbe....

 

mardi 18 août 2026

L'étalon de Jean-Pierre Mocky (1969) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Six ans après Un drôle de paroissien, Jean-Pierre Mocky, Francis Blanche et Bourvil se retrouvèrent une fois encore aux côtés d'autres interprètes moins connus tels Jean-Claude Rémoleux, Roger Legris, Rudy Lenoir ou encore Luc Andrieux pour L'étalon. Tous s'étaient d'ailleurs réunis autour d'un autre projet réalisé un an plus tôt par le réalisateur et scénariste français intitulé La grande Lessive !. S'agissant de L'étalon, l'on reconnaît la marque de fabrique de Jean-Pierre Mocky, son amour pour la comédie satirique, genre qu'il s'est employé à déconstruire à sa manière toute particulière pour le bonheur et même parfois le malheur du public. Car en effet, le onzième film du cinéaste est très significatif des failles et des limites de son système qui l'a toujours vu employer d'authentiques vedettes du cinéma, les mêlant très souvent à des comédiens et des acteurs de seconde, voire de troisième catégorie. Des amateurs incapables de tenir un échange au-delà de deux ou trois phrases. Il est d'ailleurs plutôt amusant de constater qu'il se servira notamment ici des faiblesses d'interprétation de l'acteur Jean-Claude Rémoleux qui interprète le député Léon Lacassagne pour lui faire jouer le rôle d'un politicien ayant de grandes difficultés pour s'exprimer en public ! Concernant le script de Jean-Pierre Mocky et de son fidèle collaborateur Alain Moury, le réalisateur ainsi qu'André Bourvil en sont à l'origine. L'histoire suit à peu près le même chemin que celui d'Un drôle de paroissien. En lieu et place du personnage de Georges Lachaunaye qui pour faire vivre sa famille était contraint de voler l'argent des troncs d'églises, l'acteur interprète désormais le rôle du vétérinaire William Chaminade qui alors qu'il s'apprête à prendre un bateau en partance pour l'Afrique vient au secours d'une femme (Noëlle Leiris dans le rôle de Nelly Pointard) qui vient de tenter de se suicider en se jetant de la fenêtre d'un restaurant. La jeune femme explique alors à son sauveur qu'elle est en manque d'amour. Ayant perdu ses bagages, n'ayant nul endroit où dormir et sans le sou, le vétérinaire imagine alors un moyen de se faire de l'argent tout en proposant aux femmes esseulées et en mal d'amour de rencontrer des hommes (les étalons en question) qui seront tout d'abord drastiquement sélectionnés pour leur avantages physiques par William et par un collaborateur, le docteur Finus (l'acteur R.J Chauffard). On le voit, dans un cas comme dans l'autre, Bourvil interprète un personnage prêt à défier la justice et la loi...


D'un côté voleur et de l'autre se transformant en proxénète, son personnage n'est pas le seul qui semble ici se référer à l'un des protagonistes d'Un drôle de paroissien puisque après avoir incarné l'inspecteur Cucherat six ans auparavant, Francis Blanche joue désormais le personnage du percepteur Dupuis. Et dans un cas comme dans l'autre là encore, les deux individus s'attachent à poursuivre le héros du récit afin de lui faire cesser toute activité criminelle. Toujours aussi débonnaire, Bourvil apparaît à l'écran le crâne rasé, vêtu d'un costume blanc ainsi que de gants, d'une chemine et d'un chapeau noir. Cachant ainsi plus ou moins son absence de cheveux qui ne s'explique non pas selon un désir du cinéaste mais se référant plutôt à un choix esthétique de la part de l'acteur lui-même qui à cette époque est atteint d'un cancer et doit suivre un lourd protocole médical le contraignant à subir des séances de chimiothérapie qui lui font perdre ses cheveux. S'il ne semble pourtant pas affaibli par la maladie ou par son traitement, Bourvil n'est cependant pas à la hauteur de ses meilleurs rôles. Un constat que l'on reprochera tout d'abord à Jean-Pierre Mocky qui commence déjà à cette époque à mélanger vedettes de cinéma (l'on retrouve ici notamment Michael Lonsdale dans le rôle du commissaire Donald Both) et acteur à l'amateurisme assumé. Un drôle de melting-pot qui malheureusement fonctionne plutôt mal. D'autant plus qu'en reprenant plus ou moins la structure narrative d'Un drôle de paroissien, L'étalon manque sincèrement d'inspiration. C'est long, répétitif et peu divertissant. Pourtant, Jean-Pierre Mocky et son scénariste semblent être parfois saisis d'une forte inspiration. À moins que les deux hommes n'aient été captivés à l'idée du concept de ''doubles'' propre à la trilogie Fantomas qui donna lieu à trois longs-métrages réalisés entre 1964 et 1967 par André Hunebelle avec en vedette Mylène Demongeot, Jean Marais et bien évidemment Louis de Funès, la séquence se déroulant à l'Assemblée Nationale où se joue le projet du vétérinaire de faire passer une loi sous les faux traits du député Léon Lacassagne est relativement réussie. Pour le reste, L'étalon demeure une comédie très moyenne typique de ce que deviendra de manière récurrente le cinéma de Jean-Pierre Mocky jusqu'à la fin de sa carrière...

 

mercredi 29 mars 2023

Agent trouble de Jean-Pierre Mocky (1987) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Commençons par une anecdote qui n'a pas de relation directe avec le film. À voir Catherine Deneuve affublée d'une coiffure qui ne la met pas vraiment physiquement en valeur, je me suis demandé si elle portait une perruque. C'est alors que je me suis rendu sur Google pour y taper Catherine+Deneuve+Perruque. Obtenant ainsi parmi une foule de portraits de l'actrice nantie de diverses coiffures, quelques résultats étonnants. Telle cette foufoune dite ''A la portugaise'' du plus mauvais goût. Aussi pittoresque que puisse paraître la chose, elle rejoint par contre l’œuvre de Jean-Pierre Mocky en ce sens où le réalisateur français signait en 1987 avec Agent trouble, un bien curieux thriller. Le ridicule se penchant sur le moindre petit détail. Cette mèche grise qu'arbore Richard Bohringer, cette coiffure fauve qu'affiche Dominique Lavanant (aggravée par des tenues excentriques), ce bandeau qui enserre le crâne de Tom Novembre... Jean-Pierre Mocky était un bien curieux personnages n'ayant pas la langue dans sa poche. Un univers tout personnel qui malheureusement se dégrada au fil du temps, gangrenant les intrigues même les plus limpides. Pour comprendre et aborder Agent trouble de la manière la plus claire, il faudra sans doute se reporter à ces deux phrases que cite Catherine Deneuve après soixante-quinze minutes de récit : ''J'narrive pas à comprendre exactement les mobiles de ces gens... Ni à expliquer la nécessité pour eux de tuer tous ces innocents...'' Et c'est justement ce que l'on ressent devant cette histoire remarquablement intrigante dans ses premiers instants mais dont l'intérêt se délite au fil du temps. Qu'on le veuille ou non, Jean-Pierre Mocky gâche le matériau d'origine en insufflant à son œuvre cette folie douce dont il est coutumier mais qui n'était sans doute pas nécessaire ici. Lui que l'on aurait aimé voir traiter pour une fois avec un peu plus de sérieux cette adaptation du roman The man who loved zoos de l'écrivain américain Malcom Bosse ne peut donc s'empêcher d'y joindre une partie des freaks qui l'accompagnent généralement dans des situations ubuesques !


Le plus tragique dans toute cette histoire d'une adaptation dont l'effet est malheureusement celui d'un pétard mouillé, est d'observer le potentiel du récit et ce qu'en a fait Jean-Pierre Mocky. De sa manière toute personnelle et maladroite d'énumérer l'intrigue et ses personnages, Agent trouble évoque quelque part l'adaptation du roman de Georges-Jean Arnaud Brûlez-les tous ! réalisée en 1986 par Robert Enrico sous le titre Zone Rouge. Film dans lequel l'actrice Sabine Azéma cherchait à comprendre les raisons entourant la mort de son ex-mari et de celle de plusieurs habitants d'un hameau qui ensuite fut au cœur d'un incendie volontaire. Moins enclin à faire de son œuvre une adaptation riche en rebondissements et en sous-intrigues passionnantes, Jean-Pierre Mocky ouvre cependant les hostilités de la manière la plus séduisante, attirant ainsi le chaland à travers cette vision on ne peut plus fantasmagorique d'un bus arrêté dans un décor enneigé et dont tous les passagers sont prostrés dans une attitude d'inexplicable effroi. À la suite de cette séquence d'ouverture alléchante, le réalisateur introduit Tom Novembre, pittoresque personnage marginal prénommé Victorien qui fera les poches des victimes avant d'aller rendre visite à sa tantine Amanda Weber(Catherine Deneuve) et d'être ensuite recherché, poursuivi et enfin assassiné par l'étrange personnage qu'incarne Richard Bohringer, un certain Alex. Sans le talent particulièrement pointu d'un Claude Chabrol mais avec toujours autant de ferveur et de vigueur, Jean-Pierre Mocky persévère dans la critique des hauts dignitaires, jouant avec les codes du thriller tout en laissant une large place à ces personnages étranges qui toujours ont parcouru sa filmographie. Après la mort de Victorien, sa tante mène l'enquête... un peu trop tardivement comme le constatera le spectateur, beaucoup trop tard pour que le réalisateur parvienne à véritablement déployer l'intrigue et pour que les investigations d'Amanda Weber prennent une tournure véritablement passionnante. Reste alors le plaisir de retrouver Sylvie Joly, Pierre Arditi et les habituels trublions du cinéma ''Mockyéen''. Sans oublier la délicieuse Kristin Scott Thomas quasiment au début de sa carrière (à trois ans et une toute petite poignée de rôle près), jeune, belle, sexy, dans le rôle de la prostituée Julie. Laquelle absorbera sans doute l'attention des spectateurs de sexe masculin lorsqu'elle leur révélera sa brune toison. Une foufoune en chassant une autre, voilà donc une jolie épanadiplose...

 

lundi 27 mars 2023

Le deal de Jean-Pierre Mocky (2006) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Sacré Jean-Pierre Mocky, capable du ''meilleur'' (Un drôle de paroissien en 1963, La Cité de l'indicible peur en 1964, La Grande lessive (!) en 1968) comme du pire (Dossier Toroto en 2011 ou Agafia en 2015) et qui signait avec Le deal, l'un de ses plus mauvais films. Et donc, l'un de ses plus essentiels. Du moins, parmi ceux qui sont marqués de l'empreinte du Z (des séries, s'entend, et non pas du célèbre Zorro) et du nanar ou bien encore du sceau de l’inénarrable amateurisme (malgré une carrière longue de dizaines d'années et d'autant de longs-métrages). Le genre de film que l'on n'oserait pas offrir à son pire ennemi ou montrer à celui ou celle que l'on aimerait convaincre du bien fondé de l'entreprise ''Jean-Pierre Mocky''. Nombreuses sont les fin de carrières chez les cinéastes qui se terminent dans des conditions quasi désastreuses tandis que chez notre réalisateur français, c'est presque une marque de fabrique. Un coup de tampon sur toute une partie défaillante de l'aspect technique qui se retrouve généralement dans son œuvre. Que ses fidèles interprètes soient toujours aussi mauvais est un fait. S'acharnant à recourir aux mêmes gueules cassées, difformes et plus généralement admises comme détonnant avec l'image que l'on peut se faire d'une vedette ou d'une star du cinéma, Jean-Pierre Mocky convoque à nouveau Jean Abeillé, Dominique Zardi, Christian Chauvaud ou l'ancienne reine de beauté Patricia Barzyk (et sa fille Sarah). Qu'importe que sa troupe hésite entre deux phrases puisqu'en post-synchronisation, les interprètes de ce Deal commettent de toute manière une véritable boucherie en accordant mal leur doublage avec les images d'origine. C'est aussi ça la ''Jean-Pierre Mocky's touch !''. Même lorsque l'un ou l'autre de ses interprètes bafouille, le réalisateur et scénariste (ici aux côtés du romancier André Ruellan) ne se pose pas la question de savoir si retourner tel ou tel plan serait une idée judicieuse. Que ça passe ou que ça casse, entre les mains d'un autre la chose aurait été impardonnable mais chez notre trublion du cinéma indépendant hexagonal, ça passe crème...


Le deal met notamment en scène quelques vedettes toutes plus bigarrées les unes que les autres mais se revendiquant malgré tout de par leur jeu ou par leur attitude de ce cinéma transgenres. Visionnaire et précédant sans doute bien involontairement l'avenir du cinéma, Jean-Pierre Mocky convoque un couple de lesbiennes, histoire plus d'une décennie en avance sur la concurrence de se conformer à ce que nous dictera la bien-pensance dans le courant des années 2010 et 2020 ! D'autres fidèles du réalisateur aux carrières nettement plus confortables répondent à l'appel. Jean-Claude Dreyfus, Jean-François Stévenin, Jackie Berroyer et, plus étonnant, l'actrice américaine Alison Arngrim qui, comme son nom ne l'indique peut-être pas, interpréta la peste Nellie Oleson dans la série culte La petite maison dans la prairie entre 1974 et 1981. Dans la langue de Molière qu'elle ne maîtrise pas forcément, Alison et son immense regard happent tout d'abord l'objectif de la caméra, nous ensorcelle, avant d'agacer nos oreilles, de nous vriller les tympans d'un rire qui ne s’asséchera que dans les derniers instants. Il faudra d'ailleurs sans doute se munir d'un décodeur, surtout dans la première partie durant laquelle il sera difficile de déchiffrer des lignes de dialogues étouffées sous l'accent fort prononcé de l'actrice américaine. Elle incarne Édith, l'épouse de Victor Anselme (Jean-François Stévenin), lequel se la joue John Travolta période Blow Out de Brian de Palma en photographiant une altercation entre le député Hervé Radius (Jean-Claude Dreyfus) et sa maîtresse Priscilla (Patricia Barzyk) se terminant par la mort de celle-ci. Tout d'abord victime d'un chantage de la part du photographe, radius se retrouve avec sur les bras, le cadavre de Victor après que celui-ci se soit électrocuté dans la baignoire du député ! S'ensuit un imbroglio lors duquel Radius tente de se constituer un alibi pour le jour de la disparition de sa maîtresse tandis que l'inspecteur Castang (Jackie Berroyer dans l'un de ses meilleurs rôles) enquête auprès de lui et de son entourage. Malgré le concept, Le deal est terriblement raté. Mal joué, mal dirigé, techniquement et artistiquement à la ramasse, le film est typique de ce cinéma ''Mockyéen'' qui se la joue un peu trop modeste et foutraques dans ses aptitudes. Les fans seront ravis. Les autres pourront passer leur chemin...

 

vendredi 10 novembre 2017

Grabuge ! de Jean-Pierre Mocky (2005) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Grabuge ! ? un film de Mocky. Pas le meilleur, pas le pire non plus. Juste dans la moyenne. Une comédie policière qui furète davantage dans la seconde catégorie que dans la première. Les gags, eux ? Rares, lourds. Des blagues Carambar que l'on se raconte au détour d'un verre. Une interprétation tout juste acceptable. De quoi saisir distinctement l'intrigue construite autour du scénario écrit par le réalisateur français lui-même ainsi que par André Ruellan, mais certainement pas au point de tomber en admiration devant des actrices et acteurs qui rament terriblement. Jean-Pierre Mocky n' a pas l'air d'être le genre de cinéaste à tourner de trop nombreuses fois la même scène. D'ailleurs, qui lui en voudrait ? Ses fans ? Certainement pas. Vu le score pitoyable qu'atteignent la majorité de ses film depuis un certain nombre d'années au box-office, pourquoi le bonhomme irait, en plus du sang et de la sueur, dépenser davantage de pognon pour un résultat qui serait malgré tout ses efforts, à peu de chose près identique à celui qu'il obtient habituellement. Même si Jean-Pierre Mocky engueule ses interprètes, il doit bien les aimer. Un amour qu'ils doivent partager sinon comment expliquer qu'ils reviennent toujours vers lui ? Ce petit cercle de fidèles collaborateurs serait-il masochiste ?

L'intrigue de Grabuge ! agirait presque comme un somnifère. Le cinéaste autoproclamé « underground » depuis le naufrage d'Une Nuit à l'Assemblée Nationale en 1988 s'imagine seize ans plus tard tourner une comédie policière sur fond de drame social en abordant le pourtant difficile sujet de l'immigration de masse, des clandestins, et des filières mafieuses qui en découlent en négociant à prix fort la vente de cartes de séjour et de travail.
D'où le personnage interprété par Charles Berling, ici dans la peau de Maurice, employé au service des étrangers à la préfecture de police de Paris. Témoin d'un meurtre dont à été victime un ami danseur à lui, il n'est pas au bout de ses surprises lorsque meurt à son tour, l'épouse de la première dépouille. Ainsi débarque par la suite, le commissaire Lancret, incarné par le fidèle Michel Serrault qui n'en est alors pas à sa première collaboration avec le cinéaste. Les deux hommes vont s'unir de découvrir pourquoi il y a eu meurtres. C'est ainsi qu'ils trouvent une piste les menant sur un trafiques de cartes de séjours de grande ampleur à laquelle seraient directement mêler les supérieurs hiérarchiques de Maurice...

Vu comme cela, on se dit que Grabuge ! aurait pu faire un sacré bon film. Un scénario solide, un sujet brûlant (qui a dit opportuniste?), mais, car il y a un mais (et même plusieurs), jean-Pierre Mocky abandonne toute forme d'ambition en dirigeant ses interprètes à la truelle. Comme à son habitude, il peut compter sur son cercle de fidèles interprètes dont les gueules sont la ma rque de fabrique du cinéaste. Outre Dominique Zardi, qui demeure encore dans le lot comme le meilleur de sa catégorie, on retrouve l'ancien Deschiens François Toumarkine qui jusqu'à maintenant à tourné à quatorze reprises aux côtés de Jean-Pierre Mocky, Christian Chauvaud (dix-neuf fois), ou encore Jean Abeillé qui détient le record de participation et de longévité avec quarante-huit apparitions !
Même Charles Berling et Michel Serrault sont sous-exploités. Avant tout humains, ils sont capables comme n'importe quel acteur de faire des erreurs de prononciation. Mais de cela, Jean-Pierrre Mocky n'en a cure. Avec lui, Grabuge ! A l'air de ne reposer que sur trois termes : « Moteur ! », « action ! », « coupez ! ». Tout le reste de demeurant alors que du superflu dont l'auteur semble se ficher royalement.
Au final, Grabuge ! (merde, avec un tel titre on aurait pu s'attendre à justement, plus de grabuge) se révèle éreintant d'ennui. Et pourtant, on n'arrive jamais à reprocher ses piètres qualités de cinéaste à Jean-Pierre Mocky qui, parfois, possède l'éclair de génie qui sort l'une des ses œuvres du lot. Et puis, il ne faut pas oublier qu'il demeure encore aujourd'hui, LE meilleur représentant français en matière de nanars. Et ça n'est pas rien...

vendredi 27 octobre 2017

Noyade Interdite de Pierre Granier-deferre (1987) - ★★★★★★☆☆☆☆



Trois années de suite, le cinéaste Pierre Granier-Deferre confiera à l'actrice Elizabeth Bourgine l'un des principaux rôles. Dans Cours Privé, La Couleur du Vent, et entre les deux, celui d’Elizabeth pour Noyade Interdite. Un titre revendiquant un certain cynisme. Comme certains des personnages d'ailleurs. Au même titre que l'inspecteur Paul Molinat qu'incarne l'immense Philippe Noiret, ou que l'inspecteur Leroyer, qu'interprète l'excellent Guy Marchand. Deux flics qui se détestent (presque) cordialement. Contraints par leurs supérieurs de faire équipe sur une bien étrange série de meurtres. Un cadavre, puis deux, trois, et enfin quatre se retrouvent échoués sur la plage d'une station estivale juste avant la période des grandes vacances en été. De quoi inquiéter le maire et les habitants de la communauté qui vivent en partie grâce aux recettes effectuées lors de cette période estivale qui accueille généralement de nombreux touristes.
Comme le souligne judicieusement et avec un certain sens de l'ironie un Molinat pressé par le maire de la ville (le tournage a eu lieu à Saint-Palais-sur-Mer ainsi que dans les environs de Royan, deux communes du Sud-Ouest de la France, situées dans le département de la Charente-Maritime), la plage est noire de monde. Un « monde » presque exclusivement constitué de journalistes et d'habitants attirés par l'odeur du sang.

« - Un joli corps, c'est drôlement beau.Vous vous retournez tous les combien ?
- Toutes les douze minutes.
- Ah ! Comme le gigot ? »

A cette occasion, Pierre Granier-Deferre a su s'entourer de très belles interprètes et d'un nombre assez important de vedettes. Au nombres desquelles, les deux principaux acteurs cités plus haut, la chanteuse et actrice italienne Laura Betti qui interprète ici un rôle assez troublant, Dominique Zardi, très grand habitué du cinéma de Granier-Deferre puisqu'il joua dans dix-neuf des vingt-six longs-métrages du cinéaste et joue ici le rôle du vendeur de beignets. La géniale Catherine Hiegel dans celui du Dr. Chauveau, Andréa Ferréol dans celui de Cora ou encore Suzanne Flon dans celui de Hazelle. Mais Pierre Granier-deferre va, avec Noyade Interdite, mettre surtout en avant trois superbes interprètes féminines. Elizabeth Bourgine, donc, mais également Gabrielle Lazure, ainsi que Marie Trintignant, laquelle fut surtout révélée au public grâce à son interprétation du personnage de Mona dans l'hyper-pessimiste Série Noire d'Alain Corneau.
L'enquête est relativement molle. Presque aussi lente que les jours qui passent et attendent avec impatience que la vie reprenne dans cette ville comptant sur la migration de milliers de vacanciers. A la place, des morts. Tous tués d'une balle dans l'oreille. L'enquête s'avère difficile d'autant plus que les rapports entre les deux inspecteurs sont particulièrement houleux. D'un côté Noiret, dont le personnage, habitant direct de cette ville concernée par les cadavres qui échouent sur la plage revendique un certain respect dans la mise en œuvre de l'enquête. Tandis que fraîchement débarqué sur place, l'inspecteur Leroyer, imposé par leurs supérieur hiérarchique s'incruste. Fouille. Sans l'autorisation de celui qui confirme sa supériorité en précisant qu'il est inspecteur, oui, mais en chef !

Pierre Granier-Deferre ménage une ambiance chargée d'électricité. L'humour y est noir. Presque dérangeant. Un policier qui sort des sentiers battus, se mouvant au rythme du ressac de l'océan. Un érotisme soft porté par des actrices qui n'hésitent pas à se dévêtir devant l'objectif du cinéaste pour contenter le regard voyeur de certains personnages comme des spectateurs masculins en général. On pourrait lui reprocher son manque de rythme mais connaissant l’œuvre de ce cinéaste auquel il arrive de prendre son temps Noyade Interdite, en terme de vélocité, demeure dans la continuité...

jeudi 26 octobre 2017

La Cage de Pierre Granier-Deferre (1975) - ★★★★★★★☆☆☆



Lino Ventura, ce grand, cet immense acteur au physique de brute épaisse. Comment avant La Cage aurait-on pu l'imaginer enfermé derrière les barreaux d'une prison. Comme un fauve. Comme un singe pour le seul plaisirs des yeux de son ancienne épouse ? L'actrice suédoise Ingrid Thulin. Une interprète qui, mine de rien, avait déjà tourné sous la houlette d'Ingmar Bergman, Vincente Minnelli, Alain Resnais et Luchino Visconti, et toucher à l'érotisme auprès de Tinto Brass avec Salon Kitty et l'épouvante avec La Corta Notte delle Bambole di Vetro d'Aldo Lado. Fragile, Ingrid Thulin ? Pas tant que cela. Son personnage, oui. D'une intense fragilité psychologique dirons-nous. Une peu folle, mais en pleine maîtrise de ses moyens lorsque son personnage invente un prétexte pour attirer, et enfermer son ancien mari dans une cage située dans la cave de sa maison de campagne. Hélène est en effet très perturbée depuis l'abandon de Julien il y a de cela plusieurs années déjà. Des années qui n'ont pas effacé le chagrin, et ce sentiment d'avoir été jetée comme un kleenex. Lino Ventura, en monstre ? Là encore, difficile d'y croire. Surtout lorsque le cinéaste Pierre Granier-Deferre nous explique que si Julien a divorcé, ça n'est pas par dédain, ni parce qu'il en a trouvé une mieux qu'elle, mais parce qu'à force d'étouffer auprès d'une Hélène jalouse, méfiance, il a pris la fuite.
Quatre années après le désespéré Le Chat, avec Simone Signoret et Jean Gabin, Pierre Granier-Deferre nous propose une nouvelle lecture des rapports qu'entretiennent un homme et une femme dont la relation est arrivée en bout de course. Et toujours chez lui, c'est la femme qui trinque. Sauf qu'ici, tout y demeure beaucoup plus nuancé. Moins sombre, moins déprimant, La Cage aurait pourtant enfoncer le clou de l'atmosphère étouffante de son prédécesseur avec ce huis-clos se déroulant presque exclusivement dans la cave d'une maison à peine éclairée, mais aménagée sommairement de manière à ce que Julien puisse y rester aussi longtemps que le jugera son ancienne femme. La belle et mature Ingrid Thulin. Un brin dérangée tout de même, mais assez forte pour parvenir à ses fins.

Le lion, dans sa cage, tente par tous les moyens de s'en sortir. Des ressources inutiles dans ce genre de cas puisque Hélène a pensé à tout. Barreaux en acier, toilettes sans fenêtre, et porte verrouillée impossible à dégonder. Comme dans Le Chat, et ici plus encore, l'intrigue repose essentiellement sur les dialogues et sur le talent de ses interprètes. Une fois encore, Pierre Granier-Deferre s'occupe lui-même du scénario tout en s'entourant de l'écrivain, dialoguiste et scénariste français Pascal jardin, les deux hommes adaptant pour l'occasion une pièce de théâtre de Jack Jacquine.
L'histoire se répète. Un homme et une femme se rencontrent, s'aiment, se marient, puis se séparent (du moins dans le cas présent). Sauf que dans ce classique déroulement vient s'inscrire un événement qui va tout bouleverser. Dans Le Chat, Simone Signoret,entre le choix du suicide ou de l'homicide préférait tuer le félin. Un acte stupide qui ne résolvait pas les problèmes de son couple et avait tendance même à les rendre plus difficiles encore. Concernant La Cage, c'est la même chose. Car au fond d'elle, Hélène espère, en enfermant Julien, récupérer celui qui lui avait tant manqué durant toutes ces années. C'est malheureusement l'effet inverse qui se produit. Lui d'habitude si calme et si attaché à Hélène devient mauvais, violent, et surtout haineux. Tout le contraire de ce qu'attendait de cette situation Hélène.

Pierre Granier-Deferre est pourtant cette fois-ci beaucoup moins radical. Bien moins expéditif. Il demeure même dans le dernier acte un réel espoir. Pas celui de renouer en amour, mais le retour à une certaine complicité, et ce, malgré la drame qui vient tout juste de survenir. Le point d'orgue d'une œuvre qui se révèle finalement à part dans la carrière de Lino Ventura qui campe pour l'occasion un rôle diamétralement opposé à ceux qu'on lui connaissait jusque là. Une œuvre rare, pas un chef-d’œuvre, loin de là, mais tout de même intéressante à découvrir...

vendredi 28 avril 2017

Litan, la cité des spectres verts de Jean-Pierre Mocky (1981) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Le fantastique, Jean-Pierre Mocky, ça le connaît puisque déjà, en 1964, le cinéaste français originaire de Nice avait signé l'intéressante Cité de l'Indicible Peur avec l'acteur Bourvil. Dix-sept ans plus tard, il revient au genre alors que ses thèmes de prédilections sont habituellement la comédie et le policier. Encore une cité, celle des Spectres Verts de Litan où se déroule une fête et autour de laquelle démarre une intrigue incroyablement confuse. Dans des décors étouffés par une brume incessante et où circule une eau investie par les spectres verts du titre, Nora est la victime d'un horrible cauchemar dont les moments essentiels ressurgissent une fois qu'elle a mis les pieds à Litan. Une bourgade labyrinthique parcourue de grottes et de couloirs souterrains inondés à laquelle la petite commune française Annonay située dans le département de l'Ardèche sert de décor.
En plein cœur d'un carnaval où les habitants circulent logiquement le visage caché derrière un masque se déroule un récit complexe de part le montage et la mise en scène incohérents de leur auteur. Basé sur un scénario écrit à huit mains par Suzy Baker, Patrick Granier, Jean-Pierre Mocky et Jean-Claude Romer, Litan : La Cité des spectres verts est vérolé par un trop grands nombre de problèmes pour mériter jusqu'au Prix de la critique qui lui a été accordé au Festival international du film fantastique d'Avoriaz en 1982.

Jean-Pierre Mocky a beau engager quelques têtes bien connues telles Marie-José Nat, Nino Ferrer ou Dominique Zardi, le reste du casting (dont fait partie la propre épouse du réalisateur Marysa Mocky) peine à avoir l'envergure nécessaire à la bonne marche d'un projet, pourtant au départ, très alléchant. L'un des aspects les plus remarquablement fantastique du film (et fil conducteur d'une bonne majorité de ses longs-métrages) est la préférence du cinéaste pour les être difformes, laids et effrayants. Sans vouloir trop m'appesantir sur la chose, reconnaissons à Jean-Pierre Mocky cette tendance à vouloir n'engager sur ses plateaux que des êtres au physique hors norme. Non pas que la pratique soit universellement nuisible mais les acteurs sont si mauvais qu'on ne peut pas, en tout honnêteté, reconnaître une quelconque qualité d'acteur à ces interprètes qui ne connaissent du métier, pas même le minimum obligatoire.

C'est pourtant cet aspect dénigrant du film qui offre justement au spectateur l'occasion d'assister à un spectacle hors du commun. Car en agissant de la sorte, Jean-Pierre Mocky sort des sentiers (plutôt mal) battus par d'autres. C'est d'ailleurs peut-être en cela qu'il a touché le jury d'Avoriaz cette année là. Malheureusement, après temps d'années, le film a semble-t-il perdu du peu de charme qu'il possédait déjà et suivre les aventures rocambolesques de Nora et Jock est plus ennuyeux que véritablement captivant. Une épreuve de force qui, si elle est menée jusqu'au bout, laisse alors le champ libre aux curieux de tous poils qui voudraient par la suite en savoir un peu plus sur ce cinéaste français vraiment atypique. D'autant plus que contrairement aux apparences laissées par la majeure partie des films qu'il signera par la suite, Jean-Pierre Mocky a, durant toute sa carrière, émaillé sa filmographie de quelques bijoux cinématographiques. Reste à fouiller dans le tas afin d'y déceler les quelques pépites qui s'y trouvent. Œuvre unique en son genre, Litan : La Cité des spectres verts aura malheureusement subit les outrages du temps et ne demeure aujourd'hui plus qu'un Nanar devant lequel rigoler reste encore la meilleure chose à faire...

jeudi 10 mars 2016

Le Témoin de Jean-Pierre Mocky (1978)



Sur invitation de son vieil ami, le riche industriel et puissant banquier Robert Maurisson, le restaurateur de tableaux italien Antonio Berti accepte de quitter l'Italie pour quelques temps afin de restaurer plusieurs œuvres de la cathédrale de Reims. Afin de lui servir de modèle, Antonio fait appel à la jeune Cathy qui jusqu'à maintenant faisait partie de la chorale. Plutôt délurée, la jeune enfant n'hésite pas à se montrer fort entreprenante envers les hommes.
Un jour, son cadavre est découvert près de l'une des propriétés appartement à Maurisson. Alors que ce dernier affirme ne pas avoir quitté le stade de football où il présidait une importante rencontre, son ami Antonio est convaincu d'avoir vu le notable près des lieux du crime. Maurisson a beau affirmer le contraire, son ami ne peut s'empêcher de penser qu'il est peut-être coupable du meurtre de la jeune fille.
Le commissaire Guérin et l'inspecteur Henri Marquet sont chargés d'enquêter sur la mort de Cathy. Ils ont promis au père de la jeune fille qu'ils arrêteront l'homme qui l'a tué. Un certain Moignard, connu des services de police pour avoir déjà perpertré des sevices sur des adolescentes, est interrogé par le commissaire Guérin mais ayant un solide alibi, il est très vite relâché.

Antonio est rongé par les scrupules. Ne cessant pas un seul instant d'affirmer à Maurisson qu'il l'a vu le soir de la disparition de Cathy, l'homme d'affaire décide de se débarrasser de ce témoin gênant...

Jean-Pierre Mocky a toujours été capable de réaliser de bons films, comme il en a pondu de vraiment médiocres. Lorsqu'en 1978 il engage la star italienne Alberto Sordi, c'est seulement après avoir proposé le rôle d'Antonio Berti à l'acteur français Jean Gabin, qui accepta, mais mourut peu de temps après. Le Témoin fait partie des meilleures œuvres de son auteur. Non seulement, Jean-Pierre Mocky propose un scénario solide, mais il peut compter, outre l'acteur italien, sur la présence de l'immense Philippe Noiret.
Le Témoin est un excellent film policier mêlé à une féroce critique de la bourgeoisie. Si l'on n'hésite pas longtemps à mettre un nom sur le tueur, le personnage de Robert Maurisson ne cachant pas vraiment ses sentiments au sujet du meurtre, la vraie réussite du film ne tient pas vraiment sur l'enquête menée par le commissaire Guérin (Roland Dubillard) et son assistant l'inspecteur Henri Marquet (Gerard Hoffman), mais plutôt sur les preuves qui vont s'accumuler autour d'un personnage pourtant innocent mais également sur le comportement des proches de Maurisson.

Sans la moindre complaisance, mais sans non plus le moindre remord, les proches du véritable tueur vont lui fournir un alibi. Quand à celui qui finira sous la guillotine, des événements qui au départ nous apparaissaient sans véritable importance vont se révéler cruciaux pour les suites de l'enquête. Noiret et Berti forment un couple sympathique. Le Témoin a les allures d'une comédie à l'italienne dans sa première partie quant l'aspect dramatique prend le relais par la suite. Le film est un écrin de perversités. Entre le notable, assassin d'enfants, son épouse qui ne cille jamais même lorsqu'il s'agit de mentir pour qu'un innocent soit condamné à la place du véritable coupable, une police qui traîne la patte quant il s'agit d'interroger un puissant homme d'affaire mais qui saute bien évidemment sur l'opportunité d'enfermer un homme sur le dos duquel s'accumulent des preuves que l'on sait être de simples coïncidences, et enfin, les comportements ambigus de certains (à commencer par la jeune victime, celle qui prendra sa place comme modèle et celle qui aurait pu sauver la tête du faux coupable en disant simplement la vérité), Le Témoin est une œuvre où la comédie et l'horreur d'un fait divers sordide font bon ménage. L'un des meilleurs Mocky...



mardi 18 novembre 2014

Les Ballets Ecarlates de Jean-Pierre Mocky (2005)



Colette et son jeune frère Eric sont attendus à la sortie de leur école par leur père, un alcoolique abandonné par son épouse et qui élève à peine ses enfants. Celui-ci les invite à faire la connaissance de Martin, un type particulièrement trouble qui avec l'accord de leur père, les amène jusqu'au luxueux manoir d'un notable de la ville. Là, en compagnie d'autres enfants, ils vont servir de chair fraîche aux habitants fortunés du coin. Eric, comprenant qu'il est tombé dans un piège, prend la fuite et trouve refuge dans la demeure d'une inconnue Violaine qui accepte de l’héberger pour la nuit. Le soir même, le père d'Eric et de Colette est retrouvé inconscient, renversé par une voiture qui roulait à plus de deux-cent kilomètres heure.

Le lendemain matin, Martin décide d'éliminer les deux enfants et leur père. Après avoir tué Colette près d'un terrain vague, il file à l’hôpital afin d'y tuer le père retenu pour la nuit dans une chambre. Mais il rate son coup : Violette en effet arrive à temps et Martin s'échappe par la fenêtre.
Aidée par Matthieu, l'armurier du village, elle va tout mettre en œuvre pour retrouver Eric qui a prit la fuite, et venger tous les enfants qui ont été victimes des notables pédophiles.

Pendant ce temps, le corps de Colette est retrouvé aux abords d'une rivière...

Lorsque Jean-Pierre Mocky tourne Les Ballets Écarlates en 2005, il a derrière lui presque cinquante ans de carrière en tant que cinéaste, avec, plus ou moins de succès et de bonheur. Ont joué pour lui une bonne part des stars du cinéma français : Bourvil, Blanche, Dufilho, Lonsdale, Galabru, Serrault, Noiret, Nat, Mitchell, Poiret, Audran, Bacri, Maillan, etc... On se souviendra longtemps de sa Grande Lessive, d’À Mort L'Arbitre, de Litan ou encore du Miraculé.

Alors, quand est-il de ces Les Ballets Écarlates ? Jean-Pierre Mocky s'attaque à un sujet difficile, douloureux et rarement vu au cinéma. S'inspirant d'une affaire qui a défrayé la chronique en France en 1959, il faut avouer que l'adaptation qu'en fait le cinéaste est disons, assez pitoyable. On ne peut cependant que louer l'entreprise de Jean-Pierre Mocky qui a dû faire avec la censure puisque depuis, le film est interdit dans notre pays. A croire que le sujet de la pédophilie est bien trop présent dans l'esprit des français pour avoir droit de servir le septième art. Pourtant, loin du cynisme que revêt le cinéma de Mocky, ici l'humour noir n'a pas sa place. Pourtant, malgré la dureté du sujet, l'interprétation désastreuse de la plupart des intervenants et la postsynchronisation calamiteuse donnent à ces Ballets Écarlates les allures d'un mauvais téléfilm du dimanche après-midi.

Alors, pourquoi avoir censuré l’œuvre de Mocky ? Sans doute parce que notre beau pays préfère demeurer dans le dénie. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois qu'un tel sujet est abordé en France. Beaucoup moins ouvertement, Roger Andrieux réalisait déjà avec La Petite Sirène, un très joli film contant l'amour impossible d'un quinquagénaire (Philippe Léotard) et d'une gamine de quatorze ans. Notons que Mocky avait déjà sensiblement abordé le sujet avec le très intéressant Le Témoin (interprété par le génial Philippe Noiret), film qui lui n'a pas rencontré de soucis avec la censure. 

L'histoire ne se répète donc pas toujours...


Jean-Pierre Mocky réagissant sur la pédophilie et sur la censure dont a été victime son œuvre:

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